‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieurChapitre 51 sur 95 · q6 traité d’anatomie comparée · texte numérisé non relu

q6 traité d’anatomie comparée

marquable dans le Castor , où son extrémité se soude avec l’os du tympan , d’où résulte une ouverture ovalaire ( trou ptérygoïdien). De tous les Mammifères, les Myrmecophaga jubata et tetradactyla sont ceux chez lesquels les côtes dont nous parlons se comportent de la manière la plus anomale , car elles se réunissent inférieurement , comme de véritables côtes en un arc fermé ( fig. xv , iii g ) , et représentent ainsi parfaitement une seconde paire d’os palatins ordinaires (1). Dans le Myrmecophaga didactyla, elles forment , sans se fermer , le commencement d’une gouttière qui marche sous le crâne , entourée en arrière par la crête étroite des ailes ptérygoïdiennes externes ( ou seconde paire de côtes).

A l’égard des os analogues aux palatins postérieurs des Oiseaux , où aux os omoïdes ( seconde paire de côtes céphaliques) , ce' sont les moins développés de tous, et ils paraissent ne former presque partout que des prolongemens tantôt plus et tantôt moins sensibles du sphénoïde postérieur

( pl. XVIII , fig. III , Il g).

Quant à ce qui regarde enfin les Intercôtes du squelette de la tête , l’os carré , l’os zygomatique et l’os lacrymal , nous avons déjà parlé de la métamorphose du premier en portions de l’os temporal ( § 286 ), c’est pourquoi il ne nous reste plus qu’à traiter des deux autres.

Nous devons d’abord faire remarquer la grande influence qu’exerce sur la préhension des alimens , et principalement sur le mode de mastication , Y arc zygomatique, qui est formé en partie par l’os zygomatique , en partie par les apophyses zygomatiques de l’os maxillaire supérieur et de l’os temporal , mais qui', dans les Fourmiliers , les Paresseux , les Tanrecs , les Musaraignes , demeure non fermé , ou n’est complété tout au plus que par un cartilage. L’os zygomatique

(i) La meme chose a lieu aassi dans le Phjseier macrocephalus , d’aprê; une figure de Cuvier ( Recherches sur les osscmens fossiles ).

SQtJELETTE. 297

manque entièrement dans le genre Manis. Chez les Paresseux , il est séparé du temporal , et se fait remarquer^ar une forte apophyse descendante. Dans le Mégathérium, cette apophyse est plus longue encore , et l’arc zygomatique fermé. L’arc zygomatique filiforme de la Taupe , de la Chauvesouris et de la plupart des Rongeurs , rappelle la forme que l’os zygomatique affecte chez les Oiseaux , où il est mince, long et assez droit. Dans plusieurs genres de Rongeurs , par exemple chez les Rats , les Écureuils , et principalement les Cochons d’Inde , l’os zygomatique proprement dit ne fait que la plus petite partie de l’arc zygomatique , lequel est presque entièrement produit par l’apophyse malaire de l’os maxillaire supérieur , et cette apophyse résulte du concours de deux branches laissant entre elles une ouverture considérable , dans laquelle s’insère un muscle. Cette ouverture manque chez le Castor ( pl. xviii, fig. v, 2 g ), mais l’os zygomatique est plus large et plus grand. L’arc zygomatique devient beaucoup plus fort , au contraire , dans les Carnivores (Chien , Chat , Lion ) , et ici l’apophyse zygomatique de l’os maxillaire supérieur disparaît presque entièrement , parce que l’os zygomatique se prolonge beaucoup en avant. Cependant l’orbite n’est encore jamais séparée par rien de la fosse temporale (d). L’arc zygomatique se comporte d’une manière analogue chez plusieurs Amphibies, par exemple chez le Morse.

L’arc zygomatique est , en général , plus com’t chez les Mammifères ongulés. Il a plus de largeur , à la vérité , dans le Cochon , le Tapir et le Rhinocéros , mais il ne s’unit cependant point encore avec l’os frontal. Cette réunion a liéu chez les Ruminans et les Solipèdes ; mais la cavité orbitaire n’en est pour cela séparée de la fosse temporale

(i) Si ce n’est, d’après Meckel , dans l’Ichnenmon, où l’apophyse zygomatique de l’os frontal et l’apophyse frontale de l’os zygomatique se réunissent comme dans les Ruminans.

SgS TRAITÉ d’anatomie comparée.

qu’à l’extérieur , et la communication entre elles deux continue toujours à exister intérieurement (pî. xviii , fig. Xi , 2 g), parce que l’os zygomatique ne se joint point en même temps avec le sphénoïde. Ce dernier cas n’arrive que chez les Singes (pl. XVIII, fig. Il, 2 g), où les deux cavités sont par conséquent séparées l’une de l’autre , comme chez l’homme.

Quant à la courbure de l’arc zygomatique en dehors , èllé est proportionnée à la force du muscle temporal. Ainsi , par exemple , elle est extrêmement considérable dans le Rat, le Castor , le Chien , le Chat , et moins prononcée dans les Mammifères ongulés. L’arc zygomatique est même tout-à-fait droit dans la Taupe , ainsi que , d’après Guvier , dans l’Ôryctérope et chez les Cétacés.

Enfin la courbure de l’arc zygomatique vers le haut ou Vers lé bas a de l’importance aussi pour l’action des muscles masticateurs. En effet , les arcs zygomatiques droits , dont il vient d’être parlé , fournissent un point d’appui moins solide à cés derniers , que ceux qui décrivent une grande courbure dé bas en haut, comme chez les Carnivores. La courbure de haut en bas , qu’on voit chez les Rongeurs , les Pachydermes et le Dugong , serait plus défavorable encore à l’action dés muscles masticateurs , si die ne se trouvait compensée , chez plusieurs de ces animaux , par une force plus considérable de Tare lui-même.

A l’égard de la troisième iriiercote ou de l’os lacrymal , elle se fait remarquer , chez les Dauphins , par sa soudure avec Los zygomatique (IL Elle a la même forme , mais sâflS être soudée avec l’os de la pommette , chez les Baleines,, d’après Meckei. An contraire , elle manque chez les Phoques. Dans les Mammifères à sabots ( par exemple la Brebis et lé Cochon j , elle s’étend fort loin vers la région maxillaire , et quelquefois , comme dans les Ruminans , il s’y développe des

(i)Voy«

Tabules illustrantes, cah. II , pl. viir, fig. ii, 3 g.

SQUELETTE. Qgg

ft^sés profondes {larmiers) , destinées à loger des glandes sébacées. L’Éléphant n’est pas aon pins privé d’os lacrymal (pl. XVIII , %. xvï ,3g).

ïl ne nous reste plus maintenant à parler que des membres céph^iques des Mammifères. Jamais il n’y eh a qu’une seule paire qui soit ossifiée , la mâchoire inférieure , et celle-là est toigours soudée en arc. Quant à l’autre paire , qui est carlilaginéuse , et qui forme le pavillon de l’oreille , analogue de l’ opercule des Poissons , il en a déjà été question précédem- Sfleht(§28fi).

Bé même que les autres os de la face ,1a mâchoire inférieure est ^umise.à des modifications extrêmement nombreuses. Ce^ pendant il est di^e de remarque que , chez les Mammifères elle s’articule aussi généralement au moyen d’un cohdyîe , qu’ellê le faisait précédemment à l’aide d’une cavité glénoïdë recevant un condyle de l’os temporal. L’absence de la branche ascendante , chez les Mammifères édentés , tant chez les Cétacés (pl. xvn,ffig. VI , I h), que chez les Fourmiliers , les Pangolins et l’Onüthorhynque , rapproche sa forme dè celle qu’elle Offre entre autres dans les Reptiles'. Chez les premiers j par exemple dans la Baleine , elle ressemble à deux énormes côtés réunies par les bouts , et smdesqueHes oh n’aperçoit encore aucunè trace , ni d’apophyse coronoïde , ai dêbraachë ascéndante , dé même què chez lës animaux des ctaMes inférieures. Lé cîmdyle se porte, aussi bien que dans le Dauphin, presque directement en arrière , et , au dire de Home , il tient £Uf crâne par des moyens fort peu ardinaires , par liff simplè tissu eelMaire, abondant ët spongieux, qui est rempK d’hûitê. Un fait remarquable , c’est que les deux branches de ta mâchoire du Belphinus gangeticus et du Cachalot se juxtaposent immédiatement ou s’accolent àleur partie antérieure,desorte que , sur une étendue souvent assez considérable (1) , les

(i)G. CuviEa, Recherches sur les osseiriens fossiles, -fi. xxrv. — B&AirDT et RATZEBUBG,^/-zn«7jcAe Thiere , 1. 1, pl. xiti, fig. 5.

