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CHAPITRE XX

DE l’intérêt DTJ CAPITAL.

Lép'ilimilé de rinterèt fondée sur les services rendus el la privation éprouvée en prêtant le capital. — Obligations contractées par remprunteur. Il en résulte que rintérèt se compose de trois éléments. — Préjugé de rillégiliniitô de rintérèt fondé sur la confusion que Ton a faite des fonctions du capital et elles de la monnaie. — Les causes qui font varier le taux de rinUrét agissent différemment sur chacun de ces éléments. — Le loyer. Limites entre lesquelles il peut varier. Fausseté de la prétendue tyrannie exercée par le capital sur le travailleur. Le taux nVn peut jamais tomber à zéro. — L'amortissement. Il fait partie, dans une mesure plus au moins considérable, de l’intérêt de presque tous les capitaux. — La prime d’assurance. Circonstances diverses qui la font varier. Elle est une perte pour Temprunteur sans être un gain pour le préteur. Conséquences sociales de ce fait. Le taux du loyer tend à varier en raison inverse de celui de la prime d’assurance. — Harmonie qui existe entre les intérêts du capitaliste et ceux du travailleur.

Le capital est rélément essentiel de la production ; sans lui le

travail de l’homme est à peu près stérile ; celui qui le possède en

retire de grands avantages ; celui qui en a besoin est prêt à

sacrifier, pour en jouir, une partie des utilités qu’il pourra

acquérir par son intervention. Prêter un capital, c’est donc

rendre service à autrui en lui permettant de disposer des forces

de la nature, et c’est en même temps s’imposer une privation

équivalente au service rendu. Ce service mérite une récompense,

la privation qui en résulte pour celui qui prête réclame un

dédommagement, l’intérêt, qui est la récompense du service

rendu ou la compensation de la privation éprouvée par \e:prè-

teur du capital est donc à la fois légitime et nécessaire. Aussi

voit-on dans la société le prêt efiectué et l’intérêt payé, sous

mille formes diverses, et cet intérêt prendre le nom de profit,

rente, fermage, loyer, escompte, arrérage, etc., suivant les circonstances du prêt.

Celui qui emprunte un eapital, contracte l’obligation de le rendre intégralement au terme fixé par l’éehéance, et de payer une somme proportionnée à la valeur du capital et à la durée du prêt, à titre de rémunération du service rendu. De l<à résulte la légitimité de l’intérêt à perpétuité, car le débiteur ayant restitué le capital au créancier à son échéance, celui-ci peut le prêter de nouveau soit au même débiteur, soit à un autre, et ainsi de suite, indéfiniment, l’obligation contractée par l’emprunteur, de restituer le capital intégralement se renouvelant à chaque échéance. Il résulte encore de cette obligation, celle de dédommager le prêteur, lorsque le capital a subi quelque détérioration par l’usage qui en a été fait, ou même par le seul effet du temps pendant lequel il a été en possession du débiteur. Enfin il est aussi nécessaire et légitime que le prêteur soit assuré contre le risque de perdre le capital prêté par une prime d’assurance pro portionnée à la valeur du capital et à l’intensité du risque couru.

L’intérêt se compose donc de trois éléments : 1“ le loyer, ou la rémunération du service rendu par le prêt ; 2“ l’amortissement si le capital consiste en choses fongibles, et presque tous les capitaux sont dans ce cas ; 3" la prime d’assurance contre le risque de perdre le capital prêté.

La légitimité de 1 intérêt du capit al prêté a été longtemps contestée, et elle lest encore quelquefois. Pendant des siècles,

1 Église catholique a interdit le prêt à intérêt comme contraire a la justice et à la morale, en vertu de l’axiome : Nummus mmmm non pant,^ l’argent n’engendre pas l’argent. Cette défense faite par 1 Eglise a nui longtemps au développement du crédit dans les états catholiques.

