‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieurChapitre 56 sur 95 · I. Mitscles dès Poissons · texte numérisé non relu

I. Mitscles dès Poissons

La fibre musculaire est encore molle , gélatiniforme H incolore dans les classes infériem^es du règne animal et chez l’embryon humain. Ordinairement aussi elle offre les mêmes

^ (r) Il sera qnestion 'des moovemens qne des muscles particuliers impri- Aiënt aux mâcUoirés , lorsque nous traiterons des organes digestifs.

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caractères dans la classe des Poissons , et comme la couleur rouge et la densité des muscles dépendent de la quantité et de la couleur du sang qui y afflue , on peut conclure de là qu’ils reçoivent ici peu de vaisseaux. En effet , une large plaie faite aux grands muscles latéraux d’un Poisson saigne très-peu. En comparant cette circonstance avec les phénomènes vitaux qu’on observe dans ces muscles , on est tenté de chercher dans le peu d’énergie de l’action vasculaire , la lenteur du travail de la nutrition, et la centralisation peu prononcée du système nerveux , la cause qui fait que l’irritabilité y persiste pendant un laps de temps si long. Cependant la chair de tous les Poissons n’est pas gélatineuse et blanche ; chez ceux d’une grande taille ( particulièrement le Saumon ) , je l’aii trouvée d’un rouge assez intense à la région de la tête , sous laquelle presque immédiatement bat le cœur , et elle m’a paru d’un gris noirâtre dans le Petromyzon marinus.

Du reste , il est beaucoup plus ordinaire encore de rencontrer chez les Poissons des couches musculaires composées de plans distincts , que des muscles ayant la forme de ventres arrondis et munis de tendons , particularité dans laquelle ôn ne peut méconnaître un rapprochement avec les enveloppes charnues des classes inférieures.

L’appareil musculaire est d’une extrême simplicité chez les Cyclostomes , ainsi qu’on doit bien déjà s’y attendre d’après l’absence totale des membres. Une grande masse musculaire, divisée en plusieurs couches par des membranes teridineusès, et suivant la disposition qu’indique lapl. viii (fîg. viii,e ), entoure la colonne vertébrale , ainsi que les parois du ventre, et se partage vers la tête en plusieurs petits muscles. Le prolongement des muscles longitudinaux du dos s’insère à l’arc supérieur de la proto vertèbre faciale postérieure, et celui des muscles longitudinaux du ventre à la moitié inférieure de la protovertèbre faciale antérieure , c’est-à-dire de ce cartilage annulaire si singulier qui entoure le bord de l’entonnoir oral ;

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ce dernier est fortifié par des muscles plus courts, venant de l’os hyoïde , auxquels s’en joignent encore plusieursqui font mouvoir les autres cartilages de la tête. Au reste , l’action de tous ces muscles tend surtout à produire les flexions latérales du tronc , qui sont nécessaires pour la natation , à appliquer le bord de la bouche sur les corps extérieurs , et à faire élever ou abaisser la région faciale de la tête (i).

Dans les Poissons osseux , les muscles sont également disposés de telle sorte que, desdeuxcôtés de la colonne vertébrale ( qui est encore ici le principal organe de mouvement, et à laquelle ses articulations et ses apophyses épineuses ne permettentque des flexions latérales), depuis latêtejusqu’àla queue, règne une grosse masse charnue ( pl. x , fig. xxi , depuis a jusqu’en a' dans la Perche ) , divisée par la ligne latérale du corps en deux moitiés , l’une supérieure , l’autre inférieure , et composée d’un grand nombre de faisceaux fibreux descendant en arcades des apophyses épineuses à la ligne latérale. Ces faisceaux sont séparés les uns des autres par des membranes aponévrotiques , qui , aussi bien qu’eux-mêmes , tiennent assez fortement à la peau chargée d’écailles. A l’endroit des nageoires pectorales et ventrales , ces masses musculeuses se divisent (en b et en c ) pour laisser passer les nageoires. On trouve encore deux muscles longitudinaux grêles à la région des apophyses épineuses postérieures et à la face ventrale ( en d , e ). Il est facile de voir que l’action d’un seul des grands muscles latéraux courbe le corps , et surtout ramène sur le côté la queue tenue horizontale, mais que l’action simultanée de ces deux muscles tient le corps étendu.

Des muscles particuliers pour le mouvement de la tête n’existent que dans certains genres , parce qu’ ordinairement

(i "Voyez des figures exactes de cet appareil luusculaire dans mes Tabulce illustrantes , cab. I , pl. ir , fig. x à vi,

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les muscles latéraux eux-mêmes en tiennent lieu. Les Poissons manquent également de muscles spéciaux pour le mouvement des côtes proprement dites ( ventrales ) ; les arcs branchiaux seuls en ont de particuliers, dont nous parlerons lorsqu’il sera question des organes respiratoires. Mais les nageoires, tant pectorales que ventrales , sont pourvues de muscles élévateurs , abaisseurs , adducteurs et abducteurs ( g, h ), de même que toutes les nageoires en général ont des faisceaux charnus qui servent à les déployer ( hli pour la dorsale, k pom* l’anale , i pour la caudale ).

La ceinture scapulaire (*) est mue aussi par les grands muscles latéraux ( a ) , comme les os pelviens le sont par les muscles longitudinaux inférieurs ( e ) , tandis que les deux mâchoires sont fermées par un muscle commun , divisé seulement en deux , et que la première intercôte , avec son membre supérieur , l’opercule , est mise en mouvement par plusieurs muscles particuliers.

