‹ Traite elémentaire d'anatomie médicale du système nerveuxChapitre 22 sur 47 · SA · texte numérisé non relu

SA

La bande grise qui forme la commis&ure grise est creusée d'un canal, canal de l'épendyme qui occupe l'axe de la moelle et qui est accompagné latéralement par deux veines. Ce canal a été trouvé double, plus souvent il est oblitéré par places.

Les cornes antérieures de la moelle ne séparent pas complètement le cordon antérieur du cordon latéral, comme les cornes postérieures séparent le cordon latéral du cordon de Burdacli. Cet aspect se continue jusqu'à la partie inférieure, où la substance grise se continue seule dans le fîlum terminale, entourée par le ligament coccygien.

§ 2. — C.onshiuiion de la 'moelle.

Lorsque les éléments dérivés de la segmentation du vitellus ont constitué les trois feuillets corné, vasculo-musculaire et muqueux du blastoderme, le feuillet externe se déprime pour former un sillon longitudinal circonscrit de chaque côté par un repli, lame médullaire, constitué exclusivement par le feuillet corné. Ces lames s'élèvent peu à peu, se rapprochent de la ligne médiane en convergeant, et enfin finissent par se réunir et se souder, en formant un véritable canal, le tube encéphaloméduliaire, dont nous avons déjà étudié l'évolution dans la région encéphalique. Tandis que dans la portion céphalique, ce tube subit des modifications morphologiques très importantes, dans la région rachidienne, il se rétrécit peu à peu, de telle sorte qu'il finit par n'être plus représenté que par un étroit canal ; mais ses parois subissent des modifications histologiques très importantes.

Le canal, dont la paroi est revêtue d'un épithélium cylindrique, est primitivement entouré d'un cylindre de sub-

stance gi'ise qui foririera les cornes antérieures et postérieures et autour de laquelle on voit so développer les parties blanches destinées à former les cordons médullaires, et qui apparaissent successivement et restent longtemps distinctes.Les figures 123, 124, 125, 126 sont destinées à montrer sommairement comment ap- ^. ,„„ ,,

^ Fiq. 123 (dapi-ès

paraissent la zone radiculaire antérieure, la M. Pien-ei). Co»;)e

la moelle d'iin em-

zone radiculaire postéiieure, le faisceau py- bryon humain ii'ua ramidal, le faisceau de Tûrck et le faisceau térieures;' — 'ô/corde Goil, qui montrent dans leur développe- c, canal central; — ment une autonomie qu on retrouvera dans rès; - e, racines posles lésions pathologiques dont ils deviennent ^afe^uLalre^aniér^^^^^^

le sièo'e — ^^""^ radicu-

° ' lalre postérieure.

Lorsqu'elle est arrivée à son complet développement la moelle épiniére a une constitution à peu près identique dans toute son étendue, comme on peut s'en rendre compte par l'étude de coupes transver- ' sales pratiquées à différentes hauteurs. Sur toutes ces coupes, on voit que la moelle est divi^iéeen deux moitiés latérales et symétriques par un sillon antérieur et un sillon postérieur, 1° Le sillon anlériew, plus lai^ge, y.y^ ^24 ç^,,^^ renferme un double feuillet de pie-mère, il ^uJZin'lvun'^iT^ est limité profondément par la commissure ''f «V ~ f-

a , h\ comme dans la

antérieure ou commissure blanche; 2° le ligmc précédente ; — /,

cordon latéral.

snlon postérieur, plus étroit, ne contient qu'un simple prolongement de pie-mère : il est plus profond, et est limité par la commissure postérieure ou conwiissure fjrise : c'est au centre de cette commissure grise que l'on aperçoit la coupe du canal de Vépendijme.

La substance grise se présente sous la forme d'un X ou de deux croissants réunis par leur convexité. L*extrémité antérieure du croissant est renflée, c'est la corne antérieure de la substance grise ; l'extrémité postérieure est plus effilée, et se rapproche davantage de la surface de la moelle, c'est la corne postérieure. On voit sur la figure 127 que la substance grise offre suivant les ré-

Fig. \2^. Coupe de la moelle g\o^s quelques différences déforme

dun embryon de dtitx mois. — x j i

/, faisceau latéral, m, faisceau 6t de volume : les comes antérieures

de Goll ; —n, faisceau de Tiirck. a' ^ ^

sont plus renflées dans la région cervicale et dans la région lombaire, les cornes postérieures sont

plus volumineuses vers le renflement dorso-lombaire ; mais elles offrent toujours la même disposition générale.

La corne antérieure n'arrive pas au contact de la surface de la moelle; ' ^ il résulte de cette disposition que*

Bwooî^^*''^" toute la partie de substance blanche Fiq. 126. Coupe de la moelle qui est comprise entre le sillon

cervicale d'un embnjon humain , .

de 12, à lo semaines; — mêmes antérieur et lacorne postérieure ne

parties arrivées ii une période ^ \ c > i i

avancée du développement. semble former qu un cordon homogène, le cordon antéro-latéral. La portion de substance blanche qui est comprise entre la corne postérieure et le sillon postérieur, constitue le cordon j)Ostérieur. Dans la région cervicale, ce cordon postérieur est nettement subdivisé par un sillon intermédiaire postérieur, qui fait distinguer le cordon de Goll, situé contre la commissure, du cordon postérieur proprement dit, appliqué contre la corne postérieure.

La substance blanche de la moelle par des tubes nerveux et la névroglie,

La névroglie, qui a été considérée à logistes comme une substance amorphe, est constituée par des éléments figurés, étudiés en particulier par Deiters, Boll, Golgi, et dont Ranvier semble avoir dans ces derniers temps établi d'une façon définitive la constitution et la signification. Dans la moelle, la névroglie est formée: l°de cellules à noyau bien accusé , présentant un corps membraneux irrégulièrement étoilé avec crêtes d'empreinte, et dont l'écorce a une structure fibrillaire ; il se dégage de ces cellules de nombreux prolongements.

Certaines de ces cellules ont leur noyau placé excentriquement dans une masse de protoplasma, dont la forme est globuleuse, et on peut comparer leur forme à celle du poulpe commun; 2° de fibres de toute longueur s'entre-croisant en certains points au niveau desquels se trouvent les cellules précédentes ; ces fibres sont noyées dans le protoplasma de ces cellules et ce protoplasma envoie sur les fibres des expansions qui généralement s'étendent entre elles comme une membrane interdigitale; 3° de cellules rondes ou polyédriques qui sont disposées isolément ou en séries dans

épiniére est constituée tort par certains l^iisto-

Fig. 127 (d'après Quaiii). Cou ■ pe transversale de la moell:

à •UlJèrentes hauteurs. — I, seclion failc ù l'origine de la dixième paire cervicale; — II, à l'origine de la troisième dorsal c : — 111, îi l'origine de la sixième dorsale; — IV, à l'origine de la douzième dorsale; — V, à l'origine de la quatrième lombaire. — dpt, faisceau pyi'amidal direct; cpt, faisc^:au pyramiilal croisé; — cl, faisceau cérébelleux direct; — g, faisceau postéro-inicrne.

la substance blanche entre les Lubes nerveux qui la composent. Les fibres de la névroglie ne sont autre chose qu'un produit de transformation d'une partie du protoplasma des cellules étoilées, et l'on peut comparer, en se plaçant au point de vue de l'anatomie générale, ces éléments aux cellules de soutènement de la rétine ou fibres de Mùller, qui possèdent aussi une masse de protoplasma avec noyau et une partie fibreuse qui dérive de ce protoplasraa.

Il faut aussi remarquer que la constitution fibrillaire de l'écorce des cellules étoilées les rapproche des cellules nerveuses ; et il n'y a pas, du reste, de réaction liisto-chimique permettant d'établir une véritable distinction entre ces deux variétés de cellules.

Ce que nous venons de dire sur la névroglie de la moelle concerne les sujets adultes. Chez les embryons la névroglie est constituée tout d'abord exclusivement par des cellules arrondies ou polyédi^iques ; plus tard on voit apparaître des cellules étoilées. Les cellules de la névroglie du cerveau de l'adulte paraissent ne pas dépasser ce stade du développement, et on ne trouve pas dans la névroglie du cerveau de véritables fibres.

Les fibres nerveuses de la moelle sont constituées par un cylindre-axe entouré d'un manchon de myéline, sans gaine de Schwann comme toutes les fibres des centres nerveux. Ces fibres nerveuses ne possèdent pas non plus d'étranglements annulaires, comme les fibres des nerfs périphériques ; on trouve par places, à la surface de quelques-unes de ces fibres, un noyau dans une masse de protoplasma, et l'on peut comiparer ces éléments au noyau et au protoplasraa des segments interannuiaires des nerfs; mais au lieu d'être logés, comme dans les nerfs périphériques, dans des encoches que forme la

gaine de myéline, ils font saillie à la surface de cette gaine (Ranvier). Les dimensions de ces fibres varient de 5 à 20 millièmes de millimètres, les plus volumineuses sont dans les portions motrices des cordons antéro-latéraux, les plus grêles se rencontrent dans le cordon cérébelleux.

Les fibres nerveuses contenues dans la substance blanche de la moelle méritent de se distinguer en plusieurs groupes. Les unes, près des cornes antérieures et destinées aux racines antérieures des nerfs rachidiens, ont un court trajet descendant dans le cordon antéro-latéral. D'autres, provenant des racines postérieures des mêmes nerfs rachidiens, offrent dans la zone radiculaire postérieure un trajet ascendant. Les diverses parties de la colonne grise antérieure et de la colonne grise postérieure sont réunies par des fibres d'association qui appartiennent en propre à la moelle dans toute leur étendue. Enfin la moelle renferme un certain nombre de fibres blanches, qui se continuent à travers le bulbe et l'isthme, jusque dans le cervelet et le cerveau.

Ces fibres sont distribuées dans les diff"érents cordons que l'on peut déjà en partie distinguer à l'aspect extérieur de la moelle :

1° Le cordon antérieur est compris entre le sillon antérieur et la ligne d'implantation des racines antérieures. Sous le nom de faisceau de Tùrck on désigne la partie du cordon antérieur immédiatement en contact avec le sillon antérieur. Le faisceau de Tùrck contient les fibres de la pyramide qui ne se sont pas entre-croisées au niveau du collet du bulbe ; il dégénère en conséquence des lésions qui atteignent le faisceau pyramidal soit dans sa région encéphalique, soit dans sa région spinale [Fig. 128 F. p. c).

La commissure blanche ou antérieure peut être considérée comme faisant partie du système des cordons antérieurs ; elle tost constituée : (a) de fibres commissurales qui vont d'une corne

antérieure à l'autre ; (b) de fibres obliques qui, descendant d'un cordon antérieur, vont se rendre à la corne antérieure du côté opposé.