Le préjugé de l’illégitimité de l’intérêt est fondé sur la confusion si fréquente qui se fait entre l’instrument de la production et l’instrument des échanges, entre le Capital et la Mon-

naie. Dans l’antiquité et même pendant une partie du moy en âge, on n’avait pas la notion du capital. Il n’existait point d industries proprement dite chez des nations, qui considéraient le travail comme « œuvre servile; ^ personne ne pouvait ^ onc irer parti d’un capital proprement dit en le fesaiit servir a quelqu’emploi productif. On empruntait de la monnaie et non du capital, pour payer quelque dépense arriérée ou pour subvenir a un besoin pressant auquel ne suffisait pas le revenu de 1 emprunteur. Celui-ci avait donc ordinairement beaucoup de peine a rembourser la somme empruntée ; et cette peine était fortement aggravée par la nécessité d’y ajouter un interet proimrtionné à la durée du prêt. Aussi l’intérêt u’était-il considérée comme légitime que pendant un certain nombre d années, et lorsque le débiteur n’était pas tenu au remboursement de la somme empruntée par lui. Alors l’intérêt n’était qu’une annuité servant à la fois à rembourser la somme empruntée et a dedom mager le prêteur de la privation momentanée de 1 usage de cette

somme.

L’habitude de mettre sous forme de numéraire le capital au moment où il est prêté ou même de l’évaluer en monnaie, pour cette occasion a fait perpétuer la confusion entre le capita et l’instrument des échanges, dont il emprunte momentanément la forme. Quand ce préjugé eut été modifié pm- le progrès de s lumières, on substitua à la défense de prêter a interet des lois ayant pour but de limiter arbitrairement le taux de 1 interet, et dont la transgression sous le nom de « délit d’nsure « était punie plus ou moins sévèrement. De pareilles lois ont ete en viguei dans toute l’Europe, et elles n’ont été abrogées que depuis ties peu de temps chez les nations les plus civilisées de cette partie

^""c^bis ont exercé et exereent encore en plus d’un pays, une funeste influence sur le développement du crédit et de la concurrence pour le prêt des capitaux ; leurs vices prmcipaux sont . 1® d’être illogiques en ne s’appliquant qu à la faib e por ion

capital qui se trouve momentanément sous la forme de numéraire, toutes les autres formes du capital échappant à leur action. Ainsi tandis qu’aucun intérêt n’est fixé par la loi pour le prêt d’un capital sous la forme d’une terre, d’un bâtiment, d’une marchandise quelconque, il est défendu de prêter de la monnaie à plus de 5 à 6 p. c. par au. Pourquoi cette exception? 2“ Ces lois fixent le taux de l’intérêt d’une manici'e arbitraire et invariable, sans avoir égard aux diverses circonstances qui le font varier, telles que le rapport de l’offre à la demande, le risque de perte et la nécessité d’un amortissement plus ou moins rapide, etc. Il eu résulte que l’intérêt appelé » légal « est généralement trop élevé, et cause un injuste dommage à l’emprunteur, lorsque cet intérêt n’a pas été stipulé d’avance, dans une convention fidèlement observée d’ailleurs, et trop bas au détriment réeiproque du prêteur et de l’emprunteur dans une foule de cas où les circonstances exigent que l’intérêt comprenne une forte prime d’assurance.

Voici deux exemples à l’appui de cette assertion : un entrepreneur conçoit une affaire d’un genre nouveau, dans laquelle il peut trouver, outre une large rémunération de son travail personnel, un bénéfice de 50 p. c. du capital nécessaire à son entreprise. Eu égard à la grandeur de ce bénéfice, et aussi au risque inhérent à toute spéculation nouvelle, il offrirait volontiers un mteret de 25 p. e. au capitaliste qui lui ferait l’avance nécessaire, mais celui-ci à qui la loi interdit de prêter à plus de C p. c., taux insuffisant pour compenser le risque, est obligé de refuser son concours à l’entrepreneur, et l’affaire ne pouvant s’exécuter , ni l’un ni l’autre ne réalisent le légitime bénéfice qu’ils pouvaient en espérer.

