SUR LE FREIN. S
des Sphingiens, des Zygéniens, des Lithosiens et des Chéloniens (1), Comme nous le savons déjà, le crin est formé d'une nervure détachée, partant de l'insertion de l'aile inférieure en dessous, comme une soie ou crin rigide. Cet organe est tantôt simple et généralement long, tantôt douhle, tantôt triple, limtôt enfin multiple et constitué alors par un faisceau de six à cinquante poils assez courts. Quand il est simple, il s"engage dans le frein , qui est situé sous l'aile supérieure et non loin de l'insertion, entre la nervure costale et la nervure suivante. Ce n'est pas un demi-anneau chitineux fixé aux deux bouts, comme une gAche de verrou, car il serait trop difficile à l'insecte d'y faire rentrer le crin, quand il en sort par un mouvement trop violent de l'aile , c'est un fort crochet élastique, attaché à une extrémité, libre et très recourbé à l'autre, de sorte qu'il revient en place par son élasticité, ce qui permet au crin de se replacer aisément; il y a là une analogie avec les hameçons de la base des ailes de beaucoup d'Hyménoptères. Le crin unique et le frein, comme nous venons do le décrire , existent chez les mâles seuls. Toutes les femelles, au contraire, ont le crin composé de deux ou plusieurs soies et manquent d'un véritable frein; quand le crin est double ou triple, il s'arrête contre une touffe de poils relevés qui s'atp tache à la seconde interne de l'aile supérieure; quand il devient un faisceau de nombreux poils, il s'appuie sur une éminence arrondie, que de courtes écailles rendent raboteuse. Le nombre de crins ne varie que dans les femelles; il est nul ou remplacé par une toud'e lâche et laineuse dans les Hepialus, en faisceau nombreux dans les Cossus et Zeuzera, très nombreux chez les Sphinœ, nombreux dans les Macroijlossa à ailes opaques, triple dans les femelles de Macroglossa à ailes transparentes, en faisceau peu nombreux et de soies très courtes chez les Sinerinthus, ce qui fait qu'il passe souvent inaperçu, en faisceau p(>u nombreux, dans le genre Zygœna (les mâles de ce genre sont un excellent exemple du crin unique et du frein), triple dans le genre Glaucopis. Audessus de 3, le nombre des crins contenus dans le faisceau n'a qu'une valeur spécifique. On voit donc que le caractère du crin et du frein a un double et important usage, pour déterminer les espèces et pour distinguer les sexes dans une même espèce. Dans les sujets des collections, le pointe de l'épingle résonne presque aussi bien sur les organes secs de lu femelle que sur ceux du mâle; c'est surtout sur les sujets que la dessiccation altère toujours un peu, que la forme des anfeniu's,la grosseur et l'aspect de l'exlrénuté de l'abdomen n'oll'rent pas toujours des caractères suffisants.
(1) Poey, Ohservaiions sur le crin de^f Lépùtoptrref: de la tribu des Crépusculaires et des Nocturnes {Ann. Soc. eniom. Fr., 1832, t. I, p. 91).
343 LÉPIOOPTkRES.
TniBU DES LITHOSIEIVS.
Avec l'extension que nous donnons à la tribu des Lithosiens, elle confine de près à celle des Chéloniens ; notre but est surtout d'éviter une tribu intermédiaire. Cela a peu d'importance , vu l'imperfection forcée des classifications. Les papillons des Lidiosiens ont tantôt les ailes en toit au repos, tantôt les ailes à demi enroulées autour du corps, entièrement même pour les inférieures. Les adultes volent parfois complètement en plein jour {Emydia, Deiopeia) , le plus souvent le soir seulement, mais déjà réveillés avant le coucher du soleil et s'envolant si l'on approche d'eux, et surtout si l'on bat les broussailles. Les chenilles sont pourvues de faisceaux de poils assez courts, et vivent soit de plantes Cryptogames (Mousses et surtout Lichens), soit de plantes basses Phanérogames. Elles s'enveloppent pour la nymphose de cocons d'une soie lâche, peu consistants, entremêlés des poils de la chenille, qui se détachent, et souvent des petits fragments végétaux variés que la chenille trouve autour d'elle.
LITHOSIDES.
Corps grêle et allongé ; antennes tantôt pectinées, au moins dans les mâles, tantôt simples dans les deux sexes ; spiritrompe ou bien développée ou rudimentaire; ailes supérieures, tantôt inclinées en toit, au repos, tantôt plus ou moins croisées l'une sur l'autre par leur bord interne dans le repos, ces mêmes ailes toujours plus étroites que les inférieures, celles-ci souvent plissées en éventail sous les supérieures, les unes et les autres enveloppant alors l'abdomen quand elles sont fermées; pattes non velues, ainsi que le corps. Chenilles habituellement à seize pattes, cylindroïdes (Nudaria, Calligenia, Setina) ou fusiformes {Lithosia), ou très courtes et aplaties en dessous (Nota, Lcach), garnies de faisceaux de poils, ordinairement implantés sur des tubercules, verticillées, assez courtes. — Chrysalides plus ou moins courtes, ovoïdes, à segments abdominaux inflexibles.
Les Lithosides volent plutôt le soir que le jour, quoique certains mâles soient presque diurnes; à part ce vol, leurs mœurs sont à peu près celles du genre Nadia. Les adultes sont d'assez jolis papillons, dont les formes sont en général frêles et délicates. Leur vol est peu soutenu, bien qu'assez rapide; ils se reposent fréquemment. Saisis dans le filet, ils se laissent tomber au fond sans chercher à se débattre, et souvent sans faire un seul mouvement. La disposition dcîs ailes au repos, souvent plissées et roulées autour du corps, a fait nommer ces insectes PUcatulœ par M. Guenée. Les chenilles des Lithosiens vivent des Lichens qui croissent sur les troncs des arbres, les rochers , les vieilles murailles; aussi certaines espèces se rencontrent au repos ou volant le soir dans les petites villes et les villages. Ces chenilles circulent peu pendant le jour ;
LITHOSIA. .')?j9
c'est surtout pendant la nuit qu'elles mangent, lorsque la rosée a ramolli les plantes coriaces dont elles se nourrissent, et qu'elles ne pourraient broyer lorsqu'elles sont desséchées par les rayons du soleil. La nymphose a lieu dans un cocon mou, à tissu lâche, entrelacé des poils du corps de la chenille, avec des débris de Mousses et de Lichens. Les Lithosides habitent principalement les bois, et plusieurs sont assez communes ; elles n'ont pas d'espèces nuisibles en raison du genre de nourriture de leurs chenilles.
LITHOSI.%, Fabr. — Tête petite. Antennes simples et filiformes dans les deux sexes, un peu plus épaisses chez les mâles. Spiritrompe distincte et assez longue. Palpes presque nus, écartés, arqués, un peu plus courts que la tète. Ailes supérieures allongées, étroites, à bords parallèles, croisées l'une sur l'autre par leur bord interne dans l'état de repos, les inférieures plus larges, fortement plissées sous les supérieures, les unes et les autres enveloppant l'abdomen quand elles sont fermées. Corps grêle, allongé, abdomen au moins aussi long que les ailes inférieures. — Chenilles de couleurs variées, fusiformes, garnies de tubercules surmontés d'aigrettes de poils, ordinairement courts etraides, plus rarement longs et soyeux. — Chrysalides courtes, ramassées, luisantes, à segments abdominaux inflexibles.
Les Lithosies ont les premières ailes très étroites; les secondes, au contraire, très amples, pliées en éventail et comme roulées autour du corps. En outre, les quatre ailes sont, au repos, tellement bien appliquées les unes sur les autres, qu'on ne voit en entier qu'une seule des supérieures, qui cache presque entièrement les trois autres, ce qui donne ;i l'insecte une forme allongée, toute spéciale et très différente de celle des autres papillons. La couleur jaune domine chez les Lithosies, qui n'ont aucun dessin sur les ailes, et dont les espèces sont, pour cette raison, assez difficiles à distinguer les unes des autres. Les femelles sont pourvues d'un crin triple. Les chenilles vivent des lichens des arbres, des rochers ou des toits et se métamorphosent dans des coques légères entremêlées de leurs poils, qu'elles filent soit dans les fentes des écorces, soit sur la terre dans la mousse; on obtient assez souvent ces chenilles en battant les taillis ou les buissons au-dessus du parapluie. Si l'on veut les élever, il faut leur donner des écorces couvertes de lichens, qu'on a soin de tremper de temps en temps dans l'eau, ou mieux d'injecter assez souvent au pulvérisateur, qui donne une pluie extrêmement fine de gouttelettes d'eau imitant la rosée, instrument dont l'usage a été introduit par M. J. Fallou, et qui est précieux pour l'éducation d'une foule de chenilles.
Nous citerons L. Cumplana, Linn., le Manteau à tcle jaune do Geoffroy, de toute la France, de Belgique, d'Angleterre, Ihe Scarci Footman, la plus commune de nos Lilhosia, en juin, juillet et août, volant autour des clématites en fleurs, sur les coteaux secs, les bruyères, etc., 33inil-
limùtres d'envergure, les ailes supérieures d'un gris perle satiné, avec la côte et la frange d'un jaune fauve, la couleur jaune de la côte formant une bordure aussi large au sommet de l'aile qu'à la base, les ailes inférieures d'un jaune pâle, avec une teinte grisâtre vers le bord antérieur; antennes grisâtres; corps gris, avec la tète, le collier en entier^ les patles et l'extrémité de l'abdomen d'un jaune fauve. Chenille noirâtre, avec deux rangs de taches fauves et blanches presque oculées, en avril et mai sur les Lichens des arbres, se tient cachée pendant le jour dans les feuilles sèches, dans les endroits chauds et abrités, et se récolte aisément enjetantau parapluie despoignées de feuilles sèches et les agitant en tournant le parapluie dont le bout est fiché en terre. — L. Caniola, Hubner, 33 millimètres d'envergure, les ailes supérieures étroites, d'un gris de perle pâle, avec la côte finement lisérée de jaune safran; ailes inférieures d'un blanc très légèrement paillé; antennes et pattes d'un gris jaunâtre ; tète et collier d'un jaune safran ; abdomen d'un gris paie, avec son extrémité un peu fauve dans le mâle seulement; lieux habités, maisons, clôtures, édifices publics, même dans Paris, alentours et balcons des vieilles cathédrales. Chenille vivant en mai et parfois très abondante sur les Lichens qui croissent sur les tuiles des vieux toits et sur les murs, d'un gris terreux, avec deux lignes sous -dorsales ferrugineuses. — L. ylm'eo/a, Hubner, le Manteau jaune de Geoffroy, espèce assez commune dans toute la France, de Belgique, de Hongrie, des îles Britanniques, the Orange Fuotman, 30 millimètres d'envergurC; les deux sexes pareils ; antennes d'un gris noirâtre ; ailes supérieures d'un jaune foncé brillant, plus intense que dans les autres Lilhosia, dessous noirâtre avec les bords jaunes; ailes inférieures d'un jaune nankin pâle en dessus et en dessous; tête et thorax de la couleur des ailes supérieures; abdomen grisâtre, avec l'extrémité un peu fauve; se cachant sous les feuilles, en mai, juin et juillet. Chenille en août sur les Lichens des arbres, d'un gris olivâtre, à verrues fauves, les sous-dorsales claires et deux places jaunes sur les anneaux 3 et 8. — L. Lutarella, Linn., syn. Luteola, catalogue de Vienne, la plus petite de nos Lithosia, peu commune, des bruyères et des lieux arides en juillet, espèce alpine et d'Auvergne, se prend à Fontainebleau, des dunes de Belgique en août, d'Angleterre, f/ie 6'//ta^/ Footman,\ii chenille d'octobre à avril sur les Lichens des bruyères et des arbres. Lnvergure, 26 millimètres; ailes supérieures étroites, les quatre ailes en dessus d'un jaune paille foncé, ainsi que la tête, le thorax et le bout de l'abdomen dont le reste est noirâtre, le tiers antérieur des ailes inférieures lavé de noirâtre, les sn[térieures noirâtres en dessous avec bords jaunes. Nous représentons cette espèce au port d'ailes de repos (planche xci, figure 7, 7 a), lête de profil avec spiritrompe, et, en outre (même planche, figure (3), une petite LUkosia de l'Amérique du Nord, de 22 millimèlrcs d'envergure, L. Lœta, Uoisd., d'un brun noirâtre, avec le bord de la côte des ailes supérieures, les iuterieures à l'exception de leur bord externe, et l'abdomen en des*
LITHOSIDES. 351
SUS d'un rouge rosé. A consulter : A. Guenée, Études mr le genre Li~ thosia; Ann. Soc. ont. Fr., 1861, p. 41.
Dans le sova-geinc Gnophria, Stephens, les antennes sunl ciliées chez le mâle, simples chez la femelle, les ailes peuvent avoir des taches. Nous citerons ; G. Quadra, Linn., le Jaune à quatre points d'Engram., la plus grande de nos Lithosies, assez commune dans presque tous nos bois en juin, juillet et août, de Belgique, d'Angleterre, thc Large Footman, de 35 à Z|0 millimètres d'envergure, avec les pattes et les antennes d'un bleu ardoisé luisant dans les deux sexes, le mâle avec les ailes supérieures d'un gris cendré, plus foncé et luisant à l'extrémité, la base d'un jaune fauve, et au-dessus, à la côte, une tache longitudinale d'un noir bleu, les ailes inférieures d'un jaune pâle, avec le bord antérieur grisâtre, l'abdomen jaunâtre, à bout noirâtre; la femelle à ailes supérieures en entier d'un jaune fauve luisant, avec deux gros points subcarrés d'un noir bleu, la tète et le thorax d'un jaune fauve, l'abdomen grisâtre, sans tache noire à l'extrémité. Chenille soufrée, à côtés noire, avec des verrues noires et orangées, en mai et juin sur les Lichens des chênes, parfois très commune, se retirant souvent dans les fentes des écorces. — G. Rubricutlis, Linn., the Red-neoked Footman des Anglais: olx millimètres d'envergure, entièrement d'un noir brun en dessus et en dessous dans les deux sexes, avec les antennes noires, le collier d'un rouge sanguin, les troig derniers anneaux de l'abdomen d'un jaune orangé. Chenille en automne et jusqu'en octobre sur les Lichens des arbres et aussi des murailles et des rochers, très difticile à élever. Cette espèce se trouve çà et là en mai et juin dans les bois de toute la France l't de lîelgique, peu commune ; on la prend notamment tous les ans près de Paris dans les allées et routes de la foret d'Armainvilliers, accrochée au repos dans les herbes pendant la matinée; d'après M. Guenée, elle voltige le jour autour dessa[)ins dans les montagnes.
Dans le.s genres de Lithosides qui suivent, les ailes ne sont pas roulées au repos autour du corps. Le genre Nmlaria, Stephens, présente les antennes ciliées dans le mâle, simples chez la femelle, la spiritrompe nulle, les ailes larges, arrondies, peu chargées d'écaillés, à demi transparentes. Les chenilles sont garnies de longs poils^ atténuées et assez allongées et vivtuit sur les murailles des jardins et des maisons champêtres aux dépens des Cryptogames microscopiques qui couvrent les pierres. Leur corps est presque diaphane, et ses longs poils gris le rendent spécifiquement si léger relativement à son volume, que el vent les emporte presque aussi aisément qu'un flocon de duvet. Les papillons volent très peu. Exemple : A'. Mundana, Linn., the AMuslin des Anglais, en juillet, sur les vieux murs en pierres sèches, parfois sur les Lichens des ormes, 20 millimètres d'envergure, les antennes et le corps d'un gris un peu incarnat, les ailes supérieures subtransparentes el d'un gris clair, avec deux lignes brunes transverses 'et>,.ondulées et un point central brun entre elles. — A*. J/M/«}a,Espez, espèce pillai commune
que la précédente, surtout dans les terrains calcaires, la chenille parfois par centaines sur les murailles en juin ; adulte en juillet, de 26 à 28 millimètres d'envergure, corps et antennes d'un gris un peu incarnat, les ailes supérieures de même couleur, avec deux points à la base, un point central et deux lignes flexueuses de taches d'un brun noirâtre. Le genre Calligenia, Duponchel, a les ailes en toit aplati au repos, et les quatre nervules inférieures parallèles. Antennes longues et filiformes dans les deux sexes, spiritrompe très longue ; palpes droits, à dernier article très aigu. Une seule espèce de France, de Belgique, d'Angleterre, charmant petit papillon, des lisières des bois, des taillis, des plantations, se trouvant partout en juin, mais jamais commun. — C. Miniata, Forster, syn. Rosea., Fabr.,/a Rosette d'Fngr., the lied Arches des Anglais, 26 millimètres d'envergure ; les ailes supérieures d'un rouge minium, parfois jaunes par aberration, plus claires sur le disque, et trois lignes noires polygonales ou courbes ; les ailes inférieures d'un rouge pâle et sans taches en dessus et en dessous ; la tète et le thorax rougeàtres, avec les yeux noirs; l'abdomen d'un jaune terne. Chenille en avril et en mai, sur les Lichens des ormes et des chênes, grise, à tête blonde, avec des poils d'un gris foncé, en brosses serrées et plus longues sur les premiers anneaux, certains de ces poils simples à la vue, les autres hérissés de cils et comme plumeux. — Le genre Setùia, Schrank, est formé en partie d'espèces des Alpes et des montagnes d'Auvergne, d'autres de plaines, offrant des papillons jaunes, à points noirs, à nervulation particulière, les ailes en toit incliné au repos. Les antennes sont ciliées chez le mâle, simples chez la femelle, les palpes ti*ès courts et sans articles dislincs, la spiritrompe rudiraentaire, les ailes supérieures presque aussi larges que les inférieures et se croisant à peine par leur bord interne. Les femelles, toujours plus petites que les mTiles; ont les ailes peu développées et volent à peine; elles attendent, cacliées dans l'herbe, les mâles qui voltigent lourdement dans les allées herbeuses des bois ou dans les prairies de montagne, même pendant li jour, mais surtout le matin et le soir. M. A. Guenée a découvert sur les espèces du genre Setina (notes sur le genre Setina, Aîui. Soc. eut. Fr , 186/i, p. 399 et suiv.) un organe de stridulation très remarquable et bien étudié par le D' Laboulbène {Ann. Soc. ent. Fr., 186Zt, p. 701 et pi. X, lig. 5), existant développé chez les mâles, au maximum chez S. Aurita (pi. xci, fig. 10), peu développé au contraire chez les femelles, sauf chez S. Roscida, Fabr. 11 consiste en deux vésicules sublriangulaires, à sommets arrondis, comme des tympans, sur les côtés du thorax, très grandes eu égard aux dimensions de l'insecte, à surface lisse, sans rides ni rugosités, creuses à l'intérieur, divisées en deux parties par une légère cloison, sans attache du fond à la membrane extérieure, sans corps interne pouvant agir à la façon d'un marteau. Le mâle seul semble pouvoir produire une crépitation avec cet organe, comparable au tic-tac d'une montre, soit quand on le saisit entre les doigts, soit
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quand il vole, mais pas toujours dans ce cas. Il est à croire que ce bruit dé{)end entièrement de la volonté de l'insecte et qu'il est, soit un appel damour, soit une plainte craititive. l'robablcment l'insecte est un \unbalier ctslridulc par de petits coups donnés du dehors, au moyen dus pattes, sur la membrane tendue ou par des pressions latérales rapides des genoux.
Les chenilles des Selina sont garnies de petits faisceaux de poils implantés sur des tubercules saillants; elles vivent sous les pierres et sur les rochers, dont elles mangent les Lichens; leur croissance est très lente. Les chrysalides sont assez courtes, un peu ventrues, à anneaux immobiles, enfermées dans un léger tissu, entremêlé de longs poils.
Nous citerons des espèces de plaine et des environs de Paris : S. Mesumella, Linn.; la Phalène jaune à quatre points, de Geoffroy; VEborine, d'Engramelle, de 30 millimètres d'envergure, les antennes jaunâtres, le corps d'un gris noirâtre, avec la tête, le devant du thorax et l'extrémité de l'abdomen d'un jaune pâle; ailes supérieures blanchâtres ou jaunes (variété aussi commime que le type), avec les bords plus foncés et deux petits points noirs, l'un au milieu de la côte, l'autre près du milieu du bord interne. Ailes inférieures d'un gris noirAtre, avec une tache longitudinale et le bord postérieur d'un jaune pâle. Espèce commune en juin et juillet dans les bois de toute la France; aussi de Belgique et d'Angleterre. Chenille ressemblant au premier abord à celle de Calligenia rosea, à tête ferrugineuse, à corps noir, avec verlicilles (et non brosses) de poils veloutés de même couleur, \ivant en avril et mai des lichens des chênes, se tenant pendant le jour sous les feuilles sèches au pied des chênes, danslcs endroits les plus chauds, en compagnie de la chenille de Lithosia complana; S. îrrorella, Linn., syn. Irrorea (cat. de Vienne), de France, de Belgique, d'Angleterre. Espèce répandue partout, sans être très commune, la femelle rare, se trouvant en juin, juillet et août daus les endroits secs, sur les talus des chemins, sur les collines chaudes et pierreuses, volant pendant le jour ; 30 millimètres d'envergure; antennes noires dans les deux sexes, ciliées de gris chez le mâle; corps noir, varié de jaune fauve au thorax, à l'anus, aux pattes; les ailes supérieures d'un jaune fauve avec trois séries transverses de petits points noirs, le dessous noirâtre; ailes inférieures en dessus et eu dessous d'un jaune pâle, tantôt sans taches, t.uitùt avec un ou deux points noirs près de l'angle du sommet. Chenille jaune, à dessins noirs et à longs poils; en mai et en juin, sur les Lichens des arbres et des pierres; jaune, à dessins noirs et à longs poils. Parmi les espèces de montagne, il faut citer surtout S. Aurita, Esper., dont le mule présente l'organe sonore bien développé; peutêtre faut-il regarder comme des races de cette espèce, S. Bamosa, Fabr. ; S. Anderrcggi, Herr. Sch., et sa remarquable variété à larges traits noirs, S. Riffellemis, découverte à Zermatt (Valais), par ."U. J. lalloa {Ann. Soc. Entom. Fr., 1855, p. 97).
61RAIU) m. — 23
Les {'amilîes suivantes constituent les Plantivorœ de M. Guenëe, car elles ne vivent plus de Lichens, mais des feuilles de plantes basses phanérogames. Tantôt les ailes sont plus ou moins roulées au repos autour du corps, tantôt elles sont libres et en toit déclive. Ces familles font un passage évident aux Chéloniens. Les chenilles sont ou velues à la façon de celle des Lithosies^ou à peu près rases, et le cocon mou et mêlé de poils.
ÉMYDIDES.
Les caractères de cette famille sont ceux du genre Emydia, Boisd., syn. Eulepia, Curtis, nom plus ancien, adopté avec raison en Angleterre. Le corps est grC'le, les antennes pectinées dans le mâle, ciliées dans la femelle; la spiritrompe distincte, est assez allongée, les ailes supérieures étroites et allongées, les inférieures larges et plissées sous les supérieures; les unes et les autres enveloppant l'abdomen au repos. Les papillons volent assez rapidement pendant le jour, et surtout au soleil. Les chenilles des deux espèces à'Emydia, espèces à la fois de France, d'Angleterre, de Belgique, passent l'hiver très petites et sont à toute leur taille à la fin de mai et en juin. Elles aiment les clairières des bois et grimpent souvent à la sommité des brins d'herbe et des tiges sèches. Elles ressemblent aux chenilles des Lithosides par leurs faisceaux de poils en aigrettes étoilées, implantés sur de petits tubercules saillants, mais elles se nourrissent de graminées, de genêts, de diverses chicorées; on peut les élever en captivité avec du pissenlit ou de la salade. Leur transformation a lieu dans un cocon lâche entouré de mousse, et la chysalide est courte, ventrue, à anneaux immobiles. Espèces : E. Grammica, Linn.; l'Écaillé chouette, d'Engv., the Feathered Footman, 30 à 35 millimètres d'envergure, les ailes supérieures jaunâtres chez le mâle, avec beaucoup de lignes longitudinales et une petite lunule à l'extrémité de la cellule discoïdale, noires, ces ailes d'un gris jaunâtre chez la femelle et avec peu de lignes noires; ailes inférieures d'un jaune plus vif que les supérieures, avec les bords antérieur et postérieur et une lunule centrale noirs; antennes d'un brun noirâtre, très pectinées chez le mâle; thorax d'un gris jaunâtre, avec deux points et cinq traits longitudinaux noirs; abdomen d'un jaune fauve, avec une rangée de taches noires sur le dos et trois séries de points noirs sur le ventre; aberration mâle à ailes supérieures beaucoup plus chargée de noir et à ailes inférieures noires, partout où est le type, mais rare; aberration femelle à ailes supérieures blanches (Maurice Sand). Espèce assez commune dans toute la France, lin juin et juillet, sur les coteaux calcaires; près Paris, à rechercher à liouray, Lardy, Champigny, etc.; chenille difficile à élever, noire, à ventre gris et ligne vasculaire rouge; E. Cribrum, Lin., le Cribie d'Engr., the Speckled Footman, espèce des mêmes localités que la précédente, mais beaucoup plus rare, 35 minimèlres d'envergure, le
EMYDIA, DEIOPEIA. 355
corps blanc, avec trois séries longitudinales de points noirs sur l'abdomen, l'anus jaune; ailes supérieures d'un blanc bleuâtre, avec cinq rangées transversales de points noirs -, ailes inférieures d'un gris cendré plus ou moins foncé et la frange blanche; femelle plus assombrie, avec les rangées de points noirs formant souvent des bandes longitudinales un peu nébuleuses. Beaucoup de variations; ainsi, une variété alpine, Candida, Cyrilli, assez fréquente, des Basses-Alpes, de la Lozère, du Gers, de la Gironde, du Cantal, de l'Indre, des environs de Paris, ayant les ailes supérieures en entier d'un blanc un peu nacré, avec deux petits points noirs seulement au bout de la cellule (Hscoïdale, et une variété pyrénéenne ayant, au contraire, a\ec les lignes de points du type, le fond des ailes supérieures d'un gris cendré obscur et les ailes inférieures noirâtres, ainsi que le thorav et l'abdomen, dont l'extrémité est jaune dans le mâle. Chenille noire, à ligne vasculaire blanche et quelques poils blancs; s'élève assez facilement, mais est plus diiticilc à trouver que la précédente, car elle se cache pendant le jour sous les herbes et les feuilles sèches.
EUCIIÉLIDES.
Antennes filiformes ou à peu prés dans les deux sexes; palpes courls; spiritrompe variable; ailes larges, non enroulées au repos autour du corps, mais disposées en toit très incliné. Adultes volant pendant le jour.
DEloi*El.%, Stephens. — Antennes simples chez la femelle, légèrement ciliées chez le mâle. Spiritrompe très longue. Palpes débordant la tète, arqués, à dernier article distinct et obtus. Ailes supérieures plus étroites que les inférieures.
Ce genre est composé d'une unique et charmante espèce, rencontrée dans une partie de l'Asie et do l'Afrique, très répandue dans le raidi (le la France et de l'Europe, fort abondante dans les lieux bas et herbus, attirée pendant la nuit par les lumières, remontant par plaies, mais très rare ou rare, dans le Doubs, l'Auvergne, l'Alsace , l'Indre, les environs de Paris, même la Belgique, la Hollande et l'Angleterre; paraissant en juin et aussi en septend^rc : c'est D. Pulchella, Linn., syn. Vulchra, cat. de Vienne ; la Gmf///e, d'Engramelle, enverg. ÛO à hù millimèlrcs; antennes brunes; corps d'un blanc bleuâtre, avec des taches noires et orangées sur le thorax et une série longitudinale de points noirs sur chaque côté de l'abdomen; ailes supérieures d'un blanc Irès légèrement jaunâtre, avec beaucoup de points noirs formant des lignes trausvcrscs irrégulières, parmi lesquelles il y a seize à dixhuit taches inégales d'un rouge écarlate ; ailes inférieures d'un blanc bleuâire, avec une bande noire terminale, ayant sou côté interne profondément échancré en son milieu. Chenille également très jolie, semblant emprunter sa riche parure aux fleurs sur lesquelles elle aime à
336 LÉPJlîOPlÈlŒS.
se reposer; ressembianf, pour les faisceaux de poils, aux chenilles des Emydia, d'un brun gri?âtre en dessous, d'un blanc jaunâtre en dessus, avec deux lignes longiludinales de points noirs de chaque côté et deux traits écarlates, un de chaque côté, par segment (voy. pi. xci, fig. 8), vivant sur beaucoup de plantes herbacées, dont elle ronge les feuilles, notamment sur l'héliotrope {Helioiropium Europœum) et la vipérine {Echi'um vulgare).
Dans le genre voisin Euchelia, Boisd., les antennes sont courtes el simples dans les deux sexes, la spiritrompe invisible, les palpes très court, velus, à dernier article obtus, les ailes supérieures subtriangulaires. Une espèce d'Europe, répandue partout, en mai el juin, VE. jacobeœ, Linn.; la Phalène carmin du Séneçon, de Geofl'roy, the Cinnabar Moth des Anglais, a 35 à 38 millimètres d'envergure; le corps et les antennes noirs, les ailes supérieures d'un noir grisâtre en dessus et en dessous, avec deux taches d'un rouge carmin près du bord externe et deux bandes de même couleur, la plus grande longeant presque toute la côte; les ailes inférieures d'un rouge carmio en dessus et en dessous, avec le bord antérieur et une fine bordure au bord postérieur d'un noir grisâtre; la frange des ailes de la même couleur. Dans une très rare aberration, le rouge carmin est remplacé par du jaune orangé. Des jardins, des prairies, des dunes, beaucoup plus commune en certaines années. On fait partir le papillon devant soi quand on se promène dans les champs. r>a chenille, par exception, est rase, sauf quelques courts poils isolés, qui partent immédiatement de la peau; fauve avec des bandes noires; vivant par groupes sur le séneçon (Senecio jacobea) dans tous les lieux cultivés, en juillet, août et septembre; très abondante sur les côtes méditerranéennes, où elle se nourrit de la cinéraire maritime. La chrysalide passe l'hiver, entourée d'un cocon d'un tissu léger et transparent.
Tribu des COELOi^flEîVS.
Les Chéloniens (1), qu'on nomme souvent Écailles, tiennent de très près aux Lithosiens, avec l'extension que nous avons donnée h ces derniers. Ils forment, en laissant de côté la magnifique tribu exotique des Uraniens, la tribu la plus richement colorée des îlétérocères, surtout pour les ailes inférieures cachées et protégées contre le soleil par les supérieures-, ces couleurs sont plus pures et plus délicates que chez les Rhopalocères, où le rouge notamment est toujours lavé de fauve; mais, dans les collections, elles s'altèi-ent très vite à la lumière et blanchissent. Ces belles ailes sont larges et bien taillées, et, dans beaucoup
(1) Nous supjiosons bien que personne ne fera confusion avec l'ordre des Chéloniens ou TorUies, dans les Reptiles écailleux.
CHÉLONIENS, CALLIMORPHIDES. ?;57
d'espèces, le corps participe par son éclat à la richesse de rensemble, en raison des taches et des anneau v de diverses teintes dont il est orné. Bien que volant surtout le soir, beaucoup d'espiM c? ne craignent paide se raonlrer en plein soleil, au repos sur les feuilles, les murs, les troncs d'arbres et s'envolant au bruit qu'on fait en s'approchant d'elles. Il en est dont le vol est assez agile (Nemeophila, Callimorpha); d'autres au contraire sont pesantes et paresseuses, telles les Spilosoma et surtout les Arctiii. Les antennes des mâles sont, le plus ordinairement, un p(!u pectinées ou fortement ciliées, celles des l'emelles pres([ue simples ou fortement ciliées, les ailes en toit au repos, l'abdomen gros et peu allongé.
Les chenilles des Cbéloniens sont toutes plus ou moins velues; plusieurs, appelées parfois Oursujims, portent sur le dos une véritable fourrure de longs poils, insérés sur de petits tubercules ou boutons hémisphériques, durs et brillants, (jnflques espèces sont si vives dans leurs allures qu'elles semblent courir plutôt qu'elles ne marchent, surtout quand elles parcourent les bords des routes et les sentiers au moment de la nymphose. Elles sont généralement polyphagcs, peu voraces et partant rarement nuisibles, quelques-unes sociales et à découvert dans le jeune âge, vivant en général solitaires et cachées sur un grand nombre de plantes basses ; elles sont très faciles à élever, ce qui est précieux pour les amateurs, qui aiment h. obtenir dos sujets bien frais pour les collections. La métamorphose s'opère dans un cocon à tissu très mou, dans lequel la chenille fait entrer, pour consolider son œuvre, lapins grande partie des poils qui composent son vêtement et qui, à cette époque de sa vie, se détachent avec une extrême facilité. La plupart des Chéloniens demeurent peu de temps en chrysalide.
CALLl."\IORPinDES.
Papillons à ailes larges, luisantes, l'abdomen glabre, peu conique, avec deux glandes à la base. Ce sont des vésicules recouvertes d'écaillés, qui existent, non seulement chez nos Callimorpha Dominula et liera indigènes, mais chez les Setina elles-mêmes, tt)ut à fait indépendantes de l'organe musical, de sorte quon ne peut pas les regarder comme remplaçant cet organe, puisqu'elles l'accompagnent chez les femelles comme chez les mâles, ayant leur plus grand degré de développement chez des espèces tout à fait dépourvues des timbales thoraciques ; leur destination spéciale paraît encore inconnue. On les trouve à leur maximum chez des Callimorphides exotiques, ainsi chez les Pericopis, surtout P. Calilina, Cramer, de Cayenne, moins saillantes chez Ephestris Malaxantha , Hubner, du Brésil, espèce jaune et noire, etc. Les chenilles des Callimorphides sont assez allongées, cylindroïdes, ornées de couleurs variées et hérissées de poils courts sur
des verrues verticillées. Elles se nourrissent de plantes basses; la chrysalide est renfermée dans une coque légère.
CAlililMOIlPlfA, Latr., Syn, Hypercompa, Steph. — Antennes longues et simjîles dans les deux sexes, celles du mâle un peu moins grêles; spiritrompe très développée. Palpes écartés, peu velus, un peu plus longs que la tète. Corps plutôt écailleux que velu. Thorax assez petit. Ailes en toit on repos, les inférieures un peu plissées. Abdomen cjrlindroïde, de grosseur médiocre, de la couleur des ailes inférieures.
