II. Squelette des animaux articulés
Le squelette des animaux articulés déroule aux yeux de l’observateur un champ véritablement immense de variétés , et lui fournit amplement occasion d’apprendre à connaître les métamopphoses des formations organiques. Il donne lieu à plusieurs considérations générales.
lf> Conformément au type de cette série entière d’animaux et au caractère particulier de leur système nerveux, le squelette consiste en une. série d’anneaux ou de proto vertèbres , car ces enveloppemens généraux sont le prototype de toute formation de vertèbre. Le nombre de ces anneaux varie à l’infini ; mais , dans les formes supérieures , il se règle de plus en plus d’après le nombre trois, et montre des indices évidens d’une division en tête, poitrine et abdomen.
2® A mesure que le système nerveux se perfectionne, on voit apparaître , conjointement avec le dermatosquelette et le splanchnosqueleîte , des vestiges d’un névrosquelette , qui ne se développe cependant jamais qu’au côté inférieur de l’animal,
squelette. 123
3® La substance du dermatosquelette , qui d’abord est pu- -renlènt cutanée , mais s’imprègne ensuite de carbonate calcaire , passe ainsi peu à peu à la nature cornée qui caractérise particulièrement ce squelette.
4® Le squelette des membres se développe de la manière la plus variée. Cependant , d’un côté, il répète toujours la forme d’anneau ou de vertèbre propre au corps , mais avec les combinaisons et les articulations les plus remarquables , qra sont un prototype de ce que les os des membres dù nëvrosquelétte nous offrent dans les classes supérieures et (f uh^ autre côté , il s’élève peu à peu du type primitif de tout mèmbre quelconque , la brancbie , à la fornie de patte et de mâchoire, puis enfin à celle d’aile , qui représente en quelque sorte une branchié aérienne.
Si nous descendons dans les details, les Enthelminthes sont , de tous les animaux articulés , ceux chez: lesquels il peut le moins être question d’un squelette proprement dit , (^oiqu’ on observe déjà, chez beaucoup d’entre eux, cette dispUsition ahnelée de là surface du corps qui plus tard donnera lieu aux anneaux cornés du dermatosquelette.
Il en est de' même chez un grand nombre d’Annélides , par exernple dans les Fîanaria et les Nais. Chez d’autres, aii contraire , non seulexhent les anneaux cornés ( protovértebres ) du dermatosquélette deAuénnèht plus marqués , comme oii lé voit déjà dans la Sangsue (1), et , d’ùhe autre manière , dans les Âphrodites , où , indépendamment des plaques cornées , à la vérité très-molles , qui sont situées par paires le long des côtés du dos , utt feutre de fibrilles cornées concourt àvéc ces plaqués à recomuir la cavité rèspiratoue du corps ; mais encore la surface du corps fournit dès ràyoùnemens filiformes , dont le tissu primitivement mou sé
(i) Voyez mes Tabtilæ anatom, comparât, illustrantes, 'PsAs , cali. T,
■pl;b ■ •
124 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE,
condense en une corne dure , de manière à former, dans YAphrodita aculeata , de nombreuses épines brunes et chatoyantes, dont les imes sortent du tissu feutré , sur les parties latérales du corps, et les autres reposent, en dessous, sur des papilles particulières.
Enfin, parmi les Annélides céphalobranches, il en est beaucoup dont le corps annelé et en partie aussi chargé de soies, transsude ( à peu près comme dans le Taret , § 147 ) soit des sucs calcaires , qui produisent un dermatosquelette général en forme de tube calcaire (ex. Serpula ), soit une humeur visqueuse , qui agglutine des corps étrangers , des grains de sable , etc. , et donne également naissance de cette manière à des espèces de tubes ( ex. Sahella). Les dents cornées de l’œsophage des Néréides et les épaisses plaques cornées de l’estomac des Aphrodites sont remarquables comme vestiges de membres d’un splanchnosquelette (comp. pl. V, fig. XXII , C ; fig. XXV, a).
Les Neusticopodes et les Décapodes nous offrent des squelettes extrêmement diversifiés et très-développés, dont la substance se rapproche encore de la corne chez les premiers, tandis qu’elle est calcaire chez les autres , et dont la forme diffère essentiellement de celles que nous avons rencontrées Jusqu’ici , en ce que des divisions mieux prononcées et une structure différente des anneaux commencent à rendre plus sensible la distinction du corps en régions céphalique, pectorale et abdominale .
