PIERRES CÉLÈBRES
dus, et quelques autres. Une autre intaille en corna 1 i ne, q uoique de peti tes proportions, n’est pas moins réputée, parce qu’elle a été le cachet de Michel- Ange , et elle est connue sous cette dénomination. Le sujet est une vendange, et à l’exergue on voit un pêcheur à la ligne. Cette cornaline a donné lieu à beaucoup de recherches et à des opinions contradictoires , même à l’égard de l’interprétation du sujet. Ceux qui la croient antique considèrent la tigure du pêcheur comme le symbole parlant du graveur grec Allion (ÂXuù?,.le pêcheur); d’autres y voient au contraire la marque de Maria di Pescia , célèbre graveur et ami de Michel-Ange, et l’ouvrage serait ainsi des temps modernes. Celte pierre est au Cabinet du roi à Paris, et l’on n’ose pas décider entre des sentiments si J opposés. Parmi les camées, on remarque particulièrement celui qu’on appelle de la sainte Chapelle, et qui est dans le même cabinet. C’est une sardonyx. apportée d’Orient par le comte Baudouin , et remise à la sainte Chapelle par le roi Charles V. Elle présente trois scènes dans sa hauteur; on en a donné diverses explications, et nous adoptons celle
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PIERRES GRAVEES.
de M.Mongez [Iconographie romaine, t. Il ,, qui voit dans la scène supérieure l'apolhéose d’Auguste, et dans la scène intermédiaire, la réunion des personnes de la famille de Tibère qui furent revêtues du sacerdoce institué pour le culte d’Auguste, et dans la dernière scène, des captifs de toutes les nations vaincues ou subjuguées par les principaux personnages de la seconde scène. Le camée de Vienne est moins grand que celui de Paris et ne présente que deux scènes, mais il est d’un travail plus fini, et n’est point fragmenté ; il a passé, de l’abbaye de Poissy, en Allemagne; il représente l’apothéose d’Auguste avec sa femme Livie, et accompagné de toute sa famille. Derrière le prince sont Neptune et Cybèle, qui paraissent être les symboles de sa puissance sur terre et sur mer. Le musée de Vienne possède encore d’autres camées magnifiques, notamment ceux qui représentent Oreste matricide, le char de Neptune, Rome et Auguste, une aigle impériale, Claude et sa famille, Plolémée Philadelphc avec une des deux Arsinoé ses femmes. On cite aussi comme un chef-d’œuvre de Part le camée de Jupiter Egiocus (porte-égide), trouvé à
PIERRES CÉEfcBRES. it
Ëphèse, et qui avait passé momentanément de la Bibliothèque de Saint-Marc de Venise, à Paris. D’autres camées du Cabinet du roi, à Paris, sont également dignes d’être remarqués, et tels sont l’apothéose de Germanicus , Agrippine et Germanicus sous la ligure de Cérôs et de Triptolème, Ulysse, publié par Milliu dans ses Monuments inédits , des portraits de Tibère, Claude, Marc-Aurèle, Fausline, Hadrien, Antinoüs; enlin l’admirable pierre où Visconti a reconnu Ptolémée- Evergète II et la reine Bérénice; mais ce grand camée est formé de la réunion de plusieurs pierres, elles colliers donnés à chaque figure cachent ce singulier arrangement.
20. Quelquesanteurs, en parlant des pierres gravées, ont aussi parlé des vases ou coupes en pierres précieuses, sausdouteàcausede l’analogie des matières propres aux deux genres de monuments; mais il aurait fallu aussi, si l’on voulait se conformer entièrement à cette règle, comprendre dans cette nomenclature les figurines et autres objets antiques faits de cornaline, lapis, améthyste, etc. Il nous a semblé que la destination, l'origine et la spécialité dans chaque genre de monuments ne
PIERRES GRAVÉES
permettaient pas d’adopter cet ordre, et nous avons dû nous réserver de revenir sur les coupes en pierres fines, dans la section de ce volume qui traitera des meubles et ustensiles civils ou religieux.
§ X. Collections modernes et leurs descriptions.
21. L’exemple donné en Italie par les Médicis trouva des imitateurs dans les autres parties de l’Europe, qui s’éclairèrent successivement de toutes les lumières répandues par la renaissance des lettres. Des colleetionsde pierres gravées antiques furent formées dans divers lieux par les princes, les riches particuliers, les savants elles artistes. Lescroisésen avaient rapporté beaucoup de l’Orient ; Peiresc, qu’il faut toujours nommer toutes les fois qu’il s’agit pour la France de remonter aux causes de sa résurrection littéraire, Peiresc fit cbercherdans l’ancien monde les pierres gravées en même temps que les inscriptions, les manuscrits et les médailles ; il propagea ce goût par ses exemples. Les?
rois de France en avaient donné de très-pré-
cieuses à des églises et à des abbayes; ces-1
COLLECTIONS MODEUNES.
riches ouvrages entrèrent bientôt dans le trésor de la couronne, dans les cabinets royaux et dans ceux des princes ; et dès le seizième siècle plusieurs collections jouissaient d’une célébrité méritée. Le temps a dispersé les uneset augmenté les autres; et, dans l’étal actuel des choses, on cite comme les plus remarquables, parmi les collections publiques, celles de la galerie de Florence , dont on porte le nombre des pierres à plus de quatre mille; du Vatican à Rome, du roi de Prusse, de l’empereur d’Autriche, du conseil de Leipzig, du roi de Danemark au château de Rosenbourg à Copenhague, de l’empereur de Russie, qui contient les cabinets de Natter et d’Orléans; et, parmi les cabinets qui n’appartiennent pas à des souverains, on cite les anciennes collections Strozzi et Ludoviei à Rome , Poniatowski en Russie, celles des ducs de Bersboroug, de Devonshire, de Carlisle, de Bedfort et de Marlborough en Angleterre, et celles de M. le duc de Plaças, de M. le comte Pourlalès et de M. le baron Roger, à Paris. On trouve dans les unes et dans les antres de très-beaux ouvrages antiques ou modernes. Quelques amateurs des
PIERRES GRAVÉES
deux derniers siècles, à l’exemple de Laurent de Médicis, ont fait graver leur nom sur des pierres antiques comme signe de propriété; on raconle môme que le célèbre MaQ'ei se donna d’abord beaucoup de peine pour interpréter les lettres LAYR. MED.
qu’il trouvait sur quelques pierresde Laurent! de Médicis, grand-duc de Toscane.
22. Les savants s’adonnèrent bientôt à l’interprétation des pierres gravées, et Leonardo Agostini en publia, dès le commencement du dix-septième siècle, un recueil qui ' a eu depuis d’autres éditions; celui deLa( Chausse parut à Rome en 1700 , celui de Gorlée fut réimprimé à Leydede 1695 à 1707, enlin le recueil d’Ebermayer, à Nuremberg; en 1720. Des érudits traitèrent aussi quelques points spéciaux d’antiquité par le se- 1 cours des pierres gravées , et s’attachèrent j à quelque classe particulière de ce genre de I monuments, tels que Chifflel aux abraxas, Passeri aux pierres aslrifères, et Ficoroni à celles qui portent des inscriptions; mais bientôt après parurent les muséographies ou ; descriptions particulières des plus célèbres cabinets , et tels sont les grands ouvrages