Le cordon latéral est compris entre la série des racines antérieures et le sillon collatéral postérieur : il est constitué

Fif/. 128. Coupe de la région cervicale de la vioslla. — F/jt<, faisceau pyi-amlclal direct; — Fprf, faisceau pyramidal croisé.

de fibres plus volumineuses vers la périphérie. L'histoire des dégénérations secondaires nous montre que dans la partie

Fig. 129. 1^'''-

Fia. 129 cl 130 (d'après M. Gliarcol). Coupe de la moelle epimere dans rt-sion corvicalc cl dnns laréj,'ion cervicale supérieure, avec >ine déséni raUou i faisceau cérébelleux Fe, el du faisceau de GoU, (le, au-dessus dune leiion spma

supérieure de la moelle, ce cordon est divisible en deux portions ; a une portion externe corticale, faisceau cérébelleux {Fig. 129, 130. if. c.) qui contient des fibres provenant des pédoncules inférieurs du cervelet, et h une portion centrale, d'origine cérébrale, faisceau pyramidal qui fait suite aux pyramides antérieures du bulbe {Fig. 128, 131, F. 21. c).

F/jr.131. Coupe de la réf/ion lotribaire de la moelle. — Fpc, faisceau pyramidal croisé.

Les cordons antéro-latéraux servent de conducteurs aux incitations des mouvements volontaires; s'ils sont exclusivement respectés dans une section de la moelle, la motilité volontaire persiste. Les expériences de M. Woroschiloff montrent que la section des faisceaux postérieurs (Fig. 132,1), ne modifie pas les mouvements volontaires ; il en est de même de la section de toute la moitié antérieure de la moelle {Fig. 132,2), delà section de toute la substance grise {Fig. 132,3). Si, au contraire, la substance grise est intacte et que les faisceaux latéraux soient coupés des deux côiés{Fig. 132,4), les membres postérieurs sont complètement paralysés ; il en est de mémo si la moitié postérieure de la moelle est sectionnée (i^?^. 132,5). Si un seul faisceau pyramidal est respecté, le membre postérieur correspondant conserve ses mouvements {Fig. 132,6). Leurs fibres ne se mettent pas en rapport direct avec Irs

muscles, mais avec les cellules de la corne grise antérieure, d'où partent les fibres qui se rendent définitivement à la péri-

Fig. 132, réunissant les expériences de M. WoroschilofT. (V. p. 261.}

phérie. L'anatomie pathologique nous montre dans les dégénérations descendantes que c'est la partie postérieure et interne du faisceau latéral qui contient les fibres du faisceau pyrami-

Fig.m. Fig. 134. Fig. 135.

Fig. 133, 134, 135 (d\ipr(-s M. Chitrcot}.Coupes transversales de la moelle épiniÈre, chez une malade atteinte de dôgénération secondaire ('sclérose fasciculée laloralc coiiséculivc h une lésion cérébrale), ayant intéressé les corps oplostnes et la capsule inlertic de l'hémispliî-re droit. .

rig. 133, réfe'ion cervicale; — Fig. 134, région dorsale; — Fig. l3o, région lombaire.

dal : c'est en effet dans cette région que se trouvent les fibres; altérées, en conséquence des lésions cérébrales qui ont déter-

lug. 13(j. Fig. 137. Fig. 138.

Fiij. 130, 137. 138 (d'.iprès M. Clinrcol). Coupes ti-iiiisversnlcs de la moelle épinii-i'c, dans un cas de sclérose latérale ainyolropliique. lailes îi la partie moyeniK^ de la rêurion cervicale {Fig. 130), de la région dorsale [Fig. 137}, de la région lombaire (Fig. 138).

rainé une hémiplégie permanente des membres. Une localisation analogue se retrouve dans la sclérose latérale amyotrophique.

Cependant il existe quelques différences entre la sclérose primitive et la sclérose consécutive. 1° La sclérose secondaire se montre dans la région cervicale {Fig. 133), sous la forme d'un triangle dont la base n'atteint ui la périphérie de la moelle, ni le bord antéro-externe de la corne postérieure. Dans la région dorsale (Fig. 134), elle diminue d'étendue et prendlaforme ovalaire. Dans la région lombaire 135),ell« redevient triangulaire et la base du triangle atteint la périphérie de la moelle. 2" La sclérose primitive occupe une plus grande étendue et ses limites sont moins tranchées; elle s'étend en avant vers les zones radiculaires antérieures, en dedans de la couche dite profonde sensitive du faisceau latéral, et en arriére, elle atteint la corne postérieure {Fig. 136, 137, 138).

Mais cette partie n'est pas la seule qui contienne des fibres d'origine cérébrale et qui se trouvent lésées dans les dégénérations descendantes, nous avons vu que le faisceau de Tùrck est aussi atteint dans ces circonstances.

Les cordons antéro-latéraux sont-ils excitables ? Des expériences à cet égard avaient été suivies de résultats contradic toires ; mais M. Vulpian a montré que les divergences tenaient'

à des difl'éi'ences d'expérimentation. Pour qu'une excitation des eordons antéro-latéraux détermine des contractions musculaires dans la partie du corps située au-dessous, il est nécessaire qu'elle soit très énergique, que ce soit une piqûre profonde, ou mieux encore un pincement.

Mais le cordon latéral ne conduit pas seulement les incitations motrices. Le pincement de sa partie postérieure détermine de la douleur. D'autre part, à la suite des sections transversales de la moelle, on ne voit guère se produire dans les faisceaux antéro-latéraux une dégénération ascendante localisée dans la partie postérieure du cordon, contre la substance gi ise des cornes postérieures.

Chez l'homme, les dégénérations descendantes comprennent le faisceau de Tiirck et le faisceau pyramidal ; les dégénérations ascendantes comprennent les faisceaux cérébelleux directs et les faisceaux de Goll. Chez le chien, comme le montrent les observations de Schiefferdecker [Fig. 139,140), les dégénérations ascendantes sont les mêmes ; mais la dégénération descendante diffère de celle de l'homme en ce qu'elle est diffuse dans tout le faisceau antéro-latéral, sauf dans le faisceau de Tûick.

Fi(j. 139.

Fig. 140.

Fiçi. 139. Coupe delà moelle d'un chien au-dessous d'une section transversale. — Scléi'oso diffuse du coi-don latéral, sauf à la i)arUc antérieure où le faisceau de Tiirck est le siège d'une dégénération bien nette.

Fif). \ 40 . Coujie de la moelle au-dessus de la léoiou . — Dégénération des cordons de (joll ol du faisceau cérébelleux direct.

Quelquefois la dégénération descendante consécutive à une lésion unilatérale médullaire {Fig. 141) ou cérébrale occupe .les deux faisceaux pyramidaux. On peut en conclure que, ^sur certains sujets au moins, il existe un double entre-croisement des fibres motrices, l'un au niveau du collet du bulbe, . l'autre plus bas, le long de la commissure blanche de la moelle.

Fitj. 141 (d'après M. Ch.ai-cot). 1. Lésion transvei'Sîile de la moelle au nivcaude la quatrième vertèbre dorsale. Toute la moitié droite de la moelle et toute l'étendue de? cordons postérieurs sont détruites; — 2 Coupe de la moelle au niveau de la troisième dorsale (sclérose des deux cordons postérieurs et des deux faisceaux cérébelleux) : — 3. Au dessus, la dég-énération n'occupe plus que les deux cordons de GoU; 4. Coupe au-dessous de la lésion, au ni\eau de la sixième dorsale, dégénération de tout le cordon antéro-latéral; — t«. Plus bas, à la hauteur de la

- septième ou huitième dorsale, la dégénération du faisceau latéral est accompa-

- gnée d'une dégénération du faisceau pyramidal gauche.

(Ces faits anatomiques permettent de comprendre comment, à la suite d'une lésion unilatérale du cerveau ou de la moelle, on 'peut rencontrer une contracture permanente des deux 1 membres inférieurs (Charcot, Brissaud, etc.), et comment, cchez la plupart des hémiplégiques, il existe un affaiblissement ides deux membres se traduisant par une diminution de la pression dynamoraétrique (Pitres).

Le cordon postérieur est compris entre le sillon collatéral postérieur et le sillon médian postérieur. Ce faisceau est aussi divisible en deux parties :

a. Une partie interne, \e faisceau de Goll, surtout apparent dans la partie supérieure de la moelle : ce cordon, dont la coupe a une forme triangulaire, présente un sommet antérieur qui n'arrive pas tout à fait jusqu'à la commissure grise

de la moelle. La région supérieure de ce cordon est souvent affectée dans l'ataxie locomotrice et il peut être lésé isolé-

l'iq. 144. Flg. 145.

Fig. 142, 143, 144, 145 (d'après M. Pien-et). Sclérose des cordons de Goll. — Coupes de la région cervicale, de la partie supérieure de la région dorsale, de la partie inférieure de la même région, et de la partie supérieure de la région lombaire.

ment dans sa totalité (Pieri^et) sans qu'on ait pu rattacher à son altération aucun symptôme particulier {Fig. 142, 143 144, 145). C'est la partie supérieure du cordon de Goll qui est affectée de dégénération ascendante en conséquence des destructions transversales de la moelle.

h) L'autre faisceau, qui comprend la zone radiculaire postérieure,est situé en dehors et arrive jusqu'au sillon collatéral postérieur. C'est ce faisceau externe, faisceau de Burdach, qui est atteint de sclérose systématique dans l'ataxie locomotrice progressive. Le cordon postérieur est constitué par des tubes

nerveux plus petits que ceux du cordon antéro-latéral, et il est plus riche en névroglie.

La physiologie expérimentale et la pathologie humaine ne sont pas en accord parfait en ce qui concerne les fonctions des cordons postérieurs. Depuis Magendie, les physiologistes admettent que les cordons postérieurs sont excitables ; mais, Yan Deen, Stilling, Brovvn-Séquard, avaient attribué cette excitabilité aux fibres radiculaires. Longet, Chauveau, Cl. Bernard, Schiff, ont établi que cette excitabilité appartient en propre aux cordons ; l'expérience de Giannuzzi est surtout péremptoire : ce physiologiste a en effet montré qu'après la dégénération des fibres radiculaires consécutives à la section rétro-ganglionnaire des racines, le cordon postérieur reste excitable, les irritations déterminent de la douleur et des mouvements réflexes.

D'autre part, chez l'homme, les zones radiculaires, les faisceaux de Burdach peuvent être sclérosés dans toute leur étendue. 5-ans que la sensibilité soit abolie complètement, et lorsqu'elle est affectée, ce peut être de manières très diverses.

Fi;i. 14/5. Fir/. 147. Fin- 148.

Fi;j. 14/3, Sclérose de la totalité des cordom postérieurs, faisceaux de Goll et zonn padlrulairc. Alaxie locomotrice vulpraire).

Fif). 147. Sclérose des deux zones radiculaires postérieures ; les faisceaux de fJoII f-iant respectés (alaxic locomotrice).

