CHAPITRE II
Les déîauts d’adaptation de la production et les crises.
§ 1. — Equilibre et déséquilibre dans l’organisation individualiste
de la production.
Nous venons d’expliquer comment la production tend à s'équilibrer, dans une organisation essentiellement individualiste comme la nôtre. En règle générale, la continuité de la demande et son accroissement, — qui s’exprime souvent par une hausse du prix, — entretiennent et stimulent l’activité productive, lorsque celle-ci répond à un besoin. Au contraire, quand le producteur ne rencontre pas de demande, ou du moins qu’il ne trouve pas acheteur à un prix suffisant pour couvrir ses frais de production, il ne tarde généralement pas à se retirer, et à porter son activité ailleurs.
Mais ce processus d’adaptation suppose qu'il y a, momentanément du moins, des individus qui ne trouvent pas à exercer efficacement leur activité économique, et qu’il y a des entreprises qui doivent être abandonnées, sans même avoir amorti leur capital. Ainsi, la tendance à l’équilibre que nous avons étudiée au chapitre précédent implique nécessairement un certain déséquilibre organique de la production. A un moment donné, l’équilibre de la production n’est jamais parfait, et l’on constate toujours certains défauts d’adaptation.
C’est que, d’une part, la direction donnée aux activités économiques individuelles est souvent basée sur des hypothèses, et que, d’autre part l’adaptation de la production aux besoins supposés ou démontrés exige du temps.
Ainsi, d’abord, celui qui offre un produit ou un service nouveau en est nécessairement réduit à des conjectures sur la demande ou, autrement dit, sur le débouché qu’il va rencon-
CHAP. II. DEFAUTS d’aDAPTATION DE LA PRODUCTION 335
trer. Par contre, celui qui offre un produit connu est à la merci, soit d’un changement brusque dans les conditions techniques de sa production (par exemple l’action du phylloxéra sur les vignobles), soit de la découverte d’un succédané de ce produit. De plus, même lorsque le producteur se trouve devant un débouché bien établi, il ne peut guère savoir exactement d’avance dans quelle mesure le public s’adressera à lui ; par exemple, les produits d’épicerie sont d’un usage universel, mais celui qui veut en faire le commerce n’est pas sùr, là où il ouvre sa boutique, d’en vendre suffisamment pour couvrir ses frais. Cette ignorance du débouché individuel est cause d’une grande déperdition de forces et de richesses, très manifeste notamment dans le petit commerce et la petite industrie.
La précision des cours, sur un marché régulièrement organisé— comme celui d’un certain nombre de produits agricoles notamment — ne constitue pas davantage un régulateur infaillible : car les fluctuations des cours fournissent seulement des indications sur les tendances probables du marché ; elles sont diversement interprétées par les spéculateurs, les commerçants, et, finalement, par les producteurs eux-mêmes ; de telle sorte que l’offre peut rester inférieure à la demande ou la dépasser. — Enfin, même lorsque les indications du marché orientent les activités économiques dans un sens tout à fait conforme aux besoins, l’adaptation est subordonnée à la lenteur du processus productif', il faut des années pour mettre en exploitation des terres nouvelles, pour créer des moyens de transport, pour installer des usines, pour aménager des mines. La production peut donc, pendant fort longtemps, ne pas répondre à l’appel de la demande, malgré le stimulant de la hausse des prix. Il y a plus : lorsque les moyens de production sont constitués et commencent à fonctionner, comme les chefs d’entreprise n’étaient pas toujours instruits du nombre et de l’importance des entreprises concurrentes, il arrive parfois que la production se trouve tout à coup surabondante. Et, malgré la baisse de cours qui se produit, elle ne se règle pas aisément ; car les capitaux fixes, pour employer la terminologie classique, c'est-à-dire l’outillage, les bâtiments, etc., ne peuvent guère changer de destination : on ne saurait transformer une distillerie en une filature. Il faut donc que certains chefs de maison abandonnent leur entreprise,
336 PART. III. L ÉqCILIBRE DE LA PRODUCTIO.'S ET LES CRISES
OU qu’ils se contentent d’un rendement médiocre, etsacriüent une partie du revenu du capital pour ne pas perdre le capital lui-même, — à moins que les producteurs ne se concertent pour se soustraire à l’action de la concurrence et ne parviennent à relever leurs prix de vente en instituant un monopole (cartel) (1). Mais nous avons vu que le régime du monopole lui-même est loin d’impliquer une adaptation normale de la production au besoin.
