‹ Traité élémentaire d'anatomie comparée, suivi de recherches d'anatomie philosophique ou transcendante sur les parties primaires du système nerveux et du squelette intérieur et extérieurChapitre 95 sur 95 · mammifères · texte numérisé non relu

mammifères

Ici , de même que dans la classe précédente , les yeux sont situés des deux cotés dè la tête, et les Quadrumanes sont

5o2 traité d'akatomie comparée.

les seuls Mammifères chez lesquels ils en occupent la face antérieure , comme chez l’homme (1).

Leur volume et leur forme varient beaucoup (2). Cèpendant on peut dire qu’ils sont petits , eu égard aux yeux des animaux de la classe précédente , et cela proportionnellement tant à la tête entière qu’au cerveau en particulier. Ils n’ont un volume plus considérable que chez quelques espèces qui se rapprochent des Oiseaux sous plusieurs rapports , même sous celui du genre de vie , comme , par exemple , divers Rongeurs , les Makis , etc. , tandis que , chez les Mammifères fouisseurs ( Taupe , Musaraigne ) , et chez ceux d’une très-' grande taille ( Cétacés (3) , Hippopotame , Éléphant) , ils sont d’une petitesse extraordinaire. Il y en a même plusieurs , parmi ces derniers , qui ont les yeux complètement cachés sous les tégumens communs , comme dans certaines classes inférieures ; tels sont le Spalax typMus , la Talpa cœca (4) et le Sorex aureus. Du reste , il est digne de remarque que , chez ceux même dont l’œil est excessivement petit, c’est-àdire environ du volume d’une graine de pavot , comme la Taupe , les embryons l’ont beaucoup plus gros , proportion gardée (5) , phénomène qui pourrait rappeler l’oblitération de l’organe avec l’âge chez quelques Rotifères et Lernées (§453,433).

(l) Comparez le § 3o2 , sar la stractnre des orbites.

(3) SoEMMERaiiîG ( Loc. cit. pag. 79 ) et Trevieanus , en partie d’après lai (^Biologie, tom. VI, pag. 4^9)» ont donné des tables intéressantes sur les dimensions de l’œil et de ses parties, ainsi que sur les proportions réciproques des parties importantes pour la vision.

(3) Les Cétacés sont cenx qui ont les plus gros yeux , absolument parlant. Selon Rudolpbi , l’œil d’une Balœna boops, longue de trente-un pieds, avait deux ponces et demi de profondeur, trois et demi de large, et deux et trois quarts de haut ( Physiologie , tom. II , pag. 169 ).

(4) D’après P. SAVi,dans Nttov. giorn. de’ Lüterati , 1822, n® IV , pag. 299.

(5) Voyez mes Tabulée illustrantes, cah, III, pl. ix.

ORGAHES DES SENS. 5o3

La formé de l’œil est ordirtairement sphérique. Cependant les Cétacés l’ont un peu aplati en devant ( pî. Xix , %. x.) , ce qui est une répétition de sa forme chez les Poissons. Dans d’autres espèces , au contraire , la cornée est un peu plus bombée en avant /disposition que je n’ai rencontrée nùllé part à un aussi haut degré que dans la Taupe , dont la cornée ressemble presque à un côtté. D’après Tiedemann (i) , l’œil de la Marmotte est plus étendu en largeur qu’en hauteur. La même chose a lieu , mais d’Une iiianière moins sensible , dans les Ruminans. En général , l’axe transversal l’emporte sur l’axe longitudinal; il n’y a què les Singes et lés Chéiroptères qui ressemblent à l’homme par l’eténdUe de l’axe longitudinal de leurs yeux.

