CALOPTÉRYGINES
Ailes toujours relevées dans le repos, non pétiolées, les nervules cubitales qui traversent ‘espace huméral assez nombreuses où trèsnombreuses, cinq au moins; point cubital placé vers la moitié de la longueur de l'aile ou environ, de sorte que la partie cubitale forme béaucoup plus du tiers de l'aile, le point cubital très-éloigné du quadrilatère, le pterostigma pouvant manquer chez le mâle.
Ces insectes sont répandus sur toute la terre, à l'exception de la Polynésie et de l'Australie,
CALOPTERYX, Leach (par mauvaise orthographe Calepleryx). — Tète, dessus du thorax et du premier segment de l'abdomen poilus ; premier article des an-
tennes cylindrique, beaucoup plus court que le second, qui est de même épais- GIRARD, 11 — 23
sk NÉVROPTÈRES.
seur, le troisième deux fois plus long, à soie de même longueur. Lèvre inférieure fendue dans son tiers apical ; le deuxième article des palpes plus court, le troisième deux tiers plus court, Ailes arrondies dès la base, non pétiolées, à cellules très-nombreuses, presque toutes rectangles; un grand nombre de nervules antécubitales ; pterostigma variable ; le quadrilatère de l’aile traversé par beaucoup de nervules, subrectangle, six fois au moins aussi long que large. Pattes longues, minces, à cils longs et fins, Abdomen très-mince, plus long que les ailes. Coloration du corps verte ou bleu bronzé ou noirâtre chez les mâles, d’un vert métallique ou noirâtre chez les femelles: souvent les sutures ou le dessous du corps jaunâtres ; les quatre ailes d’une couleur à peu près semblable.
Les espèces de ce genre sont réparties dans l’Europe, l'Afrique mé-
diterranéenne, l'Asie et l'Amérique septentrionale ; ce sont les plus brillantes de la tribu des Libelluliens, d’un vol léger, moelleux et peu soutenu. On les rencontre ordinairement le long des eaux courantes, et non stagnantes, comme la plupart des Libellules. L'Europe et le bassin de la Méditerranée ne comptent que trois espèces de ce genre. On avait cru à un plus grand nombre d’espèces d’après l'existence des races méridionales, et le changement, bien plus marqué que chez les autres Libelluliens, que l’âge produit dans la coloration des ailes et dans la forme du neuvième segment abdominal. Le groupe de ces espèces présente un tubercule renflé de chaque côté, à la partie postérieure de la tête ; pas de pterostigma chez le mâle, un pterostigma blanc chez la femelle, traversé par plusieurs nervules; les appendices supérieurs des mâles en demi-circonférence, les inférieurs cylindriques et plus courts, les deux appendices anaux des femelles petits et droits. L'une des espèces, hemorrhoidalis, a les jambes en partie roussâtres ; les autres les offrent noires. L'âge amène dans ces espèces de grandes différences. Il est bien reconnu pour les deux espèces communes aux environs de Paris, les C. virgo et splendens, que, chez les mâles naissants, les ailes sont transparentes et roussâtres, dans l’âge moyen enfumées et à reflet bleu, et enfin, à l'état très-adulte, opaques et d’un bleu foncé en entier ou en partie; la forme du neuvième segment abdominal suit une marche correspondante, conique chez les jeunes, cylindrique chez les adultes, en raison du gonflement des testicules. Chez la femelle, les ailes sont d’abord d’un roussâtre très-clair, puis les nervures et les nervules deviennent plus foncées, et dans l’âge très-adulte leur fond est parfois enfumé, et même presque opaque vers l'extrémité des ailes inférieures. Des femelles, par aberration, peuvent prendre des couleurs du mâle.