Fif). 148. Sclérose limitée aux faisceaux de Goll (dégénération ascendante).

Quant à la sclérose systématique isolée des faisceaux de Goll (Pierret;, elle détermine une sensation de pesanteur et des troubles de la station (tendance à la rétropulsion ou à la propulsion, etc.), mais pas de troubles importants do la sensibilité.

Après la section rétro-ganglionnaire des racines postérieures, le bout central de leurs fibres dégénère, et cette dégénération peut être suivie jusqu'à la substance grise dans une petite étendue. Après la section transversale de la moelle ou une lésion équivalente : compression, myélite transverse, c'est le faisceau de Goll qui dégénère, et cette dégénération n'a pas été suivie au-dessus de la région cervicale.

Le cordon postérieur peut être lésé pour ainsi dire accidentellement dans les compressions de la moelle, dans les myélites transverses, dans la sclérose en plaques. Il peut être lésé systématiquement tantôt primitivement, comme dans le tabès ataxique, c'est alors le faisceau externe, la zone radiculaire qui est affectée ; tantôt consécutivement, c'est alors le faisceau do Goll qui est pris. Ce dernier faisceau peut d'ailleurs être lésé conjointement avec la zone radiculaire dans l'ataxie locomotrice.

La substance grise est constituée par des cellules nerveuses, des fibrilles nerveuses, et delà névroglie.

Les cellules nerveuses, comme toutes celles des centres nerveux, sont constituées par une masse de protoplasraa dépourvue d'enveloppes : autour du noyau volumineux, on voit quelques granulations pigmentaires ; chaque cellule fournit des prolongements en nombre variable. Ces cellules sont disséminées dans toute l'étendue de la substance grise, mais elles se groupent en certains points pour former des colonnes dont la direction est parallèle à celle de l'axe médullaire. On distingue trois groupes de ce genre dans la corne antérieure, un groupe antéro-interne, un groupe antéro-externe et un groupe postéro-externe. A la partie interne du col de la corne postérieure se trouve un autre groupe, qui constitue le noyau de Siilling ou colonne de Clarke. Les cellules de la corne antérieure sonttrés volumineuses, elles ontde70 à 120 millièmes de millimètre de diamètre. Quelques-unes sont presque visibles à

l'œil nu ; elles offrent des prolongements ramifiés plus ou moins nombreux de nature fibrillaire, qui s'anastomosent avec ceux des cellules voisines pour former un riche réseau, et en outre un prolongement unique, indivis, prolongement axile de Deiters,. que l'on croit en continuité avec les fibres qui se rendent aux racines des nerfs. Les grandes cellules des cornes antérieures sont plus nombreuses dans les régions où les nerfs des membres prennent leur origine.

C'est à l'altération des cellules de la corne antérieure que sont dus les troubles de nutrition qui caractérisent les di0"érentes formes d'atrophie musculaire d'origine médullaire {Fig. 149, 150, 151), que cette lésion soit primitive comme dans . l'atrophie musculaire progressive où il s'agit d'tin processus • chronique, ou comme dans la paralysie infantile ou la para- Uysie spinale aiguë de l'adulte où il s'agit d'un processus ; aigu ; ou bien encore qu'elle soit secondaire et consécutive à.

Fir/Ai'J d'après M.PiU'cs). Coupe de la moelle ù la partie inf<h-ieure de la ref/ion cervicale dans un cas de la l('.sion de la capsule interne droite. — A, corne antérieure du c^té droit parrailemcnt saine. — 13. corne antérieure gauche dan* laquelle les ccllulea motrices des régions externe et antérieure ont disparu. — C, faisceau pyramidal sclérosé.

une altération des faisceaux pyramidaux comme dans les atrophies musculaires des hémiplégies [Fiy. 119), ou à une

altération des faiseaux postérieurs comme dans les amyoti'ophies des ataxiques {Fig.' 151).

On doit cependant faire quelques restrictions en ce qui concerne les amyothrophies chez les hémiplégiques et chez les ataxiques. Chez ceux-ci (Pierret, Déjerine), l'atrophie doit être mise en partie sur le compte de névrites périphériques. Chez ceux-là, l'amyotrophie ne dérive non pas plus forcément d'une altération des cornes antérieures : M. Babinsky a montré, en effet, qu'une lésion d'un hémisphère cérébral suivie de dégénération descendante peut provoquer, du côté paralysé, une atrophie musculaire présentant tous les caractères histologiques que l'on assigne à l'amyotrophie consécutive, à la "section des nerfs, ou à une destruction des cornes antérieures, sans que les cornes antérieures, les racines motrices, ni les nerfs moteurs offrent la moindre trace de lésion.

Fiq 150 (d'jiprcs M. Charcot). Coupe de la moelle à la région cervicale dans un cas de paralysie infantile spinale du membre supérieur droit. — Atrophie de la corne antérieure du côté droit; — émaciation consécutive de tous les faisceaux blancs dans la moitié corres])ondantc de la moelle.

Les cellules de la colonne de Clarke sont plus petites, offrent des prolongements moins nombreux et on n'a pas de notions certaines sur leurs connexions avec les fibres blanches.

Les cellules de la colonne postérieure, disséminées uniformément dans toute son étendue, sont encore moins volumineuses.

Les fibrilles de la substance grise forment un réseau ramifié, réseau de Gerlach, qui paraît constitué par les prolongements ramifiés des cellules nerveuses. Quelques-unes de ces fibrilles sont revêtues d'une mince gaine de myéline. La commissure grise est formée en grande partie par des faisceaux de fibrilles

Fig. 151 (d'après M. PïorreV). Coupe de la moelle dans un cas d'ataxie locomotrice avec atrophie musculaire du côte' droit. — A, racines postérieures; — B, zone radiculaire interne sclérosée. — C, corne antérieure droite atrophiée.

transversales qui sont disposées en deux couches principales, l'une antérieure, l'autre postérieure au canal de l'épendyme.

La névroglie de la substance grise n'offre pas assez de particularités importantes pour nous arrêter ; disons seulement que la substance gélatineuse de Rolando, qui recouvre ^extrémité des cornes postérieures, est constituée par un amas de névroglie.

Le canal de Vépendyme, que nous avons vu se continuer au niveau du bec du calamus scriptorius avec les cavités intraencéphaliques, se prolonge à Ja partie inférieure de la moelle, en présentant toutefois une interruption au niveau de sa partie inférieure, où, comme l'a montré Stilling, il s'ouvre dans le sillon médian postérieur, vers la partie moyenne du renflement lombaire. Les parois de ce canal sont constituées par une couche fibrillaire, une couche amorphe sous-épithéliale, et une couche d"épithélium cylindrique à cils vibratiles. Chez l'adulte, ces cellules oblitèrent souvent la cavité, qui est au contj-aire perméable chez les jeunes sujets. L'oblitération du canal de répendyme est une lésion banale qu'on observe très fréquemment, et qui ne peut être mise en connexion avec les troubles observés dans la paralysie agitante, par exemple, à laquelle on a cru pouvoir l'attribuer en propre .

Fiff. 152 (d'iipi'&s M. Charcot). AA, cordons latéraux , — A. faisceau de Tiirck; — BB, zones radiciilaires postérieures; — DD, cornes antérieures; — P, zone radiculaire antérieure ; — E, cordons de Goll.

La substance grise de la moelle épinière est, par excellence, le centre àes mouvements réflexes, ou mouvements qui succèdent à une impression non sentie. Les éléments cellulaires reçoivent les excitations venues de la périphérie par l'intermédiaire des fibres sensitives ou eisodiques, et elles déterminent le mouvement par l'intermédiaire djes fibres motrices ou exodiques : l'ensemble de ces éléments constitue l'appareil réflexe, ou ar'c diastaltique de Marshall Hall. Nous ne ferons que rappeler brièvement les principales lois des phénomènes réflexes, surtout bien connus depuis les recherches de Pflûger. l" Loi d'intensité :\a^vè2LÇ,i\on est toujours plus intense que l'excitation ; si on n'excite la peau que sur une petite surface, tout le membre se contracte ; 2° loi d'unilatéralitè : l'excitation faible ne détermine des mouvements que dans le membre correspondant; 3° loi de symétrie : quand l'excitation est plus forte, elle tend à se généraliser, mais elle s'étend d'abord au membre symétrique du côté opposé ; 4° loi de généralisation : quand l'excitation est très forte, les mouvements s'étendent à tous les membres, mais ils sont toujours plus intenses dans le membre sur lequel a porté l'excitation et sur son congénère. Le mouvement ne succède pas immédiatement à l'excitation, il ne se produit qu'après un certain temps, temps de réflexion (Rosenthal). Après l'excitation forte d'un point du tégument, les muscles du côté correspondant se contractent d'abord, puis leur congénère du côté opposé ; le temps qui sépare ces deux contractions est désigné sous le nom de temps de la conductibilité transverse (Rosenthal).

Il est important de remarquer que les mouvements réflexes généralisè.s sont, en fin de compte, des mouvements coordonnés de fuite ou de défense, et que, même lorsque l'animal est décapité, on peut le voir faire des mouvementsqui semblent indiquer an état de conscience (Pfliiger, Auerbach). C'est ainsi que, lorsque sur une grenouille ainsi préparée on dépose une

goutte d'acide sur un point du corps, et que la patte du côté correspondant a été amputée, on peut voir l'animal, après quelques mouvements indécis, se servir de la patte du côté -opposé pour enlever la cause d'irritation. Il est certain que le pouvoir réflexe ou excito-moteur de la moelle est exagéré -toutes les fois que l'action cérébrale est supprimée ; mais cette exagération est-elle due à la suppression même de l'action du cerveau agissant comme centre modérateur? Est-elle due à cette circonstance que l'irritation, ne se transmettant plus aux régions supérieures, est capitalisée pour ainsi dire dans le segment inférieur qui, par cela même, provoque des réactions plus intenses? Ou enfin est-elle due aux effets de l'irritation spinale provoquée par la section? Un certain nombre de faits plaident en faveur de cette dernière hypothèse : 1° les sections successives de la moelle déterminent une exagération croissante du pouvoir excito-moteur; 2o les sections transversales de la région dorsale produisent une exagération des réflexes, non seulement dans les membres inférieurs, mais encore dans les membres supérieurs (Schiff); 3° l'excitation des nerfs périphériques détermine une exagération des réflexes (Brown- Séquard, Hayem, etc.) ; 4° lorsque sur une grenouille décapitée, au lieu de pratiquer des excitations périphériques mimédiatement après la section de la moelle, on attend un certain temps, les réflexes sont moins intenses et moins coordonnés.

