‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservation (volume 2)Chapitre 10 sur 28 · VANESSA · texte numérisé non relu

VANESSA

ayant en dessus les ailes supérieures à sommet noir avec des taches blanches, le reste d'un fauve rouge avec du rouge vif entourant un point noir contre la côte et diverses taches noires; les ailes inférieures d'un fauve rouge, bordées de cinq taches noires rondes; les ailes en dessous marbrées de noir, de blanc, de jaune grisâtre, avec cinq ocelles au bord des inférieures, dont deu\ plus gros; les cinq ocelles à centre noir, bordé de jaune, le contour externe noir. Espèce répandue dans toute l'Europe en mai, puis en juillet, août, septembre, se posant fréquemment sur le sol et volant même par les mauvais temps, dans les champs et dans les lieux arides couverts de Chardons. Son essor est brusque et impétueux, mais, après avoir tournoyé vivement à distance, la Belle-Dame revient se posera la même place. C'est un Papillon d'allure étrange, d'humeur querelleuse, pourchassant tous les papillons qui surviennent dans son voisinage, et volant très tard le soir, même après le soleil couché, au milieu des Noctuelles et des Phalènes. Chenille épineuse, brunâtre ou grise, avec des lignes jaunes, latérales, interrompues. Chrysalide grisâtre, avec des points dorés, parfois si nombreux et si serrés, qu'elle semble revêtue d'une robe d'or. La chenille vit isolée sur difl'érentes espèces de Chardons, sur l'Artichaut, plus rarement sur la Millefeuille, l'Ortie, la petite Mauve, se tenant à l'embranchement des tiges dans un réseau de soie, qui ressemble à un nid d'Araignée, et d'où elle sort, à demi seulement, pour ronger le parenchyme des feuilles.

Rambur a fait connaître sous le nom d'Elijmi {Ann. des sciences d'observation, 1829, t. II, p. 256, pi. v) une rare variété de P. Cardui, qui semble localisée dans le Midi, aux environs de Montpellier. Les ailes supérieures n'ont qu'une seule série de taches blanches en dessus, et sont envahies par une couleur noire qui règne tout le long du bord antérieur, prédomine à l'angle apical, où elle se trouve recouverte par une seule rangée de six macules blanches, les deux inférieures beaucoup plus fortes, et descend jusqu'à l'angle inférieur de l'aile, le long de la borJure. Les ailes inférieures sont aussi largement imprégnées de noir à la base et au bord antérieur; les cinq taches noires, à peu près égales en dessus, ont une prunelle fauve qui manque dans le type; en dessous elles sont très-inégales, la seconde et la troisième étant presque effacées. En outre, la surface inférieure des ailes postérieures est beaucoup moins marhi'ée que dans le type.

11 y a des années où la Vanesse Hellc-Dame est extrêmement commune, se rencontre à chaque pas; puis elle devient assez rare pendant plusieurs années. C'est en ell'et un Papillon voyageur et dont la race se renouvelle par des émigrations. A Hyères, dans certaines années, les Artichauts (Carduacées) sont ravagés et détruits par la chenille de /'. Cardui ; l'opinion des gens du pays est que cet insecte fait des migrations et vient d'Afrique, aidé par le vent. On a plusieurs l'ois observé en mer des légions de ces Papillons, si communs en Algérie. En 1879, tout

particulièrement, l'Europe occidentale a été le thé.llre d'une immense migration de cette espèce. Les Vanesses d'Afrique ont été amenées par le siroco en Sicile et dans le midi de l'Italie et de l'Hspagne, dès la fin d'avril; leur passage en France a duré tout le mois de juin. Parfois elles étaient en troupes serrées. Ainsi à la gare de Montélimar (Drôme), où elles couvraient de vastes espaces; à Angers (11 juin 1879), où elles remplissaient certaines rues, au point de forcer les passants à se ranger contre les murs. Le plus souvent le passage avait lieu par individus isolés, la plupart à ailes éraillées et plus ou moins dénudées, volant en général vers le nord, très souvent contre le vent, contournant, en s'élevant plus haut, les obstacles qui s'offraient à eux, arbres, maisons, murs, etc. Pendant toute la journée du 15 juin 1879, avec mon collègue et ami M. Poujade, j'observai un de ces passages par sujets isolés, près de Paris, dans les prairies et landes de Champigny et la Varenne Saint- Maur. Les P. Cardui atteignaient les côtes normandes, puis le nord de la France, dans la seconde quinzaine de juin, et les environs de Londres à la fin de ce mois. Dès la fin de juillet, les chrysalides dorées de cette espèce se trouvaient en nombre énorme partout, provenant de la ponte des Papillons émigrants. En août, une quantité considérable de P. Cardui venant d'éclore couvrait les champs et les routes. La Normandie, où l'espèce est souvent assez rare, en était remplie, et çà et là quelques sujets à ailes presque diaphanes, les derniers survivants de l'émigration. Au pied des dunes normandes des environs de Caen, c'est par milliers qu'on voyait voler ces Papillons, arrêtés par la mer, butinant par quinze à vingt à la fois sur les fleurs de chaque toutie de la Crucifère des sables, le Kakile maritima, Linn. En septembre, la plupart avaient disparu. En raison de cette abondance insolite de P. Cardui sortis de chrysalide au commencement d'août, on voit qu'on peut fixer avec certitude la durée de l'existence de cette espèce à l'état adulte à cinq ou six semaines. J'ai publié un résumé du passage de 1879 en France, sous le titre : Miijrations de Papillons, dans le Bulletin d'insectologie agricole, n" 7, juillet 1879 (1); il est probable que l'espèce sera revenue en 1880 à ses proportions normales. Ce sont ces migralions qui ont répandu l'espèce sur une partie considérable de la terre, ainsi toute l'Europe, le nord de l'Afrique, l'Abyssinie, l'Asie Mineure, la Chine, l'Afrique australe, les îles Canaries et de Sainte-Hélène, les États- Unis, la Californie, où P. Cardui est toutefois bien moins commun qu'en Europe, le Mexique, toute la partie nord de l'Amérique méridionale jusqu'aux latitudes des Guyanes. M. S. H. Scudder a doiuié une

(1) Les Papillons migrateurs ne se bornent pas au P. Cardui. Ainsi, au Mexique, en région tempérée, par 1400 mètres d'altitude, M. Bocoiirt a rencontré en juilletun Rhopalocère, VUitita eubtfd, lîoisd., envoie d'émigration. Cette espèce voyage, pendant huit jours environ , de l'ouest à l'est, non on troupe, mais par individus sépares.

YANESSA. 187

histoire trôs complète de ce Papillon et de ses voyages, sous ce titre : A CosmopoUtan Butterfly {American Naturalist, 1876, t. X, p. 392-096 et 602-611). M. S. Scudder est porliî à admettre que la patrie prciniùre de cette espèce est l'Amérique.

En Australie, cette espèce est remplacée par une autre, très voisine, qui avait été confondue avec elle, le P. antarctica, où les ocelles de dessus de l'aile inférieure sont à milieu bleu et non noir, comme chez P. Cardui. Une espèce moins rapprochée, répandue dans les États-Unis, la Californie, où elle est plus commune que /*. Cardui, le Guatemala, le Mexique, les Guyanes, le Brésil, et aussi à Cusco (Chili) et aux îles Canaries, probablement par suite d'importation, est le P. Huntera, Fabr., dont la chenille, d'après Abbot, est brunâtre, avec les incisions et une ligne latérale jaunes, et en outre, le long du dos, deux lignes formées par des points alternatirement blancs et rouges; la tète est noire et les épines de la couleur du fond, lîlle vit sur les Gnaphalium, et la chrysalide, dont l'adulte sort au bout d'une quinzaine de jours, est jaunillre, avec des mouchetures noirâtres. Signalons encore P. CaUirhoe, de Chine, do Ténériffe, de la côte occidentale d'Afrique ; P. Carije, du Chili, où l'espèce remplace P. Cardui, et remonte en outre en Californie; P. Syndutlierœ, du Brésil; P. Dejeani, Godart, de Java, où le rouge de P. Atalanta est remplacé par du blanc.

Un dernier sous-genre de Vanessaezt celui des Grapta, Kirby. Ce sousgenre tire son nom des macules d'un blanc argenté ou dorées, en forme de lettres, qu'on trouve vers le milieu du dessous des ailes inférieures; les dessous des ailes sont assombris, moirés et nébuleux ; les ailes supérieures sont subtriangulaires, le bord antérieur très échancré à lal)ase, puis droit, le sommet tronqué, le bord externe très éciiancré en demicercle, le Ijord interne fortement échancré ; les ailes inférieures sont dentées, à bord antérieur sinueux, échancré, le bord externe avec prolongement subcaudiforme, l'angle anal saillaul. l/abdomen, plus court en longueur que les ailes inférieures, est subconique. Les chenilles sont cylindroïdes, ayant sur la tête deux épines larges à la base, un peu plus courtes que celles du corps, les segments thoraciques et abdominaux munis d'épines poilues et verticillées. Dans toute la France, rencon tré aussi eu Algi'rie près de Laghouat, commun sur les routes, dans les bois, les jardins, ayant deux générations, en mai, puis(injuillet,a()ùtetseptembre, il faut citer le 6'. C album, F.inn., le Robert le Diable de Geoffroy, le Gamma, de 35 millimètres d'envergure, ayant les ailes profondément dentées et anguleuses, d'un fauve vil', avec une bordure antémarginale d'un brun roux, surmontée de taches plus claires que le fond, les ailes supérieures avec des taches noires, dont celle du bout de la cellule discoïdale large et rectangulaire ; les ailes inférieures ayant diverses taches noires irrégulières sur le disque et une costale, ordinairement plus grande; le dessous des quatre ailes très variable, le fond variant d'un jaune ochracé terne îi une couleur presque noire, avec des mar-

188 LÉPIDOPTËRES,

brures de brun foncé et de verdâtre, et un signe blanc, brillant, en figure de C, au bout de la cellule discoïdale. Ordinairement les sujets de la seconde génération ont le ton plus foncé que ceux de la première; j'ai trouvé des femelles à taches jaunes tout aussi nettes que chez les mâles. M. Depuiset a eu une abberration, prise prés de Paris, où toutes les taches noires des deux paires d'ailes agrandies confluaient en une seule, au milieu de chaque aile. Chenille épineuse, d'un brun rougeâtre, avec une bande blanche dorsale, ne couvrant pas les quatre anneaux antérieurs, lesquels sont parfois d'une teinte jauaàlre, la tête en forme de cœur, surmontée de deux tubercules poilus assez semblables à des oreilles de chat. Réaumur donne à cette chenille le nom de bedaude, à cause de son habillement de deux couleurs, comme les robes des anciens bedauds des églises. Elle est assez difficile à trouver, quoique commune en juin et juillet, vivant solitaire sur l'Orme, le Houblon, l'Ortie, le Groseillier, le Prunellier, le Chèvrefeuille, le Noisetier. Chrysalide comprimée dans son milieu, ordinairement incarnate avec des points dorés. G. Eijea, Cramer (syn. Triaiigulum, Fabr., L. album, Godart), décrit par Cramer comme de Constantinople et deSmyrne, espèce analogue à la précédente, avec signe argenté en forme de lettre L, du midi de la France, Hérault, Var, Alpes-Maritimes, dans les jardins et le long des haies en juin et septembre, d'Algérie, des îles Canaries. Citons encore G. C aureuni, Linn., de Chine, voisin de notre Gamma; G. intcrrofiationis, du Canada, de New- York, d'un type analogue; G. Progne, Cramer, de tous les États-Unis, de Californie, de la Jamaïque; G. G argenteum, Doubleday, du Mexique.

