‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservation (volume 3)Chapitre 32 sur 118 · I. — RAPHIDIDES · texte numérisé non relu

I. — RAPHIDIDES

Lescaractères de cette famille très-homogène sont les suivants : Corps allongé et glabre, sauf quelques poils courts sur les côtés du thorax et de l'abdomen, de l'oviscapte des femelles et une faible villosité des tarses. Presque toutes les parties du corps ponctuées; couleurs foncées, brunes ou noires, parfois brillantes, d'un éclat bronzé, avec des dessins jaunes sur l'abdomen, et souvent sur le mésothorax et le métathorax, oblitérés le plus souvent sur les sujets secs ; les pièces buccales et les antennes le plus souvent d'un jaune brun, plus obscur vers l'extrémité; les pattes d’une seule couleur testacée ou plus foncée, avec les hanches et les cuisses ie plus souvent brunes ou noires. Tête grande, plane, déprimée, parfois infléchie, subovale et alors rétrécie coniquement en arrière, ou subcarrée et brusquement rétrécie à la base en une sorte de cou. Antennes placées sur le front et espacées, à peine plus longues que le thorax, multiarticulées, d'environ une quarantaine d'articles, petits, subcylindriques, le premier et le second plus longs et plus épais que les autres, avec un petit support globuleux. Yeux médiocres ou petits, proéminents, ovales ou semi-globuleux, insérés sur les côtés de la tête; ocelles existants ou nuls. Labre fixé à un court clypeus subhexagonal, entier, subcarré, un peu plus large que long, un peu arrondi aux angles antérieurs; mandibules cornées, robustes, non prolongées au delà du labre ou à peine, trigones, arquées, pointues au sommet, offrant des dents aiguës au côté interne ; mâchoires cachées sous les mandibules, courtes et larges, portant supérieurement deux lobes, ciliés à l'intérieur, cornés au côté externe, le lobe interne plus court et plus large; les palpes maxillaires sétacés, courts et grèles, de cinq articles, le premier très-petit, les autres subégaux, le dernier plus long, plus grêle, subacuminé ; lèvre courte, coriace, subcarrée, portant aux angles antérieurs des stipes immobiles où s’insèrent les palpes labiaux moilié plus courts que les maxillaires, sétacés, triarticulés, le troisième article le plus long, subovale, à sommet subacuminé et tronqué.

Prothorax très-long, cylindrique, offrant le pronotum bien plus dé. veloppé que le prosternum, ce qui lient à ce que ses bords latéraux sont plus où moins roulés par-dessous en cornet et ne laissant voir que le prosternum oblong. Mésothorax et métathorax de même forme, chacun deux fois plus large, mais beaucoup plus court que le prothorax,

RAPHIDIDES. 193

subcarré, avec un petit écusson sur le premier. Quatre ailes membraneuses, hyalines, défléchies et croisées sur le corps au repos. les postérieures subégales en grandeur aux antérieures, environ de la longueur du corps ou plus longues, étroites, arrondies au sommet, offrant seulement quelques poils courts sur les nervures et le bord extérieur ; aux deux ailes sont des cellules discoïdales placées suivant la longueur, en polygones peu réguliers. L'aile supérieure présente la côte infléchie en dehors, ce qui donne un espace costal dilaté, et constituant vers le bout le bord supérieur du pterostigma ; la subcostale, droite dans les deux premiers tiers de la longueur de l'aile, se réunit ensuite à la côte, el l’espace compris offre plusieurs nervules transversales. La nervure médiane (radius), parallèle à la sous-costale, constitue, vers le bout de l'aile, le bord inférieur du pterostigma. Celui-ci est coriacé, irrégulièrement trapézoïde ou oblong, coloré, le plus souvent partagé en deux ou quatre aréoles, plus rarement n’en offrant qu'une seule; la nervule anale (cubitus) se dirige vers le bord intérieur de l'aile, et forme une série d'aréoles se terminant pour la plupart en rameaux fourchus; côte de l'aile inférieure plus droite, avec l’espace anal trèspetit, infléchi, quant au reste pareille à la supérieure. Pattes homonomes, ambulatoires, plus ou moins grêles, subégales dans leur longueur, qui est variable, équidistantes, les antérieures fixées à la base du prosternum; cuisses comprimées, jambes subcylindriques ; tarses offrant le premier article le plus long de tous, le second moitié plus court que le premier, le troisième subégal au précédent, bilobé, renfermant entre ses lobes le quatrième article, qui est très-petit et à peine visible, le dernier allongé, portant deux ongles aigus, obtusément unidentés à l'intérieur, sans pelote apparente.

Abdomen cylindrique, un peu déprimé, atténué en arrière, formé de neuf segments, dont le dernier ou l’avant-dernier renferme les parties sexuelles externes. Pièces copulatrices du màle formant un renflement au huitième ou au neuvième segment de l'abdomen, fendu en son milieu, contenant le pénis à l'intérieur ; tantôt ce renflement est simple, tantôt muni à l’extérieur de deux crochets. Parties femelles consistant en un grêle oviscapte, égalant l'abdomen en longueur (d'où le nom générique, qui veut dire aléne), sortant d’une fente de l’avant-dernier ou du dernier segment de l'abdomen, formé de deux demi-tubes parallèles réunis par une membrane coriace, connivents de la base au sommet, et munis au bout de deux appendices ovales subcornés. Anus visible au dernier segment de l'abdomen, au-dessus du renflement des mâles ou de l’oviscapte des femelles.

