‹ Traité élémentaire d'économie politique [microform]Chapitre 125 sur 192 · V. — revenu du travailleur salarie : LE salaire · texte numérisé non relu

V. — revenu du travailleur salarie : LE salaire

Comme, à travers ces alternatives, le salaire varie non seulement'avec le prix de vente, mais avec la valeur produite par iournée d’ouvrier, certains économistes ont été tentés '

dans cette étude monographique* une confirmation de la théorie de la productivité. . „ . - ,

Cependant cette interprétation, contraire a 1 opinion de

M Simiand, n’est pas exacte au pointjde vue psychologique : en effet, si le salaire varie avec la valeur du produit, les variations de cette valeur sont dues, non à la quantité — puisqu el e varie en sens inverse du salaire - mais au pruc du produd.

Si donc il se trouve que le travail de l’ouvrier rende plus aux périodes de hausse, ce n’est pas par son.fait, mais par suite de l’état du marché; el, si l’employeur. dans ces périodes consent à payer un salaire plus élevé, c’est, semble-l-il, moins parce que l’ouvrier lui rapporte plus, que parce qu il peut payer

davantage.

Cette élude met, en tous cas, très nettement en lumière les principes qui régissent la détermination du salaire dans une Grande industrie où l’offre et la demande collective du travail sont régulièrement organisées ; elle fait apparaître un certain nombre de notions bien établies, et d’autant plus instructives que certaines d’entre elles n’avaient été suggérées par aucune

théorie déductive. , . r -,

On ne saurait toutefois lui attribuer une portée tout a fait

générale, parce que l’industrie considérée présente certains caractères qui ne sont pas communs à toutes ; le prix du charbon, en effet, est en grande partie déterminé par le marché international de ce produit, alors que l’organisation de la main-d’œuvre est tout au plus nationale ; le prix du produit apparaît donc ici comme une donnée établie par une force extérieure, et il exerce ainsi sur la volonté patronale, et sur sa résistance à la poussée ouvrière, une influence apparemment beaucoup plus décisive que s’il était au pouvoir des chefs

d’entreprise de relever leurs prix.

Il est donc à présumer que, dans les branches de la production où l’entrepreneur a la faculté de relever son prix de vente en raison de l’accroissement des frais de main-d’œuvre, faction du prix de vente du produit sur le salaire est beaucoup moins précise. Cependant, la poussée ouvrière tendant au relèvement du salaire doit être encore contenue par la crainte qu’ont les chefs d’entreprise de restreindre leur débouché en

Nogaro

fl

relevant leur prix de vente ; et les augmentations de salaire ne doivent être obtenues, en général, que lorsqu'un progrès technique, wie meilleure organisation du travail, ou paifois un état favorable du marche, élargissent la marge des bénéfices, et que les salariés parviennent à se faire attribuer une

part du surplus réalise (1).

§ 8, — La répartition du revenu global entre le travail'et le capital

La société moderne est une société progressive, où, grâce aux perfectionnements de la technique et de Torganisation, la production va croissant, et où le revenu pécuniaire des producteurs augmente. Les statistiques des salaires présentent une progression, sans doute inégale, mais continue, depuis l’époque où elles ont commencé à être tenues (début du XIX» siècle) jusqu’à nos jours (2). Cette progression des salaires

(It La 'hausse considérable des salaires qui s’est produite depuis la c^uerre permet, semble-t-il, de se faire une idée plus exacte de l’inüuence exercée par les divers facteurs que mettent en evidence les différentes théories du salaire; on a vu, d’une part, le salaire s élever dans certaines localités, ou dans certaines industries, par suite de la rareté de la main-d’œuvre (théorie simpliste de 1 offre de la demande); d’autre part, l’augmentation au coût de la vie a été la raison invoquée très généralement par les salariés pour obtenir une augmentation du taux de leurs salaires, et cet argument a été pris en considération: on peut donc dire que la hausse des prix - facteur qui avait paru négligeable dans des périodes où les variations du coût de la vie étaient elles-mêmes très minimes — est devenue un facteur essentiel du mouvement des salaires ; cependant la productivité de l’ouvrier- due non à son rendement en nature, mais à la hausse des prix — donc sa productivité en valeur, sa « rentabilité .. pour le patron, a également Laucoup contribué à la hausse des salaires: les augmentations de salaires demandées, tout en étant justifiées par la hausse des prix, ont été accordées, parce que l’employeur gagnant, par suite de cette même hausse, davantage, a pu y consentir. Souvent même les chefs d’entreprise ont spontanément offert des salaires de plus en plus élevés pour obtenir une main-d’œuvre qui, en leur permettant d accoître leur leur production, leur permettait d’augmenter leurs prolits.

