CIKQUES, NA0MACH1ES
long, mais peu élevé, orné d’autels et de statues, parlageaitrcelle-ci en deux portions; c’était la spina. A une certaine distance des carceres et à l’opposite, était une meta ou borne, autour de laquelleles concurrents devaient passer sept fois. Un obélisque ornait quelquefois le milieu de la spina , et deux petits édifices de l colonnes décoraient ses deux extrémités; enfin les bornes ou melœ se composaient de trois cônes placés sur le même piédestal , et terminés en forme d’œuf. La porte triomphale était du côté opposé aux carceres. On trouvera dans la description de la mosaïque de Lyon représentant les jeux du cirque, et publiée par mon savant ami feu Artaud, les autres détails relatifs à ce genre d’édifices: Rome en avait plusieurs de cette espèce.
71. Nanmackies. Combats simulés de vaisseaux. Ce genre de spectacle plaisait beaucoup aux Romains; les naumachies avaient lieu le plus souvent dans les cirques ou les amphithéâtres. Des canaux souterrains y conduisaient l’eau nécessaire; d’autres servaient à la faire écouler. Ces deux opérations se faisaient sous les yeux des spectateurs, et dans quelques minutes. Quelquefois on creusait le
88 MONTJMpSTS d’ABCHITECIÜHE.
terraip pour uue uaumachie; on le remblayait après. L’empereur Claude transforma le lac Fucin en uaumachie, en faisant placer tout autour des sicges pour les spectateurs. Les provinces imitèrent en ceci la capitale de l’empire ; on a reconnu des restes de nau- . machie à Metz et à Saintes : l'arm était pavée, afin de mieux retenir l’eau.
72. Hippodromes ; étaient destinés, chez les Grecs et les Romains, aux courses à cheval et des chars, pour disputer des prix. Le terrain de l’hippodrome était précédé d’une enceinte où les combattants se rassemblaient ; elle perdait peu à peu de sa largeur en se rapprochant du terrain où elle finissait en éperon de navire; des remises étaient pratiquées sur les deux côtés, et quand on baissait les cordes, tous les concurrents allaient se placer sur la même ligne. L’hippodrome proprement dit avait la forme d’un carré long; à l’extrémité était la borne qu’il fallait atteindre, et elle était posée de telle sorte, qu’il ne pouvait passer près d’elle qu’un char à la fois ; uue tranchée d’une pente douce régnait auprès du terre-plein qui la portait, afin que celuiqui suivait un char, s’il venait à se bri-
BAINS on THERMES, etc. 89
ser, ptlt y descendre, remonter et se rapprocher de la borne. La musique accompagnait ces exercices; les juges étaient assis là où la course se terminait, et les spectateurs se plaçaient le long d’un mur à hauteur d’appui, qui formait l’enceinte. L’hippodrome d’OIympie avait h stades de longueur et un dé largeur; il y en avait deux à Constantinople, et il paraît, d’après la dissertation de feu M. Heyne, qu’ils renfermaient beaucoup de monuments ; les quatre chevaux de Venise en ont été tirés. Ou voit aussi à Thèbes d’Égypte, dans les ruines de Médinet-Abou, les restes d’une construction qui a la forme d’un hippodrome, mais on ne connaît pas l’époque de sa construction. Son étendue est sept foiscclledu Champ deMarsà Paris; mais cette enceinte avait vraisemblablement une tout autre destination, celle d’un camp retranché.
73. Bains ou Thermes. Édifices publics ou particuliers, d’un usage général dans toute l’antiquité. Les plus complets étaient composés de six pièces : 1° Vapodylerium des Grecs, spolialorium des Romains, où l’on se déshabillait; les gardes, nommés capsarii, avaient soin des habits; 2° le loutron des
MONUMENTS d’AKCHITECTUKE.