Nous ajouterons à ces caractères généraux des adultes, afin de distin guer nettement la famille, le résumé des premiers états sur lesquels nous reviendrons plus loin. Nymphe molle, munie de fourreaux alaires montrant distinctement toutes les parties externes de l’adulte enveloppées d’une peau fine, à la façon des larves de Coléoptères, reposant sans

94 NÉVROPTÈRES.

cocans dans une cavité sous l'écorce des arbres, et devenant agile peu avant son changement en adulte. Larve allongée, sublinéaire, déprimée, à tête et prothorax cornés, munie de chaque côté de quatre yeux simplesinégaux ou de sept égaux, ayant sa plus grande largeur au milieu de l'abdomen, se cachant sous l'écorce des arbres, vivant d'insectes, pendant onze ou même vingt-deux mois. (ŒEuf cylindrique, ovale acuminé à chaque bout, pondu très-probablement dans les fentes des écorces.

Les Raphidies (ce mot pris dans le sens général) sont à l'ordinaire indolentes et volent avec lenteur, de sorte que si elles sont calmes et sans crainte, on les capture aisément; mais si elles sont effrayées et craignent un péril imminent, elles quittent aussitôt la place qu'elles occupaient, et, si on les saisit, cherchent à se défendre en mordant. Elles aiment les lieux ombragés et se tiennent surtout dans les bois, sur les troncs des Chênes et des Pins, et aussi sur les arbres fruitiers et sur les constructions rustiques, plus rarement dans les prairies, plus rarement encore dans les villes. Ce sont des insectes vivant de proie, ainsi que Schneider s'en est assuré en les élevant en captivité, bien qu'il ne les ait pas vus se repaitre à l’état libre; et si Burmeister dit les avoir trouvés sur les fleurs des Ombellifères, c’est certainement en raison des nombreux insectes qui les fréquentent. Les flexions de la tête et du prothorax sont en rapport avec cette vie de rapine. Ils dévorent les insectes petits et mous, surtout les Diptères, et en captivilé se repaissent volontiers de larves mortes, se délectant des parties intérieures et molles des insectes, et n'en laissant que la peau. Quand une Raphidie voit devant elle un insecte vivant, elle replie la tête et le prothorax, et l'attaque aussitôt avec ses mandibules; mais, si l’insecte s’agite, aussitôt la Raphidie se retire. Que l’insecte soit faible, ou même mort, elle insinue rapidement ses mandibules dans son corps, le perfore et suce avec avidité les humeurs des parties molles: de temps à autre elle retire ses mandibules et les remue vivement, comme pour les aiguiser. On peut nourrir en captivité pendant plusieurs semaines les Raphidies avec des mouches, et surtout avec des chenilles, qu'on a eu soin de blesser auparavant ou de tuer. Si l'on renferme plusieurs Raphidies dans la même boîte, elles se fuient d’abord, puis se mordent, et enfin, sous l'empire de la faim, se combattent jusqu’à ce que la plus faible soit dévorée. Elles peuvent vivre sans aliments pendant une à deux semaines, et la durée de leur vie adulte est à peine de trois semaines. On trouve des Raphidies à partir du mois de mai, et quelquefois avant, pendant la plus grande partie de l'été. j

Les R. ophiopsis et notata sont les premières qui se montrent adultes dans nos pays, cette dernière en juin dans les plaines, en juillet et août dans les lieux élevés, et pendant ces mois la première espèce, sans disparaître des plaines, ne s'y trouve plus que rarement. Les autres , espèces se montrent presque en même temps, et l’Inocellia crassicornis se rencontre du milieu de mai à la fin de juin.

RAPHIDIDES. 495

Les auteurs ne donnent pas d'indication sur l’accouplement des Raphidies : seul Zetterstedt (Insecta lapponica) dit avoir souvent observé celui de À. æanthostigma, maissans aucun détail; et Schneider attendit en vain l'observation du coït sur deux sujets de sexes différents de R. ophiopsis enfermés ensemble : la femelle se refusa à tout rapport et finit par manger son mâle.

Stein a pu voir la ponte d'une femelle de cette dernière espèce fixée à une épingle. Après plusieurs flexions de l’oviscapte, les appendices ovales s’écartant, l'œuf cylindrique, d’un blanc de lait, ovale acuminé aux bouts, long de 5 millim., large de moitié, sortait par la pointe de l’oviscapte : sans doute la femelle introduit cet oviscapte entre les fentes des écorces pour y pondre et y fixer ses œufs, car c’est là qu’on trouve les jeunes larves; ils paraissent rester une quinzaine de jours ayant d'éclore. En passant, l'œuf gonfle la membrane qui unit les deux gouttières de l’oviscapte, et l'on peut faire sortir les œufs, en comprimant l’abdomen, sous forme d’une masse cylindrique qui en contient quarante ou cinquante.

La distribution géographique des Raphidies est encore très-incomplétement connue. Il est probable que ce type bien tranché d'insectes carnassiers doit se trouver disséminé sur toute la terre; mais on ne connaît encore d'espèces qu'au nombre d'une dizaine en Europe, de l'Espagne et d'Italie aux îles Britanniques et en Laponie, en y comprenant la Russie moyenne jusqu'à Saint-Pétersbourg, et de quatre espèces aux États-Unis (Hagen, Synopsis of the Neuropt. of North America, 1861, p. 194). Elles vivent en plaine, et s'étendent en altitude sur les montagnes jusqu'à la limite des arbres.

La forme singulière de la tête des Raphidies leur a fait donner en Allemagne le nom vulgaire de Mouches à téte de Chameau.

Je ne connais de travail sur l'anatomie interne des Raphidies que celui de M. Lüw (Linnœæa entomol., op. cit.). IL-a pris pour type le R. ophiopsis, l'espèce la plus commune près de Posen. Les espèces R. œanthostigma, affinis et media ont une structure interne et externe très-analogue.