Chez l'homme, lamème hyperexcitabilité réflexe se retrouve lorsque la conductibilité de la moelle est interrompue, soit par une compression, comme dans les luxations ou les fractures de la colonne vertébrale, dans le mal de Pott, dans les cas de tumeurs ayant pénétré dans le canal rachidien ou s'y étant développées primitivement, dans le cas de myélite transverse, de lésions scléreuses suffisamment étendues ; enfin, lorsque les fibres blanches, qui font communiquer les cellules motrices de la moelle avec les centres cérébraux, sont profondément

affectées, dans la dégénération descendante consécutive aux lésions destructives des centres moteurs encéphaliques, dans la maladie décrite par M. Charcot sous le nom de sclérose latérale amyotrophique.

L'excitabilité réflexe de la moelle peut être exagérée artificiellement chez l'homme et chez les animaux par certains agents médicamenteux, par la brucine, la picrotoxine, la cicutoxine {Bœhm),et en particulier par la strychnine; l'oxygène sous pression peut déterminer les mêmes effets (P. Bert). Les courants continus descendants peuvent produire le même résultat, tandis que les courants ascendants ont un effet inverse.

Certains états généraux influent sur l'excitabilité médullaire, c'est ainsi que l'anémie spontanée ou consécutive aux : hémorrhagies l'augmente notablement. D'autre part, certains : sujets strychnisés en quelque sorte par leur hérédité névro- ! pathique sont doués d'une excitabilité réflexe des plus mani- : festes. Enfin le pouvoir excito-moteur de la moelle offre ! quelques variations suivant les âges : c'est ainsi que les jeunes : sujets, les enfants, offrent en général des réactions plus 1 intenses, précisément en raison du rôle effacé de l'action ' cérébrale .

D'autre part certains médicaments, et en particulier les ! bromures de potassium, de sodium, etc., ont la propriété de diminuer l'excitabilité réflexe de la moelle épinière. Cette - excitabilité est atténuée ou même supprimée dans certaines ' conditions pathologiques, et en particulier dans l'ataxie locomotrice progressive, en conséquence de l'altération des fais- ■ ceaux externes des cordons postérieurs ; elle l'est encore lorsque les cornes antérieures de la substance grise sont détruites, comme dansla paralysie atrophique de l'enfance, etc.

Le temps nécessaire à la production d'un mouvement

réflexe est très variable, suivant qu'on le considère, à l'état normal et à l'état pathologique. Chacune des phases de l'acte réflexe peut, eneff'et, varier par sa durée. En comparant le temps nécessaire à la perception de deux excitations portant, l'une sur le membre supérieur, l'autre sur le membre inférieur, M. Exner a évalué à huit mètres par seconde la vitesse des impressions sensitives. Mais dans certaines aff'ections, et en particulier dans l'ataxie locomotrice, on peut observer un retard de perception très considérable. Le même auteur estime à onze à douze mètres par seconde la vitesse de l'influx moteur.

Helmholtz a calculé que le temps nécessaire à la production du mouvement réflexe est environ douze fois plus long que celui qui est nécessaire à la conduction centripète et centrifuge. Ce temps est d'autant moins long que l'excitation a été plus forte (Rosenthal).

On peut diviser les réflexes, d'après les voies parcourues, en quatre groupes : 1° les voies centripètes et centrifuges sont des filets nerveux appartenant au système de la vie de relation (rachidiens ou cérébraux), comme dans les mouvements réflexes des membres, la déglutition, etc.; 2° la voie centripète est un nerf sensitif du système de la vie de relation, et la voie centrifuge est un nerf moteur du grand sympathique (phénomènes vaso-moteurs, sécrétions, etc.); 3° la voie centripète est un nerf du grand sympathique, la voie centrifuge est un nerf de la vie de relation (phénomènes réflexes consécutifs aux irritations viscérales); 4" les voies centripètes et centrifuges appartiennent au sj^stèrae du sympathique (phénomènes vaso-moteurs).

[j'-^s expériences de MM. Vulpian et Yolkmann montrent que

c'est la substance grise qui joue le principal rôle dans la diffusion des actes réflexes. Mais quand l'excitation est faible, le réflexe se localise ; et, d'autre part, si, à l'exemple de Massius et Yan Lair, on isole, par deux sections, un segment de moelle correspondant à une paire nerveuse, on peut, par une irritation périphérique portant sur cette paire, déterminer des contractions réflexes dans tous les muscles qu'elle anime ; ce segment médullaire contient donc le centre réflexe de la paire. Il existe donc dans la substance grise des centres fonctionnels. Plusieurs de ces centres ont été étudiés : Le cenh^e cilio-spinal (Chauveau) s'étend de la sixième vertèbre cervicale à la deuxième dorsale ; il préside à la dilatation de l'iris et à la contraction du muscle orbitaire de MùUer. Le centre car-

. diaque (Cl. Bernard) s'étend de la partie inférieure de la région cervicale à la partie moyenne de la région dorsale ; il a pour action d'accélérer les battements du cœur. Le centre vésico-spinal (Giannuzzi, Goltz), situé entre la troisième et la

I cinquième vertèbre lombaires, préside aux contractions des muscles tie la vessie et de son sphincter. Le centre g ènito- 5/)m«/ (Budge), moins étendu, siège chez le lapin au niveau de la quatrième lombaire; le centre ano-spinal (Masius), aussi

! peu étendu, siégerait enfin, aussi chez le lapin, entre la sixième

< et la septième lombaire.

La substance grise de la moelle est encore le centre d'autres ; phénomènes que l'on a rapprochés des phénomènes réflexes, nous voulons parler des sensations et des mouvements associés. Lorsqu'une irritation portant sur le domaine d'un nerf sensitif détermine une douleur dans le domaine d'un autre nerf • sensitif, on dit qu'il s'agit d'une douleur réflexe, ou répercutée (Gubler) . Cette douleur, dite réflexe, peut s'expliquer par la diffusion de l'excitation dans la substance grise ; cette diffusion détermine dans les centres voisins une excitation qui

est perçue comme une irritation d'origine périphérique de ces mêmes centres : en réalité, il s'agit d'une sensation associée ou synesthésie. Dans certaines circonstances, l'excitation des centres moteurs détermine aussi, par diffusion, des 7nouveas50Cïé5 portant dans le domaine d'un nerf moteur plus ou moins éloigné : ces syncinésies (Vulpian) sont toutefois comparables aux sensations associées.

La substance grise de la moelle épinière n'est pas seulement un centre réflexe; elle joue encore le principal rôle dans la conduction des impressions sensitives : la sensibilité persiste en effet lorsque les cordons blancs ont été détruits et que la substance grise est restée intacte. Existe-t-il des éléments spéciaux pour la conduction des diverses impressions se rapportant aux sensations de tact, de douleur, de chaleur, de sens musculaire? M. Brown-Séquard a défendu cette opinion, qui n'est point admise par la plupart des physiologistes (Vulpian, Mac Donnel, etc.). M. Vulpian a montré que des sections de la moelle, portant sur la plus grande étendue de l'axe médullaire, et même si elles sont multiples, laissent persister la sensibilité, pourvu qu'un point de substance grise reste intact. La substance grise de la moelle constitue donc un centre de conductibilité indifférente pour les impressions sensitives. M. Brown- Séquard a signalé, à la suite de l'hémisection delà moelle, l'existence d'une hémi-paraplégie directe avec hyperesthésie et hémi-anesthésie croisée : l'hyperesthésie, ou mieux la dysesthésie, peut s'expliquer par l'irritation due au traumatisme, et l'anesthésie n'est pas constante ; et d'ailleurs, M. Charcot a montré que lorsque, à la suite d'une compression de la moelle par un mal de Pott, il ne reste plus d'intact qu'une corne antérieure de la moelle, la sensibilité peut persister.

§3. — Bulbe rachichen.

Le bulbe rachidien n'est en somme que la continuation de la moelle, à laquelle s'ajoutent pourtant quelques éléments nouveaux.

Le bulbe rachidien, ou moelle allongée, est un renflement en forme de cône, aplati d'avant en arriére, à sommet rétréci (collet du bulbe), dirigé en bas, et se continuant avec la moelle, et à base dirigée en haut, limitée à la partie antérieure par un sillon transversal qui la sépare do la protubérance, dont elle reste indistincte en arrière (Cf. pp. 48 et 61).

La face antérieure du bulbe, tournée en bas, offre sur la ligne médiane un sillon moins profond que celui de la mo'elle, et interrompu à deux centimètres et demi au-dessous de la protubérance par un entrecroisement de fibres qui passent d'un côté à l'autre, et désigné sous le nom de décussation des pyramides. Ce sillon se termine en haut, sous le bord de la protubérance par une dépression plus ou moins profonde (foramen cœcum, trou borgne de Vicq-d'Azyr).

De chaque côté du sillon médian se voient deux cordons aplatis ; ce sont les pyramides anlérieures, dont on voit, au niveau du collet du bulbe, les faisceaux s'entrecroiser sur la ligne médiane pour se continuer avec les faisceaux latéraux de la moelle épinière. En dehors des pyramides, existent de charnue côté les olives. L'olive, corps ovoïde à grand axe longitudinal, est séparée de la protubérance annulaire par une dépression profonde, la fossette sus-olivaire. En dehors des olives, on voit un sillon limité en arrière par le corps restiforrae.

Dans le sillon bulbo-protubérantiel, on voit émerger de de-

dans en deliors : 1° au niveau des pyramides, le nerf moteur oculaire externe (abducens) ou nerf de la sixième paire; 2° dans la fossette sus-olivaire, le nerf facial ou de la septième paire ; 3° le faisceau antérieur de V acoustique, huitième paire, situé immédiatement en dehors du facial, et auquel viennent se joindre d'autres fibres qui proviennent du quatrième ventricule et contournent le corps restiforme; -^"entre le facial et l'acoustique naît le nerf intermédiaire de Wrisberg qui se confondra plus tard avec le nerf facial.

Dans le sillon intermédiaire à l'olive et au corps restiforme, au-dessous de l'émergence du facial et de l'acoustique, on voit une série longitudinale de radicules nerveuses, qui, en se groupant, constituent successivement, de haut en bas, le glosso-jjharyngien ou nerf delà neuvième paire, le pneumogastrique ou vague, nerf de la dixième paire. Au-dessous des dernières radicules du pneumogastrique, passe une veinule séparant l'origine du vague des racines bulbaires du nerf spinal ou nerf de la onzième paire, qui reçoit, en outre, des racines cervicales émergeant de la moelle cervicale, entre le ligament dentelé et les racines postérieures des nerfs rachidiens. Les racines de Vhypoglosse ou nerf de la douzième paire forment une série verticale située dans le sillon qui sépare l'olive de la pyramide.

