II. ÆSCHNINES
Tête grosse, avec le vertex et l’occiput petits; front droit, trèssaillant; la soie antennaire articulée, les yeux plus ou moins large-
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ment contigus. Labre échancré; second article du palpe labial plus étroit que la lèvre inférieure, le troisième cylindrique, plus de moitié plus court que le deuxième; bord anal des secondes ailes excavé ou non excavé chez les mâles. Pattes ayant le premier article des tarses très-petit. Second segment de l’abdomen du mâle, ne s'avançant pas en lobule sur les côtés de la base du pénis, et muni de deux oreillettes latérales chez les mâles, dont l’angle anal des secondes ailes est excavé. Cet abdomen ordinairement très-long, plus ou moins étranglé après la base, qui est renflée ; dessous du dernier segment rugueux ou épineux à son extrémité postérieure chez les femelles; appendices anaux supérieurs ciliés à leur bord interne, ordinairement dilatés, lamelliformes, jamais cylindriques, l’inférieur presque toujours entier. Bord vulvaire des femelles prolongé en une pointe cornée, formée de quatre pièces rapprochées et unies entre elles, terminées par deux petites cornes; appendices vulvaires de deux articles chacun, dont le premier est droit et arqué, le second styliforme. Ces quatre pièces, qui n'atteignent pas le bout de l'abdomen, sont contenues par deux lames ou valves étroites, plus ou moins recourbées, cornées et terminées chacune par un petit pinceau de poils; il y a donc une sorte d’oviscapte.
Nous ne possédons en France que deux genres de ces Æschnes proprement dites. Elles comprennent les plus grandes espèces de la tribu des Libelluliens, celles aussi dont le vol est le plus puissant et le plus soutenu. Elles parcourent de vastes espaces ; certaines espèces restent près des eaux, mais d’autres s'éloignent beaucoup du lieu de leur naissance.
ANAX, Leach. — Yeux très-voûtés, contigus sur un très-grand espace, cette suture plus longue que la largeur du vertex et du haut du front. Bord anal des secondes ailes arrondi et semblable dans les deux sexes; membranule grande. Pas d’oreillette sur les côtés du second segment de l'abdomen ; appendice anal inférieur du mâle tronqué, quadrilatère ou rétréci à son extrémité.
Les yeux forment la majeure partie de la grosse tête des Anaæ. Le thorax est très-épais ; l'abdomen très-allongé et marqué d'une bande dorsale anguleuse, noire ou rousse, et de sept arêtes longitudinales. Leur coloration, en général, se compose de bleu tendre, de vert ou vert jaunâtre, de roussàtre et de noir, ces couleurs n'étant pas disposées par petites taches ou par plaques, comme chez les Æschna. Ce sont de trèsbeaux Libelluliens par leurs couleurs brillantes. On les rencontre sur les étangs et les rivières, d’où ils s’éloignent peu, et sur lesquels ils planent à la façon des oiseaux de proie. Ils sont fort défiants, et se laissent par cela même difficilement approcher. L'espèce type, presque la seule d'Europe, est l'A. formosus, Vanderl., dont le mâle atteint 10 centim. d'envergure et la femelle 11. La tête est d’un vert jaunûtre, tachée de noir; le thorax vert sans taches; l'abdomen du mâle est
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long, rénflé à la base, rétréci au troisième segment, déprimé ensuite; d'un beau bleu, le premier et la moitié du second segment exceptés, qui sont verdâtres ; du troisième au dernier segment règne une bande dorsale anguleuse noire, et sur les côtés sont des taches noires allongées. Chez la femelle, l'abdomen est plus épais, non rétréci au troisième segment; le bleu du mâle est remplacé par du vert, et la bande dorsale, plus large, est d’un brun roux; les ailes plus larges, plus étendues et teintes légèrement de bleu verdàtre ; les deux sexes ont le pterostigma très-allongé et roussâtre. Les mâles sont plus nombreux que les femelles, et celles-ci rasent la surface de l’eau en déposant leurs œufs sur les plantes aquatiques, L'espèce est très-répandue sur les étangs el surtout lés petites rivières, de mai à la fin de l'été, vivant d'insectes qu'elle saisit au vol, et particulièrement d'Agrions. Elle est de toute l’Europe centrale ét méridionale; $e trouve dans la Charente de la fin de mai au 15 septembre, très-commune dans tout le courant de juin (H: Delamain), se prend aux îles Canaries, en Sibérie dans la steppe des Kirghiz, en Syrie, en Egypte, en Algérie, en juin et juillet, près d'Alger, Philippeville, Hippone et dans le cercle de la Calle, des lieux frais, humides, très-ombragés, pareille au type ‘d'Europe (H, Lucas).