Les mouvemens de l’œil sont pi us' vifs dans Cette classe que dans la précédente. La poulie sur îraquelle rOüle le tèndon du muscle oblique supérieur, contribué surtout a ies perfectibiiner. Cependant Rudolphi a reconnu qiiè cette poulie n’existait point dans les Baleines et les baüpiühs ( Balmna loops ét Delphinus phocœna). Il assure àussi qué le musclé grândobli-" que se bifurquait des deux côtés du droit supérieur , et qué la même chose arrivait également ad petit oblique des deux côtés du droit inférieur, chez le Tigré etlè Lioh, Un muscle oblique inférieur ét quatre droits existent ici , comme dans la classe précédente. Les muscles droits ont mêmè quatre pouces de long , sur dix-huit de large, chéz l’Eléphant , dont l’œil n’a cependant qu’un pouce et demi. Oh réhcpntré en outré un muscle ayant la forme d’un entonnoir , qui entoure le nerf optique , et quelquefois un autre muscle^ divisé en deux à quatre parties , qui existait déjà Chez divers Reptile? (§466 ). Les Quadrumanes et l’homme parâissént être seuls privés de ce muscle , qui représente même à lüi seul touS les muscles oculaires dans la Taupe.

(i) Beitrcege der WetCerauischen Geseüschafc fuer die Zoologie ^ tom, I,

5o4 traité jj’akàtomie comparée.

A l’égard des paupières et des organes lacrymaux , les Cétacés ressemblent parfaitement aux Poissons , car ils n’ont point d’organes lacrymaux , et leurs deux paupières ne consistent qu’en un bourrelet adipeux presque immobile. Mais, chez les autres Mammifères ,les paupières sont conformées à peu près comme chez l’homme , à cela près seulement que le repli demi-circulaire de la conjonctive a presque partout des dimensions considérables , et qu’à l’instar de ce qu’on observe chez les Oiseaux , il constitue encore une véritable troisième paupière , dans laquelle on rencontre ordinairement ( par exemple chez le Lièvre et le Cheval ) une plaque cartilagineuse mince et transparente. Albers , Rudolphi et Rosenthal ont démontré que cette troisième paupière possède aussi des fibres musculaires chez le Phoque , le Chien , l’Hyène et quelques autres animaux. Suivant Home (1), l’Échidné n’a qu’une seule paupière circulaire. Albers a retrouvé aussi, dans la paupière inférieure de quelques Singes ( Simia capucina et Talapoin ) , le disque cartilagineux qui appartient déjà aux Oiseaux et aux Reptiles ( § 467,471 ). Un fait mérite encore d’être mentionné , c’est que , chez beaucoup de Mammifères (Chien , Chat , Lièwe , Souris ) , les paupières restent closes pendant quelque temps (neuf à quatorze jours) après la naissance , et qu’ alors la pupille est également bouchée par la membrane pupillaire , pellicule mince qui m’a paru être une continuation delà conjonctive , dans les jeunes Chats , où je l’ai examinée avec attention.

Les voies et glandes lacrymales se comportent , quant au fond, de la même manière que chez l’homme ; seulement il arrive souvent encore qu’on observe la glande de Harder , comme chez les Oiseaux. La caroncule lacrymale ne s’aperçoit pas non plus quand la troisième paupière est très-développée , par exemple chez le Lièvre. Je n’ai pu trouver aucune trace de tous ces organes chez les animaux dont les yeux sont très-petits , tels que les Taupes et les Musaraignes.

(i) Philos. Trans. i8oa , pag. 354.

organes des sens.

La conjonctive apparaît de même ici comme une continuation de la peau. Chez les grands Mammifères, on y aperçoit encore distinctement trois couches , l’épiderme , qui a pris la forme d’un épithélion , le tissu réticulaire muqueux , et le derme, avec une couche de graisse (1).

