CHAP. 1. DETEKMI>'AT10.N DES PRIX ET LA REPARTITION
prix égal et de coûts de production inégaux, et qu’il s’agit ici, en réalité, d’une dilîérence aussi, mais d’une différence de revenu provenant d'une simple fluctuation de prix, le coût de production étant négligé, et par là-même supposé constant. Toutefois, il est exact, d’autre part, que, dans les deux hypothèses, il s’agit bien d’un revenu supplémentaire non proportionnel aux frais de production ei siydiiii son origine dans les seules conditions d'établissement du marché (1).
La détermination des prix dans le cas du monopole peut donner lieu à une observation analogue. On ne saurait évidemment comparer le revenu du monopoleur à celui de ses concurrents: puisque, en cas de monopole absolu, il n’en a pas, par définition. Mais, par comparaison avec d’autres producteurs, fournissant des produits ou des services plus ou moins analogues, on peut considérer qu’il jouit, lui aussi, d’une rente dilîérentielle. Et, quant à la rente « de rareté », il est assurément mieux placé que tout autre pour en bénéficier.
La notion de rente a d’ailleurs une autre application. L'unité de prix sur le marché n’a pas seulement pour eifet de piocu-
(1) La théorie moderne de la rente n’a d’ailleurs pas prétendu résoudre un simple problème de terininoloj^ie en désignant deux concepts sous le seul nom de rente ; elle s'est au contraire appliquée à démontrer qu’il y avait une unité fondamentale de concept entre la rente différentielle et la rente de rareté. La rente, en effet, provient, soit de ce que les conditions de la concurrence sont inégales (inégalité du coût de production), soit de ce que la concurrence ne peut pas se produire immédiatement : car, si l’adaptation de l’offre à la demande était immédiate, il n’y aurait pas de rente de rareté. Par conséquent, dans les deux cas, la rente résulte d’une insuffisance de la concurrence, ou, si l’on veut, de monopoles plus ou moins complets et plus ou moins prolongés. Seulement, certaines rentes auraient une cause permanente (comme, pour le sol, l’inégale fertilité des terres), tandis que d’autres auraient des causes temporaires.
Ces conceptions, que l’on trouve longuement développées, mais assez éparses, dans les Principes de M. Marshall, ont été rassemblées avec une vigueur et une clarté magistrales par M. Frezoüls dans son Essai sur la théorie de la rente, thèse. .Montpellier, 1904. (Voir aussi la thèse de M. Samso.noff, Esquisse d'une théorie générale de la rente, Lausanne, 1912),
Cependant, comme, à un moment donné, certains producteurs peuvent jouir à la fois d’une rente de rareté, due à l’état du marché, et d une rente différentielle due à un coût de production inférieur à celui de leurs concurrents, il nous paraît logique et opportun de distinguer ces deux sources de revenus.
rer un revenu supplémentaire à certaines catégories de vendeurs. Elle prolite aussi à certaines catégories d’acheteurs. U est évident, en elîet, que rutilité-liniile d’une marchandise, qui se vend à un prix unique, n’esl pas la même pour tous les acheteurs. On peut ajouter, d’ailleurs, que rutilité-limite de la quantité de monnaie destinée à acheter ladite marchandise n’est pas non plus la môme pour tous les acheteurs : elle est beaucoup moindre pour les riches que pour les pauvres. Donc le prix unique correspond à des utilités et à des sacrifices très inégaux : c’est un fait notoire que les riches obtiennent généralement les objets de première nécessité au même prix — ou à peu près — que les pauvres, et par conséquent moyennant un sacrifice beaucoup moindre. L’avantage qu’ont ainsi certains acheteurs a été nettement mis en lumière par xM. Marshall, qui l’a désigné sous le nom de reule du consommateur . Et si celte nouvelle i rente », résultant, elle aussi, du mécanisme de la détermination des prix, n’est pas un revenu supplémentaire, son existence n’intéresse pas moins la théorie générale de la Itépartition ; car la part de chaque individu dans les échanges dépend non seulement de son revenu, mais du rapport existant entre le revenu dont il dispose et le prix des produits et des services qu’il achète.