ÆSCOHNA, Fabr, — Yeux modérément voûtés, contigus sur un grand espace, cette suture à peine aussi longue que la largeur du vertex et le haut du front, où même plus courte. Angle anal des ailes inférieures anguleux chez le mäle, arrondi chez la femelle. Second segment de l’abdomen du mâle marqué sur les côtés d’un tubercule comprimé et en forme d’oreillette, plus ou moins saillant et dentélé ; appendice anal inférieur des mâles plus court que les supé= rieurs, et en triangle ordinairement allongé ét tronqué. Abdomen renflé à la base, ensuite plus ou moins rétréci, puis cylindrique, très-allongé et marqué de cinq arêtes longitudinales.
La coloration de l'abdomen des Æschna se compose de bleu, de jaune, de vert, de roux et de noir ; ces différentes couleurs sont disposées par petites taches ou par plaques, le bleu étant le partage du mâle, comme le jaune et le vert sont le propre de la femelle. Ces insectes, tous en général de grande taille, ont le vol puissant et soutenu, comme les Anaæ. On les rencontre dans les marais, les clairières et les allées des bois, ainsi que le long des chemins bordés de haies et de fossés, allant et revenänt continuellement dans lé même lieu, en parcourant de petits espaces, jusqu'au moment où, effrayés par quelque cause, ils partent et s’éloignent avec la rapidité d’un trait, en s'élevant dans les airs, ét souvent à une très-grande hauteur. Is se laissent pouf là plupart très-difficilement approcher.
Les éspèces se divisent en plusieurs groupes. Le premier, où les yeux hé sé touchent que sur un espace étroit; et dont l'abdomen cylindrique
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n’est pas étranglé au deuxième segment, est l’Æ. pratensis, Müller ou vernalis, à corps très-poilu, à abdomen très-tacheté, la plus petite du genre en Europe, la seule espèce printanière du genre, paraissant dans le Midi en mars et avril, dans la Charente du milieu d'avril aux premiers jours de juin, très-commune sur les mares et fossés des prairies : et parcs (H. Delamain), en Belgique en mai et juin, en Écosse et au sud de la Suède en juin et juillet. — Un autre groupe d'Æschnes présente les yeux se touchant sur un espace assez étendu, l'abdomen étranglé au deuxième segment, la membranule de grandeur variable, une tache noire en forme de T sur le vertex. On y trouve l’Æ, cyanea, Latr. où maculatissima, grande espèce dont la femelle atteint 11 centim. d'envergure, très-répandue dans toute l’Europe, de la fin d'août à la fin d’octobre, sauf la Laponie et l'Irlande. Le devant du thorax a deux grandes taches vertes ovales ; l'abdomen du mâle, à tubercule du deuxième segment tridenté, est varié de nombreuses petites taches bleues, jaunes et vertes, isolées ou géminées sur un fond noirâtre, les neuvième et dixième segments bleus antérieurement, la membranule courte, blanchâtre, teinte de noirâtre au bord postérieur. La femelle diffère du mäle par son abdomen non rétréci au deuxième segment, les yeux verts et non bleus en dessus, les taches claires du thorax et de l’abdomeri d’un vert jaunâtre. Chez les sujets prénubiles, la couleur bleue des adultes est changée en vert et la verte est transformée en jaune; les ailes sont lavées de jaune clair, et la nervure costale est jaune. A côté se place l’Æ, mixta, Latr., de coloration analoguë, mais avec une teinte plus roussâtre, et de taille plus petite, l'envergure ne dépassant pas 8 centimètres et demi, manquant en Suède, existant dans l'Europe tempérée et méridionale en août, septembre, octobre, et même, dans la Charente et plus au sud, jusqu’au milieu de novembre, rare en Algérie et pareille au type d'Europe, en juillet et août près d'Alger et dans le cercle de la Calle, au bord des lacs et rivières, en Sibérie datis la steppe des Kirghiz. L’Æ. affinis, Vanderl., très-voisine, plus méridionale, commune dans tous les bois de la Charente en juin et juillet (H. Delamain), locale en Belgique, se trouvant à Bondy près de Paris, très-commune en Provence, fréquente en Algérie pendant tout l'été et une grande partie de l'automne, dans les lieux boisés, sur les bords dés sentiers, Alger, Constantine, Hippone, la Calle, L’Æ,viridis, Eversman, à côtés du thorax verts et sans lignes, l'abdomen de la femelle entièrement tacheté de vert et de noir, prenant du bleu chez le mâle, espèce de l'Europe orientale, et de la Sibérie dans la steppe des Kirghiz, arrivant jusqu’en Hollande et volant après le coucher du soleil, habitude rare chez les Libelluliens. — Le troisième groupe des Æschnes offre les yeux contigus sur un espace assez étendu; l'abdomen cylindrique étranglé au second segment, roussâtre, peu tacheté, à petites taches bleues chez les mâles, jaune au contraire chez les femelles ; le vertex sans tache en T; les appendices anaux du mâle lancéolés, les ailes plus
