IIII. IMP. II. C.OS. II. PUOCOS. DECUMANI. NARBONENSES
Cette inscription a fort peu d’abréviations, mais les mots presque entiers aideront à les faire reconnaître plus facilement partout ailleurs où ils seront plus abrégés. Dans tout état de choses, on doit saisir d’abord la construction de la phrase, en se dirigeant par le verbe s’il est exprimé, ou par les cas des noms si le verbe est sous-entendu. On reconnaît donc ici les derniers mots, qui sont deux nominatifs, comme le sujet même de la phrase; le verbe n’est pas exprimé, mais tous les autres mots qui sont au datif aveo des compléments au géuilif n’en sont pas moins le complément général de la phrase. Comme la plupart de ces mots sont qualificatifs, ils se rapportent ainsi à un mot principal, qui est le nom même de l’empereur auquel le monument est dédié. La construction logique de cette phrase sera donc : Decuinani JYarbonenses (dedicaverunt hocmo- ;| numentum) imperatori Cæsari Lucio Aure I lio Trero Aur/usto Armeniaco, pontifie, I mnximt >,{ex) triùunieiûpolestate quarlùm I
imperatori socundùtn , consuli secundùm , proconsuli ; filio divi Antonini Pii, nepoli. divi Hadriani, pronepoti divi Trajani Par- Ihici, abnepoli divi Nervœ. On la traduira ainsi. « Les décumans de Narbonne (ont dé- « dié ce monument) à l’empereur César Lu- « cius Aurelius Verus, Auguste, l’Arménia- « que, grand pontife, exerçant le pouvoir « tribunicien pour la quatrième fois, empe- « reur pour la seconde fois, consul pour la « seconde fois, proconsul; fils du divin An- « tonin le Pieux; petit-fils du divin Hadrien, « arrière-petit-fils du divin Trajan le Parthi- « que, ex-arrière-petit-fils du divin Nerva. » On remarquera : 1° les mots decumani narbonenses , comme indication géographique ; 2° les litres, prénoms et noms de l’empereur auquel le monument est dédié, Lucius Aurelius Verus, Auguste, d’abord collègue et ensuite successeur de Marc-Aurèle; 3° le surnom d’Arméniaque, parce qu’il fil en effet la guerre en Syrie et dans l’Arménie; 4° le titre de grand pontife, commun à tous les empereurs, qui réunissaient en leur personne le sacerdoce et l’empire; 5° la quatrième tribunicie, ces princes cumulant aussi le pou-
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voir des tribuns qui étaient renouvelés tous les ans, et comme les empereurs renouvelaient aussi fictivement en eux-mêmes ce pouvoir dès la première année de leur avènement, l’indication du nombre de ces simulacres de tribunicie est aussi l’indication de l’année du règne même du prince; l'inscription de Narbonne est donc de la 4e année du règne de Lucius Verus, et de l’an 161 de Jésus-Christ, Verus ayant été associé à l’empire par Marc-Aurèle au mois de mars 161 ; 6° les mots empereurs pour la seconde fois, ce titre d’empereur suivi d’un nombre, ne devant pas être confondu avec le môme litre du commencement de la phrase où il est la qualification même du pouvoir souverain; ici il se rapporte à deux victoires remportées par ce prince, et c’est l’armée qui le lui a décerné deux fois; 7° les mots consul pour la seconde fois; les empereurs étaient quelquefois consuls avant de parvenir au trône et même durant leur règne; 8J le litre de proconsul qu’il réunit à tous les autres; 9° les mots lils, et petits-fils, arrière-petitfils et ex-arrière-petit-fils , qui indiquent sa généalogie naturelle ou adoptive, chacun de
ses prédécesseurs étant qualifié de divvs , titre qui n’était donné aux empereurs qu’après leur mort. L’examen successif des mots de celte inscription conduit donc à en reconnaître le sujet, l’époque, les auteurs et le prince qui en est l’objet. Pour ce genre de monuments il est très-utile de se familiariser avec le texte des légendes impériales, où les prénoms, les surnoms, titres et qualités des princes sont ordinairement écrits en abrégé.
Parmi les monuments impériaux les plus singuliers par leur sujet, il faut citer le décret de Dioclétien et Maximien, qui établit un véritable maximum pour les prix du travail et des subsistances. Il fixe le prix de la journée des laboureurs, maçons, tailleurs, cordonniers, barbiers, vétérinaires, architectes et avocats; le prix des vins selon leur crû; de la viande de bœuf et de porc; de la volaille et du gibier, du poisson, des légumes, du miel, de l’huile, du fromage, etc. Le texte de ce décréta été recueilli tout entier au moyen des fragments de deux copies, qui ont été trouvés les uns en Égypte et les autres à Stratonicée : il y a là de précieux élc-
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ments pour l’étude des sciences économiques chez les anciens.