(21 En France, les salaires ont plus que doublé au cours du xix® siècle; les hausses les plus fortes ont eu lieu entre 1850 et 1860, et entre 1870

gt 1880. Voir le graphique de la page 446. Consulter aussi sur ce

point les ouvrages déjà cités de M. Gide, Economie sociale, p. 61 et suit.,

CHAP. V. REVEMJ DU TRAVAILLEUR SALARIE l LE SALAIRE 43a

atteste une participation de la classe ouvrière dans l’accroissement du revenu global des producteurs. On s’est toutefois demandé si la part des salariés dans le revenu global croissant était plus ou moins que proportionnelle à son accroissement, et si c’était le travail ou le capital qui avait le plus largement bénrticié de raccroisseiuent du revenu global.

Le problème, posé depuis longtemps déjà, était résolu en sens opposé par Dasliat et par Rodbertus, dont les thèses respectives ont été reprises et précisées par deux économistes contemporains, M. Yves Guyot Qi M.E. Chalelain{\^). Itodbertus, suivi par Al. Châtelain, affirme que le salaire de la classe ouvrière « constitue une fraction de plus en plus petite du revenu social ». Bastiat, au contraire, suivi par M. Vve. Guyot, allirme que la part absolue des capitalistes dans les produits totaux augmenle, mais que leur part relative diminue. A vrai dire, c’est là un de ces problèmes qui ne peuvent se résoudre qu’avec le concours de la statistique, et les statistiques, en celte matière, manquent totalement de précision (2). Cependant, SI l’on admet qu’elles présentent un degré d’exactitude suflisant pour les besoins de la démonstration, on doit constater que, conformément à la thèse de llodberlus, la part du travail salarié dans le revenu global va en diminuant (3).

et de M. LEVAS^EUR, Salaires et salariat, pç. lit et 145 et le livre de

M. ViLLEY, La question des salaires (1" partie).

(1) Poursuivre leur polémique, consulter notamment les Questions pratiques de législation ouvrière ejanvier et mai 1907), le Journal des Economistes (juillet et août 1907. et juillet 1912). le Journal de la société de statistique de Paris (février et avril 1909), la Revue économique internationale (juillet et septembre 1910, et nov. 1912). — Voir aussi Yves liCYor, la Science économique, page 303 et l’art, de M, Châtelain, Introduction d l'étude d'un problème de répartition, Rev. d'écon. polit., janvier

(2) .M. Yves Guyot se sert notamment des statistiques du Census améiicaiii, qui sont parmi les plus compréhensives, mais aussi parmi les plus fantaisistes des statistiques ofllcielles. Cependant, leurs résult.ils concordent assez sur ce point avec d'autres sources. MM. de Lavekgne et Paul Henky dans leur ouvrage sur La richesse de la France (pp. 119, 197 199), établissent que, entre 1826 et 1906, la part du travail dans le revenu global serait tombée de 64,48 a 56, 3-* 0/0 du revenu global, taudis que celle du capital serait passée de 34,52 à 43,66 0/0; et l’augmentation des salaires n’auiait été que dans le rapport de 1 à 2.75, tandis ([ue celle du revenu du capital aurait été dans le î apport lie 1 à 4.

(3; fouteloi^, comme dans la période considérée, le taux de l’inté-

LIVBE II, KÉPARTlTlOn

K e — Le revenu annuel du salarié et la durée du travail : le chô- ^ maga. — Chômage volontaire et involontaire. — Remedes au chô-

mage : le placement.