La sclérotique est bien conformée déjà comme celle de l’homme dans la plupart des Mammifères , et nulle part elle n’oflre d’ossifications ; mais elle a une force extraordinaire dans les Cétacés ( pL xix , fig. x ) , et son épaisseur n’est pas la même sur tous les points de son étendue , chez les Pinnipèdes , notamment les Phoques , les Morses , et aussi les Cétacés. En effet , d’après les observations de Blumenbach, Albers et autres, sa partie postérieure est extrêmement épaisse, tandis qu’elle est mince et flexible à sa région moyenne , et qu’elle s’épaissit de nouveau en avant (2). Cependant on observe déjà quelque chose d’analogue chez certains Mammifères terrestres , notamment chez le Cochon. Cette disposition semble avoir pour but de permettre que la capacité de l’œil puisse diminuer ou augmenter , et l’axe visuel se raccourcir ou s’allonger , afin que l’animal ait la faculté de voir tantôt dans l’eau et tantôt dans l’air , tantôt de près et tantôt de loin ; mais , quoique les naturalistes l’aient principalement envisagée sous ce rapport , on ne peut non plus méconnaître en elle une répétition de la forme aplatie de l’œil des Poissons , puisque l’épaisseur plus considérable de la sclérotique, à sa partie antérieure et à sa partie postérieure , fait que ,

(t) Voyez Prikz, dans Ammon , Zeitschrift füer die Ophthalmologle ,■ tom. II , pag. 87, — Cet écrivain rapporte même des cas de poils qni se sont développés sur la conjonctive.

(a) Dans la Baleine , où l’œil a le volume d’nne orange , l’épaissenr de la partie postérieure de la sclérotique s’élève à près d’un ponce , d’après Blumenbach et Sœmmerring. Dans le Dauphin, suivant Albers (DenAschriften der Muenchner Akadetnie , i8o8-, pl. ir , fig, I ), cette membrane n’est considérablement épaissie qu’à la partie postérîenre de l’œil. .

5o6 traité d’anatomie comparée.

comme chez ces derniers , la forme de l’espace circonscrit par cette membrane se rapproche davanta.ge de celle d’une lentille.

Au reste , Ramsome dit avoir découvert , en dedans de la sclérotique , des fibres musculaires particulières qui se rendaient à la cornée (1).

La cornée transparente des Mammifères est , comme celle de l’homme, encadrée dans le bord antérieur de la scléro-î tique. Elle ne diffère guère de celte dernière que sous le rapport de sa convexité et de son étendue. Dans le Porc-épic, elle occupe la moitié du globe de l’œil , suivant Blnmenbach (2), tandis que, d’après Tiedemann, elle estplus large que longue dans la Marmotte, ce qui a lieu ordinairemeni aussi chez les Ruminans (pl. xix, fig. xi). Dans les Carnivores { fig. IX ), elle fait une grande saillie. La conjonctive se comporte à son égard de même que dans la classe précédente , c’est-à-dire qu’à Pendroit où l’épiderme passe sur la cornée ( § 477 ) , elle forme un sac fermé , comme chez les Ophidiens ( § 467 ).

La choroïde nous offre d’abord à signaler, d’après Meckel, son épaisseur chez les Carnivores , sa minceur chez les Herbivores , et la belle coloration de sa face interne à la région postérieure de l’œil, qui est dépourvue de pigment noir. Cette surface nacrée , à reflets tantôt dorés, tantôt verts ou bleus, porte le nom de tapis [tapétum). On ne l’aperçoit ordinairement qu’au côté postérieur de l’œil placé vis-à-vis de l’entrée du nerf optique. Elle ne résulte cependant point d’un enduit particulier ; car on peut aisément se convaincre dans le Bœuf, le Veau , la Brebis et le Chien, que la choroïde , qui , chez les premiers surtout , se partage toujours en deux feuillets bien distincts , l’un interne , l’autre externe , est

(1) Voyez Gr*fe , Journal fuer Chirurgie, tom. II , cah. II , pag. SgS.

(2) Je vois aussi daus le Rat que la cornée entoure la moitié de l’œil , et la sclérotique l’autre moitié.

