‹ Traité élémentaire d'économie politique [microform]Chapitre 4 sur 42 · DE L\ DIVISI05 DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

DE L\ DIVISI05 DU TRAVAIL

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sur notre globe, à la seule condition de rémunérer la peine prise i

pour les approprier et les transporter. |

2» Elle permet à l’humanité de mieux développer scs facultés {

et de les utiliser plus complètement. i

Pour être bien compris, ceci exige quelques expbeations : les !

hommes naissent avec des aptitudes diverses qui se diversifient ^

encore par l’éducation qu’ils reçoivent, par le milieu où ils sont placés et par d’autres circonstances encore. A chacune de ces aptitudes correspond un travail spécial auquel elle est propre ; si toutes sont utilisées , la société en retire un maximum d’utilité, si les unes le sont incomplètement, les autres pas du tout, une grande partie de leur utilité est perdue.

Supposons un mathématicien, robuste d’esprit, mais faible de corps ; si le travail u’est pas divisé, il sera souvent obligé d’abandonner ses calculs pour travailler à sou entretien matériel, à la culture de la terre, par exemple, travail auquel son défaut de forces le rend impropre; et pendant ce temps ses meilleures fîicultés serout mal utilisées. Supposons, d’autre part, un vigoureux campagnard, obligé de quitter le labour ou la récolte pour se livrer à des combinaisons mathématiques auxquelles sou éducation ne l’a pas initié ; il ne produira pas non plus toute l’utilité dont il est susceptible. Mais que le. mathématicien et le paysan s’entendent pour se partager ces deux genres de travail, suivant leurs aptitudes respectives, et aussitôt le résultat de leurs efforts sera doublé puisque chacun d’eux aura accompli le travail pour lequel il était le plus fort et le plus habile.

En même temps le mathématicien, toujours occupé de combinaisons et de calculs, et le laboureur toujours attaché au travail des champs, se perfectionnent par l’usage incessant de leur faculté de prédilectiou, et lui font atteindre sou plus haut degré de puissance.

Ce qui vient d’être dit du mathématicien et du laboureur s’applique à toutes les professions. On est donc fondé <à dire comme ci-dessus, que par la division du travail les facultés

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complètement utilisées. division du travail

Il résulte aussi de ee în, les avan-

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précédentes en rapport entr’ elles et avec les consommateurs, eu

■ " transportant leurs produits .

La division du travail est poussée fort loin dans les profes-

ÿ. sions libérales et surtout dans les sciences. J adis un savant pouw vait connaître tout ce qui avait été écrit par ses prédécesseurs ; •3 aujourd’hui, s’il veut contribuer au progrès des sciences, il doit 3 se borner à cultiver une très faible partie de leur immense a domaine.

H Dans la plupart des industries extractives, restées en quel- I que sorte dans leur état primitif, le travail n’est que fort incoin-

B plétement divisé.

H L’industrie minière seule compte parmi ses plus importants B progrès une ingénieuse distribution des opérations entte ses tra-

La division du travail est plus étendue dans les industries

agricoles qu’on le croit généralement.

La diversité du climat et du sol, la nature, l’étendue et la

situation des surfaces cultivables, le capital plus ou moins cousi- ; dérable dont le cultivateur peut disposer, etc., sont autant de circonstances qui font varier les produits et les procèdes de la culture ; la division du travail y serait portée plus loin encore, et les travaux seraient plus judicieusement répartis si l’impôt, qui pèse sur la transmission des propriétés territoriales, n’était pas si â élevé dans presque toute l’Europe et n’empêchait pas les terres

'3 de passer entre les mains de ceux qui peuvent en tirer le meil-

« leur parti (1).

3 II y eut une époque où le fabricant élaborait ses produits peuil dant l’hiver, seulement ; -l’été venu il les colportait lui-meine de W ville en vUle, et ne rentrait chez lui pour recommencer sa fabri-

cation, qu’après avoir tout vendu.

Aujourd’hui un négociant peut envoyer des marchandises

(1) On consultera avec fruit sur celte question le livre de M. H. Passy quia pour titre t Des syslèiHCS de cuUuTe.

dans toutes les parties du monde sans sort ir de son cabinet, en répartissant les opérations de son commerce entre une multitude d’agents divers tels cpie banquiers, agents de eliange, courtiers, commissionnaires, assureurs, armateurs, patrons de navires, matelots, entrepreneurs de magasinage, etc., etc. Cette grande division du travail dans l’industrie voiturière a considérablement accru le nombre et l’importance des services qu’elle rend à

la société.

C’est surtout par sa remarquable influence sur les progrès de l’industrie manufacturière que les effets de la division du travail

ont attiré l’attention des Économistes.