Ainsi, il y a, à tout moment, une proportion notable d entreprises dont la production reste inférieure aux besoins, ou, au contraire, les excède; il y a des capitaux qui se perdent, ou qui sont insuffisamment utilisés, et des individus qui chôment d'une façon plus ou moins complète (2). En résumé, si les activités productives t.endent, d’une façon générale, à sé coordonner par le jeu spontané des échanges libres, leur coordination n'est cependant pas parfaite.
, § 2. — Influence des relations techniques et du crédit
sur la généralisation des perturbations économiques. Les crises. '
ï comprend aisément que la ruine ou la situation difficile
de certaines entreprise.s ait une répercussion sur d’autres entreprises, et que les perturbations qui se produisent, par suite d’un accident quelconque, dans certaines branches de 1 activité économique tendent à se généraliser plus ou moins. Ainsi, lorsque, par suite d’une restriction du débouché ou d une évaluation trop optimiste de son accroissement, une industrie manufacturière se trouve atteinte, le malaise qu’elle éprouve rejaillit sur les producteurs de matières premières et aussi sur les entrepreneurs de transports, — à moins qu’ils ne trouvent une compensation par ailleurs. La généralisation des perturbations de la production s'explique donc tout d’abord par les liens techniques qui existent entre les diverses industries.
Mais il y a un autre facteur essentiel de généralisation des
(1) Sur rinüuence des cartels en cette matière, voir A. E. Sayous,
La crise allemande^ 1900-1902. ’
(2) Sur les arguments tirés de cet état de choses par les critiques socialistes, voir le dernier livre: Le développement delapensée économique.
CHAP. II. — DÉFAUTS ü’aDAPTATIO.Ÿ DE LA PRODUCTIO.N 337
perturbations économiques, c’est le crédit, et principalement le crédit qui se fait par 1 intermédiaire des banques. Nous avons vu, en elfet, que. si le crédit fourni parles banques contribue considérablement au développement de la production, en permettant d utiliser le.s moindres parcelles de capitaux momentanément di.sponibles, il a d’autre pari pour ellel de faire reposer la production sur une base instable. Le banquier prête à l’un ce qu il doit à un autre ; et il prête à terme — encore qu à court terme — des’ fonds qu’il doit restituer à vue. La nature môme du dépôt en banque le place entre deux oldigations qui peuvent devenir contradictoires. En cas d’une demande de retrait anormale, il se trouve exfiosé, soit à « couper » l’escomjite à ses emprunteurs habituels, soit à ne pouvoir rembourser immédiatement ses déposants. Dans les deux cas, lerubairas dans lequel le placent certains de ses clients se répercute sur toute sa clientèle ; et, comme ses clients appartiennent aux pro'^es.sions les plus diverses, il étend le malaise des entreprises atteintes les premières non seulement à des entreprises connexes au point de vue technique, mais aux autres entreprises de toute sorte. On peut donc constater que le crédit de banque porte à son maximum la généralisation des perturbations économiques résultant d’un accident de production quelconque.
L’est ain«i que, à certaines époques, la proportion des entreprises qui périclitent et des activités économiques qui ne trouvent pas à s’employer — notamment des ouvriers qui
chôment — devient très supérieure à la normale. On dit alors qu’il y a crise.
§ 3 — Les crises « générales et périodiques » ; notions générales.
L enchevêtrement des activités économiques, enchevêtrement qui résulte, comme nous venons de le voir, principalement des liens techniques qui unissent entre elles les entreprises, et de l’organisation du crédit, suffît à expliquer comment une perturbation, résultant d’une cause quelconque, dans quelque branche de la production, peut se généraliser et aboutir à une crise, à un moment quelconque.