Ainsi le dermatosquelette de VApus cancriformîs , qùi consiste en plaques cornées verdâtres , nous présente une protovertèbre de la tête , environ douze anneaux protovertébraux de la poitrine, qui sont étroitemement serrés les uns contre les autres , et vingt-quatre vertèbres abdominales plus étroites encore : cependant la portion tergale de la protovertèbre céphalique se prolonge encore sur tout le corps en forme de coquille ou de large bouclier , et la dernière ver-
SQUELETTE. laS
tèbre abdominaie , qui se termine en deux filets également annelés , semble en quelque sorte annoncer par là une prolongation indéfinie.
Quant à ce qui regarde le squelette des membres , je dois faire une remarque sur la direction de ceux-ci en général : c’est que, quand on compare avec soin les diversités qu’ils oflrent à cet égard , qu’on réfléchit aux propriétés géométriques primaires de la sphère et du cercle , et qu’on a égard en même temps au caractère rayonnant des membres , on acquiert la conviction que ce rayonnement à la périphérie des anneaux d’une colonne protovertébrale, ne saurait avoir lieu qu’en six directions, comme l’indique la figure suivante (1) :
Les deux membres pairs et le membre impair du côté a peuvent être appelés membres supérieurs , et ceux du côté h membres inférieurs. Un qui a lieu d’un côté nécessitant toujours un moins de l’autre côté , dans les formations naturelles , il y a antagonisme non seulement entre les membres supérieurs et les inférieurs , mais encore entre les pairs et les impairs. Mais comme le milieu impair est l’endroit où tendent surtout à se développer les enveloppemens vertébraux du système nerveux parallèles à la protovertèbre,les formations rayonnantes ont lieu rarement dans cette direction , tandis
(i) Oû tronver.! de plus amples détails a ce snjet dans mes Recherches sur les parties primaires du squeîetté osseux et testacé. Voy.lc tome III.
ia6 traité d’anatomie comparée.
qu’au contraire il y règne une grande tendance à la manifestation de celles qui sont paires. Or , c’est aux directions paires supérieures que se rapporte la formation des ailes , des antennes et des mâchoires supérieures ; aux inférieures, celle , dés pattes,, des mâclmires inférieures et des lames branchiales; permanentes.
;Si niaintenant nous , revenons à l’exemple pi’écédemment tiré des Neusticopodes , nous trouvons que les rayonnemens pairs inférieurs se sont seuls; développés , et cela de la ma- .flière suivante ; à la tête , trois paires de mâchoires , qui se meuvent l’une vers l’autre comme des pinces; à la poitrine , douze paires de pattes en forme de lames cornées , dont la -première dégénère en deux longues antennes composées d’innombrables articles ; enfin à l’abdomen , quarante-huit paires environ de branchies lamelleuses , dont chaque protovertèbre fournit deux à trois paires , en sorte que les six dernières protovertèbres restent dépourvues de membres.
Les autres Neusticopodes ne font qu’offrir des modifications mille et mille fois variées de cette disposition.
L’une d’entre elles, mérite cependant d’être rapportée, parce quelle peut être d’une. grande ressource pour expliquer la métamorphose de la formation annelée. Nous la connaissons d’après les belles .recherches de Nordmann (1) sur quelques Lernées , animaux qur sortent de l’œuf avec des pattes natatoires, mais qui lés perdent lorsqu’ils sé ^6nt établis eh parasites sur les parties molles d’autres animau^ji:, 'notammentsiir les branchiehdes Poissons. Ici, en effet ('par "exemple dans XÂchtheres pércarum) , qn remarque noh seulement qüé la plus postérieure des trois paires de pattes à crochets qui paraissent après la première mue , devient une paire de grOs crochets , lorsque l’animal trouve à Rattacher , mais encore que ces crochets se soudent à leur
(i) Mikrcgraphische Bsîtrœge zur Naturgeschichte der. wirhellosen
Thkre j a® cab, figures coloriées, Berlin , l83a, pag, Sy,
extrémité en un arc clos , à peu près comme il arrive à la mâchoire inférieure de l’homme , et qu’ils se prolonger^; en un bouton cartilagineux médian, par lequel l’animal demeure ensuite fixé pendant tout le reste de sa vie (pi. vi, fig.
