‹ Traite elémentaire d'anatomie médicale du système nerveuxChapitre 43 sur 47 · CONSTITUTION DU CENTRE OVALE · texte numérisé non relu

CONSTITUTION DU CENTRE OVALE

Je n'ai pas l'intention de traiter ce point à fond. Je veux seulement fixer l'attention sur la part que prennent à la constitution du centre médullaire hémisphérique les fibres dites d'association, les fibres de Gratiolet, le faisceau unciforme et la capsule externe.

Les systèmes d'association ou systèmes de fibres destinées à relier entre elles plusieurs parties d'un même hémisphère sont très nombreux chez l'homme. Ils entrent pour une bonne part dans la constitution du centre ovale de Vieussens. Les données que la science possède à ce sujet sont fort restreintes. Elles concernent surtout le cerveau de l'animal. Meynert qui a étudié la structure de la substance blanche hémisphérique avec non moins de soin que les autres difficultés des centre nerveux, ne la démontre en réalité que sur le cerveau du singe. Pour ma part, je ne me suis occupé que de celui.de l'homme. Je verrai plus tard, si la difficulté est plus grande à résoudre pour le cerveau de l'animal.

Il est bon de se rappeler: 1° qu'après une immer-

sioa momentanée dans de l'eau froide, les fibres, probablement par le fait d'une simple hydrotomie, se dessinent nettement suivant qu'elles ont été coupées perpendiculairement ou parallèlement à leur direction. Dans le premier cas, leur présence est rendue manifeste par le contraste que présentent leur surface de section ponctuée et celle du tissu névroglique qui les entoure : on peut dire que cette surface est hétérogène. Dans le deuxième cas, au contraire, la surface est unie, homogène : la chose est patente dans les coupes frontales et sagittales du corps calleux. D'où cette conséquence importante, que, toutes les fois qu'un district de coupe cérébrale sera d'aspect hétérogène, nous devrons le considérer comme formé par des fibres coupées en travers, avec cette remarque non moins majeure que ces fibres se présenteront, soit sous la forme de points ou taches plus ou moins arrondis, si elles sont isolées, soit sous la forme de lignes ou lamelles plus ou moins longues, si elles sont intimement associées.

Il ne faudrait pourtant pas croire que le fait est démontrable sur tout cerveau humain. Il en est qui sont pour cela plus favorables que d'autres. Je me borne a le constater, laissant à la clinique le soin de fournir une explication satisfaisante.

Les propositions que je viens d'énoncer trouveront de nombreuses applications dans ce qui suit. Pour faciliter la compréhension du sujet, nous adoptons l'ordre établi par Meynert et Huguenin dans la description des faisceaux d'association. Nous aurons soin de noter ce que la cérébrotomie méthodique produit de spécial.

Ces faisceaux d'association sont représentés par :

1° Le faisceau longitudinal sous-jacent au gyrus fornicalus. (Circonvolution du corps calleux ou de l'ourlet.)

2° Le faisceau longitudinal supérieur ou arqué. 3° Le faisceau unciforme. (Fasciculus uncinatus.) 4° Le faisceau longitudinal inférieur.

5° Le système très étendu des fibres propres (Fibrae proprise.)

A ces cinq systèmes nous n'hésitons pas à en ajouter un sixième :

6° Le système d'association verticale.

A. Faisceau longitudinal sous-jacent au gyrus fornicatus^ appelé encore moelle de l'ourlet ou de la circonvolution du corps calleux. — La coupe sagittale pratiquée à un centimètre de la ligne médiane tombe sur ce faisceau dans presque toute sa longueur (T. Il, Pl. I). Il commence dans le lobule orbitaire, contourne l'extrémité antérieure du corps calleux, se dirige en arrière au dessus de lui jusqu'à son bourrelet. Le faisceau longitudinal varie d'épaisseur sur divers points de son parcours. Cette irrégularité d'épaisseur provient, ainsi que le fait remarquer Meynert, de ce que des fibres d'un autre ordre contribuent à le former. Epais en avant du genou, mince en arrière du bourrelet du corps calleux, Gratiolet a pu le suivre dans la circonvolution de l'hippocampe et, selon Meynert, il irait se terminer à la pointe du lobe temporal. De nombreuses fibres provenant des parties avoisinantes de l'écorce viennent rejoindre ce faisceau, pour le quitter après un parcours plus ou moins long. De petits systèmes de fibres arciformes se réunissent par conséquent aux

fibres à long trajet; ces fibres me paraissent identiques à celles que nous verrous bientôt sous le nom de fibres propres ou de Gratiolet. On en voit provenir distinctement, en avant, de la première frontale; en arrière, de l'avant-coin ou lobule quadrilatère.