Il y a deux espèces répandues dans une grande partie de l'Europe : C. Dominula, Linn., r Écaille marbrée de Geoffroy, the Scarlet Tijijer des Anglais, du nord de la France, de Melgique, 52 millimètres d'envergure, les deux sexes pareils. Thorax d'un vert noir brillant, avec deux traits jaunes longitudinaux. Ailes supérieures d'un vert noir brillant, avec beaucoup de taches inégales, dont une oblongue, toujours jaune, près de l'origine du bord interne, deux orbiculaires, mi-blanches, mijaunes, vers le miUeu de la côte, les autres blanches, éparses vers le bord externe; ailes inférieures d'un rouge carmin, avec trois taches noires irrégulières. Abdomen d'un rouge carmin en dessus, avec une ligne dorsale et l'anus noirs. Cette espèce présente beaucoup de variations; parfois le rouge est remplacé par du jaune d'ocre; d'après M. llellier de la Chavignerie, dans le Cancase, celte variété jaune remplace le type rouge. Dans le sud de l'Italie, ancien royaume de Naples, Calabre, Abruzzes, est une race locale, dont on avait fait une espèce, C. Donna^ Uup., avec les ailes inférieures et l'abdomen jaune et beaucoup plus de noir aux ailes supérieures et inférieures. Par variation on voit des sujets revenir du jaune au rouge aux ailes inférieures, c'està-dire au type de l'Europe centrale et septentrionale. Des aberrations offrent les taches blanches des ailes supérieures changées en taches jaunes; enfin d'autres ont les ailes inférieures de couleur lie-de-vin. Les neufs de C. Dominula récemment pondus sont d'un joli vert émeraude, sphériques, à surface parfaitement lisse. Au moment même de la ponte ils sont d'un léger jaune verdAtro. L'espèce se rencontre en juin et juillet dans les lieux humides et ombragés, les bords des ruisseaux, les prés marécageux ; c'est là qu'en avril et mai on trouve la chenille sur beaucoup de plantes basses, surtout les Borraginées; elle est d'un noir bleu, avec trois bandes soufrées. Près de Paris les chenilles de cette espèce sont abondantes sur les bords de la Hièvre, à la Minière, près de Versailles, au delà de la plaine Salory, de part et d'autre de l'usine d'engrais de sang; on les trouvait autrefois à Saint- Germain. Elles sont diurnes, mangent pendant le jour, se plaisent au soleil. Elles sont polyphages, mais préfèreul la Grande Gonsoude. Ou les trouve aussi sur le Ciiardon, l'Oilie, la Ficaire, la Gyuoglosse (Saint- Germain), sur les Lamium, le Genêt, le Troène, et même parfois sur les
CALLTMORPHA. 359
arbres. Elles sont tril'S faciles à élever. LcC. //em,Linn., la Phalène chinée de (ieolTroy, manquant dans les Iles Britanniques, l'épand, lors de l'éclosion, une odeur musquée, se trouve un peu partout en juillet et août, dans les broussailles, les jardins, les haies, les lieux humides, etc., posée durant le jour, s'envolant dès qu'on approche, environ 55 à 60 millimètres, les deux sexes pareils. Antennes d'un brun noirAtre; thorax d'un noir verdâtre, avec deux lignes longitudinales, les bords des ptérygodes et le front d'un jaune paille. Ailes supérieures d'un noir glacé de vert, avec quafres bandes transverses à partir de la base, puis une double bande entre-croisée en Y, et tout le bord interne, d'un jaune paille, a\'ec deux points noir à l'angle interne sur un espace jaune, la frange entrecoupée de noirs vers l'angle apical; ailes inférieures d'un rouge écarlate avec quatre taches noires. Abdomen de la couleur des ailes inférieures ou un peu jaun<1tre, avec quatre rangées longitudinales de points noirs; une variété où le rouge des ailes inférieures et de l'abdomen est remplacé par du jaune d'ocre, très rare dans l'intérieur de la France, beaucoup plus fréquente en Bretagne, ainsi près de Hennés (Oberthur) et surtout sur les côtes bretonnes, près de Saint-Malo, de Cancale, de Granville, de Cherbourg, où on la dit plus fréquente que le type, assez commune aussi sur les côtes normandes, il y a, comme nous voyons, des variétés qui obéissent à certaines lois de centralisation, ainsi que nous avons observé, dans le S.-O. de la France, la femelle du Souci (Co/ms Hyale) prenant fréquemment la forme Hélice, très rare aux environs de Paris. On cite des variétés intermédiaires d'un jaune rougeâtreou bien où le jaune n'apparaît que par places aux ailes inférieures (collection Fallou). M. J. Fallou a élevé la ponle d'un C. Jlera jaune, mais fécondée par un mille inconnu. Il a obtenu, sur huit éclosions, six sujets jaunes sans dégénérescence et deux rouges. Il serait fort curieux de faire accoupler deux sujets jaunes et d'élever la ponte; mais il ne paraît pas possible de faire accoupler en captivité C. liera, beaucoup plus sauvage que C. Dominula; en général, les espèces à spiri trompe développée el qui mangent ne s'accouplent pas captives; l'accouplement en captivité est au contraire très fréquent pour les espèces à organes buccaux atrophiés et dont la génération reste la seule fonction possible. Le catalogue de Belgique cite C. Hnra en août dans les terrains rocailleux. Cette espèce n'est pas portée dans les catalogues du département du Nord. Dans les Alpes- Maritimes, d'après M. Milière, où C. Dominula semble ne pas exister, C. Hera est assez rare, mais a deux générations par an : la première en mai, la seconde en août. I.a chenille de C. liera est brune, avec un dessin crucial jaune ou roux sur les anneaux et la stigmatale de même couleur; éclose en automne, elle hiverne et parvient à toute sa taille en mai et juin, vivant sur beaucoup de plantes basses, notamment les Orties et les Borraginécs cl, aussi sur le Genêt à balais, le Prunier, le Prunellier, le Groseillier, la Vigne, etc. En capti-
vite or: ifîs nourrit très bien avec de la Bourrache, du Pissenlit, de la Laitue.
Nous ferons remarquer que, par l'exposition aux vapeurs d'acide chlorhydrique ou azotique, on transforme immédiatement en jaune le rouge des C. Dominula et Hem: mais la couleur rouge reparaît peu à peu, avec le temps, par le dégagement à l'air des vapeurs acides, et immédiatement si on les neutralise par le gaz ammoniac, dégagé de l'alcali volatil. Nous représentons (pi. xci, fig. Zi) une Callimorphe exotique, C. Le Contei, Boisd., de l'Amérique du Nord, 52 millimètres d'envergure, le corps blanc, avec le sommet de la tète d'un jaune pâle et une large ligne noire ou brune régnant du thorax à l'extrémité de l'abdomen ; les ailes supérieures noires ou brunes, suivant l'état de fraîcheur du papillon , offrant chacune cinq grandes taches arrondies et irrégulièrcs blanches, plus ou moins continentes, selon les sujets, les ailes inférieures blanchritres et sans taches, le dessous des ailes semblable au dessus, mais avec le noir très pâli, les pattes légèrement teintées de jaune.
CHÉLONIDES.
La famille des Chélonidcs correspond aux Plumicornes de M. Gucnée et à ses IlirsiUœ pour les chenilles. Les papillons ont le corps robuste, velu, ainsi que les pattes, les antennes ordinairement garnies de lames distinctes chez les mâles et dentées chez les femelles; la spiritrompe ou rudimenlaire ou nulle; les palpes très courts; les ailes à couleurs vives ou à taches tranchées, ces ailes épaisses, peu ou point plissées. Chc nilles entièrement hérissées de poils verticillés, souvent fort longs. Cette famille est abondamment représentée en Europe, et ses espèces exotiques se rapprochent beaucoup des nôtres.
IfEMEOPIIlliA, Slepliens. — Antennes du mâle peclinées, celles delà femelle fiiliformes ou finement dentées. Spiritrompe grêle, mais distincte. Thorax velu; femelles différentes des mâles. ■ — Chenilles garnies de bouquets de poils asseï courts, ceux des derniers anneaux un peu plus longs. — Chrysalides cylindricoconiques, avec une pointe anale légèrement ciliée.
Ce genre, détaché des anciens Chelonia, compte au moins deux espèces en Europe, toutes deux des Iles Britanniques et de Belgique. Leurs chenilles courent très vile et se nourrissent d'une foule de plantes basses. Leur transformation a lieu dans une coque soyeuse molle, assez spacieuse. N. planlayinis, Liim., YEcaiUe noire à bandes jaunes, d'Iùigr., the Wood Tyger, 38 millimètres d'envergure. Ailes supérieures du mâle noires foncées avec trois bandes, dont deux croisées en X, et une lâche médiane, d'un jaune blanchâtre, le tiers de la côte orangé; ailes inférieures d'un jaune d'ocre, quelquefois un peu rosé, avec deux rayons à la base, quatre à cinq taches sur le disque et une bande terminale si-
NEMEOPHILA. 361
nuée, noirs; antennes noires, avec la tige jaunâtre; thorax noir, avec un collier orangé, du jaune grisâtre bordant les ptérigodes; abdomen d'un jaune orangé, avec le dos et les incisions du ventre noires. Femelles à ailes supérieures pareilles à celles du mâle, sauf le tiers de la cote qui est rouge ; ailes inférieures rouges, avec les rayons noirs de la base coufondus et envahissant la moitié de l'aile, la bande terminale rouij;e avic trois ou quatre taches noires; abdomen rouge, avec une bande longitudinale et souvent les côtés noirs. Cette espèce varie beaucoup, par le nombre des rayons noirs et des taches ou leur absence, le mâle à ailes inférieures rouges comme la femelle, etc. Il y a deux types d'aberrations inverses, les unes dont le fond converge vers le noir, les autres, au contraire, où les ailes deviennent jaunes, surtout les inférieures, et même celles-ci complètement, par disparition des dessins noirs. Dans les montagnes, on trouve à la fois le type, une race Matroiialis, Freyer, envahie par le noir, les ailes inférieures, presque toutes noires chez le mâle, et même tout à fait, et une race fréquente (mâle), Hospita, cat. de Vienne, où le blanc remplace le jaunedu type, et qui offre les deux séries d'aberrations inverses indiquées, sur fond blanc, au lieu d'être sur fond jaune. On trouve parfois, mais très rarement, Ilospita en plaine; ainsi près de Metz, de Paris, etc. Dans la collection Falluu figure une Matronalii.- Ilospila, c'est-à-dire très noire avec quelques raies blanches. N.planlaginis est essentiellement une espèce des bois des montagnes moyemies de toute la France, de 1000 à 1500 mètres d'altitude; elle se trouve aussi çà et là, au mois de juin et au commencement de juillet, dans les bois étendus et humides de la plaine ; ainsi à Armainvilliers, près de Paris, à Compiègne, dans plusieurs bois du département du iNord (l'halempin, Carvin, etc.). Cette espèce vole dans le jour, et les deux sexes partent au vol quand on approche ou qu'on bat les buissons.
De loin on la confond, par les couleurs, avec les petites espèces du genre Argynnis, mais l'allure du vol est dilVérenlc. Ou trouve la chenille d'octobre à mai; elle est polyphage et passe l'hiver très petile, vit surtout sur les plantains, pissenlits et autres plantes herbacées, avec lesquelles on l'élève aisément. File a le corps noir, piqueté de petits tubercules piligèrcs blanchâtres, ce qui lui donne delà ressemblance avec une chenille de Vanessa lo (Paon de jour), où les épines seraient remplacées par des aigrettes de poils. Fes anneaux /i, 5, 6, 7, 8, 9 sont cou- , verts de poils roux ou ferrugineux, ceux des autres anneaux élant noirâtres. L'autre espèce répandue de Nemeophila est le A'. Russula, Fiini., la Bordure, ensanglantée de Geoffroy, the Clouded Buff'Cics Anglais, ZiO millimètres d'envergure; antennes pectinées, chez le mâle, brunes avec la tige rose, le corps jaune, avec le thorax plus foncé et les pattes rouges; ailes supérieures d'un jaune roussAtre, avec les bords et une tache disco'idale d'un rouge rosé, cette taclie plus ou moins entremêlée de brun; ailes inférieures d'un jaune blanchâtre avec une bordure rose , suivie d'une bande noirâtre plus ou moins bien marquée, et une tache disco'i-
362 LÊPIDOPTfcRES.
dale, un peu sinuée, noirâtre, souvent séparée en doux par un ira jaune blanchcltre ; femelle très dilTérenle du mâle, plus petite, avec les ailes courtes et réduites; antennes presque filiformes; ailes supérieures de même dessin que celles du mâle, mais d'un jaune roux (tabac d'Espagne); ailes inférieures à base noirâtre, avec la bande transverse et la tache du disque d'un brun noir plus ou moins intense; abdomen avec' le dessus annelé de noir brun. Cette espace existe dans une grande partie de la France, habitant les localités arides, herbues et pierreuses des régions calcaires, en juin, juillet et commencement d'août; le mule part au moindre bruit qui l'inquiète ponr aller se poser un peu plus loin ; la femelle vole très peu, vu laréduction de ses ailes, aussi est-elle rare dans les collections. On trouve la chenille , qui est hivernante, de novembre à mai, sur le mouron, le pissenlit, le plantain et le séneçon ; elle est noirâtre, avec la ligne vasculaire blanche coupée de fauve. Elle est assez diffirile à rencontrer et à élever; on y réussit passablement en la tenant en l'air ei la nourrissant avec les plantes que nous avons citées. Nous pensons devoir placer dans le genre Nemrophila, en raison d'une spiritrompe distincte et à filets grêles, une très rare espèce de Laponie, très difficile à se procurer pour les collections, N. iMpponica, Thunberg.
ClIKï.OMl.%,Latr., Syn. Arctia,Eyprepia, auteurs anglais et allemands, — Tète petite, retirée sous le prothorax. Antennes plus ou moins pectiriées dans le mâle, dentées ou filiformes dans la femelle. Spirilrompe ou rudimentaire ou courte à filets disjoints. Palpes courts, moitié velus, moitié squameux, réunis en forme de bec. Thorax épais, velu ou laineux. Ailes larges et complètes dans les deux sexes, bigarrées de couleurs vives, en toit écrasé au repos. Abdomen velo\ité, gros, cylindroïde, ordinairement de couleur vive et marqué de taches ou d'anneaux noirs. — Chenilles garnies de poils rudes, épais, ordinairement longs, implantés en faisceaux divergents sur des tubercules d'une couleur plus claire que le fond. — Chrysalides obtuses, cylindrico-coniques, avec l'extrémité anale bilobée et garnie de petites épines.
Les Chélonies sont essentiellement nomme'es Écailles; leurs espèces sont nombreuses et de taille moyenne, toutes ornées de couleurs vives avec les ailes inférieures souvent jaunes ou rouges, présentant des taches plus foncées, et trois crins à l'appareil du frein chez les femelles, [/éclat des couleurs les fait ressembler au premier abord à des papillons de jour. On en connaît d'à peu près toutes les parties du monde, des régions arctiques et des hautes montagnes. 11 y en a 23 espèces en Europe et la faune de Berce en décrit 11 pour la France. Les chenilles vivent solitaires, en général sur les plantes basses, et courent rapidement avec des ondulations précipitées, surtout au moment de la nymphose, qui s'accomplit dans des coques spacieuses d'un lissu lâche. Nous ne décrirons que quatre espèces, les plus répandues en France, les deux premières aussi des lies Britanniques : C. Caja, Linn., l'Ecaillé
CHEIONIA. 363
martre do Geoffroy, theGarden Tygcr, 62 à 70 mill!nnt''trcs d'envorcure ; antennes blanches, avec les barbes brunes chez le mâle, tilifornnes chez la femelle, qui, pour le reste, est pareille au mâle; thorax d'un brun café, avec un collier rouge; ailes supérieures d'un brun café, avec des bandes blanches sinueuses et dont les postérieure? se croisent en X; ailes inférieures d'un rouge brique, avec six ou sept taches d'un bleu très foncé, bordées de noir. L'Kcaille martre est une espèce assez commune partout, dans les jardins, les sentiers, les allées de bois, en juin, juillet, août. Elle varie beaucoup, tant pour la largeur des bandes et des taches que pour la couleur des ailes inférieures. Le fondde celles-ci, au lieu d'être rouge, est assez souvent jaune, ainsi que l'abdomen. Godart a représenté une aberration femelle qui n'a que des points blancs aux ailes supérieures et dont les inférieures sont entièrement envahies par la confluence des taches d'un noir bleu. M. fîellier de la Cliavignerie a décrit une autre aberration femelle, provenant d'une chenille trouvée aux environs de Paris, ofi'rant les ailes supérieures entièrement brunes, sauf deux petites taches d'un blanc sale à la base, et les ailes inférieures d'un gris roussàlre uniforme, sans aucune apparence de taches, (laroll avait obtenu d'éclosion une C. Caja à ailes inférieures jaunes, les ailes supérieures marquées d'intervalles blancs, de marbrures extrêmement fines, comme linéaires, avec des rosaces sur le milieu. Dans la collection Auguste, de Bordeaux, se trouvait un sujet de C. Caja à dessins presque tous effacés, sauf un peu conservés aux bords antérieurs des ailes supérieures, le reste uniformément d'un fauve testacé, et un second sujet encore plus sans dessins et à ailes inférieures presque nues.
La chenille de C. Caja vitpolyphage, en mai et juin, sur beaucoup de plantes herbacées et sur les Genêts; c'est par excellence une uursonne couverte de longs poils roux, ceux des eûtes gris, les verrures piligères blanches dans le jeune ûge; C. Villicn, Linn., VÉcaille marbrée de Geofl'roy, the Cream-spot Tijger, 55 millimètres d'envergure; antennes noires, pcctinées chez le maie, filiformes chez la femelle, qui est semblable pour le reste ; thorax noir, avec une tache blanche à l'origine des ptérygodes; ailes supérieures d'un noir velouté, avec huit taches blanches, d'un blanc très légèrement jaunâtre chez les sujets bien frais, disposées ainsi qu'il suit, de la base au sommet, 1, 2, 2, 2, 1; ailes inférieures d'un jaune foncé, avec quatre à sept taches noires; abdomen jaune à la base et d'un rouge carmin vers son extrémité, avec trois séries longitudinales de taches noires. Les œufs de celte espèce sont trè.s jolis, fout à fait .''pliériques, d'un blanc un p(!u jaunâtre au moment de la ponte, avec une brillante teinte nacrée à reflet opalin. Cette belle écaille, moins commune dans certaines régions que la précédente, se trouve en juin dans les jardins, les vergers, les broussailles, volant le jour lorsqu''elle est troublée. Il y a un type allemand, qui se distingue bien dans les collections d'avec la race fran(;aise, par le noir du fond
plus intense aux ailes supérieures, les taches blanches plus arrondies et les taches noires des ailes inférieures formant presque des bandes. La collection Fallou présente des sujets des Vosges intermédiaires entre les rai:es allemande et française. Dans les deux races il y a de nombreuses aberrations; ainsi, par confluence, les taches blanches des ailes supérieures tendent à former une ou deux bandes transversales irrégulières, en même temps qu'il y a diminution (lu nombre des taches noires des ailes inférieures. Dans une aberration provenant d'une chenille des environs de Paris et présentée en 1856 à la Société entomologique de France, les taches blanches des ailes supérieures sont très larges et réunies, laissant fort peu de place au noir, qui, dans les sujets ordinaires, est la couleur dominante; aux ailes inférieures il n'existe que quati'e taches noires très petites et réunies en groupe près du bord externe. On a indiqué une variété constante d'Allemagne, Angelica, Boisd., à taches des ailes supérieures fauves, et une aberration femelle qui a les ailes inférieures brunes. La chenille de C. Villica passe l'hiver et se rencontre d'octobre à avril sur beaucoup de plantes herbacées, sur la millefeuille, le genêt, le chèvrefeuille, etc. Les petites chenilles de l'hiver se serrent et se rassemblent les unes contre les autres pour avoir moins froid. Cette chenille est noire, à longs poils bruns, avec la tôle et les pattes rouges et se trouve souvent le long des murs de campagne et des haies, ou courant à terre sur les chemins; C. Purpurea, Linn., VÊcaille mouchetée de Geoffroy, Zi8 millimètres d'envergure; antennes jaunes, pectinées chez le mâle, fiUformes chez la femelle; thorax et abdomen d'un jaune d'ocre, avec trois rangées longitudinales de taches noires, celles du dus plus grandes; ailes supérieures d'un jaune d'ocre, avec beaucoup de taches et de points d'un brun noirâtre plus ou moins foncé; ailes inférieures roses chez le mâle, d'un rouge cerise chez la femelle, avec six à sept taches noires éparses et inégales. Cette espèce se trouve adulte dans toute la France, en juin et juillet, surtout dans les régions calcaires, volant quelquefois pendant le jour. La chenille est blanche, à poils jaunes, avec une bande dorsale noire et des traits latéraux obliques; elle passe l'hiver et se rencontre en avril et mai, principalenieut sur les genêts, près de Paris sur le petit genêt {Genista tinctoria), di'. bien moins de hauteur que le genêt commun {Genista scoparia) et à feuillage d'un plus beau vert; elle était autrefois commune au bois de Boulogne ; comme elle est extrêmement vive et se laisse tomber à la moindre secousse, elle échappe très souvent à la main de l'amateur, en se glissant sous les herbes et les feuilles sèches. On l'élève facilement avec des plantes basses, pissenlit, oseille, etc. Elle est polyphage et grimpe souvent sur les jeunes pousses de chêne, de groseillier, d'orme, de vigne, etc. D'après M. Guenée, elle dévore en certaines aimées les bourgeons des vignes, au point de causer de grands dommages aux environs de Chartres, en dépouillant les ceps de leur feuillage; on
CIIELOMA. 365
pourrait recoller les femelles, qui volent peu et lourdement, vu leur ventre gonflé d'œufs; mais, d'ordinaire, il en est comni(; pour la Pyrale, l'insecte disparaît pendant plusieurs années, par les agents atmosphériques ou par les entomophages inlernes; C. Hebc, IJnn., y Écaille couIput de rose de Geoiïroy, 50 à 55 millimètres d'envergure, antennes noires, celles du mâle très pcclinées, celles de la femelle beaucoup moins; corps noir, avec deux colliers rouges, et six bandelettes également rouges de chaque côté de l'abdomen ; ailes supérieures d'un noir velouté, avec cinq bandes transverses, blanches et bordées de roux, la troisième plus étroite, souvent infcrroniuue et quelquefois nulle, les deux postérieures se joignant par leur milieu; ailes inférieures roses dans le mâle, d'un rouge carmin chez la femelle, avec une bande transverse, se terminant en crochet vers l'angle anal, deux taches postérieures et la frange noires. C. Hebe varie beaucoup, soit pour la largeur des bandes des ailes supérieures, soit pour la grandeur des taches des inférieures. Nous citerons une aberration foule noire, sauf une légère tache jaunâtre à l'extrémité des ailes antérieures. M. Minière figure trois remarquables aberrations de C. Hebe {kon. II, pi. lui). C'est une espèce méridionale remontant assez haut dans le centre de la France et au delà, ainsi près de Paris, adulte en juin dans les terrains calcaires arides, les broussailles, les fondrières; à Paris on la prenait autrefois à Billancourt et au l'oint-du-Jour. Actuellement elle est encore assez abondante dans des petites landes qui se trouvent à Champigny, dans l'ancien parc de Saint-Maur. Cette espèce est attirée par les lumières et la femelle peut à peine voler vu la grosseur de son abdomen. La chenille est noire, avec de longs poils d'un gris clair sur le dos et roux sur les côtés; en mars, avril et au commencement de mai sur la millefeuille, le pissenlit, le séneçon, et, à la fin de sa vie, sur le chardon. Les mœurs de cette chenille sont curieuses : elle se place, pour faire sa dernière mue, dans un trou en terre, de Grillon ou autre, le façonne en hémisphère et se protège au moyen d'un dôme de soie mêlé de quelques brins d'herbe, ou bien se cache à demi sous une pierre. Cette dernière mue se fait tin de mars, après l'hibernation. Le même fait d'abri se reproduit environ un mois plus tard, lors de la nymphose (M. Kagonot). Cela explique la lenteur que mettent les chenilles de C Hebehse chrysalider lorsqu'on les élève cajjtives dans un pot, où elles ne trouvent pas d'habitude leurs conditions instinctives. .\ussi Pierret recommandait de les placer dans un cornet de papier, leur offrant la forme de la cavité d'abri qvii leur convient.
Nous nous contenterons de citer quelques autres Chelonia. Ainsi C. Curialis, Esper., syn. Civica, Hubncr, VÉcaille brune, de Geoffroy, assez rare partout et localisée, adulte en juin, des carrières, bois pierreuX; collines calcaires, près de l'aris, de Fontainebleau, de Vernon, etc., do 35 à 37 millimètres d'envergure, les ailes supérieures d'un brun café avec des taches jaunes, les inférieures d'un rouge carminé, changé
quelquefois en jaune par aberration, avec tache en V à la base, lunule centrale et bordure marginale noires. La chenille est noire, avec les poils des premiers anneaux d'un roux vif, polyphage, vivant eu mars et avril sur les graminées, la millefeuille, l'oseille sauvage, la chicorée sauvage, s'élevant aisément avec ces dernières plantes; elle passe l'hiver et le.s jeunes chenilles s'entuurent d'une toile commune. Une très grande et belie espèce d'Allemagne, recherchée des amateurs, de 72 à 76 millimètres d'envergure, est C. Matronula, Linn., dont la vie entière dure deux ans, la chenille passant deux hivers; très accidentelle dans les régions orientales de la France, en Alsace, près de Nancy dans la Moselle, près de Grenoble, près de Poligny, dans le Doubs. Le genre Chelonia compte des espèces de rcgions'très froides : telles sont C. Qucnseli, PaykuU, de Laponie, de Suède, de Norvège, des montagnes du Tyrol et de la haute Engadine, au Rilfel, près de Zermatt, et, plus élevée encore, contre les neiges perpétuelles, du HitTel au Gornergrat, au mont Gervin, C. Cervini, Fallou. On consultera pour ces rares espèces J. Fallou et Guenée, Notice sur /es Chelonia Cervini et Quenseli {Ann., Soc. entom. Fr., 186i, p. 679, pi. x, figure 1, 2, 3).
Nous ne pouvons passer sous silence une autre Écaille, très commune sur toute la bordure méditerranéenne, attirée le soir par les lumières et dont la chenille vit de graminées en mars, avril et mai, sous les pierres au pied des murailles, espèce remontant par place dans les vallées méridionales de la Lozère, près de Lyon, à Feurs dans la Loire, etc. M. H. Lucas indique cette espèce comme trouvée en Algérie, en juin, parmi les grandes herbes, dans les marais d'Aïn-Dréan, cercle de la Galle.
C'est le C. Pudica, Esper, à abdomen rose, ayant une rangée de taches dorsales et le bout noir, les ailes d'un blunc rosé, avec des taches noires, triangulaires sur les supérieures. Les œufs de C. Pudica sont petits et sphéroïdes, un peu aplatis à un pôle, lisses et luisants, comme vernissés, de couleur jaune-paille. Les femelles doivent en pondre une grande quantité, car M. J. Fallou a pu en compter environ 300 à une d'elles. L'intérêt de cette espèce consiste dans l'existence d'un organe musical très analogue à celui des Selina. Le fait fut découvert par de Villiers, et il compare le bruit fait par le papillon, en volant aux environs de Montpellier, à celui du métier d'un fabricant de bas {Observations sur /'Ecaille pudique de Godart, in Ann. Suc. enlom. Fr,,1832, T, p. 203, pi. VI). Le D" Laboulbène a reconnu que l'organe placé de chatjue côté du thorax et plus volumineux chez le mâle (voy. pi. xci, tig. 11) est constitué par une vésicule tympaniforme triangulaire, une cavité à bords élevés et arrondis, recouverte par une membrane tendue, mince, .sèche, pouvant vibrer; à la partie antérieure est, chez le mâle;, une série de seize à vingt lignes élevées, transv(U'sales et parallèles, et seulement de huit à di\ chez la femelle. Sous la pointe d'une aiguille la membrane vibre avec le bruit du froissement d'un papier sec, M. Laboulbène re-
CHELONIA, ARCTIA. 367
garde l'insecte, de mémo que les Setina, comme un timbalier et croit que la stridulation est produite par une suite de petits coups doiuiés au moyen des pattes sur la membrane tendue, ou par de rapides pressions latérales des genoux. Il propose, en raison de l'organe musical et de quelques autres caractères, de faire de C. Pudicami genre spécial, sous le nom de Tympuiiophora (voy. AI. Laboulbène, sur l'organe musical de Chelonia Pudica, iu Ann. Soc. ent. Fr., U6!i, p. 689, pi. VI).
Nous représentons une Écaille exotique du Sénégal, C. cvidms, Boisd., pi. xcr, fig. 1, 1 a. Tête vue de profil, env. /iOmm., d'un blauc luisant, avec trois lignes noires sinueuses aux ailes supérieures et une tache arquée, d'un rouge carmin, les ailes inférieures sans taches, une tache jaunâtre au bas du thorax, et la chenille (pi. xci, fig. 2) d'une espèce de l'Amérique du Nord, C. Nubilis, Boisd., d'un rouge brunâtre, à poils roux, le dos marqué longitudinalement de blanc.
Un genre voisin des Chelonia est le genre Phraymatobia, Stephens, dont les papillons ont les antennes cà peu près simples dans les deux sexes et les ailes à demi transparentes. L'espèce type est le P. fuliginosa, Linn., YEcaille cramoisie d'Engr., The lïuby lyger des Anglais, 3imm. d'env.; antennes un peu ciliées chez le mâle, filiformes chez la femelle; thorax d'un brun enfumé; ailes supérieures d'un brun enfumé ou fuligineux, avec le disque un peu transparent et marqué d'un double point noir à l'extrémité de la cellule discoïdalc ; ailes inférieures d'un rouge cramoisi, avec une bande marginale noii'e, souvent formée de points, et deux points noirs au bout de la cellule disco'idale ; abdomen d'un rouge cramoisi avec trois séries longitudinales de points noirs. Le papillon se trouve dans toute la France, en Belgique, dans les lies Britanniques, et vole lourdement au soleil; il paraît deux fois, en mai et juin, puis en août et septembre, dans les jardins, contre les murs, les clôtures, les croisées. La chenille, d'un brun roux, est polyphage, et se trouve sur les murs, sous les herbes et les pierres et aussi sur les plantes basses qui croissent au pied des murailles, en avril, puis en juillet, et enfin, plus abondante, en octobre et novembre et même pendant l'hiver.
ARCTIA, BoisJ., Syn. Spilosoma, Stophcns. — Antennes bipectinces ou ciliées dans les mâles, presque liliforuies dans les l'cmelles. Spiritrouipc nulle ou invisible. Palpes très ccarlés de la tèlc, inclinés, velus et à dernier article nu et généralement très distinct. — Chenilles connue celles des Chelonia, mais à poils plus courts et plus laidcs.
Les Arcties sont des papillons de petite taille et à antennes courtes, lourds et paresseux, ne prenant pas de nourriture, leurs ailes sont de couleur unie, avec des points noirs pour tout dessin, et l'abdomen à cinq rangées longitudinales de taches noires. Les chenilles \iveut et se transforment comme celles des Chélonica et sont encore plus vives; ou
peut dire qu'elles ne marchent pas, mais qu'elles courent. L'espèce la plus commune des Arcties est A. Menthastri, Cat, de Vienne, la Phalhie tigre de GeolTroy, Ihe Large Ermine des Anglais, hO millimètres d'env.; antennes blanches en dehors, noirâtres en dedans, pectinées chez le mâle, filiformes chez la lemellc; thorax blanc; les quatre ailes blanches en dessus et en dessous, avec une multitude de petits points noirs sur les supérieurs et de un à six seulement aux intérieures ; abdomen jaune en-dessus, avec cinq séries longitudinales de points noirs; dans une rare aberration les points noirs des ailes supérieures sont con\ertis en lignes qui suivent la direction et les ramifications des nervures. L'insecte parlait éclot en mai et juin et se trouve dans les jardins, les bosquets, les champs, les broussailles; il est attiré par les lumières et vole parfois en assez grand nombre autour des réverbères jusqu'au milieu des villes à jardins, (llienille d'un brun noir, à ligne vasculaire fauve, polypbage, se trouvant de juillet à octobre au pied des murs, des clôtures, etc.— A. urlicœ, Esper, syn. Papyratia, Marsham, 36 mm. d'env., difl'érant seulement de Menthastri parce qu'elle n'a que deux petits points noirs à l'extrémité de la cellule discoïdale des ailes supérieures ; beaucoup plus rare et plus localisée que A. Menthastri, dont elle n'est peut-être qu'une race Chenille, de préféience sur les orties, en août et septembre, toute noire, ayant seulement une petite raie dorsale blanchâtre sur les trois premiers anneaux. — A. lubricipeda, Linn., la Phalène lièvre d'Engr., the Spotted Buff des Anglais, 36 millimètres d'env. pour le mâle, la femelle un peu plus grande; antennes grises, pectinées, chez le mâle, filiformes chez la femelle; thorax d'un jaune pâle ; ailes supérieures d'un jaune pâle et terne, avec des points noirs, dont deux ou trois vers la côte et les autres en bande oblique plus ou moins marquée de l'angle apical au bord interne; ailes inférieures un peu plus pâles, avec un point noir central et un autre vers l'angle anal, ces points souvent nuls ; abdomen d'un jaune fauve, avec cinq rangées de points noirs. Adulte volant en mai et juin, reparaissant quelquefois en automne, et dont la couleur peut varier de l'orange au blanc, peu commun dans beaucoup d'endroits, attiré le soir par les lumières, recherchant les lieux frais et herbus, jardins, bois, broussailles. Chenille grise, à poils blancs et taches latérales claires, polyphage, en septembre et octobre sur l'ortie, la ronce, surtout sur les Malvacées; A. Mendica,\Auïi., la Mendiante, à'Engv., the Spotted Muslin des entomologistes britanniques, espèce assez commune partout en mai et juin dans les prés, les jardins, les lieux frais, etc., et qui présente une différence sexuelle de coloration analogue à celle qui nous a été oîferte par un Diurne, le Satyrus Phryne, Ilubn. L'envergure d'.l. Mendica est de 32 millimètres, les antennes grises et pectinées chez le mâle et les quatre ailes d'un gris noirâtre ; aux supérieures deux poiuts noirs sur la nervure médiane et deux vers le bord interne, et quelques points noirs au bord externe des inférieures ; corps d'un gris noirâtre, avec
AGAUISTIDLS. 369
cinq rangées de points noirs sur l'abdomen ; chez la femelle le corps est blanc, avec cinq rangées de points noirs abdominaux, les antennes noires et filiformes, les ailes d'un blanc pur et un peu transparentes, avec les mêmes points que chez le mâle; chenille grise, ;i bande dorsale jaunâtre et une tache claire sur le onzième anneau, vit polyphage en juillet et août, sous les pierres, le long des murs, au milieu des décombres. Dans les Alpes-Maritimes (iMillière) cette espèce est très commune au premier printemps et la chenille se rencontre en juin et juillet, plutôt sur les arbustes à feuilles caduques que sur les plantes basses, ainsi sur VOsyris, la clématite et le chèvrefeuille des bois.
C'est aux Chélonides qu'appartient un genre curieux de papillons, de montagne généralement, toujours rares en collection et comptant cinq ou six espèces en Europe. Le genre Trichosoma, Rambur, syn. Ocnogyna, Lederer, présente la tète petite, la spirilrompe disjointe à l'extrémité, les palpes très velus, le thorax et l'abdomen très velus, les antennes des mâles pectinées, les femelles mi-aptères, n'ayant que des moignons d'ailes arrondis, à peu près de la moitié de la grandeur des ailes du mule, impropres à les soutenir au vol, surtout en [raison de leur gros abdomen gonfle. Leurs chenilles qui ressemblent à celles des Chclonia, sont polyphages, se cachent pendant le jour sous les pierres et se changent en chrysalides dans des cocons très petits, d'un tissu lâche. La chrysalide est gil)beuse, à segments abdominaux inflexibles.
AGARISTIDES.
