‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservation (volume 2)Chapitre 1 sur 28 · ORDRE · texte numérisé non relu

ORDRE

llyniiénoptcrcK férébrants à abdomen pédicule.

Tribu des ClIRYSIDlENS.

Les Clirysidiensont été appelés Guêpes dorées en raison de leurs vives couleurs, qui en font les plus beaux Hyménoptères, non par la forme, qui est assez ramassée et trapue, mais par l'éclat métallique de leur tète et de leur thorax, ordinairement verts ou bleus, et de l'abdomen, le plus souvent d'un rouge de feu, ou d'un bronzé doré rappelant les cuirasses les plus éclatantes. Ces insectes sont répandus par toute la terre et ne renferment qu'un petit nombre de genres. On trouve les espèces de notre pays du milieu d'avril à la fin de septembre. On voit ces jolis insectes, sans cesse en mouvement, parcourir les troncs d'arbres et les creux de l'écorce, courant sur les murs, les palissades, sur les fleurs et les feuilles, surtout celles des Ombellifèrcs, les terrains pierreux exposés à l'ardeur du soleil, avec une agitation rapide et alternée des antennes, caractère que nous retrouvons chez les Hyménoptères enfomophages, parasites carnassiers inférieurs des insectes vivants, et qui indique des espèces en quête perpétuelle d'une proie animée. Au moindre bruit, les Chrysidiens s'envolent vivement, et, en cas de danger et comme moyen de défense, se roulent en boule plus ou moins complète, de façon à offrir partout à l'ennemi des surfaces dures et polies sur lesquelles glissent les mandibules et s'émousse l'aiguillon. Le péril passée

ils fuient très-vite. L'abdomen est le plus souvent creux en dessous et s'applique contre la poitrine ; les pattes se logent sous une saillie du thorax, les antennes se replient dans une cavité de la face, les ailes seules restent en dehors et se placent l'une contre l'autre.

On peut dire que les Chrysidiens établissent un passage, dans les Hyménoptères à abdomen pédicule, entre les Aiguillonnés et les Térébrants, et appartiennent réellement à ces derniers. Le nombre véritable des anneaux de l'abdomen est plus grand que le nombre apparent, car les derniers, rudimentaires, rentrent invaginés, chez les femelles, les uns dans les autres, comme un tuyau de lunette, ne s'allongcant en tube flexible qu'au moment de la ponte ; d'où le nom de Tubulifères de Lepeletier de Saint-Fargeau. Au bout de ce tuyau rétractile est un dard, qui semble au premier abord un aiguillon, car il perce notre peau dans les grandes espèces de Chrysidiens, mais qui est en réalité une tarière de ponte, car il ne s'y joint pas de glandes à venin (Westwood). De même la tarière de certains Iclmeumoniens, ainsi les Ophions, pique, mais sans venin. La tarière-aiguillon offre les pièces habituelles à cet organe, qui est le même anatomiquement dans tous les Hyménoptères : deux fourreaux ou valves, divisées en deux pièces placées à la suite l'une de l'autre; une pièce moyenne ou organe de ponte, le (jurgeretj formée de deux gouttières soudées ; et enfin deux stylets pointus {spicules de Westwood), qui glissent dans une rainure de la pièce moyenne.

Latreille plaçait les Chrysidiens à l'extrémité de ses Pupivores. Ils se rattachent en efiet aux Ichneumoniens, et surtout aux Braconiens, par la nervation des ailes supérieures, et à certains genres de ces derniers par la forme de l'abdomen, le nombre d'anneaux de la portion dorsale, la forme et les dents du métathorax; aux Chalcidiens, par les antennes coudées, les ailes postérieures sans nervures, les couleurs généralement métalliques; aux Proctotrupiens, par la forme tubulée de l'oviscapte, et aussi par l'absence de nervures aux ailes postérieures, et ressemblant notamment au genre Dryimis.

Le régime des Chrysidiens en fait des parasites carnassiers des Hyménoptères sous leur premier état. Leurs larves, pseudo-parasites des nids, y vivent, soit aux dépens des larves des Apiens et des Vespiens qu'elles dévorent, soit des provisions d'insectes, de larves molles anesthésiées, de IHicerons, rassemblées dans les nids par les femelles des Euméniens, des Crabroniens et des Sphégiens pour la nourriture de leurs propres larves. On voit les femelles entrer à reculons dans les nids (posture de ponte), et déposer leur œuf, soit contre la paroi de la cellule de l'Apien et caché sous la pâtée, soit sur une larve déjà grande et sur le dos de laquelle on ne tarde pas à voir une larve de Chrysidien qui la ronge. On a trouvé par exception des larves de Chrysidiens provenant d'd'ufs pondus sur le corps de fausses chenilles de. Tenthrédiniens, et qui avaient vécu aux dépens des tissus de ces fausses chenilles : ainsi des larves du Nematus Grossulariœ pour lesClepfes scmi-aiiratus et nitidulus

