PREMIÈRE DIVISION
27. Chaque peuple eut ses règles , ses proportions et son goût particuliers, tout en se proposant le même but, c’est-à-dire la solidité, la régularité et la convenance. L’influence, des climats et des institutions publiques se montra surtout dans les produits de l’architecture. Dans notre Occident, les temples à ciel ouvert conviendraient aussi peu à sa température qu’à nos habitudes; les jeux de la scène entraient beaucoup plus dans les mœurs nationales des Grecs et des Romains que dans les nôtres; les comédiens n’étaient point proscrits par les pontifes; enfin, l’art de la guerre , tel qu’il était chez les anciens, imposait d’autres principes à l’architecture militaire.
SECTION I
Des murs et des murailles; des mortiers et des ciment*
28. Egyptiens. Les murs d’enceinte des villes égyptiennes sont généralement, construits en briques crues séchées au soleil, on cuites; leurs dimensions sont variables' lu limon du Nil en a fourni la matière, et quelquefois elles portent de courtes inscriptions hiéroglyphiques enfermées dans un parallélogramme. On ne connaît comme ouvrages de l’architecture égyptienne que des temples, des palais, des pyramides, des obélisques, des murs d’enceinte ou de quais, et autres constructions publiques; les constructions particulières, les maisons, etc. , ont disparu par le laps de temps, soit qu’elles fussent construites en terre ou en briques, soit avec d’autres matériaux aussi périssables. Le carac- ! tère général et spécial de l’architecture égyptienne est dans l’inclinaison sensible ou talus de tous les côtés ou parements. On connaît d ailleurs la solidité de leurs ouvrages; elle provient surtout du bon choix des matériaux, de leur volume extraordinaire , et du soin
MURS ET MURAILLES. **'
avec lequel on les appareillait. On a remarqué souvent, que, dans les assises, les pierres nfi voisines sont attachées l’une à l’autre par un morceau de bois solide, plat, taillé en queue b t d’aronde à ses deux bouts, et incrusté dans co les pierres. Les Grecs et les Romains em- 11, ployaient le bronze et le fer au même usage. îs; Certaines constructions égyptiennes, encore qt existantes, ont aujourd’hui plus de quatre pli mille ans de durée.
iri 29. Grecs. Ils construisirent d’abord leurs yiï murs en pierres brutes de grandes propornif lions : les interstices étaient garnis de pierres ;qu plus petites; on voit encore des restes de muai railles semblables dans les îles de Gozzo et idi de Malte. A Corinthe, Érétrie, et Ostie en li« Eubée, les plus anciens murs sont formés de fus polygones irréguliers parfaitement taillés et iU très-bien joints ensemble ( V. au n° 30 ). Lors- ,0 que l’architecture grecque se perfectionna, jd elle adopta trois manières différentes de bâj(! tir; Yisodomum, rangées de pierres de la , 0B1 même hauteur et, très-longues en général; le ,j. pseudoisodomum, assises de pierres de hau- ^ teur inégale; l 'emplecton, pour les épaisseurs I U s extraordinaires; on élevait en pierres de taille
32 MONUMENTS I)’ ARCH ITECTUUE . j
les deux faces du mur , et l’intervalle était [ rempli de pierres brutes noyées dans lemor- j tier, et de distance en distance, des pierres i assez longues, portant sur les deux faces, con- ► solidaient ce genre de construction.
30. Italiotes. Les plus anciennes constructions observées dans les murs des villes étrus- 1, ques sont de grandes pierres taillées en polygones irréguliers; c’est ce qu’on a désigné || par le nom de murs cyclopêens. Depuis que [ feu Petit-Radel a appelé l’attention des ar- î chéologues sur ces monuments, on en a reconnu dans les. plus anciennes villes de la Grèce, de la Sicile et de l’Italie; et ce qui démontre leur liante antiquité, c’est qu’on I les trouve en général comme substructions I au-dessous de murs édifiés selon les principes I d’une architecture plus régulière. (Y. Ma- i gasin encyclopédique , 3° année, 1804, t. V, [ p. 446 et suiv.). Les murs militaires étrus- | ques de Yolterre sont cependant construits en grandes pierres placées horizontalement. t
31. Gaulois. On n’oserait affirmer qu’il nous reste encore quelques constructions gauloises. On voit, en général, par les bulletins de là guerre de César dans les Gaules, qu’on 1
MURS ET MURAILLES
Ho
err
,et
;tn
‘tn
si;
le
et
lit
ci’
.'Il
Irt
il!'