Le genre l^rtncs.sa était autrefois plus étendu qu'aujourd'hui ; plusieurs genres en ont été détachés pour des espèces exotiques, principalement par Doubleday : ainsi les genres Laogoma, Eurema, Jununia, Anarlia. Nous citerons, dans ce dernier genre :yt. Jatrophœ, Linn., espèce munie d'une nervure subcostale, du Brésil et de la Guyane, très commune à Cayenne, où elle vole aux environs des habitations et dans les rues, sa chenille vivant sur le Médicuûer (Jatropha) ; et^. Amaltliea, Linn., manquant de nervure subcostale, du Mexique, du Venezuela, du Brésil, de laGuyane, se trouvantprès deCayenne, seulement dans les lieux marécageux, ayant une chenille analogue à celle de Va7iessa Urticœ, et la sortie du papillon hors de la chrysalide ayant lieu au bout de sept jours.

Il est assez difficile, pour certaines Vanesses, de savoir si leur apparition au printemps résulte d'une éclosion ou d'une hibernation ; pour quelques espèces les deux faits doivent concourir. Sont hivernants les V. Urticœ, Polychloros, lo, Àntiopa; d'après le catalogue de M. Maurice .Sand il faut également ranger dans les hivernants /■*. Cardui et Atalanta et G. C album.

NVMPHALIDES.

Tète en général plus étroite que le corselet ; antennes très rappro-

CVLLITH.T.A; NYMPHAMS. 189

cliécs à leur base, insensiblement terminées en massue plus ou moins allongée. Palpes ordinairement longs. Ailes inférieures à cellule discoïdale ouverte et à bord interne plus ou moins creusé en gouttière. Quatre pattes ambulatoires seulement dans les deux sexes, avec les tarses à crochets ordinairement simples. — Chenilles cylindroïdes, à peau chagrinée, tantôt avec des épines poilues ou avec des tubercules épineux sur le dos, tantôt avec la tête épineuse seulement. — Chrysalides anguleuses, souvent carénées ou bossues par une protubérance dorsale déprimée latéralement, certaines avec des taches métalliques, ou offrant l'abdomen épineux. — A consulter pour celte famille : J.Osborne, On the l'ujiation uf the Nxjmphalidœ {tlir Entomul. mniilhlij Magazine, W, 5î)).

Les Nymphalides constituent une famille très nombreuse en espèces; aussi l'ancien genre Nymphalis n'a plus qu'une signitication très incertaine, car il a été subdivisé en beaucoup d'autres genres. La famille renferme des espèces de grande taille, et des espèces de parure fréquemment très brillante, souvent avec des éclats métalliques. Elles sont réparties dans toutes les régions de la terre, mais en plus grande quantité dans les pays chauds. Nous ne prendrons qu'un petit nombre de genres, surtout ceux qui intéressent la faune européenne.

C.%l<lilTll.i:.%, Weslwood. — Antennes i^rôles, terminées par une massue de cinq urticics, courte, large et en cuiller. Ailes grandes et arrondies, les supérieures subovoïdes et subU'iangulaires, le bord antérieur arqué, l'cxlernc arrondi, l'interne un peu échancré, les inférieures subtriangulaires, à bord externe entier et très arrondi, le bord anal canaliculé. Pattes de la première paire grêles et poilues chez le mâle, écailleuses et un peu plus courtes chez la femelle; celles des paires 2 et 3 robustes, assez courtes, avec les tarses épineux. Abdomen robuste et assez grand. — Chenilles et chrysalides inconnues.

Ce genre renferme deux espèces américaines. L'une est C. Sapphira, Hûbner (pi. lxxxi, fig. i; 1 a, protil en dessous), avec un riche mélange de jaune orangé, de bleu vif et de vert d'eau, sur un fond d'un brun violacé, de laGuyaneetdu nord du Brésil intérieur (Fernambouc). C'est l'ancienne Vanessa Callithœa, Godart, espèce qui n'a pas aux ailes le contour dentelé des Vanessa actuelles. L'autre espèce est C. Leprkuri, Feisthamel, des bords de l'Amazone.

WYIIII'll.lkl.m, Godart, IJoisduval (syn. Limenitis, l''ubr.). — Tète munie d'une touffe de poils à la base de chaque antenne; antennes droites à peu près de la longueur du corps, à massue peu renflée et se confondant insensiblement avec la lige. Palpes velus, écartés et divergents au sommet, avec leur dernier article court, nu et assez aigu. Thorax ovale et poilu. Toutes les ailes légèrement sinuées et dentelées, à fond brun ou noir, avec des bandes et des taches blanches en dessus; les supérieures allongées et sublriangulaires, avec l'angle apical arrondi; les inférieures subtriangulaires, avec le bord externe arrondi et festonné. Pattes

de la première paire du mâle petites, poilues, à tarses courts; celles de la femelle écailleuses et moins poilues, à tarses de cinq articles; pattes des paires 2 et 3 robustes et écailleuses, à jambes et tarses épineux. Abdomen grêle et assez long. — Chenilles subcylindriques, ayant la tête cordiforme et le corps garni d'épines rameuses ou de tubercules épineux de diverses grandeurs, mais généralement assez courts. — Chrysalides anguleuses, auriculées antérieurement, et portant une protubérance très prononcée et comprimée latéralement, ordinairement ornées de taches métalliques.

Nous possédons en France trois espèces de Nymphales, dont le dessous des ailes est paré de vives couleurs; leurs chenilles habitent les arbres et les arbustes. On pourrait, d'après le vol et les mœurs, les subdiviser en deux sous-genres, Nymphalis et Limenitis. Le N. Populi, Linn., le grava Silvain d'Engramelle, est,- dans sa femelle, le plus grand Diurne de France. C'est une espèce des parties septentrionales et centrales de la France, des grands bois, faisant défaut dans les îles Britanniques. Près de Paris, on le trouve à Bondy, à Meudon rarement, près de Versailles, surtout dans la foret d'Armainviliiers, où il était autrefois très abondant, alors qu'il y avait beaucoup plus de Peupliers et de Trembles qu'aujourd'hui. Geoffroy n'a pas connu cette superbe espèce, non plus que le grand Mars, bien que ces Papillons forestiers dussent être communs de son temps , même très près de Paris : mais alors les communications étaient difficiles et les grands bois dangereux; aussi le vieil historien des insectes parisiens ne chassait que dans la banlieue la plus rapprochée de Paris. On trouve encore ce Papillon dans la forêt de (lompiègne, près de Pierrefonds, dans les forêts de Monnaie et des Ardennes, dans les Vosges, en Alsace, en Auvergne, etc. Il est très commun dans les forêts du nord de l'Allemagne, de la IJthuanie, de la Podolie, du centre de la llussie, etc. C'est dans le mois de juin qu'on le rencontre à l'état adulte, soit dans la première quinzaine principalement, soit dans la seconde, selon que l'année est précoce ou tardive, sous le rapport de la température. Cette espèce ne butine jamais sur les fleurs, mais suce le sol humide, les plaies d'arbres, les déjections de toute nature, et même les matières cadavériques. Elle est farouche et d'un vol vif et rapide, mais revient se poser, au bout de quelque temps, à l'endroit d'où on l'a fait partir. Nous dirons, pour les jeunes amateurs que sa capture remplit de joie, qu'elle ne descend des cimes des arbres pour voler en planant que par les jours de soleil et sans vent; c'est de huit heures du matin à midi qu'il faut la chercher sur les routes des grands bois, où passent fréquemment des chevaux et des bestiaux; puis elle reparaît dans l'après-midi, de quatre heures à sept heures, mais eu moindre abondance, et c'est le seul moment où la rare femelle descend parfois des arbres. On prend encore ces Papillons endormis de très grand matin. Ee N. Populi présente, sur un fond brun velouté, deux bandes longitudinales de taches blanches, avec quehiues taches blunchesau sommet des ailes supérieui'es.

NYMPHALIS. 191

Chez la femelle, plus grande que le mâle, les taches souL [jUih éleudues et surtout la bande transverse des ailes inférieures beaucoup plus large. Chez la variété tremulœ, Esper, plus fréquente dans le Nord, les taches blanches des ailes supérieures sont presque toutes saupoudrées de brun, et la bande blanche des ailes inférieures manque souvent totalement. Entin, dans une rare abberration, toutes les taches blanches des ailes ont disparu. La chenille du N. Populi se trouve, parvenue à toute sa taille, en mai, sur les plus hautes feuilles du Tremble, du Peuplier noir et du Peuplier blanc. Elle est verte, nuancée de feuille-morte ou de brun violâtre, avec la tète et la partie anale fauves ou rougeâtres, la région anale un peu fourchue, le dos avec des éminences charnues et épineuses; les deux antérieures plus grandes, les deux postérieures un peu recourbées en arrière, ces protubérances hérissées de poils courts, terminés en massue. Cette chenille a l'instinct de se cramponner, à l'aide d'un réseau soyeux, sur les feuilles qu'elle tapisse, de manière à ne pas tomber, malgré les plus fortes secousses du vent. Elle a été étudiée par G. Dorfmeister, dans une intéressante notice publiée dans les Annales de zoologie et de botanique de Vienne, Il a reconnu que cette chenille répartit son existence sur deux années successives, ce qui donne une apparition maximum des papillons tous les deux ans. La jeune chenille, se maintenant par une sorte de câble de soie à la nervure médiane de la feuille, mange cette feuille à partir de la pointe et dépose ses déjections au bord de la partie rongée, où elles restent suspendues à des fils; elle ne quitte la feuille que quand elle est entièrement rongée ou tout à fait sèche. Pour prendre ses quartiers d'hiver, cette chenille enroule une feuille avec des fils de soie autour d'une petite branche,, en ménageant à un bout du cornet une ouverture par laquelle elle entre la tète en avant, laissant voir au dehors la partie postérieure de son corps terminée par deux pointes. Elle sort de ce fourreau en rampant et à reculons pour aller chercher sa nourriture, l'enlaçant de tils, ainsi que la partie environnante de la feuille mangée, en tapissant continuellemeul de sa soie le pédoncule et le dessus de la feuille autour du bord, jusqu'à la place précédemment entamée; revenant bientôt avec vitesse et par la même route se gîter dans son fourreau de feuille. A partir de la tin du mois d'août, elle cesse de manger et ne sort plus du fourreau, retraite pour l'hiver, et dont elle bouche plus tard l'ouverture avec des tils de soie. Au milieu du printempsde l'année suivante se forme la chrysalide, qui pend renversée hî long d'une feuille légèrement enroulée, la pointe abdominale fixéiî par des fils près de la base de la feuille, le pétiole de celle-ci lié par prévoyance avec de la soie après la branche, atin que la feuille ne puisse être emportée par le vent. La chrysalide, dont le papillon vient à éclosion au bout d'une douzaine de jours habituellement, cï-t ovoïde, obtuse antérieurement, jaunâtre, mouchetée de noir, avec une bosse arrondie vers le milieu du dos.

