CHAP, 11. TECH.MQLE ET INDUSTRIE
la forme d'organisation industrielle qui correspond le plus exactement à l’économie familiale (1).
La seconde forme est celle du travail loué. Certains individus, spécialisés dans un travail industriel, quittent la famille, et vont porter leur travad au domicile d’autrui *
quelquefois, ils travaillent chez eux — tels les tisserands
parce qu’ils ne peuvent ‘ transporter leur machine. xMais, dans les deux cas, la matière première est fournie par le consommateur: le producteur échange déjà son travail h un prix détermine . mais c est plutôt un salarie qu un entrepreneur.
Au contraire, av'ec 1 organisation du métier^ nous voyons apparaître 1 âtr/iVaiz chef d entreprise j il est propriétaire de la matière première et des outils, et il vend, non son travail, mais le produit de son travail, l^e plus souvent, il travaille sur commande ; il peut cependant fabriquer aussi pourles marchés ) hebdomadaires ou les foires annuelles ; mais son débouché *' est généralement local. Le métier est, par excellence, la forme ' d’organisation industrielle qui correspond à l’économie tir-
I haine.
0’ Aux XV 11 et xv'iii® siècles, 1 extension des marchés appelle une organisation commerciale, qui transforme, en bien des cas, le métier en industrie a domicile . Lntre le consommateur, désormais lointain, et le [iroducteur se glisse un intermédiaire, système « laisse tout d’abord subsister intact le mode antérieur de production, et se borne à organiser la j vente. Le chef de l’exploitation est un entrepreneur marchand, qui, en dehors de ses propres ateliers, occupe dans leurs maisons un grand nombre d’ouvriers (2).
Ces ouvriers peuvent être d’anciens artisans qui, au lieu de , produire pour un grand nombre de consommateurs, produisent ' pour un seul marchand. Ou bien, ce sont d’anciens ouvriers salariés qui ne reçoivent plus du consommateur, mais du I marchand, la matière première qu’ils sont chargés de travailler. Ou encore, ce sont des familles de paysans qui pro- , duisent pour le marché les anciens articles de l’industrie do-
(1) Notons toutefois, avec Bûcher, que « sous cette forme, l'industrie t est plus ancienne que l’agriculture » et qu’on la trouve chez des
peuples nomades ou pêcheurs.
(2) Tels sont encore, en partie, les caractères de certaines industries modernes, notamment de l’industrie lyonnaise,
Nogaro «
mestique ; l’intermédiaire se charge de les jeter sur le marché du monde.
Aux petits producteurs, qui ont encore, au commencement, une position assez indépendante, tantôt l’intermédiaire avance le prix d’achat de leurs produits, tantôt il leur fournit la matière première et les paie alors à la pièce ; parfois môme, les outils principaux lui apparliennent (métier à tisser, machine à broder, etc.). Peu à peu, les petits producteurs n’ayant qu’wu acheteur tombent dans une dépendance toujours plus éîroite ; V intermédiaire devient leicr patron, eux sont des ouvriers (I). »
Enfin, apparaît un dernier mode d’organisation industrielle, celui qui domine l’époque contemporaine: Xsi fabrique. la fabrique, les ouvriers sont groupés dans des ateliers, sous \di direction du patron, qui répartit entre eux les tâches. La fabrique « décompose tout le travail nécessaire à la confection ü’un produit en ses éléments les plus simples; elle sépare les travaux pénibles des travaux faciles, ceux qui se font mécaniquement de ceux qui réclament l’intervention de l’intelligence, ceux qui sont qualifiés de ceux qui ne le sont pas. Elle en arrive ainsi à un système d’opérations successives, et se trouve en état d’occuper en môme temps et successivement les forces humaines les plus diverses : ouvriers faits et ouvriers non formés, des hommes, des femmes, des enfants, des travailleurs manuels et intellectuels, des techniciens, des artistes et des marchands » (2). C’est cette décomposition du travail qui a favorisé l’introduction du machinisme, et qui a, grâce aux inventions de la science moderne, fait passer la fabrique de l’état de manufacture à celui de machina- facture. Mais, quels que soient les perfectionnements apportés par le machinisme à la production industrielle, les principes essentiels éf organisation, qui sont la concentration et la décon>poâition du travail, sont apparus avec la manufacture (3).
1) K. Hucher, op. cit., p. 139.
(2) K. Bûcher, op. cit., p. 141.
(3) Voir cependant ce qui est dit plus loin au sujet de l’intéj;ratioi), 2* îection, chap. iii, § 2.