Le canal digestif droit, sauf une inflexion à sa partie postérieure, commence par un œsophage d'un gris rougeâtre, d’une très-grande longueur, en accord avec la forme extérieure de l’insecte; la partie la plus amincie se trouve dans Le prothorax très-allongé de l'insecte, avec un petit renflement postérieur. Il s'élargit de nouveau en pénétrant dans le mésothorax et le métathorax, et offre sa plus grande largeur peu avant l'ouverture de la panse latérale, et aussitôt après cette insertion pénètre dans l’estomac. L'appendice latéral de l'œsophage, en forme de sac pédiculé, est de couleur blanchâtre, oviforme ou piriforme, constitué par une peau mince, avec un court canal d'insertion. D'ordinaire on le trouve très-gonflé et rempli d'un liquide aqueux; chez les sujets qui n’ont pas mangé, la partie inférieure seule de cet appendice

496 NÉVROPTÈRES.

est gonflée, tandis que l'extrémité en est repliée sur elle-même dans une certaine étendue et remplie d'une substance noirâtre. Dans tout l’œsophage on voit assez distinctement des stries longitudinales, mais pas de transversales. Au contraire, l'estomac de couleur blanchâtre qui le suit est plus musculeux, et avec des fibres annulaires très-distinctes, surtout à la partie supérieure, qui offre un renflement; il diminue progressivement de largeur et d'épaisseur de paroi, et c’est vers son milieu que se fait le repli du tube digestif, avec un second renflement d’ordinaire à cet endroit. La portion intestinale qui suit l'estomac est de couleur plus grise. L'intestin grêle proprement dit se compose de deux divisions assez distinctes, dont la première, très-courte, s'adapte immédiatement à l'orifice inférieur de l'estomac, et dont la seconde offre le recourbement en arrière du canal intestinal : ces deux parties sont striées longitudinalement. Le gros intestin est également séparé en deux divisions plus ou moins nettes, la première beaucoup plus courte et de forme ovale-cylindrique, la seconde très:large antérieurement et renflée presque en boule, et à cet endroit de structure fortement musculeuse ; l'extrémité postérieure en est cylindrique.

Les glandes annexes de l’appareil digestif sont de deux sortes. Les glandes salivaires ont la forme de deux très-longs vaisseaux tubulaires, blanchätres et simples, à nombreuses circonvolutions, très-amincis vers leur insertion, à peu près de grosseur égale dans tout le reste de leur parcours, débouchant probablement dans la bouche par de courts canaux séparés. Les vaisseaux urinaires, au nombre de six, naissent immédiatement au-dessous du pylore de l'estomac; quatre d’entre eux sont amincis aux extrémités, relativement assez forts au milieu, et ils ont une seconde insertion à la première division du gros intestin. Les deux autres se portent plus en avant en divers replis, et accompagnent l'estomac dans toute son étendue, leurs extrémités étant entièrement libres, leurs racines seules amincies. La couleur de tous les canaux de Malpighi est d’un gris rougeâtre, plus pâle aux extrémités amincies.

Le système nerveux n'a rien de particulièrement remarquable. Comme le fait prévoir la forme de l’insecte, les trois ganglions thoraciques sont bien plus écartés que ceux de l'abdomen; leur grandeur n'est que moyenne. En raison au long cou, la distance entre le dernier ganglion céphalique (sous-æsophagien) et le premier ganglion thoracique est aussi très-grande; les filets nerveux qui les rattachent donnent chacun une branche, en outre des deux paires de nerfs qui partent du dernier ganglion céphalique. Les ganglions du milieu de l’abdomen sont plus distants entre eux que les antérieurs et les postérieurs, et émettent chacun trois paires de nerfs du deuxième au sixième. Les doubles filets nerveux qui rattachent entre eux ces ganglions donnent en outre naissance à deux paires de nerfs fins, sauf peut-être ceux entre les premier et second ganglions abdominaux, pour lesquels M. Lôw n'a pu observer qu'une seule paire de nerfs émise. Le dernier ganglion

RAPHIDIDES. 197

abdominal, que la terminaison de ses nerfs pourrait faire appeler sexuel, se trouve à peu près éloigné de l'avant-dernier de la longueur de celui-ci. I résulte d'une coalescence en rapport avec la réduction des derniers anneaux; aussi est-il Le plus gros des ganglions abdominaux et de forme ovale. Il envoie quatre fortes paires de nerfs, l’antérieure trèsramifiée, la dernière se rattachant dans tout son parcours aux organes génitaux.

Le système respiratoire ne s'écarte pas du type ordinaire des trachées tubuleuses. On est seulement frappé de la facilité avec laquelle les trachées se déroulent en fils, sans aucune macération préalable.

Le corps adipeux est de couleur jaune de soufre.

Les organes génitaux internes offrent de remarquables particularités de structure. Les testicules, presque en forme d’éventail, sont composés d'un grand nombre de poches allongées, réunies entre elles sous un scrotum commun, et rappelant surtout les mêmes parties chez les Sialis. Les canaux déférents sont très-longs, fait habituel dans l’ordre des Névroptères, minces, délicats, partout de même diamètre. Chacun d'eux débouche dans un vaisseau de forme cylindrique irrégulière. Ces deux vaisseaux, analogues aux vésicules séminales, sont placés trèsprès l’un de l’autre, et Lôw dit n'avoir jamais pu les séparer sans déchirure, de sorte qu'il les regarde comme soudés; tronqués à la partie supérieure, ils reçoivent les canaux déférents à leurs faces opposées, un peu au-dessous du milieu. Ils sont assez fortement renflés à l’extrémité inférieure, et chacun d'eux finit alors en un canal beaucoup plus mince, mais cependant assez large, deux fois replié sur lui-même. Ces deux canaux, dans la position naturelle des organes génitaux, sont placés l'un près de l'autre, et se réunissent probablement en un court canal commun. Il existe aussi des glandes accessoires ou collétères, en forme de vaisseaux courts et blanchätres. Les organes mâles sont en entier de couleur blanchâtre.