Le C. virgo, Linn., l'Ulrique de Geoffroy (sa lèvre inférieure pl. 1xv, fig. 5), long de 42 à 43 millimètres, offre le corps d’un bleu Q' ou d'un vert Q® soyeux, sans points ou tubercules interalaires blancs ; les appendices inférieurs du mâle noirs, à base jaunâtre en dessous; les ailes rous-
CALOPTERYX, ÉPALLAGE. 555
sâtres, parfois brunes chez la femelle, qui, très-adulte, se saupoudre de blanchâtre sous la poitrine ; les ailes roussâtres ou bleues de diverses nuances chez le mâle. De mai à la fin d'août, dominant en juillet; toute l’Europe, la Sibérie, une race plus grande, festiva, Brullé, en Grèce et en Syrie. Il y a des variétés où l’aile du mâle devient en entier d'un brun enfumé ou d’un bleu noirâtre, à reflet submétallique, d'autres où la base reste d’un roux clair et diaphane. Le C. splendens, Harris, la Louise de Geoffroy, ressemble à l'espèce précédente, mais présente deux points ou tubercules interalaires blancs; les ailes plus étroites et plus pointues, toutes les nervures et les nervules d’un bleu métallique chez le mâle, la base des ailes transparente jusque vers le point cubital et souvent le bout, la réticulation plus régulière et moins serrée. Chez la femelle, les nervures et les nervules sont d'un vert métallique, et il y a une épine partant d'une petite carène, bien plus sail- Jante que chez virgo, en dessus du dernier segment de l'abdomen, et le petit appendice qui se trouve en dessous ne dépasse pas le bord du segment; le pterostigma est plus rapproché de l'extrémité de l'aile que chez virgo, de sorte que la distance de la base au point cubital est plus peiite que celle du point cubital au pterostigma. Dès la fin d'avril, très-communément en juin et juillet, ne disparaît qu'au début de septembre : Europe, Sibérie, Syrie ; Algérie en juin près de Constantine, sur les bords des rivières légèrement ombragés et herbus, pareil aux individus de Provence, dont les mâles ont les ailes hyalines, race œanthostoma, Charp. Les caractères que nous avons donnés s'appliquent aux races septentrionales des deux espèces, ainsi aux sujets des environs de Paris; il règne une confusion presque inextricable pour les races méridionales. La troisième espèce d'Europe, le C. hemorrhoidalis, Vanderl., se distingue tout de suite des précédentes par la couleur foncée du corps, d’un noir un peu bleuâtre, avec reflets violets et rougeàtres chez le mäle adulte, d'un verdâtre bronzé avec des raies d’un jaune pâle chez la femelle; par les jambes roussâtres en dehors et par la nervure costale, qui n’est jamais d’un vert métallique. Espagne, Italie, Sicile, Sardaigne, Corse ; remonte en France jusqu’à Lyon et Bordeaux; se trouve en Algérie (H. Lucas) pendant le printemps, l'été et une grande partie de l’automne, dans les lieux marécageux et ombragés du cercle de la Calle, aimant, comme ses congénères, à voler à la surface des eaux courantes et à se reposer sur les longues tiges des herbes qui croissent au bord des ruisseaux; pareille aux sujets d'Europe, mais de taille très-petite, comme les individus qu'on prend dans le sud de la Sicile.
ŒPALEAGE, Charp, — Ailes relevées dans le repos, étroites, un peu pétiolées à la base, à cellules très=nombreuses, subcarrées, incolores, sauf à la pointe après le pterostignia dans les deux sexes ; douze à quatorze nervules untécubitales ; le quadrilatère subrectangle de l’aile sans nervules, une fois plus long
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que large; plerostigma grand, oblong, non traversé par des nervules. Tête très-large, à occiput renflé, à front un peu bombé. Thorax court, très-fort, dilaté en avant, Abdomen un peu plus court que les ailes, un peu épaissi à la base et au bout; appendices anaux supérieurs du mâle en tenailles, avec de fortes dents, les inférieurs longs ; appendices anaux de la femelle cylindriques, pointus, courts. Pattes courtes, ciliées.
Ce genre est asiatique et présente une espèce qui atteint l'Europe, se trouvant en Asie Mineure, en Turquie et en Grèce : c'est l'E. Fatime, Charp., d'un bronzé noirâtre, saupoudré de violet chez le mâle seul, avec des bandes et des taches jaunes; les ailes longues, étroites, hyalines, légèrement teintées de brun jaunâtre après le pterostigma, qui est grand, oblong et brun.
NEUROBASIS, Sel.-Longch. — Ailes assez larges, les supérieures hyalines dans les deux sexes, les inférieures opaques et métalliques chez le mâle, ternies chez la femelle ; pas de pterostigma chez le mâle; un pterostigma blanc chez la femelle, parfois nul, placé à mi-distance du nodus au bout de l'aile. Thorax eftilé et long. Pattes très-longues et ciliées. Abdomen fin et très-long, dépassant beaucoup les ailes.
