‹ Traité élémentaire d'économie politique [microform]Chapitre 179 sur 192 · LIVRE IV. RÉVELOPPEMENT DE LA PENSEE ÉCONOMIQPE · texte numérisé non relu

LIVRE IV. RÉVELOPPEMENT DE LA PENSEE ÉCONOMIQPE

moins intenses ; le sort de la classe ouvrière n’a cessé de s’améliorer peu à peu.

Ainsi, il est apparu que la science historique ne permettait pas de prévoir, comme Karl Marx avait cru pouvoir le faire, le sens de l’évolution economique. 11 a fallu reconnaître que, contrairement aux prétentions du maître et de ses disciples immédiats, le socialisme ne pouvait être « scientifique ». Le a collectivisme » — c’est ainsi que la doctrine de Karl Marx a été dénommée par ses adeptes français — est redevenu, comme tous les autres systèmes socialistes, un idéal correspondant à des préoccupations de justice sociale, dont Karl Marx prétendait vainement se défendre. Le plus qu’on en puisse dire est qu il ne semble pas contenir de contradiction interne, et que 1 on peut, par conséquent, se proposer de le réaliser, ou du moins de s’en rapprocher (1). Mais il faut ajouter que le collectivisme intégral reposerait sur une organisation de la production essentiellement différente de celle que nous connaissons (2), et dont le fonctionnement reste absolument problématique (3).

Cependant, tandis que le collectivisme, formule extrême et absolue du socialisme d’Etat, se dissolvait ainsi sous la critique, non seulement des économistes, mais des écrivains socialistes eux-mêmes (4), l’idée d’une intervention plus large

(1) On trouvera un exposé moderne des conceptions collectivistes dans G. Renard, Le régime socialiste, et dans Vandervelüe, Le collectivisme. Voir aussi Jean Jaurès, Etudes socialistes ; Tougan-Baranowski. L'évolution historique du socialisme moderne,

(2) Rappelons en effet que le régime individualiste dispense l’Etat de toute intervention directe dans le fonctionnement des entreprises et que leur action est coordonnée par un régulateur très imparfait, il est vrai, mais efficace, qui est dans le mécanisme de la détermination des prix. Or un collectivisme intégral, qui engloberait jusqu’aux plus petites exploitations rurales, poserait à la fois le problème de l’organisation interne de chaque exploitat:on et de lu coordination de la production.

(3) Sans doute est-il permis de maintenir ici le texte de [la première édition, malgré l’expérience tentée en Russie. Elle donne du moins un intérêt particulier à l’ouvrage de Lénine, Staat und Révolution, publié à Berne en 1918. Voir l’article de M. Ch. Rist, La doctrine socialiste de Lénine. Revue d’Econ. polit., 1918.

(4) Voir W. SoMBART, Sozialimus und soziale Bewegung im Jahrhundert, Bernstein, Die Voraussetzungen des Sozialismus. — G. Sorel, La décomposition du marximeet Simkhovitch, Socialismo contre marxisme.

les doctrines de la nationalisation du sol 571

de l’Etal sur le domaine économique apparaissait de plus en plus comme conforme aux nécessités de l’économie contemporaine. Déjà, au milieu du XIX* siècle, Michel Chevalier, ei Lrlüul Dupont-While (1) avaient protesté, en France, contre le dogme de la non-intervention de l’Etat. En 187-, le congres d’Eisenacb, qui réunissait un grand nombre d économistes et de ^.IcoùsuUes allemande, s'ellorea de réhabdUer contre l'école de les fonctions economiques de l Etat .sans

vouloir tracer une ligne de démarcation précise entre les domaines de l’initiative privée et celui de l intervention étatique, ces socialistes de la chaire, comme on les a appelés (parce que c’étaient, pour la plupart, des professeurs) ont cru (l’abord devoir constater l’évolution qui étend, en fait, les allributions de l’Etat, et, de plus, préconiser celte extension,

dans les circonstances où elle semble opportune (-). U co

vient d’ajouter que le développement récent de la

industrielle, des assurances sociales, des monopoles d Liai e des entreprises municipales, mettent cette conception doctrinale en accord avec certaines constatations de faits (o).

8 12 — Les doctrines de la nationalisation du sol, et les déductions ^ socialistes de la notion de rente ; Henri George ; les socialistes Fa-

biens.

En même temps que des projets de socialisation intégrale, se développaient peu à peu des projets de socialisation, ou de

— Sur la littérature socialiste en général consulter STAMMUAMMER,Bièbo-

graphie des Sozialismus und Communismus, - i » j Aa la

(1) Voir ÏIndividu et VEtat (1847) et la préface a la traduction de la

Liberté de Stuart Mill fl860). ,

(2) Consulter notamment les ouvrages du professeur A. VVagner de

Berlin : sa Grundlegung (trad. franç., chez Giard et Brière, Les fondements de l-Economie politique) et son livre Fmanzmssenschaft und Staats-

(3) Les attributions économiques de l’Etat pendant la guerre on encore considérablement accrues dans les pays belligérants , mais,

dans certains pays, comme la France, une réaction se pro ®

cet inlervenlionisme ; dans d'autres au contraire, no a Allemagne et dans l’Europe centrale, il tend à se consolider forme permanente et systématique, de manière a oimer a contrôle suprême sur l’organisation de la production, oir p us a , p. 83.