Les deux autres espèces, les Linienilis propres, sont de taille beau-

coup moindre, des bois humides, d'un vol modéré, se posant continuellement sur les buissons, sur les Chardons et fleurs de Ronces, et recherchant les détritus azotés beaucoup moins que le grand Silvain. L'une est le L. Sibylla, Linn., le petit Silvain d'Engramelle, le seul Limenitis des îles Britanniques, où on l'appelle the White Admirai, l'Amiral à bande blanche, par opposition au Vulcain, qui est l'Amiral à bande rouge, existant aux îles Canaries, n'ayant qu'une seule apparition en juin et juillet, dans les bois du nord et du centre de la France, ayant une envergure de 50 millimètres, d'un noir velouté un peu terne, avec bandes longitudinales de taches blanches, celle des ailes supérieures interrompue, quelques points blancs au sommet, le dessous d'un fauve ferrugineux avec les taches du dessus, la base et le bord abdominal des ailes inférieures d'un bleu cendré, avec trois séries antémarginales de points noirs, dont deux ou trois éclairées de blanc près de l'angle anal, celui-ci, chez la femelle, ordinairement marqué de deux points noirs entourés de ferrugineux. 11 y a une aberration très rare sans taches blanches. Chenille en mai, sur le Chèvrefeuille des bois [Lonicera Periclymenum) et parfois sur le Chènc, d'un vert tendre très finement chagrinée, avec une raie blanche latérale au-dessus des pattes membraneuses, sur les sept derniers segments; chaque anneau, le premier et le quatrième exceptés, est armé sur le dos de deux épines rameuses, très courtes sur les anneaux 6, 7, 8, 9 et 12, plus longues sur les autres, principalement sur le cinquième ; deux rangées d'épines semblables et encore plus courtes que les premières se voient en outre de chaque côté du corps, toutes les épines vertes à la base, de couleur de rouille dans le reste de leur longueur, et hérissées de poils noirs ; la tête épineuse sur les bords, d'un brun ferrugineux, ainsi que les pattes écailleuscs, les pattes membraneuses vertes. Chrysalide anguleuse, d'un vert brun ou pistache, brillante et comme vernissée, avec des taches dorées. L'autre espèce est du midi et du centre de la France, bien moins commune près de Paris que la précédente (Fontainebleau, Saint- Germain, Versailles, Armainvilliers, bois de Chevry-Cossigny, Coubert, Lagrange, etc.), très rare dans le Nord et en Belgique. Elle aime à se poser sur les fleurs des Ronces, et à voler sur les broussailles qui bordent les cours d'eau et se prend aussi dans les jardins; elle a deux époques, mai et juin, puis août et septembre, et alors moins abondante. C'est le L. Camilln, Cat. de Vienne, le Silvain azuré d'Engramelle, manquant à la faune britannique, analogue de couleur et de dessin au précédent, mais avec un beau glacis bleu en dessus et le dessous d'un fauve plus rouge. Chenille en avril, puis en juillet, sur ton testes espèces de Chèvreteuilles, les Sijmphoricarpos, etc., passant l'hiver dans une petite feuille bien fermée, qu'elle lixe à l'arbrisseau par quelques fils de soie. Cette chenille, très bizarre d'aspect, estd'un vertpâlesurledos et sur les côtés, et rougeritre sous le ventre, avec une raie latérale blanche qui règne à partir du quatrième anneau, bordée de pourpre, qui sépare le blanc et le vert; sauf

APATURIDKS. 193

1 cl /|, cliaquc anneau csL surmonté de deux opines, on plutôt de deux luhcreules épineux, très courts sur les anneaux 6, 7, 8, 'J et 12, très élevés sur les autres, surtout sur 5; deux rangées de tubercules, tous 1res courts, se voient en outre de chaque côté du corps. Tous les tu])erciiles sont de couleur pourpre et hérissés d'épines rayonnantes à leur extrémité et de couleur noirâtre. La tète est petite, garnie d épines sur les bords, d'un brun ferrugineux, ainsi que les pattes écailleuses, les pattes membraneuses étant rougeàtres. Chrysalide de la même forme que la précédente, mais terne, entièrement d'un brun terreux et sans taches métalliques.

Le genre Nijmplialis ou Limcnilis ann assez grand nombre d'espèces exotiques, de livrée analogue aux nôtres, des Indes, des lies sondaïques, de l'Amérique du Nord. Un genre voisin, longtemps rangé avec les Limoiitis, est le genre Neptis, Fabr., présentant les ailes plus larges et plus arrondies, surtout les inférieures, que les Limonilis, et les bandes de taches perpendiculaires au corps et non pas à peu près longitudinales. Ce genre compte d'assez nombreuses espèces propres à l'ancien monde, à Madagascar, aux îles Maurice et Bourbon. Dans le groupe des, espèces à ailes ornées de taclies blanches sur fond noir, se trouve le .V.-lc^r/s, Fabr., répandu depuis les îles de la Sonde et la Chine (environs d(^ Pékin) jusqu'en Autriche inclusivement, et le N.Lucilla, Fabr., qui habite le Piémont, le sud de la Russie, l'Autriche, la Hongrie, la Slyrie et la Dalmatie. D'autres espèces ont des taches jaunes sur fond noir.

Nous citerons ici le genre Bia^ Westwood, placé par M. II. Lucas dans ses Nymphalites et par M. Kirby dans les SaUjrinœ. Le corps est grêle ; les ailes grandes, les supérieures ornées d'une large tache métallique, avec le bord antérieur très arqué, l'angle apical très arrondi, le bord externe convexe; les ailes inférieures offrant l'angle anal prolongé en queue, plus développée chez le mâle; les pattes palatines du mâle petites, très grêles et poilues, formant une brosse, celles de la femelle grêles et écaillcuses. Une seule espèce, rangée par (iodart dans ses Morpho, le B. Adorion, Liim., des forêts du lîrésil et de la (iuyane hollandaise fpl. i.xxxn, fig. 2, femelle de protil en dessous). Chenille et chrysalide inconnues.

APATUKIDLS.

Antennes longues cl se terminant insensiblement en une massue fusiforme prononcée. Tète plus étroite que le corselet; celui-ci très robuste. (Juatre pattes ambulatoires seulement. Ailes supérieures si nuées, les inférieures denticulées, avec ou sans prolongements caudiformes. — (dienilles aplaties en dessous, en forme de limaces, avec la tête surmontée de cornes, le dernier anneau déprimé, en fa(;on de queue de poisson. — Chrysalides ovoïdes ou carénées.

Nous établissons cette famille en raison de la forme caracti'ri.-liquc Giiunu. m. — 13

l'J.'l LÉPIDOPTÉKES.

des clieiiillos; beaucoup d'uulcurd uc la séparent pas des iSymphalides. l'aile comprend de beaux Papillons, à vol rapide et planant, à riches couleurs, avec ou sans reflet, répandus dans toutes les parties de la terre, à peine représentés toutefois dans les régions tempérées froides, manquant dans la ceinture boréale.

AB»ATajK.%, Fabr. (Nympiialis des auteurs). — Corps robuste. Tète poilue. Yeux proéminenls et nus; spiritrompc longue; massue des antennes allongée et comprimée. Palpes plus longs que la tête, connivents vers leur exlrémilé, leur dernier article nu et très aigu, les deux premiers plutôt squameux (j[uc velus. Ailes supérieures sinuées et écbancrées au bord externe, à sommet subtroaqué, à bord interne droit, les inférieures subtriangulaires à bord externe festonné, dépourvues de queue, à gouttière abdominale très prononcée. Pattes de la première paire très courtes, grêles et poilues chez le niàlc, à tarses très grêles, quadriarliculés, écaillcuses chez la femelle ; pattes des paires 2 et 3 écailleuses, à jambes et tarses finement épineux en dessous. Abdomen petit, allongé, conoide, ordinairement plus robuste chez la femelle. —- Chenilles linuiciformes, avec la tôte surmontée de deux cornes épineuses, et deux petites pointes conniventes à la partie anale. — Chrysalides comprimées latéralement, avec le dos bombé et caréné et la tête bifide.

1/ Europe nourrit deux remarquables espèces d'Apatura. I/une est r.'l, Ilia, Cat. de Vienne, le petit Mars changeant d'Eiigramelle, qui ne se trouve pas dans les lies Britanniques, de 60 millimètres d'envergure ; les ailes d'un brun noir, avec un reflet violet très vif, par le fait d'écaillés brunes d'un côté, violettes de l'autre, comme les images plissées représentant deux sujets différents suivant le sens où l'on regarde ; ailes supérieures avec des taches blanches, dont trois apicales, et une tache noire ronde, cerclée de ferrugineux, les inférieures avec une bande blanche transverse sinuée et un œil cerclé de ferrugineux à l'angle anal; dessous d'un gris jaunâtre avec une teinte fauve à l'angle apical des ailes supérieui'es et toutes les taches du dessous conservées; ailes inférieures avec la bande transverse d'un blanc violàtrc et un ou deux points noirs à la base. Femelle plus claire, bien plus rare que le mâle, sans refiel violet. Fresque toute la France : aux environs de Paris, Bondy, Montmorency, Marly, Armainvilliers, Chantilly, Compiègne, Fontainebleau ; en outre Alsace, Vosges, Morvan, le long du canal de Bourgogne près de Dijon, etc. La variété Clytie, Hiibner, le petit Mars orangé d'Engramelle, est beaucoup moins commune que le type dans le nord de la France, à peu près aussi commune près de Paris, plus commune en Auvergne, existant seule dans le midi de la France, l'allé est moins foncée que le type; les taches et les bandes sont d'un fauve clair, à l'exception des trois points apicaux, qui restent blancs;le borddesquatre ailcsolfrc en oulre une hundede taches fauves assez large et une tache qu'appuient en dessus quatre points noirs dans