^ remarquer que, principalement depuis le début du XIX* siècle, c’est-à-dire depuis que la production a Nogaro „„
338 PART. 111. — l’équilibre I)E la production et les crises
pris le caractère capitalistique que nous avons signalé plus haut, les crises les plus remarquables par leur étendue, par leur 'généralité, se produisaient avec une périodicité assez
régulière : à peu près de dix en dix ans.
Les historiens et théoriciens des crises sont, en etiet, à peu près d’accord pour signaler comme marquant des crises générales, et internationales, les années .
L’idée s’est donc présentée à l’esprit des économistes que ces crises n’étaient pas seulement l’effet de ces accidents qui peuvent se produire, à tout instant, par suite des hasards de la production, mais quelles résultaient de l' organisation capitaliste elle-même. On en est venu à penser que le processus productif a quelque chose de rijlhmique, qu’il comporte des alternances d’essor et de dépression, et que les accidents qui font éclater les crises n’y jouent que le rôle de causes occasionnelles : et celte conception a paru confirmée par le fait que les mouvements généraux des prix, attestés par les index-numbers , présentent — il est vrai, à travers de larges ondulations de plus longue durée — des mouvements alternatifs, et en quelque sorte, cycliques, de hausse et de baisse.
Enfin, on constate, en consultant les statistiques des prix, que les années de crise correspondant presque toujours, dans plusieurs pays à la fois, à la fin d'une période de hausse de prix, et sont suivies d’une chiite brusque des cours (2).
(1) 1904 pour les Etats-Unis.
(2) On peut s’en rendre compte en consultant des index-nunibers, par exemple ceux de Sauerbeek, reproduits pour les années 1846-1907 par M. Jean Lescijre, dans son ouvrage. Des crises générales et périodiques de surproduction, 2» éd. 1910, p. 604-605. Ce tableau montre, d’une part, des mouvements de prix très amples, d autre part, à 1 intérieur de ces larges ondulations, des oscillations plus restreintes: et, s il est vrai que l’on constate des chutes de cours, en dehors des périodes de crise, il faut ajouter que chacune — ou presque — des années mentionnées ci-dessus est suivie d une dénivellation brusque, et généralement assez notable, des prix.
Cependant M. Aftalion, dans son ouvrage sur Les crises périodiques ■ de surproduction, 2 vol. 1913, où il estime plus sage — en raison de l’insuffisance de la documentation sur les crises antérieures — de ne remonter qu’à 18'«7. reconnaît que, pour deux crises sur huit qu’il considère, la crise ne coïncide pas nettement avec l’arrêt de la hausse
CIlAP. II. DÉFAUTS d’adaptation DE LA PRODUCTION 339
Aussi M. Clément Juglar a-t-il défini la crise générale « la cessation brusque de la hausse des prix ». Mais la crise n’est précisément que le moment critique qui sépare une alternance de hausse et de baisse, ou, en d’autres termes, une période d'essor et une période de dépression, et c’est cette alternance qui serait essentiellement le phénomène à expliquer (1).
Dans son ouvrage, intitulé: Des crises et de leur retour périodique en France, en Angleterre et aux Etat-Unis, M. Juglar s’est efforcé d’établir et d’expliquer la corrélation qui existe entre la genèse, l’éclatement et la liquidation de la crise, et l’organisation du crédit : par l’analyse du bilan des principales banques d’émission, il a pu démontrer que les crises étudiées par lui correspondent au moment où leur portefeuille commercial — c'est-à-dire le montant de leurs escomptes — atteint son maximum, — tandis que l’encaisse tombe à son minimum. El il a donné de cette corrélation l’interprétation suivante: le développement du portefeuille commercial s’explique par le désir général qu’ont les chefs d’entreprise d'augmenter leur chiffre d’affaires (2) : en effet,
des prix. Ainsi, un arrêt de la hausse se produit, selon les index numbers des divers pays considérés, en 1863, 1864 ou 1865, puis les prix se relevent en 1866 pour ne fléchir qu’après 1866 ou 1867 : or on considère 1 année 1864 déjà comme une année de crise. Ainsi encore, la crise de 1881-1882 n’a été précédée que d’une seule année de hausse (1880) et déjà le fléchissement se manifeste en 1881, avant la crise.