Ce genre est fondé sur une seule espèce bien caractérisée, de Ia Chine, de l'Inde, de la Cochinchine, de la Malaisie jusqu'à Timor, c'està-dire l'espèce de Caloplérygine qui s'approche le plus de la Polynésie. C’est le N. chinensis, Linn., dont nous représentons le mâle, adulte, (pl. zxv, fig. 4), à thorax et abdomen d’un beau vert métallique ; les pattes jaunâtres ; Les ailes antérieures hyalines, lavées de verdâtre clair, les inférieures ayant en dessus, à partir de leur base, plus des deux tiers de leur étendue d'un vert métallique brillant, avec des reflets dorés et d'un violet clair. Cette couleur devient d'un bleu verdâtre brillant, si on la regarde de côté, et le bleu violet domine jusqu'au bout du quadrilatère. L’extrémité est d'un brun foncé uniforme, avec reflet violet noirâtre, et la réticulation d’un vert métallique. L'espace final tranche sur la couleur verte par une ligne concave en dedans, et le dessous de ces mêmes ailes est d'un brun noirâtre presque uniforme, à reflets d'un vert foncé, d’un rouge cuivreux et d’un doré obscur. La femelle ressemble au mäle par ses couleurs, mais elles sont moins vives, C’est un magnifique Libellulien.
Il. AGRIONINES.
Ailes notablement pétiolées, le plus souvent relevées au repos, avec deux nervures antécubitales seulement dans le premier espace huméral; point cubital placé à peine au tiers de la longueur de l'aile à partir de la base, où moins.
PLATYCNEMIS. son
PrAryÇNEmuzS, Charp. — Tête très-large, à raison des yeux, qui sont trèsécartés, légèrement velue antérieurement. Thorax en ovale un peu élargi sur les côtés antérieurs et aplati en dessous, légèrement velu sur les côtés. Aïles relevées dans le repos, beaucoup plus courtes que l'abdomen, étroites, pédicellées, pourvues de nervures basilaires parallèles et de cellules ou aréoles assez grandes, presque toutes subrectangles; pterostigma petit, à peu près en losange, Pattes longues, garnies de cils ou épines allongées, les quatre dernières jambes offrant des dilatations latérales, au moins chez les mâles. Abdomen grêle, lisse, un peu renflé postérieurement ; appendices anaux supérieurs des mâles droits, plus courts que les inférieurs, qui sont en forme de tenailles ; ceux de la femelle courts et droits.
Ces insectes, longtemps réunis aux Agrions, auxquels ils ressemblent pour le port d'ailes, la taille et l'aspect, s’en distinguent aussitôt, ainsi que de tout autre genre, par les jambes dilatées en forme d’avirons; ils vivent sur le bord des eaux. On {rouve les espèces de ce genre dans l'Europe, l'Asie, l'Afrique et l'Amérique septentrionale. L'espèce la plus répandue en Europe, manquant en Laponie et dans quelques localités méridionales, est le P. pennipes, Pallas, ou platypoda, Rambur, variant beaucoup de couleurs et de taches, et présentant les quatre jambes postérieures dilatées dans les deux sexes. Elle paraît deux fois par an, d’après M. de Selys-Longchamps, et dure d'avril à septembre dans le centre de l'Europe, commençant plus tard dans le nord. L'apparition des mâles à ligne dorsale noire suit immédiatement celle des exemplaires blanchâtres. Le mâle est bleuâtre ou blanchâtre, avec taches bronzées ; la femelle verdâtre ou roussâtre, les pattes rayées de noir, le pterostigma ferrugineux. Dans une variété fréquente dans l'ouest de la France, l'abdomen est blanc avec les septième, huitième et neuvième segments bronzés en dessus, les huitième etneuvième marqués chacun d’une petite tache subovale ou sublosangique d’un blanc bleuûâtre, le dixième segment avec deux petites taches latérales angulaires bronzées, rudimentaires ou nulles chez la femelle, les quatre jambes postérieures blanches, sans lignes noires, très-dilatées chez le mâle. M. H. Delamain a observé que, dans la Charente, l'espèce débute au commencement de juin par des sujels blancs, très-communs partout, même dans les jardins éloignés des cours d'eau ; que les femelles rousses commencent à paraître aux premiers jours de juillet, mais moins communes que les blanchâtres ; qu’en août au contraire les femelles rousses sont plus communes, et qu'enfin l'espèce disparait en septembre. Une autre espèce très-voisine, peut-être une simple race méridionale, est le P. latipes, Rambur, de l'Hérault et de la Provence, et probablement de Corse, d'Espagne, de Syrie. Dans un autre type de Platycnemis, les quatre jambes postérieures ne sont dilatées que chez le mâle seulement; tel est le P. acutipennis, Sel.-Longch., ou diversa, Rambur, de couleur générale orangée, et variant peu dans sa teinte et ses dessins, existant