Par suite d’une crise commerciale, un négociant se trouve dans l’impossibilité de payer des traites acceptées par lui et dont 1 échéance est prochaine. En tenant compte du danger où il se trouve de faire faillite et de compromettre la sécurité du remboursement du prêt qu’on lui ferait, il consentirait volontiers

à emprunter un capital à 25 ou 30 p. c. d’intérêts, pourvu que cette opération de nature à compromettre son crédit, fut tenue secrète; mais la loi interdisant encore un tel prêt, et les capifalistes ne consentant pas à affronter le risque pour une moindre compensation, le négociant est obligé, ou de laisser déclarer sa faillite, et d’être ruiné, ou de colporter et d’offrir a vil prix, a 50 ou 60 p. c. de rabais, les marchandises qu’il a en magasin et

pour lesquelles il ne trouve pas d’acheteurs. ^

L’intérêt le plus usuraire , payé pour un emprunt secret, ne serait-ü pas préféré par le commerçant, à une telle extre-

Partout 011 a vu les emprunteurs bien plus que les prêteurs, eux-mêmes s’élever contre l’injustice des lois qui limitent le

taux de l’intérêt.

Aucun intérêt, quelque élevé qu’il soit ne peut etre qualifie d’usuraire, et l’action de le prélever ne peut être assimilée a un délit, quand le paiement de cet intérêt a été consenti à la suite d’ui/libre débat entre les parties contractantes ; les lois civiles ou criminelles qui qualifient et punissent le dol, la fraude ou la violence en matière de contrats suffiraient pour réprimer toute atteinte à la liberté de contracter le prêt à intérêts; toute loi qui tend à limiter ou à entraver cette liberté est donc au moms inutile et peut être très nuisible. C’est, en effet, ce qui a lieu pour les lois sur l’usure ; il est démontré qu’elles tendent à élever le taux de l’intérêt où elles existent, car, loin de diminuer les chances de perte que court le prêteur, et auxquelles l’élévation de l’intérêt doit pourvoir, elles ajoutent le risque d’etre poursuivi et puni pour délit d’usure, et d’encourir la déconsidération qu’entraîne une telle peine. Or ce risque engage tous les capitalistes honnêtes à retirer l’offre qu’ils font de leurs capitaux , et le demandeur se trouve à la merci de quelques spéculateurs éhontés qui profitent de ce qu’ils sont en petit nombre pour taxer très haut la prime d’assurance contre ce risque nouveau

créé par la loi.

Il est donc à désirer que cette atteinte à la liberté des transactions disparaisse du code de toutes les nations civilisées. Le préjugé contre l’usure a d’ailleurs reçu un coup mortel par la diffusion de la vraie notion du capital, et toutes les déclamations des socialistes modernes n’ont pu réussir à le ressusciter (1).

Le service rendu par le prêt d’un capital a, comme tout autre service un prix courant, qui varie avec le rapport de l’offre à la demande, entre des limites dont la supérieure est la peine épargnée par l’emploi du capital j et 1 inferieure, 1 effort quil en coûte pour entretenir les capitaux existants et pour les accroître, car on ne peut, au moins directement, évaluer les frais de production de ce service.

Des causes diverses influent sur la valeur des trois éléments de l’intérêt, il convient donc d’étudier séparément l’action qu’elles

exercent sur chacun de ceux-ci :

Le loyer. Le taux du loyer augmente avec la demande qui se fait des capitaux, et diminue avec l’offre qui s’en fait, mais dans certaines limites seulement. Les causes qui tendent à augmenter la demande sont d’abord le nombre des travailleurs actifs et industrieux, sacLant faire valoir le capital, et en second lieu les dons ou les forces de la nature qu’il serait avantageux d’exploiter, mais qui ne peuvent être utilisés que par l’emploi du capital.