Antennes un peu plus courtes que le corps, un peu renllées à l'extrémité, légèrement arquées et se terminant en pointe, très rarement pectinées dans les mâles (genres Ainazela et Pha'f/orista) ou dentées (genre EgyboUs), palpes ascendants, avec le dernier article généralement assez saillant et dépassant le chaperon; corps allongé, de grosseur médiocre; ailes entières assez larges; pattes assez robustes, armées d'éperons très saillants. Les Agaristides sont toutes étrangères à l'Europe et se lient aux Zygèiu's, aux (llaucopides, aux Chélonides. Nous les plaçons dans les Chéloniens, de l'avis de M. Paul Mabille, ainsi que les Aganaïdes. Les papillons volent en plein jour sur les tleurs. Les chenilles sont légèrement velues et vivent à découvert sur les plantes herbacées ou sur quelques arbustes, et leur métamorphose a lieu dans un petit cocon d'un tissu peu serré. Les chrysalides sont cylindrico-comiques. Boisduval range dans les Agaristidtis le genre jEf/ocera indien et africain, dont nous avons parlé plus haut et dont il décrit une dizaine d'espèces, le genre Endnjas représentant les Mgoccra dans l'Amérique du Nord, tandis que le genre de Alypia, Ilarris y est l'analogue du genre ,4r/o77"sia dont la plupart des espèces sont d'Australie; le genre Eusemia, à espèces nombreuses, est répandu dans les Indes orientales, dans toutes les îles Soadaïques et Moluques, de l'archipel Indien, à GIRARIi. m. — 2\
Madagascar, el le long des cùlcs d'Afrique. iMifin c'est à rAl'riquc qu'appartiennent les genres Charilina, Felder, Pliœgorista, Boisd., et Egybolis, Boisd.
AGARISTA, Leach. — Corps assez allongé, de grosseur médiocre; antennes un pi:u plus courtes que le corps, un peu ruiillées à l'extrémité, légèrement arquées et se terminant en pointe. Palpes longs, dépassant notablement le chaperoa avec les deux premiers articles comprimés et hérissés de poils, le troisième, long, cylindrique, presque glabre, pointu au sommet. Ailes arrondies, assez larges, les inférieures ayant la cellule discoïdale fermée. Pattes assez robiistes, munies d'éperons assez forts et très saillants, les cinq articles des tarses subégaux, très légèrement ciliés en dessous. — Chenilles légèrement velues, tilant une coque soyeuse oblongue. — Chrysalides coniques.
Les Agaristes volent eu plein jour à Tafdeur du soleil et les chenilles vivent à découvert sur divers végétaux. Boisduval en décrit 27 espèces, la plupart d'Australie, les autres de la Tasmanie, des îles çrArro\y, des Nouvelles-Hébrides, de la Nouye|le-lrlanue, de la Nouvelle-Guinée, des Philippines, de Gpram, de Célèhes, de Gilolo. Nous citerons : A. glycinœ. Lewin, espèce commune à la Nouvelle-Galles du Sud et assez fréquente dans les collections; tête et corselet d'un brun noir, rayés de jaune; fond des ailes d'un bruii noir, les supérieures à spnimet jaunrdre, marquées de trois ou quatre raies, d'une tache discoïdale et d'une bande transverse sinuée, d'un jaune pâle ; ailes inférieures sans taches chez la femelle, celles du mâle olTrant ordinairement une petite tache centrale jaune, les unes et les autres ayaiit la frange jaune ; abdomen noir en dessus, avec l'anus fauve. Nous représentons sur un rameau de glycine, pi. lxxxvh, fîg. 2, la chenille, le cocon et la chrysalide de l'A- glycinœ.
Boisduval n'accorde que les caractères d'un sous-genre au genre Eusemia, Dalman, très voisin des Agarisla, à chenilles allongées, garnies çà et là de poils fins qui les font paraître un peii velues, à chrysalides coniques, renfermées dans une coque soyeuse d'un tissu peu s(3yré. Les adultes ont une spiritrompe courte, les antetines assez painces, plus courtes que le corps, un peu renflées au milieu, un peu recourbées au sommet, les palpes à troisième article très court, les ailes supérieures un peu triangulaires, les inférieures à peine plus larges, beaucoup plus courtes, l'abdomen cylindroïde, terminé chez les rnàles par un petit pinceau anal. Les Eusemia ont de nombreuses espèçps ; Ppistluval eu décrite? et en outre 2 douteuses quant au genre, plies sont des Indes orientales, des archipels Indiens, de Madagascar et des cOtes d'Afrique. Gc sont des papillons qui butinent eu plein jour siir les fleurs, comme nos Zygènes, et sont de même très aisés à capturer (Lorquln). Nous représentons une espèce d'Euscmia de Madagascar, envoyée autt^çfpis par Goudot, qui avait capturé les deux sexes près de Tananarive; c'est
BOMBYCIENS, 371
VE. Pales, Boisd., pi. lxx.xvu, fig. 1, la, de profil; corps noir en dessus, avec quelques points blanchâtres sur le corselet, l'abdomen annelc de jaune fauve ; ailes supérieures d'un noir obscur, avec la frange du summet entiùrcment blanche, quelques points blancs vers la base, dout un plus apparent sur le milieu, suivi, eu dehors, d'une bande blanche, divisée en cinq par les nervures ; ailes inférieures de même couleur en dessus, ayant sur le disque une grande tache de couleur bleu de ciel, leur dessous d'un beau jaune fauve, depuis la base jusqu'au delà du milieu, cette couleur couvrant les pattes et le dessous du corps. La femelle a les ailes plus arrondies que le màlc.
On consultera : lîoisduval. Monographie des Aguristidées, fievue et Magas. de zoologie, 187^, p. 26. à 111. Dans ce travail V^uteur a réuni aux Agaristides des gvQupes que npiis q[vq09 cru çjevoir en séparer. Tels sont les Uraniens, dont nous faisons une tribu sépaïée, les Oyctalémonides, que nous ayons placés après les Castniens, et le genre Cocytia mis par nous dans les Syntomides. Boisduval dit que I.orquin a rencontré C. Durvillei aux îles d'Arrow, dépendance intime de la JN'ouvelle-Guinéc, et que ce Lépidoptère a le vol lourd, peu soutenu, butine au soleil sur les fleurs des avbnstes, et que quelquefois on peut le saisir avec les doigts.
Tribu des BOôSlBl'CïEllS.
11 est fort difficile de donner des caractères tranchés aux insectes que nous réuuissons sous le nom de Bombyciens ; on peut dire que les papillons ont les antennes pectinées chez les mâles, parfois aussi chez les femelles, ou crénelées ou filiformes chez celles-ci; ils ne se posent presque jamais sur les fleurs, ce qui est en rapport avec une spiritrompc nulle ou rudimentaire et par suite l'absence de nourriture; cependant parfois la spir^lronipe eixiste {Platypteriix, Deinas, etc.). Lps papillons volent le plus souveutfau début de la nuit, mais quelquefois en plein jour {Agita, Emlromis, Platypteryx, niàles des Orgya, certains Bombyx); ce cas est uotublement moins fréquent que chez les Spliingiens. Le corps est, le plus souyeut, assez gi'ps et velu. Les chenilles sont très variée», tantôt nue?, Ip pUia ordinairemeut pub.esçeulesqu poilues, parfois avec des formes auoi'ÇniilGSi des pattes transformées en appendices bizarres (Noioduntides}. Il y î^ des Bombyciens qui se rapprochent des Tortriciens par leurs chenilles cachées dans des feuilles roulées; d'autres font un passage aux Noctuéliens, ce sont les iNoctuo-Bonibycides. Enfin une famille abernuUe, Ips l'sychides, à femelles tout ù fait aptèyes, se lient aux 'linéiniens par les chenilles entourées de fourreaux. Les Cocliopodides ont des chenilles dépourvues de pattes niemhrancuses et d'aspect de Limaces; il y a des genres dont les femelles n'ont que des rnoignous d'ailes {Orgya), eucore plus réduits que chez les Trichosoma (Cliéloniens), ou même entièrement nuls. Bien que notre tribu des Bomby-
372 LÈPlDOPltUES.
ciens uit, comme on le voit, une exlcnsioii considérable, elle n'a pas encore l'immense étendue du groupe des Homhyces des auteurs allemands, qui n'est guère moins nombreux, à lui seul, que le sous-ordre des Rhopalocéres et renferme des insectes de toutes dimensions, depuis ceux qui mesurent à peine un centimètre d'envergure et même moins (mâles de beaucoup de Psychides), jusqu'aux Lépidoptères ayant la plus vaste envergure qui soit connue (grand genre Attacus). Ce groupe allemand comprend, outre notre tribu des Bonibyciens, les tribus des Hépialiens, desCossiens, des Litliosiens, des Chéloniens et des Attaciens. Les Bombyciens partagent avec les Attaciens l'art de filer un cocon avec la plus grande perfection. Toutes leurs chenilles le possèdent plus ou moins; certaines même ont encore plus d'adresse que les Attaciens et une soie sans rivale comme matière textile, ainsi qu'on le constate pour le Ver à soie du mûrier (Sericaria mon'; qui appartient à nos Bombyciens. Quelques espèces de Bombyciens sont si abondantes, qu'on voit parfois leurs chenilles détruire de fond en comble toute la végétation d'une contrée, de sorte qu'à côté de l'insecte le plus utile qui existe, le Ver à soie du mûrier, les Bombyciens nous olVrent, par une fcicheuse compensation, de redoutables ennemis des forêts, des champs et des jardins.
LIPARIDES.
Corps plus ou moins grêle dans les mâles et très gros chez les femelles; antennes courtes, fortement pectinées chez les mules, seulement dentées chez les femelles ; ailes des mrdes toujours bien développées et propres au vol, à demi inclinées en toit dans le repos, parfois rudimentaires, avortées ou môme tout à fait nulles chez les femelles; spiritrompe nulleourudimentaire;pas de stemmates; un frein aux secondes ailes qui ne sont nullement plissées. Femelles toujours plus grosses que les mules, parfois avec une disproportion considérable {Orgya, Liparis dispar, Dasychiru pudibimda, etc.), Chenilles établissant la tribu des Verrucosœ de M. Guénée, ayant de petits boutons rétractiles sur le onzième anneau et en outre des poils de longueurs inégales.
Les Liparides sont un chaînon de passage entre les Bombyciens et les Chéloniens par les Arctia, et plusieurs espèces {Chnjsorrhœa, Auriflua, Salicis) étaient rangées par Latreille dans les Arcties. Cette famille, qui n'a qu'une série restreinte d'espèces en Europe, est au contraire nombreuse en genres et en espèces exotiques. Les adultes n'offrent, en général, que des couleurs peu brillantes; quelques-uns ont le vol diurne, mais c'est le plus petit nombre. Les chenilles sont tontes arboricoles au moins par préférence, plus ou moins polyphages, certaines extrêmement imisibles, et vivent tantôt solitaires, tantôt en société, et alors, pendant un temps plus ou moins long de leur existence, sous un abri soyeux; elles n'entrent pas eu terre pour se chrysalider, mais s'abritent dans des cocons à claire-voie, ressemblant à ceux des Chéloniens, parfois
i.iPAïus. 373
rérluits à quelques fils épars, placés soit entre les feuilles, soif sur les branches ou les troncs d'arbre, contre les murs, rarement sur le sol.
■.iS'Aitl»», Ochs., Roisd. — Antennes ti(''s poctiiiécs dans les mâles, dentelées, en scie ou fililbrnies ctiez les femelles. S[iiritroiiipe nulle. Palpes très petits et très rapprochés. Corps de la femelle beaucoup plus gros que celui du niùle, offrant à l'extrémité dans certaines espèces une sorte de bourre soyeuse caduqur, parfois terminé en tarière rétractiblc. — Chenilles lésfèrement aplaties, munies de tubercules surmontes de poils railles et rayonnants, ceux des côtés ordinairement plus longs. — Chrysalides garnies de poils eu courts bouquets, enveloppées d'un réseau soyeux très imparfait ou même nues.
Les Liparis se partagent en plusieurs sous-i,^enres. Dans les sousgenres Ocneria, Herr., Sch., et Psihira, Sfeph., ef Liparis propre, les ailes sont marquées de lie^nes transverses. Chez les Ocneria, les papillons femelles n'ont ni oviscapte, ni laine abdominale, les chenilles ont des mamelons dorsaux couverts de poils égaux verticillés, les chrysalides sont entièrement couvertes de poils. Ex. : L. Rubea, Cat. de Vienne, 3;! millimètres d'envergure, le corps et les quatres ailes d'un gris rougeàtre, les supérieures traversées par deux lignes noirâtres sinuées. entre lesquelles est une lunule centrale blanchâtre et dont la ligne postérieure se prolonge sur les secondes ailes; adulte en juin, juillet, août, du midi de la France, remontant dans Saône-et-Loire, dans l'Indre, dans Eure-ef-[^oir, près de CliAfeaudun, de Chartres, toujours rare. Chenille d'un blond sale, avec le dos gris et la tète rousse, sur le chêne en mars et avril, encore très petite, mais grossissant à mesure que les bourgeons se développent, et ayant en mai tout son développement. Dans la bordure méditerranéenne on trouve cette chenille sur divers arbrisseaux, l'arbousier, le lentisque, les cistes, etc. Dans le sous-genre l'silura les papillons femelles ont i'abdomen conique et terminé par un long oviscapte corné et sont pareils aux mâles pour la coloration ; les chenilles sont comme celles des Ocneria, les chrysalides n'ont que de simples pinceaux de poils. On rencontre le type de ce sous-genre en juillet et août, dans les bois d'une certaine étendue, appliqué sur le tronc des arbres, le mâle même ne volant pas, à moins qu'il ne soit dérangé. C'est le L. Monacha, \Ann., le Zit/zag à ventre rouge d'Engramelle, envergure /lO à /i3 millimètres; antennes du mâle très pectinécs, cendrées, avec la fige blanchâtre aux extrémités et noirâtre dans son milieu; thorax blanc, avec trois taches noires; ailes supérieures d'un blanc grisâtre, avec une série de points noirs disséminés et quatre lignes, transverses en zigzag noirs ; ailes inférieures d'un gris cendré pâle, avec quelques points noirs sur la frange, l'extrémité blanchâtre et divisée transversalement par une bande obscure; abdomen rose, avet^ base blanchâtre et les incisions noires; femelle plus grande, ;\ antennes noires, avec les mêmes lignes et points que le mâle, un oviscapte jau-
nàtre et corné terminant l'abdomen ; dans les deux sexes une Variété Ercmita, Ochs., existant partout où se rencontre le type, à peu près par conséquent dans toute la France, mais toujours rare, offrant les lignes noires des ailes supérieures converties en bandes assez larges pour envahir la surface des ailes, les ailes inférieures étant aussi d'un brun noirâtre plus ou moins foncé; comme limité éxtrûnie de cette variété le Catalogue de Belgique indique une aberi-alibii jEthiôps, toUtè noire avec le bord rouge du corps à peine visible et une série de taches blanches parallèles au bord externe des ailes supérieures. Chenille cendrée, à places plus claires et verrues d'Une seule couleur, dans les bois et promenades publiques, sur lé chêhe, le hêtres le pin silVestre, descendant le long des troncs et se cachant entre les écorces, n'est pas d'ordinaire assez abondante en France pour causer des domniages sérieux, mais produit souvent de grands désastres dans les forcis de piUs de certaines parties de l'Allemagne.
Chez le sous-genre Liparis propre, les chenilles et les chrysalides sont cornme celles des Psilura. Les riiâles ont les antennes fortement ciliées, et diffèrent beaucoup dés fehielles plar la coloration et surtout par là taille. Les femelles ont l'abdomen long et gros et terniinë par une énorme masse de poils soyeux. Cette différence sexudiloa donné le nom de l'espèce type, L. Dlspàr, Linn., le Zigzag de Geotî'rdy, Zi3 millimétrés d'envergure chez le inûle, le corps d'Un brun sàlc, avec une tache noire sur les quatre derniers anneaux dé l'aljdbtilëHjahteiinëë fortement peclinées, d'un gris brUn, avec la tige blanchâtre; ailes su{)èrieures d'un gris cendré ou lirunâtre à la base et à rextrémîtc, d'un gris plus ou moins blanchâtre au milieu, avec quatre lignes noirâtres, transverses, en zigzag et des points noirs sur le bord, la cellule discoïdale ferinée par une lunule iloire ; ailes inférieures d'un brun sale, avec le bord postérieùï pliis obscur et la frange blanchâtre un peu entrecoupée de brUn ; on trouve parfois de grands mâles presque de la teinte de la femelle ; la femelle beaucoup plus grande, ayant les antennes noires et le corps très volumineux, d'un blanc jaunâtre antérieurement et d'iirt gris brun postérietireiiient, les àileS d'un blanc grisâtre ou légèrement jaunâtre, avec les rhêmes dessins, rntiins foncés, que le mâle; dans une aberration mâle, citée par Kerce, les ailes sont d'un gris brun uni et sans aucune ligfie trarisverse. On a constate des hermaphrodites bilatéraux fort curieux par là disproportion des ailes de chaque côté, et des antennes également inégalés.
Le Catalogue des Lépidoptères dé Belgique dit que le L. Dispar esi très abondant en ce pays, sauf dans les bois où il ne se reiicdntre qu'accidentellement. Ce catalogue mentionne Une aberration mâle presque blauclu!, une autre, du même sexe, toute noire; une aberration femelle ayant le corps et les qualre ailes d'un gris de souris pâle et le dessin presque oblitéré. En France, le L, Dispar éSl extrèmemeiit Coiluniifl partout, et; juillet et août, dans lés haies, les bols, ttiême les plus
LIPARIS. 'n5
petits, et les jai'dins, où Li chenille, très grosse et très voracc chez les sujtjls femelles, est iiil fléau pour les ai'bres Huitiers. 11 a été trouvé eu Algérie par M. H. Ltu.-as, en mai, sur les bords du lac Tonga (cerclé dé La Caiië). Il y a uîie grande disproportion de taille entre les rtiâlés (!t les feméilès, car on roticontre, parmi ces dernières, des individus qui éqiiivalent en poids ad moins à cinq ou six milles, f.e mâle vole rapidement à l'ardeur du soleil, venant de très loiii chercher la femelle ; celle-ci, très paresseuse, né vole jamais, à causé dé sdtl énorme abdomen gonflé d'œufs, et reste appliquée sur le tronc des arbres. Souvent on trouve les deux insectes en accouplement, les corps sur la même ligne, têtes opposées, le mftle eh grande partie caché sous les ailes en toit de la ferhellè. Celle-ci pbnd un grand nombre d'dîUfs, d'Un gris luisant un peu rosé, abrités sous une masse de poils rbux qu'elle aiTâche de dessous son aiDdbmen. On dirait des laiiipons ovales d'amaddii sur les murs, sur les troncs dos tiileuls, des chênes, des brmes, des peUpliers, des arbres fruitiers. Il faut tuer les femelles et couvrir au pinceau d'une épaisse couche de goudron dé houille, les plaques d'œufs ; cela vaut beaucoup mieux que de les recueillir par le l'adage, Car il en tbmbe, qui donneront leui-s cheiiilles. Ces œufs passent l'hiver et les chenilles éclosenl au commencement de mai. Là ciicnille est grisé, avec des mamelons piligères moitié d'un rouge brique, moitié d'un bleu noir ; elle vil eu mai et juin sur tous nos arbres forestiers et fruitiers ; dans les Àlpes-Maritimes, ellb abonde dans les forêts de chênes-Verts et on là trouve dans lés jardins sUr divers arbres exotiques, notamment sur le faux poivrier (Milliêre). Les forestiers connaissent bieii cette espèce par les dommages considérables que cause la chenille, et l'appellent le Bumhijx disparate ou simplement le Bombyx. Berce dit avoir vu, en 1868, plus de soixante hectares de bois de chêne entièrement ravagés par cette chenille. Elle était si cbmmùné en 188Ô, sur- lés flânes du mont Ventoux, pi'ès d'Avignon, que ses légions couvraient le sol et avaient détruit toute la végétation.
Dans un second groupe d'espèces du genre Liparis, formant le sousgenre Leucoma, Stephens, les ailes sont blanches et la région anale de la même couleur, les papillons mâles ont les antennes bipectinées, les femelles, bidenlées. Les chenilles ont des verrues verticilléeâ, mais sans brbsses de poils, les chrysalides sont garnies de bouquets dé poils et placées entre les tenilles. Une espèce très commune dans toute la France, la Belgique et l'Europe, est le S. salicis, Linii, V Apparent de Ceolfroy, YArctie du Saule àe Lalreille, ayant kO à Zi3 milimètres d'enVerèui-é; âiilenhés avec les barbes d'un brun cendré et la tige blanche ; corps él ailes d'un blanc argenté, luisant, avec une légère teinte jaunâtre sut les principales nervures et sur la partie antérieure du thorax; pattes uoires annelées de blanc. Celte espèce esl 1res commune en juillet dans les plantations de saules et surtout de peupliers; en certaines années, les peupliers d'iialie des avenues sont entourés au début de la
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nuit (le nuées tle papillons blancs, et la chenille, ew mai et juin, les dépouille de leurs feuilUis et couvre la terre de ses déjections au-dessous des arbres qu'elle habite. Les femelles pondent leurs œufs en plaques sur les troncs et les recouvrent, comme abri d'hiver, d'une déjection visqueuse qui se solidifie et ressemble à un crachat desséché ou à une bave de limaçon; il faut enduire ces amas d'œufs d'une épaisse couche de goudron, comme les tampons d'œufs du L. Dispar.Le L. salicis offre quelques cas d'apparition anormale excessive, et devient au contraire très peu abondant en certaines années. La Feuille des jeunes naturalistes (1880, n" 119, p. ik5) cite un passage de ce papillon en telle quantité que les rues en étaient jonchées, et une allée de peupliers, dans le voisinage de Saint-Ouen près de Paris, couverts de ces papillons de haut en bas des troncs, à tel point qu'on ne voyait plus le bois et qu'ils formaient en certains endroits une couche épaisse. Je me souviens avoir observé, dans mon enfance des faits analogues sur les peupliers des fossés des anciennes fortifications de Lille. La chenille du L. salicis est fort belle, noire, à verrues fauves et a larges taches dorsales blanches ; elle forme un cocon très Ifiche dans les feuilles qu'elle lie avec des fils de soie ou dans les rides des écorces, et l'adulte sort de la chrysalide au bout de quinze à vingt jours.
Un dernier groupe de Liparis présente les ailes blanches; les papillons femelles ont les antennes courtes et filiformes et la région anale entourée d'une touffe de poils d'un roux brun ou jaunes, destinés à couvrir les œufs; il n'y a chez le mâle qu'un simple pinceau de poils. Dans ce sous-genre Porthesia, Steph, les chenilles ont des tubercules et en outre des toulTes de poils sur le dos, et les chrysalides sont dans des cocons formés de quelques fils de soie. Une espèce extrêmement commune partout, sur les haies, dans les vergers, dans les bois, en juillet et août, est le L. Chrysorrhœa, Linn., la Phalène blanche à cul brun de Geoffroy, VArctie queue d'or de Latreille,30 à 33 millimètres d'envergure ; les ailes d'un blanc un peu luisant, ordinairement sans taches, quelquefois avec un ou deux points noirâtres vers le bord interne des ailes supérieures, le corps blanc avec les quatre derniers anneaux de l'abdomen d'un brun obscur et l'anus garni de poils d'un fauve brunâtre, très développés chez la femelle et lui servant à couvrir ses œufs déposés en longs paquets oblongs sur les feuilles ou les branches de presque tous les arbres; les poils de cette bourre peuvent entrer dans la peau, si l'on touche ces paquets d'œufs et causer des démangeaisons. Le papillon vole le soir au réflecteur. Il est commun en Algérie, au printemps et en été dans les forêts de chênes-lièges du cercle de la Calle (H. Lucas).
Nous représentons des détails anatomiqucs du L. Chrysorrhœa (pi. \a, fig. 3, tête vu(! de face; 3 a, idem, vue de pi-ofil ; 3 /', pt)rlion de l'antenne du mâle ; 3 c, une des articulations de cette antenne. La chenille est brune, couverte de touffes de poils i-oux, avec deux boutons orangés
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sur les neuvième et dixième anneaux, en mai et juin; sociale, surtout quand elle est jeune, sur tous les arbres forestiers, sauf les Conifères, sur les arbres d'avenue, les arbres fruitiers de toute sorte et sur les baies, aussi dans les jardins sur certains arbres exotiques, ainsi le Sumac (Guérin-Méne- ville); elle se métamorphose dans le courant de juin, entre les feuilles ou dans les bifurcations des branches, dans un cocon très clair, entremêlé de quelques poils, et l'adulte éclot au bout de trois semaines. Les œufs ne passent pas l'hiver; les petites chenilles (le septembre et octobre sont moins nuisibles que les chenilles bien développées du printemps.
Celles-ci, par leur nombre et leur voracité, sont, en certaines années, un véritable fléau pour les bois et les vergers. Les chenilles de cette vile espèce sont souvent si abondantes, qu'elles ne laissent pas paraître une seule feuille avant l'époque de leur métamorphose, à la tin de juiTi, et périssent parfois par myriades, faute d'aliments, après avoir saccagé des cantons tout entiers. Au moyen Tige, époque de naïves et pieuses croyances, les foudres de l'excommunication, avec sommation de quitter le territoire, furent lancées assez souvent contre ces chenilles et celles duL. Dispar, lorsque leurs ravages devenaient trop désastreux. Aux moments des mues les poils de la chenille de L. Chrysorrhœa se détachent avec une grande facilité, et, lorsqu'ils s'introduisent dans les pores de l'épiderme, y causent une rubéfaction douloureuse accompagnée de prurit, èi un degré moindre toutefois que les chenilles processionnaires du chêne et du pin. Cette propriété urticante des poils de la chenille du Liparis cul-brun est très fAcheuse , car elle empêche les oiseaux de les avaler, sauf le Coucou, dont la muqueuse stomacale peut supporter les chenilles velues, et quelques espèces de Mésanges, qui, poussées par la faim, percent en hiver les toiles d'abri pour y cheixher les jeunes chenilles. Au reste, les oiseaux ne seraient qu'un secours peu efficace contre les légions de ces chenilles; mais elles ont pour ennemis des entomophages très féconds et aussi des intempéries climatériques, de sorte qu'elles deviennent parfois très rares pendant plusieurs années consécutives, résultât qu'on n'atteindrait jamais par le plus rigoureux échenillage.
C'est dans la dernière semaine de juin que les chenilles de L. Chrijsorrhœa se chrysalident. Elles reparaissent à la tin d'août, en septembre, en octobre, et recommencent leurs ravages jusqu'en hiver, mais d'une manière moins grave, car elles sont alors petites. Dans les Alpes-Maritimes ces chenilles vivent principalement sur l'arbousier {Arlnitns unedu), auquel elles causent souvent un dommage considéral)le (Millière). Quand les atteintes du froid commencent ;i se faire sentir, elles gagnent le sommet des branches pour hiverner et ti lent d'épaisses toiles en commun, dans lesquelles elles s'abritent en y englobant des feuilles. Ces feuilles, desséchées en hiver, ne tombent pas avec les autres et aident beaucoup à voir les toiles à détruire. Si l'on fait une section dans
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une de ces bdursés, on reconnaît que les petites ciifenillés sociales n'y sOrlt pas Ûisperséés âli hUsard, mais sont par petits groupes datls des logeltes particulières, comilie des amis se distribuant en petites rédnions partifculières, ali sein d'une vaste assemblée. C'est spécialement contre cette ésp&ce que fut faite la loi sur récliénillage, du 15 mars 1796, objets d'arrêtés préfectoraux àrmuels dans iJresquë tbùs les départements. Elle oblige les propriétaires, fetrriiers et locataires de terrains, d'écheniller les arbres, haies et buissons qUi sont dans lesdits terrains ainsi que ceux qui bordent les grandes routes et les chemins viciiiaUx; il leur est enjoint de brûler sur-le-champ les bourses et toiles véhàbt desdils arbres, haies et buissdrisj en prenant les précautions nécessaires poUr éviter lé dahger du feii. La loi prescrit d'avoir terminé l'échenillage au 15 nidrs, et ordonne aux inaires et adjoints d'y faire procédei" d'office adx frais des propriétaires, etc., iié^ligehts. Cette loi né concerne que les espèces qui passent l'hiver dans des tourses ou toiles soyeuses ; elle ne peut atteindt-e les espèces qui écldsent au printemps et vivent sur les feUilles, soit à nu, soit sous des toiles formées après le 15 mars, cdrhtrië les chenilles des Lipahs Dispar et Boinbijx Neiistria, de la Pyrale de la vigne, des Ypolionleutes, etc. L'irisuffisahCe de cette loi bien trop spéciale de l'échenillage et surtout l'absence presque cbtriplète de police rurale l'ont fait tomber en désuétude. L'action des instituteurs à cet égard et le concours des enfants des écoles pourront rendre de grands services en géhéralisant les pratiques d'échenillage et les appropriant aux époques et aux inœurs des espèces iiuisibles, aussitôt, bien entendu, que renseignement pritïiaire sera débarrassé des pratiques de la routine et aura été rendu scientifique. Les instituteurs s'efforceronlde détruire cette idée^ tout à fait fausse à l'égard des chenilles, que lés insectes du voisin négligent se transporteront chez le propriétaire qui aura échenillé et rendront sa peine et sa dépensé inutiles. Les chenilles sont nécessairement très sédentaires, et il faut qu'un arbre soit àbsolutaent dépouillé pour qu'elles passent à l'arbre voisiti ; les propriétaires qui prennent la peine de nettoyer de chenilles leUis jardinsi leurs vergers et lëUi-s vignes j iië lardeht pas à rëcdimâitrë; à leur gTand profit, que leurs récoltes sont bien plus assurées que cëliës des voisins sans sdUci.
Les paquets de soie où vivent les chenilles du L. Chrysurrhœa doivent être coupés au sécateur quand ces chenilles sont très j(îunes; lorsqu'elles ont subi plusieUl-s innés elles se dispersent et ne rentrent plus au nid, de sorte qu'on n'enlèverait plus que des boutses vides. Il est indispensable de famàsser dans des sacs tttUtes lés boutses coupées et dé lés brûler avec soin; quand dh les laissé suf le sol, ce que font beaucoup de gens, les chenilles rëtndnteht au.<: drbres. Enfiii, et c'est là uUé faute grave de la loi, il ne faut pas àileUdrC aU niois de mars pour échenillei", tllais Couper les bourses dahs lés jdUrs les plUs froids oU les plUs bi-Uriieui de décembre éf He janvier; si l'on attend séulelneiil ëU
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févnér, il y à des joiimées de soleil assez chaud pour dissiper 1 cngourdissetni^tltdesjeuiiescliBililles, elles plus vives sortent des toiles dabri. Outre ladesliiictioti des nids, si l'on rencontre Une femelle laissant traîner après elle sur les feuilles un petit amas de poils fauves, il faut dlitruire ce dernier avec soin ; c'est une colonie de chenilles en moitié. Enfin, dans les bois trop gravement atteints, et il en est ou des hectares entiers il'ont plus Une sëlilë feuille, réchenillàgé devient impossible. 11 fatit alors allumer, de distâiice en distance, de peliis feux auxquels les papillons vietniênl se brûler; les soirées d(' juillet et d'août sOnt les époques de cette opétaliori.
Une espèce très voisilië de la précédente est le L. smili.s Flicssly, syn. ; /.-. nniiflua, càt. de Vienrie, la Phalène blanche à cul jaune d'Engram., l'Arctie cul doré de Latr., de la taille de l'espèce précédente, le corps tout blanc, avéC là région anale couverte dé jjoils d'iiti jauUe doré, les ailes d'un blanc plus pur et pliis brillant, les supérieures sensiblement plus arquées à la côte et ayant presque toujours un ou deux points noiràtfes sur leur bord interne. De toute la France en juillet, chenille tioire, â vasciilairë géiniriee d'uil beau iroiigë et à touffes de poils blancs ; peu nuisible, sauf des cas esceptionriëls, car elle vit solitaire eh mai et juin, principaleiuent dans les bois, sur le chCue, le chariHe, le saule, le prunellier, et surtout sur les haies d'aubépine. On a indiqué lé L. aûHlUia comme répandant une odeur de musc très prononcée; cette espèce est pbi'tée dans le batalogue de Belgique ëOirihie très comiiiunc!^ plus que le L. Chrysorrhceà.
Dans Un genre voisiii, Laria, Hubner, la tête est cachée sous lé thorax, les anteiuiés courtes, pectinêes dans les deux sexes, presque autant chez la femelle que chez le rtiàle, la spiriiiompe nulle, les palpes petits, peu velus, à dernier article obtUs, les ailes larges et bien développées, demi-transpatentes, Sàiis dessins ondulés; les chenilles n'ont pas de brosses de poils, mais des aigrettes inégales, implantées sur des tubercules. L'unique espèce européeiuie de ce genre, de toute la France, toujours rare et des grandes forets, est le L. V nifjrum, Fabr., L. V hoir d'Engr., de kO à û5 millimètres d'envergure, antennes d'un jaune roUs- Sàtre avec la tige blanche, ailes d'un blahc vcrdatrc luisant, la teinte Vërdâtre très fugitive et disparaissant aii boiit de peu de tëiiips, avec hnai*c en forme de V noir, à l'extrémité de là cellule discoîdalë des supérieures, le corps de la couleur des ailes, avec le dos de l'abdomen crête et les deux premières paires de pattes tachetées de noir; vole le soir, en juillet, dans les allées dé bois, se prend aii réflecteur. Cette espèce se rencontre notamment à Compiègne, dans toutes les allées dé haute futaie qiii aboli tissent au poste torestier de Saint-Corneille. On trouve assez souvent sur le sol de ces allées des débris d ailes, provenant dès sujets mangés par les engoulevents ou les ciiauves-souris. Chenille difficile à élever, vivant en mai et juin, surtout sur le chêne, aussi sur le hêtre et le bouleau, maigre, brune, à longs pulls sur les pi-eihiërs et
derniers anneaux, remarquable à ce que, quand elle marche, le corps est très haut perché sur les pattes membraneuses qui s'allongent beaucoup. Chrysalide d'un beau vert tendre. Ce genre Laria comprend plusieurs espèces exotiques, beaucoup plus grêles d'aspect que la nôtre, et dont les ailes ont une apparence soyeuse et argentée.
Ci'VETHOCA.'MF».*, Stephens. — Antennes pectinées dans les deux sexes, plus forlement chez le mâle que chez la femelle. Spiritrompe nulle. Thorax très velu et laineux. Ailes supérieures traversées jiar trois lignes sinueuses dentelées. Abdomen du mâle court et obconique, celui de la femelle, long, cylinrtroïde et terminé par des poils qui recouvrent la bourre soyeuse dont son extrémité est garnie. — Chenilles avec des tubercules munis de longs poils, peu touffus.
Les deux espèces européennes de ce genre, qui compte parmi les Lép idoptères les plus nuisibles, sont fort remarquables par les mœurs de leurs chenilles, spéciales à des familles d'arbres déterminés et passant, non seulement le premier âge, mais toute leur vie larvaire, sous des toiles filées en commun. Elles sont appelées Processionnaires d'après la manière dont elles sortent le soir de ces nids pour se répandre sur l'arbre et dévorer les feuilles, ou pour s'élablir ailleurs, ce qui a lieu chaque fois qu'elles changent de peau. Cette marche a fait l'objet d'une longue et curieuse description de Réaumur pour l'espèce du chêne, la seule qu'on Irouve aux environs de Paris. Il sort d'abord une chenille, servant comme de guide général, puis deux, trois, etc., à la suite, s'allongcant en ruban mobile sur le tronc de l'arbre par files qui augmentent d'une cbenille à chaque rang, jusqu'à une largeur égale à l'entrée du nid, après quoi l'ordre de la procession devient moins régulier. Une autre propriété commune aux chenilles des deux espèces, c'est que leurs poils enduits d'une matière acre se détachent aisément, surtout lors des mues, sont emportés de toutes part par le vent, entrent dans la peau des personnes qui passent près des nids, se couchent sous les arbres et surtout louchent aux toiles. Delà des urtications très douloureuses, des rougeurs au cou, aux yeux, aux poignets, parfois même des accès de fièvre. Il faut faire des lotions avec de l.eau vinaigrée ou aiguisée d'un peu d'acide phénique. On peut encore se servir d'eau blanche ou d'alcali volatil. Ce sont là les prétendues chenilles venimeuses, très redoutées pour l'espèce du chêne dans les bois des environs de Paris, lors des années où il y a beaucoup de bourses collées aux arbres. Dans l'année 1865, à Paris, plusieurs allées du bois de Boulogne furent interdites aux promeneurs pour cette cause.
