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Oiseaux

Chez les Oiseaux , ôa est frappé du volume énorme des yeux , par rapport , non pas seulement au cerveau (1) , mais

(G Kieser, -après Harvey, a relevé cette particularité' ( OjphtKaltnol. Bitom. Il , cali. 3, pag. 97 h . ‘ î; •

49i TRAÏTÉ d’anatomie COMPARÉE.

encore à la tête entière. Aussi l’œil de ces animaux , des Oiseaux de proie surtout , se rapproche-t-il à cet égard de celui*des Insectes ( § 459) , qui est également d’une grosseur extraordinaire dans la plupart des genres. Il reposé sur un coussin graisseux peu épais , des deux côtés de la tête , dans 1rs orbites ( pf. xv , fig. i , ly , vi , xii) , dont les oS ont été décrits précédemment lorsque j’ai parlé du crâne des Oiseaux. Ses organes de mouvement sont éncore les mômes que chez les Poissons ( § 460 ) , c’est-à-dire qui! a quatre muscles droits et deux courts muscles obliques (pl. xv , fig. xv); mais ses mouvemens sont faibles , surtout dans les Cliouettes , dont le gros œil , muni de forts anneaux osseux , remplit coinplétëment l’orbite. La forme du globe oculaire est hémisphérique en arrière; mais en devant l’anneau osseux dont nous parlerons bientôt , forme un cylindre court , qui se rétrécit péu à peu , et sur lequel repose la cornée transparente, consti uant une demi-sphère antérieure plus petite qne la postérieure (pl. XV , fig. XI ). Ce cylindre fait surtout une saillie considérable chez les Oiseaux de proie , les Chouettes notamment; Dans d’autres , tels que les Palmipèdes , la moitié antérieure de l’œil est plus aplatie.

La conjonctive et les tégumens communs sotit parfaitement distincts dans cette classe , et une chose fort remarquable ; c’est que , tandis qu'on trouve dans- toutes les autres clâSseë' du règne animal des espèces privées d’yeux, ou chez lesquelles ces organes sont complètement recouverts par lapeau,iesOiseaux , dont l’air et la lumière paraissent être l’élément prct- 23re , sont tous , sans exception , pourvus d’yeux bien conformés.

Chez eux tous aussi on réncontre trois paupières , disposées à peu près dé même que chez -les Reptiles supérieurs ( § 467 ); Des deux paupières qui se meuvent de haut en bas et de bas en haut , l’inférieure ‘est ordinairement aussi plus active que l’autre , et il n’y a qu’un petit nombre d’Oiseaux,

comme r Autruche , d’après Blumenbach , et quelques Perroquets , où elles jouissent toutes deux d’un égal degré de mobilité. Je dois ajouter que les Oiseaux qui font exception sous ce rapport sont principalement ceux qui se rapprochent le plus de l’homme par l’apparition de cils à leurs paupières , c’est- . à-dire d’organes tactiles analogues aux longs poils des moustaches (§ 397;). Presque toujours la paupière inférieure offre (1) une lame cartilagineuse fortement saillante , surtout chez les;£)iseàux de proie ( pi. xv , fig. xv , 1 ) , qui existe déjà chez; le Caméléon , comme nous l’avons vu ( § 467 ). Du restej indépendamment du muscle orbiculaire , qui lui est commun avec la paupière supérieure, elle a aussi un élévateur et un abàisseùr propres.

; On doit surtout remarquer la troisième paupière , ou membrane nictitante , qui, de même qu’on l’a déjà vu dans les Seiches , les Poissons et les Reptiles , sort horizontalement de l’angle antérieur de l’œil ; et est mise en mouvement par un mécanisme particulier. En. effet, il s’attache à cette membraîie élastique im tendon long et grêle , qui fait le tour du .globe de l’œil, est séparé du nerfeptique par un petit muscle quadrangulaire , se fixe à l’ anneau osseux de la sclérotique par un osselet particulier chez lès Chouettes (2), et finit par dégénérer en un petit. muscle pyramidal; ce dernier, qui ainsi que le muscle carré dont je viens de parler s’insère à la conjonctive, sert à tirer la membrane clignotante en dehors (pl.‘;xv , fig. XV , k , i , h , f , g ).