Il , III ).
Le dermaiosqueîette de TÉcrevisse ( Astacus ) est encore plus remarquable, à cause de la régularité de ses proportions numériques et de ses mues. La distinction entre les anneaux abdominaux , thoraciques et céphaliques de ce squelette devient plus prononcée , et les vestiges d’un nombre plus considérable de ces anneaux dans la tetei, donnant plus d’importance à cette dernière , la proportionnent déjà davantage au tronc ( la Squille même en offre déjà un même nombre, .dest-à-dire onze, dans la tête et dans le-tronc ). Il n’y a que les sept anneaux abdominaux de l’Écrevisse qui soient parfaitement clos. Les cinq protovertèbres de la poitrine sont ouvertes par le haut ; mais , en revaoclie , elles offrent , à leur partie inférieure , une répétition en petit de la proto vertèbre , c’est-à-dire une deuto vertèbre , qui renferme la moelle ventrale ( de même. que la vertèbre tergale de l’homme reriferme la moelle épinière) , acquiert ainsi le caractère de névrosquelette , et diffère du restant du dermatosquelette en ce qu’elle n’est point-sujette à la mue. Le squelette céphalique se partage déjà; 1° en une portion craniéftnë , divisée en trois , qui contient le^ganglion cérébral et les organes sensoriels supérieurs , mais représente ici l’extrémité antérieure et prolongée en pointe de là tête j 2° en une portion faciale, divisée en six, qui contieïit les mâchoires. Le premier arceau du côté tergal se développe. Comme chez V Apus^ en un large et long bouclier tergal, qui remplace les arcs supérieurs des protovertèbres de la face etde la. poitrine, dont il n’existe aucune trace. La répartition des membres est celle-ci ; les yeux, mobiles sur de durs anneaux vertébriformes, et les antennes articulées, tant longues que courtes, qui
1^8 TRAITÉ D’ANATOMrç COMPARÉE.
sont destinées , une paire à l’odorat et l’autre à l’ouïe, forment troig paires de membres crâniens rayonnans de bas en haut ; la paire de mandibules et les cinq paires de maxilles , dont les palpes deviennent de plus en plus semblables à des pattes, représentent les membres faciaux dirigés de haut en bas; les cinq pattes , divisées d’après le nombre sept, comme l’abdomen , représentent les cinq paires de membres pectoraux ; enfin, les membres génitaux du mâle et les six membres génitaux de la femelle ( rudimens de lames branchiales , pour servir d’attache ou de couverture aux œufs) représentent le même nombre de paires de membres abdominaux. En outre les pieds et les mâchoires portent les faisceaux de branchies à leurs racines (1) ( pl. vi , fig. xiv , 5 , 6 ).
En même temps le splanchnosquelette se développe d’une manière très-parfaite. L’estomac est tendu par trois arceaux costiformes , situés à sa partie supérieure et disposés en travers ( pl. vi, fig. vi, vu), qui sont armés en dedans de forts prolongemens en forme de dents. On remarque surtout l’antagonisme existant entre lui et le dermatosquelette ; car, tandis qu’il se dépose tant de carbonate calcaire sous la peau extérieure, que, celle-ci venant à être enfin pour ainsi dire pétrifiée et frappée de mort, le squelette cutané doit tomber tous les ans, à l’époque où cette sécrétion calcaire s’arrête en dehors, il s’en s’opère une autre en de: dans,: près du squelette stomacal, qui a pour résultat de produire ce qu’on nomme les yeux d’écrevisse.
Maintenant, quelle infinité de modifications le type qui vient 4’être décrit subit dans les diverses familles et genres de Décapodes , quoiqu’on en voie toujours percer les traits . caractéristiques ! Combien le squelette s’allonge dans les Grangqns et les Squilles! Combien la tête et le tronc se ramassent en boule dans les Cancérides , au point de rappeler presque
(x) Ha55E, De sceïeto astacijluvialilis etmarini. Léipzick, i833.
squelette. 129
la vésicule des Oursins! Combien ses formes deviennent bizarres dans les Pliyllosomes ! Ce ne serait peut-être pas assez d’une vie entière pour décrire complètement les variations du squelette chez les animaux de cet ordre.