Grecs, frigidarium des Romains, où l’on prenait les bains froids; 3° le tepidarium, lieu tempéré, qui prévenait le danger du passage trop subit d’un endroit très-chaud dans un autre qui était très-froid; 1° la sudalio ou laconicum, cellule ronde, surmontée d’une coupole, qui tirait sou second nom de celui du poêle qui réchauffait et qui venait de la Laconie : au haut de la coupole était une ouverture qu’un couvercle de bronze fermait à volonté; des tuyaux conduisaient la chaleur au degré nécessaire; 5°-le balneum ou bain d’eau chaude; une galerie, appelée schola, régnait tout autour; la piscina ou bassin était au milieu , quelquefois aussi des baignoires, labra, solea, alvei, enchâssées dans le pavé; ü° l’ elcothesium ou unctuarium : on y conservait les huiles et parfums dont on se servait au sortir des bains, comme avant d’y entrer; 7° V hypocaustum ou fourneau souterrain distribuait la chaleur partout où elle était nécessaire, et à divers degrés. Des statues, des basreliefs et des peintures ornaient, les bains des Grecs et des Romains : le Laocoon a été trouvé dans les bains de Titus; et l’on comprend que toutes ces dispositions étaient soumises,
ARCS DE TRIOMPHE, etc. 91
soit aux localités, soit à la dépense que pouvaient faire ceux qui faisaient construire les bains. On y employait des briques et des pierres > de petits piliers et de petites colonnes faisaient parliedes constructions souterraines. On a trouvé, dansbeaucoup de villes de France, des ruines de bains romains, notamment dans les lieux où sont les eaux thermales.
74. Arcs de triomphe. Ge genre de monument fut particulier aux Romains; il consiste en de grands portiques élevés à l’entrée des villes, snr des rues , des ponts ou des chemins publics, à la gloire d’un vainqueur, ou en mémoire d’un événement mémorable. Les plus simples n’eurent qu’une seule arcade, ornée de colonnes toscanes ou doriques : tel est l’arc de Titus à Rome; celui de Vérone est à deux arcades, et paraît avoir servi de portes à la ville. Dans ceux à trois arcades, les deux arcades latérales sont plus petites que celle du milieu; tel est l’arc d’Orange. Les arcs de triomphe de ce genre sont couronnés par un atlique très-élevé, qui portait des inscriptions, quelquefois des bas-reliefs, et supportait aussi des chars de triomphe, des statues équestres , etc. Ses archivoltes
étaient ornées de victoires portant des palmes; des bas-reliefs représentaient les armes des ennemis vaincus, des trophées de tout genre, et même les monuments des arts qui avaient orné la marche du triomphateur. Quand celui-ci passait sous le portique du milieu, une figure de la victoire, attachée par des cordes, déposait une couronne sur sa tête. Lorsqu’un arc de triomphe n’est qu’un monument de reconnaissance, et n’a pas été. élevé à la gloire d’un vainqueur, on n’y remarque aucun vestige de trophées ni de symboles utilitaires. On connaît un assez grand nombre d’arcs de ces deux genres, et ce qu’on vient d’en dire suffira pour ne pas confondre deux espèces de monuments analogues, qui avaient une destination différente. L’architecture et la sculpture y déployaient toutes leurs richesses; les figures de ces portiques, gravées au revers des médailles romaines, nous en donnent une hautê idée. La France conserve les restes de plusieursaresdetriomphe romains; ou les voit àSaint-Remi, Cavaillon, Carpentras, Orange, Reims, Saint-Chamans, Saintes; ces deux derniers étaient construits sur le pont de chacune de ces villes.
TOMBEAUX, MOMIES, CERCUEILS, etc. «3
SECTION VIII
Des tombeaux, momies, cercueils, figurines, papyrus, tumuli, pierres gauloises, etc.
75. Tombeaux. Les honneurs rendus aux morts étaient plus profondément associés aux idées religieuses des anciens qu’à celles des modernes ; aussi nous est-il parvenu un grand nombre de monuments funéraires des premiers, de formes très-diverses. Quelques-uns sont d’une simplicité extrême, tels sont ceux des Gaulois; d'autres sont le produit de tous les arts qui les ont embellis de toutes leurs magnificences, tels sont les tombeaux des Égyptiens; d’autres enfin, ceux des Grecs et des Romains, sont des chefs-d’œuvre de sculpture et d’architecture, et les inscriptions qui les accompagnent, très-souvent des modèles de précision , et l’expression des plus beaux sentiments.