En arriére du sillon rètro-olivaire ou sillon latéral du bulbe, on voit un gros faisceau de substance blanche : il constitue le corps restiforme qui semble se continuer en bas avec les cordons postérieurs de la moelle, tandis qu'en haut il se continue avec les pédoncules inférieurs du cervelet. Si on soulève le cervelet, on voit que les corps restiformes s'écartent en haut pour laisser entre eux une surface en forme de V, dont la pointe est tournée en bas, sur les bords de laquelle on voit de chaque côté un cordon à peine séparé des corps restiformes par un sillon superficiel; ces cordons constituent les pyra-

■ mides postérieures. La surface triangulaire qu'ils limitent : n'est autre que le plancher du quatrième ventricule. Ce plancher ] présente la forme d'une dépression losangique, dont les bords ; antérieurs sont constitués par l'écartement des pédoncules céirébelleux supérieurs, et les bords postérieurs par l'écartement . des pyramides postérieures. Le losange est divisé longitudina- Uement par un sillon médian déterminant le fond de la vallée. I Ce sillon désigné sous le nom de tige du calamus scriptorius (Commence en haut, à l'ouverture de l' aqueduc de Sylvius, et ■se termine en bas à l'orifice du canal de l'épendyme qui par- I court la moelle de haut en bas ; à sa partie inférieure il est ! plus profond : les pyramides postérieures qui, en se rappro- ( chant, tendent à le recouvrir sont réunies au niveau du bec du I calamus scriptorius par un tractus transversal, le verrou

' qui recouvre l'angle inférieur du ventricule au moment où i il se continue avec le canal épendymaire. Au-dessous des an- ;gles latéraux du quatrième ventricule, sa paroi inférieure est I parcourue transversalement par un certain nombre de fibres ' blanches les barbes du calamus scriptorius, qui ne sont autre ( chose que les racines postérieures des nerfs acoustiques. Audessus de ces fibres, existent de chaque côté du sillon médian,

■ deux faisceaux longitudinaux désignés sous le nom de fascicu- I lus teres; un peu plus haut, on voit de chaque côté une petite

I région légèrement saillante, d'un gris ardoisé; c'est le locus " cœruleus qui recouvre le noyau d'origine du nerf trijumeau. .\u-dessous des barbes, on voit de chaque côté de la ligne médiane un triangle de coloration blanche, à base inférieure et à sommet

■ supérieur : c'est Vaile blanche interne qui recouvre le noyau de l'hypoglosse ; plus en dehors, une autre surface triangulaire à base supérieure et à sommet inférieur: c'est Vaile grise qui recouvrelesnoyauxdes nerfs spinaux, pneumo gastrique etglosso-pharyngien ou nerfs mixtes. Enfin contre le bord externe du ventricule, un autre triangle, dirigé comme le premier, et blanc

aussi : c'est Vaile blanche externe qui recouvre le noyau du nerf acoustique.

Sur une coupe portant sur la partie inférieure du collet du bulbe, on voit que la substance grise semble s'étendre latéralement dans l'espace compris entre les cornes antérieures et les cornes postérieures, en formant une sorte de réseau qui envahit la partie interne des cordons latéraux. C'est à cette disposition qu'on donne le nom de formation réticulée de Deiters ; elle est due à ce que les fibres des cordons latéraux se portent en avant, en dedans, et en haut, en coupant la base des cornes antérieures, pour aller s'entrecroiser sur la ligne médiane et former le cordon latéral droit, la portion motrice de la pyramide gauche, et réciproquement. Nous avons vu que cet entrecroisement est visible dans le fond du sillon médian antérieur au niveau du collet du bulbe.

Nous connaissons maintenant le trajet du faisceau pyramidal dans toute son étendue; nous avons vu en effet que les fibres de la région moyenne de la capsule interne originaire de la région Rolandique de l'écorce, après avoir parcouru le pied du pédoncule dans sa partie moyenne, traverse d'avant en arriére la protubérance, au-dessous de la couche superficielle du pont, pour se continuer avec la pyramide antérieure : nous voyons maintenant que ce même faisceau s'entrecroise au niveau du collet du bulbe, pour passer dans le cordon latéral de la moelle du côté opposé, où il est recouvert superficiellement par le faisceau cérébelleux direct. Cette notion anatomique nous rend compte du trajet des dégénérations descendantes consécutives aux lésions cérébrales, dégénérations qui ont pour eff"et de déterminer la permanence de l'hémiplégie et la contracture tardive. La dégénération descendante du faisceau pyramidal ne se rencontre pas seulement en conséquence

d'une lésion cérébrale ; elle peut être déterminée par toute lésion interrompant ce faisceau dans sa continuité en un point quelconque de son trajet : que ce soit une lésion protubérantielle (i^zp'.109); que ce soitune lésion médullaire (myélite trans-

"■ÎG

Fig. 153 fd'appès Flechsig). — F. p. d, faisceau pyramidal direct ; — P. f., partie fondamentale; — F. c. d., faisceau cérébelleux direct ; — F. p. c, faisceau pyramidal croUé ; — F. p., faisceau radiculaire ; — F. G. faisceau de Coll.

verse, compression par une tumeur, par un mal de Pott, etc.), et elle a toujours la même conséquence, la rigidité spasmodique des membres paralysés.

Ces mêmes faisceaux sont lésés systématiquement dans l'affection décrite par M. Charcot sous le nom de sclérose latérale amyotrophique, non seulement dans leur trajet médullaire et bulbaire, comme on le croyait d'abord, mais encore

dans leur trajet encéphalique ainsi que le montrent les recherches de M. Kochewnikoff, et MM. Cliarcot et Marie. Ces derniers ont pu suivre la lésion trahie par l'existence des corps granuleux, jusque sous les régions motrices de l'écorce.

F«^.154 (d'après II.de Boyer]. Cou/>e horizontale du cerveau, destinée à inonli'cr les parties du centre ovale qui prennent les premières la coloration blanche.

L'autonomie du système des fibres pyramidales se trouve en contradiction avec certaines particularités du développement. En effet, les recherches de MM.Flechsig {Fig.\^'^)ei dePierret ont montré que le faisceau latéral présente un retard relatif dans le développement de ses éléments, les tubes nerveux y restant longtemps dépourvus de myéline. Les recherches de Parrot {Fig. 154, 155) établissent au contraire que dans le cerveau les parties du centre ovale qui prennent le plus tôt la coloration blanche caractéristique du développement complet sont précisément celles qui correspondent aux circonvolutions dites psychomotrices et qui correspondent par conséquent à l'origine des fibres du faisceau latéral.

Remai'quons toutefois que la pyramide ne renferme pas toutes les fibres du cordon latéral du côté opposé. La partie postérieure en rapport avec la corne grise postérieure ne s'entrecroise pas au niveau du bulbe, elle se continue sous le

Fig. 155 (d"après Parrot). Coupe verticale ante'ro -postérieure du cerveau de nouveau-né au peu en dehors de la face interne de l'hémisphère ; — AR, anse rolandiffiie sous le sillon de Rolando colorée en blanc et nettement, différenciée du reste du centre ovale, qui a consacré sa teinte rose gris (embryonnaire) ; — C, capsule interne émergeant de la masse grise centrale.

nom de faisceau latéral du bulbe, entre le sillon latéral et Tolive, jusque dans la protubérance annulaire.

D'autre part, la pyramide comprend des fibres qui ne font point partie du cordon latéi^al. En eff'et, nous avons dit qu'il existe dans le cordon antérieur un faisceau accolé au sillon antérieur et connu sous le nom de faisceau de Tùrck ; ce faisceau ne s'entre-croise point au niveau du collet du bulbe, il provient directement de la pyramide du côté cori-espondant ; on le connaît aussi sous le nom de faisceau pyramidal direct, par opposition au faisceau pyramidal croisé qui constitue le cordon latéral. Dans les cas de lésions cérébrales, le faisceau

pyramidal direct dégénère au même titre que le faisceau pyramidal {Fig, 157). Cependant, on peut, dans des cas de ce genre,

JT £1

Fig. 156, Schéma de la coupe des pédoncules chez le nouveau-né (d'après Flecbsig) ; — El, étage inférieur ; — FP. faisceau pyrantiidal.

Ft^'. 157 (d'après M.Charcol). Coupe transversale de là moelle cervicale. — A. dégénération du faisceau pyramidal dans un cas de lésion des centres moteurs hémispliériques ; — B, dégénération du faisceau direct ; — C, espace de substance blanche correspondant au faisceau cérébelleux ; — D, région intermédiaire entre la corne postérieure et le faisceau p yramidal( toujours respecté dans la dégénération descendante).

;ne trouver aucune trace de dégénération dans le cordon anté- :rieur; c'est que, à tout bien considérer, l'entre-croisement des pyramides est très variable, a) Il est de règle qu'il y ait un I faisceau croisé et un faisceau direct, ce dernier étant environ

Fig. 158 (d'après M. Charcot). Coupe transversale du Lulbe passant par la f partie moyenne de l'olive dans un cas de sclérose amyotrophique. — AA, pyraiinide antérieure sclérosée.

lun vingtième du premier, h) Dans un certain nombre de cas, lune pyramide subit une décussation totale, tandis que la conigénère subit une décussation incomplète, c) D'autres fois la . décussation est totale des deux côtés [Fig. 159) . d) D'autres fois

enfin, la décussation fait complètement défaut et les pyramides se continuent directement avec les faisceaux latéraux(Fzp. 160). Cette dernière variété nous explique comment il peut arriver qu'une lésion cérébrale détermine des troubles moteurs siégeant du même côté. Les autres permettent de comprendre les diffé-

Fig. 161. Coupe du bulbe à la partie inférieure de l'entre-croisement. — P, 'pyramide : — E, entre-croisement scnsitif ; — FS, fiLres sensitives ; — 0, noyau jaune olivaire ; — Z, slratum zonale. (Debove et fiombault, Arch. de Neur. 18sl).

Fig. 162. Coupe du bulbe à la partit: moyenne de l'entre-croisement sensitif. — F, faisceau sensitif postérieur et externe qui ne pénètre pas dans la pyramide.

rentes modalités sj^mptomatiques qui peuvent résulter d'altérations du même siège encéphalique ; c'est ainsi par exemple que l'entre-ci'oiseraent incomplet peut expliquer la diffusion

des troubles moteurs des deux côtés et la diminution des forces du côté réputé sain chez les hémiplégiques, etc.