CHIiYSIDIENS. 3

et pour ÏOmalus auratus. Les femelles de Clirysidiens n'ont aucune analogie trompeuse de parure avec les mûres de leurs victimes, guettent leur absence pour entrer dans les nids, et subissent leurs attaques en se roulant en boule, si elles sont surprises. On a cité, très-exceptionnellement, le Chrysis igiiita, Linn., parasite d'un Coléoptcre buprcsticn, le Ptoshna novcmmaculata {Ami. Soc. cntom., 2^ sér., 1869, t. VIF, Bull. p. xxviii).

Les mâles des Clirysidiens sont plus courts et plus étroits que les femelles ; leur anus est mutiquc et non tubifère ; le nombre des segments apparents de leur abdomen est parfois plus grand que dans les femelles d'un même genre : ainsi li dans les Parnupes, contre 3 des femelles, 5 dans les Clopfrs, contre li des femelles. Les femelles sont plus grandes et plus robustes, mais ont rarement d'autres couleurs que les mâles. Leur anus est muni d'un tube annelé, retraclile, de segments supplémentaires, terminé par un style (tarière-aiguillon), et pouvant s'étendre d'une longueur égale à la moitié ou à la totalité de la longueur du corps, ou plus encore. Cette disposition, qui permet la ponte dans les profondeurs reculées des nids, explique le nom de Tubulifères donné par Lepeletier Si-Fargeau aux Chrysidiens. Les Clirysidiens ont été vus très-rarement en copulation ; on cite toutefois dans ce cas les Cleptes semi-auratus, Hcilychrum lucidulum, Hoopyga ovata et Chrysis ignita.

La durée ordinaire de la vie de ces Hyménoptères est d'un an. Leurs œufs sont ellipsoïdaux et pâles, leurs larves apodes et subvermiformcs, leurs nymphes tantôt nues, tantôt en cocons.

Dalilbom, d'après les caractères des pièces buccales, la forme du dernier segment dorsal apparent de l'abdomen et les ongles des tarses, a divisé les Chrysidiens en six familles, dont les types sont les genres : Cleptes, Elampns, Hedyclnum, Chrysis, Euchrrvus et Parnopes. G. Dalilbom groupe circulaireinent tous les Chrysidiens autour du genre Chrysis placé au centre. Il remarque que le genre Parnopes établit une transition aux Apiens ou genre Apis de Liniueus, et le genre Omnlus aux Chalcidiens ou genre Chalets, Fabr.

f 'araef CI-OS généraux. — Corps de taille médiocre, petite ou très-petite, ovalaire oblong ou arrondi, glabre ou pubescent, ponctué, le plus souvent voûté en dessous en demi-cylindre ou presque en demi-sphère, parfois subcylindrique en dessous (Clcptos). Tête arrondie et subtriangulaire, de la largeur du thorax ou plus large, avec le chaperon fransversc et court, le front et le vertcx déprimés-convexes. Antennes géniculces et filiformes, rapprochées à leur insertion, qui se fait presque à l'ouverture de la bouche ; sur les sujets secs, souvent courbées et plus ou moins enroulées. Trois ocelles en triangle sur le vertex ou en ligne courbe; yeux latéraux, très-entiers, ovales et plus ou moins saillants. Labre petit, tantôt subsemilunaire, tantôt linéaire et obtus, le plus souvent caché et plus ou moins cilié, à bord sous-apical; mandibules le plus souvent trigones, incisées au bout, tantôt à deux ou trois crans, tantôt