Nous avons admis jusqu’ici que, |)Ouc connaître le revenu annuel de l’ouvrier, il sullira.l de multiplier le salaire journalier par le nombre de journées de travail eireclif.JUais, pour obtenir ce nombre, il ne suflit p is de dé.luire des db.) jours de l’année les diumnches (1) et jours fériés. H faut tenir compte aussi des journées pendai t lesquelles l’ouvrier, accidentellement empêché de travailler, ne reçoit pas de salaire, autrement

dit les journées de

Si l’on fait abstraction du cliùma^-e volontaire des ouvriers paresseux ouinslables qui travaillent irrégulièrement, on peut

distinguer jdusieurs causes de chômage. ,

U y a d’abord le chômage volontaire, mais collectif , des ouvriers qui font grève. • • ,

11 y a ensuite le chômage involontaire des ouvriers qui n ont

pas d'emploi.

Knlin, il y a le chômage involontaire résultant de va maladie

ou d’un accident. .

Ce dernier cas de chômage ne résulte pas de 1 organisation

économique, et nousn’aurôns pas à mius y arrêter. Il convient

seulement d’observer ijoe la maladie n’est pas seulement poui

l’ouvrierune on a ion do dépense, mais qu elle comporte aussi

une diminution immédiate du revenu. Tandis que les gros et

moyens salariés de l’Etat, ou des entreprises privées, payes au

mois, reçoivent leur traitement intégral, lorsque 1 interrup.

tion du travail n’est pas de très longue duree, les travailhuirs

manuels, payés, à la journée subissent une réduction de sa-

rêt et des profits a diminué, chaque unité du capital est moins rétribuée à la lin de la période qu'au début, et U. Yves Guyot observe justement que l'angmeiilation de la put du capital s explique par le fait que le capital employé dans la production a augmente dans une proportion plus grande que le nombre des ouvriers. Il n en est pas mmus vrai que la part des capitalistes dans le revenu global augmente tandis nue celle des salariés diminue corrélativement. U losteiait a examiner si le nombre des capitalistes s est accru relativement plus que celui

tles salariés.

(1) Ou autres jours de repos hebdomadaire.

BIÎVE:,!) 00 T«A,AU.1.E00 SALABIÉ IK SALAIRE 437

laire dès qu’un maladie ou un accident les contraint il aban-

irctmage volontaire et colledif résnllant de la ' ^ ^ «raadéià daos Quelles circonstances il se pro-

Brèves dans un pays donné, étant très variable dune annèf à l’autre. Mais il nous reste à donner quelques iiidicalions sur l’innuence que celle sorte de cbémage exerce sur

‘"'’'Nous“"avons"™'prust’nrq^ >l« fr'

tis^nrà un sule“ s^n nioinsV^'-l. l’our dresser le bi-

l in des crèves, il faut mettre en lace des aogmenlalions de s i fre obtenues os pertes de salaire subies du tait du chômage !:,;nqué par la grève (I). Ces, .lertes sont rial, les d’une année è l’autre, four la décade résulte d’une étude faite en France par les soins de 1 Ofhce du travail que les salaires ainsi perdus par les ouvriers français

auraieuhné d’environ quatre-vingts franc, en ^

ciévinte - le gain aurait été une augmentation mo}enne de sa-

faire de trente-deux centimes par jour pour chaque ouvrier ce qui fait que deux cent qiiarante-lioisjours de travail par ouvrier ontéL nécessaires pour réparer les “

clièiiiage volontaire (2). Certaines années ont été encore beaucoup ,dus onéreuses à l’ensemble des grévistes : ainsi, a lasuile Iles .'rêves de IflOf, il a fallu neuf cent journées de travml pour compenser les salaires perdus par les augnien allons obtmiues. ihr contre, soixante-quinze jours ont snir, en

' "pas.mns à présent au chômage involontaire par ilé/aui d emploi. c’est-à-dire au chômage au sens le plus usuel du mol.