D’autre part, plus celui-ci est demandé, et plus la rémunération de ses services est élevée, plus, par conséquent ily a à la fois, de stimulant pour la création de nouveaux capitaux, et de facilités pour les augmenter avec les profits qu’ils donnent. C’est donc, en général, dans les contrées favorisées par un bon climat, par un sol fertile, par de grandes richesses minérales ou

(1) Voir à ce sujet la mémorable discussion entre M. F. Bastial et Proudhon publiée d’abord dans/« Réforme y journal de M. Proudhon, puis dans un volume séparé intitulé «De la gratuité du Crédit. •

par des moyens de transport économiques, et qui sont habités par une population probe, active et industrieuse, que le taux du loyer des capitaux s’élève le plus haut, et que ceux-ci tendent le plus cà se multiplier. Le capital est moins demandé dans les contrées dont le climat est froid et dont le sol est infertile et ne renferme pas de richesses minérales connues et pas de voies naturelles de grande communication, telles que l’Irlande, le nord de rÉcosse, de la Scandinavie et de la Russie. Il en est de meme quand un pays riche en productions naturelles est habité par un peuple ignorant et sans énergie, et ne sachant pas faire respecter le droit de propriété. Ainsi au Mexique, par exemple, les capitaux sont peu demandés, malgré l’heureux climat de ce pays, la fertilité de son sol et la richesse de ses gisements de métaux; mais aussitôt qu’une race plus énergique s empare d’une partie du pays, le loyer du capital s’y élève, et le capital lui-même y affiue ou s’y crée avec rapidité.

Quand l’offre et la demande des services du capital sont entièrement libres, le taux de son loyer ne peut jamais dépasser ce que valent ces services à celui qui les achète, car s ils \ alaieut moins celui-ci aurait plus d’ avantage à s en passer qu à s en servir, et il refuserait l’offre qui lui en serait faite. Ainsi le capitaliste ne peut jamais tyranniser le travailleur, comme le lui reprochent les socialistes ; car lorsque les exigences des capitalistes s’élèvent trop haut, le travailleur est libre de ne pas les accepter, et alors il se trouve dans la même situation que si le capital n’existait pas ; elle n’est donc pas empirée par l’existence de celui-ci, et quelque élevé que soit le loyer, si le travailleur accepte les services du capital, c’est qu’il y trouve un avantage. Éclaircissons ceci par un exemple ; supposons qu’un pauvre cultivateur, n’ayant d’autre instrument de culture qu’une bêche, ait besoin de trente jours de travail pour labourer le champ qui nourrit sa famille pendant l’année. Son voisiu le fermier possède une charrue et des chevaux avec lesquels il peut labourer le même champ avec im travail équivalant à cinq journées. Notre

cultivateur s’adresse à lui pour faire cette tâche ; mais le fermier exige de lui vingt-neuf jours de son travail en échange. L’exigence pourra paraître exagérée à notre cultivateur, mais cependant, s’il l’accepte, il gagnera un jour de travail, et sa position se trouve encore améliorée, quoique faiblement, par l’intervention du capital; d’ailleurs le gain excessif que fait le capitaliste ne tarde pas à lui susciter des concurrents qui feront baisser le taux du loyer. Mais jusqu’où ira cette baisse? Peut-elle descendre jusqu’à ce que le loyer devienne zéro? Non, elle s’arrêtera avant cette limite, et même un peu avant le point où toute nouvelle offre de capital n’accroîtrait plus la somme des loyers pour les capitaux antérieurement offerts, c’est à dire où la part relative de chaque portion de capital dans la production totale diminuerait dans une proportion égale ou supérieure à l’accroissement du résultat général delà production, causé par l’adjoncîion de cette même portion de capital aux capitaux déjà existants.

Supposons, par exemple, qu’un pays possède un capital de ceut millions de francs rapportant à ses propriétaires, pour leur part dans la production totale annuelle, quatre millions de francs représentant 4 p. c. de loyer.

Supposons encore que le capital se trouvant accru, par des offres nouvelles, à 130 millions, que cet accroissement porte la ])art totale du capital dans la production à 5 millions de francs, le loyer annuel de chaque portion du capital ne sera plus que de

j^= 3,85 p. c. Avant d arriver à ce point les capitalistes

auront remarqué que de nouveaux accroissements du capital tendaient à diminuer le taux du loyer des capitaux, ou à le maintenir stationnaire au lieu de l’augmenter. Alors ils cesseront de faire des épargnes, ils négligeront peut-être aussi d’entretenir avec autant de soins les capitaux existants jusqu’à ce que le loyer soit arrivé au taux dont il était descendu.

