ET ART DE DISSEQUER
Lorsque l’anatomie ne se composait que de quelques faits , lorsqu’elle était pour ainsi dire à sa naissance , on pouvait se contenter de l’étudier dans les livres ; mais aujourd’hui que cette science se compose d’une foule de détails et qu'elle est riche d’un si grand nombre d’observations, on est obligé de l’étudier sur le cadavre. La mémoire la plus heureuse ne perdrait que trop promptement le souvenir des descriptions anatomiques, quoique lues avec beaucoup d’attention , si on n’avait sous les yeux l’organisation ellemême. D’ailleurs un écrit n’offre sonvent que des résultats et presque jamais la série des circonstances qui constituent un événement tel qu’il est ; il n’est point étonnant
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alors qu’il reste si souvent de l’incertitude au lecteur sur les détails qu’il ne connaît pas assez. L’homme qui, dans l’élude des sciences physiques, n’est formé que jjar les livres, n’a que l’apjjarence du savoir. 11 n’eu est pas de même de celui qui puise ses connaissances dans l’observation : ce qu’il sait est <à lui ; il le possède et il en dispose ; jamais il n’éprouve d’embarras dans ce qu’il dit ; son opinion n’est pas flottante, ni ses réponses incertaines.
§ P‘’. Des planches.
L’anatomiste a recoxirs à la gravure des objets ; les figures bien exécutées lui permettent de conserver le souvenir des choses (pi’il n’a aucun moyen de mettre à l’abri de la putréfaction. Les anciens en connurent l’utilité, puisque Aristote avait joint à ses ouvrages quelques planches qui sont malheureusement perdues. IMais ce ne fut qu’au commencement du seizième siècle qu il parut des figures parfaitement dessinées. Celles de Mondini méritent d’être citées. Ce fut en Italie, où les arts du dessin et de la pein-
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ture prirent un si brillant essor , que Léonard de Vinci exécuta ces tableaux qui imitent si bien la nature. On croirait que son génie dirigea lui-méme son scalpel et son pinceau. Pierre de Pérouse dessina un écorché qui lui a mérité les plus grands éloges. Vers le milieu du même siècle, orna ses ouvrages
de planches exécutées par les plus célèbres artistes de son époque. Eustaclii, son contemporain, dessina lui-même quelques parties de l’anatomie. de Bologne, travailla
aux planches de Casserio, qui sont remarquables par une étonnante fidélité. Celles àe Beretini, qui représentent d’une manière admirable quelques détails de la mjologie, lui font beaucoup d’honneur : elles parurent en 1609. Ce fut en ifigi que parut l’ouvrage du célèbre Ehrhard, composé de cinquanteneuf planches ; c’est un vrai chef-d œuvre de l’art. Mais la meilleure iconographie anatomique est celle ^ Albinus , dessinée et gravée par TVendelaar. Cet ouvrage , rare et dispendieux , a beaucoup contribué a la réputation d’Albinus. Depuis cette époque, des figures bien exécutées , sur des dissections soignées, se sont multipliées ; nous
DISSECTION
citerons celles de Mayer, de Vicq-d’Azyr, de Caldam, de Mascngny, de Charles Bell, de Scarpa, de Sœmmering , de Loder, et dernièrement de MM. J. Cloquet et Autommarclii.
Les planches qui accompagnent notre résumé ont été dessinées sur le cadavre, en sorte que, malgré leur échelle très réduite, nous nous flattons qu’elles sont la représentation fidèle de la nature.
§ II. Préparations en cire.
La cire, diversement colorée, a servi former de beaux modèles d’anatomie descriptive. Le plus célèbre en Europe est celui du grand-duc de Toscane, à Florence. On peut citer encore ceux de l’école de médecine de Paris et de Montpellier. M. Dupont , naturaliste, s’est fort distingué dans ce genre par la fidélité de l’imitation.
§ III. De la Dissection.
Quand on se livre aux dissections, il faut avoir soin de se munir d’un Manuel d’ana-
OSTEOTOMIE. ^9**
tomJe où les objets soient décrits avec ordre et clarté, dans un langage simple et pur. Les ouvrages d’anatomie descriptive sont très-nombreux : nous faisons connaître les meilleurs dans la Bibliographie. La dissection exige des appareils et des instrumens particuliers : elle demande des couteaux connus sous le nom de scalpels, des ciseaux, des érignes, des marteaux, des seringues , àes tubes en verre et en métal.