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nationalisation du sol. La propriété du sol a été longtemps considérée comme la propriété par excellence ; et, pendant longtemps, les critiques socialistes s’en sont prises tout particulièrement à elle. Cependant, avec le développement e la richesse mobilièrè et des « capitaux circulants », ces conceptions eussent peu à peu perdu leur portée théorique SI la théorie de la rente n’était venue leur rendre une signiication précise. I.a rente du sol, si vigoureusement mise en lumière par Ilicardo, apparaissait non seulement comme étant essentiellement un revenu sans travail, une plus-value non gagnee^ {unmrned incrément), mais aussi comme un revenu destine a s accroître indéliniment avec le progrès de la civilisation. Aussi vit-on luentôt des auteurs, tels que Stuart Mill, demander la conhscalion au moins partielle de ce revenu au Q . IJn publiciste américain, Henry George

(lHd.M89y), dans un ouvrage qui eut un grand succès, Progressand Povertg (1879), poussa les conséquences de la thèse ricardienne à l’extrême : il afiirma, sans démonstration bien précisé, mais avec conviction et éloquence, que la rente loujour.yroissante perçue par le propriétaire foncier absorbait tout 1 accroissement du revenu social dû au progrès de la pro- ( uction : et il conclut en en demandant la confiscation par 1 impôt, par un impôt unique, comme celui des l‘hysiocrates par la single tax (1). Cette doctrine eut un grand succès dans les pays neufs, où la rente foncière se manifestait d’une façon éclatante, notamment aux l'^tats-Cnis et en Australie ; et il se

constitua des ligues pour préconiser rinlroduction de la sinqle tax. ^

D’autres auteurs allèrent plus loin encore, du moins en apparence, en réclamant la reprise du sol par l’Etat, la nationalisalion du soL Telle fui la thèse soutenue, dès 18o3, par l'économisle allemand Gossen, dans un ouvrage ingénieux (2). qui passa d’ailleurs inaperçu ; puis, un peu plus tard, par l’économiste français Léon Walras, professeur à Lausanne, dans ses leçons sur la Théorie générale de la société (1867) (3), et par

George et les doctrines de la nationalisation du sol, consulter l ouvrap de M. Edouard Kscarra, Nationalisation du sol et

'‘T’ Da'>aschke,Z)ic Bodcnrc/orm.

(2 Enlwickelung der Gesetze des menschlichen Verkehrs.

(oj Voir ses Etudes d'Economie sociale.

les tendances doctrinales contemporaines

le naturaliste anglais A. R. Wallace (1). Mais songent au total qu’à une expropriation avec indemnité, nature à réserver à l’Etat tout ou partie de la rente future On peut voir dans celte doctrine un moyen de concilier 1 in dividualisme avec certains desiderata socialistes : la rente étant, comme nous l’avons vu plus haut, un revenu du au milieu naturel ou social, il est logique que ce revenu appartienne à la société. On peut y voir aussi un moyen de pousser l individualisme jusqu’à ses conséquences extrêmes ; «ar, dans ce système, riniliative de la production reste a 1 individu, mais l’Etat se trouvera désormais en mesure de fournir a chaque individu un capital pour favoriser cette initiative. Cepem an , il apparaît, si l’on donne aux doctrines de la confiscation de la rente une telle portée théorique, qu’il faut considérer non plus seulement la rente du sol, mais la rente au sens large qui est .Généralement adopté dans l’économie politique contemporaine. Telle est, en effet, à peu près la position adoptée par certains socialistes fabiens, notamment par Al. et Al"** Webb, qui te dent au collectivisme (2).

8 13 - Les tendances doctrinales contemporaines : libéralisme j. interventionnisme ; solidarisme : socialisme chrétien : guild socialism et syndicalisme révolutionnaire*

Le développement scientifique de la pensée économique a créé une atmosphère peu favorable aux systèmes doctrinaux. De plus en plus, il apparaît que c’est déjàune tache fort ardue, et bien loin d’être achevée, que de comprendre et d exposer le mécanisme de la vie économique dans la société actuelle , décrire par avance une organisation économique basée sur d’autres principes, comme le serait, par exemple, le collectivisme, semble aujourd’hui une lâche inaccessible. En tous cas, un effort de ce genre dépasserait de beaucoup les limites

(1) La nationalisation du sol, sa nécessité et son but (1882). Voir A. Métin, Le socialisme en Angleterre.

(2) Voir les Fabian Essays et les Fabian tracts. Toutefois, les Fabiens, qui sont des socialistes anglais, ne sont nullement révolutionnaires ; ils s’intitulent fabiens du nom de Fabius cunctator, le temporisateur. Et, en pratique, ils s’occupent surtout de réaliser, par la législation ouvrière, un corameucement de socialisme d Etat.

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