3oO traité p’anATOMÎE C0MPAR3ÉE.

deux rangées de dents ont l’air d’être implantées à côté l’ime de l’autre , dans un même os. Cependant , la branche ascendante et l’apophyse coronoïde commencent déjà à se développer dans les Amphibies , le Dugong , par exemple , et on les retrouve ensuite partout , mais très-diversifiées. Ainsi , chez quelques Rongeurs (Lièvre, Cochon d’Inde), l’apo; physe coronoïde est très-petite (1) , et dans d’autres (Rat, Écureuil ) , elle a des dimensions considérables. Chez tous ces animaux , de même que dans quelques Musaraignes (pl. xviii , fig. XII , I h" ) , on observe , derrière le condyle, une seconde apophyse , semblable à celle qu’on trouve dans les Oiseaux et plusieurs Reptiles : nous l’appellerons apophyse coronoïde postérieure ; les muscles abaisseurs de la mâchoire y prennent leur insertion. La mâchoire inférieure pouvant être comparée , dès quelle a une branche ascendante , à un membre thoracique composé d’un bras et d’un avant-bras , on voit sans peine que cette seconde apophyse coronoïde doit être mise en parallèle avec l’olécrane. Au reste, le condyle lui-même est aplati et dirigé d’arrière en avant. La branche ascendante a souvent une hauteur considérable, comme , par exemple , dans le Lièvre.

Chez les Carnivores , le condyle de la mâchoire est placé en travers, et l’apophyse coronoïde antérieure ordinairement plus développée que la postérieure (2) , à cause de la force plus considérable des muscles masticateurs. L’articulation est ordinairement plus forte aussi , attendu que le condyle , de forme cylindrique , s’engrène tellement dans une fossette de l’os temporal , que, même après la destruction desligameiis, la mâchoire inférieure demeure adhérente au crâne. C’est

(l) Dans le Cochon d’Inde , elle fignre une petite crête ossense sîlaée en dehors , près des dents molaires.

(a) Cependant les deux apophyses sont également développées dans le Hérisson. i

SQUELETTE. 3oi

ce qui arrive dans la Martre , et surtout, d’après Home, dans la Loutre du Kamtschatka. '

Chez les Cochons , le Tapir et le Rhinocéros , la branche ascendante de la mâchoire inférieure est plus haute que chez les Carnivores , mais il n’y a pas non plus le moindre vestige d’apophyse coronoide postérieure , et le condyle est également transversal , mais plus sphérique cependant. Le même état de choses , à peu près, a lieu dans le Cheval (pi. xviir, fig. IX). Chez les Ruminans, au contraire^ le condyle est extrêmement plat 5 et comme la mâchoire inférieure est en même temps beaucoup plus étroite que la supérieure , ces deux dispositions contribuent par leur réunion à établir la possibilité du mouvement latéral qui est nécessaire pour la mastication du fourrage chez les Ruminans.

La mâchoire inférieure des Singes ressemble assez à celle de l’homme ; seulement elle est , comme celle de la plupart des Mammifères , étendue davantage en longueur, et par conquent elle continue à décrire un angle assez aigu. En même temps , le menton ne fait point encore saillie , comme chez l’homme (pl. xviii, fig. ii).

La réunion des deux branches latérales de la mâchoire mérite également de fixer notre attention , sous ce point de vue que , dans un très-grand nombre de genres, par exemple, chez les Carnivores, les Ruminans , les Rongeurs , etc., elle n’a jamais lieu d’une manière complète , qu’il est encore facile , même à une époque avancée de la vie , de séparer ces deux moitiés l’une de l’autre , comme chez beaucoup de Reptiles et de Poissons , et que par conséquent il persiste ici , pendant toute la vie , un état de choses qui cesse de très-bonne heure chez l’homme.

Si maintenant nous jetons un coup d’œil sur l’ensemble des différentes formes que la tête présente dans la classe des Mammifères, nous trouvons que le rapport général des os dq crâne aux os de la face est une des premières choses qui

3oa traité d’anatomie comparée,

de fixer notre attention. Dans les classes précédé^ les , en effet, le crâne était toujours une partie subordonnée, quant au volume, les mâchoires faisaient une forte sailKe, et une ligne tirée du point le plus saillant de l’os frontal à' l’extrémité la plus antérieure de la mâchoire supérienre , aurait été trouvée presque parallèle à l’horizon , par exemple dans le Brochet , le Squale , la Grenouille , le Crocodile, le Gasoar ,' etc. (4). Cette prédominance de la face sur le crâné n-ést point rare non plus dans les Mammifères , et, pours’eii convaincre , il suffit de comparer la tête d’un Cochon , d’un Cheval, d’un Hippopotame , etc., avec celle de l’hoimne; mais en meme temps on acquiert la persuasion quelle n’est qu’un résultat du développement général de l’organisme, et que plus un animal est jeune, plus aussi les mâchoires offrent eliez lui le caractère de subordination , que nous ne commençons à rencontrer comme état fixe ou constant qu’en nous élevant; jusqu’à Idiomme. Cette remarque , qui , au premier aperçu , semble eontredne la loi d’évolution établie par Harvey , en est bien au contraire une nouvelle confirmation, puisqu’elle prouve que , comme la colonne vertébrale' en général est la première partie du squelette qui se forme , de même aussi la colonne vertébrale crânienne doit nécessaifément se développer , dans la tête , avant ses appendices ou arcs vwtébraux antérieurs , les mâclioires.

Meekel (2) a appelé l’attention des anatomistes sur unë

(i)r Cette ligne est ce qu’on appelle la ligne faciale, de Camper. Si l’on en tire siinnîranément une depuis l’orifice externe du conduit andîtifjusqu’iiii bordiDierieur de l’orificeantérieurdes fossesnasales, la rencontre de ces deux lignes donne naissance, à facial. Or cet angle est, d’après Cnvièry

de 85 degrés dans l’Enropéen adolte, de 70 dans le Nègre , de dans, on. jeune Orang-ontang, de 4i dans le Chien de berger, et de 2 3 dans le Cheval. Mais owî doit certainement, préférer, à, celle méthode et à tontes les antres celle que Cuvier, a proposée , et qui consiste à comparer les uns avec les antres Içs diamètres verticaux, du crâne.

'{T^ Ahdtbmisck-phxsiol'ogiîche B'aobacTitungen , Halle 1822, in-8 , pag, — System- der''vêrgTeicJienden Atiatomié , rom.'lï , P. ir, pag,'586.'

sque^-ette. 3o3

particularité remarquable du squelette d® tête d^s Mammifères , qui consiste en ce qu’il règne un défaut de symétrie dans toute la partie antérieure de la tête des Çétaeés. Ce d^ faut est surtout saillant à la région nasale du Cacbalot , où la narine gauche est quatre fois plus grande que ia droite , de sorte qu’on n’eu aperçoit non plus qu’une seule daus les parties molles extérieures , l’os nasal du coté droit étant beaucoup plus graiid que celui du côté gauche , etc. (f). L’absence de symétrie est très-prononcée aussi dans le i^arwal , OÙ les os maxillaire et intermarillaire gauches spnî beaucoup plus volumineux que ceux du côté droit , et logent ordinairement la seule défense , ou du moins la plus grosse. Enfin, elle s’observe également dans la surface concave du front et de la mâchoire supérieure des DaUphias , dont la moitié droite est bien plus large que la gauche , et la narine du côté droit plus petite que celle du côté opposé. Les écarts si considérables de la symétrie , que le uévroaquelette offre en général dans cette classe, sont un souvenir de ce qui a lieu dans celle des Poissons , où le squelette de la tête s’éloigne tant de la symétrie chez les Pleuronectes.

aOfi.