Cechôniageestessentiellen.entprofessionnelnldependavant

tout desoondilions techniques onde l’elaldu marche de ch, ique %

(1) Encore faudrait-il. pour être complet, tenir compte, ment du ctiôinaae des grévistes, mais du chitmage des satanés des m-

Sitf conmx-es. don*, le travail peu. se ?" f P" “ f

11 s’aeit bien entendu, de l’ensemble de la classe ouvrière , car

ceux des grévistes dont la grève a échoué ne reçoivent aucune com-

nensalion pour le chômage qu’ils se sont impose.

^ (31 Voir sur ce sujet Ch. Picqurnarp. Le bilan financier des grèves, Rev. d’éc. poL, 1908, p. 356 et les études publiées chaque annee dans e

Bulletin de l'Office du travail.

iii h

LIVUE II. REPARTITIOM

branche d industrie. D’abord certaines professions comportent des chômagessaisonniers : ainsi, dans l’industrie du bâliineiit, le mauvais temps provoque un chômage plus ou moins étendu en hiver. D autres subissent des crises qui obligent les chefs d’entreprise à licencier une partie de leur personnel. Mais, en dehors de ces cas, ou il s’agit d'un cliômage collectif, il existe en tout temps, par rapport aux ouvriers employés, une certaine proportion d ouvriers sans emploi. Celte proportion varie tout d abord selon la profession (I). Elle varie aussi suivant les époques : aux époques de prosfiérité, les chômeurs sont rares ; ils abondent, au contraire, aux époques de crise générale ou de dépression économique (2).

Enfin, la durée du chômage est encore un élément très variable, et d ailleurs difficile à évaluer avec les données statistiques dont nous disposons (3). Mais, quoiqu’il se manifeste d'une façon assez irrégulière, on peut dire que le chômage fait subir un très lourd dommage à la classe ouvrière, considérée dans son ensemble.

Il ne constitue pas, d’ailleurs, en lui-mème, une anomalie, un accident en quelque sorte pathologique ; il résulte de l’organisation même de la production, ha demande de travail fûtelle toujours suffisante pour répondre à l’olfre, il ne seraitpas toujours possible de mettre instantanément en rapport l'olTre

(1) M. Max Lazarü, dans son ouvrage Ze chômage et la profcxsiçn (Tli.,

1 aris, 1909), s est efforcé, par une méthode tout à fait rigoureuse, de dégager le coefficient de chômage projire à chaque profession ; il a constaté, d une catégorie de salariés à une autre, des différences allant de 0 ou 1 O/oo à 100 O/oo et plus.

(2) Voir notamment Le chômage en France en 1912, dans le Bulletin' de l'office du travail, février 1913, principalement p. 128 et suiv. Voir aussi 1 article de M. Ch. Hist, Relations entre les variations annuelles du chômage, les grèves et les prix {Rev. d'écon. pol., 1912, p. 748 et suiv.)

(3) Sur ces divers points, consulter l’ouvrage de MM. he Lavergne et 1‘aül Henry, Le chômage, p. 74 et suivantes. Voir aussi M. Hevbridge, Unemployment, a problem of induslry; Fagnot, Le chômage, et les discussions de 1 Association pour la protection légales de travailleurs, sixième série, numéro 1, Les problèmes du chômage — On mentionne aussi comme causes de chômage l’àge, l’instabilité ou le caractère personnel du salarié; mais, si ces conditions déterminent l’mridence du chômage, elles ne créent pas le chômage lui-même. Le chômage varie beaucoup d’une profession à l’autre ; or il n’y a vraisemblablement pas beaucoup plus d’ouvriers ûgés ou incapables dans une profession que dans l’autre.

y, REVENU DU TRAVAILLEUR SALARIÉ t LE SALAIRE 439

et la demande. De plus, l’adaptation de la production aux besoins ne s’opère que par des tâtonnements, qui supposent l’échec de certaines entreprises, l’arrêt ou la restriction de certaines productions. Enfin, l’équilibre une fois réalisé, l’évolution de la technique et de l’organisation économique ne tardent pas aie détruire ; et, pour adapter de nouveau la production aux besoins, des tâtonnements sont encore nécessaires qui impliquent des pertes de capitaux pour les chefs d’entreprises et des pertes de salaires pour les salariés (1).