organes BES sens. 5o7

totalement dépourvue de pigment noir proprement dit , cl seulement couverte d’une couche mince de mucus , dans les points qui jouissent de l’éclat nacré. Si , al aide d un pinceau , on enlève , sur l’œil d’un Veau , le pigment voisin des limites du tapis , on parvient aisément à séparer la lame interne de la choroïde de la portion colorée , et à se convaincre que, si elle offre une vive coloration sur ce dernier point, elle est brune partout où le pigment la recouvre. Au reste , le feuillet externe de la choroïde est chargé , sur les points colorés , d’un tissu cellulaire floconneux , qui le fixe à l’interne ( membrane de Ruysch ). Quant à la cause qui fait que le pigment manque sur quelques points (1) , on pourrait 1 attribuer à ce que la sécrétion de carbone est moins abondante , ce qui se rattacherait peut-être à ce que l’intensité et l’eXten sion de la respiration sont comparativement moins considérables que chez les Oiseaux ( § 476 ). Du moins est-il digne de remarque que le tapis n’existe point encore chez les Rongeurs , qui se rapprochent à tant d’égards de la classe précédente, et qu’il finit aussi par disparaître chez l’homme. On pourrait, au reste , le considérer jusqu’à un certain point comme une répétition de ce qui a lieu chez les Poissons et les Reptiles , et , sous ce point de vue , il n est pas sans interet que , suivant les observations de Hunter (2) , le pigment noir n’existe sur aucun point de la surface interne de la choroïde des Cétacés , dont la teinte est également argentine , et qu’on

(l) Eli esaminanl l’œil d'un fœtus de Vache à mi-terme , où les couleurs du tapis manquaient encore , j’ai vu très-distinctement que le pigmetit noir, formant tantôt de petites lamelles et tantôt des points, recouvrait h peine la moitié de la choroïde, Du reste , si la choroïde parait rongé chez les Oiseaux , les Mammifères et les hommes atteints d’albinisme. Cet effet ne tient pas seulement à l’absence du pigment nbir interne , mais encore à celle du mucus brun extérieur, dont la sécrétion s’opère entré la sclérotique et la choroïde , et au développement incomplet du feuillet interne de celte dernière membrane elle-même.

(a) Philos. Transact. 1787 , pag. 440.

5o8 traité d’anatomie comparée.

ne le retrouve qu’aux procès ciliaires. Cet état de choses est

remarquable aussi comme transition aux Ongulés.

Enfin, si l’on rencontre cet éclat métallique dans l’œil, c’est-à-dire dans l’organe de la lumière , soit chez les animaux des classes précédentes , soit chez ceux de celle-ci, on doit sans doute l’attribuer à ce qu’il est dans la nature de la lumière , non pas seulement de rendre les couleurs visibles, mais même de les produire, ce qui fait qu’elles ne se développent chez les animaux qu’ après la naissance. Nous pouvons aussi remarquer souvent que les yeux de certains animaux , par exemple ceux du genre Chat , ont même la faculté de produire une lueur électrique (1).

En devant , au bord de la sclérotique , on trouve le ligament ciliaire , qui cependant est d’ordinaire plus étroit chez les Mammifères que chez les Oiseaux. Quant au canal que nous avons décrit dans l’œil de ces derniers ( § 474 ), on ne le rencontre plus ici que quelquefois (2) , et toujours fort incomplet. Suivant Sœmmerring , il n’existe aucune trace de ce canal de Fontana chez l’Éléphant.

Les procès ciliaires me paraissent être plus petits que partout ailleurs dans l’œil des Souris et des Rats. L’œil ouvert de ces animaux représente un espace globuleux , lisse , noir et percé en devant d’une pupille extrêmement petite , dans lequel les procès ciliaires, réduits à un très-faible anneau, ne font que marquer la limite entre la choroïde et l’uvée , qui

(x) J’ajonterai encore ici que Leigh a décrit {^Philos. Transact. i8oi i P. I, pag. l49 )» dans le Rhinocéros des Indes , nu organe mnscnlo.membraneax particnlier , qa’il dit naître da fond de la sclérotique et embrasser une partie de la choroïde. Sœmmerring ( Loc. cit. pag. Sg ) , après avoir examiné l’œil de l’Éléphant , a rectifié cette assertion en faisant voir qne les quatre prétendus tendons indiqués par Leigh ne sont autre chose que les quatre troncs d'où naissent les Vasa 'vorticosa de la' choroïde.