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ou moins roussàtres. À citer l’Æ. rufescens, Vanderl., à labre bordé de brun en avant, les ailes à nervures noirâtres et à base roussâtre, avec membranule très-grande, noirâtre, sans taches bleues près de leurs attaches, une dent basale sous les appendices anaux supérieurs des mâles; espèce fort défiante, du Midi, locale et très-rare en Suède, en Angleterre, en Belgique, la variété à ailes roussâtres en entier se prenant à Bruxelles, existant dans la Charente (H. Delamain), de la mimai à la mi-juillet, assez fréquente près des fossés, des prairies et des parcs. L’Æ. grandis, Linn., la Julie de Geoffroy, offrant le labre non bordé de brun en avant, le thorax bordé de deux bandes latérales d'un jaune-soufre, les ailes roussâtres en entier, y compris les nervures, avec un point réniforme bleu près de leurs attaches, la membranule médiocre et blanchâtre, les pattes d’un ferrugineux foncé, les appendices anaux supérieurs du mâle sans dent à leur base. Cette espèce, dont nous donnons la lèvre inférieure (pl. 1xv, fig. 3), est commune, en été et au commencement de l'automne, dans le nord et le centre de l’Europe, en Sibérie dans la steppe des Kirghiz, en Laponie, dans les trois îles britanniques, dans le nord et le centre de la France; non trouvée dans la Charente, mais rencontrée près de Saintes dans la Charente-Inférieure (D' Mongrand) ; manquant dans le midi de la France, l'Italie, l'Espagne. La larve, commune près de Paris dans les mares et les étangs, est entièrement d'un vert brunâtre, avec quelques petites taches plus foncées, disposées irrégulièrement et en plus ou moins grande quantité. Cette espèce est citée comme accomplissant parfois de grandes migrations, M. Hagen a reconnu, dans sa dissection, que les cordons de la chaine ventrale sont au nombre de quatre, deux supérieurs, deux inférieurs, ces derniers formant seuls les ganglions. Une dernière espèce se distingue des autres Æschnes sans T au vertex par l'abdomen cylindrique, très-étranglé au second segment, olivâtre, varié de brun foncé, les ailes incolores ou un peu ternies, à réticulation très-fine, à membranule courte, lés appendices anaux supérieurs du mâle lancéolés et étroits : c'est l’Æ. Irene, Boyer de Fonsc., espèce méridionale, découverte en Provence, se trouvant en Sardaigne, remontant jusqu'auprès du Mans et dans Maine-et-Loire, mais rare, se trouvant dans la Charente de la fin de juin au milieu de septembre. Elle est crépusculaire, dit M. H. Delamain (Catal. manuscr. des Odonates de la Charente) et abonde dans les rues de Jarnac, rasant le soir le pavé à la façon de l'hirondelle. Dans le jour, elle se colle aux murs, comme Catocala nupta (Lépid. hétéroc.), sous les auvents, les corniches, et, si on la dérange, vole à quelques mètres seulement pour se poser aussitôt.
ZYGOPTÈRES-
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ZYGOPTÈRES ou AGRIONIDES.
Tête transverse, petite, déprimée, à bouche saillante; les yeux pédicellés, très-éloignés l’un de l’autre, les ocellés en triangle; le labre enlier, bombé, arrondi ; les palpes labiaux de trois articles, le second article moins large que la languette, l'angle interne de son extrémité prolongé en une longue épine, la languette divisée en deux par une fente médiane. Thorax étroit et allongé. Les ailes semblables, presque toujours relevées ou à demi relevées dans le repos, souvent pétiolées à la base ; le nodus ou point cubital toujours entre le milieu et la base de l'aile, sans membranule ; la nervure sous-médiane sans rameau supérieur, de sorte que le triangle discoïdal est remplacé par un quadrilatère plus ou moins régulier, le pterostigma pouvant manquer. Abdomen très-long et très-grèle, cylindrique, ayant trois arêtes peu marquées, celles du dessous et la dorsale à peine sensibles. Organes génitaux analogues à ceux des Æschnides, à appendices vulvaires très-saillants, en facon d’oviscapte ; quatre appendices anaux chez les mâles, deux chez les femelles, variables peur la forme; deux paires d’hameçons à l’appareil copulateur du mâle, sous le deuxième segment, les antérieurs réunis avec la pièce antérieure, la gaine séparée du pénis.
En regardant ces insectes en dessus de la tête, on obtient l'aspect particulier d’un triangle à angles émoussés, dû à la réunion d’une tête transverse et déprimée, d’yeux très-éloignés l’un de l’autre et d'une bouche saillante. Leurs nombreuses espèces comprennent les plus petits Odonates, à corps svelte et élégant, certains d'eux très-remarquables par l'éclat de leurs couleurs. Leur vol n’a qu’une faible puissance, et, pour cette cause, la plupart ne quittent pas les lieux de leur naissance ; il en est cependant quelques-uns qui s’en éloignent beaucoup, et qu'on rencontre alors, soit dans les jardins et les champs, soit dans les bois, et à de grandes distances des marais ou des endroits herbeux autour des eaux, séjour habituel du plus grand nombre. On les divise en deux groupes, dont les types sont les genres Calopteryæ et Agrion.