‹ Traité élémentaire d'économie politique [microform]Chapitre 28 sur 42 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

DU JIEVENU DES AGENTS NATUEELS APPEOPEIÉS OU DE LA KENTE.

Drliiiilion de la renie. — La rente est toujours la rémunération d’un travail humain. Démonstration pour la terre. 11 eu est de iiiêine pour les découvertes et les inventions. —Théorie de la formation delà rente selon Piicardo. — Cette théorie s’applique aux rentes de toute nature. — La théorie de Ricardo est à certains égards inexacte et incomplète. — Objections de M. Carey. Fausseté des conséquences tirées par les socialistes de la théorie de Ricardo. — Conclusion.

La possession d’un agent naturel susceptible d’être approprié, eu totalité ou eu partie, confère un monopole naturel (ch. VIII) dont l’exploitation donne lieu à un revenu. Il y a longtemps en effet que l’on a constaté ce fait, que le propriétaire d’une terre par exemple retire de celle-ci un revenu qui est autre que celui que représente l’intérêt du capital consacré au défrichement et à la fertilisation du sol ou à sa facile exploitation. Le propriétaire d’une mine retire aussi de son exploitation quelque chose de plus que le simple intérêt et l’amortissement du capital qu’il y a employé; enfin l’inventeur d’une machine ou d’un procédé qui lui sert à l’exclusion d’autrui, à rendre au public un service quelconque, que celui-ci ne peut se rendre à lui-même qu’au moyen de frais plus considérables, profite en totalité ou en partie, de la différence entre les frais de production de ce service par les procédés anciens et ces mêmes frais par le procédé nouveau dans lequel il fait usage d’un agent naturel qu’il s’est approprié. C’est à ce profit, toujours indépendant de celui du capital qui sert à l’exploiter, que nous

avons donné avec M. G. de Molinari le nom de " llcule »

vésci-vé pur d’autres économistes au seul revenu résultant » de la faculté d’exploiter les forces productives et impérissables

du sol. »

Un grand nombre d’écrivains, parmi lesquels nous devons, à regret, ranger des économistes d un haut mérité, ont attiibue la rente, c’est à dire la création d’une valeur, au pouvoir productif des agents naturels eux-mêmes, et en particulier, à la fécondité du sol, indépendamment du travail humain, qui, dans ce cas, ne sert qu’à recueillir cette valeur, et non à la créer.

Ricardo lui-même, qui a exposé dune manière si nette et si lucide, la théorie de la rente du sol, a laissé dans le doute l’origine réelle de la rente qu il semble attiibuei aux forces productives de la terre et des agents naturels bien plus qu’au travail de l’homme.

D’autres auteurs, beaucoup plus explicites, déclarent que le propriétaire du sol qui perçoit vine rente, exploite indûment les dons de la nature au détriment de la société, et qu’il s’arroge un

monopole injuste (1).

Il importe d’autant plus de combattre ces erreurs, qu’elles servent d’argument aux diverses sectes socicdistes et communistes dans leurs attaques contre le droit de propriété et que c’est en se fondant sur les écrits de certains économistes que M. Proudhoii a pu proclamer sa célèbre sentence « la propriété c’est le vol. « Nous avons démontré (ch. IV) que les agents naturels ne créent que de l’utilité gratuite, et que le travail humain seul, qui les exploite, ou qui en met les produits à la portée du consommateur peut engendrer de la valeur. Mais comme celle-ci peut dans certains cas (c’est à dire par l’existence d’un monopole naturel, par exemple) se mesurer à l’effort épargné au lieu de s’estimer d’après l’intensité de l’effort accompli, la différence entre ces deux évaluations a été attribuée, à la suite d’une observation inexacte des choses, à ce que les

Scrop et Senior. — BasUat, Propriété et Spofintion^ page 13.

agents naturels appropries et exploites produisent une i)artie de cette valeur, égale à la différence entre celle de Feflbrt ,

épargné à l’effort accompli. Ce n’est donc pas h la coopération des agents naturels ni à ce qu’ils sont devenus une propriété ou l’objet d’un monopole naturel, qu’il faut attribuer la formation d’une vente; celle-ci est due entièrement, ainsi que nous l’avons démontré prccédcmmeiit (cb. IX), au travail de découverte ou d’invention, d’appropriation et de conservation, de la terre, du capital matériel, du procédé ou de l’idée dont la propriété exclusive constitue le monopole naturel.