111. A l’égard de l’époque précise d’unet inscription historique ou autre, on peut la.t déduire des indications analogues à cellesque nous venons de faire remarquer : 1° par le nombre des tribunieies d’un empereur, qui répond constamment au nombre des années du règne comptées depuis son avènement; 2° quelquefois par les consulats; mai; les consulats ne se succédant pas annuelle' ment pour le même personnage, il en résulte qu’un empereur n’a été consul qu’une fois oi i deux, quoiqu’il y soit parvenu à la Ie, à h 10e ou la dernière année de son règne. Dan ce cas, et si le nombre des tribunieies n’espas exprimé, on doit s’attacher à quelque au-' tre circonstance du règne énoncée dans l’inscription, soit au nombre même des consu lats, parce qu’il est certain que l’inscriplio n’est pas antérieure à l’année où l’empereui a exercé le dernier consulat énuméré dan l’inscription; soit aux surnoms tirés de sc victoires, parce que l’histoire indique 1 temps où il les a obtenues; 3° au moyen do 1 date môme du monument exprimée par k
noms des consuls en exercice, comme : t.
SEXTIO LATERANO. L. CÜSPIO. KÜFINO. COS., Tito Sexlio Laterano , Lucio Cuspio Rufino consulibus ; et l’on voit par la liste des consuls romains, rapportée à Père chrétienne par les chrouologistes, que Titus Sextus Lateranus et Lucius Cuspius Ruiinus furent consuls l’an 197 de Jésus-Christ; 4° au défaut de tout autre renseignement plus positif, tel que la comparaison entre elles de plusieurs inscriptions relatives à des individus de la même famille et dont les générations peuvent être comptées et rapportées à nue époque connue pour l’une d’elles, on doiL s’attacher à la forme des lettres et à l’orthographe des mots, selon les notions exposées, quant à l'orthographe, dans le § 105, et quant aux lettres, selon l'alphabet latin gravé surlu planche IV; 5" où l’on voit comment de la plus ancienne forme, elles se sont rapprochées des formes actuellement adoptées pour les lettres capitales.
11-2. Parmi les inscriptions historiques, ou place au premier rang les fragments des fastes consulaires, et autres monuments de celte espèce; mais ou n’en a recueilli (pie quel-
INSCHI PUONS.
ques portions, à Rome capitale de l’empire. On a parlé aussi des monuments géographiques, entre autres d’une grande table de pierre où était tracée une carte des Gaules, et qui avait servi à l’enseignement public dans les écoles romaines d’Autun. Elle lut découverte dans des travaux, vue et admirée, et ensuitei employée avec les' matériaux qui servirent aux fondements d’une maison particulière : un monument de ce genre serait du plus grand prix pour la géographie et l'histoire. La célèbre carte de Peutinger est de cet i genre; elle était gravée sur plusieurs plaquesde bronze. Enfin, les calendriers sont aussi au nombre des plus précieuses inscriptions, et on peut reconnaître l’époque où un calendrier a été gravé sur la pierre, selon qu’il; contient ou ne contient pas l’énonciation des fêtes, des jours consacrés ou des jours éponymes des empereurs ou impératrices auxquels le sénat, et le peuple romain décernaient ces honneurs. Si, par exemple, on ne trouve pas au 1er du mois Sexlilis (appelé ensuite Augustus), l’indication de la prise d’Alexandrie d'Égypte par Auguste, Iccalen-, drier peutêtreanlérieur au règne de ce prince. |
D’autres indications de l’histoire fournissent de tels moyens de critique pour reconnaître l’époque d’un calendrier romain et des divers monuments analogues.
113. Les inscriptions funéraires sont les plus communes dans tous les pays de la domination romaine. Elles sont spécialement caractérisées par leurs premiers mots et sigles d. m. Diis Manibus, qvieti ou memoriae aeternae ou peupetvae; ces invocations sont suivies des noms du défunt au génitif, et ils entrent alors en composition avec elles, ou bien ces noms sont au datif ou au nominatif, et l’invocation aux dieux mânes reste isolée du reste de la phrase. Quelquefois l'inscription commence par les noms au nominatif, et elle est un véritable Titulvs, ou indication de la personne inhumée dans le tombeau auquel- la pierre appartient. Aux noms du mort on ajoute ses titres civils ou militaires s’il en eut de son vivant, son âge, et ensuite les noms, qualités et la libation des personnes qui ont consacré le monument; si le défunt était citoyen romain , le nom de la tribu où il était inscrit précède son surnom, et l’on sait que les ciloyens des villes
inscriptions.
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cl provinces conquises par les Romains, étaient inscrits en masse dans une des tribus de Rome, et qu’ils obtenaient par là la jouissance des droits politiques qui en découlaient. Il arrivait souvent qu’à l'occasion de la mort d’un chef de famille, les membres survivants, en lui consacrant un tombeau, le destinaient aussi à eux-mèmes et se faisaient un devoir de mentionner celte circonstance dans l’inscription. Quelques exemples mettront tous ces préceptes en plus grande évidence. Une inscription de Lyon, publiée par feu Artaud, est ainsi conçue : n. m. aemili venvsti.