APATLliA. 195

lii collule discoïdalc des ailes supérieures; rellei d'uu violet plus rosé. Le petit Mars, llia et Clytio, était commun autrefois tout contre Paris, dans les prairies à Peupliers de la Glacière : c'est de là que venait le seul exemplaire qu'ait connu iiBoflroy, capturé dans un jardin du voisinage. On a indiqué comme une espèce un prétendu /m lulea ou (/rand Mars orangé d'Engrameile, qui n'est qu'une aberration femelle d'iiia, à dessus entièrement fauve, avec la bande du milieu plus claire. Knfin, dans l'extrême midi de la France, ainsi dans le Var en mai, se trouve la Miviéié Métis, Freyer, ditlerant de 67î//<Vparle ton plus rougeàtre du fauve, le reflet plus foncé et plus éclatant, et l'absence des yeux à l'angle anal. Chenille à toute sa taille en mai et au début de juin, sur les Saules, les Peupliers, les Trembles, difficile avoir, car sa couleur se confond avec celle des feuilles; il faut gauler fortement les arbres pour la faire tomber. Elle est d'un vert tendre, chagriné de jaune ou de blanchâtre (planche i.xxxi, fig. 5), avec la tète plate et jaunâtre et les mandibules jaunes, la tète surmontée de deux cornes divergentes, épineuses, bifides à leur extrémité, un peu plus longues que la tète. Ces cornes, prolongement des deux calottes hémisphériques de la tète, sont jaunes en dessus et vertes en dessous, avec leur extrémité rougeàtre, marquées en outre en dessous d'une ligne noire qui se prolonge jusque sur la tète. De chaque côté, du milieu à la partie anale, le corps offre des lignes obliques, jaunes ou blanches, dont la supérieure en relief se termine en haut par une épine qui se recourbe vers le milieu du dos; en outre, sur le cou, deux lignes parallèles jaunes partent des cornes, et se prolongent en mourant jusqu'au cinquième anneau. Les pattes sont d'un vert bleuâtre comme le dessous du corps, et les deux pointes de la queue jaunes. Chrysalide d'un vert paie (planche lxxxi, fîg. 5 a), tirant sur le bleuâtre dans sa partie inférieure, avec la carène, les deux cornes de la tète et les bords des fourreaux alaires blanchâtres ou d'un jaune pâle. L'autre espèce, plus grande, de 65 millimètres d'envergure, est VA, Iris, Linn., le grand Mars changeant d'Lngraraelle, ressemblant au précédent, mais d'un fond plus sombre et d'un reflet bleu plus vif, manquant de l'oceile dos ailes supérieures et celui des ailes inférieures moins marqué. Femelle rare, plus grande, sans reflet. Dans l'aberration, lole., Cat. de Vienne, ou Beroe, Fabr., le Mars bleu foncé changeant d'Eugramelle, les ailes supérieures ne conservent que les taches blanches de l'angle apical, et la bande transverse des ailes inférieures manque complètement ou n'est remplacée que par quelques poils blancs; il y a des passages de ccttt! rare aberration au type. Le grand Mars se trouve près de Paris, à Meudon (rarement), à Bondy, à Saint-Germain, au bois Notre-Dame, près Hoissy-Saint-Léger, à Armainvilliers, également dans la forêt de Mormale, en Alsace, dans les Vosges, etc.; il manque dans les Charentes et dans le tiers méridional de la France, où les forêts sont trop sèches. C'est le Purple Emperor des Anglais. Ses œufs sont d'un vert

sombre, lors de la ])oate, puis, s'ils sont féconds, deviennent d'un jaune vci'd.lire, et oirrent un cercle noir ou d'un brun sombre au point où se l'orme la tèle de la chenille. Celle-ci fut découverte en 1755 et observée par Rœsel et par Ray. Les phases de son éducation sont décrites dans le mémoire suivant : P. S. Pallas, Observations o?î the Habits of the Purple Emperor (A pâtura Iris) [Trans. Soc. entom. uf Lundon, 1838, t. Il, part. 2, p. 136j. Cette chenille, à toute sa taille à la fin de mai et au commencement de juin, vit sur les feuilles de la cime des Peupliers noir et blanc et des Trembles; elle diilere de celle du polit Mars parles cornes delà tète, qui sont beaucoup moins longues et non bil'urquées, par une ligne jaune qui règne le long du corps, au-dessus des pattes, et par quatre petits points bleus placés en dedans et vers l'extrémité des deux lignes jaunes obliques qui se terminent en cet endroit par deux petites épines courbées sur le milieu du dos. Chrysalide plus allongée que celle du petit Mars, et marquée sur les côtés de cinq ou six lignes blanches obliques.

Les deux Mars, qui ne paraissent, comme le grand Silvain, qu'une fois par an,- succèdent immédiatement à celui-ci, de la tin de juin à la tin de juillet (climat de Paris), ont un vol analogue et absolument les mêmes mœurs. Mêmes observations, par conséquent, sur leur capture. iJe nombreuses espèces d'Apatures se rencontrent dans les i^égions chaudes du globe, sauf toutefois en Afrique.

l'OAIlAXES des auteurs (syn. Nymph.vlis, Godart, Westwood). — Tète veloutée, sans touffe frontale; antennes assez courtes, robustes, tlioiles, terminées graduellement en une massue allongée, fusiforme, légèrement amincie à l'extrémité. Yeux très proéminents, nus. Palpes aussi longs que la tête, tendant à se rapprocher par le sommet, mais non connivents, avec le dernier article nu,couit, terminé en pointe obtuse, les deux autres plus squameux que velus. Thorax très robuste, velouté, plus long que l'abdomen. Ailes supérieures subtriangulaires, le bord supérieur un peu arqué, le bord interne festonné ou échancré ; ailes inférieures grandes, subovales, non ocellées en dessous, à bords festonnés et pourvus, avant l'angle anal; d'une queue et plus souvent de deux. Pattes palatines du mâle petites et poilues, celles de la femelle bien plus longues, écailleuses, à tarses comprimes; pattes ambulatoires courtes, très robustes, écailleuses ainsi que leurs tarses. Abdomen assez court, ovoïde chez les femelles. — Chenilles en forme de limace, avec la tête surmontée de quatre cornes et le dernier anneau aplati et ressemblant a une queue de poisson. — Chrysalides ovoïdes, lisses, coniques à l'abdomcii, avec lu tèle presque obtuse et deux tubercules à la partie anale.

Les Charaxes habitent l'ancien monde et l'Australie, et, contrairement aux Apatures, sont très nombreux dans l'Afrique tropicale. Une très belle espèce, d'un fond brun verdàtre, avec de larges bordures jaunâtres aux quatre ailes, se trouve sur tout le pourtour de la Méditerran/'e,

CHARAXES. 197

c'est-à-dire à la fois en Europe, eu Afrique et en Asie : c'est le Pacha à deux qupui's des paysans (urcs, le C. Jasius, Fabr., répandant à l'éclosion une odeur musquée, paraissant deux fois par an, en juin et en septembre. Les individus de la première époque proviennent de chenilles écloses en octobre, passant l'hiver et ne subissant la nymphose qu'au mois de mai suivant ; ceux de la seconde ont des chenilles nées en juillet et passant par toutes les phases en trois mois. En France, le C. Jasius se trouve principalement aux environs de Toulon et d'IIyères et aux îles d'Hyères ; il vole aussi aux environs de Montpellier, mais y est très rare. La chenille se nourrit uniquement des feuilles de l'Arbousier (Arbutus Unedo), arbrisseau très commun sur les collines qui bordent la. Médilerranée. Elle mange ordinairement la nuit, fort lente dans ses mouvements, tenant la tête renversée en arrière, toujours sur le dessus des feuilles, qu'elle tapisse de soie; au repos dans le jour, où elle retire sous elle ses pattes écailleuses et ses dernières pattes membraneuses, de sorte qu'elle ne s'appuie que sur les quatre pattes du milieu. Ses habitudes sédentaires la rendent très facile h élever par les amateurs, car elle cherche bien rarement à quitter la branche d'Arbousier sur laquelle on l'a placée et mange entièrement la feuille où elle est posée. A sa naissance, cette chenille est d'un vert brunâtre, mais, après la première mue, elle devient d'un beau vert et conserve cette couleur jusqu'à son changement en chrysalide. Le corps est plat en dessous et renflé au milieu, les anneaux postérieurs atténués, et le dernier, 1res aplati, se termine en forme de queue de poisson. La peau semble pli.ssée transversalement et chagrinée de blanc jaunâtre sur le fond vert; on voit, sur les anneaux 7 et 9, deux taches ocellées, im peu ovales, ordinairement d'un vert jaunâtre, et marquées au ceiiire d'un point bleuâtre. La tète, marquée de lignes jaunes et noires, est verte et chagrinée comme le reste du corps ; les quatre cornes jaunes avec l'extrémilé rougeâtre, celles du milieu prolongeant les lobes céplialiques, les extérieures un peu plus grandes et divergenles, et, entre elles, les rudiments de deux aulres cornes. Ces cornes sont très peu développées lors des mues, mais acquièrent toute leur taille en quelques heures. Au-dessus des pâlies règne une ligne jaune, bien marquée à partir du troisième anneau ; les pattes écailleuses sont jaunes, les membraneuses vertes, les stigmates très petits et à peine visibles, le ventre blanchâtre.

On sait qu'ordinairement, dans les chenilles (jui muent, la tète se dépouille en même temps que le corps, et les enveloppes de l'une et de l'autre demeurent adhérentes, ce qui fait que l'ancienne peau rejelèe t>sl quelquefois si entière, qu'on la prendrait pour la chenille elle-même, surtout lorsque cette peau, comme celle des chenilles du genre Chelonia, est couverte de longs poils, (^hez la chenille du C. Jasius, au contraire, la tête se dépouille avant le coi'ps, se redresse peu à peu verticalement, puis est rejelée au dehors, et le nouveau crâne, d'abord étendu faute de place sous le premier anneau de la vieille peau, gonlle beaucoup et

198 LÉPIDOPTÈUES.

SG surmonte bientôt de quatre épines; c'est après cela que le corps se dépouille à part, à la façon des autres chenilles. La chrysalide se forme trois jours après que la chenille s'est suspendue par la queue à une petite branche ou à un pétiole de feuille, cette chenille étant alors devenue d'un vert clair transpar.ent. Cette chrysalide est d'un vert tendre, ovoïde, lisse, sans aucun angle, avec les incisions des anneaux, les fourreaux alaircs, les pattes, la spiritrompe, les antennes, marqués, sans relief, par de simples lignes jaunes. La tête se termine par deux protubérances arrondies; le dos est à peine caréné, et le pédoncule par où se fait, l'attache soyeuse est accompagné de deux petits tubercules. Deux jours avant la sortie du papillon, on voit paraître, sur l'enveloppe des ailes, plusieurs taches violâtres. Nous représentons (pi. lxxxi, fig. /i) une belle espèce de la côte occidentale d'Afrique, le C. Etheta, Godart, d'un noir pourpré, avec double bordure de taches d'un bleu vif ot un ocelle bleu bordé de jaune à l'angle anal de l'aile inférieure.

MORPHIDES.

