VI AVANT-PROPOS
Il est incontestable, selon nous, que la société progresse, que, malgré quelques perturbations, quelques arrêts, dont l'effet n’est que momentané ou circonscrit dans un espace restreint, les facultés morales et intellectuelles de l’homme tendent à s’élever. Les ténèbres de l’ignorance ont perdu de leur épais- seur, les mœurs se sont policées et adoucies, mais, cependant, il faut reconnaître que le progrès intellectuel a été plus rapide que le progrès moral; d’où est résulté qu’une plus grande somme d'intelligence peut être dépensée à faire le mal, aujourd’hui que dans le passé, ce qui a porté des observateurs superficiels à croire que le sens moral de l’humanité va nécessairement en s’affaiblissant à mesure que ses facultés intellectuelles se développent. |
Quoique nous ne partagions pas cette opinion, nous n’en reconnaissons pas moins la nécessité, même et surtout au point de vue économique, de mettre le progrès moral au moins au niveau du progrès intellectuel, ne füt-ce qu'afin d'éviter la déperdilion des forces individuelles ou sociales qui pourraient engendrer du bien-être et qui sont paralysées ou employées à la production du mal par défaut d’une bonne direction morale.
Nous nous sommes donc encore proposé comme but en écrivant cetouvrage (et nous y attachons la plus haute importance), de chercher dans l’infime mesure de nos forces à contribuer au développement du progrès moral, en montrant, chaque fois que l’occasion s’en présente, la concordance entière qui existe entre le juste et l’ulile, entre l’intérêt personnel bien entendu et l’intérêt social, et à combattre les préjugés qui consistent à croire à un prétendu antagonisme entre les diverses classes ou les diverses fractions de la grande société humaine, entre producteurs et consommateurs, entre capitalistes et travailleurs, entre propriétaires et prolétaires, entre nations; en montrant qu’au contraire, sous l’influence bienfaisante de la concurrence, c’est à dire de la liberté, tous ces intérêts sont entre eux en si
parfaite harmonie, qu'aucun ne peut être lésé sans qu’il en ré-«