SUR LES ÉTOILES DOUBLES ET LES NEBULEUSES
On a donc reconnu des mouvemens apparens, non-seulement à des étoiles simples ; mais à beaucoup d'étoiles doubles qui , indépendamment de leurs mouvemens de révolution l'une autour de l'autre, et autour de îeur centre commun de gravité , se trouvent ainsi entraînées de compagnie , par un mouvement progressif de translation, vers certaines régions de l'espace; par exemple, les deux étoiles qui constituent la 61® du Cygne, et qui sont presque égales entre elles , n'ont pas cessé, au moins depuis 5oans, de restera une distance l'une de l'autre sensiblement la même, et égale à i5". Néanmoins elles se sont déplacées sur le ciel de 4' 23" dans cet intervalle de temps, le mouvement propre annuel de chacune d'elles étant de 5", 3 dixièmes, ou de plus du tiers de la distance qui les sépare. Celte vitesse est celle avec laquelle le système des deux: étoiles est entraîné le long d'une orbite inconnue, d'un mouvement que l'on peut regarder pendant plusieurs siècles comme rectiligne et uniforme. Parmi les étoiles qui ne sont pas doubles, et qui ne se distinguent des autres par aucune particularité remarquable, » de Cassiopée est celle à laquelle on a reconnu le plus grand mouvement propre : ce mouvement s'élève par an à 3", 74. On a remarqué sur un grand nombre d'autres
étoiles des déplacemens continuels , plus petits , mais non moins hors de doute.
Des mouvemens qui doivent se soutenir pendant des siècles pour produire dans Tarrangement des étoiles des changemens perceptibles à Toeil nu, suffisent sans doute pour détruire en théorie l'idée d'une fixité mathématique; mais en ce qui concerne les applications pratiques, ils sont trop peu considérable pour nous porter à réformer notre langage, et à cesser de donner aux étoiles, la qualification de fixes. Jusqu'à présent on connaît d'une manière trop imparfaite les grandeurs et les directions de ces mouvemens pour s'occuper de les rattacher à des lois. On peut dire en général que les directions apparentes sont variables, et ne semblent pas indiquer une tendance commune vers un point du ciel plutôt que vers un autre. Cependant, sir W. Herschel avait supposé que les observations manifestaient une semblable tendance , et qu'on pouvait apercevoir un mouvement général des principales étoiles, qui les entraine vers le point de la sphère céleste diamétralement opposée à l'étoile et d'Hercule. Il expliquait cette tendance par un mouvement du Soleil et du système solaire pour se rapprocher de cette étoile. Pour l'œil de l'observateur l'impression est la même, soit que notre Soleil se rapproche de A d'Hercule, soit que les étoiles s'en éloignent en sens opposé. Sans doute il suffît de réfléchir à la question pour admettre comme hautement probable, sinon comme certain, que le Soleil est animé d'un mouvement propre dans une direction quelconque; et la conséquence inévitable d'un pareil mouvement, d'après les lois de la perspective , doit être une tendance apparente du système des étoiles à se mouvoir d'un mouvement très-lent, en sens contraire de la direction réelle que suit le mouvement du Soleil,
Les observations pourraient donc nous faire connaître le mouvement propre du Soleil, si nous connaissions bien ceux des étoiles, et si nous étions sûrs que ces mouvemenssont indépendans, c'est-à-dire que le système entier du firmament, ou du moins que le système des étoiles les plus rapprochées de nous n'est pas entraîné d'un mouvement commun *dans une même direction , par le mouvement que peut éprouver l'ensemble de la couche sidérale dont notre système fait partie, à peu près comme nous voyons tous les objets d'un vaisseau en mouvement conserver leurs ^nêmes distances relatives , ou mieux encore comme les poussières entraînées par un courant d'air, en conservant sensiblement leurs situations relatives. Mais la science n'est pas encore assez mure pour conduire sur ce point à des conclusions certaines, dans un sens ou dans l'autre.
Lorsque nous jetons les yeux sur la voûte du ciel par,une belle nuit , nous ne manquons pas de remarquer çà et là des groupes d'étoiles qui semblent plus rapprochées et en quelque sorte plus condensées que celles du voisinage : en sorte que nous sommés portés à croire que quelque cause générale, et non le hasard , a présidé à cette agglomération. Tel est le groupe que l'on appelle les Pléiades, où l'on peut remarquer six ou sept étoiles, si on le fixe directement avec les yeux, et beaucoup plus, si l'en détourne négligemment Vœil un peu d'un autre côté, tout en fixant en même temps l'attention de son esprit sur ce groupe. Les télescopes y font voir cinquante à soixante belles étoiles accumulées sur un très médiocre espace, et comparativement isolées du reste du ciel. La constellation que l'on nomme la Chevelure de Bérénice, est un autre groupe du même genre, plus diffus et formé d'étoiles beaucoup plus brillantes.
t^lusieurs objets du même genre ont une figure exactement ronde, et répondent parfaitement à ridée d'un espace globulaire , rempli d'étoiles , isolé dans les espaces célestes , et constituant une famille ou société à part, régie uniquement par des lois qui lui sont propres. On chercherait en vain à dénombrer les étoiles dans un de ces amas globulaires : ce n'est point par centaines qu'elles se compteraient; et d'après un calcul informe, qui donne un nombre infiniment nu-dessous de la vérité, on trouve que plusieurs de ces amas doivent contenir au moins dix ou vingt mille étoiles, pressées dans un espace circulaire dont le diamètre n'est pas mesuré par un angle qui excède 8 ou lo minutes, et dont l'aire n'est que la dixième partie de celle que le disque de la Lune recouvre sur le firmament.
