‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieurChapitre 62 sur 95 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Organes phosphorescens.

Pour concevoir la phosphorescence des animaux, il faut se rappeler ce que nous avons dit ( § 51 ) de la moelle nerveuse , comme masse animale primaire ; il faut aussi ne point perdre de vue que la moelle nerveuse est en quelque sorte l’élément solaire de l’animal , et que cet ëlé^

(1) Abhandl. der Akad, der JVissensch. 1824» P®g* ^40.

(2) Il est intéressant de comparer la manière dont le Serpent charme sa proie et ta rend immobile, avec celle dont la Torpille engonrdît par nne secousse électrique les petits poissons qu’elle veut dévorer. Williamson a publié des expériences intéressantes à ce «njet ( Phiids, Trans. 1775,

paS‘94)-

organes PHOSPHORESCËNS.

ment solaire doit nécessairement paraître lumineux à l’élément planétaire , puisque la lumière ne peut être què l’expression d’un rapport de polarité entre une partie centrale et une autre périphérique. D’après cela , la substance organique primaire possède de toute nécessité , quand elle se trouve mise en parfaite évidence , une aptitude spéciale à produire le phénomène de la phosphorescence. Mais les trois principales formes sous lesquelles elle Se manifeste surtout comme telle sont les suivantes : 1° substance blastique pour le développement d’une organisation animale plus élevée ; 2° moelle nerveuse restant pure après avoir été débarrassée de tous les autres organes ; 3" substance animale en décomposition , qui par cela même se rapproche de la substance blastique destinée à de nouveaux développemens.

La troisième circonstance expliquepourquoi les substances animales à l’état de décompositiGn , celles principalement qui contiennent beaucoup d’albumine , tels que les Poissons et les Mollusques , sont phosphorescentes , surtout quand la décomposition marche avec rapidité et commence en quelque sorte avant l’extinction totale de la vie individuelle, comme dans les climats chauds.

La seconde faitque les points où la substance nerveuse pure se trouve à nu derrière des milieux transparens , peuvent jouir à un haut degré de la phosphorescence. Ici se rapporte principalement la scintillation des yeux , qu’à tort on regardé souvent comme un simple effet de miroitement , car Rengger (î) a vu les yeux d’un Nyctipithecus trivirgatushiire assez , dans une obscurité complète , pour éclairer les objets à un demipied de distance, et j’ai moi-même observé ce phénomène de la manière la plus prononcée sur un chien.

La première , enfin , rend raison de la pliosphorescence d’une foule d’Oozoaires , qui , soüs les latitudes les plus variées, illmninent l’océan pendant la nuit. Les détails dans

(i) Naïurgeschichce dev Sœugihhre von Paraguay, pag. 383.

396 traité d’anatomie comparée.

lesquels nous allons entrer montreront que là même où il existe des organes spéciaux de phosphorescence , le phénomène ne peut être non plus expliqué qu’en ayant égard à la substance animale primitive.

Quant à la phosphorescence du corps entier dans les animaux des classes inférieures , elle a été observée , tant chez des Infusoires marins et des Pennatules (1), que chez des Acalèphes surtout (2) , où elle coïncide Iréquemment avec la propriété urticante. Cependant il ne faut pas perdre de vue que la phosphorescence de la mer pleine de mucus animal est excitée principalement par le mouvement , et que les oscillations , la plupart du temps perceptibles seulement à l’aide des plus forts microscopes , qui appartiennent en propre à ces animaux , en quelque sorte comme acte primaire de. vie et de respiration , sur lequel nous reviendrons d’ailleurs en traitant des organes respiratoires , contribuent , suivant toutes les apparences , d’une manière essentielle , à entretenir leur faculté illuminante.

Après ces Oozoaires , la phosphorescence se rencontre , et toujours sans qu’on puisse lui assigner d’organes spéciaux , chez beaucoup d’ Apodes , parmi les Gastrozoaires ( Pyrosomes , Biphores , Pliolades ) , et chez certains animaux articulés , tels que Néréides , Neusticopodes ( Cyclops quadricorwis ), Décapodes ( Cancer fulgens) et Isopodes ( tScoüojjendm elecfrica),

Enfin , chez les animaux articulés supérieurs , les Insectes, la faculté phosphorescente se trouve concentrée sur des points particuliers, qu’on peut appeler organes lumineux, et qui méritent par conséquent de nous arrêter im peu.

(i) G.-A. MiCHAEr.is j Veher das Leuchten der Ostsee, Hamboarg, i83o.

(3) Voyez, sar les petites Méduses phosphorescentes, un Mémoire de Ifijesius dans Annqlen, d<^r JVetteraulschçn Gesellschajt , tom. III, p.