L'espèce du chêne est le C. Processionen, Linn., la Processionnaire de Réaumur, ^iO millinièlres d'envergure chez le mâle; antennes brunâtres avec la tige jaunâtre; thorax gris, avec le dessus noirâtre; ailes supérieures blanchâtres à la base, puis d'un gris blanc, avec trois lignes transverses et sinuées d'un brun noirâtre, une lunule centrale de même
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couleur, ainsi qu'un trait éclairé extérieurement de blanchûlre près (le l'angle apical ; ailes inférieures d'un blanc i^risâtre, traversées par une bande obscurcie nébuleuse ; abdomen jaunâtre, avec les imisions cendrées. Femelle un peu plus grande, plus nébuleuse, avec l'exlrémilé de l'abdomen garnie de poils grisâtres. L'adulte éclot en juillet ou au commencement d'août; quoique l'espèce ne soit que trop commune en certaines années dans les bois de chêne, on le prend très rarement au vol. Les amateurs qui désirent l'espèce pour collection doivent, non pas élever les chenilles, ce qui ne réussit guère, mais enlever du nid, fin juin, les cocons à chrysalides, en prenant de grandes précautions, surtout pour les yeux; le mieux est d'opérer par un jour de grande pluie, où les poils urticants se détachent peu. La chenille est grise, avec le dos noirâtre et les taches fauves; les œufs pondus sur les troncs par les femelles donnent au printemps des chenilles qui s'associent sous des toiles d'un jaune brunâtre, comme de l'amadou, placées aux fourches des grosses branches et du tronc, ou sur le tronc, même assez bas. On trouve ces nids en mai et juin, et, à la fin de ce mois, les chenilles, sous la toile commune, filent des cocons agglomérés les uns contre les autres, d'un gris jaunâtre et d'une soie grossière, entremêlée des poils de la dernière peau de la chenille. Ces poils urticants, la teinte de la soie et son peu de solidité ont empêché de tirer parti de ces toiles par le cardage. En certaines années la Processionnaire du chêne fait beaucoup de dégâts en détruisant les feuilles du printemps, puis devient très rare pendant des années, sous l'action des gelées blanches et des entomo phagesà longue tarière, surtout les Pimples, qu'on obtient en quantité si l'on recueille les cocons. Les Calosomes, pi'incipalement le Sycophante, sont aussi de grands ennemis de ces chenilles. Il grimpe aux chênes pour les dévorer, et sa larve pénètre dans les toiles pour y porter le ravage, se gorgeant de chenilles au point de ne plus pouvoir sortir.
L'autre espèce du genre est méridionale, très commune dans les I^andessur le pin maritime, en Auvergne (Puy-de-Dôme), sur les pins silvestre et maritime, aussi dans le département du Hhône, très connnune sur les diverses espèces des pins dans les Alpes-Maritimes où le papillon vole en août, rencontrée en Algérie sur les cèdres; c'est le C.PiYi/ocai/j/;a, Cat. de Vienne, la Processionnaire du pin, de taille un peu plus grande que l'espèce du chêne et lui ressemblant beaucoup, les lignes noirâtres des ailes supérieures plus flexueuses et mieux marciuées, les ailes inf(''ri(!ures grisâtres, n'ayant qu'une petite tache brune placée près de l'angle anal. Femelle souvent beaucoup plus grande que le mâle, plus grisâtre, avec les dessins plus (;onfus et l'extrémité de l'abdomen également garnie de poils gris. Les chenilles, qui se nourrissent des feuilles de conifères du grand genre Pinus, passent l'hiver et se construisent des nids soyeux filés en commun, non plus sur le tronc, mais fixés aux branches, en lorme de grandes bourses blanches, souvent de la grosseur de la le le d'un homme. Elles en sortent en files, pour
aller manger, laissant sur le passage de chacune un tracé soyeux de 2 millimètres de largeur. Parvenues à toute leur croissance elles quittent le nid pour se chrysalider en terre. Les adultes éclosent en juillet. La blancheur de la soie de ces bourses et ce fait qu'elles ne renferment pas de cocons à poils urticants, ont porté- quelques personnes à essayer d'uiiliser çptte soie parle cardage, en prenant des nids vides de chenilles et assez anciens pour être débarrassés de poils. On a obtenu une belle soie blanche, mais qui a le grave inconvénient de s'allérer par l'eau bouillante, en donnant luie masse gommeuse; il est fort douteux qu'on puisse jf^mais tirer parti de ces bourses, comme pn a pu le faire pour des espèces çle Madagascar et du Mexique. En certaines années la Processionnaire du pin est fort commune et cause de grands ravages.
f|R<>VA, Ochs. — Antennes courtes, plumeuses ou largement pectinées dans les mâles, dentées dans les feçnelles. Spirilrpmpe qulle. Palpes velus, dél)ordant le cjiaperon. Corps grêle et ailes larges et propres au vol dans les mâles; corps très gros, ailes nulles ou très rudimentaires dans les Icmglles. — Chenilles garnies de poils, disposés les uns sur le dos en forme de brosses, les autres en aigrettes ou pinceaux aux deux extrémités du corps, deux latéralement sur le cou ou prothorax et dirigés en avant comme des antennes; d'autres, à la région postérieure du corps, dont un principal sur le onzième anneau, dirigé en arrière, comme la corne des chenilles de Sphinx. — Chrysalides velues, plus ou Uiûins ventrues, renfermées dans des coques d'un tissu lâche, entremêlé de poils de la chenille.
Les Orgyes mâles sont des papillons de petite taille, mais très vifs et volant pendant le jour, surtout au soleil, à la recherche des cocons à femelles. L'espèce la plus commune, de toute l'Europe, trouvée en juin en Algérie dans le cercle de La Galle, est l'O. antiqua, Linn., ÏEtoilée de Geoffroy i/ie Common Vapourer, des xVnglais, paraissant en juin, puis et plus fréquente encore en septembre et octobre, dans les jardins, les vergers, les haies, etc. ; 26 à 30 millimètres d'envergure; antennes du mâle d'un brun grisâtre, avec la tige jaunâtre; corps et ailes supérieures d'un fauve brunâtre clair, avec des bandes transverses sinuées, dont la postérieure plus large est terminée avant l'angle interne par une lunule très blanche, comparée par Geoffroy à une étoile, la frange entrecoupée de points noirâtres-, ailes inférieures d'un brun roux, avec la frange d'un jaune sale. Femelle d'un gris jaunâtre, avec des moignons d'ailes très courts. Chenille noire, à brosses jaunes, verrues rouges et cinq aigrettes, de poils en arrière, vit en mai et en août sur presque tous les arbres fûresticrs et fruitiers, sur les rosiers, les genêts, etc., peu nuisible toutefois en généval à cause de sa faible taille et d'une multiplication assez modérée. Une seconde espèce, beaucoup moins commune, aussi de toute la France, paraissant deux fois, en juin, puis en août et septembre,
ORGYA;, DbMAS. 383
est VO. Gunoslignia, Cat. de Vienne, la Soucieuse d'Engr., the, Scarçe Vajinurer; enverytirc du mâle 30 millimtMrcs, corps brim, ailes supérieures d'ua brun marron plus ou moins obscur, avec trois lignes transverses d'un brun noirâtre et deux taches blanches, l'une à l'angle apical, l'aulre ù l'anglP interne, la tache de l'angle apical étant précédée de deux taches pblongues d'un jaune roussâtrc; ailes inférieures d'un noir hrun, avec des poils cendrés le long du bord abdominal ; frange blanchâtre, entrecoupée de noir, surtout aux ailes supérieures, femelle à corps très gros et gonflé, d'un cendré obscur, avec des vestiges d'ailes à peine visibles, les pattes et les antennes d'un brun jaunâtre. (Chenille 1res aisée à Reconnaître (pi. xçn, fig. 5), beaucoup plus forte si elle doit donner une femelle, noire et rouge, à brosses blondes et aigrettes de poils blonds annelés de noir, trois en arrière et les deux antérieures très étalées, en mai et août sur le cliène, l'aulne, le prunellier, le noisetier, l'églantier, l'aubépine, les ronces, etc., cocon d'un jaune pâle, un peu grisâtre (pi. xcn, tig. 5 a); chrysalide d'un noir brun, h poils jaunâtres ainsi que les anneaux de l'abçlPWen (pi. xr.u, fig. 5. b). Les lepaellps des deux espèçps que nous venons de décrire gQi'tent du cpçpn, se cramponnant à sa surface; c'est là qu'elles sont copulées par le mâle, et c'est généralement sur le cocon même qu'elles pondent un grand nombre d'œufs. Les individus de ces deux espèces hivernent soit en (L'ufs, soit en çheuilles, soit en chrysalides. Il y a, dans le irikli de la France, deux autres espèces d'Qrgyci beaucoup plus rares, dont les femelles, absolument sans ailes, ne sortent pas du cocon dans lequel s'opèrent l'accouplement et la ponte. Ce sont \'0. trigotephras, Boisd., à chenille sur le chêne-vert, lechêne-liège, le genêt, etc., et VO. aurolimbaUi^ tîuénée, à ailes d'un brun bistré uni, avec la frange d'un beau jauni; d'or, la chenille sur divers genêts et sur le saule marsault. Nous représentons les deux sexes d'une Qrgye exotique, l'O. detrita, Boisd., de l'Amérique septentrionale, d'un brun terreux dans les deux sexes, la base (les qnatre ailes du mâle plus pùle, la frange alternativement tachée lie brun cl de jaunâtre (pi. xcii, iig. i,mâle ; lig./i a), femelle aptère.
«SviaAS, Steph., syii. Colocasia, OcIiï. — Aiilenues longues, pectinées ^aus ic mâle, fililbrmes dans la femelle. Spiritroinpe courte, mais distincte. Palpes très courts, cylindriques et velus, le dernier article nu. Thorax largo et squameux. Ailes développées dans les deux sexes, avec les taches habituelles des Noctuelles et leur part .^u repos. Abdomen crèlé. — Chenilles courtes, velues et aigrettécs, les pinceaux antérieurs ou antenniformes portés par le mésolhora^ et non par le prothorax, comme chez les Ovgya.
Le type et unique espèce de ce genre, placé par certains auteurs en lète des iNoctuéliens dans la tribu des Bomhycoïdes, de toute la France, paraissant deux fois en avril et mai, puis eu juillet et août, sur les haies et dans les bois secs, posée sur le tronc des chênes, des hêtres, etc., est
le D. coryli, Linn., la Phalène du noisetier, d'Eiigramellc, offrant les doux sexes pareils, 32 millimèlres d'envergure, tète grise, ainsi que le thorax, qui est traversé longiludinalement par trois lignes d'un brun noir; ailes supérieures d'un brun roux de la base jusqu'au milieu de l'aile, avec deux lignes sinueuses d'un bistre foncé se coupant à angle aigu et les deux taches des Noctuelles de même couleur, l'orbiculaire et la réniforme, celle-ci peu marquée, la partie terminale de l'aile d'un gris bleuâtre, traversée par une ligne tLexueuse plus pâle, la frange entrecoupée de gris et de brun; ailes inférieures d'un gris roussâtre, avec la frange comme aux supérieures; abdomen d'un gris roux. (Chenille d'un blanc roux, avec la tête et trois aigrettes rousses, en juin, puis en septembre et octobre, sur le chêne, le hêtre, le charme, le bouleau, le noisetier et aussi sur l'aubépine, avec les feuilles de laquelle on l'élève facilement (Catal. Le Roy). De Belgique, bois et taillis.
DA^l'CHlR.%, Stephens. — Antennes courtes, pectinées dans les mâles, dentées dans les femelles. Spiritrompe rudimentaiie. Palpes courts, très velus. Ailes oblongues et propres au vol dans les deux sexes. Pattes antérieures étendues en avant dans le repos, très velues chez les femelles. Abdomen terminé par une brosse de poils dans le mâle, remplacée quelquefois par une bourre soyeuse chez la femelle. — Chenilles dépourvues des aigrettes antenniformes des Orgia et De)/ias, pourvues de brosses de poils serrés sur les anneaux du milieu e' d'un pinceau sur le onzième. — Chrysalides en cocons légers.
Les genres Dasychira et Demas étaient autrefois réunis aux Orgya, sauf par les auteurs rangeant le genre Demas dans les Noctuelles. Les chenilles des Dasychira vivent sur les arbres et arbustes. L'espèce la plus répandue en France et en Belgique est le D. pudibunda, Linn., la Patte étendue de Geoffroy et d'Engram. ; mâle de Zi8 à 50 millimètres d'envergure, antennes avec les barbes roussàtres; corps d'un gris blanchâtre; ailes supérieures mêlées de gris-blanc et de gris-brun, avec une bande d'un gris-brun, plus ou moins bien marquée au milieu, quatre lignes transverses ondulées et une série marginale des points d'un brun noirâtre ; ailes inférieures blanchâtres, avec une bande brunâtre très nuageuse, toujours mieux marquée vers l'angle anal. Femelle beaucoup plus grande, les ailes blanchâtres, semées d'atomes d'un gris brun, avec les bandes transverses bien marquées et tout l'espace médian plus foncé. Les adultes sont fréquents dans toute la France et la Belgique, d'avril à juin, dans les jardins et dans les vergers, et aussi dans les bois et les bosquets des champs. La chenille est très jolie, verte ou brune, avec les incisions du dos d'un beau noir de velours, quatre brosses jaunes ou blanches, et un pinceau de poils roses ou violacés sur le on/iènic anneau ; on la trouve, du milieu d'août au milieu d'octobre, sur beaucoup d'arbres fruitiers, sur le chêne, l'orme, le charme, le peuplier, le noyer, fréquente sur les haies de charme qui bordent les grandes routes
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des bois; dans les Alpes-Maritimes, le papillon paraît en mai et une seconde fois en août; chenille en juin et septembre, devenant, en certaines années, un fléau pour le noyer (.Millière). Cette chenille file entre les feuilles ou dans les bifurcations des branches un cocon léger, d'une jolie soie blanche, entremêlé de quelques poils, et on pourrait en tirer paiti, s'il était plus fourni; la chrysalide passe l'hiver. Le D. pudibunda n'est pas d'habitude assez abondant pour être véritablement nuisible, surtout en raison de l'époque avancée où vit sa chenille, alors que les arbres sont très feuillus; mais, de même que pour quelques autres espèces, sa multiplication peut devenir énorme sous l'empire de circonsiances encore inconnues, de façon qu'il cause alors des dommages considérables. Dans l'automne de 18i8, la chenille de cette espèce dévasta, dans la Meurthe, sur une superficie d'environ 1500 hectares, les forêts des environs de Phalsbourg, et aussi dans les cantons de Saverne et de Sarrebourg. Les arbres furent entièrement dépouillés de leurs feuilles, de sorte que certains versants de montagne présentaient, au commencement de l'automne, l'aspect qu'ont ordinairement les arbres en hiver. Beaucoup de chenilles périrent, faute de nourriture, formant sur le sol une couche qui, en quelques endroits, avait au moins 12 centimètres d'épaisseur, ce qui faisait redouter les conséquences de leur putréfaction; pendant plusieurs années les paysans lorrains gardèrent le souvenir des ravages exercés par ces chenilles, qu'ils appelèrent, par une allusion d'une bienveillance douteuse : chenilles de la République. Une seconde espèce, moins commune, est le D. Fascelina Linn., la Patte étendue agate, de de Géer, le Bombyx porte-brosses, de Godart, le mâle, de hO millimètres d'env., les ailes supérieures d'un gris blanchâtre le long de la côte, d'un gris cendré sur le reste de la surface, avec trois lignes transverses, ondulées et noires, entremêlées de petits points orangés; ailes inférieures d'un gris cendré pâle, souvent sans taches, quelquefois avec une lunule centrale et une bande postérieure légèrement obscures ; femelle plus grande, avec les mômes dessins que le mcile, et ayant, en outre, l'abdomen garni d'un bourrelet laineux plus foncé que le corps; adulte volant quelquefois pendant le jour, paraissant à la fin de juillet et en août, dans les lieux incultes, au milieu des buissons et des champs de genêt, dans une grande partie de la France et en Belgique, assez rare en août dans les dunes à Dunkerque (cat. Le Roi); chenille grise, à brosses noires et blanches, en mai et au commencement de juin sur les bruyères, les genêts, aussi sur le prunellier, l'aubépine, l'hippophaë, etc. M. Le Roi dit avoir élevé assez souvent cette chenille avec le trètle blanc ou la luzerne.
11 semblerait, d'après l'aspect de la chenille, à brosses et à pinceaux, qu'on devrait rapprocher des genres précédents une espèce figurée par Guérin-.Ménevillo .sous le nom de Sericaria tcssellata Boisduval, sans indication de localité (pi. xrn, fig. 2), mais qui n'est certainement pas du genre Sericaria, que nous réservons presque exclusivement au Ver ii soie ciRAKD. m. — 25
du mûrier. Boisduval rangeait également dans ce genre, entendu dans le sens de Latreille, un Bombyciende TAmérique du Nord, qu'il nomme S. Ranœceps Boisd.; de 53 millimètres d'env., à aniennes filiformes chez la femelle (pi. xcii, fig. 1), la tête et le corselet d'un fauve ferrugineux, les ailes supérieures d'un brun rougeâtre avec quelques lignes noirâtres, les inférieures et l'abdomen d'un brun jaunâtre paie, la frange des quatre ailes jaune. Les adultes de ce genre de Latreille sont voisins des Pijyœra et Clustera.
SÉRICARIDES.
11 est très difficile d'assigner la place exacte du Ver à soie du mûrier dans les Bombyciens, car ses caractères diffèrent notablement de ceux de nos espèces indigènes et de presque toutes les espèces exotiques. Il a certains rapports avec VEndromis versicolora, Linn., et M. E. Blanchard le place dans les Endromites, avec les genres Enchvinis et Aglia. Nous préférons attacher une grande importance à la sécrétion soyeuse qui fait du Ver à soie du mûrier l'origine d'une industrie de premier ordre, et ne pas le mettre dans la même famille que les genres Endromis et Aglia, dont les cocons rudimenlaires sont des plus grossiers. Nous formerons une famille pour les Lépidoptères qui produisent les plus riches matières textiles connues, et dont le nom sera tiré du nom de son genre principal et presque unique, Sericaria, E .Blanch. non Latr., nom provenant de Smcarnis, mot qui signifie : ouvrier en soie. Le genre créé par Latreille s'appliquait à d'autres Bombyciens qu'aux véritables Vers a soie, qui sont nos Séricarides, propres à la Chine, aux Indes orientales, auv îles indo-sondaïques, surtout des régions montagneuses, jusqu'à 2500 mètres environ de hauteur, et dont les chenilles se filent d'épais cocons fermés aux deux bouts d'une soie très fine. Elles vivent toutes sur les feuilles d'arbres ou d'arbustes de la famille des Morées (mûriers, figuiers).
1SKKICAB5.B.^, É. Bland. — Corps très robuste dans les femelles, moins épais chez les mâles; antennes bi pectinées chez les mâles, dentelées chez les femelles; spiritrompe et palpes très rudimenlaires; ailes développées, étendues au repos, sans appareil du frein, avec une marque discoïdale chez les mâles. — Chenilles allongées, cylindroïdes, glabres, munies ou d'une corne sur le onzième anneau, à la façon des Sphinx, ou d'épines diverses sur les segments. — Chrysalides cylindrico-coniques, en cocons fermés, serrés, très soyeux.
Le type de ce genre important est le S. mori Linn. [Bombyx Linn.), le Ver à soie du mûrier, que l'on ne connaît qu'à l'état domestique, (pl.xcni, fig. 1), papillon mâle, d'environSO millimètres d'env., les antennes grisâtres, le corps comme les ailes d'un blanc généralement un peu jaunâtre ou grisâtre, les ailes supérieures un peu falquécs au sommet, ayant dans beaucoup de races, chez le mâle, un croissant discoïdal
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et deux lignes transverses brunâtres qui se prolongent quelquefois sniles inférieures, ces dessins le plus souvent effacés dans les femelles. La chenille, ou le Ver à soie proprement dit, est généralement glabre et blanchâtre, quand elle a atteint tout son développement (voir pi. xcur, fig. U, Ver sain), à segments épais, sub-renflés, la tête petite, le prothorax renflé, l'avant-dernier anneau muni d'une corne étroite, recourbée en arrière, de sorte que cette chenille ressemble à celles des Sphingiens. Le cocon est ample relativement au volume de la chrysalide et de l'adulte, arrondi et fermé aux deux bouts, en général plus ou moins régulièrement ovoïde, souvent un peu étranglé en son milieu, surtout chez les mâles, ses couleurs habituelles étant le blanc pur, le jaune plus ou moins vif, le vert blanchâtre ou céladon. Le Ver à soie du mûrier est réellement aux insectes ce que le mouton est aux mammifères; il est abruti héréditairement par une domestication fort reculée, d'époque précise très incertaine, de sorte que la majeure partie des individus périraient sans les soins continuels de l'homme. Les chenilles placées sur les mûriers tombent au moindre vent, ne sachant plus se servir de leurs pattes membraneuses et de leurs couronnes de crochets pour se cramponner aux feuilles; elles n'ont plus l'instinct de s'abriter sous les feuilles contre le soleil et la pluie, ni de se soustraire aux regards des insectes ennemis, ichneumons, guêpes, fourmis, etc., et des oiseaux. Les femelles restent immobiles sur le plan de position, remuant à peine leurs ailes par intervalles; les mâles tournent autour d'elles, en battant rapidement des ailes, mais sans sauter, ni voler. Cependant, d'après les renseignements de l'abbé Armand David, le Ver à soie existe encore dans certaines forêts de l'intérieur de la Chine, sans doute aussi de la Perse et des pentes de l'Himalaya oriental, où le mûrier blanc se trouve à l'état spontané. C'est très probablement un Bombycien de vol rapide, à la façon peut-être de notre Versicolore, qui a des analogies incontestables pour l'adulte et la chenille, et de plusieurs de nos Bombyx forestiers. M. Martins, à Montpellier, tit autrefois l'expérience d'élever exclusivement le ver à soie, en plein air, sur le mûrier, et à la troisième génération les mâles avaient recouvré la faculté de voler. Depuis plus de douze ans, à Orbe, près Lausanne (Suisse), M. Roland élève le Ver à soie avec succès en plein air sur le mûrier, en vue d'obtenir une race rustique robuste, donnant en chambrée close une éducation industrielle exempte d'épidémie. Selon l'opinion la plus répandue, la couleur primitive des cocons était le jaune; les races jaunes sont plus fréquentes que les races blanches, et on voit, de temps à autre, reparaître naturellement lu couleur jaune dans les races à cocons blancs. De même les couvées de serins domestiques, qui sont des albinos, reproduisent assez souvent, en tout ou en partie, le type vert, sau\age aux îles Canaries. Des auteurs regardent les Vers à soie noirâtres, dits moricauds ou bouchards, race très robuste, comme le type premier de l'espèce. La domestication, par dégénérescence, aurait blanchi la chenille, de même
que la soie du cocon. On trouve aussi parfois des vers zébrés, noirs blancs, surtout dans les races chinoises. Il y a des auteurs qui admettent la primitive existence de deux espèces très voisines, l'une à soie blanche, l'autre à soie jaune, confondues dans les éducations domestiques par de très anciens croisements.
Les auteurs anciens désignent sous le nom de Sères (du mot persan ser ou zer, qui veut dire or) un peuple qui semblait, dès une antiquité très reculée, faire son occupation principale de l'industrie de la soie. Cette dénomination paraît s'appliquer au peuple chinois. En effet, les auteurs s'accordent à dire que la patrie d'origine du Ver à soie et du mûrier blanc {Morus alba), qui est sa nourriture préférable, est la Chine, et c'est du sein de cette vaste contrée que ce précieux insecte s'est répandu partout où il existe aujourd'hui. Les historiens chinois font remonter à une époque très reculée la découverte de l'ajt d'élever, de multiplier le Ver à soie et de fabriquer des étoffes avec le fil brillant dont il forme son cocon.
Au dire des historiens chinois, Fou-hi (3/i00 avant Jésus-Christ) aurait inventé deux instruments de musique dont les cordes étaient en soie, provenant sans doute du ver sauvage. Ce n'est en efl'et que sous Hoangti (2650 avant Jésus-Christ) que le premier insecte fut rendu domestique par les soins de l'impératrice Si-ling-chi, qui enseigna aussi l'art de filer le cocon et de tisser la soie. Les populations reconnaissantes élevèrent au rang des Génies l'épouse de leur souverain, sous le nom de Sienthsan (la première qui a élevé des Vers à soie), et une cérémonie religieuse annuelle rappelle encore à chaque printemps, dans le palais impérial, son souvenir vénéré, à l'époque où l'on commence à cueillir les feuilles du mûrier. De même en Italie les prémices de la récolte des cocons sont bénis par les prêtres des campagnes.
La culture du mûrier se propagea rapidement en Chine. Il existe encore, dans la province de Canton, les restes grandioses de constructions destinées à remédier aux désastres d'un déluge (2286 avant Jésus-Christ), faire écouler les eaux et permettre de planter des mûriers.
La soie se répandit peu à peu par le commerce à l'extérieur de la Chine. Du temps d'Ézéchiel (600 avant Jésus-Christ), la soie entrait dans la parure des femmes juives. Les vêtements nommés médiques par Hérodote et Xénophon étaient des tissus de soie. On en vit pour la première l'ois à Home aux jeux donnés par César (/i6 avant Jésus-Chrisl ). Plus tard Héliogabale (217-222), élevé dans les temples syriens, présida plusieurs fois le sénat avec des vêtements de soie exclusivement réservés aux femmes, d'après l'historien Lamprinus. Les soieries se maintenaient à un prix exclusif et, sous Aurélien (270-275), se payaient au poids de l'or, selon l'épilhèlc isochrysos des Grecs. Aussi l'impéialrice Severina, moins heureuse que bien des femmes de paysans et d'où-
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vriers d'aujourd'hui, sévit refuser une robe de soie parle maître du monde (1).
Le gouvernement chinois veillait en effet avec un soin minutieux à ce qu'il ne pût sortir de l'empire que des tissus ouvrés, source de bénéfices précieux et exclusifs. Des gardes vigilants ne laissaient passer ni les cocons, ni les soies en fil. C'est ce qui explique les erreurs d'Aristote, répétées par Pline, et qui ont longtemps égaré les historiens de la soie. Ces auteurs parlent de la soie produite par un insecte de l'île de Cos, dans l'Archipel. Il s'agit de'cocons de quelque Bombycide sauvage. Ces anciens naturalistes croyaient que la véritable soie, dite abyssinierme (car elle arrivait alors d'Abyssinie par la voie du commerce), provenait d'un arbre; ils confondaient avec un fruit les cocons de YAttacus Mylitta. Pausanias, bien plus tard, en attribuait l'origine à une araignée. On sait que les Épeires donnent une belle soie pour leurs cocons à œufs. Ce n'est qu'au quatrième siècle, dans une phrase des Homélies de saint Basile, qu'on trouve une indication exacte sur le Ver à soie et son cocon.
Les historiens attribuent à une princesse chinoise la propagation du mûrier et de la soie hors des limites du Céleste Empire. Fiancée à un roi de la Petite Boukharie, au centre de l'Asie, elle apprit qu'il n'y avait ni mûriers ni Vers à soie dans sa patrie future, et, désolée à la pensée de se voir privée des précieuses étoffes qui faisaient sa joie et son orgueil, elle ne craignit pas d'enfreindre les lois les plus sévères. Elle cacha dans sa coiffure des graines de mûriers et des œufs de Ver à soie; les gardes, n'osant porter les mains sur une princesse du sang impérial, laissèrent ainsi sortir les éléments d'un nouveau et important commerce pour les contrées centrales de l'Asie.
L'industrie séricicole fut longtemps à pénétrer en Europe, arrêtée par de jaloux monopoles.
Pendant bien des années la ville de Turfau, dans la petite Boukharie, fut le rendez-vous des caravanes venant de l'Ouest et l'entrepôt principal des soieries de la Chine. Elle était la métropole des Sères de l'Asie supérieure ou de la Sérique de Ptolémée. Expulsés de leur pays par les Huns, les Sères s'établirent dans la Grande Boukharie et dans l'Inde. C'est d'une de leurs colonies., de Sérinde, ou Ser-Indi, qu'en 552, au péril de leur vie, des moines grecs de l'ordre de Saint-Basile apportèrent à Constantinople, à l'empereur Justinien, des graines de mûrier et des
(1) L'anecdote en question se trouve consignée dans le passage suivant de la vie d'Aurélien par Flavius Vopiscus {Scriptores historiw aitrjuslœ, c. i5, in fine) : et cum ah eo uxor sua pcterit^ ut unico pallio blatleo sevico uteretur, illc respondit : « aOsit, ut aura fi/a pensentur », libî'n enim auri iilnc lihvn serici fuit. Le nom de l'impératrice ne se trouve indiqué ni par Vopiscus, ni dans les autres historiens ; mais, sur les médailles, elle s'appelle i'ipia Severina ou simplement Severina.
œufs de Ver à soie, renfermés dans l'intérieur de cannes de bambou. On fit éclore les œufs à la chaleur du fumier. Les environs de Constan tinople devinrent le lieu de production des tissus de soie que le commerce européen se procurait au commencement du moyen âge. C'est de là que Charlemagne fit venir son riche manteau et les deux robes de soie dont il fit présent au roi de Mercie; c'est aussi Constantinople qui fournit aux abbés de Saint-Denis l'oriflamme, ou bannière de soie rouge h flammes d'or, qui, à partir de 112Zi, devint l'étendard des rois de France et les suivit dans les grandes guerres.
De Constantinople, la culture du mûrier et l'élevage du Ver à soie se répandirent d'abord en Grèce et surtout dans la Péloponèse, qui dès lors reçut et garda le nom de Morée, de Morus (mûrier). Au huitième siècle les Arabes apportèrent cette industrie en Espagne, où le mûrier noir fut d'abord seul cultivé, tandis que le mûrier blanc, bien préférable, demeurait confiné en Grèce. En HZi6, Roger II en introduisit la culture dans la Sicile et dans la Calabre. Ce n'est qu''au quinzième siècle que celte culture atteignit les limites septentrionales de l'Italie. C'est par la Provence que le mûrier et lé Ver h soie passèrent en France, comme conséquence de l'occupation du royaume de Naples par les princes de la maison d'Anjou, et non pas comme résultat des passagères conquêtes de Charles VIII en Italie, qui eurent lieu bien plus tard. Sous les papes, on trouve dans le comtat d'Avignon la culture du mûrier et l'industrie de la soie. En 13Zi5, le sénéchal de Nîmes et de Beaucaire envoyait à Jeanne de Bourgogne douze livres de soie récoltée en Provence. En 1606, Louis XI transporta en Touraine, au Plessis-lès-Tours, les mûriers et leur précieux insecte. Catherine de Médicis encouragea avec ardeur l'industrie qui florissait dans son pays, et, sous son influence, des pépinières de mûriers s'établirent près de Toulouse, dans le Bourbonnais et dans l'Orléanais. C'est sous Henri IV, par les conseils d'Olivier de Serres et de Bartliélemy de Laffemas, contrôleur général du commerce, et malgré le sévère Sully, toujours en garde contre le relâchement des mœurs par le luxe, que Tindustrie séricicole prit une extension considérable. Lea mûriers se propagèrent dans tout le royaume et, en 1601, il en fut planté aux Tuileries. Une magnanerie et une filature de soie y furent installées. Sous Louis XIll cette portion de l'agriculture fut négligée. Elle reprit sous Louis XIV une extension considérable, grâce à Colbert. Ce ministre, qui pensait que la prospérité d'un État est dans le commerce, comprit tout l'avantage qu'on pouvait retirer du mûrier; il rétablit les pépinières, il distribua les pieds qu'on en retirait ou les fit planter aux frais de l'État sur les berges des chemins. Ce procédé, contraire aux lois de la propriété, déplut aux habitants des campagnes, de sorte que les plantations allèrent en dépérissant.
Mieux inspiré, le gouvernement fit promettre et paya exactement vingt-quatre sous par pied d'arbre subsistant au bout de trois ans, et ce moyen réussit. C'est à cette époque que le capitaine François de Carie,
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retiré de la carrière militaire après avoir servi en Italie, introduisit dans les Cévennes l'industrie séricicole,qui fit la richesse de ces montagnes. Le Languedoc, la Provence, le Dauphiné, le Vivarais, le Lyonnais, la Gascogne, la Saintonge, la Touraine, se couvrirent de mûriers. Enfin C.olbert, après avoir porté la culture du mûrier au plus haut degré, tourna ses soins du côté de la fabrication des soies ; il fit venir un nommé Renais, de Bologne, pour établir un tirage de soie et des moulins.
Benais remplit parfaitement les vues du ministre; les soies de son tirage furent bientôt au pair avec celles de sa patrie. Le roi lui accorda des gratifications considérables, avec un titre de noblesse; il donna également, par un arrêt du conseil du 30 septembre ]670, des grands privilèges aux entrepreneurs de la fabrique des soies et organsins façon de Bologne. Louis XV ne perdit pas de vue l'objet important qui avait occupé son prédécesseur ; il rendit plusieurs arrêts pour favoriser l'établissement des manufactures de soie. Des pépinières furent également établies dans plusieurs provinces, particulièrement en 1745, sous Le Nain, intendant du Poitou ; en 1756, en Gascogne, sous l'intendant De Ligny. Les intendants de Tours, de Montauban et de Grenoble suivirent la même voie ; les arbres de ces pépinières furent gratuitement distribués. De 1700 à 1788, la France produisait environ 6 millions de kilogrammes de cocons- La production tomba de moitié sous la République, se releva sous l'Empire et dans les premiers années de la Restauration, mais sans revenir au chiffre précédent. C'est à partir de 1820 qu'elle reprit un mouvement ascendant considérable, jusqu'en 185/i, où se font sentir pour la première fois, d'une manière grave, les atteintes de l'épidémie. Quelques chiffres nous serviront à démontrer toute l'importante de l'industrie qui repose sur le Bombycien dont nous faisons l'histoire. M. Dumas, rapporteur au Sénat (9 juin 1865) d'une pétition de sériciculteurs du Midi, réclamant un dégrèvement d'impôt en raison de l'épidémie, évalue à 1100 millions de francs la production annuelle de la soie sur toute la terre, chiffre dans lequel la F'rance figurait, en moyenne, pour 100 millions, et qui s'est élevé à 117 millions en 1853, dernière année de la grande production indigène. Une once de graines ou œufs (30 grammes), du prix normal de ù à 5 francs, donne, dans les bonnes années, 50 lîilogrammes de cocons, au pri\ moyen de 5 francs le kilogramme. Avant l'épidémie, on consommait, année commune, pour 3 à Zi millions de francs de graine, représentant un poids de 33 000 kilogrammes, et 600 millions de kilogrammes de feuilles de mûrier. Déjà, en 1853, on avait dû importer pour 5 millions de francs de graine. Les feuilles représentent, année commune, une valeur de 55 à 60 millions de francs. Si on réfléchit qu'en outre la manufacturatioii des cocons récoltés produisait, année moyenne, en France, pour 160 millions de francs, on voit à quelle valeur énorme se montait, avant l'épidémie dont la sériciculture fran(;aise n'a pas encore pu se relever, le résultat de l'élevage d'une seule espèce séricigène,
et comment les connaissances entomologiques se lient à des intérûts nationaux de premier ordre. Quand le midi de la France produisait pour ik millions de francs de cocons, au commencement du siècle, Lyon mettait en mouvement 11 000 métiers; plus tard, pour une production annuelle de 50 millions de francs, 38 000 métiers; en 1853, dernier effort de la sériciculture indigène, 117 millions de francs de cocons, 72 000 métiers. En 1860, on importa pour plus de 13 millions de francs de graine, 10 millions en 1863, et le prix de l'once de graine monta à 20 francs pour de très médiocres races du Japon. On arriva h dépenser, en cherchant à lutter à tout prix contre l'épidémie, de 26 à 28 millions de francs par an en achat de graines très sensiblement le bénéfice net des producteurs. Dans le rapport de M. Fabre au Corps législatif (17 juin 1865), il est dit que la récolte de 1865 est plus désastreuse que jamais; que, depuis douze ans, on perd 60 millions par an, sans compter les achats de graines importées, et qu'il y a une perte d'un milliard depuis l'invasion du fléau.