Les ovaires se séparent, par l'aspect, de ceux de la plupart des Névroptères. Au lieu d'être pectiniformes, ceux des Raphidies sont en houppes constituées par un très-grand nombre de tubes ovigères isolés, où les œufs se développent successivement à d’assez grands intervalles de temps. Ces œufs sont blancs et frès-allonzés. Chez R. ophiopsis leur longueur est environ sept fois leur largeur. Ils sont couronnés à leur extrémité supérieure d’un petit prolongement en forme de verrue, très-peu transparent, ce qui le fait paraitre presque noir sous le microscope composé. Les oviductes sont très-courts et se réunissent en un canal commun; il s'y abouche sur un renflement musculeux la poche copulatrice ou réservoir de semence, en forme de vessie arrondie, sans pétiole. A partir de ce renflement musculeux, le canal commun de sortie des œufs aboutit dans l'oviscapte, tellement aminci en tube fin après le renflement, qu’on à peine à concevoir, même avec l'extrême allongement des œufs, comment l'insecte peut les expulser. L'oviscapte,

198 NÉVROPTÈRES.

plutôt membraneux que corné, est formé de deux gouttières acolées, largement ciliées, et de deux appendices courts et subovales de ces gouttières. Celles-ci sont striées transversalement et pourvues inlérieurement de fibres musculaires distinctes, leur permettant des mouvements en tous sens.

Les larves des Raphidies présentent les caractères généraux qui suivent : Corps allongé, renflé vers le milieu de l'abdomen, formé de treize segments, y compris la tête, celle-ci et le prothorax durs et cornés, les auires mous, coriacés seulement en dessus, les côtés du corps revêtus de poils roides. Tête plane, subcarrée, un peu élevée au milieu, à angles postérieurs un peu arrondis, glabre surtout en dessous, avec quelques poils épars sur les côtés ; antennes courtes, sétacées, coniques, insérées aux côtés de la tête, en avant des yeux, sur un tubercule élevé, de quatre articles, le basilaire très-petit, les autres cylindriques, graduellement amincis, le dernier plus court et plus grêle, tronqué obliquement au sommet. Yeux petits, oblongs, granuliformes, insérés sur les côtés de la tête, au nombre de sept subégaux de côté dans les larves connues du genre Raphidia, de quatre inégaux chez la larve d’Inocellia crassticornis. Labre mobile, en trapèze rétréci en avant, avec les angles antérieurs un peu arrondis; mandibules cornées, plus épaisses au bord externe, ayant au sommet une forte dent aiguë infléchie et trois dents au bord interne. Mâchoires plus petites et plus grêles que les mandibules, formées de trois parties qui se rétrécissent en cône, la partie basilaire portant un palpe filiforme de cinq articles poilus, le premier plus épais et très-court, le dernier acuminé; lèvre petite, subcarrée, un peu arrondie sur les côtés antérieurs, munis d’un, support palpigère, portant des palpes labiaux courts, filiformes, triarticulés, à dernier article acuminé. Pronotum corné, subcarré, plan, un peu élevé au milieu et un peu rétréci en arrière, les angles antérieurs et postérieurs arrondis, les bords latéraux gonflés, tantôt plus long, tantôt plus court que la tête, mais de même largeur, glabre et brillant en dessus. Mésonotum et metanôtum pareils de forme et de grandeur, plus étroits que le pronotum, arrondis ou subrectangles, coriacés, un peu élevés; les côtés de ce thorax revêtus de poils soyeux et le dessous un peu relevé médianemen. Six pattes égales et très-simples, triarticulées, à articles comprimés, le dernier muni de. deux petits ongles. Abdomen de neuf segments distincts, ayant les bords latéraux arrondis et proéminents ; ces segments sont mous, seulement recouverts en dessus d’écussons coriaces, augmentant peu à peu de largeur jusqu’au cinquième, de sorte que le quatrième et le cinquième sont les plus larges, les quatre postérieurs décroissant peu à peu; le segment anal étant le plus petit, allongé, atténué au bout, sans rebord, un peu défléchi, et formant comme une septième patte servant à la locomotion de la larve.

Les couleurs des larves paraissent peu variées, du moins pour Îles espèces où elles sont connues. La tête et le pronotum sont noirs ou

RAPHIDIDES. | 99

bruns, les pattes grisàtres ou blanchâtres, l’abdomen gris plus ou moins foncé, varié de dessins noirs et jaunes ou blanchâtres. On rencontre ces larves de Raphidies dans les fentes des écorces des arbres, et surtout sous la vieille écorce, entre le tronc et celle-ci, surtout sur les Chênes, les Pins, les Sapins, les Ormes, plus rarement les Peupliers et les Pairiers, montant jusqu'à 1 à 2 mètres au plus, rarement sous les écorces des vieilles racines sortant de terre. Ordinairement on ne trouve qu'une seule larve par tronc, parfois plusieurs, mais alors toujours séparées, car si elles se rencontrent, elles s’attaquent, cherchant à se dévorer.

Les mœurs de ces larves ont d'abord élé étudiées par Percheron, dans son Mémoire sur les Raphidies (Magas. de z00l. de Guérin, 1833, t V, 3° année, vol, 2 de cette année), sur les larves de À. ophiopsis des auteurs et notata, Fabr.; par Fr. Stein (Wiegmann’s Archiv. für Naturgeschichte, Berlin, 1838, p. 816, pl. vi), qui a décrit et figuré en particulier la larve et lanymphe d'Inocellia crassicornis; par Schümmel, et enfin par Schneider, l’iconographe le‘plus complet des Raphidies. La larve de À. ophiopsis se trouve surtout dans les fentes des écorces des vieux Pins silvestres, et plus rarement des vieux Ormes, des Peupliers, des Poiriers ; celle de À. notata recherche de préférence les écorces si rugueuses, et couvertes de mousses et de lichens, des vieux Chênes, plus rarement des Ormes, jamais des Pins. Les larves des R. æanthostigma, Schümmel, et media, Burm., paraissent préférer surtout les écorces du Poirier commun; celle de R. bætica, Ramb., ou afjinis, Schn., les Sapins; enfin la larve d’Inocellia crassicornis, l'écorce du Pin silvestre.