Nous nous occuperons dans cet appendice, i” des différens procédés pour exécuter certaines coupes sur les os ; 2 des soins qu’on doit prendre pour la dissection des ligamens ; 3" de la dissection des muscles ( nous indiquerons seulement les préparations les plus difficiles); 4° dissection des nerfs et du procédé de M. Bogros pour les injecter ; 5° de la préparation des organes des sens ; 6® de la dissection de quel-
Iques viscères , et de celles de 1 estomac et du péritoine ; 7“ de la dissection des trois ordres de vaisseauxï^ et de leur injection.
; I. Ostéotomie. C’est l’art d’exécuter cer- I taines coupes sur les os, pour mieux aper-
i cevoir leur organisation : par ce moyen on
mssF.crio^f
inet la substance spongieuse à décon\ert. C-e sont ces coupes lienrenses sur la boîte crânienne, qui ont fait découvrir, il n’y a pas long-temps, des vaisseaux veineux dans le diploé. Lorsque l’anatomiste veut dévoiler la structure inter ne des os, il considère isolement les divers tissus, les diverses substances qui entrent dans leur composition; il a recours à des agens ebimiques.
La pn'paration de Voreille interne ou du lahyrimlc offie les plus grandes dilïicultés. 11 faut axoir soin de prendre un jeune sujet : on doit enlever la ci'ète qui termine en arrière le bord supérieur du rocher, alln do découvrir la jiartic supérieure de la caisse et les cellules mastoïdiennes; il faut enlexer la face supérieure du rocher par une section fiblique, rendue d’autant plus super/lciello qu’on se rapjiroche davantage de la partie jiostéi'ieure ; enfin , enlever la face postérieure du rocbei'.
Pour séparer les os de la tete les uns des autres, on emploie souvent la macération. A cet effet, on remplit de jiois la cavité du crâne par le trou occipital, qu’on bouche ensuite avec un morceau de liège; puis on
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fait houillir la tête clans l’ean. Les sutures frontales et sagittales sont ordinairement les premières qui se disjoignent, et lorsqu’on es juge suffisamment écartées, on retire la ête de l’eau et on procède à la séparation les os, tandis cpi’ils sont encore chauds. Fous les os se séparent alors entre eux, et lu sphénoïde sur lequel ils étalent prescpie ;ous encloués.
IL Dissection des ligamens. Elle exige qu’on lissècjue avec soin les parties environnantes, que l’on conserve le périoste, et cpi’on laisse saillir les tendons et les aponévroses d’un lemi-pouce, afin qu’on puisse se rappeler leurs rapports avec l’articulation. La dissection terminée, on frotte rudement les parties avec un linge sec, pour enlever toutes les parties celluleuses.
J. es procédés sjndesmotomiques varient suivant les articulations sur lesquelles on opère. Il faut beaucoup de patience pour pi éparer celles de la tête avec le cou , et celles de l’articulation altoïdo-axoïdienne. L’étude des diverses articulations placées le long de la colonne vertébrale exige qu’on commence par isoler complètement la capsule , à l’ex-
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trémîté inférieure de laquelle on ménage 1 sacrum et le coccyx. Cette première prépara tion étant terminée, on donne un trait desci à la hase des apophyses transverses et d la saillie formée par le coté du sternum, f après avoir enlevé avec soin les flhres de muscles transversaires épineux, on découvr les ligamens inter-épineux et sus-épineux\ Pour voir le ligamenc 'vertébral commun po: teneur et les ligamens jaunes, il faut enleVe. les lames des vertèbres dans l’endroit d leur jonction avec le corps. On termine eni suite la préparation en séparant deux ver tèhres pour étudier la disposition du Chroi cartilage qui les unit.
Les autres articulations demandent quel ques soins particuliers. Les homes de ce ouvrage ne nous permettent pas d’entren dans ces détails.
111. Dissection des muscles. De toutes le.-i parties du corps, les muscles locomoteurî< sont celles qui se prêtent le mieux à la dis-section. La préparation des muscles qui ad hèrent fortement à la peau présente cepen- ■ dant de grandes difficultés , et ne peut être ■ bien faite que par un anatomiste exercé.