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dans l'Hérault, dans la Charente du milieu de mai à la fin de juillet, des prairies et des parcs, les femelles paraissant avant les mâles ; de Maine-et-Loire, où il est aussi commun que pennipes en été, des environs du Mans, Il y a en Algérie une espèce de même type, très-voisine,
LESTES, Leach, — Tête large, en raison des yeux très-éloignés. Thorax en ovale, aplati en dessus, Ailes pédicellées, beaucoup plus courtes que l'abdomen, horizontales au repos dans la plupart des espèces, à pterostigma grand et oblong, tronqué à ses extrémités, la plupart des cellules pentagones. Pattes cylindroïdes, assez grandes, munies de longs cils, Abdomen lisse, très-long, grêle, renflé à la base et à l'extrémité; appendices anaux supérieurs des mâles circulaires, en forme de tenailles, plus longs que les inférieurs, et garnis intérieurement d’une ou plusieurs dents, ceux des femelles petits, styliformes.
L'’abdomen des Lestes, comme le thorax, est orné en dessus de couleurs métalliques vertes ou bronzées, très-brillantes chez le mâle; l’abdomen étant ordinairement jaune en dessous. L'espace interalaire, ainsi que les extrémités de l'abdomen et d’autres parties du corps des mâles de certaines espèces, se couvrent d'une poussière d’un blanc bleuâtre, soit sécrétion cireuse, soit exsudation d'acide urique, qui ne paraît que chez les individus éclos depuis un certain temps. Quand les ailes sont horizontales au repos, elles forment avec le corps un angle aigu et non un angle droit, comme pour les Libelluliens Anisoptères. Ces Lestes, dont l’aspect rappelle celui des Agrions, mais que la forme oblongue du pterostigma suffit pour séparer aussitôt, habitent les marais, le bord des eaux stagnantes remplies de plantes aquatiques, à l'intérieur desquelles pondent les femelles. Certaines espèces abondent au point qu'on en prendrait des centaines au même lieu; la plupart s’éloignent peu des eaux où elles sont nées, mais il en est qui s’écartent davantage et vivent dans les forêts.
Une espèce du sous-genre Sympycna, Charp., offre les ailes à demi relevées au repos. C’est le L. fusca, Vanderl., d’un roux terne avec des taches d’un noir bronzé en dessus de la tête, du thorax, de l'abdomen. Cette espèce est très-curieuse en ce qu’elle hiverne à l’état adulte. M. H. Delamain, dans la Charente, a trouvé en février un mâle engourdi dans les feuilles sèches, qui, transporté à la chambre, s’est réveillé et a volé. Il est possible que ce soit dans cette hibernation que l'espèce devienne très-aaulte, ce qu’on reconnaît à sa couleur trèsfoncée. Ces sujets très-foncés qui paraissent en avril, car l'espèce est très-précoce, deviennent très-communs dès la fin de mai et disparaissent peu à peu à la fin de juin; au milieu de juillet a lieu une éelosion (première ou seconde?) dont les sujets sont très-blonds, teinte qui fait très-bien ressortir les dessins bronzés, et dont les ailes sont lavées de roussälre. L'espèce demeure commune jusqu’à la fin d'octobre, et les sujets se foncent peu à peu, mais moins que les exemplaires de prin-
LESTES, AGRION. 359
temps. L'espace interalaire se poudre légèrement chez le mâle et la femelle, quand l'insecte vieillit. Bords des marais, jardins, champs, bois de presque toute l'Europe, sauf le haut nord, les îles Britanniques, l'Espagne ; se trouve en Sibérie, en Syrie, en Algérie, très-rare en août dans les bois du lac Tonga, cercle de la Calle. Les autres Lestes ont les ailes horizontales au repos; leur thorax et l'abdomen sont en dessus d’un vert bronzé. Les uns ont l'occiput d’un vert bronzé; tantôt le thorax et l'abdomen ne deviennent pas pulvérulents chez le mâle adulte, ainsi chez le L. viridis, Vanderl., la plus grande espèce de France, de juillet à octobre, d'Europe tempérée et méridionale, de Syrie et d'Algérie, en été et une grande partie de l'automne dans le cercle de la Calle, aimant à voler dans les lieux ombragés, surtout aux bords des sentiers qui sillonnent les bois des lacs Tonga et Houbeira. Le thorax et l'abdomen se couvrent de poussière blanche chez le L. sponsa, Hansemann, de Sibérie, de Laponie et de Suède, des îles Britanniques, de Belgique, de France, d'Allemagne et de Russie, marais tourbeux, ruisseaux, bois, de juillet à septembre. Enfin des espèces ont l'occiput jaune et l’espace interalaire, ainsi que le bout de l'abdomen, devenant farineux chez les mâles très-adultes : tels le L. virens, Charp., espèce méridionale, rare dans les parties tempérées de l'Europe et en Algérie; le L. barbara, Fabr., d’un vert doré en dessus, varié de jaune, surtout du bassin méditerranéen, de toute l'Algérie, dans Maine-et-Loire et la Charente, en juillet et août, commun à Royan dans les prés marécageux, par places et très-rare en Belgique.