76. Egyptiens. Les pyramides étaient des tombeaux (V. ce mot, n° 02). Ces monuments étaient la dernière demeure des rois" et des grands personnages de leur famille ou de t’Éiâl, et particuliers à la basse Égypte. Dans
la haute, d’immenses excavations dans les montagnes de la Thébaïde reçurent leurs restes mortels, et l’on sait avec quelle magnificence ces tombeaux des rois étaient travaillés et ornés. Leur entrée, soigneusement fermée, était souvent indiquée par un simulacre de portique taillé sur le flanc de la montagne. Un grand nombre de couloirs, quelquefois coupés par des puits profonds et des salles, quelques-unes très-spacieuses, conduisaient enfin, et par des issues souvent déguisées, à la grande chambre où était le cercueil ordinairement de granit, de basalte, ou d’albâtre. Les parois de l’excavation entière, ainsi que le plafond, étaient couverts de sculptures coloriées et d’inscriptions hiéroglyphiques où le nom du roi défunt était souvent répété. On y figurait ordinairement toutes les cérémonies funéraires, la pompe même de l’inhumation, la visite de l’âme du mort aux divinités principales, ses offrandes à chacune d’elles, enfin sa présentation par le dieu qui le protégeait au dieu suprême de | \' Arnénthi ou enfer égyptien, et son apothéose. Rien n’égale la grandeur de ces ouvrages, la | richesse et la variété de leurs ornements; les
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ligures, quoiqu’en très-grand nombre, sont quelquefois de grandeur colossale; souvent aussi les scènes de la vie civile se mêlent aux représentations funéraires; on y voit les travaux de l’agriculture, les occupations domestiques, la cbasse, la pèche, des recueils d’oiseaux, de quadrupèdes, etc., des musiciens, des danseurs et des meubles d’une richesse, d’une élégance admirables ; aux plafonds sont ordinairement des sujets astronomiques ou astrologiques. On trouvera dans la relation du voyage de l’infortuné Belzoni en Egypte la description du tombeau qu’il a ouvert dans les environs de Thèbes ; c’est celui du roi Ménephtha Ier, onzième roi de la 18mc dynastie, et qui régna vers 1610 avant l’ère chrétienne. Belzoni, qui avait reconnu une entrée encore intacte à la suite de la troisième salle, pénétra ainsi jusqu’à la sixième, bien convaincu que le tombeau n’avait pas été violé; mais le cercueil, en albâtre, était ouvert, son couvercle brisé; on y avait pénétré par un couloir souterrain qui aboutissait à cette salle, et qui paraissait avoir son issue sur le flanc de la montagne opposé à celui où était l’entrée. Le nombre des tombeaux de
ce genre était de 47 selon les anciens; il n’en existait plus que 17 sous les Ptolémées, et quelques-uns de ceux-ci avaient déjà été violés du temps de Diodore de Sicile. Il paraît que les Arabes les ont cherchés avec : beaucoup de soin, et qu’ils ont pénétré dans la plupart, ainsi que dans les pyramides, où i l’on voit des inscriptions coufiques qui ne I permettent pas d’en douter. Il est certain que j le premier soin d’un roi moulant sur le trône I était de faire travailler à creuser son tombeau i dans le liane des montagnes de Biban-el-Mo- ' louk , ou Biban-Ourôou , les hypogées des I rois. Il est certain aussi (pie les tombeaux des rois qui ont régné longtemps sont les i plus vastes et les plus décorés. Ornés de i peintures religieuses , on y retraçait la vie i future du roi : comparé, durant sa vie, au soleil accomplissant sa course d’orient en oc- < rident, après sa mort, il parcourait comme cet astre l’hémisphère opposé d’occident en orient, jusqu’à ce qu’il revînt à une nouvelle ' vie pour continuer sa transmigration, habiter le monde céleste, ou être absorbé dans le sein d’Ammon, le père universel, selon ses mérites. C’est à ce sens général qu’on peut
TOMBEAUX, MOMIES, CERCUEILS, etc. 97
rapporter les innombrables scènes religieuses où le roi défunt figure en compagnie des divinités qui le protègent.