Peut être nous reprochera t-on d'être épris du gigantesque, si nous songeons à considérer chacun des individus associés dans ces groupes comme un Soleil du genre du nôtre, et leurs distances mutuelles comme étant de l'ordre des dislances qui séparent notre Soleil des plus proches étoiles fixes. Cependant, si l'on réfléchit que la lumière confondue de toutes les étoiles qui composent le groupe, affectent l'œil moins vivement que celle d'une étoile de 5* ou 6« grandeur ( car les plus étendus de ces amas sont à peine visibles à rœil nu), l'idée qu'on se fera de leur distance, permettra à l'imagination de se familiariser même avec des dimensions aussi énormes. En tout cas, nous ne pouvons guèr nous refuser à reconnaître dans un groupe isolé de la sorte, un système particulier, nettement caractérisé, La forme sphérique indique clairement l'existence d'un lien général, de la nature, de la force d'attraction ; et un grand nombre de groupes laissent voir sans équivoque une condensation croissante vers le
centre, incompatible avec une égale répartition des étoiles dans l'espace globulaire. Il est difficile de se former une idée de l'état dynamique (de la relation des forces, des raouvemens), d'un pareil système. D'un côté, à moins d'admettre un mouvement de rotation et une force centrifuge comme la terre en possède, il ne semble guère possible que le système se maintienne, et que les étoiles ne se précipitent pas les unes vers les autres. D'autre part, en admettant ce mouvement et cette force, il n'est pas plus aisé de concilier la «pbéricité apparente avec la rotation autour d'un axe unique, et d'expliquer l'absence des collisions intérieures.
Sous quelque point de vue qu'on envisage les nébuleuses, elles offrent un champ inépuisable aux spéculations et aux conjectures. On ne saurait douter qu'elles ne soient pour la plupart, formées par une agglomération d'étoiles; et l'imagination se perd dans cette série interminable qu'elle entrevoit , de systèmes qui se groupent pour former d'autres systèmes , de firmamens qui composent d'autres fîrmamens. D'autre part, s'il est vrai (ce qui semble au moins extrêmement probable), qu'une matière lumineuse et phosphorescente existe disséminée dans l'iramensité de l'espace, à la manière d'un nuage ou d'un brouillard , tantôt revêtant des formes capricieuses , comme les nuages véritables chassés par les vents, tantôt se concentrant autour de certaines étoiles, à la manière des atmosphères des comètes, nous j devons naturellement demander quelles sont la l nature et la destination de cette matière nébuleuse.^ Est-elle absorbée par les étoiles dans le voisinage desquelles elle se trouve, et leur fournit-elle en se condensant un supplément de chaleur et de lumière .^^ Se ramasse-t-el'e , par une concentration progressive due à la graviîation ^
de manière à fonder de nouveaux syslèmes steilaires ou des étoiles isolées ? Il est plus facile de poser de telles questions que d'y donner une ré-
ponse probable Dieu seul peut-être pourrait
satisfaire notre curiosité ! ! !
Nous terminerons ce petit ouvrage par la mention d*nn phénomène qui semble indiquer que notre Soleil lui-même est entouré d'une certaine nébulosité, et qu'il peut être mis sur la liste des étoiles nébuleuses. Nous voulons parler de la lumière qu'on appelle zodiacale, et qui se montre par les très beaux temps, aussitôt après le coucher du Soleil, vers les mois d'avril et de mai, ou immédiatement avant le lever du Soleil dans la saison opposée; elle prend la forme d'un cône ou d'une lentille dont la direction est en général celle de l'écliptique, ou mieux celle de l'équateur solaire. Cette lumière est extrêmement faible et mal terminée, au moins dans nos climats; mais on la voit beaucoup mieux dans les régions intertropîcales, et elle ne peut être confondue avec un météore atmosphérique ou avec une aurore boréale. Elle s'annonce évidemment comme une atmosphère rare et de forme lenticulaire (de lentille), qui entoure le Soleil et s'étend au-delà des orbites de Mercure ou même de Vénus. On peut conjecturer que cette atmosphère n'est autre chose que la partie la plus condensée du milieu qui(ainsi que nous avons des motifs de le croire) résiste aux mouvemens des comètes. Peut-être résulte-t-elle des molécules volatilisées dont les queues de plusieurs millions de ces astres ont été dépouillées lors de leurs passages successifs près du Soleil, molécules qui doivent à la longue se précipiter sur cet astre.
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