L'Italie et la Grèce ne sont pas, avec la France, les seules contrées où pénétra l'industrie de la soie. Elle s'étend en Dalmatie, dans les Principautés unies moldaves et valaques, dans les provinces méridionales et caucasiennes de la Russie, en Turquie et en Syrie, où elle fait la richesse desmontagnards du Liban. Des tentatives plus ou moins heureuses ont été faites dans les contrées septentrionales de l'Europe, et nous devons remarquer qu'en France, si nous n'avons qu'une vingtaine de départements franchement séricicoles, les trois quarts du pays se prêteraient avec succès à l'industrie de la soie. Comme l'a dit Olivier de Serres, dans tous les lieux où vient la vigne vit le mûrier, et encore au delà. Elisabeth a essayé d'introduire le mûrier en Angleterre, et la duchesse d'Aschot, à peu près à la même époque (1593-1595), éleva des Vers à soie avec des mûriers plantés aux environs de Leyde et s'habilla de leurs tissus, ainsi que les dames de sa suite. En 1607, des plantations de mûriers furent créées près de Bruges. Après la révocation de l'édit de Nantes, les protestants du Midi, dispersés, cherchèrent à établir dans diverses contrées l'industrie qui les faisait vivre. Ces tentatives continuent encore en Angleterre (Wallace.etc). Des essais furent même faits en Suède et en Danemark, mais la rigueur des hivers opposa des obstacles insurmontables. En 1820, la Bavière entreprit des plantations de mûriers, et depuis elle a été imitée par le Wurtemberg et la ['russe. L'acclimatation du mûrier et du Ver à soie a eu lieu dans les pays les plus lointains: arbres et insectes ont été introduits en Bolivie, au Pérou, au Chili, prospèrent au Brésil et en Australie. La Nouvelle-Zélande leur est très propice. Dans les Antilles, on peut faire jusqu'à huit récoltes par an et dépouiller quatre fois le mûrier de ses feuilles. Les Vers à soie et leur arbre ont aussi été introduits à Cayenne, à l'île delà Itéunion, à l'ondichéry. Les pluies torrentielles de ces pays sont un grave obstacle aux éducations.
Les contrées qui ont toujours produit et donnent encore la plus grande
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quantité de cocons, et par suite de soies filées, sont la Chine et le Japon ; nous connaissons trùsmal les races de Vers à soie de ces vastes régions, dans lesquelles, malgré les traités arrachés à coups de canon à leurs gouvernements, il est presque impossible à l'Européen de pénétrer, en raison de l'hostilité des populations. Dans les régions chaudes de l'extrême Orient, le sud de la Chine, l'Inde, l'Indo-Chine, où le mûrier se développe toute l'année, il y a des races de Vers à soie polyvollines, se succédant rapidement dans la même année. Depuis les épidémies, qui ont rendu très peu productives les éducations dans toute l'Europe et dans l'Asie occidentale, c'est presque exclusivement à la Chine et au Japon que l'industrie demande ses soies. Elle a beaucoup moins souffert que les producteurs indigènes et a modifié la fabrication en rapprit avec des soies inférieures; les étoffes sont moins belles, beaucoup moms solides, contiennent beaucoup plus d'apprêt qu'autrefois et offrent de fréquents mélanges de laine ou de coton.
Le Ver à soie a été, en quelque sorte, créé pour le mûrier, et réciproquement ; aussi l'histoire de l'un et de l'autre estcorrélative. On a proposé divers succédanés du mûrier, mais on n'a pas tardé à les reconnaître impossibles. C'est à peine si, nourrie avec des feuilles de Scorzonére, une première génération de Vers parvient à filer de détestables cocons; larace s'éleint eu général à la seconde génération. Avec l'ortie, la laitue, la ronce et quelques autres plantes, les Vers cessent de manger au bout de peu de jours. En effet, en naissant le jeune Ver mange à peu près tout, ainsi des feuilles tendres de laitue ; mais on ne prolongerait pas longtemps impunément une pareille nourriture ; bientôt la dysenterie enlève les jeunes chenilles. Des Vers nourris avec de jeunes feuilles de chêne ont éié présentés à M. E. Blanchard. Je n'ai pas appris que ces essais aient été renouvelés. Au Muséum, en 1860, M. Vallée a élevé des Vers à soie sur le chardon à foulon, avec lequel il nourrissait avec succès VAttacus Cynthia Vera G. Mén.; il a obtenu des cocons, médiocres il est vrai. Les chenilles de Sericaria morîélevéesjusqu'àla troisième mue avec le chardon à foulon, puis terminées au mûrier, ont donné de beaux cocons. Le mûrier des Osages, {Maclura aurantiaca), de l'Amérique boréale, a prolongé les Vers plus longtemps que la laitue.
Le mûrier à papier [Broussonetia papyrifera), l'érable de Tartarie, sont aussi mangés pendant quatre à cinq jours, puis rejetés.
Les auteurs chinois prétendent qu'à déi'aut de feuille de mûrier fraîche, on peut nourrir les Vers à soie avec de la feuille sèche pilée, ou de la feuille saupoudrée de farine de riz; jamais de ^pareils essais n'ont réussi en France. Loiseleur-Deslongchamps s'en est beaucoup occupé, et a vu que les Vers bien portants et\oraces mangent ces substances avec les feuilles comme beaucoup de matières inertes non nutritives, dont on peut les sau[>oudrer, ainsi la craie, la poussière des chemins, le charbon pilé, la poudre même de leurs excréments desséchés.
Dans des essais en petit. M. E. Blanchard , suivant en cela le procédé des entomologistes pour l'éducation des chenilles indigènes, a donné aux Vers à soie des feuilles de mûrier imprégnées de gouttelettes d eau, car les chenilles boivent volontiers; les cocons ont élé plus forts. Allant plus loin encore, M. Robinet n'a pas craint de préconiser et d'entreprendre en grand l'éducation à la feuille mouillée ; mais celte pratique n'a pas prévalu; c'est généralement au moyen de la feuille fraîche et séchée à sa surface que se font les éducations.
Comme la première condition de l'élevage des Vers à soie est le mûrier, nous devons donner de brèves indications sur cet arbre. 11 appartient à la Monoëcie tétrandrie, de Linna;us, et aux Urticées, de de Jussieu. Ce sont spécialement trois espèces du genre Morus qui sont cultivées en Europe pour la nourriture des Vers à soie : la principale est le mûrier blanc {Morus alba), offrant de nombreuses variétés. Le mûrier noir {Morus nigra), plus haut que le précédent, est beaucoup moins avantageux pour la nourriture des Vers à soie. C'est le premier introduit en Europe; sa reproduction est moins rapide que celle des autres espèces. Enfin le mûrier multicaule {Morus multicaulis) offre l'avantage d'une facile reproduction, et c'est lui qui se prête le mieux aux éducations annuelles multiples.
On fait les semis de mûriers à la fin de février, en mars, en avril, selon qu'on remonte du sud au nord de la France et qu'on craint plus ou moins les gelées. Ces semis donnentdes sauvageons demûrier blanc, qui sont transplantés à demeure ou en pépinière, quand les grands froids sont passés, et, sur ces sauvageons, on greffe en écusson une foule de variétés, reconnues, d'une localité à l'autre, les plus favorables à l'éducation des Vers. Les boutures et marcottes ne valent rien, ne donnant que des arbres dégénérés. La taille des mûriers, qui se fait depuis la chute des feuilles jusqu'en hiver, doit tendre à rapprocher ces arbres le plus possible de l'état naturel, celui où les branches font avec la tige un angle de ZiC à Zj5% ce qui est la meilleure position pour que le soleil fasse développer le plus de feuilles possible. Les habitants de la province de Grenade ne taillent jamais leurs mûriers, et leur soie est la plus fine de toute l'Espagne ; ce qui prouve qu'il faut, autant qu'on peut, se rapprocher de la nature. Les mûriers aiment les endroits élevés et bien abrités, au midi ou au levant. Les sols crayeux et argileux qui retiennent l'eau, et surtout les sols marécageux, leur conviennent peu, car ils donnent alors de larges feuilles, mais pauvres en sucs et nourrissant mal les Vers à soie. 11 faut un terrain léger, graveleux, sablonneux, où les racines peuvent se fasciculer et s'étendre au loin; alors les feuilles sont tendres et nourrissantes pour les Vers. On remplace parfois les mûriers à haute tige par des mûriers nains, pins précoces en feuilles et plus commodes pour la récolte; le nombre final de i'enilles est moindre pour la même élendue de terrain, ce qui compense es avantages. On fait aussi des haies de mûriers, en forçant les bran-
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ches latérales à s'incliner. Enfin on cultive encore le? mûriers en taillis.
Fn France, la nourriture à la feuille est presque seule usitée. On fait ordinairement la première cueillette, suivant la force du sujet, de la troisième à la quatrième année de la transplantation. Quand les arbres sont trop jeunes, la feuille, aqueuse et peu nourrissante, ressemble à celle des mûriers plantés dans des fonds bas et humides. Pour enlever la feuille, on prend la branche d'une main et on glisse l'autre de bas en haut, et non à l'inverse, car on ferait sauter les bourgeons et on déterminerait des plaies à l'ècorce. Il faut cueillir feuille à feuille, en respectant les bourgeons, et laisser les deux feuilles les plus élevées du bouquet, afin qu'elles facilitent le prolongement du bourgeon terminal. A mesure qu'on effeuille un arbre, on doit séparer les mûres et ne pas les mêler avec les feuilles dans les sacs, de peur d'allérer celles-ci. Aussitôt les charges de feuilles rendues à la magnanerie, il faut ùter les feuilles des sacs, les étendre dans un lieu aéré et ne pas les laisser amoncelées, car elles s'échaufferaient, fermenteraient et donneraient des maladies aux Vers. Une fois qu'on a commencé à cueillir les feuilles, il faut en dépouiller l'arbre en entier; si on en laissait sur certains rameaux, toute la sève s'y porterait au détriment du reste du végétal. Si la feuille est rouillée et languissante, on le laisse, et on répare l'arbre par des engrais ou des labours. La cueillette achevée, on émonde l'arbre pour. le débarrasser des chicots et des branches rompues; opération différente de la taille, pour laquelle on attend la chute naturelle des feuilles.
L'exploitation des mûriers est toute différente en Orient, où en nourrit les Vers sur des rameaux garnis de leurs feuilles. Cet élevage, dit à la turque, a été préconisé comme un des moyens préventifs de l'épidémie. Son grave inconvénient industriel est d'exiger une place considérable; mais on comprend que cette méthode est bien plus hygiénique pour les chenilles; l'air circule partout entre les feuilles, les larves ne séjournent pas sur des litières compactes, au milieu de leurs déjections; les émanations putrides sont nulles ou rares. On consultera l'article Marier, de Loiseleur-Deslongchamps {Dict. des sciences natur. de Deterville, Paris, 1824, t. XXXIII).
Dans le midi de la France, on donne le nom de magnans ou magnas aux Vers à soie, de magnaneries aux locaux où se fait l'élevage de cette espèce, qui est domestiquée et non acclimatée, de maj/naniers, aux personnes qui entreprennent et dirigent ces exploitations. Les magnaneries ont reçu des perfectionnements successifs et sont devenues de vastes édiflces, où la science moderne a appliqué ses procédés les plus parfaits de ventilation, par les tarares et les cheminées d'appel. C'est surtout Dandolo qui a opéré en Italie ces perfectionnements qui ont été ensuite importés en France. Ici il faut remarquer que l'épidémie terrible qu'on traverse doit faire profondément rélléchir : n'a-t-on pas eu tort d'enti'e-
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prendre ces éducations grandioses? On s'est trop laissé entraîner par analogie avec ce qui se passe dans les autres industries où le gain est en raison directe de l'étendue des établissements, parce que les frais généraux croissent moins que l'augmentation du produit. On a trop méconnu qu'il s'agit ici d'un être vivant, ne se pliant pas aux conditions manufacturières comme une matière inerte, et que l'entassement, le chauffage pour hûter le développement, ont affaibli les races et les ont prédisposées aux épidémies foudroyantes. Les Chinois n'ont pas de magnaneries : ce sont des éducations de ménage, en petit, sous des hangars, quand le climat le permet, avec de très grands soins pour l'aérage et pour maintenir la pureté de l'air. Peut-être devra-t-on revenir en partie aux locaux rustiques dont parle Boissier de Sauvages, se ventilant naturellement par le toit, les murs^ les joints incomplets des portes et des fenêtres.
M. de Quatrefages a remarqué dans les Cévennes que les éducations qui ont le mieux résisté au fléau sont celles qui sont installées dans des étables, dans des cabanes à sécher les châtaignes.
Quoi qu'il en soit, examinons la disposition de la magnanerie. On doit éviter le voisinage des cours d'eau et surtout des eaux stagnantes, les fonds des vallées, à températures trop inégales. Il faut un petit monticule où règne un grand courant d'air. Le mieux est de disposer le bfitiment du nord au sud, ayant sa plus grande face au levant et percé de nombreuses fenêtres. Ces précautions sont au reste peu importanfes aujourd'hui, avec les moyens modernes d'aérage et de chauffage. Au rez-de-chaussée se fait le dépôt des feuilles, au premier est l'atelier; au second, un grenier pour sécher les feuilles mouillées. Pour une bonne éducation, un gramme de graine exige un mètre carré de surface; en général et à tort, on lui accorde moins. Une once de graine de 30 grammes contient environ Z|0 000 œufs et demande, en nombres ronds, 1000 kilogrammes de feuilles, pour donner, comme plus haut produit possible, mais très rarement obtenu, 100 kilogrammes de cocons. En moyenne ordinaire, la feuille ne donne que 5 pour 100 de son poids de cocons.
L'atelier offre une pièce servant de chambre d'incubation pour les œufs et où on élève les Vers jusqu'à la première mue. Puis vient la chambre d'élevage pour le reste de la vie de la chenille, et enfin une infirmerie pour les vers malades. Des hygromètres, et surtout des thermomètres, fréquemment consultés, sont suspendus dans les salles. Le chauffage si vicieux des anciennes magnaneries, par des feux intérieurs qui remplissaient l'édifice d'acide carbonique et d'acres produits volatils, est remplacé par des calorifères à bon tirage; ce qui constitue le moyen préférable.
il faut prostrire les poêles de fonte, dégageant de l'oxyde de carbone (Houssingault).
Des montants, enclavés dans le carrelage de la magnanerie, portent
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des tabletles en bois, ou en roseaux, ou en cannes entrelacées, sur lesquelles sont placés les Vers. Des corbeilles d'osier, ou clayons, servent au transport des Vers sur les tablettes, et aussi à les contenir jusqu'à la premii''re mue. Le délilage est l'opération par laquelle on change les Vers de litière en leur apportant des feuilles nouvelles, et les dédoublemonts consistent à transporter une parlie des Vers sur de nouvelles tablettes, à mesure qu'ils grandissent. On se sert pour cela de filets de fil ou de papier percés de trous proportionnés à la grosseur des Vers, on y place les feuilles fraîches, les N'ers passent à travers les interstices pour gagner les feuilles; on les enlève alors d'un seul coup et on se débarrasse des litières putrides; cette méthode est bien meilleure que le délitage à la main, très long et où l'on blessait beaucoup de Vers. Quand la graine éclot, on jette dessus des bourgeons de mûrier et on les ramasse bientôt chargés de petits Vers; ou mieux on verse de la feuille, hachée menu, sur des papiers percés de petits trous dont on recouvre les œufs dans la chambre d'incubation, il est recommaudé de hacher les feuilles dans les premières périodes de l'élevage, car on pré sente ainsi aux jeunes chenilles, avec moins de fatigue, les aliments disponibles sur une bien plus grande étendue, en multipliant des bords artificiels. C'est toujours par les bords, en efi'et,que les feuilles sont atquées par les chenilles des Lépidoptères (à l'exceptson des petites espèces qui sont mineuses de feuilles entre les deux épidermes). Pour distribuer la feuille hachée à divers degrés variables, on se sert de tamis de différents périmètres de réseau, ce qui donne une distribution bien plus régulière que celle opérée à la main.
Les races les plus habituellement élevées de Vers à soie sont unholtines ou annuelles, ne donnant par an qu'une éclosion de papillons, dont les œufs passent sans éclore le reste de l'été, l'automne et l'hiver, ne donnant les chenillettes qu'au printemps de Tannée suivante. Certains éducateurs, contre l'opinion commune, ont préconisé l'éducation en automne, en retardant à la glacière l'éclosion des œufs jusqu'à cette époque. On risque d'abord d'en détruire un certain nombre ; mais le plus grave inconvénient, c'est l'état de la feuille en cette saison. Les Chinois ne font ces éducations d'automne que quand celle du printemps a manqué. On a essayé aussi les éducations multiples, au nombre de deux ou trois par an, en se servant de races polyvollines. 11 y a alors le danger des touffes (a?phyxie foudroyante des Vers) aux fortes chaleurs de juillet et d'août ; en outre, les mûriers sont très fatigués par des cueillettes répétées ; il est vrai qu'on atténue beaucoup cet inconvénient si on se sert du mûrier multicaule, qu'on peut recéper tous les ans et qui supporte bien un second efTeuillago; mais il reste toujours le fait de la dureté de la feuille, à partir du mois de juillet. Le mieux, dans ce cas, est de suivre la méthode de Loiseleur-Deslongchamps, en divisant la graine en troislots successifs, faisant éclore le second quand le premier est au quatrième âge, etc., de telle sorte que les Vers se succèdent pour
la montée dans le même atelier, et que la troisième éducation soit terminée aux premiers jours de juillet, la première ayant commencé en avril. On a essayé les éducations en plein air, sur les arbres. Les résultats sont très contradictoires. Un argument très important contre ce mode d'éducation, c'est que les Chinois n'élèvent nulle part en plein air sur les mûriers leurs races si diverses de Vers à soie ; ce sont d'autres espèces, les Attacus Cynihia Vera G. Mén. et Permji G. Mén., qui sont les sujets des éducations chinoises à découvert sur les arbres.
Un point capital pour les magnaniers, c'est une égalité parfaite dans l'éducation des Vers; il faut que les mues, pendant lesquelles les Vers ne mangent pas et permettent d'économiser la feuille, se fassent en même temps pour tous; on laisse jeûner les premiers vers éclos, pour assurer cette précieuse uniformité de transformation. L'élude de réclusion des œufs et des diverses périodes de la vie de chenille va compléter les notions générales sur les magnaneries, et aidera à les bien comprendre.
Les œufs des Vers à soie, ce qu'on nomme la graine, ont été pondus par les papillons femelles, soit sur des étoffes de laine, soit sur toile, soit, mieux encore, sur des cartons ou de forts papiers, car les cartons produisent bien moins réchauffement de la graine et ne sont pas attaqués par les teignes, comme les étoffes de laine. Les œufs adhèrent au moyen de l'enduit collant habituel aux œufs de papillons, et qui est très faible dans certaines races de Vers à soie, ainsi des races grecques; de sorte qu'alors les œufs sont toujours en petits sachets. Il est très facile de peser les œufs adhérents à un carton au moyen d'un carton servant de tare. On peut laisser les œufs éclore sur les cartons, ou les détacher après une immersion dans l'eau. Les œufs fécondés tombent au fond, les œufs stériles restent à la surface. 11 est important de pouvoir reconnaître les œufs féconds : d'un jaune clair au moment de la ponte, ils passent au bout de peu de jours, s'ils sont féconds, à la couleur gris cendré. Quand le travail de la chambre d'incubation s'opère, la couleur gris cendré se rapproche peu à peu du bleu de ciel, ensuite du violet ; elle redevient cendrée, puis tirant sur le jaunâtre, et enfin d'un blanc sale, au moment où le Ver à soie va sortir. Il est alors entièrement formé; à la loupe, on l'aperçoit courbé en arc, avec sa tûte pareille à un point noir. On conserve les œufs à la cave ou à la glacière pour les empêcher d'éclore avant l'époque où la feuille de mûrier est suffisamment développée. Il ne faut pas les mettre en contact avec la glace, ni même les laisser exposés à l'air humide saturé de la glacière. On suspend les sachets, les toiles ou les cartons, dans des caisses de fer-blanc ou dans de grands bocaux de verre réfrigérés extérieurement. De temps à autre on les débouche un moment, afin de renouveler la provision d'air nécessaire à la respiration des embryons. Ou peut se faire à peu de frais une glacière à œufs, très commode, qui peut servir pour les élevages de beaucoup de Lépidoptères. Ou prend
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une fontaine de grùs au centre de laquelle sont disposées les boîtes de métal ou les bocaux à œufs, et, autour d'eux, des morceaux de glace dont l'eau de fusion sort par le robinet de la fontaine. Celle-ci est dans un tonneau et entourée d'une coucbe épaisse de coton cardé, très mauvais conducteur.
L'époque propice arrivée, on procède à l'incubation des ceufs. Elle se faisait anciennement à la chaleur du fumier; on y substitua ensuite, et pendant longtemps, la chaleur humaine ou celle des lits; enfin, on s'est servi de couveuses artificielles, ou mieux, de chambres d'incubation échauffées par des poêles. Les Chinois attachent une grande importance à baigner les œufs des Vers à soie, avant de les faire écloro, dans des liquides de différentes natures : de l'eau salée, de l'eau de chaux, de l'urine de vache. Ces lotions ne sont pas usitées en Europe ; pourtant, Uandolo recommande le vin; d'autres, une solution légère de sulfate de cuivre, préservatif contre la muscardine. D'après M. Cornalia, le travail de l'organisation de l'œuf du Ver à soie commence presque aussitôt après la ponte; l'embryon est constitué sur le vitellus dès le sixième jour, et vers le milieu de l'hiver il présente tous les caractères d'un animal annelé reconnaissable. Donc, le transport et les moyens de conservation agissent sur des animaux déjà formés plutôt que sur des œufs proprement dits. Cependant le Ver tout formé, mais protégé par la coque, est très robuste et peut éprouver impunément de grandes variations de température. Robinet a vu que les œufs peuvent supporter jusqu'à-}-55 degrés sans cesser d'éclore. Loiseleur-Deslongcbamps, d autre part, a constaté que les œufs ne périssent pas, bien qu'exposés à l'air libre, pendant toute la durée des hivers parisiens, à des températures qui ont parfois atteint— 18 degrés. Il a reconnu aussi que les œufs résistent à des submersions dans l'eau pendant quarante-huit heures, et, d'après l'ouvrage de Stanislas Julien, les Chinois, avant de les mettre à l'éclosion, les laissent dans l'eau salée ou dans l'eau de chaux pendant douze et même pendant vingt-quatre jours, pratiques qui n'ont jamais été employées dans les éducations européennes, qui ont offert, avant l'épidémie qui portera le nom du dix-neuvième siècle, des races robustes et magnifiques. Quand le Ver est sur le point d'éclore, il ronge la pellicule interne de la coque, qui prend alors un aspect blanchâtre et trouble; puisle Ver attaque la coque elle-même, à l'ouverture micropylaire, et on voit à la loupe son bec noir (mandibules; en train d'user lentement le chorion corné.
Les éclosions se font à toutes les heures, mais principalement, et dans une proportion considérable, de cinq heures à dix heures du malin, et la plus forte partie, de cinq heures à sept heures, circonstance fort commode pour le premier travail de la magnanerie. Ou donne le nom d'âges du Ver à soie aux périodes de son existence séparées par des mues ou changements de peau. Le premier âge (dans une éducation de trente-deux jours, à 19 degrés) comprend cinq jours; le
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deuxième, quatre; le troisième, six; le quatrième, sept, et le cin quième, dix. Dans une éducation de vingt-six jours, le premier Age est de quatre jours; le deuxième, trois; le troisième, six; le quatrième, cinq, et le cinquième, huit. Ces âges sont séparés par les mues pendant lesquelles l'animal reste immobile, le corps à demi relevé, comme les chenilles de Sphinx, auxquelles il ressemble par sa tète petite, son premier anneau très renflé et sa corne anale. En mue, le Ver ne mange pas, de sorte qu'on ne donne pas de feuille dans chaque jour de passage d'un âge à l'autre; c'est ce qui explique la haute importance de l'égalilé dans l'éducation des vers, obtenue par une éclosion aussi simultanée que possible, suivie de l'identité des conditions alimentaires et thermiques. La tèle du Ver, qui ne grossit pas, paraît allongée et noire quand il se dispose à muer, et, au contraire, grosse et peu foncée après la mue. Le Ver jette autour de lui des fils qu'il attache, comme supports, aux objets voisins, et, appuyé sur ces fils, il sort de son ancienne peau qui se fend au milieu du dos. Dans ces sommeils, j'ai reconnu que la température du Ver, du moins pour la surface du corps, devient celle du milieu ambiant et même peut s'abaisser au-dessous, tandis que dans les frezes, ou périodes de voracité, elle se relève audessus.
La chenille du Sericarta mort porte un éperon sur le onzième anneau, à la façon des chenilles de Sphingiens et de VEndro7nis versicoloraLinn. Au premier Age, le Ver à soie est noir, poilu, puis de couleur noisette au moment où va s'opérer la première mue. Il faut alors, selon Bonafous, 3 kilogrammes et demi de feuilles par once de graine (30 grammes). Lors du deuxième Age, le Ver est presque glabre, d'un cendré foncé, à anneaux apparents; il devient bientôt d'un gris clair, et enfin d'un blanc jaunâtre avec apparition des croissants sur les second et cinquième anneaux de l'abdomen. Il consomme alors plus de 10 kilogrammes de feuilles par once de graine. Le Ver est sans aucune villosité dans le troisième âge, d'un blanc terne allant en s'éclaircissant, la tête rousse; quelques-uns, qu'on nomme moricauds ou bouchnrds, et qui constituent une race robuste, restent toujours bruns ou noirâtres. Il demande alors 35 kilogrammes de feuilles. Au quatrième âge, il est nécessaire d'opérer le dédoublement peur donner aux Vers une plus grande surface. La nourriture exige 100 kilogrammes de feuilles, en tout jusqu'ici 150 kilogrammes environ. Le cinquième âge est celui des maladies graves et subites; les Vers ont alors une très grande voracité et consomment plus de C50 kilogrammes de feuilles. Au septième jour de cet âge, leur faim est insatiable; c'est la grande frèze ou In-iffe, la furia des Italiens. En ce jour, les Vers issus de 30 grammes de graine consomment en poids autant que quatre chevaux, et le. bruit de leurs mâchoires ressemble à celui d'une forte averse. A la fin de cet âge, le Ver, prêt à filer, va récompenser le travail et la dépense du magnanier. On reconnaît la maturité ou montée aux caractères suivants : les Vers mon-
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tent sur la feuille sans la mordre et dressent la tête; leur corps est translucide, do la couleur d'une prune jaune ou d'un raisin blanc très mur; ils cherchent à grimper sur les bords des claies; leurs anneaux se raccourcissent et la peau de leur cou se ride; le corps devient mou comme de la pâte; enfin la plupart des Vers traînent après eux un long fil, qui sort de leur filière buccale.
Voici, d'après IJonafous, les dimensions les plus ordinaires des Vers à soie aux diflërentsùges : 1 millimètre au moment de l'éclosion, et 2 millimètres 'peu d'instants après; au début du deuxième Age, 9 millimètres; du troisième, IZi; du quatrième, 27; du cinquième, ZiO, et à la fin du cinquième Age, 92 à 96. Le poids des Vers varie notablement selon les races.
Dans l'art du magnanier, un point d'une importance capitale est la régularité et l'élévation graduelle de la température, aux périodes successives de la vie de la chenille, en même temps qu'une répartition des repas proportionnée à son accroissement. On ménage habituellement pour la fin des éducations des températures de 23 à 25 degrés centigrades. Réaumur indique une température qu'on peut évaluer à 16 degrés de l'instrument qui porte son nom, mais dont réchelle n'est pas de lui, car elle est du physicien genevois Deluc. Boissier de Sauvages dit qu'on peut aller à 18 degrés R., et même plus. Autrefois, les Vers à soie étaient toujours élevés à une température assez modérée, 20 degrés centigrades environ, et on leur distribuait quatre repas par jour, de six heures en six heures, puis un plus grand nombre, six à huit, aux quatrième et cinquième âges. Les éducateurs modernes ont reconnu l'avantage, au point de vue des bénéfices, d'augmenter la température et le nombre des repas, afin de faire arriver plus tôt les Vers à soie à leur coconnage. Les auteurs chinois, grands partisans des éducations accélérées, indiquent jusqu'à vingt-quatre repas au début. Selon certains éducateurs (ainsi Edouard Perris, entomologiste distingué), il faut donner plus de repas aux jeunes Vers ayant besoin d'une nourriture plus fraîche et mangeant peu à la fois, mais souvent, en quelque sorte comme des enfants. Perris recommande, pour l'éducation à 25 degrés, douze repas aux premier et deuxième âges, dix aux troisième et quatrième, huit au cinquième; l'éducatian dure en moyenne quarante-cinq jours à 16 degrés, trente-quatre à 21 degrés, trente à 23 degrés, vingt-huit à 25 degrés, dix-huit seulement à ZiO degrés. Les éducations de très courte durée, maintenues pour cela au-dessus de 25 degrés, ne sont pas à recommander. Il est difficile d'abord, à moins d'un outillage coûteux, de maintenir pendant tout le temps ces températures élevées. Ln outre, ces hautes températures débilitent les races et les prédisposent aux épidémies. Aussi M. de Quatrefages a recommandé avec raison des températures moins exagérées, se rapprochant de l'état naturel, où la chaleur croît avec le dcvcloppomcnt des feuilles du mûrier et avec l'Age du Ver, suivant le passage ordinaire du printemps à l'été, à savoir 10 à 12 degrés
GIRARD. III. L'f)
pour réclusion de la graine, au lieu de 18 degrés qu'on Indique habi tuellement, 12 à IZi degrés aux premier el deuxième âges (Dandolo conseillait 22 degrés), 14 à 16 degrés au troisième, 16 à 18 degrés au quatrième, 18 à 22 degrés au cinquième. Nous verrons d'autre part que, lorsque l'on trouve à redouter la fJacherie, qui reste à peu près la seule épidémie en ce moment, il est bon de faire des éducations en entier printanières, de sorte qu'il faut chauffer assez fortement. Le précepte de M. de Quatrefages suppose une région saine, comme se trouvait la France autrefois; actuellement, on tâtonne, on Yarie d'une région à une autre; il semble qu'on n'évite un danger que pour en rencontrer d'autres. M. de Quatrefages recommande un surcroît de chaleur aux mues, époque d'abaissement de température des Vers, comme je l'ai constaté dans mes expériences, et, au contraire, certains magnaniers éteignent alors les feux. Il indique aussi d'élever la température lors de la montée, afin de la favoriser et de conserver la même chaleurpour le coconnage de la chenille, sa nymphose, l'éclosion et la ponte du papillon, toujours comme dans la nature, où ces actes doivent s'accomplir en été, et ne pas éteindre les feux dans ces périodes. Il recommande de très larges ventilations, des éducations même sous hangar, le grainage par petites éducations isolées, avec tous les soins mentionnés plus haut.
A l'état sauvage, le Ver à soie établissait son cocon dans les branches mêmes du mûrier, en l'entourant de fils grossiers entrecroisés, les premiers filés servant d'attache, et qu'on appelle bave. Domestique, il ne procède pas autrement; il faut donc lui donner les moyens d'attacher son cocon, construire ce qu'on nomme des encabanages. La première idée, et c'est celle des Chinois, fut de lui fournir des branches artificielles auxquelles il pût monter. On prend des branches de diverses bruyères, de genêt, de petit houx, de buis; des tiges de navet, de colza, de chicorée sauvage; des sarments de vigne, etc., selon les pays. Généralement on dispose les branches en lignes transversales sur les claies, à 50 centimètres de distance; les extrémités pressées par la claie supérieure s'inclinent et l'élasticité produite maintient ces branches debout. On incline alors légèrement les branches des deux rangées les unes vers les autres, de sorte qu'il se forme un arceau ou cabane. Quelques éducateurs disposent les bruyères dans le sens longitudinal, soit sur les deux bords des claies, ce qui empêche souvent de monter les vers du milieu trop éloignés, soit au milieu, sur deux lignes contiguës, en recourbant alors les arceaux en sens contraire ; il y a dans ce cas des Vers qui restent errants sur les bords des claies. Comme il faut cncabaner très rapidement, parce que les Vers montent toujours en même temps dans une éducation bien conduite, le mieux est de disposer à l'avance les rameaux dans (les tasseaux ou tringles de bois. 11 faut que les rameaux soient toull'us, pour que les Vers y filent volontiers on trouvant plus de points d'attache, et qu'ils offrent des fourches dès la base, pour que les
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Vers y montent plus facilement. Dans les vicies on intercale quelques rameaux supplémentaires. Les encabanages de colza ou de chicorée ne peuvent servir qu'une année ; ceux de gonèt ou de bruyère durent plus longtemps. On les passe à la flamme pour enlever les bourres, et on les sèche au soleil au moment de s'en servir.
Les encabanages ont l'inconvénient de multiplier les chances d'incendie, d'intercepter la circulation de l'air et de faciliter la formation des cocons doubles, non dévidables, perte pour le producteur. On a cherché à parer à ces défauts au moyen de coconnières, appareils indépendants des claies et souvent de l'atelier lui-même et dans lesquels on installe les Vers pour les faire filer. On n'a dès lors plus de litières à émanations, et on a soin d'établir une ventilation puissante dans ces coconnières, qui accumulent les Vers dans un très petit espace. I>es coconnières des Chinois sont des claies de bambous, placées sous des hangars et recouvertes d'une couche de branches sèches ou de cônes à claire-voie en paille de riz ou de blé. On emploie encore en Chine, de même qu'en France chez certains éleveurs, des bottes coconnières de paille, serrées à une extrémité, élargies à l'autre en base de cône et disposées sur des tablettes. On a imaginé aussi des casiers en carton, ou mieux en petites planchettes de bois, comme étaient les châteaux Delprino, qui figuraient en 1867 à l'Exposition universelle de Paris. On a ainsi des cellules carrées dans chacune desquelles se loge un Ver et son cocon ; c'est là le meilleur moyen d'éviter le déchet causé par les cocons doubles, car il est difficile à deux Vers de s'associer dans la petite case; mais le déramage est long.
