LA NOTION DD CREDIT
bailleur de fonds. Au total, il n’y a, au point de vue de leur rôle dans la production, qu’une légère différence de degré entre l'actionnaire et l’obligataire, qui est un simple prêteur. L’un et l’autre fournissent immédiatement une somme de monnaie à une entreprise, qui devra la leur restituer ultérieurement, soit à un terme tîxé, soit à la dissolution de la société. Dans l’un et l’autre cas, il y a tous les éléments caractéristiques du crédit : l’élément subjectif de confiance et surtout l’intervalle de temps séparant la prestation de la contre-prestation; il y a, enfin, à un autre point de vue, un transfert de capital, privant le prêteur de son usage au profit de l’emprunteur : et cela reste vrai, encore que, en négociant ses titres, le détenteur de valeurs mobilières, puisse céder sa place à un tiers ; car, si la personne change, l'opération reste la môme.
La véritable nature économique de la souscription d’actions apparaît, d’ailleurs, nettement lorsque l’on étudie son mécanisme pratique. Cette souscription s’opère, en effet, pour la plus grande part, par les mêmes voies que la souscription d’obligations et de fonds publics. Et nous verrons qu’elle constitue non seulement l’une des manifestations, mais la manifestation la plus importante du crédit à la production ; car elle permet de recueillir les capitaux disponibles pour les faire passer aux entreprises qui se créent (1).
§3. — La monnaie, instrument primordial du crédit.
On peut dire que tous les contrats qui représentent une opération de crédit de quelque importance pratique sont des contrats pécuniaires, en d'autres termes, des contrats où l’une au moins des prestations a pour objet une somme d’argent (2). Et, en effet, si c’est sous la forme de monnaie que la richesse se conserve et s’accumule le plus aisément, c’est aussi sous
(1) Ces observations ne nous empêcheront pas de constater que, du point de vue de la répartition, le revenu de l’actionnaire est un revenu de chef d’entreprise et se détermine comme tel. Voir livre II.
(2) Le prêt à usage ou le prêt de consommation portant sur des marchandises fongibles autres que la monnaie sont sans importance notable, et comme, d’ailleurs, ils sont généralement gratuits, ils rentreraient moins dans la notion d’échange que dans celle de donation.
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cette forme qu’elle se prête le mieux à un transfert, et que son transfert est le plus utile : peu encombrante de sa nature, et souvent transmise par simple jeu d’écriture, la monnaie est, de toutes les richesses, celle qui se déplace le plus facilement, et la seule qui puisse être également utilisée partout preneur, puisqu’elle est immédiatement échangeable contre toute marchandise ou tout service. La monnaie est donc, par excellence, l’instrument de transfert des capitaux ; c’est, en d’autres termes, Vhistrument primordial du crédit.
On a cependant coutume, dans les ouvrages d’économie politique, non seulement de distinguer la notion de monnaie et celle de crédit, mais môme de les opposer l’une à l’autre. C’est à tel point que certains économistes prennent chacune d’elles comme criterium de deux phases successives de l’évolution économique.
Cette distinction correspond, sans doute, à une réalité : une économie à crédit possède, en outre de la monnaie, des institutions qui permettent de la mieux utiliser. On la caractérise à la fois par l’existence de divers instruments de crédit, et par celle des banques.
Parmi les instruments de crédit, on cite généralement la lettre de change, le billet à ordre, le billet de banque, et même le chèque ; et l’on attribue ensuite au crédit, en dehors de sa fonction propre, un certain nombre d’autres vertus, notamment celle de faciliter les paiements entre places éloignées et de se substituer à la monnaie métallique: on qualitie, en effet, certains de ces instruments de monnaie tiduciaire. Cependant, s’il est vrai que le crédit se mêle parfois aux opérations de paiement et de change, l'utilisation des effets de commerce dans ces opérations se rattache surtout à une autre notion. Et, d’autre part, si la lettre de change et le billet à ordre peuvent servir à des opérations de crédit indépendantes de la banque — en ce sens que le fournisseur tait lui-même crédit à son client, — le chèque n’y peut contribuer que par sa place dans l’ensemble des opérations de banque : il constitue le moyen usuel de retirer les sommes déposées, et c’est, comme nous l’avons vu, la pratique même du dépôt en banque qui permet de développer le crédit. C’est, en effet, la banque qui développe le crédit : d’abord par le fait seul qu’elle perfectionne le mécanisme des échanges, et rend ainsi disponible une forte part des espèces monnayées ; ensuite, parce qu’elle