Il faut remarquer ici qu’une teUe situation ne peut être de

longue durée, parce qu’elle suscite chez les capitalistes une grande émulation à rechercher pour leurs fonds un emploi plus productif dans les entreprises nouvelles, et en même temps el e facilite l’extension des industries existantes, la multiplication et l’instruction des travailleurs par la facilité avec laquelle i s se

procurent les instruments du travail.

En traitant la question de la population (ch. II), iious avons fait observer qu’à mesure que la population se multipliait, le capital restant stationnaire, la part absolue des travailleurs dans les résultats du travail diminuait à cause de l’exces de l’offre du travail par rapport à la demande de celui - ci qui dépend du capital existant, et que cette moindre part étant a partager entre un plus grand nombre de participants, devenait moindre encore pour chacun d’eux. Ceci est vrai aussi pour e capital en admettant toutefois que le nombre des travailleurs demeure stationnaire ou augmente moins rapidement que le

capital. .. 1 T •

Dans ce cas, la productivité relative du capital diminue, a

moins qu’il puisse être employé en quantité presque indéfinie a l’exploitation de sources presque inépuisables de richesses naturelles. Alors, d’une part la production, quoic^ie augmentant, ne s’accroît pas en proportion de l’accroissement du capital, d autre nart la portion de la production afférente au capital diminue par suite de l’excès de l’offre du capital par rapport a celle des travailleurs, et en troisième lieu, la part de capital étant a diviser en un plus grand nombre de lofs, chacun de ceux-ci sera encore amoindri. Seulement, comme il est beaucoup plus facile de mettre un frein à la multiplication excessive des capitaux au’à celle de la population, il est très rare qu’il se présente des cas où la production de nouveaux capitaux cesse entièrement, d’autant plus qu’il peut se présenter de nouveaux capitahstes nui se contentent d’un loyer plus bas encore que celui qui arrête l’accroissement du capital par les anciens capitalistes. Mais il est certain cependant, que le taux très bas du loyer des

capitaux ne stimule plus que très faiblement l’esprit d’activité et d’épargne qui tend à grossir les capitaux et que l’on veille aussi avec moins de soin à la conservation de ceux qui existent quand ils rapportent peu.

V amortissement . Chaque capitaliste recherche nécessairement, pour son fonds, le placement où celui-ci est le moins exposé à la détérioration, ou à une destruction lente par l’effet de l’usage qu’en fait l’entrepreneur, par l’effet du temps ou de toute autre circonstance. Il résulte de là que l’offre des capitaux destinés à un usage qui les détériore ou leur fait perdre une partie de leur valeur est moindre que celle des capitaux dont la durée et l’inaltérabilité sont bien garanties ; et comme cette durée n’exerce point d’influence sur la demande, il eu résulte que les capitalistes qui continuent d’offrir leurs capitaux pour ces usages destructifs peuvent se prévaloir de leur petit nombre pour exiger un intérêt plus élevé de leurs fonds. Alors la différenee entre cet intérêt et celui que l’on demande des capitaux non sujets à détérioration, constitue l’annuité d’amortissement qui fait partie de l’intérêt.

Bien peu de capitaux, même des plus stables en apparence, sont exempts de cgs causes de détérioration contre lesquelles il faut se prémunir par une augmentation de l’intérêt. Tous les capitaux se déprécient mutuellement par la concurrence qu’ils se fout, et par la facilité qu’ils donnent d’en créer de nouveaux.

Celui qui stipule le remboursement de son capital, après plusieurs années, en même poids de métaux précieux que celui qui a été prêté, s expose à voir son capital se déprécier par une production surabondante de ces métaux, ou par la création de

papier-monnaie, avec cours forcé quand il eu est fait de trop larges émissions.