Corps petit, assez grêle, médiocrement robuste, comparé aux ailes. Tête médiocre ; antennes grêles, terminées par une massue subfiliforme. Yeux généralement grands et proéminents. Palpes relevés, petits, écartés, ordinairement écailleux. Thorax de grandeur médiocre. Ailes très grandes, plus ou moins ocellées en dessous, les supérieures ayant la cellule discoïdale très allongée et toujours fermée; ailes inférieures du mâle le plus souvent munies de deux touffes de poils près de leur base ; cellule discoïdale tantôt ouverte, tantôt fermée dans les deux sexes, la gouttière abdominale large et profonde. Pattes palatines imparfaites, celles du mâle très petites, en forme de brosse, à tarses d'un seul article ; celles de la femelle ordinairement plus grandes que celles du mâle, à tarses articulés, mais sans ongles. Abdomen petit. - Chenilles allongées, pubescentes, épineuses, atténuées en arrière, à tête ornée de plusieurs cornes obtuses, l'abdomen terminé pardeux queues coniques, allongées. — Chrysalides courtes, suspendues par la queue, épaisses, cylindroconiques, ou légèrement carénées sur la partie dorsale.

Cette famille comprend les Papillons les plus richement colorés qui existent; elle se composait uniquement autrefois des deux genres Morpho et Pavonia, qui sont restreints aujourd'hui à des espèces américaines. Les Morphides ne se rencontrent que dans les régions les plus chaudes du globe et souvent les plus humides, dans les terres basses du sud du Mexique, les (îuyanes, le Brésil, l'Equateur, l'Indo-Chinc, les îles de la Sonde, les îles Philippines, rarement le nord de l'Inde et le sud de la Chine, la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Irlande.

MOliPino, Fabr. — Corps très petit. Tête assez large, légèrement poilue, avec une pt'tito touffe frontale conique; antenne? courtes, grêles, formées d'articles

MOUiM'O. 199

assez allongés, se terminant graduellement en une massue très grêle. Yeux grands, proéminents, nus. Palpes petits, comprimés, finement poilus, s'avançant obliquement jusqu'au niveau des yeux. Thorax petit, ovale, court, poilu. Ailes très-grandes, do forme variable, ornées en dessous, les inférieures surtout, de taches ocelliformcs; les ailes supérieures à bord apical généralement plus ou moins échancré, les inférieures subovales, festonnées entre les nervures. Pattes palatines du mâle petites, poilues, celles de la femelle écailleuses et beaucoup plus longues, à tarses de cinq articles ; pattes ambulatoires allongées, robustes, à cuisses courbes, les jambes armées de rangées d'épines plus fortes en dessous. Abdomen petit, muni, à son extrémité, de plusieurs touffes de poils chez les mâles seulement. — Chenilles allongées, cylindriques, épineuses, avec les segments antérieurs munis d'une touffe de poils et le segment anal bifide. — Chrysalides courtes, très renflées, non anguleuses et bifides antérieurement.

Les Morplio sont les plus magnifiques Papillons qui existent, dont lo dessus des ailes est le plus souvent d'un bleu métallique de ton variable, 1res résislant à la lumière, souvent noirâtres au bord, cette bordure noire plus large chez la femelle. Us sont répandus dans les régions les plus chaudes de l'Amérique, du Mexique îi la province de Sainte-Catherine (Brésil sud). L'éclat de leurs ailes les a fait parfois employer pour la parure, soit renfermés dans de larges médaillons, soit, pour la coiffure, en traversant le corps en long d'une tige de métal, et les ailes consolidées en dessous par du crêpe apprêté. Le plus riche de tous par son incomparable azur métallique, le il/. Cypris, de Santa-Fé de Bogola, a paré la chevelure blonde de l'impératrice Eugénie. Il y a des Morpho très l'ares, en raison de leur liabitude de se tenir au sommet des arbres (Lacordaire) et de ne presque jamais descendre: ainsi, à la Guyane française, les M. Metclhts, Ilecuba, Anilromachus, lihetcnor, etc. D'autres sont plus répandus dans les collections, car, au lieu de planer sans cesse à la cime des arbres, ils descendent dans les roules des bois, où ils s'élancent par bonds désordonnés et rapides : ainsi il/. Menclaiis, Linn., du lU'ésil el de la Guyane, à ailes d'un beau bleu d'azur métallique ; .1/. Uelonor et AchiUes. (atons encore M. Leonte, il/. Persms, du Brésil el des Guyanes; M. Laerlcs, Hrury, avec les ailes d'un blanc métallique bleuâtre, du Brésil; M. Adonis, Cramer, d'un bleu pâle, de la Guyane et du Brésil jusqu'à la province de Sainte-Catherine, etc. Il y a quelques Morpho où les femelles sont fauves, par le même contraste de couleur que chez les Lycœna : ainsi la très rare femelle du M. Cyj)ris. La femelle du M. Eugmia, découverte à la Guyane française par M. G. Bar, est aussi de couleur très difl'érenle du mâle; sur un fond d'un brun sombre se détachent des bandes et de larges macules d'un jauue-paille, dessins tranchés qui produisent le plus grand effet pendant le vol. Au Mexique, dans les régions moyennes el sur le versant du Pacifique, se trouve un très rare Morpho blanc, le .1/. Polypheimis, Boisd., qui vole

200 LÉi'JDOPJÈnLS.

lentement sur le bord de ravins ou plutôt de crevasses à pic, appelées bar amas (iM. Houcard).

M. C. Bar a donné d'importantes indications sur les Morpho des environs de Cayenne, qu'il a pu observer dans un séjour permanent. Il y a rencontré neuf espèces de Morpho, réparties comme il suit : 1" groupe de Perseus, trois espèces : les M. Hecuba, Metellus (dont les chenilles vivent en société sur le Simarouba) et Tdemachiis; 2" groupe d'Adonis, une espèce : M. Eugenia, cf et Ç; 3" groupe d'Achilles, trois espèces: les M.Achilles, Beidamia et Nestor; h" groupe des Menelaus, une espèce : M. jlie//e/a»s; 5" groupe de Rhelenor, une espèce, le J/. Metenor ç^, Andromachus ^. Les espèces du groupe de Rhetenor-Andromachus ont le vol élevé, se maintenant le plus souvent à 10 ou 12 mètres, descendant rarement à portée, quand le papillon traverse un endroit découvert. Les espèces du groupe de Perseus sont h peu près dans le même cas et volent, en planant avec majesté, cà une hauteur de 8 à 10 mètres, mais descendent beaucoup plus fréquemment à portée et viennent même se poser sur les jeunes arbres qui bordent les sentiers qu'elles aiment à parcourir. Les espèces du groupe d'Adonis ont aussi le vol assez élevé, mais ne planent pas. Les espèces des groupes d'Aclnlks et de Menelaus ne volent point, comme celles des groupes précédents, hors de la portée du chasseur; elles s'élèvent rarement à plus de deux ou trois mètres, à moins d'être efl'arouchées. Aussitôt que le soleil commence à baisser, ces Morphose posent sur quoique buisson, pour ne recommencere qu le lendemain leur course vagabonde et rapide, dans toutes les ouvertures que leur présente la végétation vierge et irrégulière des forêts de la Guyane. Les il/or/j/io ne sont pas les Papillons qui se tiennent le plus généralement au faîte des grands arbres; ces stations sont surtout, à la Guyane, celles des Pieris, Callidnjas, certains Nymphalides, Papilio et ITeliconia, etc. Les Morpho ne butinent pas sur les fleurs; de même que la plupart dos Satyridcs de la Guyane, les Pavonia, et beaucoup d'Apatures, ils préfèrent les sucs que contiennent les fruits tombés à terre. L'odeur du vin, du sucre ou de toute liqueur fermcntée, attire ces Papillons en grand nombre, et donne quelquefois un moyen inespéré de les saisir.

Nous représentons des détails d'une espèce du gvuToAmathusia, Fabr., placé par M. Kirby dans ses Morphinœ, et dont Godart faisait un Morpho : c'est VA. Phidippus, Linn., de Java (planche lxxxu, fig. 3, chenille; 3 a, chrysalide; 3 b, tête de l'adulte; 3 c, patte palatine. 3 d, palpe).

On consultera pour les Morpho : A. Guenéc, A'"/c monofiraphique et re.cU/icdtive sur un groupe du genre Morimio, Latr. {Ami. Soc. ciihnii. Fr., 1859, p. 305). — E. DeyroUe, Noie sur cinq Moiii'iio noiicedii.r (Aiin. Soc. enlotn. Fr., 1860). — G. Har, Queiques mots sur les Moiipiio de la Guyane, Lépidoptères de la tribu des Morphides {Ann. Soc. entoin. Fr., 186/1, p. 29). — IJurmeisler, Morphonides brésiliens, avec planch.

PAVOMA. 201

coloi". repiTscnfanl des chenilles et des chrysalides (Hrvw et Magas. de zooL, 1873).

ï».%vo:¥lA, Godart (syn. Caligo^ Westwond). — Corps très pclit, robuste. Tête poilue, avec une toufle frontale conique; antennes grêles, graduellement terminées par une massue grêle. Yeux grands, nus. Palpes assez grands, peu poilus, s'avanrant obliquement au delà des yeux. Thorax rolmsle, poilu. Ailes très grandes, arrondies, ocellées en dessous (d'où le nom du genre), les supérieures à bord costal très courbé, le sommet arrondi, le bord externe droit ou légèrement sinueux ; les ailes inférieures grandes, ovoïdes-allongées, à bord exierno un peu festonné et sinueux; l'angle anal arrondi; la gouttière abdominale peu marquée chez les mâles, une petite touffe de poils prés du bord anal dans la plupart des espèces. Pattes palatines du mâle et de la femelle poilues et de même longueur ; pattes ambulatoires longues et robustes, avec les jambes m\inies de deux rangées d'épines et les tarses de plusieurs rangées. — Chenilles allongées, un peu plus épaisses dans leur milieu, avec la tète en forme de bouclier et armée de plusieurs cornes, chaque segment médian oiTrant une épine i)erpendiculaire au corps. Abdomen terminé par deux apiiendiccs coniques allongés. — Ciuysalidcs épaisses, ayant une pointe ubtusônient conique sur leur partie dorsale.

Les Pavonies comptent une (juinzainc d'espèces des régions chaudes de l'Amérique du Sud. Elles diflèrent beaucoup par les mœurs des Morpho, qui ont un vol rapide à l'éclat du jour. Ce sont des Papillons à demi-crépusculaires, au repos pendant le jour sur les troncs d'arbres, leurs ailes à dessous ocellé rapprochées perpendiculairement au corps. Elles volent lourdement le soir dans les broussailles, ou le jour dans les i'ourrés épais et obscurs, retombant se poser après quelques coups d'ailes, de sorte que leur capture est très aisée. Kous représentons le /'. Acadina, Godart, du I5résil (pi. lxx.kii, fig. 1), ses grandes ailes d'un brun lauve en dessus, avec bandes d'un fauve vif en bordure et deux taches d'un jaune clair au sommet d(î chaque aile supérieure. Cette espèce, qui était une Pavonie pour Godart, fait partie maintenant d'un genre très voisin, Opsiphancs, Westw., et doit être nommée 0. Kyinc, Uiibner. M. Kirby, dans sou Catalogue, place ce genre dans les Brassolides.