Quant à la forme fatale du crâne des Mammifères , sa cavité est ordinairement plus oblongue que sphérique. Quelques Cétacés , par exemple le Lauphiu ( pi. xviii , fi^g. vu , viii ) , sont les seuls chez lesquels elle ait une forme à peu près sphérique , pr esque comme dans les Oiseaux. La cavité destinée à loger le cervelet est souvent séparée par des parois osseuses de la grande excavation antérieure , dans laquelle il arrive d’ailleurs fort souvent qu’on aperçoit à peine une distinction entre la fosse moyenne et lâ fosse antérieure. Le même que dans les Oiseaux aussi, la surface interne du crâne de la plupart des Mammifères présente des empreintes très-^sensibles

(i) Branot , mm. I , pî.- x-hi , 6g. »,

iaprès les. Rechejches. surJés G. CusSec.

3ô4 TRAITÉ D'AïJATOMIÉ COMPARÉE.

des circonvolutions cérébrales , et même dans le Dauphin , ainsi que dans rOrnithorhynque , les deux hémisphères du cerveau sont encore séparés l’un de l’autre par une faux osseuse , comme dans le Coq de bruyère. Le trou occipital se trouvant ordinairement à la face postérieure , et non à la face inférieure du crâne , la face basilaire interne de ce dernier est aussi presque entièrement horizontale ( fig. xiî) , la selle turcique fait peu de saillie, et les Singes sont les seuls- Mammifères chez lesquels on trouve , presque comme chez l’homme , une surface qui du trou occipital s’élève peu à peu jusqu’à cette selle.

^ Si nous nous attachons à la forme extérieure du crâne, l’attention du lecteur a déjà été portée sur le rapport des diverses sutures les unes à l’égard des autres , et il ne nous reste plus ici qu’à dire que toutes elles s’effacent de très-bonne heure chez l’Éléphant , dont le crâne semble , par conséquent, être formé d’une seule pièce, à l’exception du rocher, qui, suivant Cuvier , demeure toujours un os distinct. Sous ce rapport, nous trouvons encore un rapprochement remarquable avec les Poissons , en ce que toutes les sutures qui persistent chez les Cétacés sont squameuses.

Le crâne des Mammifères , surtout quand on le compare à celui des Oiseaux, présente encore une particularité , c’est que fréquemment sa surface extérieure porte , soit à la suture occipitale , soit aux sutures sagittale et coronale, ou sur leurs côtés , des crêtes considérables , dont les supérieures dépendent de l’insertion du muscle temporal , tandis que les postérieures sont dues aussi en partie à celle des muscles de la nuque, et qui, par leur saillie, annoncent le degré de force inhérente à ces muscles . Aussi ces crêtes ont-elles surtout une grande étendue dans les Carnivores. En effet , chez les Chiens, les Loups, les Lions , etc., où les fosses temporales s’ étendent jusqu’àlasuture sagittale, celle-ci est bordéed’une crête assez éle-

SQUELETTE. 3o5

vée dans toute sa longueur (1). Les fosses temporales des Rongeurs et des Ruminans ayant moins de profondeur , et ne se touchant point , les crêtes sont moins élevées aussi chez ces animaux. Enfin les fosses temporales ne se touchent pas non plus dans les Pachydermes , mais elles sont plus profondes , de sorte que les crêtes constituent des arêtes plus aiguës. Il leur arrive souvent aussi d’avoir une force considérable dans les Pinnipèdes (pl. xviii, fig. vu, viii), tandis qu’on n’en voit aucune trace chez les Édentés. Du reste , elles ne se développent que par une longue action des muscles , ét jamais on ne les rencontre chez les très-jeunes animaux.

La forme générale de la face nous oblige à entrer encore dans quelques détails sur les différences que présentent les cavités orbitaires et nasales.

Nous avons déjà fait remarquer , à l’égard des orbites , qu’elles ne sont point encore séparées des fosses temporales chez les genres inférieurs, dans les Rongeurs, les Édentés , les Carnivores, etc. Elles manquent également de plancher osseux , comme dans les classes précédentes , et l’apparence même d’une cavité orbitaire distincte a presque entièrement disparu dans la Taupe. De plus , chez la plupart des Mammifères , les orbites sont encore rejetées sur les côtés du crâne , comme dans les Poissons et les Reptiles , et leurs axes coïncident même à peu près ensemble dans les Cétacés. Chez les Mammifères ongulés ( pl. xviii , fig. ix ) ét les Carnivores , la cavité crânienne s’étend encore entre les fosses orbitaires , au lieu de s’arrêter au dessus , comme chez l’homme , de sorte qu’ici également les axes de ces cavités doivent se rencontrer sous un angle assez ouvert. Dans plusieurs Rongeurs (le Lièvre par exemple) , où les orbites ont des dimensions considérables , et rappellent la forme de la tête des Oiseaux , ces

(i) Elles sont considér ailes aussi dans quelques Singes , tandis que, chez d’autres , on les aperçoit peu ou point.

3o6 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE,

cavités ne sont souvent séparées non plus que par une cloison mince , comme chez ces derniers animaux , et les deux trous optiques se confondent en un seul ; mais l’axe lui-même de chaque orbite continue toujours à être fortement dirigé en dehors. C’est dans les Makis et les Singes seulement que les orbites se rapprochent et se ferment davantage ; l’angle de leurs axes devient même plus aigu que chez l’homme.

Relativement à la cavité nasale , nous l’avons trouvée double dans les Poissons , et nous avons vu aussi qu’elle avait deux entrées chez plusieurs Reptiles. D’autres Reptiles , au contraire , par exemple les Tortues et le Crocodile , ne nous ont offert qu’une seule ouverture extérieure. Enfin;, nous avons remarqué , dans les Oiseaux , que cet orifice lui-même était partagé en deux par les apophyses nasales médianes de l’os intermaxülaire. L’Oroithorhynque paraît être le seul Mammifère où l’on aperçoive encore deux ouvertures nasales extérieures , situées à peu près à l’extrémité ^ l’os maxillaire , qui est plat. Chez les autres , l’orifice nasal osseux est toujours simple , comme chez l'homme , et il n’est divisé que par un cartilage ; mais , du reste , sa forme varie à l’infini. On doit surtout remarquer l’orifice nasal des Dauphins et des Baleines , qui est dirigé tout-à-fait vers le haut , et qui dégénère en un court canal descendant presque perpendiculairement jusqu’à la cavité gutturale, canal au moyen duquel, par un niécanisme dont nous donnerons plus tard la description , l’eau peut être rejetée de la gorge au dehors. C’est à peu près de même que se comporte la large ouverture nasale de l’Éléphant, que les racines des puissantes défenses refoulent également beaucoup vers le haut. Dans les autres genres, surtout chez les Ruminans et les Solipèdes , l’ouverture nasale a une largeur considérable , et il lui arrive souvent d’être couverte par une pointe que forment les os propres du nez. Chez les Carnivores et les Rongeurs , elle se trouve reportée davantage vers le bout du museau , et comme tronquée net ,

surtout dans les Rongeurs. Chez quelques Chauve-souris , elle n’est point séparée de la cavité orale par un plancher osseux (1). Dans les Singes , elle est conformée presque Comme phez l’homme ; mais ordinairement elle descend Bien plüs bas vers le bord des dents incisives, elle est plus large en haut qu’en bas, et enfin elle est dépourvue d’épine nasale antérieure à son bord inférieur.

