Ô — RÉCIFS DE CORAIL
Presque toute la mer Pacifique est semée de masses âe corail , et surtout les détroits ou les bras de mer qui séparent les îles si nombreuses de la Polynésie et de l'Australie. On verra, dans le Traité des Zoophytes , que cette production marine si recherchée dans certains pays, est dwe à une classe particulière d'animaux qu'on nomme Polypiers.
l'ORMATION DES ILES ÔCÉANIENNEiS.
« En examinant Pensemble des îles océaniennes proprement dites, puis chacune d'elles en particulier, nous ne trouverons sans nulle exception que deux sortes de formation , l'une basaltique , et l'autre de création animale. Toutes les îles hautes de la mer du Sud présentent, en effet, les conditions de ce qu'on appelle terrains volcaniques , ou sont le produit palpable de volcans. Ces îles montagneuses , couronnées quelquefois par des pics qui se perdent dans les nuages, sont généralement , entre les tropiques seulement , entourées d'une bande de terre que supporte un calcaire à polypiers, élevé de quelques toises au-dessus du niveau de la mer. Mais ce rivage accessoire n'est presque jamais unique; souvent à quelque distance il s'y joint une ceinture d'îles basses , plates , uniformes , dues aux mêmes zoophytes et que nous nommerons parfois motous , d'après la désignation générale de la langue océanienne, usitée surtout à Taïti et chez les Ponotous (insulaires des îles basses de l'Archipel dangereux). Les îles de notre seconde division comprennent celles dont l'existence est due au travaillent
et successif d'animalcules délicats , n'élevant jamais que jusqu'à la surface des vagues, en bâtissant sur de hauts fonds leurs demeures pierreuses : bien éloignés, en cela, de donner lieu au phénomène décrit avec pompe par un savant, d'ailleurs très célèbre, d'ecueils qui naissent sous le sillage des navires. Mais ces îles récifs sont de trois sortes : simples, ce sont les motous des grandes terres ; disposées encercle avec une mer intérieure, ce sont les motous à lagons , de plusieurs navigateurs. Enfin , ces îles présentent encore une modification plus singulière, c'est celle d'offrir de vastes plateaux à fleur-d'eau, recouverts de motous arrondis et verdoyans, ayant un ou plusieurs lagons et que les Anglais nomment îles Groupes. » ( Plus loin, le savant voyageur décrit avec beaucoup de charme la manière dont ces îles se peuplent de végétaux. )
« Il est aisé de se rendre compte de la manière dont la végétation a envahi les îles basses de corail. La Flore de ces motous ne se compose pas d'un grand nombre d'espèces , et nous avons eu souvent Toccasion de la suivre dans les diverses phases de ses progrès.
« Quelques végétaux , semblent avoir pour fonctions d'envahir les récifs de coraux à mesure qu'ils se dessèchent : les hruguera par exemple , qui se plaisent dans l'eau salée , étendent peu à peu le lacis de leurs rejets à l'embouchure des rivières, au milieu des vases qu'ils accumulent sans cesse : bientôt l'humus suffit pour recevoir quelques autres plantes, et les sables des rivages même purs
sont bientôt occupés par le Scœi>ola lobelia, le Conswli^ulus pes caprce, le Pandanus odorant , VHibiscus tiliaceus. Si le banc de corail est isolé et distant de quelqu'île principale , les flots , sans cesse agités, y portent bientôt des cocos, des fruits du bonnet carré de Bougainville, qu'on rencontre en mer presque journellement. Ces fruits arrêtés par recueil , jetés sur le sable calcaire des madrépores, germent, s'y cramponnent, et sont ainsi les premiers colons de la nouvelle terre. iMais c'est principalement au précieux cocotier qu'il est réservé de conquérir sur la mer, pour liliabitation de l'homme, ces bandes plates d'écueils , jetées au milieu des vagues, à quelques toises au-dessus de leur niveau. Autant ce palmier redoute les hauteurs où il languit , autant il s'élance avec vigueur sur les récifs : il y forme d'épaisses forêts, dont on ne peut se faire une idée par la description, et dont rien n'égale la grâce et la beauté. »
(r. p. LESSOiN, Zoologie du f^oyage autour du monde de M. duperrey. )