denticulées; maxilles ordinairement cornées et peu prolongées; lèvre le plus souvent membraneuse, petite et conique, portée sur un menton subcylindrique souvent rétréci à la base. Dans le genre Parnnpcs, mâchoires et lèvre très-allongées et avancées en rostre grêle et filiforme, bifide au bout de la lèvre, ressemblant à la trompe des Apiens et réfléchie au repos sous la poitrine; palpes grêles, les maxillaires de la plupart de cinq articles et plus longs que leslabiauv, qui en ont deux ou trois ; dans les Parnopes les palpes des deux sortes sont biarticulés et très-petits, comme de courtes soies rigides. Thorax subcylindrique, plus ou moins convexe, tronqué en arrière; écusson et poslécusson tantôt mutiques et convexes, tantôt coniques, tantôt mucronés; métanotum diversement rugueux, ayant l'angle latéral postérieur prolongé de chaque côté en dent ou en éperon. Ailes à peu de nervures et surtout de cellules, les antérieures n'ayant d'ordinaire que trois cellules complètes, lacostale, une cubitale, une discoïdale;lacelluleradialeleplus souvent ouverte au sommet et très-rarement fermée, les autres cellules discoïdales et cubitales oblitérées ; les ailes inférieures n'ayant qu'une seule cellule costale étroite et obsolète et très-peu de nervures. Pattes propres à la course et de longueur médiocre, les jambes tantôt mutiques, tantôt munies de soies ou d'épines, les antérieures avec un calcar unique, les postérieures avec deux; tarses à articles subfiliformes et munis d'ongles très-caractéristiques, mutiques en dessous, ou unidentés, ou serrulés ou pectines. Abdomen d'aspect subsessile, à très-court pédicule, ovale, arrondi, ou subcarré, ou subhémisphérique, convexe en dessus, plan et bordé en dessous et paraissant concave et voûté après la mort par la dessiccation des viscères, convexe dessus et dessous chez les Cleptes; segments apparents le plus souvent au nombre de 3, parfois It ou 5, d'autant plus développés, surtout le second, qu'ils sont moinsnombreux.

Le troisième segment, qui est d'ordinaire le dernier segment dorsal apparent, est le plus souvent très-caractéristique par son bord apical, tantôt entier [Hedychrum), tantôt légèrement excisé en son milieu (Elampus), très-souvent découpé en arrière en plusieurs dentelures {Chrysis, Pyria, Stilbuin). On remarque parfois en outre, au bout de ce troisième segment, un bourrelet très-saillant (Stilbitm) et suivi d'une rangée de très-gros points, simulant un quatrième anneau.

La bibliographie des Chrysidiens est peu nombreuse. On consultera : G. Dahlbom, Monograplna Chrysididarum Sueciœ, 1829. — W. E. Shuckard. Description of the (iencra and Specirs of the Brilish Clirysididœ {Ëntom. Maijaz., 1837, IV, p. 156-177). — Wesmacl, Xolicc sur Us Chrysides de Bclyique {Bulletin Acud. royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles, 1839, VI, !'<= partie, p. 167 à 177). — Arnold Fiirster, Eine Centurie neuer Hymenopleren ( V erhandlungen des naturhistorischen Vereines der preussischcn Rheinlande und Westfalens, Bonn, 1853, t. X, b. Neue Arten aus der Familie der Chrysiden (genres Chrysis et Hedychrum, nombreuses espèces nouvelles), p. 30i et suiv. — Fr. Smith, A Révision

CLEPTES. 5

of the Hymenopterous gênera Ci.eptes, Paiînopes, Anïiiracias, Pyria and Stu.bum, ivith Descriptions of new species of two gênera, and aho of neiv species of the genus Curysis fmm Xorlh China and Australia {Trans. Soc. Entomol. of London, 187/i, \[|I). — G. Dalilbom, Hynienoptera eurupœa, prœcipue borealia, Berlin, 185/t, t. 11. Ce volume traite des Chrysides de tous pays, européennes et exotiques, contrairement au plan général de l'ouvrage ; c'est une monographie complète des clirysidiens ou du genre Chrysis de Linnanis, accompagnée de bonnes figures sur cuivre et sur bois. — Fr. Chevrier, Description des Chrysides du bassin du Léman, in-8°, Genève, 1862.

Nous citerons aussi un catalogue utile pour tous les Hyménoptères : L. Kirchner, CatnJogus Hymenopterorwn Europœ, Vienne, 1867, et 0. Radoszkovsky, Énumération des: Chrysides de Russie (Hnra> Soc. entomolog. liossicœ, Saint-Pétersbourg, t. III, 1865-1866, p. 'J95 à 310).

GENRES PRINCIPAUX

C'LKPTE**, Fabr. — Corps oblont,'. Antennes insérées tout près du bord extrême de la bouche. Mandibules très-fortes, tridentées à leur sommet. Prolhorax en cou allongé, plus étroit que la tète et le niésolliorax; poslécu:son en gros point convexe. Ailes avec une cubitale large et courte et une discoïdale trèspetite. Pattes à cuisses renflées et un peu comprimées : crochets des tarses avec une dent en leur milieu. Abdomen en forme de toupie, de 4 segments apparents chez les femelles, 5 chez les mâles.