(2) Je suis parvenu à en souiller d’assez grandes portions dans l’œil de Bœuf, mais toujours je l’ai trouvé parsemé de fibres.

orgâkeS des sens. 5og

d’ailleurs sont très-manifestement la continuation l’une de l’autre. Chez plusieurs Carnivores, par exemple dans les Chats et les Chiens, les corps ciliaires forment une large ceinture (1) posée à plat sur la paroi de la cavité de l'œil , et les extrémités de ses rayons sont peu saillantes. Le contraire a lieu chez les Ruminans et les Solipèdes, où le corps ciliaire s’étend fort loin vers le cristallin , sous la forme d’une large couronne rayonnante (pl. xix , fig. ix et xi ).

L’iris présente de nombreuses différences relatives à sa couleur , à sa structure , à la largeur et à la forme de la pupille.

Sa couleur est ordinairement moins vive que dans la classe précédente , jaunâtre , verdâtre , et le plus souvent bru* nâtre. Cependant elle varie beaucoup , surtout chez les animaux domestiques , en raison de circonstances individuelles, ainsi qu’il lui arrive également chez les Oiseaux et chez l’homme lui-même.

A l’égard de sa structure , il est facile , chez plusieurs grands Mammifères, le Bœuf notamment, d’y distinguer trois couches , offrant des fibres annulaires et concentriques sur l’externe ( pl. xx , fig. xii ), et excentriques ( fig. xii ) sur l’interne ( uvée ) , tandis que la moyenne contient les vaisseaux et les nerfs soutenus par un tissu cellulaire lâche (2). TJn fait digne de remarque cependant , c’ést que, chez les animaux dont la pupille est fortement tirée en travers , comme les Ruminans et les Solipèdes , cette structure n’appartient point à l’iris entier, mais seulement à son large bord externe ( fig. XII , XIII ) , de sorte qu’il reste intérieurement deux segmèns de cercle (a) , qui, n’offrant point de fibres, sont purement membraneux, et, pris ensemble, ressemblent pres-

(i) Sa largeur est indiquée à l’extérieur par celle du ligament ciliaire.'

(a) Il en est autrement d’après BInmenbach ( Vergleîchende Anatomie , pag. 392 ) chez le Phoque, où les vaisseaux ciliaires se voient à la face an*, térieure de l’iris.

5lO TRAITÉ d’anatomie COMPARÉE.

que , pour la forme , à une membrane pupillaire fendue en travers,

La membrane pupillaire elle-même n’a encore été distinctement observée que dans cette classe, et nous pouvons d’autant moins méconnaître en elle une répétition de la formation des paupières, que celles-ci sont également closes chez le fœtus. On en a surtout une preuve manifeste chez les animaux qui viennent au monde aveugles ; car la membrane pupillaire persiste chez eux (1) aussi long-temps que les paupières demeurent réunies jiar une membrane interpalpébrale (§ 478). Mais cette analogie, jointe aux motifs précédemment exposés ( § 474 ) , à la structure évideuunent fibreuse de l’iris chez les grands Mammifères (2) , à l’empire que la volonté exerce sur les mouvemens de cette membrane chez les Oiseaux et presqu’au môme degré aussi chez les Chats , enfin à plusieurs expériences et observations faites sur des animaux vivans (3) , ne me permet pas de douter que

(l) D’après les recherches de Me.ckel sar des Chats, des Lapins et des Chiens {^Archiv, tom. 11, cah. II, pag. i36 ), qni ont été confirmées par Wrisherg sur des Lapins ( Commeutatum , vol. I , pag. 5 ) , et par moi sur des Chats.

(ï) De ce qu’il est rare qn’on aperçoive nettement la structure fibreuse , on ne peut déduire qu’une bien faible objection, puisque nous connaissons tant d’animaux chez lesquels la force musculaire s’annonce par des mouvemens de loule espèce, sans qu’on distingue en eux aucune fibre.