Cette division jointe à l’invention d’ingenieuses et puissantes machines, et au perfectionnement des voies de communication sont, en effet, la cause principale du prodigieux développement qu’a pris l’industrie manufacturière depuis moins d’un siècle, de la grande multiplication et de l’extrême bon marche de ses produits.

Voici les causes principales auxquelles on peut attribuer 1 influence de la division du travail sur le bas prix des produits manufacturés :

lo L’ouvrier acquiert imc grande habileté et une extrême rapidité d’exécution dans des travaux simples et contiijucllement répétés.

2“ La simplicité des opérations qu’il exécute lui fait aisément découvrir les procédés et les instruments les plus propres à perfectionner et à abréger son travail .

3° Un travail peu compliqué étant à la portée des intelligences les plus faibles et des moindres forces physiques, il peut être confié à des femmes, à des enfants, à des vieillards, à des estropiés qui peuvent se contenter d’un faible salaire, tandis que Icg travaux difficiles seuls sont réservés aux ouvriers robustes et intelligents, dont le salaire est plus élevé.

4® Dans le travail divisé, les matériaux et les outils employés sont un minimum par rapport au travail nécessaire à leur élabo-

ration, car ils ne chôment jamais, le capital est donc employé plus avantageusement.

5® Enfin les ouvriers eux- mêmes, toujours occupés au même travail ne perdent pas de temps à changer de place, d’attitude, d’outils, et à ramener leurs idées vers un ouvrage nouveau.

Un grand nombre d’exemples peuvent servir à montrer combien on peut acquérir d’adresse, de promptitude et de précision dans un travail souvent répété. Nous nous bornerons à en citer deux ; Une homme sachant calculer, mais peu habitué à faire des additions, mettra lur temps fort long à faire la somme d’une colonne de chiffres, même peu étendue, et il devra recommencer au moins trois fois pour avoir la certitude de ne pas s’être trompé; tandis qu’un agent comptable habitué à cet exercice ajoute ensemble plusieurs chiffres, d’un seul coup d’œil, et achève son addition en un instant, sans se tromper et sans devoir la recommencer pour la vérifier.

Un batteur d’acier étire facilement une barre de ce métal, parfaitement droite et carrée, sous un marteau mu par la vapeur, et qui bat 400 coups par minute tandis qu’un forgeron adroit, mais qui n’est pas habitué à ce genre de travail, ne pourra ni retourner, ni avancer, ni reculer la barre d’acier sur l’enclume pendant les intervalles très courts qui séparent deux coups consécutifs du marteau; alors celui-ci frappera toujours la barre à la même place, et l’écrasera.

S’il faut le génie exceptionnel d’un Eulton ou d’un Stéphenson pour inventer des machines aussi compliquées que les bateaux à vapeur et la locomotive, il ne faut qu’une dose d’intelligence fort ordinaire pour découvrir, en y songeant sans cesse, un outil ou un procédé propre à abréger ou à faciliter un travail déjà très simple. De là vient que des ouvriers inventent fréquemment les outils et les procédés qui abrègent leur travail, ou en perfectionnent les résultats.

Que l’on se figure un artisan qui fasse à la fois les métiers de charron, de charpentier, de menuisier, d’ébéniste et de tourneur ;

quoique ces métiers se ressemblent en quelques points, il ne lui en faudra pas moins cinq ateliers, cinq approvisionnements de matéiiaux, cinq séries d’iustnmients et d’outils, dont quatre chômeront pendant qu’il se servira de la cinquième.

Ce sont donc quatre capitaux sur cinq qui resteront toujoui'S inactifs, tandis que s’il ne faisait qu’un seul metier, son capital entier serait toujours occupé. De plus il perd beaucoup de temps à aller d’un atelier à l’autre, pour y trouver l’outil dont il a besoin et pour reprendre, en s’en servant, l’habitude qu il a perdue jusqu’à un certain point, pendant qu il faisait autre chose.

Dans l’antiquité, certains peuples mettaient à mort les enfants qui naissaient ctiétifs ou contrefaits, parce qu ils étaient impropres à subvenir à leurs besoins , par le travail, et qu ils tombaient ainsi à la charge d’une société déjà fort pauvre ; on en faisait autant des vieillards et des infirmes; et de nos jours cet exemple est encore suivi par quelques peuplades peu civilisées. La division du travail, fournissant de l’occupation même aux moindres facultés, et produisant d’ailleurs le bon marché d’une quantité de produits, agit de concert avec la morale pour faire cesser cette coutume iidiumaine ; elle sauve donc la vie à bien des malheureux, et elle contribue même à leur rendre l’existence moins pénible.

