CHAPITRE XXXV
406. Potentiel en un point de l'air. — L'expérience montre que dans un lieu découvert le potentiel en un point de l'air diffère toujours de celui du sol environnant. Deux procédés peuvent être employés pour déterminer la valeur de ce potentiel.
Plaçons au point considéré une petite sphère isolée de
rayon r et mettons-la un instant en communication avec le
sol par un fil très fin. Si V est la valeur du potentiel dû aux
masses extérieures, la sphère se chargera d'une quantité m
d'électricité telle que le potentiel intérieur soit nul comme
m celui du sol. Le potentiel au centre étant V-| — , on aura
7n V-| — ==0. Portant ensuite la balle dans une enceinte ferr
mée en communication avec le sol, on pourra mesurer sa
charge m, et on en déduira
Mais le procédé le plus simple consiste à placer au point considéré une pointe faisant partie d'un conducteur isolé. En supposant la pointe parfaite, l'équilibre ne peut exister tant que la pointe et, par suite, le conducteur dont elle fait partie, sont à un potentiel différent de celui de l'air au voisinage de la pointe (79).
Saussure employait un petit électroscope à pailles muni d'une pointe [fig, 817). Si la cage est au potentiel du sol, la divergence des feuilles d'or varie avec le potentiel de l'air à l'extrémité de la pointe; mais la pointe n'agit que d'une manière trop imparfaite pour qu'on puisse considérer l'équilibre comme atteint.
Nous avons vu comment un appareil à écoulement (79) permet de réaliser une pointe parfaite, et prend rapidement le potentiel du point où s'effectue la séparation entre le conducteur et les particules qui s'en détachent.
L'appareil à écoulement d'eau (fig. 3 18) est préférable à une mèche à cause de la petite différence de potentiel, pouvant s'élever parfois à la moitié d'un volt, que donne par elle-même la combustion.
Le réservoir isolé est mis en communication avec un électromètre dont la déviation donne la mesure du potentiel au point A. En employant un appareil à miroir et faisant tomber l'image sur un papier photographique qui se déroule H'une manière régulière, on obtient l'enregistrement continu des indications de l'instrument.
On trouve ainsi que, par un temps serein, le potentiel en un point quelconque de l'air extérieur est toujours jwsitif; que sa valeur augmente avec la hauteur du point au-dessus du sol et à peu près proportionnellement, mais qu'en un même point il se produit des variations brusques et parfois considérables d'un instant à l'autre.
Les résultats sont tellement variables qu'il est difficile de donner des nombres. Dans un lieu découvert, en plaine par exemple, la variation du potentiel avec la hauteur est le plus
souvent comprise entre lo et looo volts par mètre; mais elle est parfois beaucoup plus grande.
Si au lieu d'isoler la pointe ou le système qui en tient lieu, on la met en communication avec le sol, l'équilibre ne peut s'établir et un flux continu d'électricité parcourt le con- --^^~^-^~^ ducteur. Ce flux est évidemmentégal au débitdelapointe.
Toutes choses égales d'ailleurs, il augmente avec la différence de potentiel, mais ne pourrait servir à la mesurer.
Ce débit est toujours extrêmement faible et on ne saurait songer à utiliser les courants ainsi obtenus.
Si on produit une petite interruption dans le fil conducteur, la différence de potentiel peut être assez grande pour donner au point d'interruption une série continue d'étincelles. Des étincelles peuvent se produire dans les mêmes conditions entre l'aiguille et les quadrants de l'électromètre.
407. Distribution du potentiel. — Quand on cherche à tracer, pour un instant donné, les surfaces de niveau correspondant à des valeurs égales et équidistantes du potentiel, ces surfaces de niveau au-dessus d'une plaine découverte sont des plans horizontaux équidistants. Si la surface du sol est irrégulière, les surfaces de niveau les plus voisines en suivent les ondulations, en se rapprochant les unes des autres dans les parties proéminentes et d'autant plus que celles-ci sont plus élevées et ont une forme plus aiguë. Autour d'une maison dont toutes les parties peuvent être considérées comme communiquant avec le sol et par conséquent comme étant au potentiel zéro, les surfaces de niveau sont verticales au voi-
sinage des murs, suivent les contours de la toiture en se rapprochant les unes des autres sur le faite; elles s'écartent au contraire beaucoup dans une cour entourée de murs élevés, dans une rue. Les surfaces de niveau tendant à devenir parallèles à la surface du sol à mesure qu'elles s'en rapprochent, la force électrique est en chaque point normale à la surface; et comme par un temps serein la valeur du potentiel va en augmentant quand on s'en éloigne, il en résulte qu'elle est dirigée vers le sol ; son intensité en chaque point varie d'ailleurs en raison inverse de la distance de deux surfaces de niveau consécutives (36).
