DES EMPRUNTS PUBLICS
Origine des dettes publiques. — Deux préjugés ont contribué à accroître les dettes publiques. Une nation qui s’emprunte à elle-même ne se ruine pas ; et les capitaux se reconstituent d’eux-mêmes par l’amortissement. Réfutation.— Comment se contractent les emprunts publics. — Conséquences funestes ducs à la facilité de contracter des emprunts publics : Encouragement poulies gouvernements à la prodigalité et à la guerre. Perte pour les nations d’une partie de leur fonds productif. Charges du présent re jetées sur les générations à venir. Retard dans les progrès de la civilisation. Difficulté pour l’industrie d’obtenir des capitaux, conditions désavantageuses pour le commerce d’exportation. Iiinuence des emprunts sur l’agiot. — Conclusion. — Cas où l'emprunt est destiné à une opération productive.
Il arrive fnquemment que les ressources ordinaires du revenu public ne suffisent pus aux dépenses du gouvernement, qui alors, est oblige de capitaliser Fexcédant des dépenses de plusieurs années sur les recettes correspondantes et de se reconnaître debiteur de ces sommes envers les particuliers ou les compagnies qui les lui ont avancées. D’autres fois des dépenses imprévues et trop considérables pour que le revenu ordinaire ou même anticipe de 1 État y suffise, telles que celles qui naissent dune guerie, de grands travaux d utilité publique ou d’autres causes forcent les gouvernements à avoir recours à des emprunts. Aussi cette ressource a-t-elle été si souvent invoquée qu’il n’y a qu un petit nombre de nations civilisées qui n’aient point de dette publique, et que la plupart en sont tellement obérées que le total, pour 1 Eiu'ope, s’élève à un grand nombre de milliards de francs, dont les intérêts et l’amortissement s’ajoutent, chaque année, aux budgets des dépenses publiques de cette partie du monde.
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L’origine de ces dettes immenses date de fort loin, mais elles ont surtout pris un notable accroissement à partir des longues guerres de la république et du premier empire français. La paix qui a presque toujours régné depuis 1S15 n’a guère contribué à les diminuer, car, en général, elles se sont encore accrues depuis lors, presque en tout pays.
Deux préjugés encore très enracinés en Europe, ont surtout contribué à donner aux gouvernements la facilité de contracter ces énormes emprunts ; le premier, c’est qu’un peuple ne s’appauvrit pas en s’empruntant à lui-même; le second, que les capitaux se reconstituent d’eux-mêmes par le mécanisme de 1 amortissement. Voici en quelques mots, la réfutation de ces préjugés.
Les individus comme les peuples peuvent s’appauvrir en s’empruntant a eux-mêmes, comme ils peuvent s’enrichir en empruntant à autrui ; le prêteur n’a aucune influence sur l’un ou l’autre résultat; tout dépend de l’usage que l’emprunteur fera du capital qu’on lui prêle. S’il l’emploie avec talent à des opérations productives, le capital se conservera et pourra s’accroître même au point de permettre à l’emprunteur de le rembourser avec les profits qu il en retire ; s’il l’emploie à des consommations absolues , ou à des operations productives mal combinées , il dissipe son capital, qu’il l’emprunte à lui-même ou à autrui.
Un industriel se ruine s’il s’emprunte <à lui-même le capital circulant de son industrie pour le dépenser en fêtes et en plaisirs ; une nation s’appauvrit quand elle emprunte le capital employé
à la production pour le gaspiller en prodigalités ou en guerres agressives.
Le système de l’amortissement consiste en ce que la nation qui empr mte crée un fonds spécial pour l’extinction de sa dette. Ce fonds est formé au moyen d’une contribution annuelle, égale à une partie déterminée du capital de l’emprunt, telle qu’un centième par exemple ; chaque année cette contribution sert au l’achat d une partie des obligations de l’emprunt qui restent
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L’origine de ces dettes immenses date de fort loin, mais elles ont surtout pris un notable accroissement à partir des longues guerres de la république et du premier empire' français. La paix qui a presque toujours régné depuis 1815 n’a guère contribué à les diminuer, car, en général, elles se sont encore accrues depuis lors, presque en tout pays.
Deux préjugés encore très enracinés en Europe, ont surtout contribué à donner aux gouvernements la facilité de contracter ces énormes emprunts ; le premier, c’est qu’un peuple ne s’appauvrit pas en s’empruntant à lui-même; le second, que les capitaux se reconstituent d’eux-mêmes par le mécanisme de l’amortissement. Voici en quelques mots, la réfutation de ces préjugés.
Les individus comme les peuples peuvent s’appauvrir en s’empruntant à eux-mêmes, comme ils peuvent s’enricbir en empruntant à autrui ; le prêteur n’a aucune influence sur l’un ou l’autre résultat; tout dépend de l’usage que l’emprunteur fera du capital qu’on lui prêle. S’il l’emploie avec talent à des opérations productives, le capital se conservera et pourra s’accroître même au point de permettre à l’emprunteur de le rembourser avec les profits qu’il en retire ; s’il l’emploie à des consommations absolues, ou à des opérations productives mal combinées, il dissipe son capital, qu’il l’emprunte à lui-même ou ii autrui.
Un industriel se ruine s’il s’emprunte à lui-même le capital circulant de son industrie pour le dépenser en fêtes et en plaisirs ; une nation s’appauvrit quand elle emprunte le capital employé à la production pour le gaspiller en prodigalités ou en guerres agressives.
Le système de l’amortissement consiste en ce que la nation qui empr nte crée un fonds spécial pour l’extinction de sa dette. Ce fonds est formé au moyen d’une contribution annuelle, égale à une partie déterminée du capital de l’emprunt, telle qu’un centième oar exemple : chaque année cette contribution sert au