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QUELQUr^ RÉFLEXIONS SUR l’ ANATOMIE PITTORESQUE.
L’anatomie des formes extérieures , si belle, et pourtant si négligée, ne peut s’apprendre qu’en joignant à l’étude du cadavre des leçons sur le modèle vivant. Le spectacle de la nature morte ne dessine que très-faiblement la situation , les formes et l’harmonie des parties dont l’ensemble si admirable constitue le chef-d’œuvre de la création.
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Le talent sublime de bien imiter la nature, de rendre ses expressions , de peindre ses mouvemens , est un don précieux qu’elle n’accorde qu’à un petit nombre d’artistes; mais le génie lui -même s’égare lorsque, sans le secours de l’anatomie , il veut tracer l’image de quelques êtres vivans. Les Kapbaël , les Michel-Ange , Lebrun , le Poussin , le Sueur, etc., étaient persuadés de 1 importance de l’étude des formes extérieures.
Les différences que l’anatomie présente dans les dimensions des parties de l’éconornie animale sont sidiordonnées à la diversité du sexe, de l’àge, des conditions et des climats. Dans les deux ou trois premières années , les formes ne sont pas encore assez developjiées , et elles ne méritent pas alors d’être appelées belles. A cet âge, elles nous intc'ressent moins ])ar les beautés qu’elles nous montrent que jiar celles qu’elles nous font espérer : les traits ne sont pas encore décidés. L’artiste qui , pour représenter la figure d’un enfant se contenterait de diminuer les dimensions de ses membres , peindrait un petit homme et non pas un enfant.
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Dans riiomme adulte, par exemple, le milieu de la hauteur du corps est à l’os du pubis; dans l’eufaut, au contraire, il est à l’ombilic.
Dans la première jeunesse la tête est peu grosse relativement aux autres parties; les joues paraissent enflées ; les mains sont petites; les bras, les cuisses et les jambes ont beaucoup d’embonpoint. A cet âge, les fibres musculaires sont séparées les unes des autres par un tissu cellulaire très-lâche et fort abondant , ce qui fait que les muscles ont peu de relief et que les membres sont peu déliés. 11 est à remarquer que les anciens , qui ont si bien réussi à leprésenter l’homme adulte, n’ont pas eu le même succès en représentant les enfans ; ce qui vient sans doute de ce qu’ils avaient moins souvent occasion de voir des modèles parfaits de riiomme à cet âge , tandis qu’ils avaient sans cesse sous les yeux, dans les jeux, l’élite des beaux hommes de la Grèce. A l’a^e de six ans, les membres commencent à prendre la forme délicate : les contours gracieux, les belles formes vont se dessiner. Quelques artistes difficiles prétendent qu’on ne de-
Aurait jamais peindre les enfans plus jeunes : e’étail l’usage des anciens ; c’est l’àge qu’avait la belle statue de Cu|<idon, qu’on admirait dans la ville de Tliespie et qui égalait presque en beauté la fameuse ^ énus de Praxitèle. C’est encore d’après des enfans du même âge qu’est peint ce petit Amour qu’on voit dans un tableau représentant Danaé.
Dans V adolescence , la stature du corps est plus alongée et [)lus mince , les membres sont plus grêles , les muscles commencent à se dessiner, les contours à devenir plus exacts , et les jiroportions jilns justes. Le corps ayant acquis son accroissement en bauteur, dans l’adolescence prend de la consistance; il se fait un beureux déA'eloppement dans tontes ses dimensions. C.’est alors que l’iiomme s’aebève : il parait droit et ferme ; le contour des membres est bien marqué et régulier; les muscles , fortement prononcés , percent à travers les euA cloppes qui les coin'rent , et les traits du visage, exactement formés , caractérisent la pbvsionomie; la structure de son corps prouve évidemment qu’il est destiné à se tenir de-
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])out; le mode d’arqûre de la colonne vertébrale,dont l’extrémité supérieure supporte la tête en équilibre , la brièveté du cou, celle des lombes , indiquent la disposition verticale; mais le but de la nature est encore mieux prouvé par la disposition des hanches qui sont très -évasées ; par celle des cuisses qui sont arrondies; et enfin par la disposition des jambes garnies des muscles qui agissent sur le talon, et dont la masse forme ce qu’on appelle le mollet.
L’%e 'viril, qui comprend à peu près depuis la trentième jusqu’à la quarantième année, amène dans les traits des différences qui ne doivent pas échapper au peintre. A cette époque , l’embonpoint change ordinairement ses proportions; il grossit les traits du visage ; il épaissit les membres : en remplissant les intervalles qui étaient entre les muscles, il fait dispai’aître les formes. Quoique l’embonpoint rende la figure du corps humain moins svelte, moins élégante, cependant, lorsqu’il est modéré, il contribue à la beauté.
