‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieurChapitre 89 sur 95 · I. 'io · texte numérisé non relu

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4^6 TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.

ment en bas , elle occupe l’extrémité interne du conduit auditif externe , et naturellement offre une surface d’autant plus étendue que l’angle est plus aigu sous lequel elle coupe l’axe du conduit. Telle est sa disposition chez la Taupe , en particulier , où elle forme le couvercle du conduit auditif et le fond de la caisse du tympan. C’est dans cette circonstance, |ointe à la grandeur des canaux demi-circulaires (§ 443), qu’il faut chercher la cause de la ffnesse de l’ouïe de la Taupe. Cependant la plus remarquable de toutes les membranes du tympan est celle delà Baleine franche , qui, d’après Home (1), fait une grande saillie convexe en dehors , dans le conduit auditif élargi de haut en bas (2) , laisse apercevoir, comme chez l’Éléphant , dans sa membrane moyenne , des fibres musculaires bien distinctes , que. ce même anatomiste dit exister presque toujours en elle , et n'a pas la moindre conneæion immédiate avec les osselets de Vouîe , car le marteau s’unit avec la membrane attachée au fond du grand os tympanique roulé en forme de cornet. A peine ai-je besoin de faire remarquer que cette circonstance rend encore plus probable l’opinion précédemment exprimée ( § 445 ), que la trompe d’Eustache doit être , rigoureusement parlant , considérée comme un conduit auditif dans la classe des Mammifères.

On ignore si le nerf appelé corde du tympan existe chez loua les Mammifères , mais Bojanus (3) l’a rencontré dans le Veau et la Brebis. 11 partait du canal de Fallope , se réfléchissait sous la courte apophyse du marteau , sortait , au devant du conduit auditif externe , par un petit trou dans l’intérieur duquel il se renflait en un petit ganglion , devenait ensuite plus grêle , et s’unissait avec le rameau lingual.

(1) Philos, Trans. 1812, pag. 85,

(2) Cette convexité en dehors ne proviendrait-elle pas de ce qne , chez On animal aqnatique comme la Baleine, l’air contenu dans la caisse dq tympan refoule la membrane dans le conduit auditif plein d’eau?

(3) Russiscke Sammlungen faer Naturwissenscbajt und Heilkunda^ t, îï , tah.îV, pag, 527.

or&akes des sens.

Otto a fait aussi une découverte remarquable / celle que , chez rÉcureuil , l’artère carotide , non-seulement traverse la caisse du tympan^ mais encore passe , dans un canal osseux, à travers l’ouverture de l’étrier (1).

La plupart des Mammifères ont , de même que l’homme ^ trois osselets de l’ouïe ( pl. xix , fig. vu ) , dont on peut considérer comme un premier vestige les trois rudimens de côtes qui , chez certains Poissons , établissent une connexion entre la vessie natatoire-, et l’appendice postérieur du labyrynthe , et dont on trouve des traces plus sensibles encore dans la plaque de la fenêtre ovale , la columelle, et dans le cartilage emprisonné entre les feuillets delà membrane du tympan, tant chez un grand nombre de Reptiles , que chez les Oiseaux,

Dp reste , nous devons regarder comme un rapprochement remarquable avec des formes antérieures l’état de choses existant chez l’Ornithorhynque, qui n’a que deux osselets del’ouïe ( pl. XIX, fig. VIII , 1, a, b) , lesquels correspondent parfaitement à la columelle des Reptiles. Meckel (2) en admet bien un troisième, qu’il compare au marteau , et qui a la forme d’une moitié de petit anneau complétant le cadre de la membrane du tympan ; mais je serais plus disposé à voir en lui une portion de la côte elle-même de la vertèbre auditive.

Parmi les nombreuses variétés qu’offrent les osselets de l’ouïe , je crois devoir signaler encore celles de l’étrier.Lorsqu’on étudie cet osselet dans une série convenablement disposée , comme l’a fait Garlisle (3) (fig. viii ), on voit qu’il n’arrivé que par degrés à la forme proprement dite d’un étrier , tandis que , chez le Cochon d’Inde et le Morse , mais surtout chez l’Ornithorhynque et lé Kanguroo, sa configuration ressemblé

(4) Nova aet, acad, curios, teop» toni. XIÎI , pag. 6it

(1) Locé cîc. pag. 38.