408. Électrisation négative du sol. — Les choses se passent donc comme au voisinage d'un conducteur électrisé en équilibre et électrisé négativement. Il résulte du théorème Coulomb (44), que si F est la valeur de la force au voisinage du conducteur, la densité électrique a au point correspondant de la surface est donnée par l'équation
Supposons les surfaces de niveau horizontales et admettons que le potentiel augmente d'un volt par centime I
mètre, soit en unités électrostatiques C.G.S. de 77=^:; — ;
on en déduit, pour la valeur de F en dynes, F =^ . — et, pour la densité, a=z . C'est la charge d'un centimètre carré;
exprimée en unités pratiques, c'est-à-dire en coulombs, elle est de
:2007r. 3.10^*^ 36::. lo''^
= 10 ~''' environ.
Cette charge, quelque faible qu'elle soit, pourrait être mise en évidence par une méthode analogue à celle du plan d'épreuve : un disque comme celui de l'électrophore, appliqué
ÉLECTRICITÉ ATMOSPHERIQUIi. 425
sur le sol dans un lieu découvert et emporté par un manche isolant dans une enceinte fermée, manifesterait son électricité négative par son action sur un électroscope sensible.
La mesure de sa charge donnerait la valeur de a, par suite celle de F. On en déduirait pour la valeur du potentiel à une distance h du sol (36)
Le potentiel de l'air n'est cependant pas toujours positif, et par suite, l'électrisation du sol négative ; par les temps couverts, surtout par la pluie, et quelquefois, mais très rarement, par un ciel très pur, on trouve le potentiel de l'air négatif et, par suite, le sol positif. Mais ce fait peut être considéré comme exceptionnel; il y a lieu de croire que si, à un moment donné, le hasard voulait que le temps fût serein sur toute la surface du globe, cette surface serait entièrement négative.
409. Situation des masses agissantes. — La mesure du potentiel en un point de l'air voisin du sol ne nous apprend rien sur la situation des masses électriques agissantes. Un exemple le fera facilement comprendre. Que dans une salle fermée, on dispose un appareil à écoulement et qu'on y introduise ensuite une sphère chargée d'électricité positive, l'électromètre indiquera immédiatement un potentiel positif. Au lieu d'apporter un corps électrisé, qu'on fasse écouler par une pointe la charge positive d'une bouteille de Leyde, la masse de l'air se chargera positivement, et l'électromètre donnera encore une indication positive, la même si l'on veut que dans le premier cas, bien que les masses électriques soient distribuées d'une tout autre manière. En réalité toutes les observations faites dans le voisinage du sol ne donnent rien autre chose que l'état électrique du sol lui-même ; elles font connaître, comme on l'a vu plus haut, la densité de la couche superficielle, sans indiquer si cette couche est le résultat d'une charge propre, ou d'une influence extérieure,
celle de l'air par exemple, qui serait électrisé positivement.
On peut remarquer cependant que si l'électrisation appartient uniquement au sol, le potentiel au-dessus d'une plaine étendue doit varier rigoureusement comme la distance, autrement dit la force électrique doit être constante. Au contraire si la masse d'air est elle-même électrisée, la force doit varier avec la hauteur, aller en diminuant si l'air est positif, en augmentant s'il est négatif. Mais nous n'avons aucune donnée sur la loi de variation de la force.
L'expérience semble montrer que la masse de l'air est positive: deux appareils à écoulement installés l'un à découvert, l'autre sous une cage métallique à larges mailles, complètement fermée et en communication avec le sol, donnent en général des indications proportionnelles. Pour le second appareil, les masses extérieures sont sans action; le potentiel est du uniquement à l'électricité de la masse d'air, qui est comprise dans la cage et qu'on peut considérer à chaque instant comme un échantillon de l'air extérieur.
Dans le cas où l'air lui-même aurait réellement une charge propre, les variations incessantes du potentiel en un point donné s'expliqueraient parles déplacements de masses d'air plus ou moins électrisées, et on pourrait juger de l'éloignement plus ou moins grand de ces masses par l'étendue de la surface du sol pour laquelle les variations du potentiel à un même instant resteraient proporlionnelles.