On trouve plusieurs corps glanduleux dans l’œil des Oii seauXi L’un plus petit est analogue à la glande lacrymale de l’homme: Un autre antérieur (glande de Harder) sécrète un mucus visqueux, -et tient vraisemblablement lieu des glandes de Meibomitts ;, qui sont encore d’une petitesse ex-

(1) D’après Amers ( zar Anatomie ' und Physiologie , cah. I,

pag. 49 ) J il manque dansJe Corbeau des Jndés. ,

(2) La première description en a été donnée par Nitzsch (

phische Beitrcege , :

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trême. Enfin , divers Palmipèdes en ont, suivant Nitzsch (1), un troisième plus gros , qui est situé tantôt sur les os frontaux , ou à leur bord orbitaire , tantôt dans l’orbite , au dessus , ou plus rarement ( Pic ) au dessous de l’œil, tantôt enfin dans l’antre maxillaire. Le canal excréteur de cette glande a été découvert par Jacobson (2) , mais décrit avec plus de soin par Nitzsch , ainsi que tout ce qui a rapport à la glande ellemême. Celle-ci n’a point de rapports immédiats avec l’œil; sa sécrétion, qui n’est pas huileuse , comme le pensait Tiedemann ^ mais ressemble plutôt à des larmes , et dont la nature est mucilagineuse , coule dans la fosse nasale.

Les voies lacrymales sont formées par un large canal membraneux , qui commence par deux trous dans l’angle antérieur de l’œil, et se termine au dessous du cornet inférieur du nez,

La sclérotique élastique des Oiseaux, dont Albers a étudié la structure avec soin, consiste en trois feuillets , entre l’externe et le moyen desquels, au bord antérieur, se trouve l’anneau osseux. Cette partie , que mous avons déjà trouvée chez quelques Poissons et Reptiles, se rencontre chez tous les Oiseaux ( pl. xv , fig. xv, a* ). Elle est composée de quinze à dix-sept petites plaques oblongues , carrées , arrondies , et représente tantôt üh anneau plat et simple , tantôt un cylindre plus ou moins saillant. Le cylindre est assez long surtout dans les Chouettes. La cornée transparente est la plupart du temps très-bombée, et, d’après la découverte de Crampton (3) , elle est rendue mobile par une couronne de petites fibres musculaires. J’ai .répété ces recherches sur l’œil des Chouettes , et non-seulement j'ai très-distinctement aperçu les fibres qui s’attachent au feuillet interne de la cornée, mais encore j’ai découvert, à la faveur d’injections mer-

(1) DansMECK.Er,'s Arehiv, tom. VI, pag. 234-

(2) Bull, des SC. de la Soc. philoin. de Paris , tom. III , pag. 267.

(3) Gilbert, Annalen der Phpih, i8i5, cab, 3,

ORGANES DES SENS

curielles , une artère annulaire qui marche sur l’anneau fibreux, ainsique plusieurs nerfs se rendant à ce muscle. Cette couronne musculaire semble tirer la cornée transparente en dedans, à peu près comme les muscles du diaphragme agissent sur son centre tendiueux(pl.X3:,fig.xxi b b).

La choroïde , abondamment chargée de pigment noir, ressemble déjà presque entièrement à celle de l’homme , comme dans la classe précédente. Cependant je crois que c’est ici le lieu qui convient le mieux pour faire mention d’une particularité qu’elle présente bien dans les quatre classes supérieures du règne animal , mais qu’il est plus facile d’observer sur l’embryon des Oiseaux que partout ailleurs , et qu’on ne connaît non plus nulle part aussi bien que chez ces animaux , où Kieser surtout l’a étudiée avec soin(d). C’est une fente au bord inférieur de la pupille, laquelle n’est d’abord formée que par la choroïde seule. On l’aperçoi^ déjà au cinquième jour de l’incubation dans le poulet ( pl, xvi , xvii , B, a ) ; au neuvième jour , elle est encore ouverte en arrière pour l’entrée du nerf optique , et en avant dans le corps ciliaire ; au treizième jour , elle ne l’est plus que pour le nerf optique. Déjà Meckel a fait remarquer que cette fente n’a aucun rapport avec la membrane pupillaire , qui probablement n’existe point encore chez les Oiseaux , et il allègue en sa faveur les observations d’Autenrieth , de Malpighi et de Kuhlemann, tant sur l’embryon humain que sur celui de Brebis. Cependant onia rencontre aussi dans les embryons de Poisson (par exemple chez un petit Silurus glanis (2) , de même que dans les Reptiles, où elle persiste même quelquefois, comme je l’ai vu au bord inférieur de la pupille de la Rainette brune. Nous acquiérons donc ainsi la preuve qu’elle ne manque dans

(i) Zoologische Beitreege d’Oken et Kieser , 2® cah.