Mais de ces constatations il ne résulte pas que le chômage ne puisse être restreint par un effort en vue de mettre en présence l’offre et la demande de travail, en d’autres termes par une organisation meilleure du placement.

Cette organisation peut comporter tout d’abord des entreprises privées, qui se chargent, moyennant rétribution, de mettre en rapports l'offre et la demande de travail ; tels sont, en France, les bureaux de placement, qui se chargent surtout de trouver du travail aux domestiques et à quelques autres catégories de salariés. Mais leur fonctionnement a donné lieu à des abus, et une loi du 14 mars 1904 a autorisé les communes à supprimer les bureaux de placement moyennant indemnité (2).

Un peu partout, d’ailleurs, la tendance est de faire du placement un service gratuit, effectué soit par les municipalités, soit par des groupements professionnels. En France et à 1 etranger il existe un grand nombre à' offices déplacement municipaux', toutefois quand ils sont gérés selon des principes bureaucratiques, ces offices s’acquittent de leur lâche d’une façon trop passive (3). Les groupements professionnels interviennent aussi très activement en ce sens ; en France notamment, les syndicats ouvriers et les bourses du travail (3) ont organisé

(1) Voir plus haut les chapitres relatifs aux crises.

(2) L’application de cette loi a d’ailleurs, .à son tour, donné lieu à des abus. Voir H. Amblard, L’application de la loi du ti mars 190i sur les bureaux' jie placement Th., Paris, 1900.

(3) Les bourses du travail françaises ne s’occupent qu’accessoirement du placement. Mais l’idée de e bourses du travail », ayant pour fonction de mettre en rapport l’offre et la demande, tout comme des bourses de marchandises, avait été émise dès 1844 par un économiste libéral, M. de Molinari, et l’expression de bourses du travail a continué à désigner en Belgique les offices de placement.

d’importants services de placement, et fournissent, en outre, aux chômeurs un secours de roule, ou viaticurn, pour leur permettre de chercher un emploi dans une autre localité. Certains syndicats patronaux s’occupent également du placement ; mais il existe entre ces deux catégories de groupements professionnels un esprit de rivalité et de détiance réciproques qui entrave leur tâche.

Le gouvernement allemand s’est elForcé, depuis 1894, de faire coopérer les municipalités et les groupements patronaux et ouvriers, en organisant des bureaux déplacement paritaires, généralement entretenus ou subventionnés parles municipalités, avecun conseil de direction composé de membres patrons et de^ membres ouvriers en nombre égal, plus un président qui n’est ni patron ni ouvrier. Ce système, étudié par un grand nombre de commissions envoyées en Allemagne, tend à se généraliser dans divers pays. En France, les offices de placement à base paritaire ont été considérablement développés depuis 1914-, sous l’impulsion du Ministère du Travail. L’action des offices municipau.x est désormais coordonnée par des offices régionaux, et par un office central, établi à Paris (1). L Angleterre, d autre part, organise à son tour le placement d une façon systématique par la création de labour exchanges ou bourses du travail, au sens originaire du mot. Quoique les statistiques du placement soient fort incomplètes, il est permis d’affirmer que les progrès réalisés dans l’organisation du placement sont suivis d’un recours toujours plus étendu aux offices chargés de l’assurer : c’est par millions aujourd’hui que se comptent les salariés placés annuellement par les bureaux paritaires allemands et les « bourses » anglaises (2).

Cependant, l’organisation la plus rationnelle et la plus active du placement ne peut, pour les raisons exposées plus haut, que restreindre le chômage, sans le faire disparaître. Le chômage reste, pour la classe ouvrière dans son ensemble, une charge, et pour le salarié considéré individuellement un risque,

(1) L’intervention de ces offices a grandement contribué à éviter la crise de chômage au moment de la démobilisation. Le chiffre des placements effectués par leurs soins a considérablement progressé •

1 s’est élevé de 96.000 en 1916 à 794.000 en 1919.

(2) Voir le Bulletin de l association internationale pour la lutte contre le chômage (septembre 1913) consacré entièrement aux statistiques du placement. Cf, aussi Bulletin de l'Office du travail, passim .

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