Il ne sera point cléplaçé maintenant d’énumérer en peu de mots les différens trous et lps diverses fissm’es du crâne qui livrent passage à des nerfs et à des vaisseaux :

1“ Le trou condyloîdiew qrfitèriem , àl’ûccipital t premier trou vertébral du crâne) (2), pour la sortie- du nez hypoglosse , existe généralement, et , si.Don excepte quelques Cétacés , il est la plupart du temps simple. Petit dans les Carnivores, il est plus grand que partout ailleurs dans l’Ornithorhynque et les Fourmiliers.

/Le trou Gondyloïdien postérieur , destiné à établir unO communication entre les veines internes et externes de la tête, est fort inconstant sous le rapport de sa fomie , de sa situation et de ses dimensions. Ç’est chez les Singes , les Rüminans èt les Carnivores qu’on le trouve de la manière la plus prononcée.

3'^ Le trou déchiré postérieur forme , de chaque côté , conlointement avec l’antérieur, le preçaier trou intervertébral de la colonne vertébrale céphalique , lequel est partagé en deux par rintervertèbre , et principalement destiné à la première paire de nerfs intervertébraux. 11 livre passage à la

(i) D’après Geoffroy St-Hilaire {Mémoires du Muséum d'Jiist. nat., iS iS),elle ne l’est pas non plus dânsies Musaraignes, parce que l’os maxillaire reste' aussi ouvert dans le milieu chez ces aniniànx.

(a) La colonne vertébrale crânienne, qui diffère à tant d’égards du rachis j s’en distingue encore, parce que les nerfs n’y sortent pas seulement' entre les vertèbres, maisencorea fraeew ces os.

3p^ TRÀ.ITÉ d’aMTOMIE comparée.

paire pigi}e et à la veine jugulaire interne. Il est grandsurîout , dans, les Cétacés , irrégulier et reporté fort en avant. Chez les autres Mammifères , il constitue la plupart du temps une ouverture oblongue , divisée en plusieurs trous par un pont osseux. Il est fort petit dans les Ruminans.

4° Le trov, déchiré antérieur manque chez le Cochon d’Inde et la Marmotte ; mais d’autres Rongeurs , tels que le Lièvre et le Castor , en sont pourvus.

ô° Le canal carotidien perce le rocîier dans les Singes , comme chez lliomme. La même chose a lieu chez plusieurs Carnivores; Dans la plupart des autres Mammifères , il se confond entièrement avec le trou déchiré antérieur.

-6° Le frp/u ovale et le trou roîitZ (les deux trous vertébraux pour des branches du nerf trijumeau de la seconde vertèbre crânienne ): se confondent aussi quelquefois avec les ouvertures voisines ; le premier avec le trou déchiré antérieur , par exemple dans plusieurs Rongeurs , les Pachydermes , les S6lipèdes et les Fourmiliers ; le second avec la fente sphénoïdale , dans lés Phoques , les Morses , les Ongulés et quelques Rongeurs , par exemple le Castor et le Porc-épic.

7“ La fente sphénoïdale est le second grand trou intervertébral de la colonne vertébrale crânienne , pour la branche ophthalmique du nerf trijumeau , et , à proprement parler j pour les nerfs oculaires en général , avec cette seule différence qu’ici il ne se forme point d’intervertèbre aussi distincte que l’est , dans le premier trou intervertébral , la vertèbre auditive qui reçoit le nerf auditif. Dans l’Ornithorhynque , et en partie dans le Kanguroo , elle se confond avec le trou optique. Chez la plupart des Mammifères aussi, elle a moins la forme d’une fente que celle d’un trou rond , ce qui mérite d’être remarqué comme rapprochement avec la forme des trous intervertébraux ordinaires.

8° Les trous optiques , trous vertébraux de la troisième vertèbre crânienne , varient surtout quant à leur écartement ou à leur rapprochement , deux circonstances qui dépendent du

plus OU moins de largeur du corps de la troisième vertèbre crânienne. Ainsi , chez le Lièvre , où ce corps est fort étroit , les trous optiques se confondent en un seul ; il en est presque de même dans le Kanguroo , quelques Rongeurs , les Solipèdes et les Cochons ; mais, dans le Phoque , le Porc-épic , le Lynx , etc, , ils sont très-écartés l’un de l’autre.

Si , pour terminer ces considérationsrelatives au névrosquelette des Mammifères , nous jetons encore un coup d’œil comparatif sur les particularités distinctives du squelette humain, nous trouvons que les points suivans doivent être sjpécialement signalés (d).

1° A l’égard de la forme des os en général , ils sont limités par des lignes et des surfaces d’un ordre plus relevé chez l’homme que chez les Mammifères, Les os humains l’emportent incontestablement sur les autres par la beauté des lignes bicourbes, c’est-à-dire courbées dans le sens de deux dimensions à la fois.

2° Relativement à la colonne vertébrale , le rachis est plus décidément subordonné à la colonne vertébrale crânienne ; le rachis , en général , et les vertèbres caudales , en particulier , sont plus resserrés ; les vertèbres crâniennes ont acquis plus de développement ; et la flexion remarquable que le port naturel de l’homme imprime à l’ensemble de la colonne vertébrale , place le crâne au point culminant de cette dernière , tandis que les vertèbres faciales du nez , réduites à de simples arcs vertébraux, par opposition avec celles de la queue, qui le sont à des corps vertébraux , s’abaissent dans la même direction que celle suivant laquelle le rachis s’élève , conformation qui est une condition essentielle de la beauté du visage , et qui produit l’angle facial de quatre-vingt-dix degrés dans la tête humaine idéale. Si l’on compare avec cet état de

(i) Voyez, ponr.plns de^détails à ce sojet, mes Recherches sur les parties au tom.Iiyde cet ouvrage. , ... ' r.-

3io traité d’anatomie comparée.

choses celui qu’on observe chez les Singes qui ressemblent le plus à l’homme , on trouvé que la ligne faciale et la ligne dorsale se coupenttoujours à angle presque droit; que le front, couvercle de la vertèbre sincipitale, fuit toujours en arrière ; que la région maxillaire , si noblement subordonnëë chez l’homme aux appareils de la sensibilité pure , fait saillie en avant; que le trou occipital est placé plus en arrière, et qu’à la partie postérieure dü crâne , il n’y a point de vôùte correspondante aux lobes postérieurs du cerveau. Or ,1a tête de l’homme n’offre jamais dé formes qui se rapprocheiit de celles-là que par suite d’un vice dè conformation , Ou dans les races inférieures de l’espèce.

Si le caractère du squelette humain s’exprime incoritesta' blement de la manière la plus précise dans la forme qu affecte la plus noble de ses portions , le squelette de là tête , les aütres régions ne sont pas dépourvues non plus de partleillàrités remarquables. En effet ;

3° Le tronc nous offre les conditions qui rendent possible la station droite du squelette entier. Telles sont entré àütres la largeur du thorax au dos et à la poitrine. Mais l’hahitùde de se tenir debout influe bien davantage encore sür la formé du bassin ; le sacrum est large et bombé , le cdCcÿx court ét caché dans les chairs ; les liions sont larges et coücaveS en dessus , pour servir d’appui aux viscères dü bas-ventré ; en un mot , la forme de tous ces os est calculée de rilànièrê qüè le haut du corps trouve en eux une base sdlide ét sûrë;

4“ Enfin , on ne peut pas non plus nléconüàîtré , dàiis léé membres eux-mêmes , le cachet d’une conformation plus noble. Chez aucun animal , les membres postérieurs iie procül’ëfit un appui aussi solide à tout le corps , par la réunion des ds robustes du tarse et du métatarse én une voûte résistante , ét chez aucun non plus , la main n’est construite de manière à pouvoir non-seulement se mouvoir en toute liberté , mais encore devenir un organe sensoriel délicat. Ainsi, par cela ëèül

squêLètte. 3ïî

qu’il est Bipède , c’est-à-dire que les membres dont il sé sert pour marcher sont complètement sépatés de ceux qu’il emploie pour palper et saisir les corps , l’homme se distingue déjà suffisamment des Quadrupèdes, car les prétendues mains des Singes doivent , rigoureusement parlant , être considérées plutôt comme deS pieds que comme de véritables màihs , tant à cause de leur étroitesse , que parée qu’èfles sont eucoïe principalement destinées à la marche.

