II. — CORYDALYDES
Nous formerons sous le nom de Corydalides, et sans autre prétention que de faciliter la classification descriptive, une famille de Raphidiens avec un certain nombre de genres exotiques, à larves vivant dans l'eau pour certains, peut-être pour tous.
Comymaris, Latr., ou Corynazus, Hald. — Tête large à angles postérieurs munis d’une dent aiguë, avec trois larges ocelles rapprochés sur le vertex; antennes des mâles simples ou denticulées, filitormes chez les femelles. Mandi-
bules des mâles très-allongées et recourbées ou courtes, celles des femelles
CORYDALIS. 507
toujours courtes, dentées; mâchoires à deux lobes allongés, avec palpes courts, de eing articles, le dernier pointu au bout: lèvre cordiforme, avec palpes de trois articles, le dernier lancéolé. Prothorax quadrangulaire, beaucoup plus étroit que la tête. Ailes à espace costal très-large, à nombreuses nervures, les nervures transversales fortes. Pattes grêles, à tarses cylindriques, avec deux ongles simples, sans pelote apparente. Abdomen des mâles terminé par une tenaille. Corps de forme très-robuste, à couleurs d’un brun jaunâtre. — Larve aquatique, munie de branchies abdominales,
Ce genre, exclusivement américain, contient les plus grands Raphidiens, dont l'ampleur des ailes ne le cède pas aux types des Myrméléontides de la plus forte taille. Linnœæus avait pressenti ses rapports naturels en le plaçant parmi les Raphidies, tandis que Fabricius le rangea à tort près des Hémérobes, dont les larves surtout l’écartent tout à fait. L'espèce la plus anciennement connue et répandue dans les col'ections par le commerce, en raison de ses dimensions et des gigantesques mandibules des mâles, inutiles pour manger, est le C. cornuta, Linn., ayant en longueur jusqu'au bout des ailes 75 millim., et de 100 à 135 millim. d'envergure (pl. Lxvinr, fig. 4, mâle; 4 a, tête de la femelle; lb, larve ; 4c, nymphe). Ce curieux insecte habite le Canada, la Pensylvanie, l'État de New-York, la Caroline, le nord de l'Hilinois, le Maryland, ete. La teinte générale de l'adulte est grise, avec la tête et le thorax brunàtres et variés de taches d'un jaune pâle. La tête et le prothorax sont légèrement rugueux, à l'exception des portions tachées de jaune, et ce caractère rapproche l'adulte de la larve ; la couleur de J'insecte frais diffère à peine de celle des sujets de collection. Les stigmates du prothorax ressemblent, ainsi que les autres, à une coquille bivalve, avec addition d'un bourrelet charnu couvert de longs poils, et placé à la partie inférieure. Les yeux sont hémisphériques, ayant 1,5 de diamètre ; les trois ocelles elliptiques sont disposés en triangle, l’antérieur dirigé en avant, et les autres diagonalement à l'extérieur et en arrière. Par une particularité singulière et sans doute en rapport avec les fonctions de relation des antennes, elles sont complétement perforées à travers la tête, à la base antérieure de chacune d'elles, et cela dans les deux sexes, le trou étant assez large pour que la portion la plus étroite laisse passer une soie de porc, et, à partir de ce point, s'élargit vers le haut et vers le bas. Il y à une petite épine derrière chaque œil, et une autre plus large à l’angle postérieur de la tête. A l'exception des mandibules, les organes buccaux sont mous et membraneux.
Les antennes du mâle ont environ 60 articles et 54 chez la femelle ; elles sont aussi, chez le premier, un peu plus longues, et il est muni au bout de l'abdomen de deux paires d'appendices, dont l’une sert de crochets copulateurs. Les mandibules du mâle sont larges, un peu déprimées à la base, arquées et terminées en pointe, ressemblant à des
508 NÉVROPTÈRES.
cornes. Trois fois plus iongues que la tête et un peu irrégulières de forme et de direction, elles sont arrondies, sauf au sommet, et ont leur franchant, bordé d’entailles d'environ un millimètre de long. La forme et l’armature des mandibules ressemblent à celles des premiers états. Il y a cette remarquable circonstance que la distinction sexuelle aussi tranchée que celle fournie par les mandibules de ce genre n’est pas apparente tout d’abord; et ce fait que les organes sont essentiellement les mêmes chez la larve, la nymphe et la femelle adulte apporte une preuve de plus à cette opinion, que la femelle n'est qu'un arrêt de développement du mâle.
. On peut voir cet insecte sur les murs vers le coucher du soleil, se tenant entièrement au repos, la tête dans la ligne du corps, celui-ci à plat, attendant l'obscurité de la nuit pour prendre son essor, car d’habitude il ne, vole pas le jour. Il est aisé à capturer, car il est très-apathique dans tous ses mouvements, marchant et volant avec lourdeur. Lorsqu'il est détaché d’une position élevée, il tombe à terre en dépliant les ailes, mais sans faire effort pour s'échapper au vol. Si on le tourmente, il prend un aspect menaçant; ses yeux hémisphériques brillent, sa tête et son thorax se tiennent relevés, ses mandibules s'ouvrent et se ferment sur les objets avec une force suffisante pour pincer la peau, mais sans causer un mal sérieux. La répugnance que fait naître son aspect général est encore augmentée si l’on tente de le saisir par le dos, comme cela est naturel ; ses pattes se dirigent en tous sens, et, grâce aux muscles puissants de la tête et du thorax, le corps de l’insecte forme comme un cercle avec l'abdomen relevé en sens inverse. Si l’on persiste néanmoins à vouloir le prendre, il étend ses ailes et rejette un liquide excrémentitiel fétide et blanchâtre, dont la nature indique un régime animal : toutefois Haldeman dit qu'il n'a jamais vu manger l'adulte. Ces observations s'appliquent aux deux sexes.