Les coconnières dont nous venons de parler exigent un local à part de celui de la magnanerie, local qu'il faut chauffer et ventiler. Le mieux est de se servir de claies coconnières, ayant la même destination, dans le même local, de l'élevage du Sericaria mori en chenilles et de la confection des cocons. Les claies coconnières Davril sont les meilleures. On les établit sur des tasseaux de bois placés selon la largeur de la claie où s'élèvent les Vers. On en met en générel trois, une au milieu, deux aux extrémités de la claie; il en faut d'intermédiaires si la claie est très longue. Sur les tasseaux sont fixés de champ, sur les faces opposées des traverses, des tringles en bois de 6 millimètres d'épaisseur sur 15 de largeur, s'élevant parallèlement et de telle sorte qu'une tringle d'une des faces du tasseau correspond au vide formé par deux tringles de l'autre face. Pour arriver à ces claies horizontales, les Vers montent par des échelles qui sont des claies coconnières à tringles verticales. Ces échelles descendent dans la litière d'une part, et de l'autre atteignent les claies coconnières horizontales. Les Vers montent très vite entre les tringles rapprochées des échelles, et se fixent, pour filer plus facilement et plus promplemcnt,dans les bruyères; l'intervalle des tringles est tel, qu'il est difficile qu'il se forme des cocons doubles. Le décoconnage est prompt, et on voit immédiatement les Vers morts et les chiques ou cocons
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inachevés et imparfaits, tandis qu'ils sont souvent masqués par d'autres cocons dans les encabanages; on peut alors les retirer pour qu'ils ne salissent pas la soie.
Après les fils rameux de la bave d'attache, vient le cocon, formé d'un fil continu, mais non homogène, constituant des couches ou robes superposées, pouvant aller jusqu'à six, selon la vigueur et la grosseur de la chenille. Les premières couches sont floconneuses, s'enlèvent facilement et forment la bourre, qui sera cardée avec les déchets du filage; puis vient la soie proprement dite, qui doit être dévidée sur le tour, et enfin le tissu interne, contre la chrysalide, si serré qu'il devient une mince pellicule ou pelcttc, qui finit par n'être plus dévidable, d'autant plus tôt que l'ouvrière est moins adroite. Voici le résultat d'une analyse immédiate de soie jaune : sur 100 kilogrammes, matière soyeuse (fibrine principalement), 7Z|,280; matière agglutinante lustrée, 21; matière colorante, 6; huile, 0,220; adipocire, 0,500. La longueur du fil du cocon du Ver à soie a été autrefois évaluée par Lyonnet et Malpighi à environ 300 mètres; les recherches de Loiseleur-Ueslonchamps, toutefois par un dévidage bien plus parfait que le dévidage industriel, ont donné des nombres bien plus grands, ainsi plus de 1000 mètres pour certaines races, comme longueur totale du fil, dévidable et non dévidable. Il est important pour l'industrie de choisir les races qui donnent, i\ poids égal, les fils les plus longs et les plus fins, pour avoir moins de frais et de déchets. Le fil du cocon est maintenu accolé dans tous ses replis par une sorte de glu naturelle ou grès, bien moins épaisse et moins tenace toutefois que celle qu'on trouve dans la plupart des cocons du genre Attacus; c'est l'eau chaude, ou même bouillante, qui doit la dissoudre en partie et permettre le dévidage.
La couleur du cocon est un des caractères des races de Vers à soie; au moment de la montée, on reconnaît aisément,par la translucidité du Ver, si les glandes séricigènes sont pleines d'un liquide blanc ou jaune ; en outre, d'ordinaire, les pattes membraneuses sont blanchâtres dans les races à cocon blanc, jaunâtres dans celles à cocon jaune. Les races élevées en Fiance les plus importantes (malheureusement pour la plupart à l'état de souvenir aujourd'hui), sont les Sma.s, qui produisent une soie blanche très pure, et dont les plus beaux cocons sont mis à part pour la fabrication directe, sans blanchiment ni teinture, des blondes ou tulles de soie ; les Milanais (soie jaune), en retard sur les précédentes de trois ou quatre jours ; les petits Espagnols (soie jaune); la race de Loudun (jaune); la race Cora {id.); la race très robuste de Sainte-Tulle; les races d'Aubcnas, Dandolo, Novi, Ardèche (blanche et jaune), Bourg- Argental, Loire, etc. ; une foule de races locales : tout cela en rapport avec une doraesiication bien ancienne du Ver. Les races japonaises, si employées en France depuis l'épidémie, ont despetits Vers et des petits cocons, blaiich-, jaunes ou d'un vert jaunâtre, d'une soie assez faible, bien laits, souvent étranglés au miiieu, surtout chez les mâles; les races
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de Gri-ce ont des œufs qui ne se collent pas aux objets sur esqucls ils sont pondus; celles de Perse ont des cocons trôs gros, mais salines, d'un grain médiocre. 11 existe des races à cocons d'un blanc verdâtre (céladons); on dit qu'il en est en Chine à cocons tout à fait verts. Il y a des races à cocons nankin ou jaune roussàlre; en Toscane, près de Plstoie. était élevée une race à cocons d'un rose pAle. On a mentionné des cocons couleur de pourpre. Il existe en Italie une race de Vers à trois mues, au lieu de quatre, à cocons petits, d'une jaune roussâtre ou nankin ; cette race, d'éducation rapide, de soie médiocre, a été créée en prenant comme reproducteurs despapillons dont les Vers n'ont eu accidentellement que trois mues, par nutrition plus rapide. On ne mettait habituellement cette race en incubation que lorsque les races ordinaires avaient péri au début de l'éducation, par quelque circonstance atmosphérique faisant manquer la feuille.
Le Ver à soie met trois ou quatre jours à filer son cocon sans muer; seulement ses anneaux se resserrent et il se raccourcit beaucoup, outre la perte de poids qu'il subit à mesure que se vident ses glandes séricigènes. En outre, il faut deux ou trois jours pour la transformation en chrysalide (cinquii-me mue) ou le passage au sixième âge. Les sexes existent déjà dans les chrysalides, comme on le reconnaît à leurs mouvements sion en rapproche de sexes différents. Les chrysalides formées, on opère le déramage ou décoconnage, c'est-à-dire on retire les cocons des encabanages ou des claies coconnières. 11 faut avoir grand soin de séparer les Vers morts et putréfiés qui tacheraient la soie des cocons. On procède alors au triage des cocons. Il est en effet des cocons qui ne peuvent être filés et doivent être réunis aux frisons et aux bourres et subir le cardage ; d'autres qui sont remplis de Vers muscardinés ou dragées, et qui, trop légers, remontent à la bassine jusqu'à la filière, et qui font casser le brin. Il faut séparer les percés ou y ifrés, c'est-à-dire les cocons pointus et ouverts, ou du moins très faibles à un des bouts; les chiques, qvLi ne sont formées que d'une mince couche de soie et rappellent les cocons de Bombyx 7ieus tria, Odovestis potatoria, lasiocampa, etc. Il y a des cocons ouverts en nasse à une extrémité, comme le sont naturellement ceux des Attacus piri, carpini, Cynthia Vera, Arrindia, Cecropia, etc. 11 y a des cocons très petits et subpolyédriques ; d'autres, dits satinés, dont la surface, d'un grain làrhe et inégal, paraît boursoufflée. Knfin viennent les doubles ou douppions, filés par deux vers associés et qui entrecroisent leurs fils en commun. Tantôt ils sont ovoïdes et très gros, ne montrant pas de duplicité à l'extérieur; il en est, au contraire, de trigones, de tétragones ; d'autres très irréguliers de forme, avec accolement et bordure visibles de deux cocons séparés; parfois même les deux cocons r(!stent distincts, unis seulement par quelques fils communs. On avait annoncé que les deux chenilles d'un douppion sont toujours de sexes différents; mais on a reconnu, sur de nombreux exemplaires, qu'il n'y a rien de régulier à cet égard ; tanlùt il y a
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même sexe, tantôt sexes différents. Il reste h éclaircir s'il y a prédominance d'un des deux cas et duquel. Si tous ces cocons de rebut étaient filés avec les bons, il arriverait constamment qu'un des brins du fil multiple qu'on veut obtenir casserait; de là de^ bouchons, des mariages, tous accidents qui font perdre beaucoup à la qualité de la soie.
Après le décoconnage on procède au débourrage, qui se fait mieux avec les doigts qu'avec les machines. Quand on vend les cocons, il faut vendre le plus tôt possible après le déramage, car l'éclosion d'un seul papillon détournerait l'acheteur, qui pourrait, à bon droit, croire à l'existence de beaucoup de cocons percés. On ne peut vendre après l'étoufl'age, vu la prompte dessiccation des chrysalides tuées et la perte de poids, qui est des plus variables. Il faut vendre avec les chrysalides vivantes; or, selon Dandolo, sur 1000 de cocons vivants en poids, il y a 842 de chrysalides vivantes; 6,5 de dépouilles des Vers et 153,5 de matière soyeuse. Il faut vendre le plus tôt possible après le déramage, car les cocons perdent de leur poids, même avant l'étouffage. D'après Dandolo, des cocons qui, le jour du déramage, pèsent 1000, ne pèsent plus, le quatrième jour, que 970; le septième jour, 953; le dixième jour, 925. Cela est dû à la perte de poids des chrysalides parévaporation, qui s'accomplit sans cesse et que le cocon n'empêche pas complètement. Il est destiné par la nature à s'opposer au refroidissement superficiel qui est la conséquence de cette évaporation. Les chrysalides, au moment même où on les retire du cocon, sont toujours notablement plus chaudes que l'air ambiant ; mises à l'air libre, elles s'abaissent promptcment à sa température et même au-dessous (Maurice Girard), en même temps que l'évaporation surperficielle amène des pertes de poids^croissantes, que constate la balance.
On a employé un grand nombre de moyens pour l'étouffage des chrysalides. Les procédés des Chinois sont : 1° le soleil, 2" l'eau salée, 3" la vapeur d'eau bouillante. Le soleil altère la soie. La vapeur d'eau, parfois usitée dans le midi de la France, détrempe la soie et fait couler les vers fondus. On se sert plus souvent du four à pain, quand il n'est plus assez chaud pour roussir ou crisper la soie ; on ne doit pas donner plus de 15 centimètres d'épaisseur à la couche de cocons. On a essayé aussi divers gaz, notamment l'acide sulfhydrique et l'acide sulfureux. Le mieux paraît être un courant d'air chaud, alimenté au moyen d'un poêle ou du calorifère de la magnanerie (procédé Camille Beau vais). Avan'. de cesser l'air chaud, on essaye sur des chrysalides refroidies, si la mort a eu lieu.
Le dévidage des cocons se fait au moyen d'eau chaude, qui ramollit la matière gommeuse collant le fil. Autrefois chaque fileuse avait devant elle une bassine de cuivre, large et peu profonde, établie sur un fourneau. En 1805, on substitua à cet outillage isolé l'appareil Censoul, qui amène dans les bassines la vapeur d'eau à liante pression, à volonté.
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au moyen de robinets. Pour chercher les bouts de soie des cocons, les Chinois agitent dans l'eau chaude de petits bâtons de bambou. Kn Europe, on se sert de petits balais de bruyère, avec lesquels on bat les cocons jusqu'à ce que les brins de fils s'y accrochent. Ce battage est une opération très délicate et qui exige une grande habileté, pour accrocher tous les cocons sans les percer. On commence par faire la purge des cocons, c'esl-à-dire enlever d'abord les fils multiples et les bouchons. La fileuse reçoit dans sa main gauche tous ces fils dits friso7is, et qui seront cardés avec la bourre ou première veste des cocons. On arrive ainsi à avoir un seul fil par cocon. Il serait difficile, presque impossible, de filer en grand les cocons un par un, et d'ailleurs la soie serait trop fine. Il faut réunir les fils de plusieurs cocons pour en former un brin unique, en profitant de ce qu'ils conservent encore une partie de leur grès naturel. C'est pourquoi la fileuse les fait converger vers un orifice unique de réunion, dit filière. L'industrie imite ici ce qui se passe dans la nature, où chaque fil de la chenille résulte de l'accolement dans la filière buccale de deux fils, un pour chaque glande séricigène.
En Chine, on se sert d'une monnaie percée d'un trou; en France, on a des filières de verre, d'agathe, surtout de fer, en forme de spatule percée de trous à sa partie large et fixée par l'autre bout au-dessus de la bassine. Le nombre des fils de cocon qu'on a associe, varie, selon l'usage futur, de 3 à 10, 12, 15, etc., et même plus, ainsi jusqu'à 50 pour faire le fil de soie des grosses cordes de contrebasse. Les fils se collent ensemble dans la filière, car l'eau chaude n'a fait que ramollir leur matière glutineuse; mais ce rapprochement en un seul point à la fois dans un instant très court serait insuffisant pour donner un fil unique, homogène, arrondi partout également. On a imaginé alors de filer deux fils composés à la fois, chaque bassine portant deux filières, puis de les tordre ou croiser ensemble un certain nombre de fois, de manière à les bien accoler, non sur un seul point à la fois, mais sur une certaine longueur; c'est ce qu'on nomme faire une croisade ou encroisure. Les deux fils, écartés au départ, puis croisés, puis écartés de nouveau pour se rendre au dévidoir, où ils formeront deux écheveaux séparés, ont la forme d'un X. Jusqu'à Vaucanson, les fileuses croisaient à la main, en tordant les deux brins avec les doigts ; on a maintenant des croiseurs qui opèrent une torsion commune, régulière et déterminée. Les deux fils, après la croisade, sont reçus en deux écheveaux sur les bras ou lames de Vasple ou dév idoir. On oh\ioA\[ ainsi les flottes de soie grège, à 3, 8, 10, etc., brins.
Le degré de finesse de la soie constitue son titre. Pour l'obtenir on pèse au trcbuchet un petit écheveau de 500 mètres de longueur, obtenu sur un dévidoir spécial, et, selon le poids, on aura de la soie au titre de 580, 730, 856, etc. milligrammes. Le-titre sert aussi à s'assurer, quand il ne varie que peu sur divers écheveaux, de la régularité de la filature.
Le plus avantageux est d'expédier les cocons à une filature centrale, au lieu de filer chez soi en petit. On n'est plus du tout ici, en elTet, dans les conditions de l'éducation; on opère sur de la matière brute, on rentre dans les lois industrielles ordinaires.
Comme la soie est très hygrométrique et que son poids peut varier jusqu'à 12 pour 100 par des additions d'eau, ce qui permettrait des fraudes, on nomme conditionnement des soies l'opération qui les ramène toutes uniformément à la même dessiccation. A Lyon, àSaint-Élienne, à Saint-Chamond, etc., à Paris même, existent des établissements spéciaux autorisés, soumettant toutes les soies à cette opération, en prélevant une taxe; elles ne sont achetées qu'à cette condition. Enfin on mesure, en général dans les mômes établissements, la ténacité du fil de soie grège, au moyen de l'instrument appelé sérimètre de Froment, fondé sur le principe de tous les mesures de ténacité, en déterminant le poids qui, sous une longueur donnée, produit la rupture du fil fixé par une extrémité. Persoz a reconnu au sérimètre que la soie de certaines races du Sericaria mori est la plus tenace de toutes, l'emportant sur la soie des divers yl/?acws ou Vers à soie auxiliaires, comme Cynthia Vera, Pernyi, Yama-maï, etc. Cet instrument permet de reconnaître que les deux fils dédoublés et presque invisibles d'un seul fil de cocon ont une ténacité très appréciable, que les cocons mâles fournissent une soie plus fine et cependant plus tenace que les cocons femelles. En efTet, à égale longueur, le poids des cocons mâles est représenté par 1128 et celui des cocons femelles par 1159; la ténacité a été pour les cocons mâles 10,63 et pour les cocons femelles 9,80 (moyenne de 200 cocons). M. Aubenas, de Loriot (Drùme), dans une usine considérable, a inventé un appareil de torsion à dévidage régulier et simultané, au moyen duquel il peut tirer des cocons doubles une soie de première qualité. Ces douppions, qui entrent dans la production indigène et étrangère pour une moyenne de 5 à 10 pour 100, ne produisaient jusque-là (1) que delà soie dont le prix varie de 20 à 25 francs le kilogramme. M. Aubenas parvientà en tirer un fil ûe la valeur de Zi5 à 55 francs le kilogramme. La routine a conservé dans les filatures de grège une vieille mesure de poids, le denier, qui équivaut à O^fjOSS. Les flottes actuelles d'essai de titrage sont de 500 mètres; anciennement elles étaient de i76 mètres. Supposons une soie fine, où 500 mètres de fil pèsent Zi«',70; elle vaut en deniers 8,8^, et ce titre éclaire elle moulinier et le tisseur, suivant l'emploi qu'ils veulent faire de la soie. Nos anciennes soies des Cévenncs avaient comme titres les plus courants 11 à 12 deniers.
La soie grège des flottes est soumise au moulinage ou à \'oiwraison,(\ui la convertit en soie ouvrée. La première opération est un dévidage des écheveaux des flottes sur des bobines appelées roquets, avec purge des nœuds mal faits, des bouchons, des mariages, dus à une rupture après
(1) Compt. rend. Acad. des sa\, 18G3, LVI, p. 3C4.
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croisade d'un fil qui se jette sur le voisin. Puis on fait le fil dit or(jansin, à deux brins tordus en sens inverse, servant à faire la chaîne des tissus de soie, et le fil dit trame double, à deux brins tordus de même sens, servant à faire leur trame.
Le décrensage enlève ensuite la matière glutineuse de la soie, qui a permis la croisade des soies grèges, au moyen de bains d'eau de savon à 80 degrés; puis vient la cuite, qui consiste à plonger les écheveaux décreusés dans des sachets de toile maintenus dans un bain d'eau de savon bouillante. Vient après cela le blanchiment de la soie dans le soufroir, au moyen de l'acide sulfureux gazeux. On teint parfois les soies grèges; mais, le plus souvent, on teint les soies ouvrées cuites. Les douppions et les cocons percés donnent, par le cardage, un fil dit galette. Le fil tiré de la galette, savonné et cuit, est appelé filoselle. Les bourres ou bavettes, les frisons ou déchets du dévidage en soie grège, les bassinais ou cocons tombés au fond de la bassine, sont ensuite cardés tous ensemble et donnent le fleuret ou chappo, et le fil qui en est tiré, savonné et cuit, est la fantaisie. La fantaisie et la filoselle servent souvent de trame aux tissus de soie, pour les qualités à bon marché.
Les plus beaux cocons sont d'habitude mis à part pour donner les reproducteurs réservés pour le grainage. Le septième ûge, qui s'accomplit après la sixième mue ou éclosion de la chrysalide, est l'âge adulte ou de reproduction du Ver à soie. Les chrysalides éclosenl au bout de quinze à vingt jours après la confection du cocon ; dans les cocons en nasse ou naturellement ouverts, comme ceux de VAttacus piri, c'est toujours par l'ouverture prédisposée que sort l'adulte. Dans les cocons fermés aux deux pôles (Sericaria mori, Attacus Yama-maï, Pernyi, etc.), il y a à la tête de la chrysalide un réservoir particulier de sécrétion, découvert par Guérin-Ménevillc, servant au papillon à ramollir et à écarter les fils d'un des bouts, de façon à ce qu'il n'a plus qu'à pousser avec sa tête pour sortir, à la façon d'un enfant qui passe à travers une haie. Il n'y a pas d'organe de section à la tôle du papillon de Sericaria mori, dont la bouche est rudimentaire. On a dit longtemps à tort que les fils du cocon percé étaient coupés, d'après cette assertion inexacte et bizarre de Latreille,que le papillon les limait avec les yeux à facettes, comme avec une râpe. En filant le cocon mouillé à la main et avec précaution, on voit que le fil est resté continu. Ce qui fait qu'on ne peut filer ces cocons, c'est qu'étant percés ils se remplissent d'eau et tombent au fond de la bassine, comme les cocons vitrés. 11 faudrait filer à sec; mais le fil, altéré par le liquide naturel de décreusage fourni par la chrysalide, a perdu de sa solidité et casse.
On a fait de nombreux essais pour filer ces cocons ouverts à la sortie du papillon, au lieu de les carder. Christian Le Doux a imaginé des ampoules ou chrysalides en caoutchouc, qu'on introduit dans les cocons percés et qui permettent de les mettre à la bassine avec les cocons ordinaires; seulement il faut de fréquentes
rattaches pac le défaut de solidité du fil. Pour simplifier la maind'œuvre, il s'est ensuite contenté de placer ces cocons percés à la bassine ordinaire, mais sur un treillis métallique intérieur qui oblige les cocons à rester dans l'eau superficielle, en étant seulement recouverts d'une très faible couche d'eau nécessaire pour leur décreusage.
En généra], les cocons mâles sont moyens et étranglés au milieu; les cocons femelles sont plus gros, plus renflés, plus arrondis aux extrémités. On dépose les cocons dans une chambre entre 21 et 2h degrés, en ayant soin de les fixer par un fil commun, de sorte que le papillon ne puisse les entraîner. On constitue ainsi des ^/an?5. C'est le matin, de cinq heures à huit heures, qu'éclosent les papillons, comme les œufs. On a soin d'établir alors l'obscurité, car la lumière les blesse et ils se fatiguent en cherchant à l'éviter. On met les mâles à part dans une boîte, assez loin des femelles pour qu'ils ne soient pas excités par leur odeur, s'agitent et perdent leurs forces. En outre, il faut éviter les accouplements prématurés, afin que les papillons aient le temps de rejeter le méconium nyraphal, accumulé dans le caBCum, tout le reste du tube digestif de la chenille étant devenu rudimentaire ; si le papillon est bien portant, ce méconium est un liquide urique de couleur jaune nankin. On fait ensuite accoupler, en rejetant tous les sujets faibles ou à ailes avortées. Les mâles, en agitant les ailes, tournent autour des femelles, qui ne font que peu de mouvements. La majorité des éducateurs ne laisse pas l'accouplement durer au delà de six heures ; on dépapillonne en séparant les sujets. Les Chinois, à ce qu'il paraît, laissent encore bien moins de temps. Au contraire, pour obtenir dans les conditions les plus naturelles la graine destinée à donner des races capables de résister aux épidémies, M. de Quatrefages recommande de laisser les accouplements se terminer d'eux-mêmes. On fait pondre les femelles fécondées sur des carions ou sur des toiles. Les œufs, d'abord d'un jaune tendre, passent en huit ou dix jours au jonquille, puis au gris roussâtre, enfin an gris d'ardoise, avec une légère dépression au centre. Nous avons vu que, de même que dans d'autres espèces de Bombyciens et d'Attaciens, on a signalé des femelles donnant des œufs féconds sans accouplement, et d'où proviennent des chenilles, puis des adultes des deux sexes. Ce fait, déjà connu de Malpighi, est très exceptionnel; les œufs des femelles vierges, presque toujours stériles, sont pondus comme les œufs féconds, mais restent longtemps jaunes, et finissent par s'obscurcir et se dessécher.
On conserve les toiles ou les cartons à œufs dans des filets suspendus dans un lieu à 12 ou IZi degrés au plus. Au prin temps, quand la température commence à s'élever, on porte la graine à la cave ou à la glacière, de peur d'éclosioiis prématurées, avant ([ue la feuille de mûrier ne soit en quantité suffisante et certaine.
Jusqu'à présent nous avons supposé que l'éducation du Ver à soie s'est accomplie dans les conditions normales; mais un animal aussi
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complètement domestique est assujetti par cela même à de graves et fréquentes maladies, prenant même les formes épidémiques les plus tenaces et les plus redoutables, au point de compromettre la production dans un pays donné, peut-être même d'anéantir la race, comme cela arrive en Europe depuis une trentaine d'années. Nous nous garderons bien de présenter au lecteur l'historique des innombrables recettes de guérison ou de préservation qui ont été proposées, presque toujours sans aucun principe rationnel et par des personnes étrangères aux méthodes expérimentales, oubliant notamment d'étudier séparément les diverses causes d'un phénomène par les éliminations successives et d'établir des contrôles.
Nous laisserons à part des maladies proprement dites un accident très redouté au moment de la montée et qu'on appelle touffe. Quand un orage, un vent très chaud, rendent l'air du dehors plus chaud et moins dense que celui de l'atelier, ce dernier ne peut sortir, et le Ver, subitement empoisonné par les miasmes putrides des litières, tombe de la feuille et des encabanages, à la façon d'un Vertébré supérieur frappé de congestion. Cet accident préoccupe fortement les magnaniers à la fin des éducations, et fait perdre des chambrées entières. 11 oblige à ne pas trop retarder les éducations, à les terminer avant la saison des orages et des fortes chaleurs. Le remède est de ventiler à tout prix et d'ouvrir les trappes ; le mieux est une puissante cheminée d'appel. On peut parfois y suppléer par de grands feux qu'on allume aux orifices supérieurs de la magnanerie ; ou bien on jette de l'eau dans l'atelier, ce qui abaisse rapidement la température par le froid dû à l'évaporation. Je fus témoin d'une toull'e qui fit périr presque tous les Vers d'une belle chambrée à la magnanerie expérimentale du Jardin d'acclimatation, à Paris. Elle eut lieu en juin, par un dimanche très orageux où la magnanerie fut remplie pendant cinq à six heures d'une foule compacte de visiteurs, sans qu'on pût renouveler l'air.
D'après M. Pasteur, les maladies du Ver à soie se ramènent à quatre entités morbides : la grasserie, la muscardine, la maladie des corpuscules et la flacherie. Les anciens auteurs ont beaucoup augmenté la liste des maladies, en prenant pour des affections spéciales des symptômes, plus ou moins réguliers et constants, des quatre maladies principales.
La grassf'rie, qu'on nomme encore le gras, la jaunisse, les vaches, est une infiltration générale de la chenille par une graisse huileuse et jaunâtre. Ce mal est dû aux miasmes des litières et débute ordinairement au troisième âge ; il est presque impossible que, dans les grandes éducations, il n'atteigne pas certains sujets; mais il constitue rarement une épidémie. On séquestre les Vers attaqués à l'infirmerie, et, là, parfois on les rétablit par l'aérage. On doit enterrer les cadavres, de peur que les poules ne les mangent, ce qui les empoisonnerait. Nous rattacherons à cette affection d'autres maladies également accessoires. La
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rouge se reconnaît dès la sortie de l'œuf, à une teinte rougeStre de la larve; elle est due à une incubation à trop forte clialeur ou à un passage trop subit du froid au chaud. Dans les aiïeciions qui précèdent le Ver vit jusqu'à la montée, donne des cocons très minces et très faibles qu'on appelle des peaux, et ne se change pas en chrysalide. La luzette, ou luisette, ou clairène, se manifeste en général au cinquième âge. Le Ver devient d'un rouge clair, puis d'un blanc sale, à corps transparent, raccourci dans ses anneaux et rendant du liquide par la filière. Les chenilles mangent sans coconner et tapissent les litières d'une couche plate de leurs fils {VWs tapissiers); il faut les jeter. En faisant macérer ces larves dans le vinaigre, les ouvrant et étirant au dehors avec les doigts le liquide de chaque glande séricigène, on obtient par l'action siccative de l'oxygène de l'air ces fils si résistants employés pour pêcher à la ligne et connus sous le nom de fils de Florence.
Dans la Hentérie, ou dysenterie, ou (lusso de Cornalia, les excréments du Ver à soie ont l'aspect d'un liquide visqueux tenant en suspension des fragments de feuilles non digérés. Cet accident, qui se produit surtout dans les années humides et froides, est dû à la nourriture à la feuille mouillée, ou à des feuilles à sécrétion gommeuse âore.
Lorsque, à l'imitation des industriels italiens, les éducations en grand de Vers à soie sont devenues prédominantes en France, à la place des petites éducations dans chaque maison, on a eu à subir une épidémie redoutable, surtout de 18û0 à IS31 -.la muscardine, ainsi appelée d'après le nom de miiscardin, qui est, en Provence, celui d'une dragée blanche. Toutefois cette épidémie a eu moins d'extension et moins de gravité queles épidémies des corpuscules et de la flacherie, qui lui ont succédé après un intervalle de quelques années. Le Ver prend une teinte d'un jaune rougeâtre ou brunâtre, offrant çà et là des plaques plus foncées. La montée se produit, ainsi que le cocon, et par suite s'effectue la récolte de soie; mais toute reproduction est arrêtée, car l'insecte reste ordinairement dans le cocon à l'état de chenille, parfois de chrysalide; mais avec le corps durci, raccorni, momifié (voir pi. xcin, fig. 7), ne pourrissant pas. Le Ver, ainsi que l'a reconnu Bassi en 1835, a été envahi par un Cryptogame, Bolnjlis Bassiana, développé dans le tissu adipeux. Après la mort de l'insecte, l'hymenium du Cryptogame sort des trachées, se répandant au dehors par les stigmates, et recouvre le corps d'une moisissure cotonneuse ou farineuse blanche, ce qui, avec le durcissement, le fait appeler dragée.
Audouin a étudié en France cette maladie, et a démontré son mode de contagion en inoculant par piqûres à des Vers sains, à des chenilles diverses de Lépidopètres, ou des larves de Coléoptères (Buprestes, Sapcrdes, etc.), le sang de Vers muscardinés, et voyant se développer le Crypiogame dont il a suivi et dessiné toutes les phases. Réciproquement, la muscardine, développée par inoculation sur les larves de Lépidoptères et de Coléoptères au moyen du Ver à soie, a été ensuite reportée de ces
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larves sur les Vers à soie sains. La muscardine peut se montrer spontanément et en tout lieu, dans certaines circonstances favorables. Ce n'est pas une maladie particulière au Ver à soie, mais générale, spéciale peutêtre à la classe des insectes. On sait que ceux-ci sont souvent envahis par des Cryptogames, ainsi les Entomophthora de la mouclie des maisons, les Isaria de beaucoup de chenilles, devenant des Sphœria à la phase de fructification. La muscardine peut se propager non seulement des Vers à soie à des insectes d'espèces très dilTérenles, mais, développée spontanément, ainsi lors des éducations à l'humidité, chez ces insectes, elle peut se transmettre aux Versa soie. Dans tous ces transports le Cryptogame et la maladie ne changent pas ; un moucheron peut inoculer la muscardine dans une magnanerie en volant sur les Vers d'une tablette à l'autre. Si les sporules sont le moyen de propagation habituel, ce qui fait que l'infection a lieu généralement par les cadavres àefflorescences {hymenium), on peut cependant obtenir son développement artificiel par greffe de son thallus ou myceliamsui-lc tissu graisseux d'un insecte, et même, par cette voie, l'infection est plus rapide et la mort plus prompte. La connaissance exacte de la muscardine fait que cette affection n'est plus à craindre maintenant à l'état épidémique. lin effet, si elle est introduite par accident dans une magnanerie, elle ne fait pas perdre la dépense de l'année, puisqu'elle permet la récolte de soie. On peut arrêter avec certitude la reproduction du mal pour l'année suivante, en détruisant comme il suit toute trace des sporules. On passe au chlorure de chaux tout le matériel mobile. Eu outre, fermant bien toutes les issues de la magnanerie, on y fait brûler le mélange qui servait à donner l'acide azotique dans les anciennes chambres de plomb, le feu bluîic des artificiers, formé de 2 parties de salpêtre en poudre et 1 partie de soufre en poudre. Après l'action d'un acide aussi énergique, la muscardine ne peut plus reparaître que par une nouvelle contagion venant du dehors, en raison d'une négligence et d'un manque d'information et de surveillance.
Une maladie plus grave a commencé à sévir en France, d'une manière épidémique, d'abord par points isolés, environ vers 1840. En I8à5 le mal n'avait pas dépassé la vallée inférieure du Uhùnc. Les années suivantes, il gagnait le bas Languedoc, remontant vers Lyon. En 1849, il atteint soudainement le bas des vallées des hautes Cévennes, qui avaient eu une magnifique récolte en 18/i8, et pénètre dans l'Ardèche. Les points culminants de ces contrées sont successivement atteints, mais, avant eux, des points bien plus élevés avaient été attaqués dans la Lozère. Les environs de Castres, de Lavaux, de Montauban, et l'Algérie, résistent jusqu'en 1836, et sont contagionnés à divers degrés en 1857. L'Espagne fut atteinte en 1852, la Lombardie en 1855, le royaume de ISaples,de 1857 à 1858 ; à cette même époque, l'Archipel et la Syrie. Au bout de quelques années d'observation, il fut bien avéré que la maladie était indépendante du sol et de l'altitude. On reconnut que les
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poinls épargnés peuvent être entourés de points frappés; ainsi un très ancien foyer existait à Cavaillon, dans la vallée de la Durance ; on était oblisé de grainer ailleurs. Le mal était endémique en 18/i3 à Saiiit- Bauzile,près de Gangas (Hérault), et à Poitiers en 18/il,chez M. Robinet; il devient épidémique dès 18/i5. En 18/19, dans l'invasion générale des Cévennes, quelques îlots furent respectés, ainsi la vallée d'Argent jusqu'en 1852, les cantons de Luc et d'iiyènes jusqu'en 185/i. Les graines d'Italie réussirent pendant trois ou quatre ans, puis les graineurs furent obligés d'aller chercher plus loin des graines saines. Les individus provenant de graine saine étaient atteints quand on les portait dans une localité infectée, ce qui démontrait la contagion; il parut établi parfois que l'épidémie peut agir sur une bonne graine portée dans un pays contaminé et y séjournant longtemps, et cette infection dés l'œuf môme s'explique par la rapide formation de l'embryon (Gornalia). La maladie dont nous parlons est celle des corpuscules et due à la contagion par un organisme parasitaire, ainsi que l'ont rigoureusement établi les expériences de M. Pasteur, notamment en 1865 et 1866. lis ont été signalés pour la première fois en 18/i9 par Guérin-Méneville, qui reconnut leur présence dans le sang des Vers à soie affaiblis par diverses maladies autres que la muscardine. On les voit très bien, sous un grossissement de 250 à 300 diamètres, comme des corps ovalaires ou réniformes (voir pi. xcni, fîg. 3), brillants, translucides, plus petits que les hématies ou globules normaux et sphéroïdes du sang des insectes, et bien distincts. Guérin-Méneville, les croyant à tort doués d'un mouvement propre, les nomma hématozoïdes ; il ne sut pas reconnaître en eux la cause de l'épidémie, au sujet de laquelle il ne cessa de commettre de fréquentes erreurs. En 1853, M. Leydig retrouva ces mêmes corpuscules chez les Coccus, Hémiptères homoplères dont les femelles sont parasites des végétaux et auxquels appartient la cochenille ; puis chez d'autres insectes, chez des araignées et des écrevisses. 11 les reconnut comme analogues à de singuliers parasites attribués au règne végétal, regardés comme des algues unicellulaires, décrits en 18/il par Jean Muller sous le nom de psorospermies, existant chez des poissons, notamment le brochet. M. Balbiani range dans les psorospermies les corpuscules de M. Pasteur. En 185G, M. Gornalia, en 1856 et 1858, MM. Lebert et Frey, signalent de nouveau ces corpuscules dans les sujets malades du Sericaria mori aux divers états, et, en 1857, le docteur Osimo fît la découverte intéressante de leur existence dans les œufs. D'après cela, MM. Gornalia et Vittadini établirent une importante méthode préventive qui fut employée pendant plusieurs années, jusqu'au proi^édé décisif de grainage cellulaire de M. Pasteur. Ges auteurs conseillèrent l'examen microscopique des graines avant la mise à éclosion,ou mieux des jeunes Vers après une éducation d'essai faite en serre en février et en mars. Ces éducations jrrécoces furent très usitées pendant plusieurs années en France et en Italie, et on n'admettait à l'éclosion et à l'élevage en ma-
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gnanerie que les graines ayant donné des vers exempts de psorospermies dans ces petites éducations préliminaires.