Dans les Isopodes ^ les proto vertèbres cornées , dont la portion tergale devient souvent un bouclier particulier , se développent en général avec plus de simplicité , mais dans des proportions numériques extrêmement variables, si ce n’est que celle de la tête reste toujours bien distincte des autres. Il s’en trouve même quelques uns, les Jules entre autres, chez lesquels le nombre des anneaux du corps augmente à chaque mue.
Si nous prenons pour exemple le squelette de la Scolopendre , nous trouvons que les rapports numériques y sont de 1:3 X La protovertèbre céphalique simple porte des traces de division interne dans les trois paires de membres qu’elle fournit par rayonnement. Quant aux vingt et une vertèbres du tronc , elles se partagent évidemment en deux arceaux lamelliformes, l’un ventral , l’autre tergal , et il se forme à chacune une paire de pattes à sept articles , dont la plus postérieure représente une longue pince caudale à la dernière vertèbre du corps , de même que la plus antérieure représente aussi une courte mais forte pince , capable de saisir et de mordre , à la première vertèbre du corps.
VIdotea, entomon n’ offre plus , au contraire , que douze anneaux au corps , le jP^cwogromtm six , etc.
Les formations dont il s’agit ici sont de nouveau bien plus diversifiées dans les Acarides et les Arachnides.
Les Acarides sont presque entièrement privés de squelette proprement dit ; chez eux , la peau du corps est redevenue une simple enveloppe vésiculeuse, qui n’annonce plus son type segmentaire que par l’émission de quatre paires de pattes rayonnantes , et qu’on a souvent même beaucoup de peine à I- 9
l3o TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.
distinguer de la tête , où des palpes et des mâchoires tiennent lieu de ^pattes.
Quant aux Arachnides, les Araignées ont un dermatosquelette plusmembraneux encore, dont le tissu corné se développe fréquemment en poils libres les uns des autres. Leur abdomen n’offre aucune trace d’anneaux , et leur poitrine même , qui contient quatre protovertèbres , si l’on en Juge d’après le nombre des paires de pattes , se distingue à peine de la tête. Les quatre paires de pattes ont huit articles. A la tête, se développent les mandibules fortement dentées, et les maxilles pourvues de palpes à six articles , auxquels ressemblent les palpes qui se voient à l’extrémité de l’abdomen, au dessus des filières.
En général , nous voyons se reproduire de plus en plus fréquemment , chez les animaux articulés, ce dont la Scolopendre nous avait déjà fourni un exemple ; c’est-à-dire que l’extrémité postérieure du corps répète l’antérieure , ou même la tête , par les appendices en forme de membres dont elle est pourvue , ce qui ne peut s’expliquer que par l’antagonisme de ces deux régions.
Le squelette extérieur devient plus parfaitement articulé et d’une texture cornée plus solide dans les Scorpions. Le corps se compose d’une vertèbre céphalique simple , de trois vertèbres thoraciques et de 7 6 vertèbres abdominales. De
plus , la tête , si l’on en juge d’après ses trois paires de mem- , bres , renferme la tendance à produire trois vertèbres, tandis que son arceau supérieur se trouve soudé , avec les trois arceaux correspondans de la poitrine , en un bouclier tergal qui porte les yeux. Parmi les anneaux aladominaux, les six derniers surtout sont fort remarquables, à cause de lem’ forme vésiculeuse, rappelant celle de sphère creuse qui appartient primairement à toute vertèbre. Le dernier , terminé en pointe aiguë , contient la bourse du venin. Quant aux membres , on trouve trois paires de pattes pectorales , à neuf articles ( premier indice de
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la (disposition qui se rencontre chez les Insectes ) , une paire -de lames cornées branchiformes à la première vertèbre abdominale , et à la tête trois paires , savoir , les mandi bules , qui de chaque côté ressemblent à des pinces courtes et fortes , les maxilles avec leurs palpes, qui sont les grandes pinces à six articles, enfin une paire de palpes à neuf articles, comme les vraies pattes , qui reposent sur une sorte de lèvre inférieure.
Les Scorpions, de même que les Araignées, sont dépourvus d’antennes , c’est-à-dire de meml^res céphaliques rayonnans vers Je haut.