Cet état de choses a lieu surtout chez les Abdominaux et les Thoraciques ; d’autres genres s’en écartent de plusieurs manières. Ce sont principalement les Poissons cataphractés qui offrent de grandes exceptions à cet égard. Ainsi , par exemple dans r Ostracion dont le dermatosquelette immobile enveloppe la région moyenne du corps, les grands muscles latéraux ne s’attachent qu’à la tête et à la queue , selon Cuvier. Le système nerveux du Tetrodon mola est également remarquable en ce que, d’après Meckel(l), tous les muscles du tronc sont confondus ensemble.

Au moyen de ces organes , la locomotion s’exécute de telle manière , que le corps du poisson , presque toujours soutenu en partie par une vessie natatoire (2) située sous la colonne

(i) System der 'vergleichenden Anatomie , tom. III, pag. 78. Edition française, tom, Vjpag. t85.

(aj Organe dont nous parlerons pins au long en traitant de l’appareil respiratoire.

35o TRAITÉ d’anatomie comparée,

vèrtébralë , est chassé en avant par la résistance que le liquide oppose à la queue dans ses inflexions latérales suivies d’extension. Les nageoires anale et dorsale servent à agrandir la surface du corps , et par conséquent à rendre le choc plus fçirt , ce qui fait que les Poissons pourvus de longues nageoires , et dont le corps est aplati latéralement , nagent mieux que ceux qui ont le corps arrondi. L’élévation de l’animal àu sein de l’eau s’opère en partie par la vessie natatoire , et en partie aussi par le mouvement des nageoires pectorales. Ces dernières deviennent même assez grandes, dans les Poissons volans ( Trigla , Ewocoefus ) , pour soutenir pendant quelque temps (1) l’animal hors de l’eau ^ dans l’air ; mais , chez les Poissons osseux ordinaires , elles semblent être destinées sm’tout à tenir le corps en équilibre. L’animal parvient à s’enfoncer en comprimant sa vessie natatoire et condensant où laissant échapper l’air qu’elle renferme. S’il est privé de cette vessie , comme le sont par exemple les Pleuronectes , tantôt il reste d’habitude au fond de l’eau , ainsi que le font aussi les Poissons à vessie natatoire très-petite , comme le Cohitis fqssilis, tantôt il nage et s’élève à la manière de plusieurs Chôndroptérygiens , en se mettant sur le côté et se poussant dé bas en haut par l’élévation et l’abaissement successifs de sa queue , c’est-à-dire par des flexions latérales , accompagnées de mouvemens des nageoires. Du reste, j’ai déjà dit précédenament que , par suite de cette singulière direction du corps, l'un de ses côtés, le supérieur , celui qui porte les deux yeux, se développe beaucoup plus que l’autre, dans les Pleuronectes. J’ajouterai encore que les Poissons parviennent aussi à sauter hors de l’eau , en étendant le corps d’une manière brusque , après l’avoir fortement ployé sur le côté , et que ceux dont le corps ressemble à celui d’un serpent , comme par exemple les Anguilles , ont déjà la faculté d’exercer éga-

(l) D’après Home ( Lectures on comparative anatomy ^ pag. I17 )) ces Ubissons ne peuvent voler long-temps parce que leurs branchies se dessè» chent promptement.

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lement sur la terre sèche le mouvement de progression qui est le plus ordinaire dans la classe suivante , c’est-à-dire la reptation.

Dans les Poissons cartilagineux i^upérieurs , la disposition de ces parties musculaires s’écarte beaucoup , â certains égards , de celle qui vient d’être décrite. Chez les Raies, en effet, les larges nageoires pectorales suppléent à l’absencè de la vessie natatoire par les mouvemens d’élévation et d’abaissement que leur impriment des couches musculaires puissantes, et donnent ainsi à l’animal le pouvoir de s’élever dans l’eau. Ici l’on trouve également , d’après Cuvier , trois muscles destinés au mouvement de la tête , et dont l’inférieur est Surtout remarquable dans la Torpille , où il naît dè là portion sternale du squelette branchial, passé auprès de là bdüehé par un long tendon, etse fixe à l’extrémité antérieùre delà tête (1). Lé système musculaire des Squales réssémblë , én général , davantage à celui des Poissons osseux (2) ; les deux grânds musclés latéraux couvrent également ici lés nao'itiés droite et gauche du corps , et ils possèdent uné énérgîe extraordinaire ; car, suivant Home (3) , un Requin nagé àvëc tâht de rapidité que , d’après un calcul conjectural , il pourrait fairie le tour de la Terre en trente semaines , en supj)Osaut qu’il ne prît aucun repos.

Àvant d’abandonner les organes locomoteurs dès Poissons ^ je dois encore parler du singulier orgï^ne au moyen duquel plusieurs de ces animaux parviennent à s’accrocher avec une grande solidité aux corps étrangers. Cet organe consiste tantôt en une ventouse plate et sillonnée en travers , qui est située sur la surface supérieure du crâne ( Echetteis remara ) , tantôt en unbouclier pectoral garni de côtes transversales ( Cydopierus

(l) Voyez raes Tabidce illustrantes , cah. I , pl. ii , fig. vm, IX,

(a) 3id. fîg. vtt.

(3) Loc, cit., pag. 10^.

35a TB.AITÉ d’anatomie comparée.

lumpus ). Dans le Rémora , l’organe a une structure très-musculeuse , et Meckel en a donné une description fort exacte (1). Quant à la manière de concevoir une pareille transformation de la nageoire céphalique , il est évident quelle tient à une répétition des surfaces aspirantes telles que nous les trouvons souvent chez les Mollusques , en un mot qu’on doit considérer en quelque sorte cet organe comme une ventouse de Céphalopode simple, mais établie sur une plus grande échelle.

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