L’exposé qui précède suffit à indiquer, dans les grandes lignes, comment les conditions de la détermination des prix en général donwient tout le problème de la répartition entre les diverses catégories d' individus participant à l'activité économique, sous le régime de l' entreprise privée. Dans les chapitres suivants, nous aurons à examiner d’abord, en appliquant les notions qui viennent d’être exposées, comment se déterminent les revenus en numéraire de chaque catégorie de producteurs: du chef d’entreprise, du travailleur salarié, et du capitaliste prêteur. Puis, ces revenus en monnaie une fois connus, nous rechercherons comment les mouvements généraux des prix les affectent, et comment se détermine ainsi la part ellective de chaque catégorie de producteurs.
i Nous avons établi, dans un chapitre précédent, qu’il conve-
nait, conformément à la tradition classique, de rechercher comment la somme totale des produits, résultat du travail en t commun, se répartit entre les diverses catégories de produc- I teurs. Une observation sommaire suffit, en effet, à montrer I que les conditioyis dans lesquelles se détermine le revenu des
\ individus varient selon leur rôle dans la production.
Mais la classification que nous avons proposée n’est pas la I classification traditionnelle. Chez les écrivains classiques, et
I particulièrement dans l’école anglaise, les catégories de re-
venus correspondent exactement aux trois facteurs de la procUiction. Ce sont: le revenu du travail, le revenu du sol, le revenu du capital. Le premier est dénommé salaire, le second rente. Quant au troisième, Adam Smith (I) le nomme profit,
! l’intérêt ne constituant d’après lui que la portion du profit
' remise par l’entrepreneur au capitaliste bailleur de fonds. Et
cette terminologie s’explique si, d’une part, onse rappelle que, pour créer une entreprise, pour devenir entrepreneur, il faut du capital, et si, d’autre part, on considère que, du temps » d’x\dam Smith, la grande entreprise ne l’emportait pas encore
^ sur la petite, et que le capital mis en œuvre par son propriétaire jouait un plus grand rôle que le capital prêté.
(1) Voir son ouvrage classique, le premier ouvrage d’ensemble de • l’Economie politique moderne : Recherches sur la nature et les causes de
I la richesse des jiaO'ons (Inquiry into the nature and causes of the wealth
1 of nations), première édition parue en 1776.
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Cependant la distinction de plus en plus manifeste entre le rôle du capitaliste bailleur de fonds et celui du chef d’entreprise a fait adopter une classification un peu différente : r intérêt est devenu, dans la terminologie usuelle, le revenu du capital^ ou, plus exactement, du capitaliste, considéré comme tel, tandis que le profit constituait le revenu à la fois du capital et du travail réunis en la personne de l’entrepreneur. On avoue ainsi quatre catégories de revenus, dont l’une ne correspond pas spécialement à un facteur de la production, et la symétrie, chère aux économistes classiques, des revenus et des facteurs de la production se trouve rompue, — à moins que, avecM. Marshall, on n’introduise assez arbitrairement, un quatrième facteur : l’organisation, auquel correspond apparemment le profit.
j § 2. — Classification proposée : revenus de l’entrepreneur, du
j j capitaliste prêteur, du travailleur salarié.
I j Mais une nouvelle révision des cadres traditionnels s'impose
il encore: le sol, approprié, transformé, tantôt directement par
I l’exploitation, tantôt par la transformation même du milieu
I l qui l’ente ure (voies de communication, etc,) n’est plus le fac-
1 teur nature : c’est un capital, et son propriétaire est proprié-
I taire d’un capital. Déplus, si le phénomène de la rente inté-
' resse parfois très spécialement les revenus du sol, l’ohserva-
i tion a montré qu’il peut affecter d’autres catégories de re-
; venus, et qu’il n’est donc pas essentiellement caractéristique
j du revenu foncier. Par conséquent, il ne convient nullement
I de confondre la notion de revenu foncier avec celle de rente.
; Tout au plus y aura-t-il lieu de signaler rimportance pratique
II de la rente dans la détermination de certains revenus fonciers.
i| Encore cette observation aura-t-elle, comme nous allons le
I voir, surtout pour effet de rapprocher le revenu du proprié-
, taire foncier de celui de l’entrepreneur, plutôt que de celui du
capitaliste.
C’est ainsi que nous nous trouvons ramenés à la classification proposée plus haut :
j 1“ Kevenu de l’entrepreneur, et du propriétaire foncier ;
2° Devenu du capitaliste prêteur ;
3° Devenu du travailleur salarié.
ciiAP. n.