BHASSOEIDES.

Corps très robuste. Tête petite et poilue, avec une touffe frontale; antennes terminées par une massue grande et allongée composée d'articles très courts. Veux nus. Palpes petits, comprimés, poilus, appliqués sur la tète. Thorax robuste. Ailes ocellées en dessous, les supérieures à bord externe presque droit, à cellule discoïdale fermée, les inférieures largement ovales, à bord externe entier, arrondi, non festonné, à cellule discoïdale fermée, précédée par une petite cellule

prédiscoïdale, la gouttière abdominalo des mâles étroite et allongée. Pattes palatines du mâle très petites, en forme de brosses, à tarses d'un seul article-, celles de la femelle plus épaisses et plus longues, à tarses articulés-, pattes ambulatoires longues et assez grêles, à tarses un peu épineux. Abdomen robuste et large. — Chenilles charnues, soyeuses, atlénuces en avant, le segment anal entier. — Chrysalides épaisses, non anguleuses, convexes, suspendues par la queue.

La famille des Brassolides ne comprend que le genre Brassolis, Fabr., qui ne compte que très-peu d'espèces, des Guyanes et du Brésil. Le type est le B. Sop/joro', Linn., dont les chenilles vivent en sociétés de quelques centaines dans un nid fermé, d'où elles ne sortent que la nuit pour manger les feuilles du Bananier. Elles sont d'un brun clair, ornées de lignes longitudinales brunâtres, avec les pattes écailleuses et la tête noire, celle-ci offrant une ligne transversale jaunâtre. Kllcs deviennent, au début d'avril, des chrysalides pâles, tachetées de rouge foncé, avec quatre taches argentées, donnant, au bout de quinze jours, des papillons doués d'un vol rapide et paraissant seulement le soir et le matin . Nous représentons une espèce du Brésil, le B. Astyra, Godart (pi. LXXXII, fig. à).

BIBLIDES.

Antennes linéaires, à massue très petite, comprimée. l\alpes longs, nolablement écartés, dépassant beaucoup la tête, avec leur dernier article infléchi en avant. Ailes dentelées ou anguleuses, les supérieures avec une nervure costale dilatée et vésiculeuse, les inférieures à cellule discoïdale fermée par une très petite nervure récurrente et à goutlière abdominale peu prononcée. — Chenilles cylindroïdes, allénuées à l'extrémité, épineuses sur la tête seulement et terminées par deux pointes. — Chrysalides suspendues par la queue.

Cette famille a des analogies avec les Vanesses et les Argynnes par la forme et le port des ailes, et d'autres avec les Satyres par les antennes et la nervure costale renflée aux ailes de devant. Le type, dans le genre Bihlis, l<'abr.,estle /?. Thadana, Godart, assez abondamment répandu au Brésil, très commun à la Guyane française autour des habilafious ci jamais dans les bois. Il plane lentement et se pose fréquemment, en relevant un peu ses ailes sans les fermer. La famille comprend encore quelques autres genres de Madagascar, des Indes orientales (^t des îles de la Sonde.

SATYRIDES.

Corps généralement assez grêle. Tête petite; antennes terminées, soit par un bouton court et piriforme, soit par une massue grêbî et presque fusiforme. Yeux tanlùt glabres, tantôt pubescents. Palpes s'élevant notablement au-dessus du chaperon, liérissés de poils en avant. Thorax peu robuste. Ailes supérieures ayant presque toujours la nervure cos-

sATvr.iDi-.s. 203

lalo, la médiane surtout et quelquefois la sous-nn'-diaiie nu rinléricure, dilatées et un peu vésiculeuscs à leur base; ailes intérieures à cellule diseoïdale fermée, la l'oultière anale bien prononcée ù la hase de l'abdomen, mais s'atténuant bienlôl, de manière à laisser l'exlrémilé anale de l'abdomen à découvert, lorsque les ailes sont relevées an repos. — (Ibenilles à tète arrondie, souvent écbancrée, comme pisciformes, à corps atténué en arrière, et dont le dernier segment se termine en queue bitîde, tantôt lisses, tantôt rugueuses, tantôt pubescentes. — Chrysalides tantôt oblongues et un peu anguleuses, avec la tète en ('roissant ou bifide et deux rangées de petits tubercules sur le dos, tantôt courtes et arrondies, avec la tête obtuse et le dos lisse, toutes sans taches métalliques.

Les Satyrides, très nombreux en espèces, sont répandus dans toutes les régions de la terre et même dans les plus froides, ainsi sur les hautes montagnes, au-dessus de la limite des arbres (certains Erehia) et même contre les neiges éternelles et à la bordure arctique, constituant alors le genre Chionobas (qui se promène à travers les neiges). Cela tient à ce que leurs chenilles, refusant toute autre nourriture, vivent exclusivement de Graminées, ces plantes de tous les climats, que Linnasus, dans son langage souvent poétique, nommait les pléhàiens du règne végétal. Les Satyrides, avec quelques Goliades et .\rgynnes et un très petit nombre de Noctuelles et de Phalénides, forment les seuls Lépidoptères des régions voisines du pôle et des plus hautes montagnes, jusqu'auprès des neiges éternelles. Le genre Satyrits, Fabr., qui correspond à la famille actuelle des Satyrides, était beaucoup plus étendu qu'aujourd'hui, et il a surtout été divisé pour les espèces exotiques. Il en est qui ont les ailes inférieures caudées, parfois h l'angle anal dans le genre Corades, propre aux plateaux des Andes, le plus souvent à l'angle inféro-exférieur: ainsi dans les genres Taijfietis, dv VAmérlqne méridionale; Drbis, du continent et de l'archipel indien; Ci/llo, de Madagascar, de Maurice et Bourbon, des archipels indo-sondaïques, d'Australie, etc.; Zophœssa, du nord de l'Inde; certaines espèces du çicnrc ffa'tcra, ainsi //. Lona, Linn. et l'hiloctetes^ Linn., des Guyanes et du Brésil. Outre cette queue à l'angle inféro-extérieur des secondes ailes, les ailes supérieures ont un fort crochet en faucille dans le C^rroî.* Ckorineiis, Fabr., des Guyanes. ïiCS Satyrides sont très nombreux aux environs de Cayeime. Les grandes espèces : Cœrois Chorineus, llœtcra Philoctetes, Hœtera Piora, Liini., ;i ailes hyalines, Hœtera Lena, Linn., à ailes non hyalines, etc., vivent dans les broussailles, le long des chemins, et se posent à terre ou sur les feuilles, puis s'envolent pour se poser de nouveau à très peu de distance. Les deux premières espèces sont très rares près de Cayenne, les autres très communes. Il y a dans les Satyrides des Guyanes des espèces à ailes minces et à demi transparentes qui rappellent les Heliconia par l'aspect, et qui vivent près des habitations et avec un vol médiocre et souvent interrompu, ù la façon

de notre Satyrus Megœra ; au contraire, Euplychia Ocirrhoe., Fabr., de la Guyane, du Brésil, de Caracas, a le vol rapide et les mouvements brusques.

Si nous restreignons notre étude aux Satvrides d'Europe, qui sont les mieux connus, nous aurons à appeler l'attention sur divers points.

Le vol desSatyrides fournit un caractère distinctif. Ils ne planent pas, du moins dans la plupart des espèces, comme les Vanesses, les Apatures ; les Papillons ne restent pas au repos les ailes étendues, comme les Lépidoptères précédents et les Argynnes, mais les tiennent alors fermées et perpendiculaires au corps. Le vol, tantôt rapide, tantôt lent, a toujours quelque chose de saccadé, de sautillant ; il est fréquemment interrompu par des repos. Rn général, les grandes espèces partent brusquement et au moindre bruit, mais sans parcourir de longs espaces. 11 est quelques grandes espèces de France qui ont le vol plus rapide que les espèces ordinaires et même planent quelquefois, ainsi Satijrus Circc, Phœdra, Hermione (moins), etc.; mais ce vol n'a jamais la .brusquerie de celui du Nymphale grand Silvain et des Apaturcs. Toutefois il y a quelques Satyrides de France à vol vif et rapide, dans les Arue des montagnes, ainsi Arge Psyché et Cloanthe.

On distingue facilement les femelles des mâles des Satyrides, en ce que, outre l'abdomen plus court et plus renflé, conoïde et non cylindroïde, la taille est plus grande, la nuance du fond souvent plus claire. En outre, des difTérences s'établissent par le nombre, la position, la grandeur des taches ocellées qui ornent les ailes de ces espèces, surtout en dessous. Les variétés locales ou accidentelles reproduisent toujours assez fidèlement le type, et les différences principales s'observent dans le nombre très variable des ocelles (1). On trouve aussi quelques cas d'albinisme ou décoloration totale ou partielle du fond des ailes (ainsi dans plusieurs Erehia, dans les espèces Janira, Painplnlus, etc.), et qui sont peut-être parfois dus à des insolations des chrysalides (2).

Les Satyrides adultes n'hivernent pas. Tantôt les chrysalides passent l'hiver (ainsi dans -S. Aigeria), tantôt les chenilles (ex. .S. Janira); parfois aussi peut-être les œufs.

On trouve assez souvent les Satyrides accouplés, plutôt dans l'aprèsmidi que le matin. Les deux insectes se placent alors en sens inverse,

(1) Maurice Girard, Quelques mots sur l'étude des varialiois t/a/ts les Insectes en (jénéral, et en particulier sur les varinlions des Satyrus Hero et Arcanius, Lépi- (lo'plcvcs Aclidlinoptères [Ann. Soc. entom. Fr., 1862).

(2) Daus les premiers jours de juin 1875, je prenais, aux environs d'Angoulènie, une alierration de Sat)/7-us Janira, qui rciilre dans les albinismes, mais trop régulière pour être un simple accident de nyinplios '. Chatpic aile supérieure présente, vers son milieu, une large tache blancliàtro, irrégulièrement triangulaire, encore plus marquée en dessous ; des taches ubiongucs analogues exislent au.\ ailes intérieures, une sur chaque aile.

SATYRIDUS. 205

It! corps sur la même ligne, les aih^s à demi repliées, celles de; l'un des deu\ dans langlc des ailes de l'outre. Ils restent au/epos dans cet état, mais s'envolent si on les dérange, le plus fort des deux, le mâle, quoique moins grand et moins pesant que la femelle, entraînant l'autre, dont les ailes demeurent immobiles et relevées; mais aussitôt que possible le couple reprend le repos. On remarque fréquemment dans les deux individus associés, que les mâles sont usés et déchirés, tandis que la fraîcheur des femelles atteste une récente éclosion; parfois même c'est à peine si leurs ailes sont séchées. I/apparition plus précoce des mâles que des femelles est une loi générale de la nature chez la plupart des insectes : c'est atin que la reproduction soit mieux assurée, (l'est également cet instinct harmonique qui nous explique les accouplements insolites observés par les amateurs chez certains Satyrides. Ainsi on a cité l'accouplement di' Salynis Janira çf avec Vancsm Urticœ^ (Bruand d'I'zelle), et deux fois(IUondel, Bagriol, Duponchel) l'accouplement iVArgynnis Paphia çf avec Satynis Janira ^. On n'indique pas que ces accouplements aient donné de résultat.