Nous avons démontré la légitimité de ce monopole, fruit et récompense d'un travail exceptionnellement difficile et dangereux ou chanceux pour celui qui s’y livre, et utile pour la société qui eu profilera un joui’ ; nous avons prouvé qu il est nécessaire parce que ce n’est que l’ appât d une récompense assurée et considérable qui peut stimuler à un travail excessif, pénible et dangereux ; enfin qu’il est utile même à ceux qui ne le possèdent pas et qui, à cause de cela, en paient la rente, parce que, sans ce travail de découverte et d’appropriation auquel ce monopole sert de récompense , la terre u eut été ni découverte, ni défrichée, ni conservée, et que la société neût ])u jouir, à aucun prix, des produits qu’elle donne aujourdliui,

La possession du sol par quelqu’un est doue indispensable pour que tout le monde, les non-proprietaires y compris, puissent jouir des fruits qu’elle donne, et, à moins qu’au monopole artificiel et illégitime vienne s’ajouter au monopole naturel, 1 action de la nature demeurera toujours gratuite et la concurrence que se font les cultivateurs, tendra toujours à abaisser a la juste rémiiiiératioii de leurs services, ce qu’ils peuvent obtenir pour avoir sollicité la coopération des forces productives naturelles du sol.

11 en est absolument de même quand, au lieu de la découverte et de l’appropiiatiou d’une terre, d’uii gisement de richesses minérales, il s’agit de l’invention et de l’appropiiation d’une idée, d’une image ou des moyens de la réaliser ou de l’exploiter.

— ^7ij —

C est encore là un travail très utile et en même temps difficile,

^ereu^ comme celui de la découverte et de 1 appropriation d’uiie terre lointaine, il a donc droit à une récompense identique.

C est toujours le rapport de l’offre à la demande qui se fait des services ou des produits à la formation desquels a concouru un agent naturel approprié qui détermine la valeur de ces services ou de ces produits, mais comme ici la concurrence entre les producteurs est limitée par l’existence d’un monopole naturel, il en résulte que le prix ne tend nécessairement plus à s égaler aux frais de production , mais que ce sont au contraire ceux-ci qui tendent a se proportionner au prix ainsi que l’a démontré Eicardo dans sa Théorie de la Tente.

^11 suppose qu une population, peu nombreuse dans l’origine, s’établit dans une contrée fertile et bien située, de sorte que les produits d’une partie des terres voisines suffit à son alimentalion. Les denrées alimentaires portées sur le- marebé n’ont d’autre valeur que leurs frais de production parce que la concurrence des vendeurs égale celle des acheteurs, et dans ces frais de production ne sont pas compris les frais de découverte et d’appropriation, à moins que la population déjà établie n’exi-c, comme elle eu aurait le droit, la restitution d’une part proportionnelle de ces frais à toute personne qui voudrait occuper une partie^du sol acquis par la population primitive pour le cultiver et y bâtir. Dans l’origdiie d’une eolonisation, il importe tant aux colons d’encourager l’accroissement de la population des travailleurs, des entrepreneurs et des capitalistes, qu’ils se montrent ordinaire peu exigeants sur ce remboursement.

A mesure que la population et son aisance augmentent la temande des produits agricoles s’accroît et tend à dépasser offre qui en est faite. Les produeteurs réalisent alors de leurs oenrees un prix qui dépasse les frais de pi oduction, et ce surplus constitue pour eux une rente. Mais en même temps ce nrix plus e eve permet a d’autres entreprenciu-s de cultiver des terres

moins fertiles ou moins bien situées par rapport au marché, et ceci a lieu jusqu’à ce que les frais de production sur ces terres de deuxième qualité (y compris les frais de transport) aient atteint la limite du prix. Dans ce cas, c’est donc ce prix qui détermine la limite supérieure des frais de production, ainsi que la rente qui résulte de la différence entre les frais de production les plus élevés et les plus bas.