Ces considérations générales suffisent donc pour nous faire abandonner à de moroses hypochondriaqüês riiypôthèse que , l’homme et leS Singes appartiénnënt au même genre , ou seulement à la même clâsse. Elles nous obligent à reconnaître que la subordination des parties . eh raison dë leur importance j et leur réunion en un tout harmonique ^ éft Un mot qüè le jeu d’une organisation supérieure existe d^à d'âris le squelette humain à un degré de perfection qué nous n’ avions trouvé jusqtie-là dans aucun autre genre.

Splanchnosquelette. — • ChezlésMammifêréSj lè splanchnosquelefte du tronc se prononcé ■ Sur plusieurs pOihts , comme dans les classes précédentes. .

1° A la région respiratoire essentielle , c’est-à-dire au cou et à la poitrine , il se manifeste ^ comme dans les deux classes précédentes, sous la forme de squelétUlàryngiea , de squelette trachéal et de squelette bronchial. Ne pouvant nous" dispenser de revenir sur ces parties lorsqu’il sera question des organes de la respiration, nous nous contenterons d’en faire connaître ici les particularités les plus importantes.

a. Les anneaux, ou protovertèbres j qui entourent ce canal aérien , conservent plus généralement ici lè éâraclère de cartilage, qui appartient en propre au splâîichhosquelette.

b. Ils subissent quelquefois, à la trachée-artère elle-même, des divisions qui font ressortir davantage leur ahaiogie avec

3 12 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.

des côtes. Ainsi, dans le Lion, d’après Rudolplii, six anneaux se partagent en arcs latéraux qu’une longue pièce sternale moyenne unit en devant , de la même manière que le sternum réunit ensemble les côtes pectorales (1).

c. Aux anneaux du larynx se joint encore le rudiment d’un autre anneau qui n’existe point dans les classes précédentes , savoir l’épiglotte.

d. Les anneaux cartilagineux ne prenant point un développement considérable à la bifurcation de la trachée-artère , ceux du larynx se perfectionnent davantage et acquièrent plus de mobilité. De là vient que , ce dont on ne rencontre d’ailleurs qu’un seul exemple , les arcs du cartilage thyroïde se prolongent en arrière, au point d’embrasser le commencement de l’œsophage , à la partie postérieure duquel ils se rencontrent et se touchent , disposition qu’on observe dans l’Ornithorhynque , d’après Meckel. De là vient aussi que le cartilage thyroïde se divise fréquemment en deux arceaux (pl. XX, fig. Il, a),, et que souvent l’appareil entier acquiert un volume énorme, comme on le voit, par exemple, dans le cartilage cricoïde ( pl. xvin , fig. ii , 2 ), le cartilage thyroïde {ihid. 1) et l’épiglotte {ihid. 4) des Singes hurleurs. Enfin les cartilages aryténoïdes se distinguent par leur mobilité , et les forts cartilages dentelés que les Oiseaux présentaient sur les côtés de la glotte sont convertis ici en petits cartilages de Santorini , appartenant aux ligamens de cette glotte.

2° Le splanchnosquelette du tronc se manifeste encore à l’urètre , c’est-à-dire dans la région opposée à la voie de la respiration aérienne, comme voie de respiration fœtale (prolongement du canal allantoïdien). Il y ^voôxîAXosdelaverge, os de forme allongée et conique, qui se termine par une épiphyse cartilagineuse { pl. xx , fig. xii ) , et qui offre une

{i) mçs Tabuîce illustrantes , CAh. Il , m.

SQUELETTE. 3l3

gouttière longitudinale destinée à recevoir l’urètre. Il a de grandes dimensions dans les Baleines et les Carnivores ( par exemple les Chiens et les Plantigrades ). Les Mammifères ongulés et l’Hyène en sont dépourvus , d’après Cuvier , et il est peu volumineux dans les Chats , les Singes , les Rongeurs. L’analogue de la verge , ou le clitoris, contient aussi un petit os chez les femelles du Chat , de quelques Rongeurs , de la Loutre et de l’Ours.

3° Enfin on rencontre encore çà et là des ossifications remarquables dans quelques autres organes appartenant à la sphère végétative , par exemple dans le coeur du Cerf et le diaphragme du Chameau ; nous y reviendrons en traitant de ces organes.

Le splanchnosquelette de la tête se divise, à peu près comme chez les Reptiles , en appareil costiforme , hyoïde , et en rayonnemens onguiformes , qui sont des vestiges de membres, dents. Les uns et les autres devront nous occuper encore lorsqu’il s’agira des organes de la nutrition , c’est pourquoi nous n’indiquerons ici que ce qu’ils offrent de plus particu- , lier et de plus essentiel.

Quant à \ hyoïde , on reconnaît encore bien positivement dans ses arcs le type des classes précédentes. Chacun d’eux se compose originairement de quatre arceaux ( par exemple dans le Putois , pl. xx , fig. ii ) , dont les deux plus inférieurs se soudent avec le corps ( en quelque sorte corps de vertèbre sternale ). Les deux portions supérieures, quand elles sont soudées ensemble , reçoivent ordinairement le nom d’os styloïdien , lequel a surtout un grand volume dans les Ongulés ( pl. XX, fig. I, B, e ). Cependant ces arceaux s’effacent d’autant plus, en s’unissant ensemble, que la forme générale se rapproche davantage de celle de l’homme. Ils ont disparu en grande partie chez les Singes ; on n’en trouve plus aucune trace dans les Singes hurleurs ( pl. xviii, fig. m ), et chez l’homme, il n’y en a que de simples rudimens , appelés

3l4 ' TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE,

petites cornes de l’hyoïde. Mais au corps de ce dernier tiennent encore une paire d’arceaux ( grandes cornes de l’hyoïde , chez l’homme ) , qui s’étendent directement d’avant en arrière dans les Singes hurleurs ( pl. xviii fig. n , 6 ), et n’offrent pas non plus de bien grandes différences chez les autres Mammifères. Ils paraissent être les rudimenspersistans du premier des trois arcs branchiaux qui existent chez l’embryon , mais s’oblitèrent d’ailleurs de très-bonne heure.

A l’égard du corps de l'hyoïde des Mammifères , il offre d’abord ( surtout chez les Ongulés et les Rongeurs ) l’apophyse , dirigée en avant (pl. xx, fig. i, a), qui, chez les Oiseaux , portait fréquemment l’os lingual ; mais ce dernier n’existe plus , et tout au plus est-il indiqué par un fibrocartilage contenu dans la substance de la langue , siu’ lequel nous reviendrons plus loin. En second lieu , il est remarquable en ce que, dans les Singes hurleurs , seul genre chezléquel on observe un pareil état de choses, il représente un ^ os creux et rempli d’air , sorte de répétition du squelette des Oiseaux. Chez ces animaux effectivement, il se renfle en une vaste poche osseuse (pl. xviii , fig. ii, 5 ) qui reçoit l’air du larynx , et qui imprime un retentissement énorme à la voix.

Qiiant aux rayonnemens du splanchnosquelette j qui procèdent de l’épithélion, au pourtour de la cavité orale , il est digne de remarque qu’ils conservent le type du tissu corné chez les Mammifères inférieurs, tels que les Cétacés etl’Ornithorhynque, et qu’ils n’existent même point encore dans les Fourmiliers.

En nous bornant à signaler ici ce que ces formations offient de plus remarquable , nous devons d’abord parler des parties cornées qui , chez les Baleines , garnissent les côtés de la voûte palatine. Dans la Baleine franche, on trouve de chaque côté , à la mâchoire supérieure , plus de trois cents lahies cornées (fanons) , presque perpendiculaires de dèhofs

SQUELETTE. 3l5

en dedans , dont les moyennes ont dix à quinze pieds de long , sur dix à onze pouces de large , mais qui sont toutes frangées par le bas , et entre lesquelles il en existe d’autres encore plus petites (1).