Le capital en machines et autres instruments de production s’use de trois manières : 1 » par l’usage que l’on en fait et quelquefois même par l’efièt du temps qui altère les matériaux; 2" par l’effet du perfectionnement des moyens de construction

de ces machines et autres appareils, qui permettent de les acquérir à plus bas prix; 3“ par l’effet d’inventions nouvelles ou de perfectionnements qui font répudier les machines moins parfaites, de construction ancienne. Il en est de même des maisons et des autres constructions, les formes anciennes cessent un jour de satisfaire les besoins et les goûts nouveaux, et il en résulte une dépréciation partielle ou totale de la chose dont 1 utilité a diminué ou disparu.

Enfin, les terres elles-mêmes ne sont pas à Tabri de toute dépréciation par cette cause. Une émigration ou même un simple changement d’habitudes de la part d une population ; le déplacement d’une grande voie de communication peuvent déprécier des terres dont la valeur résultait en partie de leur bonne situation. Il se peut aussi que les progrès de l’agriculture fassent trouver le moyen de défricher et de fertiliser des terres jusqu’alors incultes pour déprécier des terres en rapport qui se trouvent dans le voisinage. Le même effet peut résulter de la liberté du commerce des denrées alimentaires succédant à un régime restrictif de cette liberté, ou d’un progrès de l’industrie voiturière qui amènerait à bas prix les denrées de l’étranger.

Enfin d’autres capitaux n’ont qu’une durée limitée, mais qui ne peut être calculée que par approximation ; tel est surtout le capital intellectuel et moral que l’homme s’assimile par l’éducation, et qui finit avec lui et quelquefois avant lui ; tels sont encore la plupart des travaux et des constructions des mines, qui ne durent que le temps de les exploiter ou d’en épuiser certaines parties. On volt donc que s’il y a par exceptions quelques capitaux dont le temps augmente la valeur, tels que certaines œuvres d’art, les vins, etc., presque tous les autres sont soumis à des causes plus ou moins probables et rapides de destruction, contre lesquelles les propriétaires de ces capitaux doivent se prémunir en prélevant un tantième d amortissement, proportionné à ce risque, sur le produit des capitaux qu ils font valoir, soit par eux-mêmes, soit eu les prêtant.

SiiU.

La prime (P assurance. Les capitalistes clierclient avec le plus grand soin à se préserver du risque de ne pas être remboursés des capitaux qu’ils prêtent; aussi s’empressent-ils de retirer l’offre de ces capitaux dès qu’ils ont quelque motif d’eu croire la sécurité menacée. Ce sont surtout les petits eapitalistes qui craignent de placer leurs fonds dans un placement peu sûr.

Ceux qui possèdent beaucoup de caj)itaux u’en hasardent qu’une faible partie dans ce genre de placements, et il va de soi qu’ils profitent de la faiblesse de l’offre relativement à la demande, pour exiger des capitaux qu’ils prêtent dans de semblables conditions un intérêt beaucoup plus élevé que celui qu’ils demanderaient d’un capital placé avec la plus entière certitude de remboursement. La différence entre l’intérêt afférent à chacun de ces genres de placement constitue la prime d’assurance du premier. Quatre causes influent principalement, sur le taux de la prime d’assurance ; ce sont :

a. La consistance personnelle de l’emprunteur ; c’est à dire sa probité, son activité, son intelligence et son expérience, sa fortune personnelle et celle de sa famille, le soin qu’il a eu de se

faire assurer en cas de décès ; sa santé, les héritiers qu’il laissera après lui, etc.

b. Les chances plus ou moins grandes de succès et de stabilité de l’entreprise à laquelle le capital est destiné, la durée i)lus ou moins longue de celle-ci, et la facilité ou la difficulté d’en retirer les fonds qui y sont engagés. Quelquefois aussi le degré de moralité de l’entreprise.

c. L’état de la législation dans le pays où le capital est. prêté, suivant qu’elle garantit plus ou moins eflacacement le droit de propriété ; la manière énergique, prompte et économique dont ces lois sont appliquées ; enfin l’état des mœurs et de l’opinion publique qui tolère ou qui flétrit avec plus ou moins de force les atteintes à la morale ou les infractions à la probité ; les circonstances politiques, telles que les guerres, les révolutions, l’état d’agitation des partis, les crises financières ou commerciales, etc.