Si la population augmente encore en nombre et en richesse, la demande des produits agricoles suit une progression ascendante qui détermine le même mouvement dans le prix.

D’où nouvel encouragement à cultiver des terres moins fertiles ou plus éloignées, mais où le cultivateur retrouve ses frais de production dans les denrées qu’il en obtient. En même temps les propriétaires des terres de deuxième classe reçoivent de la vente de leurs produits une rente égale à la différence entre leurs frais de production et ceux des terres de troisième classe et les possesseurs des terres de première classe réalisent sur leur ancienne rente une augmentation égale à cette même différence, et ainsi de suite, à mesure que s’élève le prix des denrées alimentaires sur le marché. La même chose a lieu quand on cherche à augmenter la production agricole, non en cultivant une plus grande étendue de terres, mais en y appliquant plus de capital ; il arrive alors que les capitaux ainsi placés deviennent successivement de moins en moins productifs, d’où résulte une rente ou un accroissement de rente en faveur des capitaux qui, ayant été employés les premiers , l’ont été de la façon la plus productive.

Ainsi que le fait obsei*ver Eicardo, il résulte de là que la rente est le résultat et non la cause du prix élevé des produits du sol, et que, quand même on supprimerait les propriétaires ou leur rente, ce seraient les fermiers mais non les consommateurs qui en profiteraient, le prix des denrées demeurant toujours égal aux frais de production de celles que l’on obtient sur les terres moins fertiles ou les plus éloignées.

Nous avons déjà fait remarquer que ceci n’cstpas un phénomène particulier à la terre, mais qu’il n’existe peut-être pas deux entreprises industrielles du même genre dans lesquelles les frais de production soient égaux ; dans ce cas, si l’offre dépasse la demande, l’entreprise qui produit le plus chèrement subit une perte égale à la différence entre les frais de production dans les deux fabriques ; si la demande dépasse l’offre, l’entreprise qui a les frais les plus élevés parvient à couvrir ces frais , tandis que celle qui a les frais les plus bas jouit d’une rente égale à la différence entre les frais, rente qu’elle doit à une situation mieux choisie, à une direction plus habile ou à toute autre cause de supériorité qui constitue alors en sa faveur un monopole naturel, qui peut être dû quelquefois au hasard, mais qui est le plus souvent la récompense de l’intelligence et du génie.

La définition de la rente donnée par Ricardo eut été moins concise, mais plus claire, plus vraie et elle eût évité beaucoup de dissentiments entre les économistes s’il l’eût formulée ainsi : » La rente foncière est cette partie du fermage que l’on paie au propriétaire pour la peine prise et le risque couru par lui ou ses ancêtres , dans le travail de découverte et d’appropriation de la terre. «

L’exposé que fait Ricardo de la manière dont la rente prend naissance et s’élève progressivement par l’accroissement de la population et de sa richesse est incomplet et même inexact à certains égards, ainsi que l’a démontré M. Carey, d’après les faits qui se passent actuellement aux États-Unis d’Amérique. 11 n’y a pas de rente pour le propriétaire du sol dans l’origine d’une colonie, non parce que cette rente ne lui est pas légitimement due comme étant la rémunération d’un travail de découverte et d’appropriation qui doit indispensablement précéder le défrichement et la culture du sol, mais à cause de l’abondance de l’offre des terres découvertes et appropriées , par rapport il la faible demande qu’une population encore peu nombreuse fait des services de cet agent naturel et parce que, d’un autre

côté, le capital et le travail sont à la fois trop nécessaires et trop rares pour qu’il soit possible de les obtenir autrement qu’en leur faisant de grandes concessions.