Les larves de Raphidies sont agiles et tournent leur corps en tous sens à la façon de petits serpents, ce qui avait été remarqué déjà par Linnœus, qui avait vu une de ces larves et sa nymphe, médiocrement coureuses, mais aussi facilement en arrière qu'en avant; tous ces mouvements aidés par le dernier segment de l'abdomen, à la fois patte et appui, servant aussi à ces larves à sauter à plusieurs centimètres de hauteur el à se dresser en l'air, quand elles sont tourmentées. Elles excellent à cacher leur corps grêle dans les fentes, et même, en danger imminent, se glissent dans de si étroites fissures en comprimant leurs anneaux, qu'on a peine à les tirer entières de leurs retraites.

Pendant tout l'été et au début de l'automne, elles montent et descendent le long des fissures des écorces, surtout au milieu du jour et par un ciel pur, à ja recherche de leur proie; le soir ou par les temps couverts, elles demeurent cachées dans les fentes profondes de l'écorce ou dans les amas de mousses, dans des cavités ovales qu'elles se sont préparées, ne laissant sortir que la tête. Elles sont irascibles; et dès qu'un obstacle se trouve sur leur passage, commencent par écarter leurs mandibules menaçantes, puis mordent avec force ; mais con(re un ennemi puissant elles se cachent avec rapidité dans leurs retraites. On peut

500 | NÉVROPTÈRES.

aisément les retirer de leurs fentes en leur présentant un petit morceau de bois mou, tant elles le mordent énergiquement.

Elles s’alimentent de préférence de Diptères brachocères et de Tipules, et aussi de petites larves molles, et non pas, comme le dit Latreille, de Cloportes et d'Araignées. En captivité, outre les Diptères, on peut les nourrir de larves coupées des divers ordres d'insectes, dont elles sucent avidement les parties internes humides. Si on les voit se jeter avec avidité sur un insecte vivant, le plus souvent, s'il marche à leur rencontre, elles reculent effrayées; s'il est faible, mourant ou mort, elles percent avec avidité son thorax de leurs mandibules, les retirant par moments et les agitant vivement pour les nettoyer, puis reviennent à la charge jusqu'à ce qu'il ne reste que la peau, la tête, les ailes et les pattes. Deux ou plusieurs larves renfermées ensemble s'attaquent bientôt, et l'une mange l'autre. Elles peuvent vivre plusieurs mois sans nourriture.

Schneider pense qu'elles font (rois ou quatre mues. Une larve de R. bœætica ou affinis qu'il observait changea de peau en août, ayant atteint presque tout son développement, puis une autre fois en octobre, avant de se préparer à l'hibernation: celle-ci passée, les larves ne changent plus de peau jusqu’à leur nymphose. Au moment de la mue, leurs couleurs pâlissent, et l'on voit paraître la nouvelle peau jaunàtre sous l’ancienne. La larve prend appui sur un morceau de bois qu'elle mord, et s’agite comme un serpent, avec desintervalles de repos. La tête et le prothorax sortent d’abord de l'ancienne peau fendue, puis le reste du thorax et les pattes, enfin l'abdomen, toujours avec des mouvements vermiformes et des contractions du corps. La mue dure environ un quart d'heure, et la larve a pris de plus vives couleurs et paraît plus alerte. Schneider a vu des parties coupées répulluler après la mue, ainsi le dernier article d’une antenne et d'une patte de devant; il n’en est plus de même sur des larves voisines de la nymphose et pour des lésions graves. Elles sont le plus souvent mortelles. Schneider a vu une larve dans cette condition privée de la moitié d’une antenne, et cette mutilation persister chez la nymphe et l'adulte. Les larves arrivées à leur dernière mue en automne ne prennent presque plus d'accroissement, et après l'hibernation les trois premiers segments de l'abdomen seuls s’accroissent un peu en largeur, préparant ainsi la place qu'occuperont les fourreaux alaires de la nymphe. D'après Stein, les larves prêtes à hiverner creusent des cavités ovales dans l'écorce des arbres, le plus souvent au milieu de mousses, qui recouvrent en partie extérieurement cette cavité, la larve y joignant des débris d'écorce et de bois corrodés : ce qui avait amené Waterhouse à la croire xylophage, prenant ces débris pour des excréments, tandis que les vrais excréments sont de petits grains oblongs et noirs. En captivité, les larves se cachent en hiver sous les morceaux d'écorce et les mousses; au retour de la chaleur, à la fin de mars ou au commen-

RAPHIDIDES. 501

cement d'avril, les larves se réveillent et se remettent en quête de la proie.

C'est à la fin d'avril, ou au début et au milieu de mai, que les larves de R. ophiopsis, affinis, œanthostiyma, media et notata se préparent à la nymphôse. La larve d’Inocellia crassicornis ne devient nymphe qu'après deux hibernations et au mois de mai, de sorte qu’elle demeure à l'état de larve pendant vingt-deux mois; tandis que pour le genre Raphidia la vie larvaire dépasse à peine onze mois.

La nymphose s'opère d’une manière analogue aux mues. Un peu auparavant les couleurs du corps s’effacent, surtout celles du mésothorax, du métathorax et de l'abdomen. La vieille peau de la larve devient jaunâtre, et se détache après beaucoup d’agitations et de soubresauts du corps. Pendant les trois ou quatre jours où la larve s’efforce ainsi de se débarrasser de sa peau, elle se tient sur le côté, le corps un peu recourbé, les pattes repliées, se tournant et se retournant par intervalles. La peau abandonnée par la larve parait comme une fine membrane jaunâtre, les enveloppes de la tête et du prothorax plus cornées, roussätres, translucides ; deux fins fils sont fixés à l’intérieur du thorax, au moyen desquels la peau tenait à la nymphe non encore dégagée.