(a) Cavolini a représenté cette fente sur des embryons de Poissons, maïs sans en parler dans le texte de son ouvrage. Voyez à ce sujet mes Tabuïœ illustrantes , cah. III , pl, iv.

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aucune des quatre classes supérieures , et nous pouvons en outre nous convaincre qu’elle ne concerne point uniquement la choroïde , comme l’ admettai t Kieser , mais qu’ elle est relative encore à l’iris, ainsi que le prouve la figure de l’oeil du rusglanisy pl. ix, fig. xviii ). Du reste, elle me paraît appartenir en même temps à la sclérotique ; car , dans le fœtus à terme , ou dansles petits de plusieurs Mammifères, par exemple le Chat, le Veau, on voit encore très-distinctement la trace de sa cicati’ice dans la sclérotique , à laquelle la choroïde adhère avec plus de force sur ce point. Je vais maintenant hasarder mon opinion sur la manière dont elle se forme. De même qu’on voit souvent un vide , même une longue fente, rester dans un cristal , lorsqu’un corps solide et mince met obstacle à la cristallisation , de même aussi , dans les membranes externes de l’œil , qui paraissent se former à partir de l’axe de l’organe , une fente reste à l’endroit où la sclérotique et la choroïde viennent à rencontrer l’entrée du nerf optique. Du reste, il n’est point admissible que le nerf optique n’existe pas encore au cinquième jour dans le poulet , où Kiezer ne put l’apercevoir , quoiqu’il distinguât très-bien la fente ; car si le cerveau , notamment ses masses optiques, et l’œil , s’aperçoivent déjà au troisième jour , le nerf optique ne peut pas manquer plus qu'eux.

Quant à ce qui concerne la manière dont la choroïde se comporte d’jiilleqrs chez l’Oiseau, à l’endroit où elle repose .sur l’anneau osseux , elle se partage en deux feuillets , dont l’externe plus mince adhère à la sclérotique , tandis que l’interne plus fort forme plusieurs plis rayonnans , un peu flexueux , qui se terminent par devant en un petit rebord peu saillant. Tout cet appareil n’est point couvert en dedans par la rétine, et représente le corps ciliaire (pl. xv, fig. xi, d), dont le bord adhère à la capsule cristalline , et entre les deux feuillets duquel reste un canal spacieux (canal de Fontana ). Le feuillet externe se prolonge pour former l’iris , qui est

I ORGANES DES SENS. ^99

très-délicat et cependant susceptible de mouvemens vifs , en quelque sorte même volontaires ( surtout chez les Perroquets ) , et analogues à ceux par lesquels se ferment les paupières (1). Les recherches de Wolf (2) et de plusieurs autres .naturalistes nous ont appris que la couleur de l’iris varie beaucoup suivant les espèces l’âge et diverses circonstances- • individuelles. Cette membrane est d’un bel orangé dans la

Chouette , chez làquelle on distingue parfaitement aussi la distribution des nerfs et vaisseaux ciliaires, qui marchent, sous 1 la forme de troncs simples, entre la choroïde et la sclérotique,

j et se terminent antérieurement en plusieurs plexus annu¬

laires , tant pour l’iris que pour la couronne de fibres charnues de la cornée transparente. La pupille est ordinairement ronde. Dans l’Oie et le Pigeon, elle est un peu tirée en travers, tandis que , dans la Chouette, elle est ovale de haut en bas , ainsi que le dit Kieser d’après Hildebrandt (3). Quant aux nerfs ciliaires , ils partent essentiellement du ganglion ophthalmique , formé par des petits rameaux de la troisième paire et de la cinquième. Le ganglion , suivant Muck, est très-gros dans les Corbeaux , les Perroquets et les Hérons , plus petit dans les Gallinacés et les Rapaces, et réduit presqu’à rien dans les Palmipèdes. ,

(r) Suivant K.ieser ( Ophthalmolog. Biblioth. tom. II, cah. 3, p. 100 ), la pupille se rétrécit, même après l’exoîsion des paupières, chaque fois que l’animal fait de vains efforts pour fermer cellès-ei. Cette corrélation entre les monvemens de la panpière et de l’iris, Jointe à ce que la mobilité de celuici commence à apparaître dans le règne animal lorsque les paupières se développent , ne semble-t-elle pas autoriser à penser que la mobilité de cette membrane tient aussi à des organes musculeux

(2) Dans Voigt’s Magazin fuer den neiiesten Zustand def'Naturhunde, tom. II , pag. ii3.