Le propriétaire ne commence donc à percevoir une rente que quand la population s’étant accrue et enricliie, la demande des produits agricoles augmente en même temps que l’intérêt du capital et le salaire du travail tendent à s’abaisser, et souvent aussi parce que de nouveaux travaux de recherche et d’appropriation deviennent nécessaires pour pouvoir défricher et cultiver une plus grande étendue de terre, et que ceux qui en ont besoin préfèrent payer ces travaux déjà accomplis aux anciens propriétaires , plutôt que de courir les risques inhérents à de nouvelles découvertes. Mais il peut arriver aussi, comme beaucoup de colonies anciennes ou récentes en offrent l’exemple, que la prospérité d’un premier établissement soit étouffée dans son germe, soit parles obtacles matériels qu’il rencontre dans l’appropriation du sol, ou le maintien de la propriété acquise, soit par la difficulté que le climat ou d’autres causes opposent à l’accroissement de la population, soit parce que le gouvernement de la mère-patrie exploite d’une manière inintelligente les ressources de la nouvelle colonie en forçant les colons à n’acheter les objets de leur consommation que dans le pays d’origine, et à ne vendre leurs produits qu’aux habitairts de ce même pays et à se servir exclusivement de sa marine pour effectuer les transports de ces produits. Dans de telles circonstances ou d’autres analogues qui ne se présentent que trop souvent, la population et sa richesse demeurent stationnaires ou croissent lentement, ou peuvent même aller en déclinant et la rente du propriétaire du sol peut demeurer nulle ou insuffisante pour rémunérer les frais et les risques de la découverte et de l’appropriation. Le capital représenté par cette avance de primes et de dangers à surmonter n’est-il donc pas placé de la manière la plus aléatoire, et n’est-il pas parfaitement légitime que dans le cas, plus rare qu’on le pense généralement, où l’entreprise réussit complètement, il

jouisse d’une rémunération exceptionnelle? Ricardo dit aussi que quand on engage des capitaux dans le sol pour en augmenter la fertilité, chaque nouvelle portion du capital ajoutée devient de moins en moins productive, et qu’ alors les capitaux les plus anciens, jouissent, par rapport aux autres, d une rente égalé à la différence entre les produits obtenus à l’aide de quantités égales de capital. Ceci n’est vrai qu’en supposant une immobilité complète des procédés agricoles, mais si l’art du cultivateur fait des progrès, il doit en résulter que souvent les nou\eaux capitaux engagés dans le sol doivent être plus productifs que les anciens, et que la rente donnée par ceux-ci tendra à baisser plutôt qu’à hausser par l’emploi judicieux d’un nouveau capital.

D’un autre côté, ]\L Carey fait remarquer, avec raison selon nous, que dans une colonie naissante, où les capitaux, les bras, les connaissances spéciales et surtout l’expérience acquise sont rares, on ne commence pas le défrichement par les meilleures terres, mais bien par les plus légères, qui sont plus faciles à défricher, exigent moins de capital, de travail et d’ expérience, et surtout ne font pas attendre aussi longtemps les résultats du labeur de défrichement qui iiécessite déjà des avances considérables. La rente dont ces terres jouiraient, si l’aceroissemeut de la population forçait celle-ci à cultiver des terres de moins en moins fertiles ousituées dans des lieux de plus en plus éloignés, est donc au moins compensée et peut se résoudre en perte pour le propriétaire, si les terres que l’on défriche après la sienne sont plus fertiles, si le progrès des voies de communication atténue ou annule le désavantage de la distance, si la plus grande abondance des capitaux et des bras, si des perfectionnements dans les procédés de défrichement rendent celui-ci moins coûteux pour des terres fortes, qu’il ne l’était dans l’origine pour des terres légères.

On voit que ces diverses circonstances peuvent encore contrebalancer et même dépasser, pour un temps plus ou moins long, l’influence exercée sur la rente foncièi’c par l’accroissement de la

population et de sa richesse. Par ce fait encore la rente est donc loin d’être une rémunération assurée et stable des travaux du propriétaire. La suppression des entraves à la liberté du commerce des productions du sol, le progrès de l’industrie des transports, celui de la production agricole dans des contrées peu peuplées, tout cela peut agir sur la rente foncière de la même façon qu’un défrichement plus productif et moins coûteux de terres nouvelles.

Enfin, des grandes perturbations sociales peuvent détruire ou ruiner des populations entières et anéantir ainsi, non seulement la rente foncière, mais le revenu entier du propriétaire du sol.