AGRION, Fabr. — Tête un peu moins forte que dans les genres précédents. Thorax petit, velu, ainsi que la tête. Ailes beaucoup plus courtes que l’abdomen, relevées au repos, pédicellées, étroites, à nervures basilaires parallèles, à cel= lules assez grandes, pour la plupart quadrilatères ; le pterostigma court, en losange. Pattes cylindroïdes, courtes ainsi que leurs épines. Abdomen long, cylindrique, presque filiforme, à peine renflé à sa base et à son extrémité ; appendices anaux de forme très-variable et très-courts, les deux supérieurs, dans certaines espèces, divisés en deux, ce qui fait que le mâle semble avoir six appendices,
Les Agrions sont les plus petits insectes de la tribu des Libelluliens, et se distinguent aisément des autres Zygoptères par leurs ailes étroites et leur pterostigma court et en losange. On les rencontre dans les marais et au bord des eaux, volant et se reposant sur les plantes du rivage et souvent accouplés. I y a d'ordinaire beaucoup d'individus de chaque espèce, car ils servent d'aliments à une grande quantité d'insectes, de façon qu'une grande fécondité compense seule leurs chances de destruction. On a cité des accouplements entre Agrions d'espèces différentes, et même entre des Agrion et des Lestes. Les espèces du genre Agrion sont en quantité considérable ; nous nous bornerons à très-peu d’entre elles.
L'espèce la plus répandue en Europe est l'A. puella, Linn. (pl. 1xv, fig. 6, nymphe vue en dessus; 6 a, id. de profil; 6 b, la tête vue en dessus, avec la lèvre inférieure développée; 6 c, id.vue de face; 6 d, l'une des pièces mobiles de l'extrémité de la lèvre; 6 e, labre; 6 f et 6 g, mandibule en dessus et en dessous; 6 k, mâchoire; 6 à, extrémité de cette mâchoire très-grossie; 6 k, tête et lèvre inférieure vues de profil ; 6 {, antenne grossie).
