‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieurChapitre 61 sur 95 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Organes électriques,

Déjà parmi les Oozoaires , et en particulier parmi les Acalèphes , nous observons un phénomène qui consiste en ce que lorsqu’on touche plusieurs d’entre ces animaux , ils occasionent à la peau une sensation douloureuse d’urtication , qui peut dégénérer en inflammation érysipélateuse. Cependantü serait possible qu’au total cet effet dépendît de l’action chimique d’une humeur âcre,, sécrétée par les tégumens. Les Mollusques et les animaux articulés ne nous offrent aucun exemple d’organes électriques particuliers , et ce que divers auteurs disent de secousses , en quelque sorte électriques , données par certains Insectes (1) , pourrait fort bien n’étre pas moins problématique encore que les assertions du même genre ayant des Mammifères pour objet (2). Les Poissons , comparables sous tant de rapports aux Oozoaires ( § 34 ) , sont les seuls animaux chez lesquels cette manifestation immédiate

(1) Ici se range l’observation de Davies, rapportée par Kirby et Spencer ( Introduction to entomology , vol. I, pag. io8 ) ; ayant mis un Reduvius serratus sur sa main, ce naturaliste éprouva , dit-il , une secousse électriipiie qui s’étendit jusque dans les épaules, et il lui resta des taches ronges aux endroits sur lesquels les pattes de l’insecte avaient posé.

(2) Cotugno tenant une Souris par le dos, ressentit un coup violent et une crampe jusque dans la tête , quand la queue de l’animal vint à frapper sa main. Voyez Humbolut, Üeber die gereizte Muskehund-Nervenfaser ^ Berlin, 1793, in-8, tom. I, pag. 3o.

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de force ait lieu à un très-haut degré , et ordinairement par l’intermédiaire d’un appareil spécial. Ceux dont les recherches de Lorenzini (1) , Hunter (2) , Broussonet (3) , Geoffroy- Saint-Hiiaire (4) , Cuvier , Rudolphi et autres nous ont fait connaître les organes , sont les Torpilles ( Torpédo ocellâta et murmorata ) , l’Anguille de Surinam ( Gymnotus electricus) et une espèce de Silure ( Silurus electricus). Cependant on sait encore que des effets électriques sont également produits (S) par le Tetrodon electricus {Q) et par le Trichiurùs indiens [7).

(1) Osservazioni intemo aile torpedlni, 1678.

(2) Philos. Trans. vol. 63 , 1775 , où se trouvent aussi les expériences physiques de Walsh sur la Torpille.

^)Mém. deVAcad. R.des Sc. de Paris ,

^4) Annales du Muséum d’hist, nat. , tons. I.

(5) De plus amples recherches, faites dans un esprit comparatif, so»t ‘ nécessaires encore tant pour nous dévoiler quelle est , à pi opremeut parj^, la nature de cette force qui, d’après Humholdt, agit surtout avec tant dç violence dans l’Anguille de Surinam , que pour nous faire conuaitre les rapports existans entre elle et l’électricité. Les expériences de Spallanzanj sur les secousses que donne la Torpille, n’ont point révélé un caractère réellement électrique dans cette force , quoique les corps non conducteurs en propageassent moins les effets. La section des nerfs de l’organe électrique détruit entièrement la force, qui d’ailleurs parait être toujours en raison directe de l’énergie de la vitalité. Les recherches les plus récentes à ce sujet, dont la plnpart ont été réunies 4’une manière fort intéressante par H. Steffens (Voyez L. Wachueb., Philomathie. Francfort, 1818, tom. % , pa^. ii5. — H. Steffems, Al. und Neu. Breslan, 1821, tom. II,pag, iio), témoignent en général qu’il est impossible d’observer aucun effet électrique à l’aide des appareils de physique , quoique Walsh prétende avoir vu des étincelles. Des expériences de ce genre ont été faites , sur les Torpilles , par Dalvanî et Aldini ( Aldiki, Essai théorique et expérimentai SUT lè Galvanisme , Paris, 1804, 2 vol. in-S), Humbolut et Gay-LtjsSAC {Annales de Chimie , tom. 56, pag, i5 ), Tonn {Philos. Trans. i8t-6 ) ,et H. Davv ( Philos. Trans. 1829, pag. l5 ), sur l’Anguille de Surinam, par Rittenhouse et Kinneesle ( Phïladelph. med, and phys. Journal , P . II , vol, I , XV ) , qui n’ont obtenu non plus aucun effet sur l’éîecliximètrc,

(6) Ils ont été décrits par Paterson {Philos. Trans., 1786, vol. ii, p, 3.82)-

(7) Ils ont été décrits par Willpughby ( Ichthjolog. app. tom. III, p. 3 J et Nenhoff ( Indische Rcise , 1 682 , pag, 270).

392 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.