Que sont devenues les immenses populations de l’Orient et de la plupart des contrées baignées par la Méditerranée? Combien de villes populeuses et riches jadis, qui aujourd’hui sont dépeuplées et en ruines, combien de champs autrefois cultivés et produisant une rente, qui ne sont aujourd’hui que des landes stériles, des forêts, des bruyères ou des marécages !

Quoique Ricardo ait contribué beaucoup par son analyse si nette, à élucider la théorie de la rente foncière, si confuse avant lui, nous croyons qu’il a laissé la démonstration de cette théorie incomplète en deux points qui ont été éclaircis par les beaux travaux de Bastiat et de MM. Carey, G. de Molinari et de quelques autres éeonomistes. Eu premier lieu, comme nous l’avons montré plus haut, Ricardo n’a pas indiqué assez clairement que la rente n’est autre chose que la rémunération très incertaine et très variable d’un travail humain difficile et dangereux ; en second lieu il a présenté la rémunération comme trop certaine et susceptible de s’élever très haut, tandis qu’il n’a pas suffisamment tenu compte des causes nombreuses qui peuvent rendre cette rémunération iiicertaiue ou nulle, ou même la convertir en une perte qui peut, dans certains cas, devenir considérable et absorber toute la valeur de la propriété.

Il est résulté de là que beaucoup de personnes parmi les-

quelles on peut eu compter d’illustres, se tondant sur 1 opinion de Kicardo, en ont conclu à rilléginiilé de la rente loiicière et meme de toute espèce de rente, qu’elles considèrent comme le produit d’un monopole artificiel dû à un vice de notre organisation sociale, qui a permis que certains hommes ou certaines castes, s’appropriassent des agents naturels qui devraient n appartenir à personne, aux dépens de la partie dépossédée del humanité, parce que l’on n’a tenu aucun compte du travail que cette appropriation a coûté, ni de la juste et necessaire lemunération qu’exige ce travail utile à 1 humanité entière.

Il est encore résulté de là que l’on a considéré la rente foncière, qui tend incontestablement à hausser avec l’accroissement de la population et de sa richesse, comme tendant à absorber, au profit exclusif de la classe des propriétaires fonciers, tout profit net réalisé dans la société j)ar l’emploi du capital et surtout du travail, celui-ci ne pouvant s’offrir qu’à la condition de consommer des produits grevés de la rente.

De là cette triste conclusion répétée à l’envi par les socialistes et les communistes :

« Sous l’organisation sociale qui a pour base la propriété individuelle, le propriétaire tend à devenir de plus en plus riche, à mesure que le nombre des hommes et la puissance de leurs moyens de produire s’accroissent, cet earichissement ayant lieu aux dépens des autres classes de la société. «

C’est encore là une grave et dangereuse erreur ; il n’est pas vrai (nous l’avons démontré au chapitre IX) que les propriétaires profitent dans une plus large mesure que les autres classes de la société, de l’accroissement de la population en nombre, eu richesse et en lumières ; si, eu apparence, la part des propriétaires dans les résultats de ce progrès est pins grande, c’est en compensation de ce qu’ils ne peuvent pas, comme les travailleurs et les capitalistes, se soustraire par l’émigration aux conséquences de la dépopulation et de la ruine du pays où leurs terres sont situées.

Ise résult3-t-il pas d’ailleurs, de ce que la rente tend à s accroître à chaque progrès dans le nombre des capitaux et des travailleurs, que les propriétaires sont très intéressés à ce que ces progrès se réalisent ; or, ceux-ci pourraient-ils se réaliser si la rente enlevait aux capitalistes et aux travailleurs tout le profit net de la production qui est précisément le plus énergique, et meme le seul stimulant de ce progrès ?

^ous croyons donc pouvoir conclure de ce qui précède : lo que la rente n’est, de même que l’intérêt et le salaire, que la juste rémunération d’un travail utile; 2“ que la classe des propriétaires ne peut, pas plus que celle des capitalistes et des travailleurs, échapper à la loi de solidarité qui lie entre eux les hommes réunis eu société, et en vertu de laquelle le bien et le mal qui arrive à l’une de ces classes se partage nécessairement avec toutes les autres.

Page 1