Cette nymphe ressemble beaucoup à l'adulte, et offre de courts poils soyeux sur les côtés du corps. La tête, les yeux, les pièces buccales sont pareils à ces mêmes organes chez l'adulte. Les ocelles sont visibles sur le vertex de la nymphe, manquant chez celle d’Inocellia crassicornis. Les antennes sont sétacées, plus longues que la moitié de la tête, chacune insérée à une petite protubérance semicirculaire du front, avec de nombreux articles cylindriques, plus serrés et moins distincts que chez l'adulte, les trois articles de la base plus longs et plus épais que les autres ; en outre ces antennes sont repliées vers l’occiput et recourbées. Le prothorax est semi-cylindrique, les bords du pronotum non connivents en dessous, le prosternum oblong. Le mésothorax et le métathorax sont plus larges que le prothorax, subcarrés, et portent, retombant sur les côtés, les fourreaux des ailes, glabres, égaux pour les deux paires. Les pattes, semblables à celles de l'adulte, ont seulement les articles des tarses moins distincts; elles sont repliées vers le corps, les postérieures cachées en partie par les fourreaux des ailes. L’abdomen, de neuf segments, est subcylindrique, atténué en arrière, les côtés très-soyeux. Les parties sexuelles externes des mâles ne sont pas apparentes chez la nymphe. i,'oviscapte ou tarière de ponte de la femelle est au contraire bien visible, prenant son origine sur l’avantdernier segment (Raphidia) ou sur le dernier (/nocellia); il est relévé sur le dos de l'abdomen, très-analogue de structure à ce qu'il seru chez l'adulte, mais environ moitié plus court seulement que l’abdomen, et déjà muni de ses deux appendices à bouts subovales.

On trouve les nymphes aux places où hivernaient les larves. Les nymphes reposent, entre les fissures des écorces, dans de petites cavi-

502 NÉVROPTÈRES,

tés, sans fourreau ni cocon soyeux, couchées sur le côté, le prothorax et surtout la tête repliés. Toutefois la nymphe d'Inocellia crassicornis porte la tête et le prothorax étendus en ligne droite. Les nymphes récemment sorties de la peau de larve sont unicolores, d'une couleur de cire pâle ; mais, au bout d'environ deux jours, elles deviennênt plus obscures par places, rembrunies, surtout aux yeux, au-dessus de la. tête, aux pièces buccales ; les ocelles ressortent aussi comme des points plus foncés. Puis le pronotum devient foncé, les côtés restant encore pâles, puis l'abdomen; enfin, en dernier lieu, le mésothorax et le métathorax. Les couleurs se prononcent de plus en plus jusqu’à dix ou douze jours après la nymphose. Alors la nymphe, parfaitement développée, présente la tête d’un noir brun ou noire, avec des dessins obsolètes plus pâles chez À. notata, les pièces buccales roussätres, l’extrémité des antennes plus obscure, le thorax entièrement brun ou noirâtre, les fourreaux alaires brunâtres, avec les nervures et le pterostigma plus teintés, les pattes testacées, l'abdomen brun ou noirâtre, marqué de traits jaunes distincts, la tarière de la femelle conservant seulement sa couleur pâle. Jusqu'à cette période la nymphe est restée couchée avec les pattes immobiles, agitant seulement son corps et mordant si on la tourmente ; mais, du onzième au treizième jour, les pattes, jusqu'alors maintenues au repos contre le corps, deviennent agiles, et la nymphe se relève et marche. C’est seulement à cette période que Linnæus l'avait vue; ce qui la lui fit désigner comme marcheuse, affirmation répétée par Latreille. Au contraire Percheron, qui n'a connu que la première période de la nymphe, tient cette opinion pour erronée, et regarde la nymphe comme immobile en translation, jouissant seulement de la faculté de contorsion du corps et de saut que ja larve possède à un si haut degré.

C'est alors que les nymphes qui vivent dans le lieu où elles ont pris naissance et où elles restaient au repos jusqu'alors, grimpent aux troncs des arbres et marchent environ un jour et demi, leurs fourreaux alaires commençant à s'écarter du corps. Enfin elles subissent la dernière transformation en adulte. Dans ce but la nymphe se place droite, ‘’abdomen pendant, les pattes fortement eramponnées à un tronc d’arbre, demeurant ainsi pendant six à huit heures. Puis, l'abdomen et les fourreaux'alaires restant bien fixés contre le plan de position, la nymphe s'efforce de se débarrasser de sa peau par les agitations de la tête et du prothorax, et aussi par les morsures. La peau du dessus de la tête se rompt la première, et l’insecte en sort sa tête et ses antennes. Puis aussitôt toute la peau du dessus du thorax se fend, et bientôt les ailes et les pattes sortent ; enfin l’abdomen, au moyen d’agitations dans lesquelles le corps tantôt se contracte, tantôt se distend, rejette le reste de là peau repliée en arrière et se dégage. A peine sorties de leurs fourreaux, les ailes prennent un rapide accroissement et s'étendent. C'est la tarière des femelles qui apparaît en dernier, alors que toutes

RAPHIDIA. 503

les autres parties du corps sont déjà sorties des enveloppes, et d’abord redressée sur le dos, se rejette ensuite en arrière, devient droite et durcit peu à peu.