Quant à ce qui regarde la structure des organes électriques , un fait qui me paraît avoir une haute importance , sous le point de vue physiologique , c’est que , dans la Torpille , le Gymnote et le Silure , elle a une analogie frappante avec celle de la chair musculaire ordinaire des Poissons (1). En effet , cette dernière diffère de celle des animaux supérieurs par sa texture plus gélatineuse , et parce qu’ordinairement une multitude de cloisons tendineuses la divisent en couches distinctes. De même aussi les organes électriques sont toujours composés d’un grand nombre de couches , de cellules ou de colonnes séparées par des parois aponévrotiques et contenant un liquide gélatineux assez épais. Or une foule de nerfs ( mais peu de vaisseaux sanguins ) se distribuent aux cellules , et ces nerfs étant l’agent qui détermine le jeu de l’organe , il n’est point impossible que la force nerveuse ellemême s’accumule dans ces cellules, en quelque sorte comme dans des condensateurs , et quelle s’en écoule sous l’influence de la volonté , de même que cette influence peut l’accumuler dans la chair musculaire pour produire la contraction des fibres.

Dans la Torpille , les organes électriques sont placés des deux côtés du corps , en avant et au dessus des nageoires pectorales , au côté externe des branchies , et tout près d’elles (2). Chacun d’eux est non-seulement couvert par lestégumens communs , mais encore entouré d’une enveloppe particulière. A l’intérieur , il se compose de cellules carrées , pentagones ou hexagones (pl. x , fig. iv , g) , dont le nombre augmente avec les années , de sorte que Hunter en a compté quatre cent soixante-dix chez une petite Torpille , et onze

(1) De là vient que 2îlusieurs anciens anatomistes ont donné le nom de IMuscuü falcatî aux organes électriques de la Torpille.

(2) On en trouve des figures très-détaillées dans mes Tabula illustrantes , cab, I , pl. n , fig. VIII , IX et x.

ORGANES ÉLECTRIQUES. 3g3

cent quatre-vingt-deux chez une grande. Les nerfs sont extrêmement gros en proportion de la masse de l’organe , et ils appartiennent tant au trijumeau qu’à la paire vague, paires de nerfs qui offrent chez ces Poissons , un volume bien plus Considérable qu’à l’ordinaire , auquel correspond aussi d’une manière intime le développement de plusieurs renflemens dans la troisième masse du cerveau (1).

De même que chez les Raies, où les nageoires pectorales sont l’organe locomoteur le plus développé , l’organe électrique a des connexions avec ces nageoires , de même aussi , dans l’Anguille de Surinam et le Silure , on le trouve plus rapproché de la queue , qui est le principal organe de mouvement chez ces Poissons.

Dans l’Anguille de Surinam, dont la colonne vertébrale* caudale a une longueur considérable, en proportion de la cavité abdominale , un ligament tendineux descend perpendiculairement des vertèbres qui la constituent à la nageoire de la queue , et des deux côtés du ligament se trouve l’organe électrique , divisé en deux masses , l’une supérieure , plus grosse , l’autre inférieure , plus petite. L’intérieur de cet organe est également formé de parois tendineuses entrecroisées , renfermant une substance gélatineuse , et dont les couches affectent principalement une direction excentrique à celle de la colonne vertébrale ( pl. x , fîg. i ). Les nerfs , beaucoup plus petits , que reçoivent ces organes , ne sont , d’après Hunter , Rudolphi et Blainville (2) , que des ramifications des nerfs de la moelle épinière , quoiqu’un gros rameau , composé de la troisième branche de la cinquième paire et du nerf brancliial , descende le long de la ligne latérale , et passe au dessus des organes.

(i) V. ma Darstellung êtes N ervensystems , Iieipz., l8i4> pl. h» fig. «v.

(a)RrDOi.PHr, dans Abhandl. der Akad. der Wissensck. Berlin, iSao* 182 1 , pag. 229, et , dans Principes d’anatomie comparée^

tom, I , pag, 2 32,

3g4 TRAITÉ d’aNÀTOMIE COMPARÉE.

Dans le Silure ^ l’organe électrique , décrit d’abord par Geoffi’oy , puis mieux par Rudolplii (1) , ne consiste qu’en «ne large couche de petites cellules rhomboïdales , qui s’étend le. long des deux côtés du corps, entre la peau et la chair musculaire. Sa face interne est couverte d’une membrane tendineuse ayant l’éclat de l’argent. Les nerfs essentiels proviennent des ramifications du branchial , et les nerfe spinaux donnent seulement des branches à la substance floconneuse située sous les cellules électriques , tandis que plus près des muscles marche encore , comme dans l’Anguille de Surinam , un nerf latéral venant de la cinquième paire.

J’ai déjà dit que ces manifestations de force électrique , produites par des organes spéciaux , ne se rencontrent plus chez les animaux des classes supérieures. On ne pourrait leur comparer que l’activité déployée par certains organes sensoriels (2) dans plusieurs genres , et l’électricité de la peau du Chat. Peut-être aussi le magnétisme animal doit-il êfre considéré comme un phénomène analogue , mam modifié et devenu en quelque sorte plus subtil.

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