L'insecte adulte se montre dans la Pensylvanie en juillet, et il a à peine atteint le mois d'août qu'il disparaît pour la saison. Il n’est pas abondant, quoique les larves et les nymphes soient assez communes, beaucoup périssant avant la transformation finale. Lors de l'apparition des individus parfaits, le nombre des mâles excède beaucoup celui des femelles : un entomologiste rapporte que, sur vingt individus qu'il trouva en trois ans, il n’y avait qu'une seule femelle (1).
La larve est oblongue, déprimée, se rétrécissant vers l'extrémité postérieure, d'un brun obscur, marquée à la tête et au thorax d'impressions en points jaunes et de dépressions confluentes. La tête est cornée en dessus et en dessous, le thorax corné en dessus en entier ;
(1) Consulter : Memoirs of the American Academy of Arts and Sciences, Cambridge and Boston, 1849 : — S. Haldeman, History and Transformations of Corydalus cornatus (with a plate), p. 158.— 4. Leidy, Internal Anatomy of Corydalus cornatus èx êts three Stages of existence (with two plates), p. 162.
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l'abdomen mou, à tégument un peu rude au toucher ; huit segments ayant des stigmates latéraux, peut-être imperforés, et des branchies, chacune formée de plusieurs filaments, le neuvième segment sans branchies, excepté sur l’appendice caudal divisé, dont chaque branche porte un simple filament et une paire de crochets recourbés. Le stigmale prothoracique est situé à la peau de réunion entre le prothorax et le mésothorax. La surface inférieure du neuvième segment de l’abdomen offre un bourrelet velouté, auquel s’attachent les deux branches de l’appendice caudal. Les sept segments abdominaux antérieurs ont chacun, près de l'insertion des branchies latérales, un faisceau inférieur en forme de brosse de courtes fibres, qui paraît être une branchie accessoire. Les soies qui sont sur la branchie latérale sont grêles, et celles des branchies latérales sont courtes, épaissement plantées et quelque peu aplaties.
La tête est transversalement subcarrée et déprimée, le clypeus et le labre proéminents, avec six ocelles non saillants de chaque côté. Les antennes sont placées immédiatement en avant d'eux, petites, composées de quatre articles cylindriques, le basilaire de chacune solidement attaché à un support ovale, sur lequel il se meut librement. Les mandibules sont robustes et leur sommet fortement quadridenté ; les maxilles présentent un court cardo et un stipe droit, aplati en haut et convexe en bas, ayant les côtés parallèles et les bords intérieurs ciliés, le sommet arrondi, portant un lobe de deux articles et un palpe de trois ; la lèvre est cornée, transverse, avec le bord ondulé et de petits palpes triarticulés. Chez la larve mâle (et aussi chez la nymphe), la tête et les mandibules sont un peu plus larges que chez la larve femelle, quoique la forme soit identique, et elle a un petit tubercule sur le milieu du prosternum, près de l'insertion des pattes, ressemblant quelque peu à celui des Orthoptères du genre Acridium.
La larve vit de proie et est aquatique, marchant sur la terre du fond de l’eau et peu active. Sa locomotion habituelle se fait en avant; mais, si on la dérange, elle se retire rapidement en arrière au moyen de ses crochets caudaux cramponnés à la surface, et le corps est alors tiré en haut. Si on l'irrite, elle montre la même propension que l'adulte à mordre. Parfois elle nettoie sa tête en passant par-dessus ses pattes antérieures. On la trouve au printemps, sortant de l'eau à une médiocre distance du bord, environ jusqu’à une quinzaine de mètres, se réfugiant sous une pierre ou dans un trou formant une cavité ovale dans la terre. Elle y reste quelque temps, attendant son changement, demeurant ainsi quelques jours sans être mouillée, de sorte qu'il est probable que ses stigmates servent alors comme organes de respiration aérienne.
Le corps de la nymphe, qui n’est pas entourée d’un cocon soyeux, mais libre, se tient recourbé en demi-cercle et devient plus étroit et à peu près cylindrique, sa principale différence, comparé à celui de la larve, se manifestant dans le prothorax et l'abdomen. La tête ressem-
510 NÉVROPTÈRES.
ble beaucoup à celle de l'adulte, à l'exception des mandibules, qui sont dentées dans les deux sexes et analogues à celles de la larve. Une arête élevée s'étend en arrière de la portion postérieure des yeux. Les ailes sont défléchies, et, avec les pattes, restent librement sur la poitrine, Les antennes, longues de 20 à 25 millim., recourbées par-dessus les angles postérieurs, puis par-dessous la tête, ont leurs articles beaucoup plus resserrés que chez l'adulte. La lèvre est charnue et bifide, chaque côté obtusément arrondi ; les palpes labiaux sont de trois articles, le dernier fusiforme et aigu; les maxilles ont deux lobes charnus prolongés et triangulaires, l'interne le moins développé, l’externe avec une petite épine au bout, les palpes maxillaires ayant einq courts articles, la majeure portion de la partie externe des maxilles recouverte par des poils épars.