(2) PhiÎGit Ttansact.

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encore parfaitement à celle de l’osselet de l’ouïe dans les classes précédentes , attendu que ses branches sont très-serrées l’une contre l’autre , et que , chez le Kanguroo , elles se prolongent supérieurement en un pédicule ( coluraelle ). La Taupe dorée du Cap possède , en outre , d’après Rudolphi , un quatrième osselet assez gros et cylindrique , qui se trouve entre l’enclume et le marteau , et qui est libre dans une petite cavité dirigée vers la fosse zygomatique (1),

Chez le Hérisson , la pièce moyenne du marteau se prolonge en une large plaque osseuse , occupant une grande partie de la cavité tympanique. Dans la Taupe , l’enclume et le marteau ont cela de remarquable, qu’ils sont creux, et que la cavité de ces deux os s’ouvre par un large orifice dans la caisse du tympan (2). J’ai déjà dit , à l’occasion du passage de l’artère carotide à travers cette dernière ( § 447 ) , qu’entre les branches de l’étrier de la Marmotte , de la Taupe et de quelques autres Mammifères , se trouve une languette osseuse qui entoure ce vaisseau.

Les muscles des osselets de l’ouïe sont , en général , plus forts ches les Manunifères que chez l’homme (3).

Il nous a été facile jusqu’ici de suivre l’organe auditif se développant de dedans en dehors; le labyrinthe membraneux existait presque seul chez le Poisson ; dans l’Amphibié et l’Oiseau , la caisse du tympan s’y est ajoutée , avec l’osselet de la fenêtre ovale , le plus interne des osselets de l’ouïe chez les animaux supérieurs , le conduit auditif externe a commencé à se développer , et il a même paru un rudiment de

(l) Grundrîss âer Physiologie , tom. II , P. i , pag. i3o.

(a) Trevirakits , Erscheinttngen tind Gesetze des organischen Lehens , tom. II , P. I, pag. laG.

(3) Voyez Aatenrietb et Kerner, d.ans Reil’s Archiv , tom. IX ,p. 343. Treviranas a signalé aussi ( Loc. cit., pag. 127 ) la disposition des muscles du marteau dans le Renard, et la forte tension qu’ils peuvent imprimer à la membrane du tympan.

OFxGAKES DES SEHS. 46g

l’oreille externe dans le Crocodile et les Chouettes, Chez les Mammifères , où le labyrinthe s’est déployé davantage encore, où la caisse tympanique est plus séparée de l’articulation de la mâchoire , où les os qui la constituent n’ont plus la mobilité qu’ils conservent encore chez l’Oiseau , où enfin le conduit auditif externe affecte ordinairement la forme d’un tube osseux , cartilagineux à l’extrémité , nous voyons cette série d’organisations se terminer par l’apparition d’une conque cartilagineuse mobile , organe de concentration du son , dont la présence complète enfin l’appareil auditif (1).

L’absence de la conque , dans quelques Mammifères , doit donc être considérée comme une circonstance qui se rattache de nouveau aux formes précédentes. Ce cas a lieu , par exem ■ pie, dans les Cétacés, chez plusieurs Phoques (2), dans le Morse , chez les Monotrèmes , dans les Taupes et dans les Musaraignes. D’autres Mammifères ne sont pas entièrement privés de conque , mais n’en ont qu'une très-petite ; tels sont les Paresseux , où elle ne figure guère qu’une sorte de fente perpendiculaire , dont le bord postérieur seul fait une légère saillie. Dans d’autres espèces , au contraire , elle acquiert des dimensions considérables, et l’une des plus remarquables , sous ce rapport, est sans contredit l’Oreillard ( Vespertilio auritus). Au reste , comme les diverses formes de l’oreille externe sont indiquées dans les descriptions des zoologistes , je crois superflu de les reproduire ici , d’autant mieux que le cartilage auriculaire se compose déjà des mêmes parties essentielles que celles qu’on trouve chez l’homme. Je me bornerai donc à rappeler que l’oreille externe des Mammifères

(i) Voyejî, 5nr l’organisation et le développement de l’oreille externe , nn Mémoire de Piedagnel dans le Journal de physiologie expérimentale , iSaS .janvier.