Ainsi, d’une part la périodicité des crises n’est qu’approximative, d autre part sa coïncidence avec le développement cyclique des mouvements généraux des prix n’est pas absolue - du moins à en juger par les mdei-nurnbers. - On doit ajouter d’ailleurs que, si les courbes de prix sont sensiblement parallèles dans les divers pays considérés (France. Angleterre, Allemagne, Etats-Unis) — ce qui n’est pas surprenant, étant donné que les prix de gros enregistrés sont ceux de marchandises ayant un marché international - la crise éclate tantôt dans un pays, tantôt dans un autre, ce qui rend peut-être moins évidente l’idée de cycles périodiques,
(1) Dans son ouvrage sur Les crises de surproduction, M. Aftalion
lait d ailleurs remarquer que à ces « cycles .. de mouvements des prix correspondraient des fluctuations non seulement des prolît.s mais mlité faux de l’intérêt, voire même du taux de la na-
(2) Quant à la baisse de l’encaisse. M. Juglar l’expliquait par l’exportation de numéraire résultant de la diminution des exportations de marchandises, les pays étrangers diminuant leurs achats dans des pays 45U se manifeste une forte hausse des prix. - A uue époque plus rL
340 rAUT. 111. — l’équilibue de la production et les crises
altlrés par la hausse des prix, ceux-ci se font faire du crédit pour acheter, avec l’espoir de revendre plus cher encore, jusqu’au moment où certains d’entre eux, ne trouvent plus de conlre-|»arlie, ou du moins ne peuvent revendre qu'à'perte. Alors, c’est la crise. — C’est seulement quand les prix ont retrouvé un niveau normal que les affaires peuvent reprendre : après une péi iode plus ou moins longue de dépression, la confiance renaît, se développe, et alors réapparaît une nouvelle période d’essor, — avec laquelle commence un nouveau cycle, semblable au précédent.
" L’étude très pénétrante de M. .luglar, étayée sur de nombreux graphiques (1), établit, semble-t-il, d une façon décisive la corrélation qui existe — ou du moins qui a existé au cours du XIX* siècle — entre les crises et les oscillations signalées par
‘ lui dans le bilan des banques d’émission. Si, dans les dernières
années, un développement considérable du portefeuille des grands instituts d’émission a pu se produire sans aboutir, jusqu’ici, à une crise générale, il ne faut jias oublier que, par le relèvement progressif du taux de l’escompte, on est arrivé aujourd’tiui, en Eur ope du moins, à tempérer l’essor, et probablement à atténuer par là le.s risques de crise.
cenle, pour l’Allemapne en 1900, on a pu, avec plus de précision, attribuer la diminution de l’encaisse de la banque d'émission, dans le pays où se produit la crise, au retrait des capitaux étrangers, cf. Lescure, op. cit., P 445.
(1) On trouvera ces graphiques fort complexes en appendice à l’ouvrage de M. JuGi-AR. Nous reproduisons ici un graphique plus simple, emprunté à un rapport du même auteur au Congrès des valeurs mobilières de 1900; Les crises commerciales et financières et les crises économie ques générales. Rapport n® 95, t. IV. Les années marquées d’un carré noir sont des années de crise et celles marquées d’un carré en grisé correspondent à la fin de la liquidation ; il sera aisé de noter la corrélation des courbes indiquant les mouvements du portefeuille et de l’encaisse, conformément à ce qui est exposé.
342 PART. m. — l’équilibre de la prodüctio.n et les crises
Les travaux de M. Juglar mettent donc admirablement en relief le rôle du crédit dans les crises ; ils illustrent d’abord de la façon la plus précise ce qui a été exposé plus haut sur l’action exercée par le mécanisme du crédit dans la généralisation des perturbations économiques, et ils semblent en même temps donner une interprétation assez satisfaisante de la périodicité approximative des crises : en effet, comme, après chacune d’elles, il se produit une période d’hésitation et de recueillement, et qu’un certain temps est nécessaire avant de pouvoir remettre en train de grosses affaires nouvelles, la périodicité approximative des grandes perturbations économiques pourrait se trouver expliquée par le mécanisme du crédit, en même temps que leur généralisation sous forme de crises.