B. Faisceau longitudinal supérieur ou arqué. — Ce faisceau a-t-il été constaté sur le cerveau humain, je l'ignore : voici le résultat que j'ai obtenu.

Pour avoir ce faisceau, la section doit porter à 3 centimètres en dehors de la ligne médiane.

Le faisceau longitudinal supérieur ou arqué devrait être appelé faisceau longitudinal supérieur externe^ par rapport à la moelle de l'ourlet, qui devrait porter celui de faisceau longitudinal supérieur interne. L'un ne mérite pas plus que l'autre le nom d'arqué. Ils ont tous les deux une direction courbe qui s'harmonise avec la direction de l'hémisphère.

Le faisceau longitudinal supérieur externe, sensiblement plus volumineux que l'interne, commence à l'écorce du lobe frontal et va se terminer dans le lobe occipital, en traversant le centre ovale. Il est constitué de la même façon que l'interne ; il est formé de fibres longues et de fibres courtes, mais elles sont plus nombreuses les unes que les autres. Les fibres courtes ou de Gratiolet, viennent des circonvolutions avoisinantes et quittent le faisceau après un trajet plus ou moins long suivant qu'elles enjambent un, deux, ou un plus grand nombre de plis. Sur les centres lobulaires de la substance blanche il semble que les fibres de Gratiolet les plus longues s'entrecroisent les unes avec les autres. On dirait également que, sur quelques points,

les faisceaux longitudinaux s'anastomosent et forment une sorte de plexus.

C. Faisceau longitudinal inférieur. — Meynert et Hugueuin placent ce faisceau après le faisceau unciforme; il me paraît plus naturel d'en parler avant. Il va de la pointe du lobe occipital à celle du lobe temporal. Sa structure est celle des faisceaux précédents. Il renferme de longues fibres directes et surtout de nombreuses fibres courtes qui viennent à lui des parties avoisiaantes et le quittent après un trajet assez court. Qu'on veuille bien se reporter aux Pl. XVI 11, XIX, XX, dut. I, on reconnaîtra facilement la section transversale des fibres d'association antéro- postérieures.

D. Fibres propres ou fibres de Gratiolei. — Ces fibres sont en nombre considérable sous l'écorce. Les plus petites, formant des courbes concentriques commençant au sommet d'une circonvolution, embrassent dans leur concavité l'anfractuosité comprise entre cette circonvolution et la circonvolution voisine et aboutissent à cette dernière; les autres, plus longues, sautent plusieurs circonvolutions. Meynert et Huguenin prétendent à tort, suivant nous, qu'elles présentent leur plus grand développement dans l'insula de Reil. Le contraire nous semble être prouvé.

E. Le faisceau unci forme et la capsule externe. — Pour se faire une idée complète de ces deux parties, il faut les examiner dans les coupes frontales et horizontales. Dans les coupes frontales, le faisceau unciforme est en rapport d'avant en arrière :

En haut, avec les couches inférieures de la troisième frontale, avec la quatrième frontale, avec la pariétale ascendante, et le lobule pariétal inférieur;

En bas, avec les couches supérieures de la circonvolution externe du lobule orbitaire, avec la deuxième olfactive, avec la partie inférieure du claustrum, qu'il traverse pour se mêler aux fibres de la commissure cérébrale antérieure et venir former les couches les plus élevées de la première temporale. (Voir successivement Pl. XV à XX, du tome I.) En un mot, le faisceau unciforme joue le rôle des fibres propres de Gratiolet; elle unit les parties gyraires qui couronnent l'insula de Reil en haut, à celles qui la Jimitent en bas sur la base cérébrale.