(3) Des expériences faites sur des Chiens et des Lapins vivans ont appris qne la pupille, même après avoir été dilatée par la belladonne, se resserre pioraptement lorsqu’on irrite l’iris à l’aide d’une aiguille plongée à travers la cornée transparente , mais que la contraction a lien plus lentement lorsr qne l’aiguille perce l’iris lui-même et par conséquent rencontre aussi sa face interne. Uti oculiste très-habile m’a même assuré que l’iris demeura immobile dans un cas oùil lui arriva , en opérant une cataracte par abaissement, de percer cette membrane , dont la lésion n’entraîna d’ailleurs aucun accident, tandis qne la pupille se contractait toujours lorsque, voulant opérer par extraction , il irritait l’iris en ouvrant la chauihre antérieure.

organes des sens.

5ii

la dilatation et le rétrécissement de la pupille ne soient les résultats d’une contraction musculaire, malgré toutes les objections qu’on a élevées contre cette opinion. A l’imitation parfaite de ce qui a lieu dans les paupières , la face externe de l’iris contient des fibres concentriques , qui sont le muscle sphincter , et l’interne des fibres excentriques , qui ouvrent la pupille. Mais ce n’est point ici le lieu d’entrer dans des discussions à ce sujet.

Les Rats et les Souris sont de tous les Mammifères ceux qui ont l’iris le plus large ; car , chez eux , les dimensions de cette membrane égalent presque celles de la choroïde. En général , elle me paraît être moins ample , proportionnellement à l’œil , chez les Herbivores que chez les Carnivores , où d’ailleurs les niembranes vasculaires l’emportent presque toujours sur la rétine (i).

La pupille est ronde dans les Rongeurs , les Chéiroptères et les Singes, transversalement ovale (presque comme chez la Grenouille et l’Oie) , dans les Ruminans , les Solipèdes , les Baleines , les DaupMns , et ovale de haut en bas ( comme chez le Crocodile ) dans le genre des Chats , où , quand elle se resserre tout-à-fait , elle n’apparaît plus que sous la forige d’une étroite fente longitudinale.

Il est remarquable que , d’après Kieser (2) , les pupilles transversalement ovales offrent toujours à leur bord supérieur de petits prolongemens semblables à des grains de raisin et chargés de pigment noir en abondance. Ces prolongemens sont surtout prononcés dans le Cheval, où Swammerdam les a comparés avec la valvule pupillaire ( § 464 ) de l’œil des Raies (pl. xix, fig. xiv). Du reste , on en rencontre parfois aussi , qui cependant sont moins saillans , au bord inférieur de la pupille ; et quand alors ils viennent à se

(i) C’est encore nne analogie avec l’œil des Oiseaux.

(a) Ophthalmolog. Blblioth., tom. II, cab. 3 , pag. i i3.

TRAITÉ b’ anatomie COMPARÉE.

réunir avec ceux de la partie supérieure , ils produisent une pupille double. On ne doit point les considérer comme des débris de la membrane pupillaire; du moins n’ai-je pu apercevoir rien qui y ressemblât dans les fœtus des Vaches.

L’entrée du nerf optique dans l’œil et son expansion pour produire la rétine ne diffèrent point essentiellement de ce qu’on observe à cet égard chez l’homme. Seulement quelques Rongeurs (Lièvres et Lapins ) se rapprochent davantage des Oiseaux , dans l’œil desquels le nerf pénètre sous la forme d’une ligne blanche (§ 475), en ce que cet organe, qui est arrondi , se dilate en une espèce de cupule ovale , dont les deux bords fournissent de fortes fibres rayonnantes, d’où résulté qu’ici également il forme une sorte de ligne blanche. Je l’ai vu aussi prendre complètement l’aspect d’une ligne en pénétrant dans l’œil du Cerf ; et G. Sœmmerring lui attribue la même disposition dans celui de la Marmotte. Koch (1) prétend avoir suivi le nerf optique de la Taupe (§ 129) jusqu’à l’œil si imparfait de cet animal.