On peut en rapprocher non seulement les siiigulières plaques dentaires cornées de la Vache marine Stelhri),

qui sont grandes ^ oblongues , composées de fibres perpendiculaires, et fixées de chaque côté aux mâchoires supérïeùre et inférieure (2) , mais encore les dents cornées plus petites et construites sur le même modèle , de l’Ornithorhynque.

A ces divers tissus se rattachent aussi , mais d’après un type que nous avons déjà trouvé dans les Poissons j lès Reptiles et les Oiseaux , les délits cornées , de forme conique 5 qui garnissent la langue d’un si grand nombre de Mammifères , notamment parmi les Chéiroptères et les Carnivores (3);

Viennent maintenant les dents coniques sim|)les , déjà formées de substance osseuse et d’émail , dont Geoffroy Saint- Hilaire assure qu’on rencontre, mêihe dans la mâchoire inférieure de la Baleiné , des germes promptement effacés , mais qui existent , comme forme constante ^ et eh très-grandè quantité, chez les Dauphins et les Cachalots (pl. xviii ,

fig. VI).

Chez lès Mammifères supérieurs, les dents acquièrent plus de fixité soüS le rapport de leur nonlbrè , et prennent d’autres formes. On peut ici les partager , commé celles de f homme , en Canines , qui sont les répétitions des premières dents coniqüëS dont nous venons dé parler , en inciSiies et en molairès. Mais toutes sè forment dans la merhbtâhe muqueuse , par le moyen de germes libres , et ri’adhèrèht que plus tard au névrosquelette. Elles se montrent d’abord sous l’aspect de gaines endurcies, d’enveloppes onguiformes

(i) Voyez BaANDT et Ratzeburg , Àrzneïliche Thiere , iàm. I. pàg. ira.

(a) Voyez Bbakdt , sar la strnctare des dents de la Vache mariné.

(3) Voyez mes Tahulœ illustràntes , câh. II, pl; ni et iv, cab, IV,

pl. VH.

3i6 traité d’anatomie comparée.

sécrétées autour de papilles molles et vasculaires ( pulpe dentaire) , qui n’envoient d’ailleurs ni nerfs ni vaisseaux dans la substance dentaire. Aussi les couronnes se formentelles les premières ; les racines ne viennent qu’ après , et à mesure quelles croissent, elles chassent les couronries en avant. Il y a même des animaux chez lesquels l’accroissement des racines continue toujours, de sorte que la dent ne cesse point de croître , comme un ongle de doigt; c’est ce qui a lieu dans les défenses des Éléphans et dans les incisives des Rongeurs , quoique ces dernières s’usent à mesure qu’elles poussent (1).

Les Cétacés, par exemple les Dauphins, présentent cependant une exception remarquable à ce mode ordinaire de formation des dents des Mammifères. Chez ces animaux , en effet , de même que chez la plupart des Poissons ^ les dents se forment , d’après Hunter (2) , sur les mâchoires , qui ne les enveloppent que peu à peu , à mesure qu’elles-mêmes s’accroissent. Du reste , il est possible qué ce mode particulier de formation soit la cause pour laquelle les animaux chez lesquels on l’observe n’ont point deux dentitions successives et perdent si fréquemment leurs dents avec l’âge.

'Le& dents canines manquent souvent, par exemple, chez les Ruminans à cornes creuses , les Rongeurs , les Éléphans, les Rhinocéros et les femelles des Solipèdes. On n’en voit quelquefois qu’à la mâchoire supérieure , comme dans le Morse. Fréquemment aussi elles acquièrent des dimensions considérables, comme dans le Morse, dans l’Hippopotame, dans le Babiroussa, où celles du haut percent la mâchoire sur le côté , enfin dans plusieurs Carnivores et Singes.

(1) Voyez plusieurs remarques à ce sujet dans F. Lavagna, Esperienze e rîfiessioni sopra la carie de‘denti. Gênes , 1 8 1 2 , et dans J .-E. Oudet , Expériences sur l’accroissement continuel et la reproduction des dents chez les Lapins. (Magendie, Journ. de physiol. expérim., janvier iSzS).

(2) Voyez Tiedemakn’s Zoologie, tom. I, pag. 565.

Il est rare que les dents incisives manquent tout-à-fait , comme dans l’Ornithorhynque , les Tatous et les Paresseux. Plus souvent elles n’existent point, soit à la mâchoire supérieure (Ruminans armés de cornes et de bois) , soit à l’inférieure (Éléphant , Morse , Narwal ^ Dugong). Du reste , elles ressemblent souvent à celles de l’homme pour la forme. Cependant elles se font remarquer , chez certains Mammifères (principalement l’Éléphant , le Narwal (1) et le Dugong), par leurs dimensions , et chez d’autres (les Rongeurs surtout) par leur courbure et leur tranchant taillé en biseau.

Les dents molaires sont celles qu’on rencontre le plus généralement. Le Narwal est le seul Mammifère qui , avec ses défenses , n’en ait point d’autres. Leur forme diffère d’une manière remarquable chez les Carnivores et chez les Herbivores. Dans les premiers ( par exemple le Chat , la Martre , le Chien), elles sont aplaties d’un côté à l’autre , et se terminent supérieurement par une ou plusieurs pointes aiguës ( à peu près comme les dents des Squales ) ; aussi l’animal les emploie-t-il moins pour broyer ses alimens que pour les couper , ce qui fait aussi que leur couronne ne s’aplatit point par l’usure. Dans les Herbivores proprement dits, au contraire j dans l’Éléphant , chez lequel d’ailleurs chaque moitié de mâchoire ne contient qu’une seule mâchelière , ou tout au plus deux, au moment de la seconde dentition , dans les Ruminans, les Solipèdeset les Rongeurs, les dents molaires ont de larges surfaces triturantes , souvent marquées de sillons transversaux, dont les saillies correspondent aux creux des dents opposées, de sorte que l’animal peut broyer parfaitement les feuilles à l’aide du mouvement latéral que l’aplatissement

(i) Quoiqu’on ne trouve ordinairement chez cet animal qu’une seule défense longue , et en quelque sorte tordue sur elle-même , il en a cependant deux , mais qui ne croissent pas également , de sorte que l’une d’elles ( la droite ) tombe de bonne heure , tandis que l’antre ( la gauche) pousse plus tard.

3l8 TRAITÉ d’as ATOMIE COMPARÉE,

du condyle de la mâchoire inférieure lui permet d’imprimer à cette dernière. Les dents des Omnivores , par exemple des CopliéPS , des Singes et de T homme lui-même, font le passage entre ces deux formes opposées (1).

Si l’on considère les dents sous le point de vue de leur structure , on peut les rapporter , avec Home (2) , à trois classes :

1'* Celles dont la couronne et le corps sont revêtus d’émail, mélange de phosphate calcaire et de gélatine, que la mem-r brane de la cellule dentaire séccète sous forme cristalline. Ici se rangent les dents de l’homme , des Carnivores et des Omnivores , ainsi quelesgrandës défenses de l’Éléphant , etc.;, où cependant la couche d’émail est fort mince ;

2“» Celles que l’émail n’entoure pas de toutes parts, et où la surface supérieure est eu partie formée de substance deur taire proprement dite , ou d’ivoire , masse osseuse qui , d’après Brandes , doit sa plus grande dureté à une addition de carbonate calcaire. Cette classe comprend , par exemple , les dents incisives des Rongeurs , où l’émail qui couvre la face antérieure de la dent s’use moins vite que l’ivoire placé en arrière , ce qui détermine la forme de biseau que prend le sommet de la dent. Ce phénomène est surtout facile à constater sur les dents du Castor ;

Celles qui , indépendamment de l’émail et de l’ivoire , contiennent encore une troisième substance plus rapprochée que les deux autres de la véritable substance osseuse, d’aprcs les recherches de Brandes (dents composées et demicomposées de Cuvier). On peut citer surtout pour exemple les molaires de l’Éléphant 5 mais cette classe embrasse auæi

(1) Voyez , snr les diverses formes des dents des Mammifères , F. Cuvier, Des dents des Mammifères , Paris iSaS, in-8, fig. — E, Rousseau, Anatolie comparée du système dentaire chez l’homme et les prinçipatis animaux, Paris 1827 , in, 8 , fig.