(3) Ophthalmolog, Biblioth. tom. II , cah. 3 , p.ag. 108, Cependant je n’ai point remarqué cette forme dans le Strix Bubo ; peut-être n’a-t-eÜe lieu iÿie pendant la vie, -lorsque l’animal rétrécit beaucoup sa pupille.

*^^0 traité d’anatomie comparée.

Déjà, dans quelques Céphalopodes et Poissons , nous avons vu le nerf optique percer la choroïde sous la forme d’une" ligne blanche. 11 en est de même dans la classe des Oiseaux, où ce nerf traverse obliquement la sclérotique , pénètre dans l’œil sous l’apparence d’une raie blanche, et se déploie ensuite pour produire la scélérotique , qui d’ailleurs ne peut point avoir beaucoup d’étendue ici (pl. xv, fîg. xi, g), à cause de la largeur du corps ciliaire (1). Il suCSt d’avoir fait tremper l’œil pendant quelque temps dans l’alcool , pour apercevoir encore d’une manière très-distincte la structure lamelleuse du nerf optique immédiatement avant son passage à travers la duremère , et, de même que dans l’Iguane ( § 469 ), cette structure paraît tenir ici à ce que les vaisseaux centraux pénètrent toujours dans l’œil entre les divers feuillets, c’est-à-dire en formant une série ; ils se réunissent ensuite en une membrane noirâtre , presque carrée et joliment plissée , qui pénètre dans le corps vitré , jusqu’à la capsule du cristallin. Cette membrane plissée, particulière à l’œil des Oiseaux, qu’elle caractérise , porte le nom de bourse noire ou de peigne {pecten , marsupium ) ( fig. xi , i ). Le seul Oiseau à qui elle manque, d’après les recherches de Perrault, est XÂrdea virgo. Du reste , sa forme n’est pas toujours la même. Dans l’Autruche , le Casoar et le Hibou , elle ressemble à un sac conique, et chez ces Oiseaux, par conséquent, elle aurait plus de droit à prendre le nom de bourse. G. Sœmmerring (2) a remarqué aussi , dans l’Autruche , que ses lames sont partagées, suivant leur longueur, par une cloison ligamenteuse blanche. Le nombre des plis du peigne varie de sept [Strix bubo ) à seize (Cigogne). Il paraît que c’est à tort qu’on a

(i) Aussi Haller fait-il remarquer que, dans l’œil de la Chouette, il n’y a que la moitié du globe qui soit tapissée par la rétine , et plusieurs autres Oiseaux sont également dans ce cas.

(a) De oculorim hoininis animaïiurngue sectione horîgontalij pag. 54.

oug-Anes des sens.

Sot

attribué une structure musculeuse à cet organe , dont les usages dans l’œil de l’Oiseau sont les mêmes que ceux des vaisseaux centraux de la rétine humaine , qui vont au corps vitré et en partie aussi à la capsule du cristallin,

Le corps vitré , comparé au cristallin , est plus gros chez les Oiseaux que dans les classes précédentes , quoique , sous ce rapport, il soit fort inférieur encore à celui des Mam^ mifères.

Le cristallin est également plus aplati que dans les Classes précédentes ( fig. xi, ky, et, dans le Faucon surtout, on distingue parfaitement qu’il est formé défibrés concentriques allant d’un pôle à l’autre. Il m’a été impossible d’y trouver le noyau solide et transparent qu’on rencontre dans l’œil de plusiem-s Poissons et Reptiles.

Ainsi l’organe visuel des Oiseaux nous offre encore plusieurs particularités importantes , et il ne nous est pas permis de méconnaître qu’elles se rattachent d’une manière intime au caractère général de d’organisation , où l’activité vasculaire, respiratoire et locomotrice, a pris un très-grand déve loppement. Nous en avons surtout la preuve dans l’étendue moins considérable de la surface de la rétine, dans la longueur plus grande des proîongemens choroïdiens ( corps ciliaire et peigne), dans la mobilité extrême de l’iris, et dans la présence du muscle de la cornée transparente. L’abondance même de la sécrétion de carbone sous la forme du pigment noir qui couvre de plus larges surfaces , coïncide fort bien aussi avec la prédominance par tout le corps de la respiration , dont l’essence consiste également d’une manière partielle en une excrétion de carbone,

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