‹ Traité élémentaire d'économie politique [microform]Chapitre 31 sur 42 · IM I · texte numérisé non relu

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fession qu’à la condition qu’elle fût privilégiée. Plus tard , les diligences, dont les services étaient accessibles à un plus grand nombre de personnes , parce qu’elles offraient pins de place et des prix plus modiques aux voyageurs, prospérèrent malgré les entraves que leur suscitaient les privilèges des maîtres de poste. Enfin les chemins de fer, malgré les frais considérables de leur établissement et de leur entretien, font des bénéfices plus grands et plus certains que les postes aux chevaux et les diligences, parce que les services qu’ils rendent , étant communs à un très grand nombre de personnes, sont à la portée des moindres bourses. En résumé, les consommations en commun ont pour les producteurs cet avantage qu’elles multiplient presque indéfiniment la demande de leurs services, à la seule condition qu’ils sachent mettre ceux-ci à la portée du plus grand nombre possible de consommateurs.

Quelques mots maintenant sur le luxe qui a été si diversement apprécié par des auteurs, que les uns l’ont encouragé en y applaudissant, tandis que d’autres l’ont blâmé et auraient voulu le proscrire. Si l’on entend par dépenses de luxe celles qui ne satisfont que la vanité et le besoin d’ostentation , comme cette satisfaction ne peut être acquise que par l’humiliation et l’abaissement d’autrui, cette dépense est blâmable au point de vue de la morale et au moins inutile au point de vue économique, puisque le bien résultant de la satisfaction d’un petit nombre est plus que compensé par le mal infligé à ceux qui en souffrent et qui sont plus nombreux ; et comme nous avons démontré, dans le chapitre précédent, que la consommation est une perte quand elle n’est pas compensée par une somme équivalente de satisfactions, il en résulte que le luxe mal entendu est blâmable aussi à ce dernier point de vue. Mais si l’on entend par dépenses de luxe celles qui sont destinées à satisfaire le goût du beau ou à procurer des jouissances intellectuelles d’un ordre élevé même quand cette dépense est considérable, quand elle n’excède pas les moyens de celui qui la fait, et quand elle n’est

pas prise sur le nécessaire, alors ni la morale ni 1 économie politique n’ont rien à y blâmer. Quoique cette dernière science recommande comme une œuvre utile à la société entière la conversion en capitaux de toutes les portions du revenu qui ne peuvent être consacrées à des consommations utiles et judicieuses, elle ne peut qu’approuver celles qui tendent, dans une juste mesure à former la demande de travaux intellectuels et artistiques de l’ordre le plus élevé, à cause de l’influence bienfaisante et civilisatrice que la culture des facultés dont le travail satisfait à ses besoins exerce sur les autres travaux de la société dont ils sont le complément indispensable.

Grâce à cet encouragement, qui institue une prime au mérite et une concurrence pour la gagner, les eflbrts méritoires deviennent plus communs et leurs résultats, moins onéreux, atteignent à la portée de classes plus nombreuses de la société. Il est peu, d’objets commodes èt élégants, accessibles aujourd’hui aux moindres fortunes et d’un usage général, qui n’aient commencé par être des objets de grand luxe réservés à quelques personnes riches, dont la consommation, s’étendant peu à peu, peut-être même par l’effet du sentiment peu louable de la vanité, a provoqué la recherche de perfectionnements successifs qui ont mis ce luxe à la portée de tous. Ou peut citer comme exemple les chemises que les reines et les princesses portaient seules il y a quelques siècles, les gants fort rares sous Henri IV, les livres, les tissus de soie, de coton, etc.

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