Nous arrivons enfin aux Insectes , dont le squelette , malgré ses innombrables variétés, commence cependant à offrir des lois bien plus fixes. Le nombre trois prédomine avec une régularité remarquable dans toutes les divisions du dermatosquelette , dont je vais sur-le-champtracer le tableau d’après ia famille la plus parfaite de l’ordre , afin d’avoir un type fixe qui rende plus facile ensuite l’énumération des différences qu’on observe dans les diversordres. J’aurai soin aussi de citer entre deux parenthèses les, noms employés par les entomo^ logistes , quelque insignifians qu’ils soient , ou quelque fausses que puissent être les idées qu’ils font naître quand on veut y attacher le sens qu’ils ont ailleurs.
Le dermatosquelette dm* , corné et souvent parsemé de poils, desoies ou de petites écailles, des Scarabées , offre les âégmens suivans , quand on le considère d’avant en arriére :
A. Tête. Deux rudimens de vertèbres faciales , composées chacune d’un arceau supérieur et d’un arceau inférieur (a^ahixim superius et inferius-, b clypeus et ment uni ), parties qui,tantôt séparées , tantôt soudées en forme de tube , deviennent la source d’innombrables variations dans d’autres familles ) j, une vertèbre crânienne complète et vésiculaire (en haut fronf, en hksjugMlum ) , dans rintérieiu* de laquelle ^ au cèté infé.-
i32 traité d’anatomie COMPARiE.
rieur , on aperçoit , autour du ganglion qui se trouve là , une répétition complète de vertèbre , indice d’un névrosquelette (1).
B. Thorax. Trois anneaux protovertébraux (offrant intérieurement, à leur face inférieure , des indices de vertèbres pour la moelle ventrale) , qui sont souvent partagés en plusieurs arceaux , et dont les deux postérieurs sont intimement unis ensemble ( a thorax ; b , C , pectus ou prothorax , mesothorax , metathorax).
C. Abdomen. Six protovertèbres, ordinairement partagées en deux arceaux, l’un supérieur et l’autre inférieur , la plupart du temps comprimées de haut en bas, et percées latéralement de stigmates, comme les thoraciques ( cette région est la seule où le nombre des anneaux varie dans les différens états de l’animal et les divers ordres de la classe , car il peut être de quatre à dix).
Sous le rapport des membres, on trouve des rayonnemens vers le haut et vers le bas , dont les premiers sont autant et parfois même plus développés que les seconds.
A. Tête. Première vertèbre faciale fragmentaire: rien en dessus ; mais , en dessous , des palpes qui ressemblent à des pattes {palpi labiales). Seconde vertèbre faciale : en dessus, de fortes mâchoires en forme de pinces ( mandibulœ ) , parfois avec un vestige de palpe ; et en dessous des mâchoires plus faibles ( maxillœ ) , qui forment ce qu’on appelle la langue dans les Papillons , et qui portent des palpes semblables à des pattes [palmimaxillares) (2). Vertèbre crânienne : en dessus, des organes de tact {antennes), souvent en forme de de branchies , et en dessous , rien.
. B. Poitrine. Première vertèbre ; rien en dessus; en dessous, première paire de pattes, composée de trois articles supérieurs
(i) J’en ai le premier donné la description dans Dresdner Zeitschrift fuer Vatur. iind Jleilk. tom. II, cah. III.
• (a) Voyez, pour les modifications infinies que subissent toutes ces paires de membres de la tête des Insectes, les belles recherches de Savigny.
( a com, qu’il serait mieux d’appeler fémur ; b , c , fémur , qu’il conviendrait d’ appeler tibia), six articles inférieürs fa ' tibia, qui serait mieux nommé tarse ; b , c, d, e, f , tarsus, qu’il conviendrait d’appeler b second tarse , c métatarse, d, e, f, phalanges du doigt) , et trois ongles placés sur le même ]Dlan. Seconde vertèbre ; en dessus , les ailes supérieures ( elytrce f chez les Coléoptères), et en dessous, la seconde paire depattes, composée comme la première. Troisième vertèbre ; enhaut^ les ailes inférieures ( offrant souvent plusieurs articles à leur rayon principal) , et en dessous la troisième paire de pattes, consituée comme les précédentes.
C. Abdomen. Sans membres. Dans d'autres ordres , il se forme ici , à la dernière vertèbre , divers membres génitaux et organes offensifs , qui généralement répètent le type des mâchoires ou des membres céphaliques.