Cette espèce appartient aux Agrions à mâles bleus, à femelles en partie bronzées. Le mâle, long de 3 centimètres et demi sur 4 et demi d'envergure, offre la tête d’un noir bronzé en dessus, bleue en dessous ; le thorax noir en dessus, d’un bleu clair sur les côtés et en dessous ; le bord postérieur du prothorax légèrement sinué en trois lobes; l'abdomen d'un bleu de ciel pur, marqué et annelé de noir bronzé, le premier segment avec une tache basale carrée, bronzée, le deuxième avec une tache isolée en forme d'U anguleux ne touchant pas le bord postérieur, le dixième à échancrure large, arrondie, profonde ; les appendices anaux courts. Chez la femelle, les nuances foncées sont plus étendues et d’un vert bronzé, le bleu clair du thorax et de la tête du mâle devenant d’un vert jaunâtre ; l'abdomen ne conservant de blanc bleuâtre qu'au bord antérieur des segments, le dixième segment à échancrure étroite, aiguë, profonde, la tache bronzée du premier segment touchant le bord postérieur. Absolument de toute l'Europe, y compris la Laponie; très-commun par toute la France en mai, juin juillet, le long des fossés, des mares, des étangs, devient rare en août. Une espèce du même type est l'A. pulchellum, Vanderl., l'abdomen bleu maculé de noir bronzé chez le mäle, le bleu devenant blanchätre chez la femelle. De toute l'Europe, sauf la Laponie et les parties les plus méridionales ; paraissant dans les prairies de la Charente à partir du milieu d'avril, en nombre immense en mai, les deux sexes bien adultes, devenant rare à partir de juin, avec quelques sujets retardés jusqu'aux premiers jours d'août. Au même type d'Agrions appartient encore l'A. mercuriale, Charp., espèce de l'Europe tempérée et méridionale, en Angleterre et en Belgique par places, se trouvant dans le sud-ouest de la France, ainsi dans la Charente de juin au milieu d'août, les mâles plus communs que les femelles. Un autre groupe d'Agrions présente l’occiput bronzé et n'offre plus de bleu qu'aux deux avant-derniers segments de l'abdomen, au moins chez le mâle, le dessus étant d'un bronzé noirâtre ; la coloration normale des côtés du thorax est bleue chez les mâles et verdâtre chez les femelles, et il y a toujours une variété femelle colorée en orangé. Tel est l'A. elegans, Vanderl. (du sous-genre Ischnura, Charp.), une des plus petites espèces de France, très-répandue de la fin d'avril à septembre, aux bords des étangs, des petites rivières, des fossés aquatiques. On trouve une variété où le bleu azuré est remplacé par du beau violet, et une dans la Charente, où le bleu du thorax et de la tête est changé en lilas; et enfin il y a une variété fe-
ÉPHÉMÉRIENS. 361
melle à thorax d'un roux orangé, avec le huitième segment obscur. Certaines espèces d'Agrions ont le rouge ou le rougeâtre comme couleur dominante. Tel est l’A. minium, Harris, ou sanguineum, Rambur, la plus grande espèce de France et l’une des plus précoces, d'avril à septembre, très-commune en mai et juin sur tous les fossés des prairies et des parcs, et même dans les bois. L'occiput est d’un noir bronzé sans taches ; le dessus du thorax de même couleur, avec une raie humérale rouge ou jaune; l'abdomen d'un riche rouge en dessus, les trois avantderniers segments (5') ou la plupart (Q) tachés de noir bronzé, l'espace interalaire rouge ou jaunâtre ; Les pattes noirâtres; les appendices anaux du mâle longs, égaux, les inférieurs profondément bifides. Les mâles et les femelles prénubiles ou nouvellement éclos ont les parties rouges du thorax colorées en orangé.
Près du genre Agrion se placent les géants de la famille des Agrionides, constituant le genre Mecistogaster, Rambur, à pterostigma en forme de tache grande et irrégulière, avec l'abdomen d'une longueur démesurée. Tel est le M. linearis, Fabr., du Brésil, dont l'abdomen atteint environ 160 millimètres de longueur. Les diverses espèces sont
des régions chaudes de l'Amérique méridionale. Le nom du genre devrait s’écrire Megistogaster (1).
TRIBU DES ÉPHÉMÉRIENS,
Bien que les Éphémères soient assez voisins des Libellules par les antennes très-courtes, l'absence de métamorphoses complètes, la vie aquatique des larves, les auteurs modernes n'ont pas conservé avec raison la réunion des deux groupes sous le nom de Subulicornes, admise par Latreille. On doit dire que les Éphémériens forment une tribu bien tranchée et très-naturelle par leurs antennes courtes, à trois articles, dont le dernier est une soie mince; leur bouche imparfaite et dépourvue de véritables organes de mastication (d'où le nom d’Agnathes de Cuvier et C. Duméril); leurs ailes délicates, dont les postérieures sont toujours petites, et même rudimentaires ou nulles ; leur abdomen terminé par deux ou trois longues soies articulées; et enfin par le caractère, unique dans la classe des Insectes, que les Éphémériens adultes, sortis de l'enveloppe nymphale, subissent encore une mue, en se dépouillant d'une pellicule épidermique qui recouvrait le corps, les ailes étalées et tous les appendices. Les Éphémères ont acquis de bonne heure une véritable célébrité, et fourni matière aux comparaisons des poëtes par leur vie ordinairement si courte à l’état adulte ; ils appa-
(4) Ajouter aux ouvrages à consulter sur les Odonates : Selys-Longchamps, Synopsis des Cordulines, 1871.— Aperçu statistique sur les Névroptères Odon, Trans. Soc, entom. of London, 1871, p. 409).