(2) Lectures on comparative anaioitiy , pag* i?®*

SQUELETTE. 3ig

les dents de plusieurs Ruminans, Rongeurs et autres. Ce qui mérite spécialement d’être remarqué à leur égard , c’est que la membrane dont la fonction consiste à sécréter l’émail, se plisse diversement (1) , et produit par là les différentes figures que la substance émailleuse elle-même offre sur la surface triturante. Ainsi l’émail forme des bandes on^ duleuses profondes dans les Ruminans , une série de plaques rhomboïdales perpendiculaires à la surface triturante dans l’Éléphant d’Afrique , des lignes ondulées parallèles dans l’Éléphant d’Asie. Du reste , comme le nombre des plaques^ augmente avec l’âge , et que l’émail est évidemment sécrété par une membrane particulière , on pourrait regarder ces plaques comme autant de dents distinctes.

Quant à la troisième substance des dents de la dernière classe , qui constitue une sorte de cément , Home l’attribue , comme d’autres os plats , à l’ossification des membranes sécrétoires de l’émail ; mais Cuvier la considère comme le produit d’une nouvelle sécrétion de ces mêmes membranes devenues plus épaisses et spongieuses , opinion assez peu probable , car on conçoit diôicilement qu’une seule et même surface puisse fournir deux sécrétions différentes l’une après l’autre.

Les Mammifères ont deux dentitions successives, qui, autant qu’on a pu s’en assurer jusqu’ici , s’effectuent à peu près comme chez Thomme , c’est à-dire que les dents qui tombent pour faire place à d’autres , sont toujours de préférence celles qui avaient paru d’abord , et qui , à l’époque où. les mâchoires étaient moins longues , s’étaient formées presqu’en même temps que celles qui les remplacent, phénomène explicable par l’allongement des mâchoires ellesmêmes , dont l’effet est de ranimer une seconde fois la force

(i) Ce plissement rappelle la forme des crochets à venin des Serpens, et, comme chez ces derniers , il se rapporte à une sécrétion , pnisqne les dents plissées sont sitnées vis-à-vis da conduit excréteur de la salive.

8aÔ TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.

productive dans leur bord dentaire. Ainsi Home (1) a trouvé, dans les deux mâchoires du Sanglier , seize molaires de lait , derrière lesquelles , avant qu elles tombent', il se forme , par suite de l’allongement de la mâchoire , d’abord une , puis une seconde molaire grosse et en quelque sorte double ; par conséquent, à l’âge de sept ans, avec les seize dents renouvelées , on compte vingt-quatre molaires , et cependant il se forme encore alors une nouvelle cellule contenant un germe dentaire , parce que la branche de la mâchoire continue toujours à s’allonger. Sur les vingt-quatre molaires des Ruminans, il y en a, selon Cuvier , douze qui changent. Les deux dentitions servent, dans le Cheval, jusqu’à l’âge de dix ans , pour déterminer l’âge de l’animal. Le poulain a , dans chaque brqnche de la mâchoire , après trois mois , les six incisives de lait , et , à six mois , les trois molaires de lait ; les deux incisives du milieu {pinces) tombent à trois ans, les deux {mitoyennes) , une année après, et les deux

plus extérieures {coins) , six mois plus tard; les incisives de remplacement présentent sur leur table une cavité ( germe de fève ) , que l’usure de la dent fait disparaître peu à peu ; les pinces rasent à sept ans , les mitoyennes à huit , et les coins à neuf ; les canines ( crochets) ne paraissent qu’à quatre ans ; à sept , elles sont un peu émoussées ; à huit , elles sont toutà-fait usées et allongées par l’affaissement de la gencive-, les molaires de lait tombent vers la troisième année,, et sont remplacées par d’autres plus nombreuses. Le changement des dents présente surtout des particularités remarquables dans l’Éléphant. Chez cet animal , les défenses de lait paraissent à sept ou huit mois, s’allongent d’environ deux pouces , ne sont point creuses , et tombent au bout d’un an ; celles qui les remplacent sont d’abord noires et rudes au toucher , mais elles se polissent avec le temps ; en deux mois, elles ont déjà un pouce de long , et leur poids s’élève par la

(i) Lectures on comparative anatomy , pag. 184.

SQUELETTE* SaX

suite jusqu’à cent cinquante livres et plus. Huit molaires sè forment dans chaque branche de la mâchoire , non pas Tîme à côté de l’autre , mais l’une derrière l’autre , ou plutôt l’imé au dessus de l’autre , et de telle manière que l’animal eri emploie toujours deux à la fois , parce qu’une nouvelle pousse à côté de celle qui s’use. Cependant les dents qui paraissént en dernier ont toujours un plus grand nombre de lames perpendiculaires ; ainsi on en compte quatre dans la première molaire , qui se forme peu après la naissance , huit à neuf dans la seconde , qui entre en exercice pendant la secondé année , douze à treize dans la troisième , quinze dans la quatrième, et vingt-deux à vingt-trois dans la septième et la huitième.

Dermatosquelette. - — ■ Les particularités de toutes les classes précédentes de Céphalozoaires devant se répéter dans celle des Mammifères envisagée d’une manière générale , les formations qui se rapportent au squelette cutané y offrent un nombre infini de variétés ; depuis les anneaux semblables à des protovertèbres qui cuirassent les corps de certains Poissons et Reptiles, jusqu’aux plaques isolées , hexagones ou pentagones , et aux tiges des plumes , converties en épines , nous voyons tout s’y reproduire. On peut cependant ériger en loi que plus le type d’organisation d’un genre est élevé , plus aussi cés parties dures extérieures disparaissent , de sorte qu’il ne reste plus chez l’homme que les cristallisations squaniiformes les plus déliées de l’épiderme , les ongles , et les productions cutanées qui appartiennent en propre à la classe, les^oi/s.

Les parties même les plus grossières du dermatosquelette demeurent concentrées dans le cercle des formations cornées chez tous les Mammifères aujourd’hui vivans, et l’on ne connaît que la cuirasse écailleuse du Mégathérium (4) qui con-

(i) Voyez la figure de ee dermatosqnelelte remarquable dans Wkiss,

I ai

3a2 TRAITÉ d’amAtqmie coaipArée.

^t?0&^;<fe;^ârbonate calcaire. A cette division peuvent être EUppoptées les cuirasses réellernent semblables à celles des Saui’jens ou dçs Chéloniens , qui se voient chez les Tatous , le^ Pangolins et le Chlamyphorus (1) , les plaques cornées en fqrme d écaillés dont est garnie la queue de plusieurs Rongmp^s , le Castor par exemple, et les plaques cornées plus fortes - bexagones ou pentagones , que porte la peau de divers pacliYdermes , le Rhinocéros entre autres. On peut consiflerer aussi comme des gestes d’anneaux ou de cônes corlaés semblables , à l’extrémité des membres , les ongles , les griffes et les sabots , dont les formes diverses ont si souvent , été employées pour fournir des caractères propres à l’étabhssement des classifications. Ici se rangent encore l’épine placée au bout de la queue du Lion (2) , les soupapes cornées qui terminent la queue d’un Chéiroptère {Diclidurus ah hua ) (3) , de même que la portion cornée des cornes de Ruminans , et les cornes du Rhinocéros , qui représentent en quelque sorte des apophyses épineuses du dermatosquelette ^u desms des vertèbres faciales. Au reste , toutes ces formations cornées sont remarquables par leur structure. En les examinant avec soin , on reconnaît que le poil en fait essentiellement la base , c’est-à-dire qu’elles résultent d’un amas de cylindres cornés , déliés comme des cheveux , et ordinairement parallèles les uns aux autres. Il n’y a d’exception à cet égard que pour les bois , dont nous avons donné la description plus haut ; car la substance osseuse et la substance cornée .s’y unissent et s’y combinent ensemble d’une manière remarquable.