77. Les simples particuliers étaient inhumés selon leur rang et leur fortune. Leur tombeau , également creusé dans la montagne, se composait d’une ou de plusieurs salles : la dernière contenait le cercueil et la momie. Voici la description d’un tombeau de ce genre, nouvellement découvert. On parvenait à la première salle par un puits de plusieurs pieds de profondeur; l’entrée était sur un côté de ce puits; on n’a rien trouvé dans cette première chambre, que des débris qui prouvent qu’elle avait été autrefois visitée; mais une seconde porte, dont l’ouverture, très-peu élevée au-dessus du sol , était ca chée par ces débris amoncelés, donna entrée dans une seconde salle absolument intacte; elle avait 8 pieds dans un sens et 10 dans l’autre; au milieu était un triple sarcophage en hojs, entièrement peint en dedans et en dehors, et portant de nombreuses inscriptions hiéroglyphiques; dans le cercueil intérieur, le plus petit des trois, était la momie du mort. Vers la tète, on a trouvé les offrandes qui lui
avaient été faites; la tète et l’épaule d’un bœuf, deux plats combles de légumes cuits ou de pâtes , plusieurs amphores de vin qui s’est évaporé, et quelques pièces d’étoffes de coton ou de laine. A droite et à gauche du cercueil étaient des ligures en bois d’environ 2 pieds de hauteur, ligures de la femme et de la fdle du mort, lui apportant ces offrandes dans un coffret chargé sur leurs têtes, et I une amphore à la main; à côté de chacune d’elles était une barque de deux pieds de Ion- i gueur: au milieu de la première barque, est un baldaquin destiné à recevoir la momie ; en attendant, des femmes lavent la tunique du : mort: l’une fait la lessive dans une grande jarre, l’autre lave la tunique sur une planche inclinée; d’autres ligures, toujours en bois, se 1 livrent à des occupations analogues. Sur l’autre barque, la momie est déjà transportée sous le baldaquin; la femme et la fdle du i mort, éplorées, et les cheveux couvrant leur visage, sont inclinées sur ia momie; , avec l’expression de la plus vive douleur, et seize matelots, la rame à la main, sont prêts à commencer le voyage de la momie à travers-! le lac qui va la transporter dans l’Amenthi.
TOMBEAUX, MOMIES, CERCUEILS, etc. 99
On sent que ces scènes pouvaient être variées à l’infini; mais ce qui vient d’être dit donne une idée complète de certaines sépultures particulières. D’ailleurs, la distribution des Égyptiens en castes subordonnées devait avoir réglé les droits des morts comme ceux des vivants, et la fortune de chacun ou l’attachement de ses héritiers, déterminait encore la richesse de ces maisons funéraires, les seules de l’antiquité, et que les Égyptiens considéraient comme si importantes , leurs croyances religieuses lixant toute leur attention vers ces demeures éternelles, d’où la curiosité des modernes les arrache avec tant de zèle et d’empressement.
78. Momies humaines. L’usage, ou bien le défaut de terrain pour les cimetières, aussi les excavations faites dans les montagnes pour l’extraction des matériaux employés dans les immenses monuments de l’Egypte, et des motifs d’hygiène publique tirent que tous les morts y étaient momifiés.
M. le docteur Pariset a donné de la momification en Égypte, pratiquée d’ailleurs sur tous les animaux de quelque volume, une raison généralement adoptée. Les prêtres égyp-
tiens connurent la peste dos la plus haute antiquité. Ils s’aperçurent qu’elle provenait des émanations putrides produites par la corruption des chairs après les inondations du Nil. En momifiant les hommes et les animaux déposés, ainsi préparés, dans des catacombes hors des atteintes de l’inondation, ils détrui- | sirent la cause réelle de la peste pendant il une longue suite de siècles. La peste, qui est i originaire d’Égypte, n’y a reparu, au cin- » quième siècle, que lorsque l’usage des mo- i mies fut abandonné par les chrétiens. Om enterra les hommes et les animaux; l’inondation les atteignant les putréfia, et il esti constant que l’intensité et les ravages de la I peste sont proportionnés à la hauteur de I l’inondation qui couvre une plus grande 1 surface de pays et met ainsi plus de matièresanimales en putréfaction. Les anciens avaient I connu et fait cesser ce cruel fléau : avec une bonne police, le même remède aurait de nos: jours la même efficacité.
