Reptiles
L’organe auditif, qui était né dans l’intérieur du crâne, se développe de plus en plus vers l’extérieur chez les Reptiles , mais à des degrés très-différens dans les divers ordres de cette classe.
Les Reptiles branchiés et d’autres Batraciens , tels que la Salamandre et le Bufo igneus (1) sont ceux qui se rapprochent le plus des Poissons cartilagineux supérieurs. En effet, ils ont aussi un petit labyrinthe^ composé d’un vesrtibule et de canaux demi-circulaires (2), dans lequel ne manque pas non plus le noyau crétacé ( § 436 ). C’est en cela seulement que consiste chez eux l’organe auditif tout entier. De même que chez les Poissons cartilagineux, il est plongé dans les parois latérales du crâne, de manière néanmoins que, chez le Protée , la cavité labyrinthique communique encore
(1) WiiîDiscHMANK , Dc penîtiori auris in amphihiis structura, Léipzick i 1 83 1 , in-4 avec 3 planches , pag. 1 1.
(2) Dans les Reptiles et les classes suivantes, ils sont proportionnelle» ment beancoap plus petits que chez les Poissons osseuxi .
454 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.
avec la cavité crâniennne par une large ouverture (1). Il s’ouvre égalementà l’extérieur par une sorte de fenêtre ronde, mais qui , au lieu de se montrer à la surface du corps , est cachée par un opercule cartilagineux , ainsi que par la peau et les muscles de la tête.
La même chose a lieu aussi dans quelques Serpens , notamment, d’après Windischmann (2), dans les Typhlopset Rhinophis. Chez la plupart des autres vrais Serpens , une pièce osseuse adhère bien à l’opercule de la fenêtre ronde , mais au lieu de se plonger dans une membrane du tympan, à l’instar de l’étrier , elle se perd dans les muscles de l’articulation de la mâchoire. Les Orvets font exception à cet égard, suivant la remarque de Scarpa , car leur organe auditif est conformé à peu près comme celui des Grenouilles et des Crapauds , et ce qu’on appelle improprement la membrane du tympan se trouve également couvert encore par des parties charnues. Mais , dans les Serpens proprement dits , on aperçoit déjà , auprès du labyrinthe , un petit appendice en. forme de bouteille ^ qui contient une branche nerveuse particulière , et qu’on doit considérer , d’après Windischmann, comme le premier rudiment du limaçon , qui deviendra plus prononcé chez les Chéloniens et les Samâens. Voilà aussi pourquoi , outre une fenêtre ovale , ces animaux ont encore une fenêtre ronde.
Les autres Batraciens, Grenouilles et Crapauds, ont, comme les Salamandres, un labyrinthe garni d’un noyau crétacé (3), avec une fenêtre ovale ; mais il s’y joint en outre, à
(l) Voyez la description et la figure de l’oreille du Protée dans Pohl, Expositio generalis anatomica organi auditas, pag. lo, pl. iii , fig. ii.
(a) Loc. cît. pag. a 5.
(3) Si l’on ouvre de bas en hapt le labyrinthe d’une Grenouille, on est Surpris de trouver le petit sac plein d’une masse crétacée, presque entièrement de même nature que les singuliers corps laiteux ou crayeux qui garnissent les trous intervertébraux destinés au passage des nerfs rachidiens. Les
ORGA.NES DES SENS
l’extérieur , une partie nouvelle , la caisse du tympan. A la vérité cette caisse n’est point encore entièrement enveloppée de parois osseuses ; elle est en grande partie membraneuse, et située derrière la côte de la vertèbre auditive (pl. xi , fig. iv, i g). Mais elle contient des osselets de T ouïe qui, indépendamment de l’opercule cartilagineux de la fenêtre ovale , consistent en une petite colonne osseuse ( columelle ) et én un manche osseux uni à angle obtus avec la columelle, et adhérent à la membrane du tympan. Gette caisse tympanique s’ouvre aussi dans la gorge par une courte et large trompe d’Eustaclie. Les orifices des deux trompes sont très-faciles à voir dans la Grenouille , quand on écarte fortement les mâchoires l’une de l’autre ; mais , d’après Mayer (4 ) , ils ofFrent cela de particulier, dans le Pipa, qu’ils se confondent en un seul. Suivant Huschke , le Bufo ignens n’si plas de trompes d’Eustache , non plus que de caisse ^ ni de membrane du tympan (2). Au reste Scarpa a déjà fait remarquer que la trompe d’Eustaclie se rencontre chez tous les animaux qui ont une caisse du tympan ; mais ce qui paraît avoir moins fixé l’attention , c’est que , chez la plupart des Grenouilles , des Crapauds et des Orvets , où l’on comnience pour la première fois à la rencontrer , elle a des dimensions énormes, ëe qui permet d’admettre que son but principal est de constituer
deux masses , quand ôii les examine au mitroscope , paraissent consister en plusieurs millions de cristaux de carbonate calcaire, arrondis et ovalaires , dont les pins gros ont environ un centième de ligne dè long , et dont la forme est celle d’nn prisme à six pans terminé par des sommets à six faces. Ehrenberg (Poggettdorff’s Annalen , tom. XXVIII -, 3^ a découvert des cristallisations analogues dans le crâne et le caïul vertébral des Reptiles et même des Mammifères. Leur dépôt dans Fintervertèbre auditive du crâne correspond d’une manière admirable à ceux qu’ils forment dans les trons intervertébraux du rachis.
(1) iVoFÆ act. nat. curios. tom. XIII, P. ii , pag. 547.