MIL. LF.G. XXX. V. P. F. INTBHFECTI. AEMII.I. G AI VS ET VENYSTA. FIL. ET A EM ILIA. AFltO- U1SIA. LIBERIA. MATER. EOBVM. INFEU— CISSIMA. PONENDYM. CYRAYERIÎNT. ET SIBI, Y I Y I . FECER. ET SVH. ASCIA DEDICAVER. AOUTS. LIBER. E*CEPTUS. EST. L1BRAR1YS.
ejvsd. leg. On voit par les noms d’Æmilius mis au génitif, qu’ils entrent en composition i avec n. M. On lira donc Diis Manibus Æmilii Fenusti ; les six mots abrégés ou sigles qui suivent indiquent la profession d’Æmilius, et se lisent militis legionis tricesimœ virtricis piœ felicis, et l’on apprend
qu’il était soldat de la 30e légion, surnommée la Victorieuse, la Pieuse , l’Heureuse , et le mot interfecti annonce qu’il fut tué au service. Le nominatif gaivs avertit qu’une autre phrase commence, et le verbe curaverunt lui suppose au moins deux sujets; on construit aussitôt tout ce qui suit le mot interfecti de cette manière : Æmilius Gains et f'enusta fi lia ( ejus ), et Æmilia Afrodisia liberia mater eorum infelicissima , ponen- (lum curaverunt et sibi vivi fecerunt, et sub ascia dedicaverunt : Æmilius Gaius et Venusla ses enfants, et Æmilia A frodisia, affranchie, leur mère infortunée, ont pris soin de faire élever ce monument, et l’ont destiné aussi à eux-mêmes de leur vivant, et l’ont dédié sub ascia. Les mots aditus liber cxceptus est, avertissent que lorsque la place du tombeau fut concédée par l’autorité publique, le chemin qui y conduisait fut expressément réservé; enfin les mots librarius ejusdem legionis, séparés par une ligne horizontale de tout ce qui précède, ayant été omis dans le texte môme de l’inscription, ils ont été ajoutés à la lin, comme l’un des titres du défunt qui était aussi le librarius,
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espèce d’écrivain ou de comptable, de la 30e légion. On remarquera encore, l°que Venustus n’a pas de surnom; 2° que son prénom est le nom même d’une grande famille de Rome, et il en résulte que ce soldat, d’abord esclave sous le nom de Fenustus , a été affranchi par la famille Æmilia, et que selon l’usage général, il a pris le nom de cette famille pour son prénom : il en était de môme de sa femme; esclave d’abord sous le nom ( VAfrodi sia, et affranchie aussi, liberia, par la famille Æmilia, elle prit ce même nom pour son surnom. De ses enfants, le iils porte pour nom le prénom même de son père, et la fille a pris pour son nom le surnom de celui-ci. Les mots sub ascia sont très -diversement interprétés; ascia est le nom d’un outil , espèce de doloire, dont la figure se voit aussi sur les pierres tumulaires; mais on n’est bien d’accord ni sur le motif qui l’y faisait placer, ni sur le sens des paroles qui s’y l’apportent; on croit que la figure de la doloire et les mots sub ascia indiquent que le monument a été dédié et placé sur le tombeau à l’intention formelle et précise du défunt et à l’issue des mains du sculpteur. On voit dans
l’inscription suivante, et que j’ai publiée dans nies Antiquités de Grenoble (1807, in-4°), comment se plaçait le nom de la tribu à laquelle avait appartenu un citoyen mort : M. TITIO M. F. VOLT. GRATO. Les mots M. [Marco) Titio Grato étaient le prénom, le nom et le surnom du défunt; les lettres m. f. se lisant Marci filio, l’abréviation volt, ne peut s’expliquer que par le mot p'nltiniœ (tribûs), et l’on voit que le monument est consacré à Marcus Titius Gratus, (ils de Marcus, et citoyen de la tribu Voltinia à Rome.
114. Le nombre des tribus fut d’abord à Rome de dix-sept; il fut porté jusqu’à trente-cinq quand les conquêtes des Romains eurent agrandi leur domination, et même au delà; la loi Julia accorda aux Gaulois le droit de cité, c’est-à-dire le droit de suffrage dans les comices par tribus et dans les comices par centuries ; mais le nombre des tribus fut ramené à trente-cinq, et les savants de Boze et Bimard de La Bâtie ont conjecturé que les Gaulois, et particulièrement ceux qui formèrent la province romaine des Gaules, furent inscrits dans la tribu Voltinia, qui était la Xe de Rome. D’autres inscriptions portent : c.
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VIBIO. C. F. L. N. TRO. GALLO, Cdio FibiO, CaiiFilio, Lucii A'epoli, Tromenlinœ (tribûs) G allô , à Caius Yibius, fils de Caius, pelil-fils de Lucius, (de la tribu) Tromenlina, (surnommé) Gallus; ou bien l. liciisivs l. f. qciu. paternvs; Lucius Licinius, fils de Lucius, (de la tribu) Quirina, (surnommé) Palernus. Afin de faciliter l’interprétation des mots analogues, nous donnons ici les noms des 35 tribus de Rome dans l’ordre alphabétique.