Quant aux différentes classes de préparations des momies, l’état du défunt et la dé- ji pense qu’il pouvait faire décidaient encore de : son sort. Les pauvres étaient seulement des— I r,
TOMBEAUX, MOMIES, CERCUEILS, etC. 101
séchés par le sel ordinaire ou par le natrou, enveloppés dans des toi les grossières, et placés ainsi dans les catacombes. Le corps desgrands personnages était au contraire l’objet de soins minutieux et entouré de riches ornements. Des embaumeurs de diverses classes, et dont chacun avait des attributions spéciales, étaient chargés d’extraire le cerveau par le nez, au moyen de petites pinces appropriées à cet usage, les entrailles et les viscères principaux au moyen d’une incision faite sur le côté; le corps était ensuite épilé, lavé et livré à l’action des sels qui desséchaient les muscles et toutesles parties charnues. Lesche veux étaient frisés ou tressés, et après l’expiration des délais déterminés par des règlements sévères, surtout à légard des corps de femmes, l’embaumement commençait, et voici ce que l’examen d’un grand nombre de momies m’a appris. La tète était remplie jusqu’à moitié du baume le plus parfait; quelquefois on remplaçait les yeux naturels par des yeux d’émail, et on dorait la ligure entièrement. Le 'ventre reprenait sa proéminence en le bourrant d’herbes sèches ou de colon, et en y mêlant du baume. On y mettait aussi quel-
102 MONUMENTS d’ARCHITECTUUE.
quefois des figurines eu terre émaillée; un scarabée a été trouvé sous l’oreille droite d’une momie ouverte chez feu M. Durand, :i Paris. Le corps entier était plongé dans le baume. On enveloppait ensuite avec des bandelettes d'étoffes plus ou moins tines chaque doigt des pieds et des mains, quelquefois après en avoir doré les ongles; on a vu aussi que chaque doigt était enfermé dans un étui en or. On laissait encore de riches colliers et des bagues à certaines momies. Les bandelettes couvraient ensuite chaque membre séparément, et enfin le corps tout entier; et, au moyen de serviettes, d’écharpes, de tuniques quelquefois hors de service,' on tâchait de rendre à la momie ses formes naturelles et proportionnées. La tête était l’objet de soins particuliers : j’ai trouvé sur le visage d’une momie plusieurs doubles de mousseline trèsfine; le premier était d’abord collé sur la chair, les autres sur celui-là, et au-dessus de tous une couche de plâtre qui conservait les traits de la figure et était couverte d’une feuille d’or; les yeux y étaient peints; du plâtre très-fin, coulé à l’intérieur de ce masque, a donné le portrait du mort et jusqu’au relief
TOMBEAUX, MOMIES, CEUCÜE1LS, etC. 103
des sourcils. O11 connaît aussi des masques en or pur trouvés sur de riches momies. Les masques en carton sont quelquefois seuls audessus des bandelettes, et embrassent toute la tête jusqu’à la poitrine. Un collier s’y rattache ensuite, formé de grains et de cylindres de verroterie, différents de couleurs et entremêlés de figures de divinités en terre émaillée et plates, attachées aussi au collier. Au-dessous est le devant d’une tunique de même matière, où les couleurs sont également très - variées, mais de manière à former des dessins réguliers de scarabée, de globe ailé, etc., et une inscription hiéroglyphique perpendiculaire. Les singularités et la variété qu’on remarque dans l’arrangement des momies sont infinies. Au lieu de collier et de tunique d’émail, on trouve plus ordinairement un cartonnage qui enveloppe toute la momie en forme de gaîne; ce cartonnage, de papier ou de toile, est très-solide et recouvert par une couche de plâtre sur laquelle on a appliqué des peintures et.même des dorures. Ces peintures sont relatives aux obligations de l’âme, à ses visites à diverses divinités, et l’inscription hiéroglyphique
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perpendiculaire qui est sur le milieu contient le nom du mort, quelquefois celui de ses père et mère, et ses titres et qualités. Le cartonnage enveloppe souvent la momie tout entière, et il est rapproché par derrière au moyen d’un lacet. Ainsi arrangée, la momie était déposée dans le cercueil.