On comprend que les psorospermies du sang qui causent lepidémie se traduisent au dehors par des caractères extérieurs, étudiés avec soin dans les recherciies de M. de Quatrefages, de 1858 à 18G0. Le principal, et qui pour ce savant était la partie nécessaire et fondamentale de l'infection, était la présence de taches noirâtres sur les chenilles (pi. xcni, fjg. 5), les chrysalides elles papillons (pi. xcui fig. 2); de là l'appellation de pébrme donnée à la maladie psorospermique par M. de (iuatrefages, du nom de itébrats ou poivrés usité par les paysans du Languedoc pour les vers tachés. La maladie a été aussi appelée pcbré {])oi\ve) , patos 7icgros (pattes noires), la taco (la tache). Cette maladie fut encore nommée gattine en Italie, du mot gattino (jeune chat), car, dans beaucoup de cas, le cadavre du ver se renverse sur la litière, présentant la partie antérieure du corps redressée, la tête presque retournée sur le dos, les crochets des vraies pattes projetés en avant, comme un jeune chat cherchant à égratigner; en outre, ce cadavre, au lieu de se putréfier rapidement, comme cela arrive après la grasserie ou la flacherie, se momifie sans efflorescence blanche, fait connu des anciens magnaniers et qui prouve l'ancienneté de la maladie à l'état sporadique; ils citaient des muscardins noirs ou rouges qu'on ne voyait jamais blanchir et qui étaient des pébrinés, alors qu'on ne connaissait pas encore l'origine cryptogamique de la muscardinc; avant de se dessécher, le cadavre présente des tissus qui restent élastiques et reviennent à leur première place après les tiraillements et les pressions, tandis que le cadavre du vrai muscardin, au contraire, est mou et flasque. En 1857 {Compt. rend. Acad. des se, et Bull, de la Soc. d'encouragement), dans le rapport sur les procédés d'élevage proposés par M. André Jean, M. Dumas proposa pour la maladie le nom d'etisie, la rapprochant de ['atrophie des auteurs, avec plusieurs signes disiinctifs très importants, notamment l'hérédité.
Les taches, qui ne sont pas les causes du mal et suivent presque toujours l'invasion des psorospermies dans le sang, sont d'abord très petites, visibles seulement à une forte loupe, ce qui explique l'erreur de beaucoup de magnaniers qui croyaient leurs chambrées saines. Elles apparaissent d'abord à l'éperon du onzième anneau et entre les crochets de la couronne des fausses pattes; après la quatrième mue, les taches se multiplient beaucoup, atteignent les ongles des vraies pattes, les crochets des fausses pattes et les poils. Parfois les taches se réunissent en larges plaques, en ceintures, en traînées ; elles commencent par des surfaces circulaires ou ovalaires, qui prennent une teinte jaunâtre plus foncée au centre. Puis, la tache s'organisant devient brune et même noirâtre au centre, avec augmentation d'épaisseur de la peau, formée dans le réseau muqueux de Malpighi; pouvant, à la fin, envahir l'épidermc elle derme. 11 ne faut pas confondre ces taches morbides avec d'autres taches à bords
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nets, constantes en quelque sorte dans les éducations industrielles, et qui sont des meurtrissures, des déchirures causées par les crochets des vraies pattes des chenilles, qui montent les unes sur les autres, surtout au\ délitages. Lors des mues, la nouvelle peau du Ver pébriné paraît d'abord parfaitement saine; mais bientôt les taches s'y forment. On retrouve les taches dans les tissus internes de la chenille, mais moins que sur la peau, très rarement sur les trachées, près des stigmates, sur les glandes séricigènes et dans le tissu adipeux. Les Vers tachés conservent d'abord leur appétit et leur activité, puis deviennent paresseux, se traînant avec peine; les crottins sortent difficilement et se dessèchent lentement; les deux fausses pattes anales se rapprochent l'une de l'autre et se meuvent avec peine, au lieu de s'étaler largement sur la feuille; ce sont les quiouls serrais (culs serrés) des magnaniers; les contractions du vaisseau dorsal deviennent très irrégulières, tantôt ralenties, tantôt accélérées, moins nombreuses que dans l'état normal, de 36 à Zi6 par minute, au lieu de 50 à 52. Le Ver semble s'atrophier; sa peau se ride, se plisse, prend une teinte jaunâtre tirant sur la rouille, plus foncée dans les races jaunes que dans les races blanches. Enfin le Ver devient tout à fait immobile et insensible; ce n'est qu'en le plongeant dans l'alcool qu'on reconnaît qu'il y a encore un reste d'existence ; l'agonie est très longue et la mort n'est pas brusque, comme lors d'une touffe ou par la flacherie. La maladie des corpuscules peut permettre à l'insecte les transformations ultimes de la larve. La chrysalide est souvent incomplètement formée par arrêt de développement; quand elle est complète, la peau offre des taches souvent saillantes ou ombiliquées; parfois il y a sur le thorax de larges plaques noires, et l'extrémité abdominale est en général noire et comme carbonisée. En outre, ces chrysalides sont faibles et remuent peu. A l'intérieur, les taches existent sur l'appareil séricigène à demi résorbé, sur le tissu adipeux, toujours sur les trachées, si rarement attaquées dans la larve, sur l'appareil digestif; le sang est parfois trouble et brun rougeâtre, le caecum distendu et rempli de matière noire. On trouve, chez les papillons, des taches sur la peau, sur les écailles et sur les membranes des ailes, (pi. xciii, fig. 2), formant des traînées sur les nervures. On voit parfois, entre les deux membranes de l'aile, des poches pleines d'un liquide noir. Le liquide alcalin qui a servi à percer le cocon le tache en brun ou en brun rougeâtre ; les papillons à déjection brune à l'éclosion sont à rejeter; cette déjection doit être d'un nankin rosé chez les sujets sains.
Les taches peuvent exister sur les pattes, atrophier celles-ci, ou les ailes, ou l'œil, ou l'antenne. Ces papillons sont massifs, ont un très large abdomen, avec des parties sans duvet, des taches noires, les anneaux joints par une peau nue et lâche {hydropisie de Cornalia), très distendus par un liquide. Les mâles sont moins accablés parla maladie que les femelles ; toutefois l'accouplement est lent, pénible, parfois impossible, court et sans ardeur; la ponte des œufs est difficile. Al'in-
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térieur, c'est le tissu adipeux qui offre le plus de taches ; il en est crible. Les femelles sont surtout tachées à l'extrémité de l'abdomen, autour des orifices génital et digestif. Les troncs trachéens et leurs ramifications sont envahis par les taches, les testicules assez rarement, les ovaires plus rarement encore, parfois la poche copulatrice et les glandes annexes ; il n'y a pas de taches sur les glandes mucipares.
M. le D'' Chavannes a constaté dans le sang des papillons pébrinés, desséché et examiné à un grossissement de 250 diamètres, des cristaux d'acide urique, en forme de gerbes de blé resserrées dans le milieu chez les insectes légèrement atteints et des cristaux d'acide hippurique en bâtonnets entre-croisés dans les papillons plus malades, tandis que le sang des papillons sains n'a pas ces acides. Il y avait là un moyen de s'assurer de la bonté des graines en examinant le sang des papillons reproducteurs. M. Chavannes a cherché à obtenir ce résultat, de garantir une reproduction robuste et saine, en élevant les Vers sur l'arbre à l'état sauvage, tentatives continuées ensuite par M. Roland, à Orbe (près Lausanne). On n'a jamais eu, au reste, de moyen distinctif bien certain, en dehors de l'examen microscopique interne, entre la bonne et la mauvaisegraine, quand il y a eu fécondation. 11 faut que les graines aient une teinte uniforme ou gris de lin, ou lilas, ou d'un cendré sombre tirant sur le violet, selon les races. En général, la multiplicité des teintes dans les œufs d'un môme grainage est un indice de l'existence du mal. Selon M. Ciccone, quatre nuances décèlent sa présence : le jaune rougeàtre, le verdâtre, l'azuré obscur, le jaune verdâtre obscur. On savait, au reste, déguiser les graines en les colorant uniformément avec du vin rouge très chargé, fraude qui se reconnaissait par l'action d'une solution de carbonate de potasse.
Une opinion, qui s'appuyait sur l'autorité de Guérin-Méneville, attribuait la pébrine à une maladie général des feuilles de mûrier. On invo quait la dégénérescence de l'arbre, les modes de culture et de taille, etc., en un mot ces influences mystérieuses, sans preuves et mal définies qui furent mises à la charge de la vigne à propos de l'Oïdium et plus tard du Pfiylloxéra. L'obstination systématique de certains esprits n'a jamais voulu tenir compte d'une preuve pèrcmptoire, faite nombre de fois, que le mal tenait au Ver à soie et non à la feuille du mûrier; deux lots de Vers, les uns sains, les autres contagionnés nourris en même temps, à la même feuille, doiment les uns une bonne récolte, les autres une récolte nulle ou détestable. M. de (juatrefages a reconnu que la maladie des feuilles, observée dans le midi de la France en 18ô8 par fJuérin-Méneville, n'a été qu'exceptionnelle et propre à certaines localités. Dans l'Ardèche, le Rhône, le Vaucluse, le (lard, l'Hérault, la feuille de mûrier a été salue en 1858, et cependant les ravages de la pébrine y furent considérables. L'evamen fait par .M. Decaisnc des rares feuilles tachées recueillies par M. de Quatrefages lors de sa mission, n'a constaté que des cryptogames anciennemenf coimus, et qu'on sait être ijiBARi). m. — 27
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sans action sur la santé des Vers, et quelques déjections d'insectes Vers nourris exclusivement avec ces feuilles malades n'en ont aucunement souffert (Commission académique : Peligot, Decaisne, de Quatre fages rapporteur).
Les travaux de M. Pasteur ont jeté une lumière complète sur la maladie des corpuscules et donné un moyen préventif certain par l'examen des papillons reproducteurs. Il n'y a pas d'épidémie à la façon du choléra, d'influence délétère et mystérieuse de milieux et de localités; seulement, dans les contrées où sévit répizootie,ily a un parasite beaucoup plus multiplié que dans les pays où règne encore la prospérité de l'industrie de la soie, et qui ont le privilège d'avoir des semences généralement saines. M. Pasteur a prouvé la contagion, soit au contact, soit à distance, par de nombreuses expériences, toujours garanties par des expériences de contrôle où manque seule la cause dont on veut, étudier l'influence. Dans toutes les éducations où certains sujets atteints de pébrine meurent au milieu de Vers sains et laissent leurs débris dans les litières, il existe des corpuscules récents. La contagion a été prouvée par des expériences directes faites à Alais, dans le Gard. Les feuilles étaient mouillées avec de l'eau tenant en suspension des corpuscules, provenant parfois de crottins de Vers infectés, plus souvent de vers, chrysalides ou papillons malades ; crottins et insectes étaient, à cet effet, délayés dans l'eau après écrasement. Ainsi s'explique l'impossibilité des grainages productifs dans les pays de grande culture, car, dans les éducations donnant les plus belles récoltes, il y a toujours quelques vers corpusculeux qui infectent tous les autres par les feuilles, de manière à amener l'insuccès certain de la production de soie de la génération suivante. M. Pasteur a pu produire aussi directement la contagion, au moyen de piqûres par une aiguille trempée dans une eau imprégnée de corpuscules, bien moins toutefois que par le canal intestinal, à la suite de repas de feuilles couvertes de corpuscules. Cela explique une seconde manière dont un Ver corpusculeux peut infecter les autres, par l'effet des piqûres des crochets de ceux-ci ayant pénétré soit dans sa peau, soit dans ses crottins; ces mêmes pattes antérieures ainsi empoisonnées peuvent contagionner certaines chenilles. On comprend, d'après ces deux modes bien démontrés de contagion au contact, qu'il suffit d'associer dans une même éducation des vers sains à des vers malades pour amener une contagion générale, avec une intensité et une rapidité proportionnelles au nombre de sujets corpusculeux. Enfin la pébrine est infectieuse à distance par les poussières fraîches des éducations voisines. Des Vers corpusculeux amènent la maladie chez des vers sains des tablettes de la même magnanerie et infectent tous les reproducteurs, en pouvant permettre cependant, pour l'année môme, une belle récolte de soie. Hien plus, cette contagion peut s'opérer dans des chambrées différentes de la même maison, et, d'une maison à l'autre, par reflet des vents, par les poussières transportées
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avec les mains, les vêlements, les chaussures, etc. Cette contagion toutefois s'arrête à certaines distances qu'on ne peut évaluer avec précision, car il y a ici une influence considérable et variée des précautions pour l'ouverture et la direction des fenêtres, la propreté intérieure, celle des personnes de service, etc. Il faut surtout redouter la contagion par les poussières de la chambrée même, et enlever avec soin tout Ver suspect, qui seulement demeure plus petit que les autres.
En présence de ces modes multiples de contagion se présente une question qui est comme la pierre angulaire del'éditice. La sériciculture est perdue si la graine garantie saine peut donner une éducation malade. C'est là le problème qu'on se posait avec anxiété, sous l'idée d'une épidémie, d'une influence de milieu impossible à conjurer. Il résulte des expériences que, quand une graine est reconnue saine d'après la méthode de sélection de M. Pasteur, c'est-à-dire privée de corpuscules parce qu'elle est née de reproducteurs non corpusculeux, il est impossible que les Vers issus de cette graine et élevés pendant la durée habituelle des éducations, sans prolongation insolite par le froid ou la diète, puissent périr en masse avant de tiler leurs cocons. Soit par la contagion au contact, soit par la contagion à distance, jamais la pébrine, dont la marche est lente, natteint les Vers assez jeunes pour qu'ils ne montent pas à la bruyère.
Voici la méthode efficace de M. Pasteur, dite du grainage cellulaire. Elle porte sur l'examen des femelles, au point de vue de la présence des psorospermics, car on sait qu'un mâle infecté, d'après les recherches analomiques de M. Balbiani, ne communique pas l'infection aux œufs d'une femelle saine lors de l'accouplement. Cependant, il est préférable de rejeter la descendance d'un mrde corpusculeux, parce que son état maladif l'expose à engendrer des produits affaiblis et prédisposés aux contagions. D'après la pratique générale de toute l'agriculture, on choisit les reproducteurs dans les éducations les mieux réussies. On dispose dans une chambre peu éclairée, assez fraîche, sans soleil, les chapelets ou fllanes de cocons choisis, en rangées verticales ; dans une chambre à côté, olfrant les mêmes conditions, sont pendues à des ficelles horizontales des rangées de petits morceaux de toile en rectangle d'environ 1 décimètre de long sur 5 centimètres de large. On prépare environ 100 toiles par once de 25 grammes de graine à obtenir, et, au bout de trois jours, la ponte étant finie, on peut retirer et empaqueter les toiles et en mettre de nouvelles. Les papillons sont portés sur des tables et s'accouplent. De quatre heures à six heures du soir, on met séparément tous les couples sur les petits linges; bientôt on les désaccouple et souvent on jette les mâles sans examen; on laisse la femelle opérer sa ponte, puis on l'enferme dans un petit sac de mousseline qu'on attache à la toile de ponte, ou bien on la place au bas et dans un coin de la toile, repliée et fermée avec une épingle ; le mâle
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est conservé et mis à côté de la femelle si l'on veut un essai plus complet. I-e grainage cellulaire sera encore plus rigoureux si l'on met chaque couple clans un casier formé d'un grand nombre de cellules de bois ou de carton, et recouvrant le tout d'une toile métallique empêchant les papillons de passer d'une case à l'autre ; de la sorte on est certain de n'avoir que des accouplements uniques; puis on porte les couples séparément sur les petites toiles, on désaccouple, etc. A loisir, pendant tout l'hiver, on examine au microscope, sous 250 à 300 diamètres, les femelles une à une de chaque toile. On broie l'insecte dans un petit mortier, avec un peu d'eau; on prend, au bout d'une baguette de bois ou de verre, une faible goutte de la bouillie, qu'on place sur le porte-objet du microscope; on place sur la goutte une mince lame rectangulaire de mica, de manière à l'étaler et à rendre bien fixe son contenu sous le champ du microscope ; on compte le nombre de psorospermies par chaque champ, pi. xcni, fig. 3, ou leur absence, de manière à reconnaître si le papillon était corpusculeux et à quel degré, ou entièrement sain. Si la proportion des papillons corpusculeux pris au hasard reste inférieure au dixième dans les races indigènes, on peut employer la graine de toute la chambrée pour une éducation industrielle de Tannée suivante, en rejetant, comme toujours, les sujets chétifs et mal conformés, et surtout ceux dont le duvet du corps est, même par places restreintes, noir et velouté, car on peut affirmer, sans examen, qu'ils sont corpusculeux. Il ne faut pas confondre cette couleur avec un duvet gris que présentent parfois des papillons très sains dans les races vigoureuses, et qu'on voit particulièrement chez les milles. Si la graine doit servir à de petites chambrées pour des grainages ultérieurs, le mieux est de rejeter les pontes de toute femelle corpusculeuse. On réunit toutes les bonnes pontes en les détachant des toiles par le lavage; on dessèche la graine rapidement à l'air et on la conserve dans une chambre située au nord, sèche et aérée. Lue graine étant reconnue saine, il reste la question de la propager indéfiniment exempte de psorospermies par de petites éducations dites de grainage, très lucratives pour ceux qui s'y livrent avec succès, afin d'alimenter de semences toujours saines les grandes éducations de l'industrie. 11 faut avoir soin de bien assainir les petites magnaneries où se feront ces éducations de reproducteurs : ainsi, laver le parquet à plusieurs eaux, blajichir les murs à la chaux, désinfecter pendant vingt-quatre heures, toutes ouvertures closes, à l'aide de fragments de chlorure de chaux recouvrant le plancher, aérer la salle, badigeonner les agrès de sulfate de cuivre; enfin, dans le cours de l'éducation, enlever les poussièrcîs avec une éponge humide et déliter hors de la magnanerie. Ces précautions seront parfaitement suffisantes dans les départements de petite culture. 11 faut y joindre de nouvelles précautions hygiéniques dans les pays de grande culture, où l'on est partout entouré d'éducations plus ou moins suspectes. Il est nécessaire de fractionner le plus possible les éduca-
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lions de ;j:rainage, de n'établir leurs magnaneries qu';t distance des lot'aux iiabités où se font les éducations ordinaires. Invitez par-dessus tout l'emploi de personnes qui seraient affectées en même temps au soin de grandes magnaneries industrielles, toujours plus ou moins corpusculeuses, et, condition plus expresse que tout le reste, dans les pays de grande culture séricicole, n'employez que des graines irréprochables, obtenues par la méthode du graiiiage cellulaire, '.'ne précaution importante est de soustraire les papillons secs des toiles au\ attaques des Dermestiens, principalement du Dermestes lardarius, Linn. II faut, par des toiles métalliques serrées garnissant les ouvertures de la pièce où l'on conserve les pontes avec les femelles, empêcher l'insecte de pénétrer au vol. En outre ce Dermeste dévore aussi très bien les chrysalides, non seulement sèches, mais également vivantes.
La méthode de sélection, .si éminemment rationnelle, destinée à rester un des titres de gloire de M. Pasteur, aurait rendu aux races indigènes de toute l'Europe leur ancienne vigueur et rétabli la prospérité de la sériciculture, si une autre affection beaucoup plus redoutable, sans préservatif certain, n'était survenue. Elle continue ses ravages, la maladie psorospermique ayant disparu ou à peu près, et rien ne prouve qu'on ne sera pas vaincu définitivement et réduit pour l'industrie à la production séricicole de l'extrême Orient. Cette maladie, anciennement connue, confondue souvent avec d'autres, surtout avec la pébrine, a été démontrée être une affection indépendante par M. Pasteur, en 1867, tant par des essais précoces que par des éducations en avril et mai. On la nomme flacherie, morts-flats, morts-blancs, tripes, nêgronc (à cause des cadavres noircis). Elle s'accompagne habituellement de symptômes qui avaient été pris pour des maladies spéciales, comme la menuaille, les petits, la maladie des petits, V atrophie. Les Vers, tout en continuant à manger et à muer, deviennent très inégaux; une partie se rabougrit, garde de petites dimensions et ne donne pas de cocons ou seulement de très chétifs. Souvent aussi les Vers deviennent arpians, ou harpions, ou passis ; ils sont grêles et maigres, tout en conservant leurs forces mus culaires, le corps flasque, vidé et comme huilé par places, les déjections liquides; ils s'accrochent avec force par les couronnes de leurs fausses pattes, raclant la peau de la main si on les promène dessus, se détachant difficilement des feuilles ou des brindilles de bruyère; beaucoup après la mort pendent renversés, retenus par les fausses pattes. Dans les nombreuses éducations industrielles examinées dans le Gard, en 18(57, par M. Pasteur, il fut recomui qu'il est très rare de rencontrer une chambrée décimée par la pébrine qui n'ofVre pas, en même temps, des Vers llats. On peut avoir des éducati(Mis exclusivement atteintes de pébrine et d'autres, au contraire, exclusivement de flacherie. En 1867, la pébrine était encore la maladie la plus répandue, mais la flacherie s'y associait déjà pour une proportion considérable, dans les départements de grande culture. Dans les années suivantes, la flacherie prit de
plus en plus le dessus partout où on élevait des Vers à soie. Cette affection est d'autant plus cruelle qu'elle frappe le plus souvent les chenilles au moment de la montée, alors que toutes les dépenses sont faites et que le magnanier est en droit d'espérer un bénéfice certain. Soit au moment de la montée, soit, plus rarement, à une époque antérieure, les Vers deviennent languissants, immobiles, ne mangeant plus. La mort arrive, rapide, foudroyante même. Les cadavres récents ont conservé la couleur normale qui convient à l'ûge du Ver; bientôt ils deviennent ardoisés, pourrissent, prennent une couleur noirâtre (pi. xcni, fig. 6), flasques et pareils à des boyaux vidés, l'intérieur de leur corps s'écoulant en une sanie brunâtre. Une odeur aigre, intense, due aux acides gras volatils que dégagent les Vers malades, se fait sentir dans la magnanerie. iSous trouvons une bonne observation de ce genre dans une lettre de notre collègue et ami M. J. Fallou, qui visitait à Celles-les-Bains (Ardèche), eu 1868, la magnanerie de M. Chalvet. L'éducation se composait de Vers japonais, graine de 1867, de première génération, qui restèrent beaux et sains, avec cocons mélangés verts et blancs, et, d'autre part, de Vers japonais de 1866, qui avaient bien réussi en 1867, et de Vers de graine du pays, de race superbe, qui échouèrent en 1868. Les Vers de cette seconde série restèrent très beaux jusqu'à la troisième mue inclusivement. A la quatrième et dernière mue de l'état de chenille, les Vers furent lents à quitter leur peau, puis refusèrent de manger, devinrent flasques et d'un jaunenoiràtre, sans taches aux pattes ni à la région anale, et moururent. Comme on élevait côte à côte, avec la même feuille, les Vers japonais beaux et sains de la première génération, tandis qu'on dut jeter toute l'autre série, il était bien difficile de placer la cause de la maladie dans la feuille du mûrier, qui eût dû empoisonner indistinctement tous les Vers. Parfois, et sur le cadavre seulement des Vers flats, la peau désorganisée se couvre de petits points blancs ressemblant à de la pébrine commençante ; mais la différence est nettement établie par la momification du cadavre des pébrinés, d'une part, l'absence do taches sur les négronés vivants, de l'autre.
Cette maladie, ou du moins la mort précédée et suivie de pareils symptômes, se rencontre assez souvent sur un grand nombre de nos chenilles indigènes d'espèces variées, soit dans la nature, soit élevées chez des amateurs ; elle est fréquente dans les éducations faites dans la région de Paris des Vers à soie du chêne, Attacus Pernyi, 0. Mén., et Yama-maï, G. Mén. Je me souviens notamment avoir observé de semblables phénomènes sur les chenilles de Bombyx Neustria, Linn., et de Liparis Chrysorrhœa, Linn.
De quels désordres internes s'accompagne ce second fléau de la sériciculture? Les fonctions digesliv(!s subissent une altération profonde, attestée par diverses produc^tions insolites que le microscope permet de constater dans les matières qui remplissent le canal intestinal des
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Vers morts-flats. Ce sont principalement, d'une part, des Vibrions (analogues aux Anguillules du vinaii,n'e, de la colle d'amidon aigrie, etc.), d'autre part, un ferment en chapelets flexibles, formés d'un nombre variable de grains, sphériques ou subsphériques, chacun d'un diamètre d'environ un millième de millimètre, et très analogue aux ferments organisés de diverses fermentations, notamment de la fermentation acétique. La flacherie est donc une maladie de l'appareil digestif, le Ver ne digère plus; car ce sont précisément les mêmes organismes qu'on retrouve dans la décomposition des feuilles de mûrier triturées et ai)andonnéesà elles-mêmes. La présence des Vibrions dans les matières du tube digestif est le signe d'un état avancé de la flacherie et s'observe surtout sur les Vers après la quatrième mue ou à la bruyère, trop malades pour faire leurs cocons; le ferment en chapelets de grains correspond à un état bien moins grave de l'affection, et, quand il ne s'est développé que dans les derniers jours de la vie de la chenille, il permet la filature du cocon, la nymphose et l'éclosion du papillon ; la récolte industrielle reste bonne, mais le grainage très compromis, car il donnera une race affaiblie, très prédisposée à la contagion.
Le ferment en chapelets de grains détermine dans le tube digestif des Vers une fermentation de la feuille ingérée, d'où résultent le manque d'appétit, l'immobilité, la lenteur à filer. C'est alors que nos vieux magnaniers brûlaient de l'encens, du thym, des parfums, faisaient des feux de flamme, qui élevaient de plusieurs degrés la température de la magnanerie, afin de ranimer les Vers. Quand ces symptômes se sont montrés à la fin d'une éducation, quelle que soit d'ailleurs sa réussite en locons, il y aurait une grande imprudence à faire grainer les papillons; l'année suivante, la flacherie décimerait l'éducation. Quand on a eu la négligence de ne pas observer ses Vers, surtout dans les derniers jours de leur vie, ce que doit toujours faire un magnanier intelligent, ou quand on reçoit des cocons sans renseignement, il faut étudier au microscope le tube digestif des chrysalides, notamment l'estomac et la poche cœcale, et voir si les matières internes offrent les chapelets de grains ou les Vibrions. On peut se contenter du caractère suivant : les matières des poches cœcales des chrysalides malades sont abondantes et d'une teinte verdâtre foncée, le méconiumdes papillons, au lieu d'être d'un jaune plus ou moins orangé, est d'un gris ou d'un brun noirâtre, et très tachant pour les linges qui servent au grainage. Ou peut encore, (juand on veut se précautioimer contre la flaciierie dans une éducation de grainage, observer si les Vers n'ont pas extérieurement une peau rosée, au lieu de la teinte blafarde de l'état normal.
La flacherie est très souvent accidentelle. Vai effet, elle provient d'un
trouble dans la digestion, sous l'influence du ferment en chapelets de
grains dans la feuille ingérée;. D'après cela, elle peut avoir pour cause
occasioiuiclle une trop grande accumulation des Vers aux divers âges
l'insecte, une trop forte chaleur lors des mues, la suppression de la
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transpiration, le manque d'aérage, l'emploi d'une feuille échauflee, ou trop dure, ou mouillée par le brouillard. M. Pasteur regarde la feuille des mûriers non taillés ou des sauvageons comme bien préférable aux feuilles larges et épaisses des mûriers taillés chaque année. lies feuilles durcies par la chaleur sont aussi d'un emploi funeste. 11 y a avantage à accélérer les éducations, afin d'avoir toujours une feuille plus jeune et plus digestive. Les recherches de M. Raulin ont fait voir que la flacherie sévit surtout vers le 15 juin, de sorte qu'il importe, avec l'épidémie actuelle, de commencer les élevages le plus tôt possible et de les mener rapidement, afin d'être à la montée à la fin de mai. MM. Raulin et Duclaux ont aussi constaté une influence très favorable du glaçage des œufs pendant l'hiver, [pour fortifier les races et les rendre moins accessibles soit à l'influence héréditaire, soit à la contagion. C'est là un fait général bien constate, notamment après l'hiver rigoureux de 1879-1880 ; loin de tuer les insectes, le froid les fortifie.
M. Pasteur émit pour la première fois l'idée, en 1868, contrairement à l'opinion des magnaniers, que la flacherie pouvait être héréditaire, il résulte de ses propres expériences, ou de celles enireprises sous son influence, soit en essais précoces, soit en éducations normales, que des graines provenant de parents affaiblis par un commencement de flacherie, rigoureusement exemptes de corpuscules par le procédé du grainage cellulaire, conduisent à des chambrées complètement envahies par la flacherie, au point de ne pas donner, le plus souvent, un seul cocon. Depuis bien longtemps les éducateurs auraient connaissance de cette hérédité, s'il n'était pas de règle d'exclure du grainage tout élevage qui a présenté, entre la quatrième mue et la montée à la bruyère, des Vers languissants ou atteints d'une mortalité plus ou moins grande. La maladie des corpuscules peut être impossible à prévoir à l'aspect des Vers à la montée et exiger l'emploi du microscope; il n'en est pas de même de la flacherie, toujours reconnaissable à l'aspect extérieur des Vers, de sorte qu'une petite éducation d'essai bien surveillée indiquera avec certitude si l'on doit livrer tous les cocons à la filature, ou si .l'on peut se servir de certains d'entre eux pour grainer.
Enfin, M. Pasteur a établi, par des expériences conduites avec une méthode rigoureuse, que la flacherie est contagieuse et d'un grand nombre de manières. Toujours un lot témoin, parfaitement intact, a servi à établir que la maladie des autres lots est due à la cause seule dont on veut prouver l'existence. On a pu contagionner de bien des manières dillérentes les Vers à soie reconnus exempts de pébrine et de flacherie héréditaire ; ainsi : avec la poussière d'une magnanerie infectée l'année précédente par la pébrine et la flacharie, cette poussière tantôt répandue sèche sur les feuilh's, tantôt les imprégnant en suspension dans l'eau ; au moyen des feuilles recouvertes par la matière pleine de Vibrion» du canal digestif d'une chenille en flacherie, par
SERICARIA. hlîi
des fragments de Ver flat délayés dans l'eau, par des Vibrions retirés du tube digestif d'une chenille morte, par des Vibrions provenant de feuilles de mûrier fermentées. Le ferment en chapelets de grains retiré du canal intestinal provoque aussi la maladie, et de même le contact de Vers malades placés au milieu de vers sains. On trouve dans le plus grand nombre des chenilles contagionnées le ferment en chapelets de grains ou les Vibrions, ou tous deux, et aussi dans les chrysalides. 11 résulte de ces expériences «jne la contagion est encore plus facile pour la tlacherie que pour la pébrine, puisque les corpuscules ou germes de la pébrine meurent et deviennent inoffensifs dans un temps assez court, tandis que ceux de la flacherie conservent leur activité pendant des années. La poussière des magnaneries infectées est, en effet, remplie de Vibrions enkystés qui reprennent vie quand ils sont humectés.
M. Pasteur a donné une méthode de sélection, lente et exigeant des soins minutieux, il est vrai, mais qui peut permettre de régénérer une race à l'aide d'une graine, quelque mauvaise qu'elle soit, atteinte de pébrine ou de flacherie, ou de ces deux maladies réunies, même au plus haut degré. Ainsi se trouvera réalisé le désir ardent de bien des éducateurs, désolés de voir s'éteindre entre leurs mains des races remarquables par la beauté de leurs cocons, la force et la finesse de leur soie. Les deux maladies qui désolent la sériciculture sont à la fois héréditaires et contagieuses. Supposons que dans une graine,' et c'est ce qui arrive toujours dans les graines suspectes, il y ait une certaine fraction, forte ou faible, d'oeufs exempts de psorospermies ou de leurs germes, ou privés de la prédisposition héréditaire à la flacherie. Si on élève en commun tous les Vers issus de cette graine, une contagion générale anéantira l'éducation, comme si tous les œufs sans exception avaient été infectés, et les cocons, si quelques-uns sont filés, ne donneront que des papillons impropres à la rej)roduction. On voit que c'est la contagion qui achève le mal commencé par l'hérédité. Il suffit de séparer ces deux causes et de supprimer la première, puis de faire un triage entre les sujets sains et ceux atteints par le mal héréditaire. On y arrive par le procédé de l'éducation cellulaii'e. Avant que les Vers, au moment où ils sortent de l'œuf, aient pu se nuire les uns aux autres, il faut lever séparément chacun d'eux, à l'aide d'un menu fragment de feuille de mûrier ([u'on lui présente avec une petite pince jusqu'à ce qu'il s'y soit attaché; les entomologistes savent, en eifet, qu'il ne faut jamais toucher les jeunes chenilles avec les doigts. On place alors chaque Ver dans une cellule isolée, formée au moyen des subdivisions et carrés obtc^nns dans un casier de bois ou de carton, chaque case ayant 6 à 7 centimètres de haut et 8 à 10 de côté. Comme les Vers à soie ont un remarquable instinct social et chercheraient à se réunir, il est indispensable de couvrir chaque case d'un morceau de canevas; le fond du casier doit être pareillement en canevas, afin de
faciliter l'aérage des cellules. On trouvera, à la fin de cette éducation cellulaire, certains cocons à chrysalides et à papillons sains, soit sous le rapport des psorospermies, soit prives de ferment en chapelets de grains. Ils donnent une graine sure et intacte. Si l'on craint encore, malgré tout, quelque influence héréditaire, on recommencera l'élevage cellulaire sur la seconde génération, et cela pourra servir en outre de contrôle pour la bonté de la méthode. Cette méthode a donné à M. Pasteur des reproducteurs parfaitement sains, en partant de graines ou corpuscnleuses,ou atteintes de flacherie et conduisant à des échecs complets, en petites éducations générales, même fort soignées.
Un grand intérêt qui découle de ces faits, c'est l'influence de l'isolement pour diminuer les ravages, soit de la pébrine, soit de la flacherie, en diminuant la contagion. Il faut, dans les éducations, se rapprocher le plus possible des conditions de l'élevage cellulaire, en donnant aux Vers une grande surface, surtout dans les premiers Ages, en raison de la lenteur des effets de la contagion, qui est bien moins dangereuse quand elle commence à s'exercer à la fin de k vie de la larve. Il faut espacer le plus possible les Vers dès leur naissance, étendre la graine au lieu de l'accumuler en épaisseur; puis, tous les jours, augmenter la surface de l'éducation, au risque d'augmenter un peu la quantité de nourriture et l'étendue des locaux. Les éducateurs japonais ont grand soin de séparer les Vers le plus possible et d'empêcher de trop fréquents contacts, en écartant les Vers les uns des autres avec de petits bâtons. Les Vers des Japonais n'occupent pas moins de 5 mètres carrés au moment du premier sommeil, pour 25 grammes environ de graine; en France, nous ne leur donnons guère que le cinquième de cette superficie. En outre, comme, dans l'éducation cellulaire, les Vers morts sont d'eux-mêmes isolés des autres, il faut commettre une personne intelligente à enlever des claies les Vers morts ou mourants, et, en général, tous ceux qui ne paraissent pas en état de pouvoir faire leurs cocons; c'est autant de chances qu'on ôte à la contagion.