Pour permettre la sortie de l'adulte, le tégument de la nymphe se fend transversalement derrière les antennes, et longitudinalement à partir de là sur le dos. L’insecte ne reste pas longtemps en nymphe, état dans lequel il est inactif, capable de remuer légèrement le corps ; à la fin de cette morphose il acquiert le pouvoir de la marche, mais d’une très-faible manière, et il est probable qu'il en fait rarement usage, ,
Le tube digestif de l'adulte présente un œsophage se renflant peu à peu en un large jabot ovoïde, avec un rudiment de panse latérale à la partie inférieure. Vient ensuite un estomac (intestin moyen, d'après M. F. Plateau) grêle, fusiforme, se terminant peu à peu en une pointe allongée, Il est en communication supérieurement avec quatre larges tubes cæcaux, disposition qui rappelle certains Orthoptères, et à sa pointe inférieure, avee huit canaux de Malpighi, très-longs et trèscapillaires , enroulés en peloton à leur extrémité libre. Puis vient l'intestin terminal deux fois recourbé et très-grêle, finissant par une grosse poche ellipsoïde musculeuse, à laquelle succède un rectum, qui va en se rétrécissant vers l'anus et qui est divisé en bourrelets par cinq fortes brides,
Les testicules du mâle, pareils chez la nymphe et chez l'adulte, existant déjà (et de même les ovaires), mais moins développés, chez la larve, sont bien séparés, et occupent les deux côtés du tube alimentaire, depuis les appendices cæcaux jusqu'à l'extrémité de l'intestin, sous forme de deux longues plumes, dont les barbules sont formées de très-nombreux tubes spermifiques, de chaque côté d'un axe commun, Chaque ovaire est constitué par une cinquantaine de longues gaines ovigères, placées d'un seul côté d'un calice tubuleux : et les deux cols se réunissent en un très:court oviducte, On voit dans chaque gaine ovigère une série d'œufs à tous les degrés de développement, allongés, oblongs, arrondis aux deux bouts,
Le système nerveux présente, outre les ganglions ordinaires de la tête, trois ganglions thoraciques ovales et nettement binaires, puis
CORYDALIS, CHAULIODES. 514
huit ganglions abdominaux plus petits, arrondis ou subtrièdres, le der- [e) Le)
nier plus gros, ovale-allongé. Les six premiers occupent la région anté-
rieure des six premiers segments, contre la jointure au segment
précédent, et les ganglions 7 et 8 sont tous deux dans le septième
segment.
Le genre Corydalis offre quelques espèces autres que le type, la plupart avec moins d’exagération dans le développement des mandibules du mâle : ainsi le C. lutea, Hagen, à corps jaune, à mandibules du mâle
; Hd PS.
peu allongées, de même taille que le type, du Mexique; €. cognata, Hagen, espèce plus petite du Texas, à mandibules du mâle allongées ; C. Batesi, Mac Lachl., grande et belle espèce des bords de l'Amazone, à mandibules courtes; C. crassicornis, Mac Lachl., et C. inamabilis, Mac Lachl., ces deux espèces du Texas, de taille moindre que la précédente, mais à mandibules des mâles très-allongées ; C. soror, Hagen, à mandibules du male courtes, du Mexique ; C. hieroglyphica, Rambur, du Mexique, du Venezuela, du Brésil, espèce de taille moitié du type, aussi à courtes mendibules chez le mâle; C. Hecate, Mac Lachl. \ 2 2 ) ?
de grande taille, du Brésil.
CHAULIOBDES, Latr.— Tête à angles postérieurs inermes ; antennes des males pectinées d’un côté, ou en scie, ou fuliacées, ou simples; simples chez les femelles ou parfois en scie ; trois ocelles rapprochés, Mandibules courtes et pareilles dans les deux sexes. Palpes courts, à derniers articles très-courts. Prothorax quadrangulaire, à peu près de la grandeur de la tête. Ailes’ avec peu de nervures transversales, sauf sur l’espace costal, qui est très-grand. Tarses à articles cylindriques, les deux derniers les plus longs, à ongles simples, sans pelote apparente, Appendices caudaux du mâle non en crochets, simples, coniques, — [arve inconnue, peut-être aquatique,
Le genre Chauliodes comprend une vingtaine d'espèces de l'Amérique , de l'Asie orientale (Japon, Chine, Indes, iles Sondaïques), de l’Afrique australe, de la Nouvelle-Zélande et de l'Australie. Nous citerons, parmi les espèces asiatiques, le C. sinensis, Walker, pl. Lxvin, fig. 5, mâle, des environs de Pékin, offrant les-antennes pectinées noires; le corps d’un jaune un peu brunûtre, ainsi que les pattes; le prothorax en rectangle plus long que large; les ailes hyalines, maculées de petites taches jaunätres et de taches brunâtres plus grandes, une arrondie, placée vers le milieu de l'aire costale, une allongée au côté interne du pterostigma, qui est jaune, une petite à son côté externe, el une longue tache sur le disque, se répétant plus ample, à la même place, pour l'aile inférieure. Le type des espèces américaines, presque toutes de l'Amérique du Nord, est 16 C, pectinicornis, Linn., long. du corps 37 à 55 millimètres, envergure 58 à 90, d'un jaune cendré, à antennes brunes et pectinées, la tôle avec des raies et des taches jaunâtres, le prothorax d’un brun roussâtre avec des taches jaunes, ies pattes jaunes