tC

Les perturbations politiques ou financières surtout, agissent avec beaucoup de force et de rapidité sur le tiux de la prime d’assurance, soit en faisant hausser le taux de l’intérêt , lorsque le capital est fixe, soit en faisant baisser la valeur du capital lui même lorsque c’est l’intérêt qui est invariable.

d Le degré de prévoyance du prêteur, son aptitude à juger les bonnes affaires des mauvaises et à distinguer le degré de confiance qu’il peut leur accorder, sa hardiesse ou sa timidité dans les operations, etc. Beaucoup de capitalistes par exemple ne sont pas capables déjuger du mérite d’une entreprise industrielle, à cause de cela ils ont à l’égard de toutes une égale défiance et préfèrent placer leurs capitaux en fonds publics, sur la valeur desquels ils croient pouvoir être mieux renseignés. C est principalement pour cette cause que l’intérêt des capitaux prêtés aux gouvernements est plus bas qu’il devrait être, eu egard aux chances relatives de perte qu’il court, dans les emprunts des gouvernements et des entreprises industrielles. La prime d’assurance des capitaux prêtés tend à se proportionner le plus e.xactement possible au risque réel, et en général à s’abaisscr, sous l’influence des banques et des autres institutions de crédit, et des compagnies d’assurance pour toutes les espèces de risques sur les personnes et les propriétés.

Ces établissements sont intéressés en effet à faire une étude très détaillée de toutes les causes qui peuvent contribuer à mettre en aanger des capitaux prêtés, que ce danger provienne du peu de solvabilité des débiteurs, des chances d’insuccès des entreprises, de 1 état vicieux des lois et des mœurs, des crises politiques ou financières, etc., et comme ils signalent ces causes aux capitalistes qui ont recours à leurs services, ils rendent non avenues les demandes de capitaux qui se font dans des circonstances trop défavorables à la conservation de ceux-ci, d’où doit nécessairement résulter une baisse du taux général des primes d’assurance. La prime d’assurance est une perte sèche pour eelui qui doit la payer; elle n’est pas un bénéfice, mais seulement, en

moyenne, la compensation d’une [.crie, pour celui cpii la reçoit ; elle est donc, en definitive une perte aussi pour la sociétt'. Celle-ci est donc intéressée à laivc disparaître autant qu’il est en son pouvoir les causes générales qui tendent a élever la piinic d’assurance sur le prêt des capitaux, causes qui peuvent toutes se résumer en celle-ci : le manque de secuiité. Les particuliers, emprunteurs, prêteurs ou autres, sont intéressés de leur côté à faire disparaître les autres causes par les progrès de l’éducation morale et iiit elléctuelle, et par l’exercice de la légitimé et puissante autorité qu’a l’opinion publique quand elle est juste et éclairée.

Une chose très digne de remarque, c’est que la baisse du taux de la prime d’assurance, résultant d’un accroissement de la sécurité des capitaux prêtés, peut engendrer et engendre ordinairement une hausse du loyer des capitaux. En etfet, la prime d’assurance sur les capitaux employés dans l’industrie, fait partie de ses frais de production ; quand le taux de cette prime d’assurance s’abaisse, le prix des produits diminue également, et il en résulte bientôt un accroissement notable de la demande qui s’en fait (chap. IX). Or cette demande provoque un accroissement de la production. Celle-ci à sou tour exige plus de capitaux, d’où résulte une hausse du loyer. Mais tandis que la prime est une perte sans compensation, il n’en est pas de même de la hausse du loyer, qui est un gain pour le prêteur sans être une perte pour l’emprunteur, puisque celui-ci en trouve la compensation dans l’extension de la demande de ses services. On sait d’ailleurs que l’effet d’une hausse du loyer est toujours de stimuler la formation de nouveaux capitaux dont l’offre ramène bientôt le loyer au taux normal.