79. Le cercueil d'une momie est ordinairement de bois de sycomore ou de cèdre, et môme de cartonnage. Il est d’une seule pièce; des peintures le couvrent en dedans et en dehors; elles représentent des scènes funéraires, et le nom du mort y est souvent répété. L’hme fait ses offrandes à chaque divinité, et il y a à cet égard une variété de sujets qu’on ne peut indiquer ici en détail. Le couvercle, également d’une seule pièce, est aussi orné de peintures analogues, quelquefois en dedans et en dehors, et sur sa partie supérieure le visage est en relief, peint, quelquefois doré; une barbe tressée est attachée au menton quand la momie est celle d’un homme; l’absence de Cet appendice indique les momies de femmes. Un grand collier et des symboles couvrent la poitrine; mie inscription perpendiculaire est
CANOPES, FIGURINES, PAPYRUS, etC. 105
au milieu, et des scènes funéraires sur les côtés. Ce cercueil est quelquefois enfermé dans un secohd, et celui-ci dans un troisième d’assez grande dimension ; ils sont également couverts de peintures et d’inscriptions. Ces cercueils, ainsi terminés, étaient déposés dans les chambres sépulcrales, où on les trouve encore. Diverses offrandes étaient placées toutauprès, et quelquefois des simulacres d’instruments de la profession du défunt, des coudées s’il était architecte, des palettes s’il était scribe, etc., entitl des figurines et des vases.
80. Les vases nommés Canopes par les amateurs étaient au nombre de quatre, de matières plus ou moins précieuses, selon la qualité du défunt, et placés auprès dé soii cercueil. Il y en a en simple argile, et en albâtre oriental zoné de la plus grande beauté. Ce quatre vases forment une série complète; les viscères principaux de la momie y étaient déposés, pliés d’abord dans un linge et noyés ensuite dans le baume. Les canopes ont Une forme de cône renversé; les quatre de la même série ou du même mort sont égaux en hauteur et en grosseur, mais les quatre
IOG MONUMENTS DARCHITECTUKE.
couvercles diffèrent tous entre eux; ils figurent une tête de femme, une tête d’épervier, une tête de chacal et une tête de cynocéphale. Un cartouche carré tracé sur leur panse contient plusieurs colonnes perpendiculaires d’hiéroglyphes qui expriment l’adoration du mort à chacune des quatre divinités dont les symboles ornent les couvercles, et le nom du mort qui la leur adresse. Une inscription au pinceau remplace quelquefois l’inscription gravée en creux. Il est rare de trouver réunis les quatre vases de la même série bien complets.
81. Les figurines offertes en hommage aux morts sont de celles qu’on rencontre en si grand nombre dans les tombeaux; elles sont en bois et peintes, en pierre ou en terre émaillée, avec des inscriptions en creux. Ou retrouve le même nom du défunt sur toutes celles qui -sont dans la même sépulture, et jetées sur le sol autour du cercueil. On en a remarqué où le nom du défunt est encore en blanc, ce qui autorise à croire que ses parents et ses amis se procuraient de c.cs figurines chez les fabricants; la prière funéraire pour le repos de l’âme y était déjà tracée; il n’y
TOMBEAUX, PAPYRUS, etc. 107
manquait que le nom du mort; on l’ajoutait, et on déposait ce témoignage de regret auprès de lui. Ici le luxe trouvait encore moyen de se montrer; quelquefois aussi ces figurines étaient déposées dans des caisses divisées en cases, où elles étaient amassées. Ces caisses, qui sont peintes, ont deux pieds environ de longueur et autant de hauteur; un couvercle à coulisse ferme l’ouverture de chaque case.