eti
y employait plutôt le bois que les pierres, du moins pour les murs de défense préparés à la hâte. Cependant l’histoire de quelques sièges fait supposer que les villes ou places fortes qui les soutenaient , étaient défendues à la fois par le courage patriotique des Gaulois et par des murailles. Celles de Marseille étonnèrent César même par leur élévation ; mais Marseille était une ville grecque. Uxellodunum, ville gauloise dont j’ai retrouvé le véritable em placement à Capdenac (Lot), conserve encore des ruines de murs bâtis audessus de larges fossés taillés profondément dans le rocher qui porte la ville ; ces restes de murs se lient très-bien avec une porte antique qui subsiste encore entière; mais ces constructions peuvent être l’ouvrage des Romains, maîtres d’une place qu’ils durent vouloir conserver et fortifier. On ne peut donc rien dire de spécial sur les constructions gauloises.
32. Romains. Ils imitèrent d’abord les Étrusques, leurs maîtres, et adoptèrent ensuite deux systèmes particuliers de construction : l 'incertum ou antiquum, qui consistait a employer les pierres telles qu’on les tirait des
U MONUMENTS d’AIICHITECIUKe
carrières, et qu’on adaptait les unes ai, x . très aussi bien qu’on le pouvait; et l e re t latum, composé de pierres taillées et c^ntl mais assemblées de manière que la lig„ e 2 jointures formait une diagonale, ce qui d 0 ' S liait aux murs l’apparence d’un réseau y \ truve assure que cette manière de bâtir éj de son temps la plus commune; il en rest' encore des exemples. Les Grecs lui donnai® le nom de dictyotheton , analogue à réseau I ils communiquèrent aussi aux Romains leur emplecton. On a remaqué dans les murailles romaines de Cularo, ancien nom de Greno ble, construites du temps de Dioclétien, qu’on employa à remplir l’intervalle des déni faces, des cippes funéraires, des autels et des! sarcophages renversés. Les Romains em-
ployaient quelquefois la pierre et les brique simultanément, et avec une symétrie qt suppose 1 intention d’orner les murs construits avec ce mélange. Ils connurent aussi 1 emploi de 1 argile ou pisé, qu’ils imitèrent des Carthaginois; enfin ils employèrenl pai tout, pour 1 intérieur des édifices, le charpentage, dont les vides étaient remplis de maçonnerie en pierres ou en briques.
MURS ET MURAILLES
33 Mortiers et ciments . La perfection de, ceux des anciens a passé en proverbe. Les Égyptiens ne les employèrent pas dans leurs grandes constructions, mais d autres monuments en conservent les traces, quelquesunesdes pyramides furent autrelois cou\ertes d’un revêtement qui en suppose 1 usage.
Il paraît aussi que, dans leur état primitif, leur surface inclinée était plane et sculptée, au moyen d’une assise de pierres qui s’inséraient dans les gradins aujourd’hui visibles et qui en garnissaient exactement les retraits. Au surplus, l’emploi du plâtre, de la chaux, des bitumes, etc., dans les arts est démontré par mille exemples. Les Grecs et les Étrusques les connurent aussi; on cite un réservoir de Sparte construit en cailloux cimentés , et les grottes sépulcrales de Tarquinia sont enduites d’un stuc couvert de peintures; la nécessité dut rendre 1 usage du mortier et des ciments familier a tous les peuples; le temps, qui les a durcis, les fait supposer plus parfaits que ceux des modernes. L’ingénieur Vicat, qui a fait récemment de nombreuses expériences sur les ciments des anciens, prouve que tout leur oiéiitc a
MON UMENTS D’AUCHITECTüRE.
cet égard consistait dans l’art de mêler |, chaux plus ou moins grasse avec un sable plus ou moins argileux. M. Vicat a dévoilé ce secret à l’architecture moderne, et ses
théories chimiques ont accrédité ses découvertes, qui sont pleinement confirmées m t les expériences de chaque jour, et peuvent être considérées comme un des grands services rendus à l’État, tant a été grande l’économie (pii en est résultée pour les travaux publics.
SECTION II
Des maisons.
:U. Les anciens agissaient autrement que les modernes dans cette partie essentielle des usages sociaux. Il ne paraît pas qu’ils se soient occupés d'embellir les villes par les constructions particulières : les monuments!
publics avaient seuls ce privilège, et les honneurs décernés aux citoyens qui les faisaient I élever ou réparer à leurs dépens , tournèrent! vers eux leur attention et l’emploi de leur fortune, plutôt que vers les habitations dômes- 1 tiques. On connaît par des peintures l’état