L’homme ne passe pas brusquement de 1 âge viril a la vieillesse. Un homme de cin-
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qiianle ans est hors de l’âge viril, mais ce n’est pas un vieillard. L’espace renfermé entre la quarante-cinquième année et la soixantième peut être appelé Va^e du retour; alors la graisse disparaît insensiblement et laisse des vides sons la peau : celleci, n’ayant pas assez d’élasticité pour se resserrer, s’affaisse et se plisse vers les endroits où elle est retenue par quelques attaches particulières ; de là les rides qui paraissent sur le front , etc. La vieillesse vient ensuite apposer son triste cachet sur tout l’extérieur de l’homme : u.i front chauve, des rides plus multipliées, des joues qui, par leur enfoncement, attestent la chute de presque toutes les dents , des yeux à demi-éteinls , un visage décoloré, des os devenus saillans; tels sont les changemens qu’elle amène, h.nfin tout le corps s’affaisse dans la décrépitude; il perd de sa hauteur ; la colonne vertébrale fléchit , parce que les muscles du dos ne sont ])as assez forts pour la tenir droite, et que les vertèbres se soudent les unes avec les autres par leurs parties antérieures; certaines articulations dans les janihes se roidissent et ne plient qu’avec peine
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une maigreur extrême laisse apercevoir toute la structure du squelette.
Chez la femme bien conformée , des différences notables la distinguent de l’homme ; toutes les parties , sans excepter les os, sont plus minces, la stature est plus petite, le col est plus alongé , le bas de la poitrine paraît plus étroit, la partie inférieure du tronc, formée par la capacité du bassin , est beaucoup plus large , les cuisses sont plus grosses , les jambes plus fortes, les pieds plus petits , les bras plus potelés , les muscles bien plus aplarens, les membres plus arrondis, leurs contours plus agréables, les traits du AÛsage ilus fins ; enfin la peau est plus blanche et ilus délicate.
On aperçoit aussi dans la taille et dans a couleur des peuples des différences déterminées en partie par le climat. Un artiste le donnera donc pas k un Patagon la taille l’un Lapon : il aura pareillement égard aux uiances plus ou moins sensibles, aux variéés plus ou moins frappantes , que l’on renajrque dans les traits du visage chez cba- :im des peuples de l’univers.
La justesse des proportions des parties ne
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suffît pas pour constituer la heaulé : elle clépeiid aussi de leur ensemble. Lorsque les muscles sont mal assortis , ils jiaraissent peu propres à exécuter avec grâce les mouvemens nécessaires ; alors ou dit que le corps manque de proportion. I.a bizarrerie des modes gâte souvent l’ouvrage de la nature. On sait qu’il existe des peuples qui écrasent le nez, d’autres qui portent des corps trèslourds aux oreilles , etc.
Voyons à présent quel tableau le corps' présente dans les différons mouvemens des> passions; car toutes se réfléchissent à l’exlérieur. L’âme est-elle agitée, la face de riiomme devient un miroir lîdèle qui nousretrace toutes ces agitations. Dans les im-.prcsslons légères, dans les passions qu’on i appelle tranquilles, telles que l’étouuement , l’admiration, l’estime, la vénération, leî< muscles de la face n’éprouvent aucune alté-.ratiou ; tout annonce la paix dont râme-: jouit. Il y a cependant cpielques signes qu i distinguent ces passions douces. Dans l’é- ■ tonnement, par exemple, la tète fait ui i mouvement en arrière, les yeux sont trèsouverts , la prunelle est fixe et Immobile <ai
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milieu de l’orbite, les sourcils sont élevés dans leur milieu, le front est ridé et la bouche est ouverte. Dans l’admiration, toutes ces parties approchent davantage de l’état naturel; la bouche n’est qu’entr’ouverte, et l’on n’y remarque aucune altération ; les yeux sont fixes et Immobiles, et les sourcils moins élevés. Dans l’estime, le regard est fixe, les sourcils sont un peu baissés du côte du nez et un peu élevés du côte des tempes ; la tête et le corps paraissent se porter doucement en avant; le reste est dans l’état naturel. Dans la tristesse, tout annonce l’état désagréable où l’àme se trouve : un air languissant, un teint plombé, le relâchement de tous les muscles, la tête nonchalamment penchée, sont des signes généraux de la douleur.
La crainte, la honte, la frayeur, toutes ces agitations se manifestent par différens changemens qui altèrent plus ou moins la physionomie, suivant le degré d’impression dont l’âme est affectée. Dans la frayeur, par exemple, les muscles sourciliers se centractent , les sourcils s’élèvent vers le milieu, le front se ride , les paupières s’ouvrent autant qu’il est possible, se cachent, pour ainsi
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dire, sous les sourcils, et laissent voir la plus grande partie du blanc de l’œil audessus de la prunelle, qui se baisse et se cache derrière la paupière inférieure.
Les signes qui caractérisent les passions agréables varient beaucoup ; le rire a son expression particulière; les veines du visage et du cou s’enflent; on volt paraître les dents; le visage se colore, s’anime; la tête se porte ei arrière; les bras s’étendent et tombent sur Ve flanc; tout le corps penche un peu en avant.
Dans les passions violentes, telles que la colère, la fureur, la rage et le désespoir, toutes les parties du corps doivent concourir cà l’expression, et indiquer les mouvemens vlolens dont l’àme est agitée ; que le corps s’avance , que la tête et le bras prennent une attitude menaçante, que les mains se ferment ; la prunelle doit être étincelante, égarée; les sourcils tantôt élevés, tantôt abaissés; le front fortement ridé; les narines trèsdilatées. A ces traits généraux, diversement modifiés , qui ne reconnaîtrait l’impression des sentimens haineux?
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