Le trou central , qui n’existe chez l’homme que comme état pathologique (2) , la tache jaune et le pli (3) n’ont encore été trouvés que dans l’œil des Singes. Cependant le vaisseau du trou central , c’est-à-dire l’artère centrale de la rétine , s’aperçoit aussi , chez les animaux , sous la forme d’un cône blanchâtre qui pénètre dans le corps vitré , quoique , du reste , on ne l’aperçoive bien distinctement que chez les jeunes sujets, par exemple dans l’œil du Veau. Ce cône

(1) Diss. de tàlpœ europœee oculo. Kœnigsberg , 1826.

(2 ) Voyez âmsiom’s Zctschrifc fuer Ophthalmologie , tom. II , p.ng. i x5.

(3) On peut consulter à ce snjet un Mémoire très-détaillé de Wanzel

dans Rosenmui.i.er’s Beitrevge zur ZergUederungskunde , tom.I, cab. lï

et un travail d’AMMOsr ( De genesi et usu maculce liUeœ in retina oetdi humant, i83o J’ai trouvé nne fois, dans un œil de bœuf, une quantité assez considérable de pigment orangé , entre la rétine et le tapis , à l’entrée du nerf optique.

organes des sens. 5i3

peut être considéré comme l’analogue du peigne des Oiseaux (§475).

Il est à remarquer qu’à l’instar de ce qu’on observe dans beaucoup d’Oiseaux , la rétine des Carnivores et de certains Rongeurs ne dépasse point la moitié postérieure de l’œil, ce qui tient à la largeur du corps ciliaire chez les premiers et de l’iris chez les autres.

Quant aux nerfs ciliaires, ils naissent ordinairement du ganglion ophthalmique , qui , d’après Muck , est très-gros dans les Carnivores et les Singes , petit dans les Ruminans , plus petit encore dans les Pachydermes, très-petit dans 1^ Rongeurs, et nul dans le Cheval, tandis que le Cerf en # deux , et le Bœuf quatre.

L’humeur aqueuse et l’humeur vitrée se . comportent . comme chez l’homme , à cela près seulement que la quantité proportionnelle de cette dernière est beaucoup moins considérable dans les Mammifères.

Le cristallin est ordinairement aplati. Cependant il approche un peu de la forme globuleuse chez les Souris et les Rats , de même que dans les Pinnipèdes. Son volume considérable, chez les premiers surtout, rappelle aussi ce qu’il est dans la classe précédente. Dans tous les Mammifères , sa masse , comparée à celle de l’œil , est beaucoup plus grande que chez l’homme.

Ainsi , l’organe visuel des Mammifères nous a également offert des rapports manifestes avec la conformation de l’œil dans les classes précédentes. Cependant on est en droit de dire que sa mobilité plus grande, la disparition de tous les tissus osseux , l’oblitération partielle des membranes vasculeuses , qui jouent encore un si grand rôle chez les Oiseaux , et le développement des organes lacrymaux , le portent dans cette classe à un très-haut point de perfection , jusqu’à ce qu’ enfin il s’élève , chez l’homme , à la dignité du plus noble des organes sensoriels. Ce qui lui assure cette prééminence I. 33

5l4 traité d’anatomie comparée.

dans l’esjpèce humaine , ce n’est pas seulement son organisation particulière , quoique la rétine y occupe une étendue proportionnelle au bulbe entier bien supérieure à celle qu’elle offre dans les Mammifères (1) , mais c’est surtout la vie intérieure qui l’ariime , et qui peut , par l’expression du regard , peindre jusqu’aux nuances les plus délicates dés émotions morales (2).

(l) Le rapport de la corde du grand arc de la coBnée au diamètre dé l’œil, est de I : U f 6 chez l’homme; 1:1,9 chez le Singe; 1:1,7 chez lé Cheval; 1:1,0 chez le Hérisson.

(a) Quand le regard s’anime chez l’animal , ce n’est pas une émotion de l’âme, mais seulement un désir, qu’il exprime. Qu’on pense à la scintillation des yeux du carnassier qui convoite sa proie , et à la faculté dont les Serpens sâht doués dé charmer ou dé rendre inunohiles les animaux, faculté que constate une observation faite par Home ( lectures on comparative anaton^, pag. 334).

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