410. Origine de l'électricité atmosphérique. — Une question s'offre naturellement à l'esprit; quelle est l'origine de l'électricité du sol et de l'air? Une hypothèse séduisante est de voir dans Févaporation de l'eau la source de l'électricité : la vapeur emporterait l'électricité positive, l'eau et par suite le sol garderait l'électricité négative. Malheureusement, do toutes les expériences entreprises pour vériûer cette manière de voir, aucune n'a donné de résultat démonstratif; bien plus, le fait que la pluie est généralement négative paraît en contradiction directe avec elle.
ÉLECTRICITÉ ATMOSPIIÉniQUE. 427
On a e.'^sayé aussi do clierchcr l'origine de rélectricité atmosphérique dans les courants d'induction que le mouvement de la terre pourrait développer dans les couches supérieures de l'atmosphère que l'on peut considérer comme conductrices (71). Supposons un arc conducteur AB [fig. 319), immobile, de forme quelconque, allant du pôle h l'équateur. Le flux magnétique coupé par l'arc dans le mouvement de l'ouest à l'est y développe une force électromotrice d'induction, dirigée de l'équateur au pôle, quel que soit l'hémisphère. Si l'arc est en communication avec le globe par des contacts glissants en N et en E et le circuit fermé, l'induction produit un courant continu ; s'il est isolé, une accumulation d'électricité positive au pôle et d'électricité négative à l'équateur, et ce serait cette accumulation qui donnerait lieu d'une part aux aurores polaires, d'autre part aux orages journaliers des régions équatoriales.
411. Aurores polaires. — Nous ne nous arrêterons pas sur le phénomène des aurores polah'es dont on sait d'ailleurs si peu de chose. Il est certain que l'aurore polaire est un phénomène électrique. C'est une décharge dans l'air raréfié, tout à fait analogue à celle qui se produit dans les tubes de Geissler (70). Il est difficile de dire dans quel sens la décharge a lieu; elle paraît cependant se faire des régions supérieures vers la surface. Ce phénomène se produit d'ailleurs à des distances très variables : on a observé des aurores qui ne s'élevaient pas à plus de 1 kilomètres, d'autres qui dépassaient i5o. La lumière est due, comme dans les tubes, aux substances gazeuses rendues incandescentes par la décharge.
Outre les raies qu'on voit ordinairement dans les tubes où le vide a été fait sur l'air, l'analyse spectrale y montre une raie spéciale située entre le jaune et le vert (X^îo^o) et qui n'a pas été retrouvée dans les expériences de laboratoire.
412. Courants telluriques. — Tous les potentiels sont rapportés à celui du sol pris comme zéro ; s'il y avait équilibre, le potentiel du sol serait le même pour tous les points de la surface; l'expérience montre qu'il en est rarement ainsi. Les lignes télégraphiques dont les deux extrémités sont à la terre sont généralement parcourues par des courants très variables et parfois assez intenses pour arrêter complètement le service. On y remédie dans certains cas par l'emploi des condensateurs (389). L'expérience montre d'ailleurs que ces courants sont les mômes pour deux fils, l'un aérien, l'autre souterrain, ayant les mêmes extrémités; qu'ils présentent sensiblement les mêmes phases sur deux lignes de même direction, mais de longueur différente, et que la force électromotrice est simplement proportionnelle à la distance des points extrêmes. L'étude simultanée des courants sur deux lignes de directions différentes, par exemple, l'une parallèle au méridien, l'autre perpendiculaire, permet de trouver la direction qui correspond au maximum. Cette direction se rapproche toujours plus ou moins de la direction nord-sud.
La comparaison des courbes d'intensité avec les courbes simultanées des variations magnétiques montre qu'il existe un rapport intime entre Jes deux ordres de phénomènes; la relation est évidente entre les variations d'intensité parallèlement au méridien et celles de la déclinaison d'une part, et d'autre part,entreles variations perpendiculaires au méridien et celles de la composante horizontale ; mais avec cette circonstance remarquable que les phases ne coïncident pas et que les maxima des unes correspondent aux zéros des autres ; ce qui ne peut s'expliquer qu'en admettant que le même courant, qui exerçait une action électromagnétique sur les aiguilles, agissait par induction sur les lignes. Les courants telluriques
ELECTRICITE ATMOSPHERIQUE. 429
ne seraient dès lors que des courants indirects, et la comparaison du sens de ces courants avec le sens des déviations de Taiguille montre que les courants inducteurs, cause directe des deux phénomènes, auraient leur siège dans les régions supérieures de l'atmosphère.