12 NÉVROPTÈRES.
à tarses bruns, les ailes avec quelques stries brunes transversales, les antérieures subcendrées, avec les nervures variées de brun et de roussätre, ce qui les fait paraître ponctuées; du Canada, de Pensylvanie, du Delaware, du Massachusetts, de New-York, de Virginie, de Maryland. Ajoutons le C. serricornis, Say (le Nevromus maculatus figuré par Rambur dans son Histoire des Névroptères), brun, à stries et taches rousses, à antennes noires, en scie, à ailes brunes, ayant chacune deux bandes de taches blanchâtres, dont une au milieu, plus marquée sur les ailes supérieures, et l’autre, avant le sommet, plus marquée aux inférieures ; du Canada, du lac Winnipeg (rare), de Pensylvanie, de New-York, du Massachusetts, du Maryland, de Mexico ; le C. cinerascens, E. Blanch., du Chili; dans l'Afrique australe le C. tenuis, Mac Lachl., d'un gris testacé, les antennes du mâle simples, les ailes subhyalines, avec des points et des taches grises ; le C. guttiferus, Walker, de l’Australie ; le C. diversus, Walk., de la Nouvelle-Zélande.
Le genre Nevromus, Rambur, ou Hermes, Walker, est intermédiaire entre les Corydalis et les Chauliodes (1). Le corps est moins robuste que chez les Corydalis, la coloration générale plus ou moins pâle; les deux sexes ayant les antennes simples et les mandibules courtes et pareilles; les angles postérieurs de la tête sont munis d’une dent bien accusée ou obsolète, et les ailes ont, comme chez les Corydalis, de nombreuses nervures transversales. Il existe une dizaine d'espèces de ce genre du Japon, de la Chine, des Indes, des îles Sondaïques, du Brésil et de l'Amérique centrale. Le type est le N. tesiaceus, Rambur, de Java et peut-être des Indes, de 70 millim. d'envergure, roussätre ; les antennes noires, rousses à l'extrémité; les ailes transparentes, à nervures jaunâtres ou roussâtres ; l'abdomen du mâle terminé par quatre appendices. L'insecte est figuré planehe \, dans l'Histoire des Névroptères de Rambur.
Nous placerons ici deux genres de position incertaine. L'un, qui se rapproche des Panorpiens, est le genre Werope, Newman, les yeux larges, réniformes, connivents sur le vertex, pas d'ocelles; les antennes courtes, très-épaisses au milieu, allant en s'amincissant vers l'extrémité ; les ailes larges, avec de nombreuses nervures transversales, la subcostale et la médiane se joignant avant le sommet; les pattes grêles, le bout des tarses avec deux ongles simples et entiers, et une pelote entre eux ; l'abdomen du mâle terminé par une très-forte pince, presque aussi longue quele corps. Il n’y a qu'une seule espèce extrêmement rare, de Pensylvanie et de Virginie, le A. tuber, Newm., de 30 millim. d'envergure, d’un jaune brunâtre, les ailes subhyalines et cendrées, à
(4) Mac Lachlan, Considerations on the Neuropterous Genus Chauliodes and its Aëlies (Annals and Mag. of Nat. Hist. for July 1869, p. 35).
PALÉOPTÉRINES. EU ee
nervures jaunâtres, la médiane noire. On consultera, pour cet insecte singulier et anormal : Westwood, Trans. Entomol. Soc. of London, t. IV, p.194, pl. xiv, fig. 2. L'autre genre à mentionner, qui parait voisin des Hémérobiides, est le genre Zthone, Newm., fondé pour une espèce, I. fusca, Newm.
Sous le nom de Paléoptérines (Palæopterina), M.S. Scudder a signalé un groupe d'insectes (1) qu'il considère comme une famille distincte, ne comprenant encore que trois espèces fossiles découvertes dans la formation carbonifère, à Morris (Illinois). Le professeur J. D. Dana a décrit en 1864 les fragments de la première espèce sous le nom de Wiamia Bronsoni, et la figure qu'il en donne fut restaurée depuis hypothétiquement par M. Scudder. Dana expose que cet insecte, névroptère par les ailes, et tenant de près aux Perliené, a de larges cuisses côtelées, et même une grande articulation épineuse aux pattes antérieures, particularité qui semble presque incompatible avec le type Névroptère, quoique caractérisant en partie les Mantispides, tandis qu'elle est en harmonie avec le type orthoptère. En outre, dit-il, les larges cuisses à côtes de la seconde paire de pattes et la forme du prothorax rappellent les Orthoptères du genre Phyllium, et l’insecte est très-différent de tous les Névroptères connus. Les pattes antérieures ont ceci de particulier que leur grande et large cuisse, un peu comme chez les Mantispes, est armée en haut d'épines très-grêles, aussi longues que l’article même. On en distingue trois, quoique mutilées, dans l'échantillon, Il est trèsprobable, dit-il, que ces pattes de devant étaient préhensiles; l’exemplaire fossile manque de la jambe et du tarse antérieurs. Il semble y avoir eu une paire d'appendices courts et obtus à l'extrémité de l’abdomen, ressemblant beaucoup à ceux qui existent chez les Phyllium, La tète est presque entièrement oblitérée.
Dans les Mémoires de la Société d'histoire naturelle de Boston, 1867, M.S. Scudder démontre que la nervation des ailes de ce genre rappelle à la fois celle de plusieurstribus de Névroptères, comme les Termitiens, les Hémérobiens, les Raphidiens ou Sialiens. La tête, d’après lui, ressemble un peu à celle du genre Perle, étant ovale, déprimée, avec de longs yeux latéraux ovales, Ce qui montre combien l’empreinte fossile est fruste, c’est que les deux auteurs sont en désaccord quant aux pattes de devant, M. Scudder appelant tête les parties désignées comme pattes antérieures par M. Dana. M. Gerstäcker regarde, sans aucun doute, le genre Miamia comme appartenant aux Perliens.