Les espèces du genre Cleptes sont rares, et les mâles d'autre coloration que les femelles. Nous citerons C. nitiduhis, Fabr. (pi. lxxvi, fig. i I, femelle), ayant la tête et les antennes noires ; le prothorax d'un brun jaunâtre assez clair, le mésothorax d'un noir brillant, le métathorax, avec l'écusson et le postécusson, d'un bleu plus ou moins verdàtre ; les ailes enfumées, avec des écailles brunes ; les cuisses noires, les jambes elles tarses fauves; l'abdomen a\ecles trois prerrtiers segments fauves, le quatrième noir ; l'oviscapte plus court que l'abdomen. Le mule a la tète, le thorax et ses côlés entièrement bleus^ souvent tournant au violacé, rarement au vert, les écailles bleues ou verdâtres, les cuisses bleuâtres ou verdâtres, l'abdomen fauve, avec le segment U bleu en partie, et le segment 5, qui est petit, bleu ou noirâtre. Le C. semi-auratus, Fabr. a le mâle très-semblable à celui de l'espèce précédente et souvent confondu avec lui; la femelle avec la tète d'un vert doré, les antennes eu partie cuivrées et fauves, le prothorax et le mésothorax très-cuivrés, comme la tète, le métathorax bleu, le reste de l'insecte comme la femelle précédente. Ces deux Cleptes, de France, de Belgique, de Suisse, des îles Britanniques, se montrent ça et là, principalement autour des habitations, et se trouvent parfois en abon-

dance dans les jardins plantés en Groseilliers épineux, car leurs larves vivent aux dépens de celles des Némates, qui dévorent les feuilles de ces arbrisseaux. 11 y a quelques autres Clcptes d'Europe et un du Brésil.

HEDVCHRr.'H, Latr. — Corps plus court, plus large et plus aplati que chez les C/irï/sfs. Mandibules larges, avec le sommet bidenté, déserte qu'elles semblent tridentées au côté interne. Palpes maxillaires beaucoup plus lonijs que les labiaux. Angles externes du métathorax très-aigus ; écusson sans prolongement. Atrophie presque complète des nervures de la seconde moitié des ailes antérieures. Crochets des tarses bifides à leur sommet; parfois l'une des divisions plus forte que l'autre et légèrement dentelée [H. ardens et roseum). Abdomen large, subhémisphérique, de trois segments apparents, le bout du troisième arrondi et sans dentelures.

Les Hédychres comptent vingt-cinq espt^ces en Europe, dont une douzaine en France, et des espèces exotiques, d'Algérie, du Brésil, d'Asie Mineure, du Chili, du Cap. Les différences sexuelles sont peu saillantes ; l'oviscapte des femelles, bien que très-extensible chez les insectes vivants, est à peine visible après la mort. Une des espèces des environs de Paris, de Belgique, de Suisse et très-répandue en Europe, est 17/. lucidulum, Fabr. (syn. nv/m?;i, Fabr., pour le mâle), de 5 à 8 millim., à larve dévorant les larves des Osmies et de Chalicodoma muraria. La tète est bleue ou verdàtre, ainsi que les antennes ; le prothorax et le mésothorax d'un doré cuivré, pur et brillant, l'écusson, le postécusson et le métathorax bleus ou verdàtres ; les ailes enfumées ; les pattes d'un bleu verdàtre, à tarses bruns; l'abdomen d'un doré cuivré, finement ponctué. Il y a des sujets de beaucoup plus grande taille, où le bleu domine, sans mélange de vert. Se trouve surtout sur les fleurs des Ombellifères. Cette espèce est aussi de toute l'Algérie, au printemps et dans une grande partie de Tété. Une petite espèce, de ix à 6 millim., de France, de Belgique, de Suisse, est 1'//. ardms, Latr. (flg. 10, pi. 1.XXVI, sa mandibule), espèce en entier d'un vert doré brillant. D'après Chevrier, cette espèce n'est autre que H. minutum , L. S'-F., parasite du Tachytes unicolor. Citons encore, de France et de Suisse, H. cœrulescenSy L. S'-F., en entier d'un bleu verdàtre et violacé, sansreflet doré ou pourpré, et H. roseum, Hossi, de France, de Bidgique, de Suisse, d'Allemagne, d'Italie, qu'on recoimaît immédiatement à son abdomen d'un rouge de brique, rarement un peu rosé.

CllRYt4l«it, Linn. — Mandibules variables, soit munies d'une deut au côté interne, soit simples. Palpes maxillaires de cinq articles, labiaux de trois; trompe rarement visible. Angles externes du métathorax précédés souvent d'une fissure transverse. Ilésoau de l'aile nettement dessine; la radiale généralement fermée, la cubitale peu allongée, non fermée, la discoïdale se ter-

Page 1