On a prétendu que les nombreux avantages dûs à la division du travail dans les manufactures étaient plus que compensés par la dégradation morale et physique qu’elle produit chez les ouvriers. C’est une erreur. Quand une opération a été tellement simplifiée par la division du travail, qu’elle se réduit à un mouvement continu de va et vient ou de rotation, l’ouvrier est remplacé par un agent moins coûteux ; par un moteur inanimé agissant sur un levier ou sur une manivelle. Les seuls travaux dans lesquels l’ouvrier ne peut être remplacé par une machine sont ceux où un certain effort d’intelligence s’ajoute au travail musculaire. La division du travail tend donc plutôt à élever qu’à abaisser le niveau intellectuel de l’ouvrier. Il y a, d’ailleurs.

dans les travaux des moments où la main achève machinalement ce que l’intelligence a commencé ; pendant ces moments , celleci est en repos, elle peut se porter sur d’autres objets, et l’ouvrier, tout en travaillant, peut étendre ses pensées au delà des murs de son atelier.

La division du travail amenant forcément l’agglomération des ouvriers, ceux-ci peuvent se communiquer leurs idées au sortir de la fabrique, et il résulte de ce loisir de penser et de cette faculté de communiquer ses idées, que l’intelligence se développe; c’est ce que prouve la supériorité intellectuelle des ouvriers des grandes villes sur ceux des campagnes.

On a dit aussi que sous le régime du travail divisé l’ouvrier étant complètement dépendant du maître, celui-ci pouvant le renvoyer à son gré et le remplacer facilement, ce qui n’aurait pas lieu pour un travailleur dont l’apprentissage aurait été long et difficile. Il faut remarquer que l’ouvrier ainsi renvoyé fera très facilement l’apprentissage de quelque travail nouveau, aussi simple que celui qu’il vient de quitter, et qu’aiusi sa dépendance du maître n’est pas plus grande que si le travail n’était pas divisé. On pourrait ajouter que les manufactures où le travail est très divisé, occupent ordinairement beaucoup d’ouvriers et comportent de grands bâtiments, des machines nombreuses et pmssantes, des approvisionnements considérables, enfin, de matières à élaborer, ce qui constitue un grand capital qui se

détériore et dont l’intérêt se perd quand il chôme, c’est à dire quand le maître congédie ses ouvriers ; tandis que dans un atelier où le travail est peu divisé, qui n’occupe que peu d’ouvriers

et dont le capital est peu important, le maître qui renvoie ses ouvriers n’éprouve guère d’autre perte que celle des bénéfices qu’il fait sur les ouvriers qu’il employait. On voit par là que sous le régime du travail divisé, les ouvriers sont moins exposés à des chômages que sous celui du travail non divisé.

Le seul reproche fondé que l’on puisse adresser à la division

du travail, c’est qu’elle nuit à la santé et au développement

physique des ouvriers, au moins dans les fabriques où ils sont enfermés en grand nombre, et dès leur enfance, dans des ateliers resserrés, mal ventilés et mal éclairés, et ou leur travail ii’exigeant le concours que d’un seul de leurs organes laisse les autres dans un repos absolu qui nuit à leur développement. Cet inconvénient de la division du travail pourrait être considérablement amoindri par les patrons, s’ils comprenaient bien cette vérité, confirmée par l’expérience » que la somme de travail fourni par un ouvrier pendant une journée n’est pas en raison de la durée de celle-ci « et que cette même somme augmente, à salaire égal, de l’état*de santé de l’ouvrier, état qui dépend lui -même -des conditions hygiéniques où il passe sa vie. Si ceci était bien compris, la durée du travail journalier serait plus courte, et les ateliers seraient plus spacieux, mieux aérés et plus accessibles à la lumière solaire.

Théoriquement la division du travail donne elle-même le moyen de remédier au mal qu’elle cause, car en premier lieu, le bon marché des produits créés par le travail divisé amène la hausse des salaires (voir la démonstration de ce fait dans le chaj)itre intitulé : Bîi revenu de la classe ouvrière. Ensuite, par cette même division du travail, plusieurs membres d’une même famüle gagnent des salaires, tandis que le père seul en gagne sous le régime du travail non divisé.