M. Scudder a décrit plus récemment deux autres formes de ce groupe dans la Paléontologie annexée à la Revue géologique de l'Illinois (vol. WF, p. 566). Il nous dit : « Les deux spécimens que j'ai sous les yeux, avec
(1) Packard, Guide to the Study of Insects, Salem, 1870, p, 591. GIRARD, Hi, — 33
514 AÉVROPTÈRES.
les ailes mieux conservées que dans le sujet de Miamia Bronsoni, prouvent que mon dessin conjectural de la structure des ailes des Paléoptérines était en partie erroné, et témoignent d’une parenté plus étroite avec les anciens Termitiens que je ne l'avais supposé possible. » Il donne le nom de Miamia Danæ à une seconde espèce de Miamia de Morris (Illinois). Tous les spécimens étaient dans des boules de minerai de fer, qui sont fréquentes dans les terrains carbonifères. Elle est plus petite que le Miamia Bronsoni, n'en ayant que les quatre cinquièmes. L'autre fossile que M. Scudder rapporte aux Paléoptérines est le Chrestotes lapidea. Ce genre diffère des Miamia par des ailes courtes et arrondies, et sa nervulation offre quelques points de ressemblance avec les Blattiens. Nous avons cru devoir entrer dans quelques détails sur ces créations si anciennes, qui prouvent, avec quelques autres fossiles t.1, p.171), l'existence d’un type des plus élevés, les Insectes, aux époques les plus reculées de la vie organique. Ainsi tombent en partie, devant les faits modernes, ces théories séduisantes, mais erronées, d'un perfectionnement progressif des faunes et d’un transformisme des espèces,
IT, — SIALIDES.
Antennes longues. Corps court, épais. Prothorax large. Ailes grandes, réticulées, les postérieures avec le champ anal plié. Les caractères de cette famille sont, au reste, ceux du genre unique qu’elle renferme. II n'ya peut-être pas lieu de séparer les Sialides des Corydalides, mais il faudrait, pour se prononcer avec plus de certitude, mieux connaître que dans l’état actuel de la science les premiers états et l’anatomie des Corydalides, groupe exotique.
SIALIS, Latr., ou SEMBLS, Fabr., Latr, — Antennes longues, sétiformes, d'un tiers seulement, plus courtes que l'aile antérieure ; pas d’ocelles ; palpes filiformes, grêles, à articles subégaux, Prothorax quadrangulaire, beaucoup plus large que long, sensiblement de la largeur de la tête ; les déux autres divisions du thorax très-saillantes en dessus. Ailes postérieures plus larges à la base que les antérieures ; la membrane des ailes colorée, le pterostigma non apparent ; les nervures très-marquées et épaisses, formant un réseau peu régulier ; l’espace costal dilaté, avec nombreuses nervules ; les nervules transverses des ailes au nombre de trois ou quatre rangées. Pattes assez longues, à articles cylindroïdes, le quatrième article des tarses court, fortement dilaté et échancré en cœur, les ongles simples, sans pelote apparente, -— Larves aquatiques, à branchies latérales,
L'anatomie de ce genre et léës métamorphoses ont été étudiées sur l'espèce, très-commune dans toute l’Europe, le S, lutaria, Linn. L'anatomie interne de l'adulte a été faite par L: Dufour (Sav. étrang:,
SIALIS. 515
4841, p. 605) et M. Lüw (Linn. entomol., t. IT, p. 354 et suiv.). De chaque côté de l’origine de l’œsophage sont des glandes salivaires blanchitres, formées chacune d’une vésicule ovale, couverte de points glanduleux, servant de réservoir et se continuant en arrière en un vaisseau sécréteur capillaire, courbé en anse récurrente, de sorte que son extrémité s'enfonce dans le tissu adipeux de la tête; antérieurement à la vésicule sont deux minces canaux d'évacuation, se réunissant en un canal commun très-court, qui aboutit à l'entrée de l’œsophage. Le tube digestif, de la longueur du corps de l’insecte, débute par un œsophage grêle et filiforme, qui traverse tout le thorax sans se renfler en jabot. D'après L. Dufour, avant l'insertion à l'estomac, il y a une panse latérale, qui a échappé à M. Lüw, tantôt ovoide-oblongue et recourbée en avant quand elle est remplie d'aliments, tantôt grêle comme l'œsophage, pendante et rejetée en arrière, pendant son état de vacuité. L’estomac ou intestin moyen (F. Plateau) débute par un étranglement en forme de godet échancré; il est très-gros, comparé à l’œsophage, environ deux fois plus long, cylindrico-conique, finement réticulé à la surface, s’atténuant peu à peu. Autour de sa terminaison, et à implantations équidistantes, sont six canaux de Malpighi, à bouts libres recouvrant de plusieurs méandres le canal intestinal, blanchâtres d'abord, puis d’une couleur plus ou moins violacée ou rougeâtre, avec des points glandulaires rouges. L'intestin terminal (Gegenbaur), de la longueur des deux parties précédentes, offre une première portion grêle, avec des plis longitudinaux très-peu distincts et quelques rides transversales, et une seconde très-courte, sphéroïde, très-distinctement délimitée par un fort étranglement à chaque bout. Enfin vient un rectum également à deux parties distinctement séparées par un étranglement, la première presque ovale et parfois très-renflée par une matière excrémentitielle blanche, l’autre bien moins large et plus iongue, en forme de massue, se rétrécissant peu à peu postérieurement.