(2) J. Muller a divisé les Batraciens en trois familles d’après la considération de la membrane dix tympan et de la trompe d’Eustache Çlsis , i832, pag. 536 ).
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ie premier canal auditif pour la conduite du son à l’oreille interne. Plus tard, lorsqu’il s’est manifesté une membrane du tympan et un conduit auditif externe proprement dit , ce conduit auditif primitif paraît être moins développé et agir moins comme conduit auditif que comme canal qui amène l’air dans l’oreille interne. Si , jetant encore un regard sur riiistoire du développement de ces animaux , on voit qu’ originairement l’eau arrive par la bouche aux branchies , dans la région précisément desquelles se forme la caisse du tympan , on ne pourra s’empêcher de reconnaître une nouvelle fois que le conduit auditif et l’ouverture respiratoire céphalique ont une même signification sous le point de vue physiologique ( § 432). Au reste, chez ces Batraciens , la membrane du tympan se trouve tout-à-fait à la surface extérieure du corps ; elle est à peu près perpendiculaire , située derrière l’articulation de la mâchoire , et couverte par les tégumens communs.
A l’égard des Chéloniens, leur vestibule membraneux, renfermé dans l’os , et leurs canaux demi-circulaires sont bien disposés , quant au fond , de la même manière que chez les PLeptiles des ordres précédens (pl. xix, fig. xvi,xvii), avec cette seule différence que la chambre correspondante au sac vestibulaire des Poissons et contenant une concrétion crétacée , est séparée d’une manière plus distincte , tandis que le vestibule lui-même se montre rempli d’une eau limpide; mais les recherches de Windischmann (1) nous ont révélé l’apparition d’une nouvelle partie du labyrinthe , savoir, un rudiment de limaçon , déjà indiqué faiblement chez les Serpens , avec une fenêtre ronde , déjà entrevue aussi par Cuvier , et qui , placée à côté de la fenêtre ovale , derrière elle, est bouchée par une membrane, particulière. Le rudiment de limaçon forme encore ici une simple vésicule légè-
(i) Zoc. «V. pag. /(b
ougames des sems.
: rement plissée , qui est unie au sac du labyrinthe par un
j court canal , qui se trouve située derrière la fenêtre ronde , et
j près de laquelle le nerf facial traverse l’oreille interne. Quant
i à ce qui concerne la caisse du tympan , elle est compléte-
j ment ossifiée , plus longue , et divisée en deux portions^ l’une
i interne ( antivestibulum de Bojanus ) , l’autre externe ; une
épaisse membrane du tympan , composée de deux couches j membraneuses , entre lesquelles on aperçoit un disque car-
I tilagineux adhérent à la columelle , la bouche , et elle com-
I munique avec la cavité gutturale par une trompe d’Eustaclie
: plus longue et plus étroite. Pour osselets de l’ouïe , on dé¬
couvre ici un long pédicule ossenx{columeUa) qxâ plonge dans la membrane du tympan, qui s’élargit par le bas, et dont la base ovalaire repose dans la fenêtre ovale. \ L’organisation des Sàuriens ressemble aussi , sous ce rapport, à celle des Chéloniens , et quoique quelques uns d’entre eux se rapprochent davantage des formations supérieures , comme par exemple le Caméléon , dont la membrane du ! tympan est couverte de parties charnues , ainsi que celle des Orvets , cependant il en est d’autres aussi , notamment le Crocodile , chez lesquels ces parties ont pris un développement plus parfait. En effet, le labyrinthe du Crocodile , exactement enveloppé ici par l’os , et toujours pourvu de noyaux crétacés , ofi&’e à un degré plus prononcé que celui d’autres Reptiles , un appendice inférieur, de forme conique et courbé en avant , dont l’intérieur est partagé , par une cloison transversale , en deux conduits , qui s’ouvrent l’un dans le vestibule , l’autre dans la caisse du tympan , ce dernier au moyeu d’un petit trou bouché par une membrane , qui correspond parfaitement à la fenêtre ronde de l’oreille humaine. D’après la situation de cet appendice , sa forme et ses ouvertures , on l’avait déjà considéré autrefois , et avec raison , comme le premier rudiment bien positif du limaçon , mais les recherches de Windischmann ont mieux démontré encore que sa structure intime s’accorde au plus haut point avec celle
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du limaçon des Oiseaux , dont nous devons la découverte à Treviranus , et que je ferai bientôt connaître. Au reste, la caisse du tympan est également plus spacieuse chez les Sauriens que chez les Ghéloniens , et l’osselet de l’ouïe de ces animaux , dont la forme est la même que chez ceux-ci , adhère à une membrane du tympan mince et ovale , qui est tout-àfait perpendiculaire ^ quand elle se trouve à l’extérieur, comme dans l’Iguane , mais se dirige , au contraire , vers le haut chez le Crocodile. Cependant ce qui distingue par dessus tout l’organe auditif du Crocodile , c’est le développement d’une sorte d’oreille externe , dont nous n’avions point encore aperçu de traces , et qui apparaît ici pour la première fois , sous |la forme de deux lèvres charnues ressemblant à des paupières ( fig. xiii , A ).
Nous avons déjà dit ailleurs ( § 109 ) que le nerf auditif qui se distribue au labyrinthe membraneux constitue un nerf cérébral à part cliez tous les Pveptiîes. Il aboutit tant au sac qu’aux renflemens des canaux demi-circulaires du labyrinthe mou. Le nerf facial (portion dure de la cinquième paire ) traverse également ici l’organe auditif ( pl. xii , fig. XVI ), ainsi que Scarpa en a déjà fait la remarque , et que nous l’avons dit précédemment,