Ainsi la portion motrice des pyramides comprend : h le faisceau direct, ou faisceau de Tûrck ; 2» les fibres ontre-croi-

Fig. 163. Coupe à la partie supérieure de l'entre-croisement (mêmes leltve* que ci- dessus).

sées des cordons latéraux. Leur portion sensitive est formée par les cordons postérieurs dont l'entre-croisement a été bien étudié par MM . Sappey eiDwwdiX. Au-dessus de l'entre-croisement des cordons latéraux, les faisceaux des cordons postérieurs s'infléchissent vers la ligne médiane en décapitant la corne postérieure, comme les faisceaux latéraux ont décapité la corne antérieure ; ils contournent ensuite la substance grise située au-devant du canal central et enfin s'entre-croisenten formant un raphé médian compris entre les faisceaux antéro-internes. Après leur entre-croisement, les cordons postérieurs se placent à la partie postérieure de la portion motrice des pyramides, dont ils constituent la portion sensitive, et ils se continuent, comme nous l'avons vu, dans la protubérance et le pédoncule. Tandis que MM. Sappey et Duval admettent un entre-croisement tout à fait distinct des fibres des cordons postérieurs,

MM. Debove et Gombault pensent que ces fibres se mêlent en s'entre-croisant avec les fibres du faisceau pyramidal. Ils ont pU vérifier ce genre d'entre-croisement dans un cas de sclérose latérale amyotrophique, où on voyait les fibres sensitives saines passer au milieu des fibres motrices dégénérées {Fig. 161, 162, 3 63). L'entre-croisement des cordons postérieurs ne comprend

Fig. 164. Coupe du bulbe rachidien au niveau de la partie inférieure de Ventre-croisement des pyraviides. (WosiAsAcmavii Aa 4 diamètres. — 1, Sillon médian aiiféi-icur ; à di'oite et à gauche de ce sillon on remarque la coupe des fascicules les plus internes des cordons latéraux qui commencent îi se dé.jeter de chaque côté des cordons antérieurs ; — 2, Sillon méditin postérieur ; — 3, Commissure postérieure et canal central du bulbe; — 4, Commissure antérieure, très épaisse sur ce point ; — 5, Corne antérieure ; — o, Corne postérieure ; — 7, Corne latérale; — 8, Coupe des fascicules les plus internes du cordon latéral gauche, qui, en traversant le pédicule des cornes antérieures, l'ont déjà largement échancré. (Prépar. de M. M. Duval, extrait de la Irad. franç. de Nothnagel.)

pas le faisceau de Goll, dont les fibres restent distinctes jusque vers les angles latéi^aux du quatrième ventricule.

Quant aux cordons antérieurs proprement dits, abstraction faite du faisceau direct de Tiirck, ils s'entre-croisent incomplètement sur toute l'étendue de la moelle en formant la commissure blanche, se séparent au niveau du collet du bulbe, au point où finit la commissure antérieure et oi^i commence l'entre-croisement des pyramides. Ils se portent à la fois en dehors, en arrière et en haut, et passent en dehors des cordons latéraux et des cordons postérieurs, en arriére desquels ils se réunissent de nouveau pour redevenir parallèles. Ces cordons ne s'entre-'

croisent donc pas dans le bulbe, ils remontent au-dessous de la substance grise du plancher du quatrième ventricule, dans

Fif/. 1G5. Coupe du bulbe rachidien immediatemeiit au-dessus de l'cnlrecroisement des cordons latéraux. Grossissement de 4 diamètres (préparation de M. .M. Duval, extrait de la Irad. franç. de Noihnagel). — 1, Sillon médian postérieur ; — 2, Noyau post-pyramidal; — 3, Noyau du corps restiforme ; — 4, 4, Cornes postérieures devenues transversales ; au-devant de leur tête gélatineuse, on voit la coupe du faisceau latéral du bulbe; — 5, Canal central très allon;,'é d'avant en arrière ; — 6, Corne antérieure ; — 7, Sillon médian antérieur; — 8, PortioR motrice des pyramides ; — 9, Cordons antérieurs de la moelle situés en arrière de cette portion motrice, en dehors de la portion sensitive ; — 10, Cordons postérieurs qui coupent le pédicule des cornes postérieures, en se décomposant en fascicules curvilignes, pour se porter d'arrière en avant ; — 11, Raplié résultant de l'entre-croisement de ces fascicules ; — 12, Portion sensitive des pyramides formées par le prolongement de ces mêmes fascicules; — 13, 13, Nerfs hj-poglosses.

la protubérance et dans l'étage supérieur du pédoncule cérébral.

Étudions maintenant la disposition de la substance grise dans le bulbe.

Par suite de la décussation des cordons latéraux, les cornes antérieures se trouvent divisées en deux parties : {Fig. 1(54, 165, 166, 167), a) la base de la corne, qui reste en rapport avec le canal central, et, par conséquent se prolonge en haut sur le plancher du quatrième ventricule, de chaque côté de la tige du

calanius scriptorius, où elle constitue successivement de bas en haut le noyau de l'hypoglosse (sous l'aile blanche interne), le noyau commun du facial et du moteur oculaire externe (sous Veminentia teres), et plus haut encore, au-dessous de

/<"<>/. 106. Çoupc (II/ hulbe\racliidicn un niueau de l'extrémité inférieure t/e.f olives. Gi'ossisscment de 4 diamètres (pri-pai-ation de M. M. Duval, extrait de la Irad. frani^. de \othnaf/el). — 1, Sillon médian postérieur; — 2, Noyau des pyramides ; — 3, Noyau des corps restifoi-mes ; — 4, Tôle gélatineuse des cornes postérieures, sur laquelle on remarque la coupe de quelques fascicules nerveux qui contribuent à former la grosse racine de la cinquième paire et qui en ereprésentent Toriginc; — 5, Canal central; — (3, Dci'niers débris de la corn antérieure, séparée do la poslérieui-o par le faisceau latéral du bulbe, facilement reconnaissable à son aspect finement pointillé et à sa teinte plus claire :

— 7, Sillon médian antérieur ; — 8, Portion motrice des pyramides ; — 9, y, Coupe des cordons antérieurs traversée par les fascicules des cordons postérieurs; — 10, 10, Fascicules arciformes provenant de ces cordons et s'cntrccroisani sur la ligne médiane; — 1 1, Raphé résultant do leur cntrc-croiscnu-nt :

— 12, 12, Portion sensilivo des pyramides constituée par leur prolongement;

— 13, 13, Nerfs hypoglosses passant entre l'olive et le noyau juxta-olivaire antéro-inféro-internc ; en arrière et en dehors du noyau dont ils tirent leur origine, s'en trouve un autre qui donne naissance au nerf spinal ; — 14, Noyau juxia-olivaire antéro-iulernc ; — 15, 15, Coupe de l'extrémité inférieure dos olives.

l'aqueduc de Sylvius, et toujours de chaque côté de la ligne médiane, les noyaux d'origine du moteur oculaire commun et du pathétique ; b) la décussation a rejeté en dehors et en Vivant la tète de la corne antérieure ; mais la colonne grise qui

«st isolée par l'entre-croisement se trouve divisée en tronçons par les fibres arciformes : cette colonne est déjetéo en dehors par le fait de l'écartement des bords du sillon postérieur et

Fifj. 167. Coupe du hulbe rachidien au niveau de la partie supérieure des olives. Grossissement de 4 diamètres (préparation de M. M. Duval) extraite de la trad. franç. de Xothnagel; — 1, Sillon médian do la face postérieure du bulbe: — 2, Sillon médian antérieur; — 3, Portion motrice des pyramides; — 4, 4, 4, Noyaux qui l'entourent ; — 5, 5. Portion Sensitive ; — (i, Noyau qui sépare les deiix portions sensitives, mais qui par sa partie supérieure cunéiforme commence aussi à se prolonger entre celles-ci et les portions motrices; — 7, 7, Coupe des cordons antérieurs ; — 8, 8, Coupe des corps restiformes dont le noyau gris, Irès large à cette hauteur, est traversé de toutes parts par les fibres provenant «les pédoncules cérébelleux inférieurs; — 9, 9, Réseau très délié des fibres arciformes naissant de la partie postérieure des corps restiformes ; — 10, 10, Faisceaux volumineux émanant de leur partie antérieure, et se prolongeant par leurs divisions vers les olives, les pyramides et le raphé; — 11, 11, Noyau d'origine des nerfs acoustiques; — 12, ii, Les deux racines de ces nerfs émergeant de la fossette latérale du bulbe; — 13, Raphé formé par l'entre-croisement des fibres arciformes ; — 14, 14, Olives dont l'ouverture regarde en dedans et en arrière : sur les limites de celte ouverture, on voit les noyaux juxta-olivaire antéro-inlerne et poàtéro-externe, dont les dimensions sont très réduites, et qui l'un et l'autre tendent à disparaître.

de la lorrnation du sinus rhomboïdal. Elle constitue le noyait anléro-latéral ou noyau moteur des nerfs mixtes, du spinal, du pneumogastrique et du glosso-pliaryngien (sous l'aile grise) ; plus haut, cette même colonne donne naissance, au niveau du

plan de séparation du bulbe et de la protubérance, au noyau inférieur du facial, au noyau masticateur du trijumeau, et à une

Fig. 168 (d'après Quain). Dissection des faisceann blancs du bulbe, destinée à montrer la constitution en faisceau pyramidal P, dont une partie s'entre-croiso, et dont l'autre partie a constitue le faisceau pyramidal direct.

partie du noyau du moteur oculaire commun et du pathétique. En dedans de la partie inférieure de la colonne des nerfs mixtes, se voit une petite colonne qui en est incomplètement séparée par des fibres arciformes, c'est le noyau antérieur accessoire de l'hypoglosse {Fig. 169, 170).

L'analogie qui existe entre la colonne motrice des noyaux, des nerfs bulbaires et les cornes antérieures de la moelle épinière a pour corollaires des analogies de lésions. C'est ainsi que l'atrophie musculaire progressive dont la lésion porte sur les cornes antérieures de la moelle, peut s'étendre aux parties similaires du bulbe, en commençant par le noyau de l'hypoglosse, et en envahissant progressivement .jusqu'au noyau du pneumogastrique, dont l'altération amène

nécessairement la terminaison fatale. Mais les noyaux bulbaires peuvent être affectés primitivement et pour ainsi dire isolément dans l'affection décrite par Duchenne de Boulogne sous le nom de paralysie lahio-glosso-laryngée, caractérisée

Fifj. 169 (d'après Erb). Aspect de la face postérieure du bulbe. — 1, 2, B, Coupe des pédoncules moyen, supérieur et inférieur ; — 4, eminentia leres (genou du facial) ; — 5, stries médullaires (racines de l'acoustique). Lus chiffres romains indiquent par leur numéro d'ordre les origines et les racines apparentes des nerfs bulbaires.

tout d'abord par l'atrophie du noyau de l'hypoglosse. Ces mêmes noyaux peuvent encore être atteints consécutivement dans l'atrophie musculaire progressive, dans la sclérose latérale amyotrophique. M. Déjerine, ayant observé la coïncidence de la sclérose latérale amyotrophique avec la dégénération des noyaux bulbaires, a pensé que la paralysie labio-glosso-laryngée est une forme fruste de la sclérose latérale, mais cette interprétation n'est pas généralement adoptée.