D'après le comte Castellani, on connaît en Chine toutes les maladies de nos Vers à soie, sauf peut-être le pébrine, qui, au moins il y a quelques années, n'y avait pas encore pénétré. Il cite, en outre, la maladie de la mouche ou de la uroi^se mouche; c'est celle que les Japonais nomment mal de Vuji ou ougi ou oudiji, qui étend aussi ses ravages à YAttacus Yama-mai, G. Mén., objet d'une production importante de soie dans certaines parties du Japon. (1) Cette maladie n'est autre que la mortalité des chenilles ou des chrysalides par les attaques de divers Hyménoptères entomophages ou d'Entomobies (Diptères, Brachycères), qui font périr les chenilles AxxSericaria mori des éducations, comme toutes
(2) Maurice Girard, Nofex relatives au ^uirnsite appelé ouji, desirudeur des ]"ers à Soie {Bull. Soc. d'Acclim., 2'' sér., 1870, t. Vil, \>. 107, et A/i/t. Soc. Ent. Fr„ 4' sér., 1870. t. X, Bull. p. 53 et 61).
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les chenilles indigt''nes. En France, les Entomobies ou Tachinaires pondent aussi leurs œufs sur les Vers à soie en magnanerie ; le cocon n'est pas moins filé et on trouve à l'intérieur les pupes mortes provenant des larves de Diptères issues de la chrysalide; elles n'ont pu sortir au dehors, car le cocon est trop soyeux et trop serré et sans orifice prédisposé. Je crois avoir été le premier à publier ce fait, que j'ai observé en ouvrant des cocons qui ne donnaient pas de papillons et provenaient de la magnanerie de grainage de M. Caillas, à I*assy (Paris actuel). On ne savait pour quelle cause des cocons paraissant aussi beaux que les autres ne; produisaient pas de papillons, Les larves des Diptères vivant à l'intérieur, avaient évidemment respecté les glandes séricigônes (1).
Nous ne connaissons que des indications très incomplètes sur les espèces de Sericaria autres que S. mûri, Linn. Celui-ci paraît originaire des provinces montueuses de la Chine septentrionale et il est probable que trois ou quatre prétendues espèces, habitant aussi la Chine, n'en sont que des races (.S. Texlor, Crœsi, Fortunata, etc.). Il y a six espèces paraissant réellement bien séparées et dont la soie peut, dit-on, rivaliser avec celle du S. mori. Nous citerons d'abord 6\ Huttoni, Westwood, L'adulte daS. Huttoni est de la taille des gros papillons du .S', mori; le corps, ainsi que le fond des ailes, sont d'un gris brunâtre, avec une fine ligne blanche, à peu près parallèle au corps, traversant les deux ailes ; les ailes antérieures sont fortement falquées au sommet, avec une demi-lune d'un brun noir. La chenille de S. Huttoni a une très grosse tête, le fond d'un gris jaunâtre avec des marbrures brunes, les pattes écailleuses d'un brun fauve, une double épine noire sur le dos, sur chacun des anneaux 6, 6, 7, 8, 9, 10, l'anneau 11 ayant la corne typique du genre Sericaria noire et très recourbée en arrière, et une corne noire fourchue, en l'orme de x minuscule, sur le douzième anneau. L'espèce est du nord-ouest de l'Himalaya, à plus de 2 000 mètres d'altitude. On a essayé d'élever S. Huttoni en domesticité près de Cachemire ; on a accouplé, avec de grandes dirficulté.s, S. mori cf ave2 S. Huttoni Ç, et réciproquement, S. Huttoni çf avec N. mori ^; les œufs ont été stériles. Ln 1858 et 1859, ont été continuées des tentatives d'éducation; mais les sujets sauvages du dehors refusaient de s'accoupler aux sujets captifs, de sorte que la nature intraitable de cette espèce a dû faire renoncer à l'espoir de sa domestication.
Viennent ensuite ^S. Uurs/ieldi, de Java, à chenille inconnue ; .S. Shervilli, de l'Himalaya, de taille au moins double de i>. mori, avec des couleurs et dessins complètement ditl'érents; S. lienyalcnsis, Moore, des environs de Calcutta, dont la chenille, de couleur jaune-nankin, est munie sur le dos de longs filaments noirs; S. Subnotata, Walker, espèce mal précisée, dont la chenille aurait également deux rangs d'épines.' /S. relùjiosa-, Ilelfer, de l'Assara, dont la chenille vit sur l'arbre pipul,
(1) Maurice Cirard, Note sur des Diptères parasites de Sericaria mori Ami. Soc. entom. Fr. ISOi, !i' série, t. IV, p. 155).
428 I.ÉPIDOPTÈIÎES.
scientifiquement le Fiaix rcligiosa, très répandu dans l'Fnde. C'est le ver à soie yore'e de Hell'er (Bombyx), le Deu mooga de Hugon, ver sauvage à peine connu des habitants de l'Assam. D'après Hell'er, le thorax est d'un brun grisâtre, séparé de l'abdomen par une bande noire, les ailes supérieures aiguës au sommet, la couleur d'un gris-clair se fonçant vers Textrémité, une bande ])lanche interrompue le long du bord externe, avec une grande tache blanchâtre au sonmiet ou angle externe, les ailes inférieures uniformément brunes. Le cocon est formé de fils très fins, d'un lustre très soyeux, très doux au toucher, d'une soie sinon supérieure, au moins égale à celle du .S. mvri. Un petit genre Ocinara, voisin des Sericaria, habite aussi le continent Indien et l'île de Java, et renferme cinq ou six espèces, qui vivent également dans les montagnes sur des arbres du genre Ficus. Elles filent, paraît-il, de petits cocons composés d'une très belle soie, mais qui ne semblent pas avoir été encore utilisés.
niitiiogrnphic des séricnridet4. — Les ouvrages et mémoires sur le Ver à soie du mûrier sont très nombreux, en raison de l'industrie de premier ordre à laquelle il donne naissance. Nous citerons seulement les principaux et plus récents, surtout en français :
Malpighi, Traité du Ver à soie (en latin), avec fig. Londres, 18G9 ; traduction et notes par E. Maillot, 1878. Coulet, Montpellier, in~/i''. — Annales de la Soc. séricicole; 16 vol. in-8", 1837 à 1851. Bouchard-Huzard, Paris (parmi ces volumes ; De la muscardine, par Guérin-Méneville, 1 vol., 18/i8, tig. col.). — Bonafous, Traité de l'éducation du Ver à soie et de la culture du mûrier, etc. Paris, Bouchard-Huzard, /i" édi(. , 1 vol. in-8°, avec fig. col. — Edouard Perris, Traité de la culture du mûrier, de l'établissement des magnaneries et de l'éducation des Vers à suie, 1 vol. in-8". Leclercq, Mont-de-Marsan, 18/|6. — Robinet, Mémoires sur l'industrie de la soie, Paris, Bouchard-Huzard, 181x5 h 1861 (mûriers, ventilation, muscardine, filature, battage des cocons, bonté des œufs de Vers à soie). — Dandolo, Art d'élever les Vers à soie, 1" édit. (trad. de l'italien), suivi du tableau d'une magnagnerie modèle. Paris, Bouchard- Huzard, 1861, avec tîg. — Stanislas Julien, Résumé des principaux traités chinois sur la culture du mûrier et l'éducation des Vers â soie. Paris, Bouchard-Huzard, 1837, 1 vol. in-8", avec pi. — Brunet de Lagrange, Tableaux synoptiques : 1° Éducation des Vers à soie d'après la méthode de Camille Beauvais et les procédés de ventilation de Darcet; 2" Magnagnerie salubre, systèmes de ventilation de Darcet; 3" Culture et taille du mûrier. Paris, Bouchard-Huzard. ■ — L.-J. Bouclier, Industrie séricicole, instruction sur le tirage de la soie grège ou la filature des cocons. Paris, Bouchard-Huzard, in-S", 1839. — Bourcier et Poortman, Sur confection de la soie, Mémoire destiné à réfuter l'erreur de Straus- Durkheim que la soie existe en fil et roulée en écheveau dans le corps des chenilles {A7m. Soc, séricicole, 1839, n" 3, et Hevue zool. de la Soc.
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Curièrieimc, 18Zj:2, p. 383). — Robinet, Sur la formation dp la suie {Revue zool. de. la Soc. Cuviérienne, 18i/i, p- 27). — Audouiii, Histoire naturelle du Ver à soie. Paris, dans la Maison rustique. — Loiseleur-IJoslongtliamps, /{apport sur la culture du mûrier et les éducations de Vers à soie dans les environs de Paris, en 1836 (Extrait des Mém. de laScjc. royale et centrale d'Agric, 1837). — Nouvelles considérations sur les \'ers ri soie, pour servir à l'histoire de ces insectes (l£xtrait des .In», de l'Agric. française, 1838). — De Gasparin, Essai sur l'histoire de l'introduction du Ver a soie en Europe : Mémoire sur la culture du mûrier et réducatiou des Vers à soie. Paris, Bouchard-lluzard, 1 vol. in-S", 18/il. — Buitard, Traité de la. culture du mûrier et de réducatiou des ]'ers à soie. Paris, Boucliard-Huzard, 1 vol. in-8° (sans date). — E. Cornalia, Monographia del Bombice del Gelso {Bombyx mori, Linii.). Milan, 1856, in-lx", avec 15 pi. — lluérin-Meneville, Revue de sériciculture comparée, h vol. in-S". Paris, 1863, I86i, 1865, 1866. Ce recueil contient de nombreux mémoires de son directeur sur le Ver à soie du mûrier et ses maladies; ils ont été continués, pour les années qui suivent, dans la Revue et Maijasin de zooloijie : Production de la soie, situation, maladie et amélioration des races de Vers à soie. Paris, Bouchard-Huzard, 1857, br. — Sur l'état de la sériciculture et sur les maladies des Vers à soie {Congrès scient, de France à Montpellier, 3 décembre 1868 ; Rev. et Magas. de zool., janvier 1869; Rapport fait et la Soc. d'Agric. de France sur la station séricicole de Chdlons-sur-Marne, br. in-i", autogr. — De Quatrefages, Essai sur l'histoire de la sériciculture et sur la maladie actuelle des Vers à soie (Extrait de la Revue des Deux-Mondes. Paris, Victor Massori, in-12, 1860). — Ernest Pariset, Histoire de la soie ; temps antérieurs au septième siècle de l'ère chrètienuf. Paris, A. Durand, 1862; 2' partie, du septième au douzième siècle, id., 1865 (cet ouvragen'a pas été étendu aux époques postérieures). — Maurice Girard ; sur le Sericaria mori, conférence; bull. Soc. d'Acclim., 1862, t. IX, p. 903 et 1050.
— R. P. Eesson, Histoire de la soie considérée sous tous ses rapports^ depuis sa découverte jusqu'à nos jours. Rocliel'orl, 18/i6, 1 vol. in-8".
— Castellani, Dell' allevamento dei Bachi di Seta in China, fatto ed usservalo sut Leiogohi da G. R. Castellani. Firenze, typ. Barbera, Blanchi et C", 1860, 1 vol. in-18, av(!c pi. — Gagnât, à Joyeuse (Ardèclie), les Vers à soie en 1867, 1 vol. in-8", 1868. — Léon de Rosny (traduit par), Traité de l'éducation des Vers à soie au Japon, par Sira- Kawade Scndai (Osyou). Paris, Imprimerie impériale, 1868, 1 vol. in-8".
— Duseigneur-Kléber, Monographie du cocun de soie. Lyon, 1860, 1 vol. gr. in-S", avec 28 planches photographiques. — B. .1. Dufour, Sériciculture simplifiée. Lyon et Paris, Eug. Lacroix, 1868, 1 vol. gr. in-8'', avec grav. — E. Nourrigat, Nouvelles considérations sur la nécessité d'augmenter la production de la soie en France et sur les causes qui ont amené la maladie des insectes et les moyens de la prévenir (Extrait de divers mémoires adressés à l'Acad. des se). Montpellier, 1858, 1 \oI. iu-/|";
Mémoire sur la nêricictdture présenté au Congrès de Motitijellier. Liinel, iSlU, i vol. gr. in-S". — Rapport publié par le ministère de fai/ricult. ducomm.', conseils aux magiianiers. Paris, G.Masson, 1 vol. gr. in-S". — P. Duplat, Sériciculture, soie et soieries, inventaire de 1873. L\on, Moniteur des soies, 187/|, 1 vol. in-8°. — A Gobin, Mûriers et vers à soie. Paris, Niclaus et C% 1875, 1 vol. in-18, avec fig. — E. Maillot, Mémoires et documents sur la sériciculture; station séricicole de Montpellier, 1"= série. Montpellier, Tmprim. centrale, 1 vol. gr. in-8'', 1S75. — Kr. de BouUcnois, Conseils aux nouveaux éducateurs de Vers à soie. Paris, Bouchard-Huzard, 1875, 3^ édit., 1 vol. in-8% avec flg. — A. Roland, Traité pratique d'éducation en plein air sur le mûrier et en magnanerie, in-18. Lausanne, 1873. — L. Roman, Manuel du magnaiiier. Paris, Gautliier-Villars, 1 vol. in- 12, 1876 (cet ouvrage est un excellent exposé des méthodes de M. Pasteur). — P. Sirand, Le procédé Pasteur appliqué aux éducations de 1872. Prudhomme. Grenoble, 1873, br. — M. Dclprino, La nouvelle sériciculture, br. in-8°, avec pi., en français. Acqui, 1867; Perte dans le produit de la soie par suite des défauts des systèmes usuels, eic, br. in-8'', en français. Acqui, 1867; Le peripezie d' Italia et loro tristi effetti, etc., br. in-S". Acqui, 1867; liésultat du nouveau système de Véducation des Vers à soie, br. in-8", en français. Acqui, 1867. — Rapport de la Commission chargée d'observer les éducations de Vers à soie faites selon les systèmes Delprino {Exirali du n" 6 du. Journal d'agriculture, 1867). — M'"' de Pages, née deCorneillan,Z)!< transport des cocons et grailles de Vers à soie [lîull. Soc. d'acclim., nnmcro de juin 1867). — Nachet, Instruction sur l'application du microscope dans la production de la graine des Vers à soie. Paris, br. in-S". — Christian Le Doux, Dévidage des cocons de graine (brochure-prospectus à l'Exposition de Lyon, 1872). ■ — De ivercado et Trimoulet, De la sériciculture dajis la Gironde (Congrès scient, de Fr., 28^ session), t. IV, br. Bordeaux, 1863. — A. Delondre, De la sériciculture dans la Silésie autrichienne et dans l'empire austro-hongrois {Revue et Magas. de zool., avril et mai 1870). — Michel Médawar, Mémoire sur l'éducation des Vers à soie en Syrie, br. in-8". Beyrouth, 1873. — J. Chamsin, La sériciculture en Cochinchine, son présent, son avenir. Lyon, Moniteur des soies, br. gr. in-8'', 187/|. — La filature de la soie dans le Trentin, br. in-8°, pnbliée par la Chambre de commerce et d'industrie de Rovercto. Rovereto, 1878. — V. Audouin, Recherches anatomiques et physiologiques sur la maladie contagieuse qui attaque les Vers à soie et qu'on désigne sous le nom de Muscardine (Ann. scient, nat., 2« série, 1837, t. Vllt, p. 229-2/i5, 2 pi.) Comptes rendus, Acad. des se, 1836, t. III, p. 82-89 ; Expériences sur la muscardine {Ann. se. nat, 2"^ série, 1838, t. VIII, p. 257-270; Comptes rendus, Acad. des se, 1837, t. V, p. 712-717); Quelques renuirques sur la contagion de la muscardine {Comptes rendus, Acad. des se, 1839, t. VIII, p. 612-625). — Johanys, De la muscardine, des moyens de la développer arli/iciellenient, de modifier ou de détruire les effets de la [contagion {Ann. se. natur.,
SERICARIA. 6S1
série, Zool., 1839, t. XI, p. 65). — Muscardine; mission confiée par M. Cunin-dridaine à .]f. Guérin-Méneville; rapport avec planches. — Ciccone, De la muscardine et des moyens d'en prévenir les ravages dans les magnaneries. Paris, veuve Bouchard-Huzard, 1858, 1 vol. in-8°, avec fig. — E. Robert, Observations sur la muscardine. Paris, Bouchard-Huzard, br. in-S", 18^'2. — N. .loly. Sur les maladies des Vers à soie et sur ta coloration des cocons par l'alimentation an moyen du chica (Kxfrait du Journal d'agric. pratique pour le midi de la France, octobre 1858. — De (Juatrefages, Etudes sur les maladies actuelles du Ver à soie. Paris, Victor Masson, 1859; Nouvelles recherches faites en 1859 sur les maladies actuelles duVer à soie. Paris, Victor Masson, 1860. — A. Chavannes, les principales maladies du Ver à .so«> et leur guérison, br. in-8°, 1862. C-herbuliez, Genève et Paris. — Balbiani, Etudes sur la maladie psorospermiquc des Vers à soie (Extrait du Journal d'anal, et de phxjsiol. de Ch. Robin, numéro du l"' mai 1867). — L. Pasteur, Nouvelles études sur la maladie des Vers à soie {Comptes rendus Acad. des se, t. I.XIII, 23 juillet 1866). — G. Brouzef, Recherches sur les maladies des Vers à soie, 1 vol. in-S". .Nîmes, 1863. — L. Pasteur, Rapport au ministre de l'agriculture sur la maladie des Vers a soie en 1865, 1866, 1867 ; Les maladies des Vers à soie, 2 vol. in-S", avec planches, lithocliromies, photographies. Paris, Gauthier-Villars, 1870. — Maurice Girard, Analyse et compte rendu de l'ouvrage de M. L. Pasteur {Bull. Soc. d'acclim., numéros de mai et juin 1871). — E.Péligot,iÉ'«u(/e5 chimiques et physiologique<< sur les Vers â soie; Soc. centr. d'agric. de France, 1853 {Annales du Conservatoire des arts et métiers, 1865; Etudes sur les feuilles de mûrier (Bull., Soc. des agriculteurs de France, i^'' septembre 1880, p. 160) ces deu.v mémoires de M. Péligot sont destinés en partie à prouver que la cause de la maladie des Vers à soie ne consiste pas en une prétendue maladie de la feuille des mûriers). — L. Pasteur et .1. Raulin, Note sur la pcbrine {Ann. scient, de l'Ecole normale, 2'' série, 1872, t. I, n" 1). — J. Raulin, Mémoire sur les éducations de Vers à soie en rue du grainage {Bull, des séances de la Soc. centr. d'agric. de France, 1873) ; De l'influence propre de la saison sur le phénomène de la jlacherie (même Bull., 1873). — Duseigneur, La maladie des Vers à soie, inventaire de 1869, br. in-S". I^yon, 1870. — E. Maillot, Rapport sur l'ctablisscinent de production industrielle t/cv graines cellulaires de Vers û soie, par M. Susani, à Rancate (province de Milan). Paris, br. in-8" G. Masson. — Station séricicole de Montpellier, Mémoires et documents sur la sériciculture, publiés chez E. Goulet, à Montpellier, comprenant : iblh, Recherches sur la gattine et la flacherie, par Verson et Vlacovirh; 1875, Production des graines de Vers à soie, chauffage des magnaneries, accouplement des papillons, par Corualia ; De la soie en Europe; 1876, De l'art d'élever les Vers à soie, par E. .Maillot; Gongrôs séricicole international de Milan, De l'éclosion des graines de Vers à soie par te frottement, l'électritité et l'iiivernation artificielle, par E. Maillot; Mé-
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thodes de sélection pour la confection des graines de Vers à soie, par E. Maillot; 1877, La façon de faire et semer la graine de meuriers et nourrir les Vers à soye, etc., par Barthélémy de Lallëmas, nouvelle édition; Essai historique sur Vindustrie de la soie en France du temps de Henri IV, par Auguste Poirson ; 1879. Observations a natomico-phy Biologiques sur les insectes en général et en particulier le Ver à soie du mûrier, par le D"^ de P'ilippi, trad. de l'italien par E. Maillot; Des soieries et des Vers à soie en Chine, par le Père J.-B. du Halde. — Victor RoUat, Méthode, pratique contre les maladies des Vers à soie, br. in-S". Perpignan, 1875. — Les Congrès séricicoles internationaux. Montpellier, Stat. série, br. gr. in-S", 187/i. — De Ferry de la Bellone, Conférence sur la sériciculture au concours régional d'Avignon de 1815. Avignon, br., 4876; Contribution à Vétude de la flacherie, causes et traitement, br. in-8°. Paris, A Gouin, et Lyon, Moniteur des soies, 1874. — Helfer, Sur les Versa soie indigènes de l'Inde (trad.) (Ann. des se. nat., 'i" série, Zool., 1839, t. XL p. llii). — Hugon, Observations sur les Vers à soie et les suies de la proviîiced'Assam (trad.) (Ariti. des se. nat., 2" série, Zool., 1839, t. XI, p. 155). Ces deux mémoires, publiés par des voyageurs étrangers à l'entomologie, sont très confus. — J. 0. Westwood, The Cabinet of Oriental Enlomology. London, 1848; Sericaria Huttoni, pi. xii, fig. !\, femelle. — Thomas^ Hutton, On the Reversion and Restoration of the Silkworm, wich Distinctive Characters of Eighteen species of Silk-producing Bombycida; {Trans. Entomol. Soc. of London, 1864, 3"= série, t. II, p. 295 et suiv., pi. xix). Cette planche coloriée renferme les figures des chenilles, toutes à corne sur le onziéne anneau, de Trilocha varians, Moore, Bombyx for lunatus, Huttoni, Bengalensis (ce sont des Sericaria), enfin, Ocinara, Walker lactea, Hutton, B. mori ou Ver à soie du mûrier redevenu sauvage, ressemblant beaucoup à la race Aqi, moricauds, et une chenille du Ver à soie domestique.
Parmi les publications périodiques relatives à la sériciculture, mais qui sont principalement industrielles et commerciales, nous devons citer le Moniteur des soies, publié à Lyon, et le Progrès agricole et industriel, journal spécial de la sériciculture, de la viticulture, etc., Avignon, directeur, M. Aubenas aîné, qui était précédemment le Progrès séricicole, de Valréas (Vaucluse). N'oublions pas la Société séricicole de {sic) Montpellier.
Il est bon de remarquer que l'étude des espèces de Lépidoptères Hétérocères qui produisent des cocons assez soyeux pour que l'industrie puisse les utiliser ne conduit pas à un groupement zoologique naturel et unique. Les chenilles séricigènes qui méritent le nom de ]'ers à soie appartiennent d'aliord et par excellence aux Séricarides dans les Bombyciens. Nous retrouverons bientôt d'autres auxihaires séricigènes dans des Bombycidcs des genres annexés au genre Bombyx, puis des espèces qui méritent le nom de Vers à soie auxiliaires et qui appartiennent à la tribu des Attaciens.
ENDROMIS. 433
ENDROMIDES.
Cette famille établit un passage entre les Séricarides et les Attaciens, en raison du genre Aglia parmi les Attaciens. Les antennes sont pectinées dans les deux sexes, la pectination de la femelle moins large que celle du mâle; spiritrompe nulle; pas de frein; chenilles sans poils, au moins à leur état de développement avancé; chrysalides à cocons grossiers et presque nuls, formés de quelques fils soyeux.
F..\DROiil*^, Ochsenheimcr. — Antennes contournées, terminées en pointe obtuse, unipectinées, à lamelles rapproctiées, peu allongées, même chez les mâles: pas de spiritrompe; palpes presque nuls, très velus, à articles indistincts; tète petite, engagée dans un thorax laineux; ailes minces, les postérieurea arrondies et assez courtes, les antérieures un peu aiguës et subfalquées au sommet, la frange des ailes presque nulle ; abdomen à longs poils. — Chenille lisse, sphingiforme, se renflant peu à peu de la tête à la queue, avec une élévation pyramidale sur le onzième anneau. — Chrysalide chagrinée, avec sa partie postérieure terminée par une pointe conique et recourbée.
Une seule espèce de France, de Belgique, du sud de l'Angleterre, d'Allemagne, volant au soleil avec beaucoup de vivacité dans les avenues des grands bois, fin mars et commencement d'avril, rare partout, ÏE. Versioolora, Linn., le Versicolure d'Engram., the Keiitish (ilory ; c'est le papillon d'Europe qui se rapproche le plus du Sericaria mûri. Mille environ 60 millimètres d'envergure, le corps velu, d'un jaune brun, avec le devant et les bords du thorax blancs; antennes noires ; ailes supérieures ferrugineuses, lavées de blanc par places, avec deux lignes noiftltres transverses flexueuses, un croissant noirâtre à l'extrémité de la cellule discoïdale; ailes inférieures d'un jaune roux, avec une ligne noirâtre très ondulée; quehiucs petites taches brunâtres vers les bords des ailes ; femelle pareille au mâle pour les dessins, les ailes supérieures d'un ferrugineux terne, les inférieures d'un blanc sale; chenille glabre, à tête petite, d'un vert brunâtre, avec des lignes obliques blanches sur le dos, ayant au repos une attitude qui rappelle celle de certains Sphinx, vivant surtout sur le bouleau, aussi sur le saule, l'aulne, le noisetier, etc., se chrysalide en juillet et août à la surface de la terre, dans une coque très légère, consolidée par des brins de mousse ou de feuilles sèches; la chrysalide passe l'hiver. Les œufs sont pondus sur les branches, serrés les uns contre les autres.
BOMKYCIDES.
Papillons velus et lourds, au moins chez les femelles; antennes épaisses, serrées, fortement bipectinées chez les mâles, parfois filiformes chez les femelles; pas de spiritrompe ; pas de stemmates; pas
GIKAKU. m.— 28
UiU LÉPIDOPTÈRES.
de frein; ailes assez robustes et ibrlement charpentées, en toit au repos, toujours complet pour les supérieures. Nous prendrons pour type de leur nervulation celle du Bombyx quercus mâle (voir le détail de cette nervulation à la fin de la tribu des Bombyciens, où nous la comparons à celles d'un Chélonien type, Chelonia caja). Pattes courtes et sans éperons ; abdomen des femelles gros et peu allongé. Chenilles ordinairement sans tubercules, à seize pattes normales, sans déformations en appendices prolongés, allongées, cylindriques, garnies de poils variés, parfois drapés, jamais complètement verticillés, ordinairement disposés sur tout le corps, souvent plus nombreux sur les parties latérales que sur le dos, rarement en aigrettes ou rayonnants (Pannosœ de M. Guénée); chrysalides renfermées dans des cocons bien construits, ou papyracés, ou feutrés, ou soyeux, très rarement enfouis en terre. Les chenilles sont pour la plupart arboricoles et polyphages; un petit nombre vit de plantes herbacées. Un certain nombre d'espèces offrent les mâles volant en plein jour avec rapidité, surtout par le beau temps. Ces mâles, en raison de leurs antennes très pectinées, ont l'odorat très développé ; ils accourent de très loin à la recherche de la femelle, même renfermée dans les appartements au milieu des villes; les amateurs qui ont une femelle fraîche à leur disposition s'en servent pour faire d'abondantes captures de mâles ; ils suivent dans les bois la personne qui a dans sa poche une femelle dans une boîte ou dans une petite cage en tilet, et s'accrochent même à ses vêtements. Les Bombycides ne se posent jamais sur les fleurs; ils n'ont rien à y faire, étant dépourvus de spiritrompe.
BOilIBYV, Linn. — Antennes des mâles fortement pectinées, celles des femelles dentées ou même filiformes [B. populi, Linn., s. g. Pœcilocu?npu, Steph.); palpes velus, très courts; thorax très velu, un peu globuleux; ailes supérieures offrant toujours un petit point ou tache discoidale, les quatre ailes eu toit complet au repos, les inférieures entièrement sous les supérieures; abdomen gros, très développé chez les femelles, quelquefois pourvu à son extrémité, particulièrement chez les femelles, d'un paquet de poils laineux. — Chenilles velues, garnies de poils plus moins serrés, tantôt disposés sans ordre sur tout le corps, tantôt disposés par petites toutl'es, dépourvues d'ai)pendices pédiformes.
Le genre Bombyx, tel que nous l'adoptons, déjà bien restreint comparativement à l'acception de Linnœus, a été divisé en plusieurs genres dont nous ferons des sous-genres. Dans le sous-genre Clisiommpa, Curtis, Stephens,les papillons femelles n'ont pas de bourre anale, les chenilles vivent en société et sont longues, molles, sans verrues, rayées de lignes longitudinales vivement colorées, se filant des cocons soyeux, minces et mous, entremêlés d'unis substance farineuse (acide urique). L'espèce la plus importante, vu les dégûls qu'elle cause, est le B. Neus-
BOMBYX. UZ5
Irid, I.iiin., la Livrée, Uéaiinuir, Geo(îr., Engr., the Ldckcij des auteurs auglais, ces noms d'après les bandes colorées de la chenille comparées à des galons de livrée; l'adulte, commun partout en juillet et août, de t25 à 28 millimètres d'envergure, ayant le plus souvent les ailes d'un l'errugineux plus ou moins foncé, avec doux lignes blanchâtres, transverses, un peu arquées aux supérieures, et une, peu apparente, au milieu des inférieures; dans l'autre variété les ailes sont d'un jaune terne, les supérieures traversées par deux lignes brunes; dans les deux variétés la frange est blanche, irrégulièrement entrecoupée de brun, le corps de la couleur des ailes, les antemies à tige jaunâtre et à barbes brunes. La femelle est toujours plus grande que le m.lle, d'uti Ion plus terne, avec une bande médiane d'un brun plus ou moins rougeàtre; elle pond ses œufs en spirale régulière et serrée autour d'une branche, par quatre ou cinq cents, collés par une gomme brunâtre, très dure et insoluble, formant lt!s baguos si connues des horticulteurs, passant l'hiver et éclosant au printemps ; les chenilles écha])pent à la loi de Téchenillage, car elles éclosent trop tard. Il faut couper et brûler les bagues ; mais, comme par leur couleur analogue à l'écorce elles se dérobent souvent au regard, il vaut mieux détruire les chenilles sociales,', formant de vrais troupeaux, que trahissent les feuilles dépouillées. En juin, elles se dispersent et sont alors bleues, rayées de noir et de fauve, avec la vasculaire blanche. Elles sont très redoutables aux arbres fruitiers, et, en certaines années, aux arbres forestiers. Je les ai vues, en 1874, ravager tous les bois de la Charente. Elles filent à la fin de juin, sous les corniches des murs, entre les feuilles, des cocons clairs et mous, d'une jolie soie blanche, saupoudrés d'une poussière qui ressemble à de la fleur de soufre et que Réaumur compare à de la poudre à poudrer; B. Castrensis, Linn. ; la Livrée des prés, Geoffr , Engr. ; theGroiind Lackeij, des régions calcaires, prés et collines herbues, espèce beaucoup moins commune que la précédente et non nuisible, car la chenille vit de plantes basses (hélianthème, jacée, euphorbe, bruyère) ; à peu près la taille de l'espèce précédente, le dessus de l'abdomen et l'extrémité des antennes brunâtres, le corps d'un jaune terne, les ailes supérieures du mâle d'un jaune d'ocre, avec deux lignes médianes transverses ferrugineuses et une bande ferrugineuse très indécise, les ailes inférieures d'un brun ferrugineux sombre, avec le milieu traversé par une ligne plus claire, la frange des ailes jaunâtre et irrégulièrement entrecoupée de ferrugineux. La femelle est d'un ferrugineux clair ainsi que le corps et le dessus des antennes jaunâtre, une bande médiane plus foncée sur les ailes, bordée des deux côtés par deux lignes d'un jaune d'ocre; elle pond ses œufs en bracelet autour des tiges des graminées; les chenilles, qui éclosent au printemps, vivent dans leur jeune âge sous des tentes de soie, puis se dispersent et sont solitaires en juin et au commencement de juillet, bleues, à bandes fauves ponctuées de noir. On les élève avec succès au
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moyen de l'euphorbe lithynale, en ayant soin de ne mettre qu'un petit nombre de chenilles ; ces éducations donnent la chance d'obtenir parfois l'aberration femelle Taraxaco'ides, Bellier de la Chavignerie, ailes, corps et antennes en entier d'un jaune d'ocre très pâle, sans aucune ligne aux ailes supérieures et intérieures. L'adulte paraît en août. Nous placerons à côté des deux Livrées, d'après la chenille pi. xciv, fig. 5, le B. Pensylvanica, Boisd., de l'Amérique du Nord, dont la chenille est bleue, avec vasculaire blanche interrompue et lignes longitudinales jaunes, ainsi que les pattes membraneuses.
Dans le sous-genre Eriojiaster, Germar, les papillons femelles ont une bourre abondante à l'extrémité de l'abdomen, les chenilles ont deux verrues dorsales par anneau et se iilent des cocons serrés et consistants comme un carton, n'ayant que la dimension rigoureusement nécessaire pour contenir la chrysalide. Le type est le B. Lancstris, Linn., la Laineuse du cerisier, Engram., Ihe Small Eggar, 32 à 35 millimètres chez le mâle, antennes brunes avec la tige blanchâtre ; corps ferrugineux; ailes supérieures ferrugineuses, avec une ligne transverse blanche flexueuse et deux gros points blancs, l'un discoïdal, l'autre à la base, les ailes inférieures plus pâles, avec une ligne blanchâtre, un peu courbe; femelle plus grande, avec l'extrémité de l'abdomen noire, garnie d'une bourre grisâtre. Les chenilles vivent en nombreuses sociétés, d'avril à juin, sur les aubépines et les prunelliers, aussi sur les pruniers, les cerisiers, les saules, etc.; dans une tente soyeuse divisée en cellules, où elles se retirent pendant la forte chaleur du jour. En juin et à toute leur taille, elles se dispersent pour se chrysalider; elles sont alors noires, à sous-dorsales jaunes et crénelées, les pattes membraneuses rouges. Elles se filent des cocons ovales, d'un tissu serré, jaunâtres en dehors^ blanchâtres en dedans ; les adultes ont, le plus souvent, deux époques d'éclosion, mars et avril, puis septembre et octobre. Si on élève une famille de ces chenilles, il y a, d'ordinaire, un certain nombre de chrysalides dont le papillon ne sort qu'au bout de deux, trois ou quatre ans et même plus. Le B. Lanestris est très abondant en certaines années, et ses chenilles achèvent les feuilles épargnées par celles des Neustria et Chrysurrhœa ; l'espèce devient extrêmement rare pendant plusieurs années de suite.
Dans le genre Bombyx propre, syn. ; Lasiocampa, Schrank, les papillons ont les quatre ailes semblables, épaisses et velues; les mâles volent avec vivacité pendant le jour et ont les antennes fortement et régulièrement bipeclinées. Les chenilles, qui vivent solitaires, sont garnies de poils drapés ou satinés et se filent des cocons subellipsoïdes, ou consistants et papyracés (IL quercus et trifolii), ou soyeux (B. rubi). Le B. quercus, Linn., le Minime à bande, Geoffr., Engram., ihe Oak Eggar, ayant dans les deux sexes le corps et les antennes de la couleur des ailes, 50 à 55 millimètres d'envergure chez le mâh% les quatre ailes d'un brun ferrugineux, avec une ligne coudée arquée d'un jaune