413. Nuages orageux. Orages. — C'est à Franklin que l'on doit d'avoir démontré d'une manière irrécusable, par l'emploi des conducteurs isolés armés de pointes, que les orages sont des phénomènes purement électriques ; que les nuages orageux se comportent comme des conducteurs électrisés, les uns positivement, les autres négativement; que l'éclair n'est qu'une étincelle électrique partant entre deux nuages chargés d'électricités contraires, enfin que la foudre n'est qu'un éclair éclatant entre un nuage et le sol.
On peut dire qu'on ne sait rien sur l'origine ni sur la constitution des nuages orageux; on conçoit bien que la condensation d'une masse de vapeur au milieu d'une masse d'air électrisée positivement puisse donner un nuage positif; mais on peut seulement émettre des conjectures sur la manière dont peuvent se produire les nuages négatifs. D'autre part, les nuages orageux doivent-ils être considérés comme des conducteurs chargés d'électricité à la surface seulement, ou comme des agglomérations de masses isolées et ayant chacune leur charge propre ? Gomment expliquer la durée de certains orages et la multitude d'éclairs auxquels ils donnent lieu ? Peut-être y aurait-il lieu de faire intervenir des actions analogues à celles qui se produisent dans la machine de Holtz et d'attribuer la production de ces quantités énormes d'électricité à un phénomène d'influence due au déplacement relatif de deux couches de nuages dont la couche supérieure représenterait l'armature de la machine.
414. Diverses espèces d'éclairs. — Arago, dans sa célèbre Notice sur le tonnerre^ distingue les éclairs en trois classes, les éclairs en zig-zag, les éclairs vagues, les éclairs en boule; Les premiers sont constitués par iin trait de feil
nettement limité et tout à fait semblables, aux dimensions près, aux étincelles électriques; ils sont accompagnés d'an bruit plus ou moins prolongé qu'on appelle le tonnerre. Les seconds sont des lueurs qui illuminent subitement les nuages sans être accompagnées d'aucun bruit; ils sont dus soiL à des éclairs ordinaires cachés à l'observateur ou plutôt à des décharges partielles s'effectuant entre les nua- ,î:çes. Enfin, les éclairs en boule sont des phénomènes actuellement inexplicables, et dont l'existence même serait tout à fait douteuse, si M. Planté n'avait obtenu, au moyen de piles à très haut potentiel, des décharges prenant à certains instants la forme d'une sphère lumineuse.
415. Durée de l'éclair. — La durée de l'éclair est extrêmement courte, probablement plus courte que celle des étincelles données par les batteries et ne présentant pas le même caractère oscillant . Leur durée n'atteint peut-être pas un centmillième de seconde. On peut se rendre compte de cette durée en recevant pendant la nuit la lumière de l'éclair sur une roue formée de rayons blancs sur fond noir et tournant d'un mouvement rapide. Supposons le nombre de rayons égal à 100 et la vitesse de loo tours par seconde. Il suffit d'un dixmillième de seconde pour qu'un rayon vienne prendre la place du précédent. Si la durée de l'éclair est égale ou supérieure à un dix-millième de seconde, la roue^ en vertu de la persistance des impressions lumineuses, apparaîtra comme un disque éclairé uniformément. Mais si la durée de l'éclair est seulementlamoitié, letiers ouïe quart d'un dix-millième de seconde, elle paraîtra formée de secteurs alternativement brillants et obscurs, les secteurs brillants ayant une largeur égale à la moitié, au tiers ou au quart des secteui's obscurs. Si, comme l'affirme Arago, les rayons apparaissent avec la même netteté que si la roue était immobile, la durée de l'éclair n'est pas une fraction appréciable d'un dix-millième de seconde. Mais les données précises manquent et de nouvelles expériences seraient nécessaires.
416. Effets de la foudre. — Les cfrets de la foudre sont, toute proportion gardée, ceux de l'étincelle électrique : elle échaufTc les conducteurs au point de les fondre et de les volatiliser, brise et disperse les corps mauvais conducteurs, tue ou paralyse les êtres vivants. L'intensité des effets varie naturellement avec la quantité d'électricité mise en jeu, la différence de potentiel des points entre lesquels part l'étincelle, et aussi de la durée de la décharge.