Au-dessous du point où les cordons postérieurs vont s'entrecroiser, les cornes grises se déforment et envoient deux prolongements : a) l'un dans la partie la plus interne du cordon correspondant, c'est le noyau des cordons grêles ou post-

P^iff- (d'après Ei'b.)- Coupe vcriicale et anlrro-fostérieure du bulbe. — Les cnifli-es romains iiidiqiieiilpar leur numéro d'ordre les noyaux d'origine des nerfs bulbuires.

pyramidaux; b) le second prolongement commence un peu plus haut et s'épanouit dans le corps restiforme, c'est le noyau du corps restiforme. La signification de ces prolongements est encore inconnue (i^Y^. 165, 166).

Nous avons vu que l'entre-croisement des faisceaux du cordon postérieur divisent la corne postérieure de la même manière que le faisceau latéral divise la corne antérieure,

c'est-à-dire que la base reste en rapport avec la paroi du canal, tandis que la tête est rejetée en dehors. Mais, en raison de l'écartement des parois du canal, qui sont devenues horizontales, la base de la corne s'est portée latéralement en dehors de la base de la corne antérieure, et elle constitue la

Pig. 171. Coupe transversale du bulbe rachidien dans un cas d'atrophie glosso- labiée. — A, atrophie des cellules du noyau de l'hypoglosse à gauche ; — D, fasciculus teres; — B, noyau du poeumogastrique.

colonne des noyaux sensitifs des nerfs mixtes du spinal, du glosso-pharyngien et du pneumogastrique ; plus haut elle concourt à former les noyaux d'origine de l'acoustique et du trijumeau (sous le locus cseruleus). En outre, elle se rend latéralement sous l'aile blanche externe, où elle donne naissance aux fibres postérieures de l'acoustique {Fig. 165, 166).

La colonne qui résulte de l'isolement de la tête de la corne postérieure, est tout à fait déjetée en dehors de la partie inférieure du bulbe, tellement qu'elle forme souvent, dans le sillon collatéral, une saillie grise, connue sous le nom de tubercule cendré de Rolando. Cette colonne se porte en

haut, en avant et en dedans, pour rejoindre tout à fait supérieurement le sommet de la colonne motrice au niveau Hu noyau moteur du trijumeau. Elle fournit, dans son trajet, la plupart des filets d'origine de la portion sensitive du trijumeau.

Outre les noyaux d'origine des nerfs, on trouve dans le bulbe rachidien d'autres formations de substance grise : 1° les noyaux 'pyramidaux, constitués par une petite masse de substance grise, de volume très variable, suivant les sujets, qui se trouve sur le bord antérieur ou sur le bord interne des pyramides antérieures; 2° les noyaux olivaii'es, formés par une lame grise festonnée, que l'on voit dans l'épaisseur de l'olive. En dedans et en dehors de l'olive, on voit deux autres petits noyaux gris, qui ont reçu les noms de noyaux juxtaolivaires interne et externe. Ces corps olivaires sont aussi désignés sous le nom d'olives inférieures, par opposition aux olives supérieures qui sont deux petites masses analogues aux précédentes, mais peu développées chez l'homme, et situées en dedans du noyau inférieur du facial 166,167).

Schroder van der Kolk avait pensé que les olives bulbaires jouaient un rôle dans la coordination des mouvements de la parole, tandis que les olives supérieures auraient la même fonction pour l'expression mimique ; mais cette opinion est sans fondement et n'a plus qu'une valeur historique.

En raison du siège des noyaux d'origine des nerfs qui président aux fonctions de la circulation et de la respiration, on comprend que les lésions héraorrhagiques du bulbe déterminent fréquemment la mort subite, pour peu que l'épanché-

meut soit considérable. Les tumeurs qui ne provoquent qu'une compression lente peuvent quelquefois passer complètement inaperçues. Les symptômes caractéristiques des lésions localisées du bulbe sont dues aux lésions des nerfs qui y prennent naissance : troubles de la parole, de la phonation, de la déglutition, de la respiration, delà circulation. Les lésions du bulbe déterminent plus souvent queles lésions cérébrales des troubles de sécrétion rénale : polyurie, albuminurie, glycosurie ; mais M. Ollivier a montré que ces troubles peuvent se montrer à un certain degré dans toutes les lésions apoplectiformes du cerveau, où elles sont seulement plus transitoires. Quant aux phénomènes paralytiques ou moteurs, sensitifsdu côté des membres, ils ne différent guère de ceux qui sont produits par les lésions cérébrales, puisque le bulbe n'est qu'un lieu de passage pour les fibres blanches.

Outre les fibres blanches longitudinales qui traversent la région bulbaire comme un carrefour, on y trouve encore d'autres fibres situées sur la face antérieure, et dont la direction paraît transversale ; ce sont les fibres arci formes. Les auteurs ont décrit la direction de ces fibres de manières très différentes : les uns leur donnant une direction transversale, et les faisant passer au-devant du sillon antérieur sous forme à'avant-x>ont, d'autres les faisant naître du sillon médian, pour se porter en dehors, en avant ou au-dessous de l'olive, et se perdre vers les corps restiformes et les pédoncules cérébelleux. Les faisceaux de ces fibres arciformes offrent un volume très variable, et leur nombre est peut-être en raison inverse de celui des fibres arciformes profondes. Depuis les travaux de Deiters, de Clarke, de Meynert, on admet en général que les fibres arciformes profondes ou superficielles ont aussi un trajet analogue et des connexions communes ; elles établiraient des rapports

entre les corps restiformes d'un côté et les faisceaux gracilis et cunéiformes de l'autre côté, en affectant des rapport différents avecles deux olives. Lesfibres arciformes externes (1), parties de la région des cordons postérieurs et du pédoncule cérébelleux, recouvrant l'olive ou la contournantenbas, iraient

Fig.n2. Face antérieure du bulbe et de la protubérance. — P A, pyvonnide antérieure; — A, faisceau aixiforme circumolivairc.

s'entre-croiser en avant dans le sillon médian, pour aller se terminer après être entrées en connexion avec les éléments de l'olive du côté opposé, se terminer dans le corps restiforrae, qui serait ainsi en partie constitué par des fibres provenant des cordons postérieurs. Souvent il est facile de voir que c'est en particulier avec le faisceau grêle et au-dessus de son renflement supérieur que les connexions des fibres arciformes sont le plus évidentes ; et que d'autre part il arrive souvent que ces mêmes fibres n'ont aucun rapport avec le sillon antérieur, mais se dirigent, par faisceaux, parallèlement aux fibres de la

1. Ch. Fêlé, Note sur lesfibres arciformes superficielles du bulbe rachidien. {Soc. de Biologie, 29 nov. 1»84.)

pyramide antérieure, vers le sillon bulbo-protubérantiel. Sur une de nos pièces, ces dispositions se trouvent résumées de la manière la plus nette {Fig. 172,173) : on voit en arrière, sur les bords du quatrième ventricule, le faisceau grêle au-dessus de son

F'uj. 173. Face postérieure du bulbe. — PP, PP, pyramide postérieure; — G, :rvelet ; — VI, vermis inferior ; — IV', quatcième ventricule ; .— A, faisceiiu arci-

pcrv forme

renflement se dévier en grande partie en dehors, en formant un faisceau récî4rren^,quipasseau-dessus du faisceau cunéiforme et du corps restiforme, contourne la partie inférieure de l'olive et remonte, en conservant toujours des limites distinctes, sur le bord externe de la pyramide antérieure, dont il partage la direction etla terminaison supérieure. La direction de la portion ascendante de ce faisceau récurrent indique que les fibres, arciformes superficielles n'ont pas de rapport nécessaire ni avec le sillon médian, ni avec l'olive du côté oppose.

Le rôle des fibres arciformes est encore peu connu, ce qui tient en partie à l'obscurité des notions anatoraiques que l'on a sur elles. La connaissance de leur direction générale peut déjà être de quelque utilité dans la recherche des dégénérations secondaires du faisceau de Goll.

§ 4. — Circulation de la moelle et du bulbe. — Lésions

inflammatoires.

Les artères de la moelle épinière ont été très bien étudiées par M. Duret (1), qui en distingue trois ordres : 1° Les artères médianes qui pénètrent par les sillons médians antérieur et postérieur. Les antérieures sont courtes, elles fournissent quelques rameaux collatéraux à la partie la plus interne des cordons antérieurs et se terminent en pinceau dans la commissure antérieure, et dans les parties voisines de la corne antérieure. Les artères médianes postérieures sont plus longues; elles se terminent dans la commissure postérieure, après avoir fourni des rameaux collatéraux aux cordons de Goll.

2° Les artères radiculaires, qni accompagnent les racines antérieures et postérieures. Les artères radiculaires antérieures accompagnent chacun des faisceaux des racines antérieures et se portent dans la corne antérieure, oîi elles se' terminent en un réseau capillaire.

Les artères radiculaires postérieures sont situées, les unes au milieu des faisceaux radiculaires, les autres en dedans ou en dehors de la racine postérieure. Les moyennes sont surtout destinées à la corne postérieure et à la substance gélatineuse. Les externes se dirigent vers la partie postérieure et externe de

1. H. Duret, Note sur les arlires nourricières et les vaisseaux capillaires de la moelle épinière (Progrès médical 1873, p. 284).

Ja corne antérieure. Les internes sont destinées au faisceau radiculaire interne.

3° Les artères péri phériqices sont surtout nombreuses dans les cordons latéraux. Les plus externes atteignent les cornes

Fi(). 174. Didribiilion des artères mddianes du bulbe (Rayirond d'après

■ Duret). — 1, Tronc basilaire; — 2, Vertébrales; — 3, Cérébelleuse supérieure; — 4, Cérébelleuse moyenne.

i antérieures. — Il existe en arrière deux groupes constants 1 d'artérioles qui passent entre les cordons de GoU et le faisceau

■ externe des cordons postérieurs.

Les artères du bulbe inférieur (Cf. p. 231) présentent une disposition analogue à celle de la moelle; elles proviennent des vertébrales, tandis que les artères du bulbe supérieur viennent du tronc basilaire. Ces artères qui pénètrent verticalement dans le bulbe sont des artères terminales, et quand I elles viennent à être oblitérées, il en résulte une nécrobiose définitive de la région qu'elles irriguent (Fî^;?. 174).

A cette description de M. Duret, M. Adamkiewicz (1) a ajouté celle d'un groupe vasculaire pour la colonne de Clarke et celles des artères longues anastomotiques qui font communiquer les différents réseaux, suivant la hauteur de la moelle.

Les vaisseaux de la moelle sont rarement le siège de thromboses ou d'embolies qui déterminent des ramollissements, dont l'évolution est comparable à celle du ramollissement cérébral.

Les veines suivent un trajet analogue et constituent des troncs parallèles aux troncs artériels.

Les vaisseaux de la moelle comme ceux du cerveau sont pourvus d'une gaîne lymphatique.

Lorsque les vaisseaux de la circulation générale qui fournissent les vaisseaux artériels de la moelle viennent à être le siège d'une thrombose et d'une embolie, il peut en résulter une anémie de la moelle qui se traduit entre autres symptômes par une parésie des membres. C'est ainsi que l'on observe la claudication intermittente sous l'influence de l'oblitération partielle de l'aoï^te abdominale.