L'insecte adulte récent a les couleurs plus pâles, le pronotum largement bordé d’une teinte pale, le métathorax d’un brun brillant, les ailes mollement hyalines, irisées de violet, ieurs nervures et le pterostigma blanchâtres, les pattes pales, les dessins de l'abdomen peu accusés, l'oviscapte d’un cendré obscur. Le corps de toutes les espèces du genre Raphidia est alors couvert d'une pruinosité bleuâtre, les bords latéraux du pronotum sont fléchis en dessous et connivents au bord antérieur ; dans le genre /nocellia, le pronotum semi-cylindrique ne change pas.

Peu d'heures après la dernière évolution, l'adulte s’est coloré et orné des nuances définitives propres à son espèce, et commence sa vie de rapine en se mettant à la chasse des insectes. La peau qu'il a quittée est une fine membrane, d’une couleur de cire ou testacée pâle. On y retrouve l'enveloppe plus dure des pièces buccales et de teinte fauve. A l'intérieur de l'enveloppe du thorax, et de chaque côté, se voit un fin fil au moyen duquel la peau nymphale semble avoir adhéré à l'image incluse.

GENRES PRINCIPAUX

RaspPasguwas, Linn., ou RHAPHIDIA, Burm., Schn, — Tête infléchie, ovale ou subcarrée ; yeux latéraux, ovales, proéminents, de grandeur médiocre ; trois ocelles sur le vertex, disposés en triangle, parfois l’un d’eux ou tous subobsolètes ; antennes filiformes, un peu plus courtes que la tête et le prothorax réunis, insérées à distance sur le front avant les yeux, dans une petite proéminence annulaire, formées d'articles distincts, courts, subnoueux, au nombre d’une quarantaine, brièvement poilus. Thorax à peu près de la moitié de la longueur du corps, le prothorax le plus long, grêle, bien plus étroit que la tête, à pronotum subcylindrique, les bords latéraux infléchis en partie en dessous en cornet; petite partie visible du prosternum triangulaire, Mésothorax et métathorax chaeun subcarrés, plus de moitié plus courts que le prothorax, deux fois plus larges et davantage. Ailes presque incolores et hyalines, à plerostigma à contour net, très-apparent, pourvu d'au moins une nervure transversale, avec l’espace costal dilaté et nervulé, et sans nervure transversale entre le radius et le rameau antérieur du cubitus. Pattes grèles et allongées. Parties sexuelles placées sous le huitième segment abdominal. — Larves à corps un peu convexe, avec sept yeux en cercle de chaque côté, le mésothorax et le métathorax plus larges que longs. — Nymphes ayant au repos la tête et le prothorax infléchis.

Les Raphidies propres, comme le genre suivant, présentent une distinction aisée entre les sexes. La femelle se reconnaît tout de suite à son oviscapte parfois plus long que l'abdomen, sortant du bout du hui-

tième segment et d'une fissure de la vulve, un peu courbé, muni au sommet de deux petits appendices elliptiques subcornés. Le mâle porte, en arrière du renflement placé sous le huitième segment et contenant le pénis, deux robustes crochets cornés et recourbés, qui lui servent à retenir la femelle pendant l'accouplement ; en outre les articles 29, 30, 31 des antennes des mâles sont un peu rétrécis. L'analogie considérable de couleur, de forme, de réticulation des ailes, jointe à d’assez fortes variations possibles de grandeur, rend très-difficile la distinction des espèces. On doit à Schümmel un bon caractère, qui permet de mettré un peu d'ordre dans cette classification compliquée (1), au moyen du nombre de nervules qui traversent le pterostigma et d'aréoles qu'elles y déterminent ; nous devons dire que Percheron jette des doutes sur la certitude de ce moyen, en assurant que ce nombre peut varier dans la même espèce,

Une première section de Raphidia présente la tête subovale, rétrécie postérieurement et de forme obconique, et, dans un premier groupe, le pterostigma a deux aréoles, les larves ayant un corps grêle et étroit. A ce groupe se rapporte le À. ophiopsis, Schümmel, pl. 1xviv, fig. 2, mâle, peut-être la Raphidie de Geoffroy, mais sans qu'il soit possible de l'affirmer, pas plus que de reconnaitre positivement l'espèce à laquelle Linnæus à le premier donné ce nom, qui signifie «œil de serpent », et sous lequelles divers auteurs ont confondu plusieurs espèces. La tête subtrigone offre les ocelles bien distincts, le pterostigma court. en trapèze, de couleur plus ou moins brune. Le bord antérieur du pterostigma est plus court que la cellule situé derrière le pterostigma, la longueur du corps de 9 millim. & et 10 millim. Q. La nervule transversale du pterostigma formant les deux aréoles est quelquefois fourchue, et l'abdomen peut être uniformément de couleur brune. Cette espèce se trouve en France, en Allemagne, en Suisse, ainsi qu'en Suèdeet en Laponie; elle est commune en Silésie, des plaines et des montagnes, dans les prés, les vergers et aussi dans les villages et les villes. La larve se prend surtout sous les écorces du Pin silvestre, plus rarement de l’Orme, du Poirier commun, du Peuplier. Cette larve, sortie d’hibernation, devient nymphe en avril, et celle-ci adulte au commencement de mai, ou seulement au début de juin dans les régions montagneuses. Citons dans le même groupe le À. æanthostigma, Schüm., de la taille de l'espèce précédente, ayant les ocelles obsolètes, le pterostigma allongéoblong et d’un jaune pâle, pouvant avoir accidentellement, suivant Percheron, trois aréoles au pterostigma, habitant la plupart des régions de l'Europe, les îles Britanniques, la France, l'Allemagne, la Suisse, l'Italie supérieure, la Russie La larve vit dans les fissures de l'écorce

(1) Schümmel, Versuch einer genauen Beischreibung der in Schleisen einheim. Art der Gattung RaApibia, Linn, Breslau, 4832, — Meyer-Dür, Die Neuroptrn fauna der Schweiz, 1875, p. 353.