Supposons la surface du nuage orageux parallèle à celle du sol : la densité a la même valeur absolue sur les deux surfaces en regard (46). Cette densité est de lo-''' coulombs quand le potentiel croît d'un volt par centimètre (408); si on suppose que, par un violent orage, il croisse de looo volts par centimètre, ce qui est certainement exagéré, la charge sera de lo-^'^ par centimètre et par suite d'un coulomb par kilomètre carré. Il parait peu vraisemblable, d'après ces nombres, que la quantité d'électricité mise en jeu dans un coup de foudre puisse jamais atteindre un coulomb.
En supposant le nuage à looo mètres, son potentiel par rapport au sol sera de lo^ volts; la décharge complète du
watts
nuage sur le sol correspondrait à un travail (65) de - lo^
ou à peu près - lo'' kilogrammètres, c'est-à-dire le travail
donné par la chute d'une masse de 5ooo kilogrammes tombant de la hauteur du nuage.
Si la décharge dure un cent-millième de seconde, elle produit pendant ce même temps, dans un conducteur qu'elle traverse, un courant de looooo ampères. En employant les notations des §§ 65 et 66 et désignant par 61a durée de la décharge, on a
JQ:=RPOr=:R---
On a d'ailleurs
O — sldct, R=:-s
11 vient par suite
^ . cd . . -
La quantité — est une constante caractéristique pour chaque P métal; si on la désigne par A, on aura, pour une même
décharge,
Autrement dit, pour que deux conducteurs soient portés à la même température, il faut que les sections soient en raison inverse de la racine carrée de A. En unités C.G.S., la valeur de A est 92. lo"-'^ pour le fer et 52o. 10"^ pour le cuivre. Si on remplace t par la température de fusion du métal considéré, les sections des conducteurs fondus par une même décharge seront entre elles en raison inverse des racines carrées du produit kt.
On admet comme acquis que jamais la foudre n'a fondu, ni même porté au rouge, un conducteur de fer de i cenlimètre carré de section.
Pour porter une pareille barre à 100", il faudrait avoir
4,i7.i()'.92.io-'Moo= — ^ ou, en nombres ronds,
ce qili montfe que si M = 1 coulotrlb oU lo-^ 0 est égal à uli quarante-millionième dé seconde ^ ou que si 6 est un cetitmillième de seconde; M doit être égal à 40 coulombs.
On suppose dans ces calculs que là décharge s'effectue imifornlémeiit par toute là masse du conducteur. Il est plus probable qu'elle n iiitéressë que les couches superficielles (356).
La durée très courte de la décharge donne en outre une itnportance énorme aux effets de self-induction et aux ac-
croissemonts apparents de résislance qui en sont la conséquence (279). Telle doit être l'explication des effets bizarres produits souvent par la foudre qu'on voit quitter un bon conducteur pour franchir, à travers l'air ou un corps mauvais conducteur, un espace ayant en réalité une résistance incomparablement plus grande. A cause de l'aimantation circulaire (254), les efï'ets d'induction semblent devoir être, toutes choses égales d'ailleurs, beaucoup plus grands dans le fer que dans le cuivre.
417. Paratonnerres. — Aussitôt après la découverte du pouvoir des pointes, Franklin songea aies utiliser pour préserver les édifices des effets de la foudre. Le paratonnerre de Franklin se compose essentiellement d'une longue tige de métal, terminée en pointe à la partie supérieure, qui surmonte l'édifice qu'on veut protéger et qui communique avec le sol par une suite non interrompue de bons conducteurs. La pointe telle qu'on la fait aujourd'hui est ou une pointe fine en platine ou une pointe plus épaisse en cuivre rouge [fig. 320 et 32 1). Franklin attribue au paratonnerre un effet préventif et un effet préservatif. Sous l'influence du nuage la pointe laisse échapper l'électricité de signe contraire, qui, portée par les molécules d'air, vient neutrahser silencieusement l'électricité du nuage ; c'est Veffet préventif. Si le coup de foudre éclate malgré la pointe, il frappe la tige de préférence aux autres parties de l'édifice placées dans son rayon de protection et le conducteur conduit l'électricité dans le sol sans aucun dommage : c'est Veffet préservatif.