La congestion médullaire est aussi en général sous l'influence de troubles de la circulation générale.

Il ne pénètre dans la moelle que des vaisseaux de petit calibre^; aussi les hémorrhagies y sont-elles rares et peu volumineuses en général. Elles ne se produisent guère comme dans le cerveau que lorsque les artères oflrent une lésion préalable, ou lorsque leurs parois sont mal soutenues par un tissu altéré ; V hématomyélie siège d'ordinaire primitivement dans la substance grise. Il se produit autour de l'épanchement une myélite périhémorrhagique analogue à l'encéphalite qui se développe [dans les mêmes circonstances, et tend à limiter le foyer.

1. Adamkiewicz, Die Blultgcfassc des Ruckenmark, Sitz dft. W'ien Acad. 1882,

Les capillaires de la moelle formant un réseau de mailles très fines qui dessine le contour de la corne antérieure, et qui est alimenté en avant et en dedans par les médianes, en avant par les radiculaires, en dehors par les artéi^es périphériques et en arriére par les radiculaires postérieures. On remarque d'autres réseaux au niveau de la corne postérieure de la commissure blanche et des racines. Les capillaires des cordons blancs forment des réseaux beaucoup moins riches que ceux de la substance grise.

La distribution des vaisseaux de la moelle joue un certain rôle dans la localisation des lésions dans les myélites aiguës diffuses. La pie-mére spinale servant de support aux vaisseaux est, on peut dire constamment, atteinte dans ces myélites ; au début la pie-mére est parcourue par des arborisations de vaisseaux dilatés, et il se forme entre la méninge et la moelle un exsudât plus abondant au niveau des racines postérieures, où l'adhérence de la membrane est moins intense.

La plus grande abondance de vaisseaux dans la substance grise, où ils sont moins soutenus par un tissu conjonctif moins dense, rend compte de la prédominance des lésions dans cette partie.

La riiyélile aigicë suppurative est très rare ; on la rencontre dans la méningite épidémique, dans la méningite ascendante consécutive aux escarres sacrées ;elle est toujours suporficielle. Les abcès métastatiques de la moelle, dans la pyohémie, sont tout à fait exceptionnels.

La myélite airjvx diffuse montre sur la coupe, à l'examen macroscopique, une coloration rosée de la substance grise et un certain degr-é de vascularisation de la substance blanche; la moelle offre une consistance molle (ramollissement rouge).

A l'examen microscopique on trouve, outre les dilatations vasculaires, des tubes nerveux granuleux , entre lesquels sont épanchés des globules blancs normaux ou remplis de pigments du sang et des granulations graisseuses. Dans les gaines périvasculaires, on voit un plus ou moins grand nombre de corps granuleux . Les cellules des cornes antérieures atteignent quelquefois des proportions colossales, jusqu'à 80 millièmes de millimètres (Charcot) ; elles sont toutes remplies de matières colloïdes, vacuolées; à côté des cellules qui ont subi l'hypertrophie colloïde, on en trouve d'autres qui sont atrophiées et qui ont subi la dégénérescence granulo-graisseuse ou pigmenlaire. Les cylindres d'axe sont hypertrophiés, irrégulièrement dilatés, granuleux ou creusés de vacuoles ; quelquefois on trouve des foyers dans lesquels tous les éléments nerveux sont transformés en granulations.

Certaines mj^élites aiguës se limitent à une région de la moelle. Ce sont les myélites systématiques : on peut dire qu'elles siègent exclusivement sur les cornes antérieures de la moelle. Ou leur donne souvent le nom de 'poliomyélites antérieures systématiques. Elles comprennent la paralysie spinale de l'enfance, et la paralysie spinale de l'adulte; l'atrophie musculaire progressive (Duchenne, Aran) résulte d'un processus chronique, a) Dans la paralysie spinale de Venfance, il existe au début une myélite en foyer avec corps granuleux, puis sclérose des cornes antérieures (Roger et Damascliino). puis une atrophie avec disparition des cellules motrices (Vulpian et Prévost, Lockliart-Clarke, Charcot et Joffroy, etc.), et une atrophie des cordons antèro-latéraux (Charcot). h) Unej autopsie de M. Gombault a montré des lésions analogues dans] Isl paralysie spinale de Vadulte.

Quant aux myélites spécifiques, elles sont rares. Il peut, il est vrai, se développer des productions tuberculeuses dans l'épaisseur de la moelle; mais les myélites syphilitiques et lé-|

preuses ont le plus souvent leur cause dans une inflam nation (les méninges qui se propage ensuite à la moelle. ]

Les myélites chroniques affectent en général la forme d'une inflammation interstitielle ou scléreuse, et sont essentiellement, caractérisées par une prolifération de la névroglie et une altération des tubes qui perdent leur myéline. Dans les cornes grise ~ les cellules tuméfiées, puis granuleuses, finissent par s'atrophier et disparaître. Lorsque la myélite scléreuse occupe les faisceaux blancs, les parties atteintes prennent un aspect semi-transparent, jaunâtre ou rose ; dans la sclérose disséminée cérébrcspinale ou sclérose en 'plaques, les îlots couleur chair de saumon sont tout à fait caractéristiques.

Les myélites chroniques peuvent se distinguer d'après leur siège en myélites chroniques diffuses et myélites chroniques systématiques. Les myélites systématiques occupent soit les cornes grises, soit les cordons blancs.

Les inflammations chroniques systématiques de la substance grise n'aff'ectent que les cornes antérieures, a) ha,poliomyélite chronique antérieure constitue le substratum anatomique de l'atrophie musculaire progressive. La lésion consiste en une atrophie des cellules de la corne antérieure qui finissent par disparaître {Fig. 150). En outre les racines antérieures sont dégénérées et atrophiées. Quelquefois il se forme dans la moelle une cavité centrale qui se remplit de liquide louche en constituant V hydromyélie .-b )Da.ns la paralysie bulbaire progressive,o\x paralysie iabio-glosso-laryngée, on observe une atrophie analogue des noyaux gris du bulbe, sur les noyaux d'origine de l'hypoglosse, du spinal et du facial, dont les troncs off'renl la dégénérescence granuleuse, puis l'atrophie. Les noyaux des nerfs mixtes glosso-pharyngiens et pneumogastriques sont aussi atteints, et les faisceauxdu bulbe sont atrophiés {Fig. 171).

La sclérose des cordons poster leiirs est le substratum aDatomique de l'ataxie locomotrice progressive. Elle est caractérisée à l'œil nu par ime coloration gris jaunâtre semi-transparente ; la pie-mère qui recouvre les cordons postérieurs est ordinairement épaissie et adhérente.

Il existe tout d'abord une augmentation de nombre des éléments de la névroglie ; les gaines périvasculaires sont dilatées et remplies de cellules lymphatiques granuleuses. Plus tard, les éléments cellulaires de la névroglie s'atrophient, son tissu fibreux s'épaissit, et on voit se produire une atrophie des tubes nerveux ; les tubes peuvent être réduits à leur cylindre-axe qui finit parfois par disparaître à son tour. Un tissu conjonctifde nouvelle' formation, remplit le sillon postérieur, les deux cordons de Goll sont intimement soudés, et tout le faisceau postérieur dans sa masse oflVe une atrophie plus ou moins apparente. 11 existe une réduction du calibre des vaisseaux due à l'êpaississement do] leurs parois. Les racines postérieures offrent une coloration grisâtre, et au lieu d'être plus volumineuses que les antérieures comme à l'état normal, elles sont beaucoup 'plus petites. La lésion se propage quelquefois aux cordons latéraux, et il en résulte des phénomènes paralytiques plus ou [moins localisés, ou aux cornes aniérieures, et il se produit alors des atrophies musculaires siégeant sur les membres ou même à la face (Charcot, Ballet, etc.) et en particulier à la langue, si la propagation s'est faite aux noyaux bulbaires.

La sclérose latérale amyotrophique (Charcot), comme nous avons déjà eu l'occasion de le signaler en passant, consiste dans une lésion analogue à celle de l'ataxie locomotrice ; mais elle siège [comme les dégénérations descendantes sur le trajet des faisceaux pyramidaux. iLa lésion diminue de volume depuis le bulbe jusqu'à la partie inférieure de la moelle. Au début les cordons blancs sont seuls atteints; plus tard les cellules

des cornes antérieures subissent une atrophie pigmentairr, et les noyaux du bulbe peuvent participer à l'altération. C'est sur l'existence de ces lésions consécutives des cellules q; e

Fia. 175. Coupe de li moelle à la partie supérieure de la rérjion lombaire. — plaque de sclé;-i se dans les cordons poslériciws.

M. Leyden s'appuie pour se refuser à une distinction fondamentale entre la sclérose latérale amyotropliiqiie et l'atrophie musculaire progressive. L'atrophie des cellules des cornes au térieures entraîne la dégénérescence des cornes antérieures des nerfs spinaux.

Parmi les scléroses non systématiques il faut ranger la sclérose en plaques et la sciérose centrale ou périépendymaire.

La sclérose en plaques disséminées qui se

^ ^ ^ Fi.,g. 170. Coupe

présente tantôt sous la forme cérébro- du huile à la purHe

, , ^ n moi/fiiine des olives ;

spinale, tantôt sous la /orne spinale pure - '«, pieumo-a-^ii-i-

, , . . , , . ., (Mie; — 6,l)vpoalos-

est caractérisée par des plaques grisâtres se; — c, pïaïuede offrant après leur exposition à l'air une coloration qui rappelle celle de la chair de saumon. Ces plaques occupent aussi bien les parties grises que les parties blanches, elles sont irréguliéres, asymétriques, extrêmement variables en nombre et en étendue. Leurs lim '.ts sont sou-

vent indécises. La névroglie, les tubes nerveux et les cellules offrent des lésions très analogues à celles qu'on trouve dans les autres formes de sclérose (1).

Dans la sclérose centrale ou périépendymaire, le tissu

conjonctif qui entoure le canal central est épaissi, et forme quelquefois une tumeur allongée en forme de corde. Le canal central peut être dilaté et fournir des cavités kystiques ; mais quelquefois on trouve des kystes longi- ,. , tudinaux qui sont développés en

Fif/. 177. Coupe a un ce.nlimi'lfe

lia-dessus du bord inférieur de la dehors du canal dans les cordons

protuberonce; — a, pneumogasti-i- , .

(fue; — 6, pelile plaque de sclérose; postérieurs (bimon, Westpnal) ; — ffrande plaque de sclérose. ... ,

aussi peut-on oi'oire que quelques-uns de ces kystes sont dus non à une myélite centrale, mais à des tumeurs gliomateuses.

1. Babiiisky, Etude analogique cl clinù/ue sur lu srlrrosr m plcujucs, Uièse, 1885.

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