(a) J’ai trouvé, chez nn P koca monacus vivant, le conduit auditif ne s’ouvrant que par un petit trou-, dans lequel l'eau ne ponvaiç s’inlrodnirp à cause de l’onctuosité de la merabrane interne.

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est fréquemment fournie de plusieurs pièces cartilagineuses J et que souvent des muscles puissans procurent une grande mobilité tant à chacune de ces pièces en particulier qu’à l’oreille entière. Il arrive plus rarement, comme par exemple dans quelques Chauve-souris et les animaux à bourse , que l’orèille soit presque entièrement membraneuse et peu pourvue de muscles , ce qui la rapproche de la conque cutanée des Chouettes ( § 447 ). Mais la conformation de celle du Crocodile ( § 439 ) paraît se répéter lorsque , comme par exemple chez la Musaraigne ( Sorex fodiens ) , l’anthélix en dehors et l’antitragus en dedans peuvent , à la volonté de l’animal , fermer d’une manière exacte ou largement ouvrir le conduit auditif , à peu près de même que le ferait une valvule (1).

La distribution des nerfs dans l’organe auditif est la même chez les Mammifères que chez l’homme. Cependant il résulte des observations d’Autenrieth (2) qu’il règne parmi eux de grandes différences par rapport au degré de mollesse du nerf auditif, comparée à la dureté du facial.

Quant à ce qui concerne les particularités de l’organe auditif de l’homme , en considérant la grandeur et la mobilité des oreilles externes chez beaucoup de Mammifères , l’ampleur de la caisse du tympan , la force des muscles des osselets , qui cependant n’agissent , en grande partie , que comme appareil tensif de la membrane du tympan , la liberté souvent plus grande des parties du labyrinthe , qui parfois aussi ont plus de volume , les dimensions considérables qu’à l’instar de la plupart des nerfs , ceux de l’audition ont acquises proportionnellement au cerveau, enfin l’insertion des petits lobes latéraux du cervelet entre les canaux demi-circulaires ;

(1) Geoffroy Saint-Hilaire a donné une belle description , avec figure, de ce mécanisme , dans les Mémoires du Muséum , tom. I, pag. 3o5.

(2) Loc, cit. pag, 355.

OKGANES DES SENS. ^7*

en pesant , dis-je , toutes ces circonstances , il semble qu’on soit obligé de convenir que l’organe auditif des Mammifères est souvent mieux disposé que celui de l’homme pour procurer des impressions vives et délicates. Ainsi ) de même qüe le sens de l’olfaction a paru perdre une partie de sa perfëôlion chez l’homme ( § 357 ) , parce que trop de Vivacité dés impressions dont il est la source aurait nui à la fonctioii des hémisphères cérébraux , de même aussi la finesse de l’ouiê à dû diminuer par la perte presque totale de la mobilité de l’oreille externe , par l’ampleur moins grande de la caisse du tympan et du labyrinthe , et par l’abandon que les touffes du cervelet ont fait des fosses du rocher. En effet j si les odeurs fortes causent la stupeur en affectant trop vivement les hémisphères , le grand bruit , en affectant le cervelet , qui est le foyer de la force motrice , semble exciter surtout le sentiment de la faiblesse , en un mot la frayeur , qu’en effet On sait naître plus particulièrement du sens de l’ouïe. Mais , d’Uh autre côté , on ne peut douter que l’organisation propre de l’oreille humaine ne lui procure une aptitude spéciale à distim guer les modulations les plus variées des sons ; c’est ce que prouve déjà en partie la perfectibilité de la voix humaine , qu’on ne rencontre à un si haut degré chez aucun animal,

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