Cependant, nous avons noté plus haut que les crises sont apparues aux économistes contemporains comme la « conjoncture » critique de cycles successifs dans les mouvements généraux des prix ; or la hausse initiale des prix est prise par M. Juglar comme une donnée : c’est elle qui, d après lui, en invitant les producteurs à accroître leur chiffre d’affaires, provoque le développement anormal du crédit qui aboutira à la crise. Mais on doit se demander d’où vient ce mouvement initial de hausse ; c’est pourquoi les théoriciens qui se sont appliqués après lui à l’interprétation de ce phénomène ont cherché une cause plus lointaine à ce processus rythmique dont la crise ne serait qu’une manifestation ; et, revenant ainsi sur les traces des économistes antérieurs à M. Juglar, ils en ont cherché l’explication dernière dans l’organisation de la production proprement dite, en tenant compte à la fois de son caractère capitalistique et de ses conditions techniques.
Si l’on ne retient de ces nombreux et laborieux travaux que leurs résultats positifs, on peut dire que les causes profondes des crises, dues aux conditions organiques de la luoluction, se ramènent, au total, à celles que nous avons indiquées plus haut (§ l de ce chapitre), en y ajoutant des précisions de fait appréciables. En effet, l’organisation de la production telle qu’elle résulte de l’activité d’entreprises travaillant non seulement sur commande, mais pour le « marché », — et réglant par conséquent leur rendement sur le mouvement des prix et sur des débouchés momentanés ou même sur des espérances de débouchés — ne saurait comporter une adaptation parfaite de la production à la consommation ; elle ne peut réaliser un
CHAP. IT. DÉFAUTS d’aDAPTATIOX DE LA PBODUCTIO.N 34 3
équilibre approximatif que par des déséquilibres successifs. Par conséquent, si la crise proprement dite résulte de la solidarité établie entre diverses branches de la production par leurs relations techniques et par le jeu du crédit, la cause dernière en est dans cette imperfection nécessaire de l’adaptation de la production à la consommation ; et celle-ci se manifeste principalement dans les industries destinées à fournir les moyens de production.
En effet, ces industries ont de brusques périodes d'essor, au moment oü de nouveaux, procédés techniques se généralisent (création et extension des réseaux des voies ferrées, développement des industries électriques, etc). Or, elles exigent d’abord une large mobilisation de capitaux, en raison de leur importance et du fait qu’un grand nombre d’affaires se créent ou se développent simultanément ; celles-ci peuvent donc ne pas trouver jusqu’au bout Vappui financier qu il leur faut (ce qui fait que certains auteurs ont expliqué les crises par l’insuffisance de l'épargne). Ensuite ces capitaux sont au contraire immobilisés dans {'outillage nécessaire pour satisfaire à une énorme demande de produits de même ordre, à un moment donné ; et cet outillage risque de se trouver ptu après sans emploi suffisajit {{) ; en tous cas, c’est un fait bien connu que les « capitaux fixes » ne peuvent recevoir aisément une nouvelle affectation et risquent de se trouver inemployés avant d’avoir été amortis. Enfin, dans l’engouement des périodes de grandes innovations, les calculs, basés sur des espérances, sont fréquemment faussés, par suite soit de l’incertitude des données, soit de leurs variations : la hausse « générale », c’est-à-dire moyenne des prix qui précède les crises est généralement déterminée par la hausse des matières pre^ mières (charbons, métaux, etc.), résultant elle-même de l’intensité de la demande qui en est faite dans les périodes d’essor : ainsi se produit, comme l’observe M. Lescure, une hausse des coûts de production, qui, bien que provoquée par les intéressés eux mômes, déjoue leurs prévisions, et les conduit au déficit, ou restreint brusquement leurs débouchés (2).
(1) Certains auteurs, employant une formule un peu excessive pour exprimer cette idée, parlent d’une « demande temporaire, suivie d’une offre permanente ».
(2) Bien que la période d’après-guerre ne puisse être comparée à une période de crise cyclique, on peut constater actuellement des
PART. m.