82. Papyrus. On a trouvé dans quelques momies des manuscrits sur papyrus, de longueurs et de hauteurs très-variables. La dévotion des morts ou des vivants nous a transmis ces restes précieux de la littératureégyptienne, et les manuscrits de ce genre ont été les premiers connus des modernes, parce qu’ils devaient être les plus nombreux, les seuls d’ailleurs dont la conservation fût assurée par l’usage même qu’on en lit. Ces rouleaux de papyrus se trouvent dans le cercueil ou sous les bandelettes mêmes des’momies, entre leurs cuisses, sur la poitrine ou sous leurs bras. Il y en a qui sont mêlés à l’embaumement, et d’autres qui ont été d’abord embaumés, c’est-à-dire fermés dans un étui cylindrique en baume durci, qu’il faut d’abord ouvrir
pour en tirer le papyrus. On en connaît un qui a jusqu’à 00 pieds de longueur; il est au musée de Turin. Celui de la Bibliothèque du Roi, à Paris, n’a que 22 pieds; la longueur des autres varie jusqu’à deux ou trois pieds. Celui de Turin peut être considéré comme complet. Dans tous, le haut de la page est occupé par une ligne de figures dès divinités que Pâme visite successivement. Le reste est rempli par des colonnes perpendiculaires d’hiéroglyphes, qui sont lès prières que l’àme adresse à chaque Dieu; vers la tin du manuscrit est peinte là scène du jugement. Le grand dieu est sur son . trône; à ses pieds eât un énorme crocodile femelle, la gueule ouverte ; derrière, la balance divine, surmontée d’un cynocéphale emblème de lajustice universelle; les bonnes et les mauvaises actions de l’àme sont pesées en sa présence; Thôlli écrit le résultat. C’est dans cès mêmes scènes que le système de la métempsycose égyptienne se montre au grand jour. Un homme condamné pour le péché de gourmandise est renvoyé sur la terre sous la figure d’uue truie.
Depuis la création du musée égyptien du Louvre, dè beaux monuments de ce genre.
TOMBEAUX, PAPYRUS, etC. 109
rehaussés de peintures et de dorures, y ont été réunis, et la collection est riche tant en papyrus hiéroglyphiques qu’en textes hiératiques. D’autres scènes, notamment d’agriculture, ornent d’autres pages de ce manuscrit : c’est l’âme du défunt qui cultive les champs de la vérité avant de paraître devant ses juges. Les papyrus de ce genre appartiennent tous à un même ouvrage, qui est le Rituel funéraire égyptien, et qui porte pour litre : Livre de la manifestation (de l’àme)à la lumière, divisé en trois parties, en chapitres et en sections. Il en existe un certain nombre de copies dans les deux écritures, mais bien peu de complètes. Même les personnes d’une position- médiocre en faisaient mettre dans leurs cercueils une portion plus ou moins étendue, selon qu’elles pouvaient faire plus ou moins de dépense; peut-être même selon que, par leur rang, elles avaient plus ou moins d’obligations à remplir envers Dieu; car, dans l’opinion des Égyptiens, les rois avaient à les remplir toutes, et les grands plus que les simples particuliers : l'extrait du rituel général pouvait donc être déterminé selon le rang et l’étendue des
devoirs. On trouve un plus grand nombre de ces rituels écrits en caractères hiératiques, ou tachy graphie des signes hiéroglyphiques. Ceux-ci représentent toujours des objets pris dans la nature ou dans les arts humains, et les autres signes ressemblent à des caractères alphabétiques, et né conservent que rarement des formes analogues aux hiéroglyphes : la ligne de figures qui occupe le haut de la page fait toujours distinguer ces extraits du rituel de tous les autres genres de manuscrits. Ils donnent un grand intérêt aux momies, mais il n’y a aucun moyen de reconnaître si une momie en renferme ou non; le plus sûr, c’est de l’ouvrir, toutes les fois que la beauté des peintures dont elle est ornée, et. qu’il faudrait sacrilier, ne le défend pas. Toutefois on peut attaquer par derrière les cartonnages peints, en retirer la momie, la fouiller et la remettre en place; il n’y a là aucun dommage pour l’art, et l’amateur peut souvent recueillir des objets d’un grand intérêt. La plupart des corps ainsi dépouillés se conservent longtemps; mais cette espèce de squelette couvert de sa peau est d’un aspect hideux qui satisfait la curio-
TOMBEAUX , TUMULI, etC. 111
site, mais qui ne peut être publiquement exposé dans un cabinet. C’est aussi dans les tombeaux égyptiens qu’on retrouve d’autres manuscrits qui ne sont point funéraires, tels que des contrats pour affaires domestiques, des pièces sur procès, des manuscrits grecs, enfin tous les objets de toilette ou d’habillement, des instruments des arts, des objets de fantaisie qu’il était d’usage d’y déposer. Ces manuscrits sont placés dans des jarres d’argile , quelquefois scellées : la Bible parle d’un semblable moyen de conservation des manuscrits, employé du temps môme ; des patriarches. Du reste , les tombeaux I égyptiens creusés dans le roc et toujours maintenus par l’effet du climat à la même température, étaient très-favorables à la conservation des objets qu’on y déposait. C’est de ces hypogées plutôt que des fouilles que proviennent les plus jolis et les plus remarquables morceaux antiques qui font l’ornement de nos cabinets, tels que bijoux de toute espèce, peignes, pantoufles, perruques, etc.