Aux connexions que Meynert lui attribue, avec le faisceau longitudinal supérieur, il faut ajouter celles qu'il possède avec le faisceau longitudinal inférieur.

Les coupes horizontales (T. II, Pl. VI et VII) confirment pleinement les données fournies par les coupes frontales au sujet du faisceau unciforme : elles démontrent surtout que ce faisceau n'est lui-même qu'une portion du grand système des fibres propres ou de Gratiolet.

Capsule externe. — D'après ces coupes, il est difficile de ne pas assimiler la capsule externe aux fibres longues de Gratiolet, à celles qui embrassent un certain nombre de circonvolutions. La structure fasciculée de celle bande blanche n'est pas contestable.

En avant comme en arrière de l'insula, la capsule externe après avoir dépassé le claustrum s'adjoint aux petites fibres de Gratiolet pour se porter, avec les antérieures, dans le territoire de la troisième frontale,

avec les postérieures dans celui de la cinquième temporale. Mais si ce point n'est pas contestable, il n'en est pas moins vrai cependant que, dans sa partie antérieure, la capsule externe est également formée par des fibres appartenant au corps calleux, (Commissure interhémisphérique.) Sur les coupes frontales I et II, cette dépendance est palpable, d'abord avec la partie réfléchie du corps calleux (Pl. XV), ensuiteavecla lamelle blanche du septum lucidum (Pl. XVII, 1. 1), qui lui est continu en haut. Dans cette région, la capsule externe constitue aux deux noyaux une véritable anse caudo-lenticulaire. Cela revient à dire, qu'ici les fibres de la capsule externe venant du corps calleux se recourbent en dedans.

Mais il est à remarquer que le nombre de ces fibres diminue au fur et à mesure qu'on avance en arrière, et qu'elles finissent par disparaître au moment où se présente la commissure cérébrale antérieure destinée à les remplacer pour l'union des deux lobes temporaux. D'après cela, la capsule externe examinée d'avant en arrière est donc formée de deux espèces de fibres jusqu'à la rencontre de la commissure cérébrale antérieure : les unes, venant du corps calleux, se recourbent en bas et en dedans; les autres, constituant des fibres longues de Gratiolet, en partie verticales, en partie horizontales, embrassent l'insula. Voilà pourquoi la capsule externe, beaucoup plus épaisse en avant qu'en arrière, n'existe plus qu'à l'état incomplet, est beaucoup plus mince en bas qu'en haut, dans le sens vertical, à 3 centimètres en arrière du genou du corps calleux, c'est-à-dire au point où ses fibres commissurales vont être remplacées par la commissure cérébrale antérieure (Pl. XVIII, t. I).

F. Le système d" associatioji verticale). — Aux systèmes d'association admis par Meynert et Huguenin, nous n'hésitons pas à en ajouter un sixième qui doit être désigné sous le nom de système d'association verticale. Il est destiné à mettre en rapport la partie antérieure du lobule paracentral et la partie externe du lobule temporal.

J'ai déjà fait remarquer que sur la face postérieure de la cinquième zone frontale, les irradiations capsulaires qui se rendent au lobule paracentral étaient accompagnées en dehors par une traînée blanche de 1 à 2 millimètres de largeur, qui aboutissait en bas à la première temporale, concentriquement au faisceau unciforme. Sur la pl. XX, 1. 1, ce système d'association a été comme disséqué, surtout à droite, soit par le fait de la macération, soit plutôt par un acte morbide. Du reste, ce système n'existe pas seulement à ce niveau, il se continue en arrière sur une étendue de deux centimètres au moins, car, nous le retrouvons sur la face postérieure de la septième zone frontale, où il limite en dehors le prolongement occipital de la capsule interne comme le tapetum le limite en dedans.

D'après ce qui précède, il est aisé de comprendre que les auteurs sont loin d'être dans le vrai, en considérant la substance corticale comme étendue à la façon d'une coiffe au-dessus de la couronne radiée*.