Le système nerveux de l'adulte offre un cerveau composé de deux lobes sphériques accolés, de chacun desquels part un nerf optique cylindroïde presque aussi grand que le lobe dont il émane, rétréei à sa base et rétréci avant son extrémité arrondie en hémisphère. Ce cerveau est uni au ganglion céphalique sous-æsophagien par deux cordons nerveux renflés vers leur partie antérieure, et émettant chacun deux nerfs vers son milieu ; le ganglion sous-æsophagien lui-même envoie de sa parlie antérieure deux paires de nerfs fortement ramifiés. Les connectifs qui se rendent au ganglion prothoracique émettent vers leur milieu un nerf bientôt bifide. Le ganglion prothoracique est presque sphérique, un peu plus grand que le ganglion sous-æsophagien et que les deux autres ganglions thoraciques qui le suivent, et il donne naissante à deux paires de nerfs. Les connectifs unissant le ganglion prothoracique au mésothoracique, et ce dernier au ganglion métathoracique, n'émettant pas de nerfs. Le ganglion mésothoracique a la même forme que
516 NÉVROPTÈRES.
celui du prothorax et n'est qu'un peu plus petit, et il émet comme lui deux paires de nerfs. Le ganglion métathoracique lui-même est de forme arrondie, un peu moindre que le mésothoracique et donnant origine à trois paires de nerfs. Les ganglions abdominaux sont au nombre de sept. Ils se distinguent par une grandeur relativement assez considérable. Le premier est le plus grand, et il est sensiblement plus large que long; de lui jusqu’au sixième, chacun des ganglions suivants est plus petit et parfaitement rond. Le dernier ganglion, tout à fait sphérique, est plus grand que ceux qui le précèdent immédiatement, sans atteindre pourtant tout à fait la grandeur du second, et à fortiori du premier. Le premier ganglion abdominal se rattache au dernier ganglion thoracique par deux cordons nerveux très-courts; les ganglions abdominaux se relient normalement les uns aux autres par un double cordon nerveux, n’émettant nulle part de nerfs, et leurs distances sont très-différentes. De chacun des six premiers ganglions abdominaux ne part qu'une seule paire de nerfs, et Le dernier donne origine à trois paires de nerfs, dont la dernière est la plus forte; tous les nerfs du dernier ganglion se dirigent comme d'habitude vers les parties internes et externes de l'appareil reproducteur.
Les testicules du mâle sont bien séparés, entourés chacun d’une tunique scrotale jaune, maintenus par un lacis de trachées vers le milieu des flancs de la cavité abdominale, presque sphériques chez les jeunes sujets; à partir de l'insertion du canal déférent prennent origine cinq bandes circulaires, de même texture et de même couleur jaunûtre, entourant le corps du testicule, qui se trouve ainsi partagé en six divisions. Lorsque les testicules se gonflent par le développement progressif des spermatozoïdes, ils prennent d'abord une figure réniforme; lorsque leur gonflement est à son maximum, les six capsules spermifiques unilatérales font saillie en forme de poches entre les bandes circulaires, et tout l'organe acquiert un aspect d'éventail. Les canaux déférents prennent naissance dans l’échancrure du testicule par un petit renflement vésiculeux; ils sont grêles, deux à trois fois plus longs que le testicule, dirigés d’abord en arrière, puis devenant récurrents pour aller s'implanter chacun à la vésicule séminale correspondante. Les vésicules séminales sont de forme compliquée; le canal défcrent débouche à l'angle antérieur d’une première capsule ovale-oblongue, distendue par un sperme blanc ou diaphane au mois d'avril, époque de l’accouplement, avec une tache irrégulièrement carrée, d'un brun rougeàtre, près de l'insertion du canal déférent, rapetissée et contractée vers le milieu à la fin de mai; à cette capsule s'adapte vers le milieu un appendice vésiculeux conoïde, parfois très-développé, postéricurement un grand renflement vésiculeux, et, tout à fait en arrière, deux appendices vésiculaires très-petits. Enfin le sperme est déversé dans un canal éjaculateur très-court.
Les ovaires de la femelle du S. lularix, dans un état avancé de ges-
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tation, sont deux énormes paquets pyramidaux roussätres, qui occupent une grande partie de la cavité abdominale. Chacun consiste en une grappe oblongue de gaînes ovigères quadri- ou quintiloculaires, serrées entre elles et comme empilées. Les ovules de ces gaines sont blanchîtres, ovales, leur longueur dépassant leur largeur de plus du double. A leur extrémité supérieure est un appendice verruqueux, analogue à celui des œufs de Raphidia ophiopsis, relativement un peu plus long. Les ovaires. sont contigus à la ligne médiane, et connivents à leur extrémité antérieure, laquelle se termine par un ligament suspenseur propre, diaphane, capillaire, assez long, qui s'unit à celui du côté opposé pour former un ligament suspenseur commun, dont le point d'attache est au dos du métathorax. Le calice de l'ovaire règne tout le long de la face inférieure de cet organe; son col est court et s’insère, isolément de son congénère, à la partie antérieure et un peu latérale d’un sac arrondi, qui est l’oviducte. La glande sébifique de cet oviducte consiste en une utricule membraneuse, ovoïde, remarquable par la couleur très-noire du liquide qu’elle renferme, s’amincissant un peu pour s'insérer sur la face dorsale de l’oviducte.