Maintenant, comme nous avons trouvé que le système nerveux des larves d’insectes ressemblait beaucoup plus à celui des Annélides que le système nerveux des Insectes parfaits , la même chose a lieu aussi pour le dermatosquelette. Dans les larves, les anneaux proto vertébraux sont la plupart du temps plus mous et plus nombreux, carie nombre essentiel des anneaux dans toutes les larves d’insectes, y compris la tête et la vertèbre anale , est de 1: 12; 1. Il n’existe jamais de formations vertébrales à l’intérieur. Les rayonnemens de membres manquent tout-à-fait (comme dans beaucoup de larves d’Hyménoptères et de Diptères) , à l’exception d’un indice de mandibules , ou bien on voit apparaître d’autres membres , ayant la forme primaire de toute formation des membres , c’est-à-dire celle d’une braiichie , soit sous l’aspect de lames branchiales cornées à la région abdominale , comme dans beaucoup de larves de Névroptères , soit sous l’apparence de fausses pattes , comme dans les Lépidoptères. Les fréquentes mues des larves , dans chacune desquelles l’animal se dépouille de son squelette cutané , sont
l34 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE,
aussi des pépétitions de degrés inférieurs , et l’on doit surtout remarquer la dernière , avant laquelle , dans les Insectes su- ' périeurs ( les Coléoptères et les Lépidoptères ) , le dermatosquelette mou delà larve se dessèche pour produire le squelette ferme et eorné de la clirysalide. Enfin je dois faire une mention particulière des rayoïinemens déliés, et souvent ornés de- si belles couleurs:, que le dermatosquelette fouimit dans un. très-grand nombre d’insectes , même déjà dans quelques Aptères (Où ils sont fort éclatans, par exemple, dans le genre LepisTfia ) , et qui atteignent le plus haut degré de brillant dans les Lépidoptères. On doit surtout avoir égard à la disposition lamelleuse, c’est-à-dire branchiforme , de ces écailles cornées , dont la plupart sont garnies de stries très-fines. Je dois dire encore que quand on rencontre, de pareils rayonnemens chez les larves i celles-ci ont des poils cornés lisses OU barbelés , quoiqu’on observe aussi quelque chose de semblable: dans, les Jnsectes parfaits.
Le fdan de cet ouvrage ne me permetpas de descendre dans les détails des modifications infinies que subit le dermatosquelette des Insectes appartenant aux divers ordres. Il doit donc sufiSre ici d’avoir porté l’attention sur la loi à laquelle ses formes sont soumises. Maintenant il ne reste plus qu’à déterminer jusqu’à.quel point les Insectes sont pourvus aussi d’un ^lanchnosquelette .
On en trouve un , chez eux , dans le canal intestinal , dans les organes génitaux et dans les voies respiratoires. ;
Quant au premier , nous observons de petits annéaux cor-^ nés sur l’œsophage prolongé en suçoir des Abeilles , d’au^ tares plus forts à l’estomac et au gros intestin (par exemple chez le Hanneton ) , et même des dents pointues qui font saillie à l’intérieur (par exemple dans l’estomac de certaines Sauterelles et de certains Coléoptères )( pl. vn,fig. xxx).
A l’égard des organes génitaux , le vagin et la verge sont souvent entourés de plaques cornées , et la verge contient
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même déjà un filament corné intérieur dans le Hanneton.
Mais le squelette des voies aériennes est celui qui se développe le plus généralement, car les trachées sont partout entourées de filets cornés ayant la forme d’un anneau, de trois quarts d’anneau ou d’une spirale , èt qui, par leur élasticité, empêchent le canal de s’affaisser sür lui-même ( pî. vu fig. xv,XYU ). ;
C’est d’ailleurs une particuiarité caractéristique pour les Insectes, qui sont Thoracozoaires ou animaux aériens par excellence, que tout vestige quelconque d’un névrosquelette ou d’un splanchnosquelétte consiste uniquement en véritable substance cornée , de même que le dermatosquelette, qui a une prédominance si absolue dans cette classe.
D’après tous les détails dans lesquels nous venons d’entrer jusqu’ici, il aura été facile déjuger combien c’est à tort qu’on donne lé nom d’animaux sans vertèbres aux Oozoaires , aux Corpozoàires et aux Thoracozoaires.