Veber die suedliçhe Ende der Gebirgszugs von Branllen ( Sçhrift, der Ahad. der Wissensch. zti Berlin ; phjs. Klasse , tom. I. ); un lambeau de ce squelette est représenté pl. xx , fig. vi.

(t) Voyez mes Tabulœ tÜustranles cah. Il , pl. ii.

(a) Voyez Jæger, Beitrcege zur Anatomie des Loeven^ dans MeckeIi’s Arehiv, tom. VI , cab. I , pag. 55.

pâg- jG3o.

SYSTÈMÉ MUSCUIAIKE.

Quant à ce qui concerne la formation du poil isolé, de la soie ou du piquant ( par exemple dans le Hérisson et le Porc- Épic) , on peut très-bien la comparer à celle de la plume. Comme cette dernière , un poil est produit par une mucosité chargée de charbon animal , qui se développe dans l’intérieur d’une cavité du tissu cutané , se dépose par couches successives de bas en haut , et s’allonge ainsi en un cylindre corné rempli de tissu cellulaire. Les soies torses qui entourent la bouche des Amphibies ont surtout acquis un grand développement. J’ai trouvé aussi les soies des Morses , qui ont une à deux lignes d’épaisseur , presque ossifiées , ou contenues dans des gaines osseuses à leur racine (i).

J’aurai encore occasion de revenir sur ces diverses parties du dermatosquelette des Mammifères lorsque je traiterai de l’organe cutané.

. SECTfOM ÎIÎ.

HISTOIRE DES ORGABTES QUI ACCOMPLISSEÎfT LE MOUVEMEHT CHEZ LES ANIMAUX.

Pour se faire une idée exacte de la manière dont les organes qui accomplissent le mouvement se développent dans la série animale , il est indispensable d’entrer d’abord dans quelqnes considérations générales sur l’essence du mouvement animal en général et sur le mode de formation de la fibre musculaire.

La première chose qu’il importe de rappeler à cet égard , c’est que la forme fondamentale de tout mouvement peut êti*e exprimée par l’antagonisme entre attraction et répulsion.

(i) On trouve beaucoup de remarques instructives sur la formation des poils et sur les diverses productions cornées du dermatosquelette de cette classe et des classes précédentes, dans tlEusiNGÉa, Spiem der Histologie t P. Il Éisenàcli , i822 ,in^4> *

3a4 TRAITÉ d’aNA-TOMIE comparée.

Si nous supposons ces deux forces agissant dans un être individuel , l'attraction condensera la masse du corps vers un point donné de l’intérieur de son corps , et se manifestera par le phénomène de la contraction ; la répulsion , au contraire , chassera la masse du corps d’un point donné, l’éclaircira , la dissipera , et se manifestera par le phénomène de l’extension. La contraction et l’extension doivent, d’après cela , être les formes fondamentales de tout mouvement d’un individu organique , de même que l’attraction et la répulsion sont celles du mouvement en général. Mais l’attraction et la répulsion, la contraction et l’extension, étant des conflits entre deux points donnés , elles ne peuvent s’exprimer dans l’espace que sous la forme de lignes. Telle est la véritable cause qui fait que l’organe essentiel de tout mouvement animal s’oxire constamment sous la forme linéaire , c’est-à-dire comme fibre musculaire. Mais il y a deux formes fondamentales de la ligne , la ligne droite et la ligne circulaire. La première résulte de la progression d’un point suivant une direction qui ne change jamais , de sorte quelle est susceptible de se prolonger à l’inSni , et quelle correspond par conséquent à l’idée de l’extension. L’autre résulte d’un changement continuel , mais uniforme , de direction , de manière quelle doit nécessairement revenir sur elle-même , que son étendue est toujours limitée , et que , par cela même , elle correspond à l’idée de contraction.

Ces deux genres de lignes sont les types de toutes les fi ■ bres musculaires. Donc lorsqu’au milieu de la masse animale primaire , qui , cependant , est déjà , comme telle , susceptil)le de contraction et d’extension , il se développe des organes particuliers pour le mouvement , les fibres musculaires primitives doivent prendre la forme circulaire et la forme longitudinale. Cependant la première doit être considérée comme ayant précédé la seconde , parce que la forme sphérique est celle qu’alfecte primitivement le corps animal , et

SYSTÈME MÜSCTJLAlllE.

que l’on conçoit, bien qu’il ne peut pas se rencontrer de lignes droites dans les couches concentriques d’une sphère.

Il est remarquable , au reste , que chacune de ces deux formes primordiales de la fibre musculaire , qui est déjà par elle-même susceptible d’extension et de contraction , répète le caractère de toutes deux , et qu aussitôt qu’on trouve les fibres , soit longitudinales , soit circulaires , animées de la vie et agissantes , elles s’offrent à nous dans un état alternatif d’expansion et de contraction, dont, par l’effet de causes d’un ordre supérieur , les alternances ont toujours lieu priraairement d’une manière rhythmique.

Lorsqu’on examine la fibre musculaire à un grossissement de six cents diamètres , elle se montre sous l’apparence d’un faisceau de longs cordons très-déliés , formés de substance albumineuse ponctiforme. En outre , elle offre toujours des plis onduleux transversaux et extrêmement fins , ce qui pourrait conduire l’observateur peu attentif à penser que chaque cordon résulte de globules placés les uns à la suite des autres. Quand la formation de la substance musculaire est moins avancée , les fibres et leurs cordons sont moins développés , et la matière ponctiforme est plus aqueuse , moins cohérente , moins condensée. Au reste , le plus ou moins de développement de ces fibres est , en général , proportionné à celui de la fonction respiratoire, de manière que, plus les organes respiratoires , et en particulier ceux de la respiration aérienne , sont développés , plus aussi la fibre musculaire est parfaite. Aussi est-ce chez les Insectes, parmi les Corpozoaires , et chez les Oiseaux, parmi les Céphalozoaires , que nous trouverons le système musculaire porté au plus haut degré de perfection

Ce n’est que quand les muscles sont parvenus à un haut degré de développement , qu’on voit se manifester en eux la différence entre une partie moyenne plus vivante et des extréinités devenues plus solides , c’est-à-dire de? fibres tendi-

320 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.

neuses ; dont la structure est à celle des fibres musculaires comme celle du bois à celle de l’aubier. Les tendons se condensent souvent à tel point , qu’ils se transforment en substance osseuse , ce qu’il est commun d’observer chez les Oiseaux.

Quant à ce qui concerne la forme des muscles , celle qu’ils affectent primitivement nst celle de couches de fibres musculaires , et l’on doit distinguer trois sortes de couches comme étant les primitives ; 1° couche sous la surface cutanée, déterminant la réaction contre les objets extérieurs; 2® couche sous la surface intestinale , produisant la réâctibri contre les substances introduites du dehors dans le cdrps ; 3“ couche dans les conduits vasculaires , déterminant la réaction contre le liquide élémentaire interne de l’organisme. La première dé ces couches est la seule que nous soumettrons ici à un examen approfondi , attendu que la seconde et la troisième ne peuvent point être séparées de l’histoire du système digestif et du système vasculaire. Au reste , cette première couche ne demeure pas, à.beaucoup près, aussi simple dans la série animale tout entière ; le développement du defmatosquélette lui imprime déjà un grand caractère de variété , qui devient bien plus prononcé encore quand le névrosqüelette apparaît , parce qu’ alors la couche musculeuse extérieure générale se partage en une infinité de muscles très'diversifiés , jusqu’à ce qu’ enfin , dans les classes supérieures , elle se répète sous la forme d’un muscle peaucier général.

La coüleür des fibres musculaires est ordinairement blanche , comme celle du sang , chez les animaux inférieurs. Dans les classes à sang rouge ^ la fibre rougit d'autant plus que sa propre substance se perfectionne davantage ; elle est noirâtre dans quelques Poissons , par exemple dans le Petromijson inarimis.

SYSTÈME MÜSCTJLAÏKÉ.

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