RAPHIDIA, INOCELLIA. 505

du Poirier commun, devient nymphe en mai et adulte à la-fin de ce mois. À. bœtica, Rambur, ou affinis, Schn., de même taille, à ocelles obsolètes, le pterostigma plus court, plus large, en trapèze, d'un jaune pâle, brun à la base, les pattes unicolores, d'un jaune ocreux; la larve rencontrée sous l'écorce d’un Sapin; espèce d'Espagne, d'Autriche, de Suisse, de Silésie (très-rare). R. hispanica, Ramb. et R. cognata, Ramb., toutes deux d'Espagne, retrouvées en juillet par E. Pictet à San-fldefonso, À. cognata étant aussi de Corse et de Suisse. R. adnixa, Hagen et R. oblita, Hagen, espèces de l'Orégon et de la Californie, etc.

Un autre groupe de la première section renferme une espèce dont le pterostigma est divisé en trois aréoles par deux nervules. C’est le R. media, Burm., de 11 à 12 millim. de longueur du corps; la tête subovale à côtés arrondis; le pterostigma brun ou fauve, en trapèze oblong; toutes les nervures des ailes brunes, les nervules de toutes les aréoles marginales fourchues. Souvent l’une des nervules du pterostigma est fourchue ; rarement ce pterostigma offre quatre aréoles, et très-rarement deux seulement, avec la nervule divisante fourchue. La larve de cette espèce a été trouvée sous l’écorce du Poirier commun, devient nymphe au début de mai et adulte au début ou à la fin de ce mois, Silésie, Suisse, Autriche et aussi de l'Amérique du Nord (Hagen).

La seconde section des Raphidia offre la tête large et subcarrée, le pterostigma à trois aréoles, la larve à corps plus large et plus robuste. Elle renferme le À. notata, Fabr., le corps du mâle ayant 13 millim. de longueur, celui de la femelle 14: c'est la plus forte Raphidie d'Europe, se trouvant aux environs de Paris, ainsi que les À. ophiopsis et œanthostigma (4). La tête est gibbeuse et un peu convexe, les ocelles obsolètes, le bord latéral du pronotum pâle, le pterostigma brun, en trapèze allongé, à trois et plus rarement à quatre aréoles, les nervures des ailes brunes ou d’un brun noir ; parfois l’une des deux nervules du pterostigma est fourchue, parfois toutes deux. La larve, qui réside surtout entre les écorces des Chênes et aussi des Peupliers, devientnymphe à la fin d'avril et adulte au milieu de mai. L'espèce est répandue dans la plupart des régions de l'Europe, la Laponie, la Suède, la Grande- Bretagne, l'Allemagne, la France, la Suisse, l'Italie supérieure.

INOCELKIA, Schneider, — Tête dans la ligne du corps, dirigée en avant, subcarrée ; antennes filiformes et assez grosses, plus longues que la tête et le prothorax réunis, à nombreux arlicles courts, à peine distincts; pas d’ocelles. Prothorax de la longueur de Ja tète, semi-cylindrique, à peine deux fois aussi long que large, de même largeur aux deux extrémités, à pronotum un peu dévrimé, à prosternum oblong. Mésothorax environ moitié plus court que le pro-

(1) Maurice Girard, Sur Le genre Raphidia (Nérropt.), et sur les espèces de ce genre des environs de Paris (Ann. Soc. entom. de France, 1864, t. IV, p. 669). — Mac Lachlan, Monogr. Planipenn. (Trans. Soc, Entom. of London, 1868).

506 NÉVROPTÈRES,

thorax et. le dépassant deux fois en largeur, subcarré; métathorax pareil, Ailes hyalines, incolores, le pterostigma sans nervure transversale, une nervure transversale entre la nervure médiane (radius) et le rameau antérieur de la nervure anale (cubitus); secteurs apicaux du bord presque tous non fourchus, Pattes grêles, plus courtes que chez les Raphidia. Parties sexuelles placées dans le dernier segment de l'abdomen. — Larve à corps un peu déprimé, ayant quatre yeux de chaque côté, les deux supérieurs plus petits ; mésothorax et métathorax plus longs que larges, — Nymphe ayant au repos la tête el le prothorax dans la ligne du corps.

Les Inocellia, dont Schneider ne fait qu'un sous-genre, offrent assez de caractères différents avec les Raphidia pour former un genre. On reconnait les sexes, outre la différence de taille, aux organes génilaux externes, placés dans les deux sexes sous l'anus cylindrique, au dernier ou neuvième segment, offrant chez le mâle deux petites lamelles semicirculaires, et chez la femelle une tarière pareille à celle du genre Raphidia, égalant l'abdomen en longueur. Les antennes des mâles ont les articles 32, 33, 34 très-rétrécis, les autres jusqu’au sommet reprenant la largeur des précédents. Ce genre est représenté en Europe par une seule espèce très-rare, l'I. crassicornis, Schümmel, noire, à pterostigma d'un brun rouge foncé, la tête presque quadrangulaire, à angles postérieurs arrondis, les pattes d’un jaune brun ; long. corps © 9 millim.,Q® 14 à 16 millim., long. aile antér. @' 10 millim, Q@ 14 millim. Comme on le voit, le mâle est presque moitié plus petit que la femelle, et la larve du mâle est aussi moindre que celle de la. femelle. Cette larve vit dans les fentes de l'écorce du Pin silvestre, et aussi probablement d'autres espèces de Pins; devient nymphe au commencement de mai, après avoir passé deux hivers, et l'adulte se montre en juin sur les troncs des Pins et aussi des Chênes (Brauer). Il a été trouvé en Autriche non loin de Vienne, et dans plusieurs endroits de la Silésie. Nous engageons fortement les amateurs à rechercher en France cette espèce si rare. Le genre comprend une seconde espèce, de Californie, l'1 inflata, Hagen.

Page 1