‹ Traité élémentaire d'astronomieChapitre 143 sur 152 · LE MANGLIER · texte numérisé non relu

LE MANGLIER

« Parmi les arbres qui embellissent les bords de l'Océan et qui leur donnent, sous les tropiques, un I caractère si nouveau pour nous, il ne faut pas ou- I blier le manglier. Il naît au sein des eaux , où son I feuillage se marie presque toujours à celui des cocotiers qui croissent dans les sables. Il s'élève à I quinze ou vingt pieds avec une sorte d'uniformité régulière; ses racines se courbent avec grâce, et donnent bientôt naissance à une foule de rejetons. C'est à l'embouchure des fleuves , sur les terres basses, envahies par la marée, que ces arbres sui-

vent les sinuosités du rivage. A la marée basse, on jouit d'un spectacle charmant : des milliers de crabes étalent de tous côtés leurs diverses parures; des hérons blancs se promènent gravement à l'ombre de ces forêts maritimes; des martins - pêcheurs ^ du plus brillant plumage, font entendre de faibles cris en passant rapidement d'une rive à l'autre. Quant le flot commence à monter, on voit s'opérer un nouveau prodige î au bout de quelques heures, une partie de ces bocages devient le domaine de l'Océan , et les rêves de nos poètes se réalisent : imagination peut se représenter le fond de la mer peuplée de grottes et jardins.

« Lorsqu'on navigue sur un de ces canaux naturels, formés par des îles basses ou par des terres noyées, l'œil est quelquefois fatigué de l'uniformité des deux rives, qui ne présente qu'une espèce d'arbre. Tout à coup le rideau de verdure s'enlr'ouvre ! l'on aperçoit la cabane d'un pêcheur environnée de palmiers; une végétation active se déploie dans le fond du tableau, et forme un contraste charmant par sa variété avec l'aspect monotone du rivage. Le chant vif et joyeux des oiseaux qui voltigent dans la campagne se mêle au faible bruissement des eaux; en un mot, le paysage cultivé s'embellit de raspect un peu triste de ces forêts basses, éternellement baignées par les flots.

« Quand du sommet d'une colline on porte ses regards vers le bord de la mer, la réunion des mangliers offre encore un autre aspect. Je me rappelle qu'étant un jour dans l'île d'Ilapariçu , je m'arrêtai long-temps pour le contempler: les arbres for-

maient comme des espèces de lacs au sein même de IrOcéan ; plus près du rivage, c'était un labyrinthe I immense dent la pirogue la plus légère aurait eu jde la peine à suivre les sinuosités. Celte verdure , ces eaux paisibles qu'elle entoure, vues dans le lointain; la végétation , où l'on n'aperçoit dans le ! nord que l'écume de la mer ; cette heureuse apparence de la fertilité au sein d'un élément qui détruit tout , voilà une des scènes les plus imposantes idont l'Europe soit privée.

« C'est dans les îles qui se trouvent à l'embouchure de l'Orénoque que la nature a fait croître en plus grand nombre les mangliers. Ils servent d'asile à la Itribu guerrière des Waraons, et l'on voit s'élever Ides cabanes sur leurs innombrables racints -, telle est l'origine de celle fable ridicule de nos anciens voyageurs , qui peuplent d'hommes le sommet des arbres. » (Ferdinand dénis, Scènes de la nature sous le tropique^ et de leur influence sur la poekie.)

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