Les Satyrides, surtout les espèces à teinte foncée, c'est-à-dire une partie du genre S«/?/rHS et genre £'/r6/a (Satyres des montagnes}, doivent être recherchés par les amateurs dans les premiers jours de leur éclosion et presque avant qu'ils aient donné les pi'emiers coups d'ailes. Leur vol à crochets les expose à de continuels contacts; leurs écailles tiennent peu et les rayons du soleil ne tardent pas à faire disparaître des reflets souvent métalliques ou veloutés, pour ne laisser qu'une nuance terne et pâlie, lin outre, les ailes de la plupart des espèces sont bordées d'une frange blanche, plus mince que le reste de l'aile et qui se déchire, et tombe si l'insecte a quelque peu volé. Les mois de juillet et d'août sont ceux ou l'on voit voler le plus de Satyrides, principalement parmi ceux qui hai)itent les hautes montagnes (genres Krehia et fliionobas).

Les chenilles connues des Satyrides sont encore peu nombreuses relativement à la (fiiantité considérable d'espèc(!s de cette famille. Cela tient à leurs mœurs, comme l'a dit Marloy {Observations sur quelques chriiillcs de Satyrides, et description de trois espèces inédiles, dans Ann.Soc. entom. Fr., 1838, VIII, '263). Elles habitent sur des plantes basses et ton Hues qui les cachent au.x regards, et de plus, sont nocturnes et ne mangent que la nuit. Elles cherchent à se soustraire à la lumière dès qu'elles y sont exposées. Peu voraccs, elles ne sont pas nuisibles. Marloy mit de ces chenilles dans une caisse vitrée pleine de Graminées; dès que la caisse était mise dans l'obscurité, elles montaient aussitôt sur les liges, pour redescendre se cacher lorsque la caisse était replacée à la lumière. C'est probablement aussi un instinct pour se soustraire au.x Ichneumonienset aux Tachinaires, qui attaquent considérablement les chenilles diurnes, vivant exposées à la lumière. Marloy dit qu'il faut les chercher surtout en mars, avril et mai. Il parcourait alors les sentiers pendant la nuit avec une lanterne, projetant la lumière d'un côté, au

moyeu d'un réflecteur parabolique : il trouva aiusi les chenilles d'uu nombre considérable d'espèces de Satyres, et l'on doit attribuer l'abondance des Satyrides, parfois excessive pour certaines espèces, comme Sattjrus Janira et Hyperanthus, à ce fait que les chenilles nocturnes sont à l'abri des entomophages internes et trouvent dans les Graminées une nourriture répandue à profusion partout, ces chenilles paraissant en outre à peu près indifférentes à l'espèce de Graminées. Elles ont une consistance ferme, qui contraste avec le corps mou de beaucoup d'autres espèces, vivent isolées et non sociales, avec une démarche très lente. Leur corps, muni de seize pattes, est cylindro-conoïde, termhié postérieurement par une petite pointe fourchue, parfois plissé, offrant des nuances qui varient du gris au vert, toujours dans les espèces encore connues, avec des lignes longitudinales d'autre couleur, qui, avec les colorations diverses des incisions des anneaux, forment des sortes de quadrilles sur l'ensemble de la chenille. Quelques chenilles de Satyrides s'engourdissent en hiver; mais le plus souvent elles subissent toutes leurs transformations dans la belle saison. Les espèces communes de nos plaines ont deux apparitions. Les chrysalides provenant des chenilles de la première éclosion se métamorphosent au bout d'une quinzaine de jours, celles de la seconde génération passant l'hiver. L'aspect des chrysalides de Satyrides est toujours mat, sans taches métalliques, nues et anguleuses, avec deux pointes ou cornes sur la tète et de larges bandes brunes sur l'enveloppe des ailes; la plupart sont (le couleur verte ou grise, analogue à la teinte des chenilles, quelquefois parsemée d'atomes noirâtres. Ces cln-ysalides, les plus nombreuses de la famille, ainsi celles des SaUjrus Mœni, Janira, etc., se suspendent par la queue, la tète en bas.

Quelques-unes, par une anomalie singulière chez les Hhopalocères, reposent sans attache, à nu sur le sel ou dans une petite cavité au pied de la plante qui les a nourries, comme les chrysalides des Nocluéliiles. Ces chrysalides diffèrent de celles qui se suspendent en ce qu'elles sont plus courtes, plus arrondies et sans tubercules sur le dos, en même temps que leurs stigmates sont plus grands et plus saillants, surtout ceux placés derrière la tête. En outre, elles sont d'un brun-chocolat, ovoïdes, contractées, ressemblant <à la sangsue qui fait l'olive. L'extrémité anale de ces chrysalides est pointue et le bout opposé obtus. Telles sont les chrysalides des Satyrus Circe, Briseis, Semele, Fidia. renfermées dans de grandes coques ovales, sans consistance, formées de grains de terre unis avec un peu de soie. C'est en juin qu'on rencontre le plus de chrysalides de Satyrides, donnant les adultes en juillet et août. On trouve ces chrysalides de nos Satyrides indigènes dans les excavations des murs, sous les pierres et aussi attachées aux liges des plantes qui ont servi de nourriture à la chenille, ilans les prairies, au bord des chemins, dans les clairières des bois ou sur leur lisière, etc. Les amateurs n'auront l'occasion d'observer facilement ces détails

SATYlîIDES. 207

que sur un pclil nombre d'espèces, telles que Galalea (genre Argc), Jlyperanthus, /Ejjeria, Mœra, Mcgœra (genre Sdtijyus).

On compte en Europe t)0 espèces de Salyrides, sans raniier dans ce nombre des espèces de pays limitrophes appartenant aux (aunes asiatique ou africaine. Favorisée par sa position géographique et son climat essentiellement tempéré, la France en nourrit plus de 50 espèces et une dizaine de variétés locales non accidentelles. La faune des enviions de Paris, y compris Compiègne et Fontainebleau, compte 10 espèces de Satyrides, qui sont Galatoa dans le genre Ar(je, et, dans le genre Sahjrus, les S. Hcrmione, Fauna. Briscis, Scinele, Arethusa, Janira, Tithonus, Mœra, Megœra. ^Kgeria, Dejanira, HyperuiUhus, Uero, Arcanius^ Pamphilus. En Alsace, on trouve en moins ^\ Fauna, et en plus les S. Phœdra, Circe, Davus ; en outre, les Erebia Cassiope, Pyrrha, Mi'dusa, Stifjnc, IHandina et Liçjea. Dans le Doubs, région de petites montagnes, n'existent en Anje que Galalea, en Satijrus les espèces parisieinies, moins Fauna, mais avec Phœdra, Circe, Eudora, Jphis et Davus en plus, et, en outre, les Erebia des hauteurs moyennes, à savoir : E. Mnestra, OEnte, Psodea, Médusa, Siigne, -Blundina, Ligea, Dromus. La faune de la Gironde manque des S. Dejanira et Hero, mais possède, en plus que les environs de Paris, les S. Phœdra, Circe et OEdipus. Près de Paris, on rencontre S. llermione à Fontainebleau et à Armainvilliers ; S. Dejanira, dans les grandes forets très ombragées, ainsi à Compiègne; S. Semele, en juillet, dans les bois arides et sur la route militaire des fortifications de Paris; S. Fauna, en août, à Sénarf, au Vésinet, rarement à (damart et à Bondy; S. Briseis, en août, à Arraainvilliers, commun à Eardy et sur la cote du Monduit, endroit très pierreux, près de Mantes; S. Arethusa, en août, à Arnaainvilliers, très commun à Lardy et à la forêt de Fontainebleau; N. Heru, très commun eu avril et mai, à Armainvilliers, qui est sa localité parisienne, un peu ii I5ondy,très rare à Meudon et encore plus rare à Fontainebleau. Ees autres espèces de la liste des environs de Paris se rencontrent partout.

Les Satyrides européens ont été subdivisés par Al. Lefèvre (1) en Pœcilochromiens, variant de couleur entre eux, correspondant au genre Satyvus actuel; Leucomélaniens ou Satyres blancs, espèces à couleurs noire et blanche (Arge), et Mélaniens ou Satyres nègres. Duponchel a établi une division du genre Satyre en neuf groupes, d'après des caractères tirés à la fois des nervures et des antennes {Ann. Soc. entom. Fr., 1833, t. II, p. 97). Elle correspond en outre à d'assez bons caractères de mœurs, commodes pour la recherche des espèces pour les collections. Les groupes sans dilatations bien accusées des nervures à leur origine sont les Graminicules, Satyres blancs ou Denti-deuils (genre Arge), des prés silvaliques et des lieux où croissent de hautes Graminées ; les-l//j/-

(1) Caractère dislinciif entre quelques Satyres européens de la section des Leucomélaniens {Ann. Soc. entom. Fr., 1832, l. I, p. 80, avec 1 pi. color,).

208 LÉPJDOPTÈRES.

co/es, des montagnes {Erebia); les Arcficoles, du voisinage des neiges perpétuelles, sur les naontagnes, e d« la ceinture polaire arctique {Chionobas). Les autres, à une ou plusieurs nervures renflées, sont les vrais Satyres. Les Éricicoles {S. Actœa, Phœdra, etc.) viven dans les grands bois remplis de hautes bruyères, sur lesquelles ils aiment à se reposer ; ils ont une ou deux grandes taches circulaires sur les premières ailes, plus prononcées en dessus qu'en dessous. Les Jiiipicoles (bien peu distincts en réalité du groupe précédent) fréquentent les rochers et les collines arides (S. Fidia, Fauna, Circe, Hermione, Briseis, Semele, Arethusa, etc.); ils ont également une ou deux grandes taches oculaires sur les ailes antérieures. Les bois, les terrains incultes et pleins d'herbe, les prairies naturelles, voient voler les Herbicoles {S. Janira, Tithonus, etc.), ayant un œil sur les premières ailes, ordinairement bipupillé. C'est dans le voisinage des habitations que se rencontrent les Vickoles, tels que S. Mœra et Meijœra, et S. /Egeria, si les localités sont boisées et humides. Ces Satyres ont un ceil sur les premières ailes, cinq ou six aux ailes inférieures, les antennes annelées de noir et de blanc. Les Ràmicoks voltigent de branche en branche, dans les parties ombragées des bois; ils ont une rangée de quatre ou cinq yeux sur les ailes supérieures : ce sont les S. Dejanira et Hijperantlnis, ce dernier parfois d'une abondance excessive dans les prairies des clairières. Ln dernier groupe, assez naturel, les Dumicoles, renferme de petites espèces ayant les trois principales nervures de l'aile supérieure très renflées à l'origine, les antennes annelées de gris et de brun, des taches ocellées plus ou moins nombreuses sur les quatre ailes et précédées généralement d'une ligne couleur d'argent ou de plomb; ils voltigent sur les buissons dans les bois taillis. Ce sont les S. OEih'iJus, Hero, Arcanius, Durus, Iphis, Davus, Pamphilus, etc.