On pourrait peut-être conclure de ce qui a été exposé dans la troisième partie de cet ouvrage, et conformément à l’opinion de la plupart des socialistes, qu’il y a un antagonisme tellement absolu entre les intérêts des travailleurs et ceux des capitalistes que tout ce qui favorise h s uns doit nuire aux autres, et réci-

proquement. Il ii’en est rien cependant, et nous allons essayer de prouver qu’il existe, au contraire, entre les intérêts de ces deux classes de producteurs , une telle hannonie, une solidarité si intime que l’une d’elles ne peut jouir d’aucun avantage qui ne se communique bientôt à l’autre, que l’une ne peut souffrir aucun dommage sans que l’autre n’en soit pareillement affectée.

En effet, quel est l’intérêt des travailleurs? C’est que les capitaux se multiplient le plus possible, afin que la concurrence qu’ils se font en offrant leurs services en abaisse la rémunération le plus possible. Il est encore de rintérêt des travailleurs que la propriété des capitalistes soit l'espectée, car ce n’est qu’à cette condition que le capital peut s’accroître, et que le prêt de ce capital soit entouré de toutes les garanties de sécurité désirables, afin que la prime d’assurance, qui est une perte pour l’emprunteur sans être un gain pour le prêteur, soit réduite au taux le plus bas. Que peuvent désirer de plus les capitalistes? Eu général , le propriétaire de capitaux , n’envisageant que son intérêt personnel ne désire que la multiplication de ses propres fonds, et se passerait fort bien de voir croître ceux des autres, qui lui font concurrence, s’il n’était intéressé, comme consommateur, au bas prix des produits, qui se concilie mal avec le taux élevé de l’intérêt des capitaux; tandis que le travailleur est intéressé, eu sa double qualité de producteur et de consommateur, à ce que ceux-ci se multiplient.

D’autre part, que doivent désirer les capitalistes ? Évidem ment d’obtenir à bas prix le travail qui doit féconder le capital. Or, nous avons démontré plus haut (ch. XYIII) que ce bas prix du travail n’est nullement conciliable avec l’abaissement du salaire ; les capitalistes ne sont donc pas intéressés, comme on affecte de le croire, à une multiplication désordonnée de la classe des travailleurs, multiplication dont le résultat serait l’abrutissement, ou l’affaiblissement moral, intellectuel et physique de cette classe, résultat peu propre à augmenter la qiiau-

Uté réelle, et surtout la qualité du travail offert. Au contraire, l’excès du nombre des travailleurs inintelligents que la société doit entretenir sans que leur travail compense les frais de cet entretien, est une perte pour elle ; alors le capitaliste perd plus comme consommateur, à la cherté des produits qui resuite de la mauvaise qualité du travail employé, qu’il ne gagne, comme producteur, à la baisse des salaires. Le véritable intérêt du capitaliste exige donc que le travailleur trouve dans son salaire de quoi entretenir ses forces physiques au maximum et d’y joindre la plus grande somme possible d’intelligence et de moralité ; car c’est dans ces conditions que l’on retire le plus grand avantage du salaire payé à l’ouvrier. Dans de telles conditions la classe ouvrière se multiplie aussi de manière à satisfaire à la demande du travail, mais ce ii’est plus par le grand irombre des naissances, mais par la prolongation de la durée de la vie moyenne que ce résultat est obtenu, et l’on a pu voir, au chapitre XVII en quoi ce dernier mode de multiplication est plus avantageux que le premier. L’intérêt des capitalistes est donc celui des travailleurs, comme l’intérêt des travailleurs est celui des capitalistes.

Il n’y a donc que les ennemis de l’ouvrier qui puissent chercher à lui persuader qu’il est tyrannisé par le capital, que le capitaliste est son ennemi naturel, et qui prêchent en conséquence haine et guerre au capital. Toute atteinte portée à celui-ci est du salaire en moins pour alimenter l’ouvrier. Ce sont des conseillers ignorants ou perfides ceux qui engagent les capitalistes à maintenir la classe ouvrière dans la misère et l’ignorance, car lorsque l’ouvrier est ignorant ou immoral son travail coûte plus cher qu’il ne vaut.

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