Quel genre de coupes faut-il préférer! — II n'est pas indifférent de traiter une semblable question. Elle intéresse les progrès de la science plus qu'on ne pour-

' Bitot, /oc. cil.

rait le supposer au premier abord. La preuve, c'est que les cérébrologistes et les cliniciens sont encore à ce sujet dans la période du tâtonnement. Bartholin, Flechsig préconisent la coupe horizontale. Pitres ' cherche à faire prévaloir les sections parallèles aux circonvolutions centrales. Néanmoins, Brissaud ' se voit dans l'obligation de revenir à la coupe horizontale, à laquelle, comme Flechsig, il reconnaît de grands avantages. Pour lui, elle est la meilleure qu'on puisse employer pour la topographie des lésions centrales. Mais, au lieu de la faire de dehors en dedans, un peu au dessus de la scissure de Sylvius, à l'instar de l'auteur allemand^ il conseille de sectionner le cerveau par sa face interne. Afin d'obtenir une coupe plus parallèle, il dirige le couteau un peu obliquement, en bas et en arrière, eu le faisant passer par le milieu de la tête du corps strié et par le point de réunion du tiers supérieur avec les deux tiers inférieurs de la couche optique (Brissaud, loc. cit.^ p. 25). En procédant ainsi, on obtient la capsule interne sous la forme de centre demi-circulaire. (Pl. VII.)

Supérieur à celui de M. Pitres, ce mode de sectionner est pourtant loin d'être irréprochable.

Entre autres désavantages, je lui reconnais les suivants : 1" Il laisse de côté une bonne partie de la capsule, tant au-dessous qu'au-dessus de la coupe, cause manifeste d'erreurs.

2° Il donne une idée incomplète de la capsule, eu laissant supposer que le trajet qu'elle suit est formé

' Pitres. — Recherches sur les lésions du centre ovale. Paris, 1877. • Brissaud. — Contracture permanente des hémiplégiques. Paris, 1880. p. 20.

de fibres reclil ignés brisées, formant un anglerentrant alors que, d'une manière générale, elle a la forme d'un cornet. Dans les coupes sagittales, les prétendus segments ne constituent-ils pas un angle ouvert en bas et non en dehors, comme dans les coupes horizontales?

Ce procédé fausse donc le jugement sur la véritable direction des fibres capsulaires. Il laisse croire que ces fibres ont la même direction que les segments, ce qui est coutra"re à la réalité. En effet, ce ne sont pas des fibres, mais bien des petites portions de fibres, des petits arcs qui forment, par exemple, le segment antérieur. La description que j'ai faite ne permet pas le doute à cet égard. Les fibres capsulaires étant courbes, parallèles entre elles, d'autant plus éloignées de la ligne médiane qu'elles sont plus élevées, la section horizontale de l'infundibulum qu'elles forment, doit donner lieu à un centre demi-circulaire, ou plutôt à un angle saillant en dedans. Par conséquent, les éléments de l'extrémité antérieure du segment du même nom, loin de faire suite aux éléments de son milieu et, à plus forte raison, à ceux de son extrémité postérieure ne sont, au contraire, que des fragments de faisceaux dont le commencement se trouve au pied même de la capsule ; de telle façon, par exemple, que la continuation de l'état scléreux de cette extrémité de la capsule doit se rencontrer, non pas sur le trajet du segment antérieur, mais bien sur un point du pied capsulaire.

Je me crois donc en droit de soutenir : que les coupes frontales mcsolobaires sont plus propres que les autres à la précision des recherches anatomo-pathologiques. Avec ces coupes, l'observateur peut suivre de proche en proche tous les faisceaux quels qu'ils soient, supé-

rieurs ou inférieurs, courts ou longs. D'ailleurs, les coupes frontales sont de beaucoup les plus faciles à effectuer, puisque la surface de frottement que la substance cérébrale présente au couteau est notablement moins étendue dans ce sens que dans un autre.

Objectera-t-on l'outillage spécial que j'emploie ? Je répondrai, qu'il n'est indispensable qu'autant que l'on veut procéder mathématiquement. On peut s'en passer dans la pratique ordinaire, car une légère inégalité dans l'épaisseur des tranches importe peu. Pour cela, il suffit, après avoir mis de côté la portion prémésolobaire, d'appliquer la surface de section du bloc cérébral contre un plan vertical poli, tel qu'un carré de verre, et de recommencer l'opération au fur et à mesure que les zones sont recueillies.

Page 1