Les métamorphoses des Sialis ont été connues des anciens auteurs, ainsi de Geer pour les larves, Rœsel pour les nymphes. De Geer (Mém. pour servir à l'hist. des Insectes, t. I, 2° part., p. 716) sait très-bien distinguer son Hemerobius niger d'avec les Phryganes par la bouche dentée, l'absence d’ocelles et les ailes inférieures non plissées en éventail. Les adultes, qui ne vivent que quelques jours pour s’accoupler, volent pesamment et lentement, avec moins d’agilité que les Phryganiens, ayant plutôt des allures de Chrysops. Ils se laissent prendre aisément, et marchent cependant assez vite quand ils veulent. Les femelles pondent beaucoup d'œufs, qu’elles arrangent en grandes plaques les uns auprès des autres. D'un blanc jaunâtre dans les ovaires, ils sont après la ponte d’un brun obscur, et placés, non dans l'eau, mais sur les feuilles, les roseaux, les pierres, les murs. Il y a de cinq à six cents œufs par ponte; longs et ovales, ils sont rangés perpendiculairement sur les objets, comme des quilles, légèrement collés ensemble, et de telle sorte qu'il n'y a aucune place vide, l'œuf d'une rangée étant entre deux de la rangée voisine. Le bout supérieur des œufs-offre comme une queue allongée, ovale, droite ou un peu inclinée, blanchâtre, de sorte qu'on aperçoit comme une couche supérieure blanchâtre sur la plaque des œufs bruns.
Les coques des œufs se fendent par ce bouton supérieur, et la larve tombe dans l’eau, ou la gagne aussi vite que possible, sous peine de mort, siles œufs ont été pondus à quelque distance. Les larves sont fort vives dans l’eau, où elles courent et nagent continuellement, en faisant des ondulations avec le corps à la manière des Serpents, les pattes et les filets branchiaux étant en même (emps en mouvement ; parfois elles se logent à demeure dans un fourreau vide d'une larve de Phrygane,
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L'étude de ces larves a été faite avec soin par plusieurs auteurs (1). La larve du S. lutaria, parvenue à tout son développement, est longue de 16 à 18 millimètres. Son corps est allongé, à peine atténué en arrière, glabre, brunâtre, moucheté en dessus, uniformément blanchâtre en dessous. La tête est forte, de la largeur du thorax, aplatie, avec deux yeux latéraux noirs, peu saillants, des antennes latérales fines, de quatre articles, les deux derniers filiformes. Le labre est grand, largement triangulaire, atténué en avant en pointe mousse, à bords latéraux arrondis; finement crénelés ou festonnés, ce qui doit aider l'in secte à retenir, à serrer une proie vivante; les mandibules, à pointes croisées au repos, sont grandes, cornées, brunes, pointues, avec deux fortes dents au bord interne. Les mâchoires ont l’article basilaire prolongé au côté interne en un lobe ou crochet corné modérément arqué, garni de deux ou trois soies roides, avec palpes maxillaires de quatre articles, ayant un lobe oblong, inerme à leur côté interne; la lèvre, ovalaire, a des palpes labiaux courts, de trois articles.
Le thorax a son premier segment un peu plus grand que les deux autres. Les pattes, d’un brun clair, de longueur moyenne, offrent des cuisses grosses et courtes, des jambes allongées, spinuleuses et à poils rares, des tarses d’un seul article, avec des ongles constitués par deux crochets inégaux, pâles, peu arqués. L'abdomen, de neuf segmenis, le plus souvent d’un brun foncé avec une tache pâle au milieu, porte sur chacun des sept premiers segments une paire de branchies latérales, en longs filaments, simples au premier aspect. Ils s'insèrent sur des tubercules raboteux placés sur la membrane molle et blanchâtre qui unit les plaques dorsales de l’abdomen aux plaques ventrales des sept premiers anneaux. Chaque filet offre à l'extrémité deux longs poils, et, à côté de sa base, un autre poil encore plus long; ces quatorze filets, qui sont inclinés en arrière, sont mobiles, flottent dans l’eau, et suivent les mouvements que la larve y fait en marchant et en nageant. Les deux derniers segments de l'abdomen manquent de ces branchies, mais sont garnis de chaque côté, au moins dans le jeune âge, d'une double tubérosité sur laquelle on voit de longs poils. Un prolongement caudal cylindroïde, atténué à son extrémité, ayant environ le tiers de la longueur de l’abdomen, s’articule au dernier segment de celui-ci, tronqué au bout, garni à droite et à gauche d’une aigrette de poils longs, fins et souples, appareil qui constitue une nageoire ou gouvernail. Enfin, outre les branchies, ces larves, comme celles des Libellules et des Æschnes,
(1) Pictet, Sur les Sialis ou Semblis (Ann. sc. natur., Z00L., 2€ série, 1836, t. V, p. 69, pl. 11. — F, Evans, On the habits of the Genus Sialis (Trans. Soc. Entomol. of London, t. IN, p. 261, avec une planche). — L. Dufour, Recherches anatomiques sur la larve à branchies extérieures du Sialis lutarius (Ann. sc. natlur., L001., 3° série, 1848, p. 95, avec une planche).
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ont des stigmates (M. Hagen), destinés à fonctionner à la dernière période de l'existence de la larve.