GENRES PRINCIPAUX

Ah<;E, lîoisduval (syn. Kippahchia, Ochsenlieimer ; Melanargia, Meigeii). — Aulciincs longues, dont la tii,'e passe insensiblement, à partir du milieu, à une massue fusiformc. Palpes grêles, écartés, à longs poils raides et peu serrés, le dernier article pointu et presque nu. Yeux glabres. Ailes arrondies, l'aibleinent dentées ; nervure costale des ailes supérieures seule, faiblement dilatée à sa base, tant en dessus qu'en dessous; fond des ailes blanc ou d'un jaune pâle, avec des bandes et des taches noires. — Chenilles pubescenles, avec des raies longitudinales, le corps peu allongé et la tète globuleuse. — Chrysalides courtes, arrondies, ventrues, non suspendues, reposant à nu sur la terre.

Les Arge, dont toutes les espèces ont une grande ressemblance, sont des Papillons qui volent surtout dans les prairies sèches, au milieu des herbes. Leurs ailes sont dentées, blanches, avec des taches ou des lignes noires, qui méritent à tous le nom de Doni-deuils. Les Argc de

France {GaUilaa^ Lachesis, Psyché) ont deux variétés, l'une à fond d'un blanc pur, parfois un peu grisâtre, l'autre à fond d'un jaunâtre pâle, couleur qui disparaît vite à la lumière, dès que l'insecte a quelques jours d'éclosion. Ce genre, peu nombreux eu espèces, est particulièrement répandu en Europe, surtout dans sa partie méridionale et dans le nord de l'Afrique. L'espèce des plaines, très commune dans une grande partie de l't^urope, des champs, des l)ois, des prairies, dans la seconde quinzaine de juin et la première quinzaine de juillet, est l'.l. (7(//a^ert, l.iiui., le i9emi-(/e(a7 de Geoffroy, tha Marblcd WhiLc des Anglais, très al)ondant en France dans toutes les régions calcaires, manquant dans les localités exclusivement granitiques; de kl millimètres d'envergure ; la base des ailes noire et avec taches blanches, la bordure noire des ailes inlérieures bien marquée, renfermant des yeux plus visibles en dessous qu'en dessus; femelle plus grande, avec le dessous des ailes inférieures et la côte des supérieures lavés de jaune d'ocre roussàtre. Les œufs sont d'un blanc jaunâtre, devenant bientôt d'un jaune-citron, comme ceux des Vers à soie. Var.: /'roc/cfa, Herbst, de la Pro\ence, où elle remplace le type, de la Creuse, rare (de Lafitole), de taille plus grande, bien plus chargée de noir; Galène, Ochs., ayant la bande antémarginale du dessous des ailes inférieures sans taches; leucomeîas, Lsper, Duponchel, femelle, dont le dessous des ailes inférieures est jaunâtre ou d'un rouge ochracé, les dessins, surtoiit les yeux, ayant presque entièrement disparu, se prend assez rarement aux environs de l'aris et ailleurs avec le type. L'.l. Galalea est de capture très aisée, vu son vol faible et de peu de durée. La chenille vit spécialement sur la Lléole des prés 'l'hleuni prateiise) et ne paraît qu'une fois, se chrysalidant vers le milieu de juin, et le papillon éclosant ([uinze jours après. Elle est pubescente, tantôt verte, tantôt d'uu.-gris jaunâtre, avec trois raies longitudinales plus foncées, une dorsale et deux latérales ; ces trois raies sont bordées de lignes plus claires ; la tète, les pattes thoraciques, les stigmates et l'extrémité des pointes de la queue sont rougcûtres ou ferrugineux, les pattes membraneuses de la couleur du corps. La chrysalide, qui gît sur le sol, non suspendue, est ovoide, jaunâtre, avec deux taches noires en relief, qui sont deux stigmates, de chaque côté de la tète.

Les autres Argo de la Erance sont méridionales et montagneuses. En l'rovence, dans le Languedoc, dans le lioussillon, et surtout à Vernetles-Bains, où elle remplace complètement VA. Galalea, se trouve <î! l'-'-f ?"'""• r.i. Lachesis, liûbner, liont les ailes ont la base légèrement grisâtre et sans taches. Elle a le vol faible et pareil à celui de Galalea. Ces deux Arrie semblent ne pas vouloir quitter l'endroit qui a nourri leurs chenilles, volant irrégulièrement de bas en haut et suivant rarement une ligne horizontale. x\u contraire, les deux autres Arrje de France, Psyché, iiiibiicr, et Cleanthe, Boisd. (var. du type Clolho , qui est de l'Afiiq-ue septenlrionalcj, ont un vol très rapide, quoique peu élevé au-iicssub du <;n\.\i::). m. — n

210 LÉPIDOl'TÈliEiS.

sol. Elles semblent toujours pressées, comme si elles avaient de longues courses à faire. L'A. Psyché, qu'on ne peut capturer facilement que de grand matin, vole, pendant les mois de mai et de juin, dans les garrigues et sur les collines arides des environs de Montpellier et d'Hyères. L'A. Cleanthe se trouve, en juin et en juillet, dans les Basses-Alpes, aux environs de Digne; ainsi sur la montagne de Lure, dans la Lozère; sur la causse Méjean, au-dessus de Florac (J. Fallou); dans le Cantal, près de Saint-Flour (Maurice Sand). Nous citerons, dans les espèces étrangères à la France : A. Herta, Geyer, de Dalmatie, de Morée, de Turquie ; A. Amphitrite, Hiibner, de Calabre, de Sicile, d'Espagne et de Portugal ; A. Inès, Ochs., d'Espagne et de Portugal, etc.

SATï'illS, Fabr. — Antennes moins longues que le corps, à massue de forme variable. Palpes hérissés de poils assez raides, serrés à leur base, ayant le dernier article très court, conique, plus ou moins aigu. Ailes supérieures arrondies; ailes inférieures presque toujours dentées à angles très obtus. — C'est presque exclusivement aux chenilles et chrysalides de ce genre que se rapporte ce qui a été dit pour les Satyrides.

Ce genre comprend les espèces répandues dans le plus grand nombre de localités, les prairies, les jardins, les bords des routes, les bois, les collines, la base des montagnes. Elles volent peu de temps, en sautillant, montent et descendent ; se reposent bientôt sur les rochers, les murs, les troncs d'arbres, les buissons ; marchent assez vite en battant des ailes, puis se remettent à marcher et à tourner sur elles-mêmes pour s'envoler de nouveau.

On subdivise habituellement les nombreuses espèces de ce genre en plusieurs groupes établis d'après l'habitat le plus ordinaire; mais il faudrait bien se garder de croire que ces groupes imaginés par Duponchel, et qui offrent certaines différences minimes, répondent d'une manière absolue à la localisation qu'ils indiquent. Ils servent toutefois à diriger les recherches des amateurs pour recueillir plus sûrement une espèce donnée.

Le genre Satyrus, dans son sens général, contient une cinquantaine d'espèces européennes. Quelques-unes sont extrêmement abondantes et fournissent la grande majorité des Lépidoptères diurnes qu'on voit voler dans la belle saison. 11 n'y en a qu'un très petit nombre qui aient deux générations par an. Le caractère le plus apparent des espèces de ce genre est d'avoir des taches ocellées, au moins sur une des deux surfaces des ailes. Ces taches sont ordinairement orbiculaires, noires et pupillées de blanc, quelquefois entourées de plusieurs cercles concentriques d'une extrême délicatesse de couleurs et de dessins; elles sont toujours placées entre les nervures. Très souvent les taches ocellées sont visibles de part et d'autre des ailes, mais elles sont toujours plus nettement dessinées en dessous qu'en dessus. Ou reconnaît encore

SATYUUS. 2ll

facilement les Satyres à leurs antennes presque complèicment filifornaes, c'est-à-dire dont la massue, si visible chez la plupart ds Diurnes, est très peu accusée.

Les auteurs allemands et anglais ont subdivisé le genre Satyrus en genres, dont on peut réellement ne faire que des sous-genres, d'après l'aspect général et les mœurs, qui restent les mêmes. Les Satyrus propres correspondent aux Éricicoles et Uupicolcs de Duponchel, aux Hipparchia, Fabr. Les papillons mâles de ce sous-genre ont sur le disque des premières ailes inic tache ou épi velu que la lumière fait paraître d'une couleur différente du fond. Les yeux sont glabres; la nervure costale très renflée à son origine, la médiane dilatée tantôt faiblement, tantôt fortement, l'inférieure sans dilatation sensible ; les antennes à fige grêle et plus ou moins courbe, à massue en bouton. Les chrysalides sont sur le sol parfois en coque terreuse.

Les Papillons de ce groupe habitent, en général, les bois secs et rocailleux; ils se posent sur les pierres et le tronc des arbres, rejettent en arrière leurs ailes supérieures, les cachent sous les inférieures, et, se confondant d'ordinaire par le dessin avec le plan de position, échappent complètement à la vue par leur couleur grise et l'inclinaison qu'ils se donnent. Il y a quelques grandes espèces, comme S. Cordula, Actœa, Circe, etc., qui sont souvent difficiles à capturer, car elles passent leur vie à monter et à descendre parallèlement aux pentes les plus escarpées des rochers, où il est très pénible et dangereux de les suivre. Ainsi M. J. Fallou m'a rapporté que les .S. Semcle, Hcriiiione et Circe habitent souvent dans la môme localité et ont aussi les mêmes habitudes. On (lirait qu'ils jouent ensemble ; ils volent en se poursuivant, se séparent, puis recommencent le même manège. Il a pu voir ceja à Florac (Lozère), sur une montagne qu'on nomme VEmpezoux, en face de la ville, montagne boisée et pierreuse, mais très raide, une des meilleures localités de la Lozère pour les insectes. Ces Satyres y étaient en assez grand nombre; mais lorsqu'on voulait les prendre, il fallait les attendre au passage, sous peine de se casser le cou en voulant les poursuivre, car une course en pareil endroit est impossible. Il est souvent arrivé à M. J. Fallou que lorsqu'il était babillé de blanc, ces Satyres se posaient sur lui, le prenant probablement pour quelque rocher, tandis que pareil fait n'arrivait pas quand il portait un vêlement de couleur foncée.

En juin, on prend à Fontainebleau Satyrus Pha^dr a dans les grandes herbes du mont Chauvet et du mont .Merle; S. flermione se capture dans toute la forêt. On n'y trouve pas S. Briseis, qui se prend à Lardy et à Armainvilliers.

Nous citerons quelques espèces communes en France. Le S. Semelc, Linn. , V Agreste d'Fngramelle, des lieux secs et pierreux, bruyères, taillis, etc., de toute la France, le seul du sous-genre Satyrus qui existe dans les îles Britanniques, de /i8 millimètres d'envergure, la

Page 1