ORGAMES PHOSPHORIESCEKS. 3gy

Une chose remarquable , c’est que les seuls Insectes chez lesquels on observe ce phénomène appartiennent tous à l’ordre qui comprend les animaux les plus parfaits de la classe , celui des Coléoptères, puisque, d’après le prince de Neuwied (I), ce qu’on a dit de la phosphorescence des Fulgores est dénué de fondement. Les genres de Coléoptères que l’on connaît le mieux sous ce rapport sont les Lampyris et les Elater (2) , et c’est chez les Lampyres ( L. noctiluca, splen^ didula et italica surtout ) qu’on a étudié avec le plus de soin cette singulière faculté. Je partage pleinement l’opinion de Treviranus (3) , que Macartney (4) s’est trompé en regardant comme organe de la phosphorescence de petites vésicules situées à l’abdomen ; mais je ne puis admettre avec lui que les partiesgénitalesinternessoient celles auxquelles le phénomène se rattache. Pour acquérir des notions plus justes à ce sujet , je crois devoir présenter ici les considérations suivantes.

Les larves des Insectes supérieurs répètent le type des animaux articulés inférieurs à plusieurs égards , par exemple en ce qui concerne le système nerveux et le squelette. De même aussi , sous le point de vue de la phosphorescence , les Coléoptères luisans reproduisent, durant leur première période de développement , celle qui appartient aux animaux articulés inférieurs et aux Oozoaires , c’est-à-dire celle qui a lieu par toute la surface du corps. Aussi ai-je trouvé parfaitement exacte l’observation déjà faite par Guenau de Montbelliard (5) , que les œufs des Lampyrides sont lunûneux : j’ai reconnu de même , ce qui avait déjà été dit également (6) ,

(r) Reise nack Brasilieh , tom. II, pag. iii , édit. în*S.

(2) Le Faussas sphœrocephalus est phosphorescent à l’article vésiculenx qui termine ses antennes, le Buprestis oceïlata sur ses élytres, le Seardbœus phosphoriciis à l’abdomen. Voyez Trevieanus, Die Erscheipungen unâ Gesetze des thierischen Lebens f'&remeu, i83i, iu-8 , tom. I, pag. 436.

(3) Vermischte Schri/ten i tom. I, pag. 90.

(^1^) Upon Itiminous animais , dans Philos, Trans, iSio.

(5) Nouv. Mém, de VAcad. de Dijon, 1782 , tom. II, pag. 80.

(6) Trevirahüs , Biologie, Goettingae , i8oa , tom V. pag, io8.

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mais observé avec moins de précision , que les larves luisent aussi y et à un bien plus haut degré , puisque l’abdomen tout entier, qui est jaunâtre, et dont les anneaux mous offrent toujours de chaque côté des points translucides , répand une lumière verdâtre. Si l’on ajoute que , d’après les recherches de Macaire , la substance lumineuse est absolument formée d’albumine , c’est-à-dire de matière animale primaire , on est conduit à conclure que les points luisans qui seuls s’aperçoivent chez l’Insecte parfait , doivent être considérés comme les résidus de sa substance albumineuse primitive , en quelque sorte comme des fragmens du corps vitellin, dont le développement organique a continué. Lorsque ce résidu se dépose derrière des points translucides du dermatosquelette, par exemple derrière les lames basilaires des deux derniers anneaux de l’abdomen des Lamp-jTides parvenues à l’état parfait , il se produit un organe lumineux qui , comme je l’ai démontré ailleurs (1), offre ime substance blanche , visqueuse , albumineuse , dans laquelle le microscope fait apercévofr de très-petits globules , et où se ramifient des trachées extrêment déliées. Cës organes lumineux reçoivent toujours aussi des courâns du liquide qui remplit les fonctions de sang (2) , car l’humidité est une condition si absolue de la phosphorescence, que la masse phosphorescente elle-même, retirée du corps , perd cette propriété en se desséchant , et la recouvre quand onl’humecte. D’après cela, je ne puis non plus adopter la dernière opinion de Treviranus (3) , qui prétend que lè corps graisseux est la source de la lumière , car s’il est bien

(1) Voyez mes Anaîeklen zur Natunvissenschaft und Heîlhiinde, Dresde’, iSag, pag. 175.

(2) Ihid. pag,. 177 , où je me sais attaché à faire voir qae cet afflôx est probablement la seule circonstance qui puisse expliquer le caractère rhythmiqne des émanations lumineuses de la Lampyrîs italica, en sorte qne la scintillation devrait être considérée comme un pouls lumineux,

(3) Voyez TaEviRAiîtrs, DÎ0 Erscheinüngen und Gesetzé des (hierischen Lebens^ Xova.î, pag, 435.

OKGA.NES DES SENS

certain que la substance lumineuse se rapproche beaucoup de celle du corps graisseux , sous le point de vue de sa nature albumineuse , il ne l’est pas moins que ce dernier diffère beaucoup d’elle par sa texture réticulaire et par le volume bien plus considérable de ses globules , outre que jamais je ne l’ai vu répandre de lumière quand il m’est arrivé d’ouvrir des Lampyres vivantes.

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