Poissons
Sens cutané , et , en particulier , toucher. — Les Poissons à peau molle , muqueuse et nue , ou couverte seulement de petites écailles , peuvent bien, à l’instar des Mollusques, percevoir les attouchemens et la chaleur ou le froid par toute la surface de leur corps ; mais même alors , et plus encore quand de fortes écailles émoussent la sensibilité extérieure , les alentours de la bouche, c’est -à-dire les lèvres et les barbillons qui se développent au voisinage , sont le principal siège du toucher. Il paraît que partout où les fonctions de la vie végétative jouissent encore d’une grande prédominance, la faculté du toucher se concentre de plus en plus à la région orale , comme si ce sens ne devait avoir d’autre but que de mettre l’animal en état de mieux apprécier la nature des alimens qu’il veut admettre dans son canal intestinal , fonction dont plus tard sera revêtue la langue , qui , bien qu’ organe de goût , en est simultanément un de toucher.
Quant à ce qui concerne les barbillons des Poissons, on en trouve de pairs et d’impairs au pourtour de la bouche. Les derniers ne se rencontrent jamais que dans le milieu de la mâchoire inférieure. Le Silurus glanis nous fournit un
(l) Erscheinungen und Gesetzte des organischen Lebens , tom.II, P. x, pag. 179. — Voyez aussi les ]>elles Ogares de la langue des Abeilles dans ses Vcrinisçhte Schriften, toni. II , pl. xiit , xiv.
ORGAMES des sens. 409
exemple des dimensions qu’ils peuvent acquérir , de la manière dont ils sont mus par des muscles particuliers , et du volume des nerfs qui s’y rendent (pl. ix, fig. XYiii, 5 *). Treviranus a trouvé aussi les barbillons de l’Esturgeon parsemés de petites crêtes d’une peau très-fine , que le moindre mouvement de l’eau peut ébranler. 11 cite également le cas , observé par Couch, d’un Cabliau auquel les deux yeux manquaient , mais dont la taille et l’embonpoint attestaient que ses organes tactiles avaient fort bien su l’orienter dans la recherche de sa nourriture.
A l’égard des membres du tronc des Poissons , c’est-à-dire des nageoires , ils sont assurément sensibles aussi aux déplacemens de l’eau ; mais on ne saurait leur attribuer la faculté de toucher , même lorsque leurs rayons s’isolent les uns des autres , comme dans le Polynemus.
Le système de tubes mucipares situé à la région inférieure et latérale de la mâchoire des Raies et des Squales , que Jacobson décrit comme organe de toucher , ne peut que difficilement non plus jouer ce rôle.
Sens intestinal OU Goût. — Il n’y a non plus qu’un petit nombre de Poissons chez lesquels on puisse admettre avec quelque vraisemblance des organes particuliers pour le sens du goût. Ainsi que nous le dirons plus amplement lorsqu’il s’agira de décrire les organes digestifs de ces animaux (1) , leur cavité orale estpresque exclusivement un organe d’ingestion , et elle appartient en même temps à l’appareil respiratoire. Quant à la langue , ce membre terminal impair de la colonne vertébrale sternale du splanchnosquelette de la tête est fréquemment configuré comme à l’ordinaire , par exemple
(i) En général , Tétade de l’organe da goût pent à peine être séparée de celle des organes digestifs , chez les animaux supérieurs ; c’est ponrquoî si, ponr les classes snivantes , je me contente d’indiquer brièvement les parties essentiellement sensibles , le reste trouvera place dans le chapitre consacré à la digestion.
TRAITÉ d’^HAtQMIE comparée.
c3t|ns Igç genres Cyprinus^ ^Esox , Scomber , Gadris , etc. ; nj,ai§ if ne possède pas de muscles propres qui le fassent jouir d’une mobilité spéciale. La très-grande langue du Congre fait s^pls exception sous ce rapport , car on y trouve , 4’après Cuvier , pne sorte (|e muscle hyp-glosse. La langue pfer preinent flite n’existe pas dp tout chez les Raies. FréqueinmiBiJt ( paii exemple dans le Brochet ) elle est couyerte de dents, à tel point que cette circonstance seule , jointe à ce qu’on n’y aperçoit jamais de papilles nerveuses , ne permet point de 1^ considérer comme un organe gustatif.
Il n’est (donc pas invraisemblable , d’après cela, que d’autres parties mpiies de la cavité orale suppléent quelquefois la langue , relativement à un© sorte de fonction gustative. Ici se placent , selpn Treviranus , les renflemens mous et vasculaires qu’on aperçoit aux deux côtés de l’œsophage dans rAiglefîn , mais surtout, d’après les recherches approfondies de Weber. (1) , l’organe blanc , spongieux , richement pourvu de nerfs , et susceptible d’entrer facileinent enturgescenpe, qui existe dans la bouche de la Carpe , au devant de la grande plaque dentaire située sur les rudimens de côtes de la vertèbre occipitale, et auquel se rend entre autres un nerf tenant la place dq glpssp-pharyngien.