‹ Traité élémentaire d'économie politiqueChapitre 55 sur 57 · RÉSUMÉ DE LA SIXIÈME SECTION · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DE LA SIXIÈME SECTION

De tout ce qui a été exposé, dans le cours de cet ouvrage, il doit ressortir que le régime le plus propre à assurer le bien-être du genre humain au prix de la moindre somme d'efforts, est celui qui favorise le développement des facultés de l’homme, la formation du capital, l’utilisation complête et l’égale répartition des dons de la nature, par la liberté du travail, de l’association, de l’échange, du crédit ; en un mot, de toutes les manifestations de l’activité humaine, et qui, de plus, garantit à chacun la propriété la plus complète du fruit de ses œuvres.

Ce régime s’établirait et se maintiendrait de lui-même, c’est à diresansle concours d'aucune force extérieure, si les hommes étaient arrivés à un assez haut degré de développement moral, pour ne jamais faire qu’un usage utile et licite de leurs facultés, pour n’employer leur puissance qu’à réaliser de paisibles conquêtes sur la nature, sans jamais songer à s’opprimer ni à se dépouiller réciproquement. Comme, par malheur, il n’en est pas ainsi, une partie du travail de la société a dû être détournée de la satisfaction des besoins individuels, afin de pourvoir à ce besoin collectif de liberté et de garantie du droit de propriété, que l’on désigne sous le nom de sécurité.

Le pouvoir auquel cette mission a été confié s’appelle l'Etat. Il s’en acquitte d'autant mieux qu’il se borne davantage à ré-

primer les abus auxquels la liberté et l'exercice du droit de propriété peuvent donner lieu, en ne demandant, en retour de ce service, que le sacrifice de la moindre part possible de cette liberté et de cette propriété, et en répartissant ce sacrifice de la manière la plus équitable entre tous les citoyens.

Cet idéal n’existe encore nulle part : législateurs et gouvernements s'appliquent, au contraire, comme à l’envi, à entraver ou à restreindre les droits les plus légitimes de tous les citoyens, ou à leur rendre forcément des services que ces derniers pourraient obtenir de leurs propres efforts; il en est résulté diverses opinions relativement à l'influence que l'Etat peut exercer sur le bien-être de la société et sur la manière dont il doit diriger l’activité des citoyens, pour leur faire atteindre ce but.

Les uns, attribuant à la liberté et au droit de propriété, les maux qui ne sont que le résultat de la négation, ou de la violation plus ou moins complète de ces droits, ont proposé de les supprimer entièrement, avecla responsabilité qu’ils impliquent; en chargeant une espèce de gouvernement-providence d’organiser la production à sa guise, de pourvoir à tous les besoins de la consommation, sans jamais s’en rapporter de ce soin à la concurrence, qui n’est qu’une des manifestations de cette liberté, à jamais proscrite. C’est à ce régime que l’on a donné le nom de communisme, Il groupe forcément les hommes en deux classes : l’une, qui est la plus nombreuse, n’ayant jamais à exercer la prudence ni la prévoyance, devra nécessairement perdre ces qualités, ainsi que tout sentiment de responsabilité; ce qui l’abaissera au niveau de la brute. L’autre, au contraire, pour tout combiner, prévoir et ordonner, aura besoin d’un tel ensemble de facultés qu’il n’est donné à aucun homme d’en posséder et i que ‘éducation communiste, surtout, n’est nullement propre à développer.

Il résulte de là que le communisme absolu et universel est impossible, et que son existence doit être de courte durée, ou succomber au premier choc, là où il parvient à s'établir partiellement. L'histoire a toujours pleinement confirmé les déductions de la science à cet égard.

D’autres, parmi lesquels se rangent la plupart des socialistes, ont pensé que la société devait remédier aux iniquités et aux maux, prétendûment engendrés par l’appropriation individuelle du sol, en accordant aux déshérités ou prolétaires,

une compensation sous forme de droits à l'existence, à l’assistance, au travail, etc. ; droits sur la portée ét le mode d’application desquels ils sont loin, toutefois, d’être d’accord, mais qui aboutissent tous, finalement, au communisme, la plus râtionnelle de ces utopies.

D’autres, enfin (une partie des socialistes et les interventionistes), voyant tous les gouvernements faire usage de l’autorité qu’ils s’arrogent ou qu’ils puisent dans la loi, pour pondérer les revenus de certains individus ou de certaines classes, en leur accordant le droit d’exploiter quelque monopole artificiel au détriment d’autres individus ou d’autres classes, une partie des socialistes et les interventionistes, disons-nous, en ont conclu, non sans logique, que l’Etat devait étendre et compléter cette mission, demeurée incomplète jusqu'ici, et qui consiste à prendre aux uns pour donner aux autres, En poussant plus loin cette logique (mais on s’arrête toujours plus tôt dans Ja voie qui mène à l’absurde), les interventionistes aboutiraient également à cette formule : » L’Etat doit prendre à tous pour donner à tous, » qui est celle du communisme.

Enfin, l'Etat, en intervenant hors de propos dans ce qui peut démeurer du domaine de l’activité des individus ou des associations, pèche contre ces deux principes économiques, si féconds en progrès : la division du travail et la liberté de la concurrence, ce qui a toujours pour résultat d’enchérir lés services qu’il rend et d’en amoindrir la qualité; les infaillibles conséquences des monopoles artificiels étant les mêmes pour les gouvernements que pour les indiviäus. C’est ainsi que le culte religieux, l’enseignement, la culture des sciences, des lettres et des arts, l’exécution des grands moyens de transport, ete., sont privés, par l’intervention de l’Etat, du salutaire aiguillon de la concurrence ou de l’émulation, sans lequel aucun progrès sérieux ne peut s’accomplir.

Réduire les attributions de l'Etat à leur pius extrême simplicité, c’est à dire à la production de la sécurité, dans les meilleures conditions économiques, tel est donc le seul but compatible avec le progrès et le bien-être de la société ; mais pour atteindre ce but, il ne faut pas procéder, comme où l’a fait j jusqu’ ici, par des révolutions violentes, qui n’aboutissent jamais à de bons résultats, ou qui les font acheter trop chèrement, mais par la lente et sûre propagande de la persuasion.

Ce qui est généralement la faute des gouvernés, cest d’exiger de l'Etat plus de services qu'il n’est donné à un homme ou à une réunion d'individus, d’en pouvoir accomplir, sans consentir, le plus souvent, à payer ces services au prix élevé auquel le monopole les fait atteindre et cela tout en rendant, néanmoins, les gouvernements responsables de la manière imparfaite dont ils accomplissent cette tâche impossible. C’est un tort qui devait disparaître,

Toute réforme politique ou sociale doit donc commencer par les étages inférieurs de la société, car, pour être bien gouvernés, il est indispensable qu'ils se rendent facilement gouvernables, en respectant, de la manière la plus complète, les droits d’autrui, et en ne laissant à l'Etat que la moindre Les possible dans la défense de leurs propres droits.

En d’autres termes, celui qui veut être peu gouverné par autrui, doit s’exercer à se bien gouverner lui-même.

Page 1