Il résulte de ces deux causes réunies que la division du travail augmente l’viisance des familles ouvrières, et leur permet, par conséquent, de pourvoir à leur existence avec un travail journalier moins long, et de consacrer le restant de la journée soit à une promenade eu plein air, soit à des exercices gymnastiques, soit à 1 étude, afin de développer ainsi les organes que le travail de 1 atelier laisse dans un repos forcé. Mais malheureusement les choses ne se passent guère ainsi dans la pratique, car d’une l)art les patrons tiennent encore beaucoup aux longues journées de travail, afin que les machines chôment le moins longtemps possible, et d autre part il n’y a qu’un bien petit nombre d’ou-

vi’iers qui consacrent l’excédant de leur salaire au perfectionnement de leurs facultés.

J . La division du travail est une des causes principales de

l’agglomération des industries manufacturières autour de certains centres communs. Ce groupement est principalement causé par la nécessité où se trouvent les entrepreneurs d’indus- ; trie de se placer au milieu d’rme population ouvrière nombreuse

i et exercée au genre de travail dont il se sert,

i De leur côté les ouvriers se fixent de préférence là où leur

travail est demandé par plusieurs fabriques de même espèce; ils évitent ainsi l’alternative assez fâcheuse de subir la loi d’un seul maître, ou de devoir recourir à un déplacement coûteux et pénible, pour trouver du travail ailleurs. La division du travail agit donc encore ici en diminuant la dépendance réciproque du maître et de l’ouvrier, ce qui ne nuit cependant pas à ce qu’il

,* s’établisse entr’eux une solidarité volontaire.

Un autre intérêt vient encore ajouter à cette tendance des

(industries manufacturières de même espèce à se grouper ensemble , c’est l’Économie qui résulte de la satisfaction en commun de certains besoins (voir au ch. XXIII, 4« partie. Des consommations privées).

* Des voies de communication, chemins de fer, canaux ou

routes , qui ne se créeraient pas pour une seule fabrique , s’établissent dès qu’un certaùi nombre de celles - ci leur I assurent des transports en quantité sufiisante pour compenser

I - leurs frais d’établissement. Il en est de même pour certaines

industries accessoires telles qu’ateliers de construction et de réparation de machines, etc. Enfin, en commun, ces fabriques peuvent obtenir à un prix moins élevé les services de certaùis hommes spéciaux, tels que des savants ou des artistes.

Il existe de nombreux exemples du groupement des industries semblables ; sans sortir de la Belgique, on peut citer Gaud poiu- ses fabriques de fils et des tissus de coton ; à'erviers pour ccUcs des fils et des tissus de laine cardée ; Tournai pour la

'il

bonneterie ; Liège pour ses armes à feu ; Cliarleroi pour ses verreries et ses clouteries, etc. Dans tous les pays où l’industrie manufacturière est très développée , on remarque cette même tendance à la concentration.

Deux causes agissent en sens divers sur l’adoption du travail divisé dans certaines industries. Les causes sont l’étalonnage et la mode.

On appelle étalonnage un mode de fabrication d’après lequel on exécute un grand nombre de pièces de marchandise d’une vente courante, en leur donnant les mêmes formes et les mêmes dimensions conformément à un modèle unique une fois adopté et que l’on nomme étalon.

L’étalonnage en rendant uniforme la fabrication des objets destinés à un même usage, facilite beaucoup la division du travail, et par conséquent la simplification des procédés. Il facilite aussi l’adoption de machines spéciales ou d’outils spéciaux à chaque produit ; telles sont, par exemple, les machines si compliquées qui servent à fabriquer le tulle. Aussi arrive-t-on par l’étalonnage à produire à des prix excessivement bas des objets qui, fabriqués isolement coûteraient fort cher; tels que des ouvrages de montres, de pendules ou de lampes, de serrures, etc.

La mode agit d’une manière tout opposée par les variations brusques et fréquentes qu’elle fait subir aux formes, aux dimensions et même à la matière de certains objets; elle rend impossible ou incomplète l’adoption de la division du travail , dans beaucoup de fabriques, notamment celles de vêtements, d’ornements, de meubles, etc., elle en bannit aussi la plupart des outils spéciaux, ou ne les laisse durer que peu de temps. Elle tend donc à augmenter de beaucoup le prix des objets soumis à ses fantaisies.

Cependant l’économiste ne doit pas blâmer d’une manière trop absolue le culte de cette inconstante déesse; si elle favorise peu la division du travail en compensation, elle tient

constamment en éveil l’esprit d’invention et la recherche du beau et de l’harmonie dans les formes et dans les couleurs ; elle contribue aussi au progrès en soumettant l’industrie aux arts graphiques et plastiques, et en empêchant l’immobilisme et la routine si funestes à l’industrie des orientaux. C est en grande partie à la mode que les ouvriers et surtout les ouvrières de Paris doivent leur bon goût si renommé et qui contribue tant à faire rechercher les produits de leur travail.

CHAPITEE IV.

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