Les larves de Sialis abondent dans les eaux dormantes, les mares, les fossés, se tenant particulièrement dans le fond boueux de ces eaux, et c’est sans doute ce genre de vie qui a valu à l’insecte ailé de l'espèce la plus commune le nom de lutaria donné par Linnœæus. Les mandibules robustes et dentées de ces larves, la brièveté de leur canal digestif, et l'examen des matières qui y sont contenues, indiquent qu'elles sont carnassières; elles se meuvent vivement si on les retire de l’eau, et marchent souvent à reculons, ouvrant fortement les mandibules pour mordre. F
Sous un verre grossissant, on voit que chaque branchie est une gaine membraneuse, comprimée, insensiblement rétrécie vers son extrémité, offrant quatre, cinq et même six demi-articulations, reconnaissables à de petites échancrures latérales; ces demi-articulations, ainsi que la mollesse de la membrane où s'implantent les branchies, rendent raison de la souplesse et de la mobilité de celles-ci, qu'on voit, au gré de l’animal, ou s’étaler horizontalement, de manière à être perpendiculaires à l'axe du corps, ou s’incliner à divers degrés en arrière, ou se ployer contre les flancs de l'abdomen qui, dans l'animal vivant, semblent creusés en gouttière pour les abriter, ou parfois se redresser et se déjeter sur le dos.
La finesse et la transparence de la gaine permettent de constater dans l'intérieur de chaque branchie une trachée médiane, d’un nacré resplendissant,-qui en forme l'axe et où s'abouchent de multiples trachéoles qui se rendent à la périphérie de l'enveloppe hyaline. La gaine offre aussi, sur ses deux bords opposés, des poils longs, fins, souples, régulièrement disposés, de sorte que celte gaine est à la fois branchie et nageoire, c’est-à-dire organe de respiration et de locomotion aquatiques. C’est un aviron comprimé à propos pour frapper l'eau par son plat, dans l'acte de la progression, la double rangée de poils s'étalant au degré nécessaire pour régler le mouvement ou déterminer le repos, les demi-articulations favorisant le balancement, l'agitation du liquide, auxiliaire de l'hématose. Dans l’appendice caudal, on voit, par transparence, deux trachées qui terminent les deux gros troncs trachéens latéraux du corps. Ils reçoivent les axes trachéens des branchies, et fournissent au côté opposé de l'insertion de chaque trachée branchiale une trachée de semblable calibre, qui va épanouir ses broderies nacrées sur le canal digestif. En entrant dans le thorax, le grand canal aérifère latéral se divise en deux troncs de même calibre, marchant parallèlement et rapprochés pendant tout leur trajet dans le thorax; puis ces troncs se partagent en plusieurs branches qui pénètrent dans la tête.
Le canal alimentaire de la larve de Sialis est äroit, comme celui de l'adulte, L. Dufour n’a pu y découvrir trace des glandes salivaires et de la panse, qu'il y a rencontrée dans ce dernier élat. L'œsophage con-
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serve sa ténuité filiforme dans tout le trajet du thorax. En entrant dans la cavité de l'abdomen, il se dilate en un jabot plus ou moins marqué, souvent rempli d'une pulpe alimentaire brune, où le microscope reconnaît des fragments d'insectes. Le passage de ce jabot à l'estomac ou intestin moyen offre bien une texture plus consistante et comme calleuse, mais sans les pièces cornées caractérisant l'appareil valvulaire (gésier de L. Dufour). L'intestin moyen est allongé, plus ou moins cylindroïde, offrant dans des conditions opportunes, des bandelettes annulaires. Les canaux de Malpighi sont tout à fait pareils, comme forme et couleur, à ce qu'ils sont chez l'adulte. Deux se portent constamment en avant, jusqu’à l’origine de l'intestin moyen, les: quatre autres vont entourer le rectum de leurs flexuosités. L’intestin terminal débute par un tube étroit et court, suivi soudainement d’un rectum oblong, parcouru par six bandelettes musculaires longitudinales, servant comme d'habitude à la défécation et au moulage des excréments. L'anus est précédé par une sorte de col court, mais sans vestige de ces vessies natatoires que l'on constate dans les larves de quelques Phryganiens. Une pulpe adipeuse, abondante et blanche, enveloppe les viscères, composée de filaments polymorphes allongés, simulant des glandes tubuleuses.
Le système nerveux de la larve présente un très-petit cerveau comparé à celui de l'adulte, formé de deux ganglions ovalaires, médiocrement contigus, petitesse qui est en rapport avec l'état rudimentaire des antennes et des yeux. Il y a trois ganglions thoraciques arrondis plus gros que ceux de l'abdomen, et huit ganglions abdominaux, le premier sur la limite thoraco-abdominale, ayant presque la grandeur d’un ganglion thoracique; il est peu éloigné du second ganglion abdominal. Les trois derniers sont beaucoup plus rapprochés entre eux que eeux qui les précèdent; le dernier, plus grand et ovalaire, fournit au moins trois grosses paires de nerfs.
Les larves, ayant pris tout leur accroissement, quittent l’eau au commencement du printemps (pour S. lutaria), et se retirent en terre sèche au pied des arbres, à plusieurs mètres de l’eau. Comme l’a vu Pictet, elles peuvent vivre encore dans cet état, même en terre sèche, pendant une quinzaine de jours, respirant alors avec leurs stigmates, plutôt qu'avec leurs branchies cutanées, comme il le croyait en les comparant aux Tourlourous ou Crabes de terre des Antilles. Elles pratiquent une cavité ovoïde assez spacieuse, de préférence dans la terre mouillée qui borde l’eau, et alors les deux organes respiratoires doivent leur servir. Elles s'y changent, sans cocon, en une nymphe immobile, molle, analogue à celle des Phryganiens, offrant des antennes, des pattes, des fourreaux alaires et des poils roides verticillés aux anneaux de l'abdomen. Au moment d'éclore, cette nymphe ne devient pas mobile, comme celle des Phryganiens, mais se métamorphose sur place, laissant en terre la dépouille de nymphe.