83. Tombeaux grecs. Les Grecs honorèrent aussi la mémoire des morts par des monu-
ments publics. Ceux des fondateurs des villes et ceux des héros étaient dans l'intérieur des murailles, et les autres en dehors. A Sparte, une loi de Lycurgue permettait néanmoins d’enterrer les morts autour des temples et dans la ville. Les plus anciens tombeaux des Grecs' étaient des lumuli ou monticules factices; on en voit encore dans la plaine de Troie, qui ont été décrits par Homère. Plus tard, un simple cippe, ou colonne tronquée, entouré d’arbres verts, s’élevait au-dessus de la sépulture, et une inscription rappelait le nom et les titres du défunt. Le luxe se mêla aussi à ces comniémoraisous, et il reste encore I des monuments funéraires où l’architecture et la sculpture ont déployé de- grandes perfections. Les tombeaux élevés aux frais du trésor public, à des citoyens illustres, étaient j les plus remarquables. Ceux des simples par- | tîculiers ne sont ordinairement que d’une seule pierre, dont la forme approche de celle des autels isolés; mais le contenu de l’inscrip- J tion et l’emblème ne permettent pas de les confondre. On distingue par ces mêmes moyens les tombeaux des chrétiens; ceux-ci portant une ou plusieurs croix dans leurs or-
TOMBEAUX, TUMUJ.I, etc.
leinenls, accompagnées quelquefois du monogramme du Christ (le'X surmonté d’une ;roix), avec ou sans les lettres a et a, allu- >ion aux parolès du Christ lui-même. Comme 'usage de brûler les morts était très-ancien lans la Grèce, leurs cendres étaient déposées lans une urne qui était placée dans le tomneau : ces urnes, de matières, de formes et dimensions diverses , portent aussi quelque- ['oisdesinscriptionsqui expliquent leur usage.
84. Dans la grande Grèce, les tombeaux étaient construits dans la terre, en pierres de taille, et cette enceinte était couverte en lalles formant un toit. Le mort y était déposé à terre, ses pieds tournés vers l’entrée; m plaçait à côté de lui, ou on suspendaiLaux murs par des clous de bronze, des vases peints, de diverses grandeurs, et c’est dans ces tombeaux qu’on a recueilli les beaux vases grecs peints qui font l’ornement de nos cabinets.
85. Les Etrusques creusaient dans le roc vif des grottes peu profondes, composées •quelquefois de plusieurs pièces, mais ayant en général la forme d’une croix. Les murs de ces grottes étaient souvent couverts de pein-
tures relatives aux funérailles et à l’état de l’âme après la mort; le corps du défunt était déposé sur le sol; une porte fermée en défendait l’entrée, et une ouverture à la voûte, remarquée dans quelques-uns de ces tombeaux, y laissait introduire un peu de lumière. On connaît aussi des vases d’argile ronds, terminés en pyramide, qui étaient de véritables: urnes cinéraires; on les découvre dans la Campanie au-dessous de plusieurs couches de laves. D’autres, en forme de buste humain, sont étrusques.
86. Les Gaulois rendirent aussi de grands honneurs aux morts. Imbus par leurs druides du dogme de l’immortalité de l’âme, ils espéraient aussi son retour dans le corps qu’elle avait d’abord animé, et, malgré l’intervalle qui nous sépare de ce peuple, ses monuments funéraires existent encore en grand 1 nombre dans les provinces du centre de la France. Ils sont de deux espèces.