JouBKRT. — Électricité. 28
Fiff. 320 et 32 1
418. Action préservative. — Si on cherche, daprès la théorie, les conditions pour qu'une enceinte et tout ce qu'elle renferme soient à l'abri des dommages de la foudre, on arrive à cette conclusion que la surface de cette enceinte doit constituer un conducteur fermé et isolé. Quelles que soient les actions extérieures, le potentiel, à l'état d'équilibre, sera constant pour tous les points de l'enceinte et des corps qu'elle renferme; il n'y aura trace d'électricité sur aucun d'eux. Au moment des ruptures d'équilibre, dans un coup de foudre, par exemple, des phénomènes d'influence et des courants d'induction pourront se produire dans les conducteurs renfermés dans l'enceinte. Ces courants pourront être assez intenses ; mais il est tout à fait improbable que les effets d'induction puissent donner heu à des différences de potentiel capables de produire des étincelles appréciables entre des conducteurs voisins.
Nous avons vu que pour réaliser une surface conductrice à potentiel constant, il n'est pas nécessaire que la surface métallique soit continue, et que les conditions sont encore réalisées par un réseau à mailles très larges. La condition essentielle est qu'il ne pénètre dans l'intérieur aucun conducteur pouvant avoir un potentiel propre différent de celui de l'enceinte et formant une espèce d'électrode capable de donner des étincelles. Telles seraient, par exemple, des conduites d'eau ou de gaz.
De pareils conducteurs doivent être mis en communication avec l'enceinte conductrice et le tout en communication avec le sol. Le potentiel est alors nul, et il n'y a d'étincelles possibles, dans l'état d'équilibre, ni pour les corps intérieurs, ni pour les corps extérieurs également en communication avec le sol. Mais il est certain, toutes choses égales d'ailleurs, que les effets dus aux ruptures d'équihbre seront plus intenses dans le cas de la communication avec le sol que dans le cas de l'isolation, de plus grandes quantités d'électricité étant nécessairement mises en jeu.
419. Action préventive. — Supposons maintenant l'encointe armée de pointes : l'équilibre ne pourra s'établir; la cbarge développée par influence sur la surface extérieure sera modifiée d'une manière plus ou moins sensible, et un flux d'électricité s'échappera de la pointe sous forme d'aigrette et de vent électrique. S'il est vrai qu'on ait vu parfois des pointes de platine donner des traces de fusion et môme se résoudre en gouttelettes par suite de réchauffement produit par ce flux, la quantité d'électricité mise ainsi en mouvement pourra être incomparablement plus grande que celle qui constitue la charge totale de l'enceinte.
D'après les idées généralement admises, l'électricité versée par la pointe irait neutraliser celle du nuage. Par un temps calme la chose n'est pas impossible; mais elle paraît difficile même avec un vent modéré, si l'on réfléchit au temps nécessaire à l'air électrisé pour atteindre le nuage.
Il semble plus rationnel d'attribuer l'action préventive au fait même de l'électrisation de l'air, lequel forme une espèce de nuage électrisé donnant, pour tous les points qui sont au-dessous, un potentiel de sens contraire à celui du nuage et pouvant par suite annuler son influence.
Si ce nuage restait flottant au-dessus de l'enceinte à protéger, l'équilibre serait atteint rapidement; l'enceinte aurait une charge nulle et la pointe elle-même cesserait de fonctionner. Dans ces conditions la possibilité d'un coup de foudre n'est plus admissible.
420. Conclusions pratiques. — En résumé et comme conclusion pratique, le moyen le plus sûr de préserver un édifice des dommages de la foudre consiste à l'envelopper d'un réseau métallique en communication parfaite avec le sol. Toutes les parties métalliques extéiieures, toitures, chéneaux, gouttières, doivent faire partie du réseau. Il sera bon d'y rattacher toutes les masses métalhques importantes de l'intérieur de l'édifice, telles que les charpentes en fer, et indispensable de le mettre en communication avec les conduites
d'eau et de gaz. La communication devra se faire avec la nappe aquifère souterraine, par l'intermédiaire de plaques à large surface plongeant dans l'eau d'un puits creusé dans cette nappe et assez profondément pour que, par les basses eaux, la plaque n'émerge jamais complètement. L'édifice ainsi protégé pourra être frappé de la foudre, mais n'aura rien à redouter de ses effets.
Peut-être lui épargnera-t-on quelques coups de foudre, d'ailleurs inoffensifs, en l'armant de pointes ; mais dans cette vue, on doit chercher à l'envelopper d'une atmosphère électrisée et on y réussira d'autant mieux que les pointes seront plus multipliées et disséminées dans toutes les parties. On est ainsi conduit au système de paratonnerre préconisé par M. Melsens.
La question capitale, et trop souvent négligée surtout dans les installations anciennes, c'est la communication avec le sol. Un système de paratonnerre en mauvaise communication avec le sol n'est pas seulement inutile, il est dangereux.