‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservation (volume 3)Chapitre 36 sur 118 · I. — PHRYGANÉIDES · texte numérisé non relu

I. — PHRYGANÉIDES

Les caractères de cette famille sont en grande partie ceux que nous indiquerons pour son genre fondamental. Le corps de ces grands Phrywaniens est robuste, avec les pattes fortes, plutôt courtes que longues, la jambe et le tarse munis de courtes et fortes épines, l’article terminal avec une plantule développée. Les ailes sont ordinairement courtes et larges, très-obtuses, et, en beaucoup de cas, couvertes d’une pubescence courte et dense, la paire postérieure largement pliée, la frange apicale et interne très-courte et à peine visible. Les nervures sont épaisses ; dans la paire antérieure la cellule discoïdale est toujours fermée, ordinairement longue et étroite. Il n’y a pas de cellule médiane, et les deux premiers secteurs apicaux partent du coin supérieur. Les cellules basales sont au nombre de quatre, l’externe très-longue, et les nervures qui les forment portent un poil long et dressé. Chez le mâle, il y a neuf cellules apicales, avec les fourches 1, 2, 3 et 5 présentes ; chez la femelle, la fourche 4 existe aussi quelquefois, quoique généralement petite. A la paire postérieure d'ailes la cellule discoïdale est plus petite et plus triangulaire. Le mâle a sept cellules apicales et seulement les fourches apicales 1, 2, 5 présentes ; mais chez la femelle, il y a souvent huit cellules apicales, et alors la fourche 3 est présente, quoique petite.

L'abdomen est épais, avec le neuvième ou dernier segment presque toujours visible, quoique quelquefois très-étroit, la pénultième offrant ordinairement une longue frange de poils forts et jaunâtres. La forme des appendices anaux est très-variable, et il est probable que la paire intermédiaire manque. Chez le mâle, il y a presque invariablement une plaque allongée et polie partant du milieu du dernier segment dorsal : c’est la couverture du pénis ; au-dessous de celle-ci, et plus ou moins caché, est ce que M. Hagen regarde comme les valves ou le fourreau du pénis, souvent avec une paire d'épines : mais M. Mac-Lachlan n'est pas certain que cette pièce ne soit en réalité une partie propre au pénis même, et que le vrai fourreau ne soit représenté par les épines accompagnantes.

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Les larves des Phryganéides habitent les eaux tranquilles, comme les étangs, les lacs, les marais, les flaques d’eau. Elles fabriquent des étuis cylindriques avec de petits morceaux de feuilles, ou des fibres disposées en spirale, ou avec de petites pierres. L'étui d’une larve à toute sa taille est presque de même diamètre à chaque bout ; mais, pour la jeune larve, il est plus petit vers l'extrémité anale, et l'habitant coupe cette partie, afin de l'ajouter à l’autre bout (Mac Lachlan). Ces fourreaux sont ouverts aux deux bouts, et les larves ont probablement le pouvoir de s’y retourner. Les adultes, qui comptent parmi les géants de la tribu ou du sous-ordre des Trichoptères, restent cachés pendant le jour dans les herbes et les fissures des écorces des arbres, et à l’entrée de la nuit s’'envolent avec une certaine lenteur. Leurs espèces n’habitent que les régions septentrionales de la terre, et les plus remarquables sont boréales, ou, ce qui revient au même, des hautes montagnes. On a beaucoup de peine à trouver des caractères génériques pour leurs espèces peu nombreuses.

PHRYGANEA, Linn. — Antennes aussi longues ou un peu plus courtes que les ailes, robustes, l’article basal fort, mais comparativement court ; ocelles toujours présents. Palpes maxillaires de quatre articles chez le mâle, cinq chez la femelle, semblables en structure dans les deux sexes, seulement légèrement pubescents, presque cylindriques, l’article basal court, le terminal obtus; palpes labiaux petits, le troisième ou dernier article ovoiïde, concave et creusé en cuiller par-dessous. Ailes antérieures couvertes d’une pubescence dense, comme un feutre, le sommet {surtout chez les femelles) souvent un peu prolongé ; une nervule transverse oblique entre la costale et la sous-costale vers le bout terminal. Éperons des jambes toujours 2, 4, 4 dans les deux sexes,

On peut ajouter quelques caractères pour les espèces européennes, Ainsi les fourches apicales 1, 2, 8 et 5 existent chez le mâle à l’aile antérieure, 4, 2, 3, 4 et 5 chez la femelle (sauf P. minor où 4 manque) ; aux ailes postérieures le mâle offre les fourches 1, 2 et 5, et la fourche 8 s'ajoute chez la femelle (sauf P. minor), et les exceptions ne sont pas rares où cette fourche 3 est anormalement absente dans ce sexe. M. Brauer indique comme il suit le caractère alaire distinctif, à savoir que la branche postérieure du cubitus de devant est simple dans l'aile antérieure du mâle, fourchue chez la femelle. Une des espèces les plus communes est le P. striata, Linn. (pl. zxiv, fig. 11, tête vue de face ; 11 a, labre ; 11b, mâchoire et palpe ; 110, lèvre et ses palpes); long, corps, 13 à 21 millim. ; envergure, 36 à 57 millim. Les antennes sont brunes, annelées de noir ; le thorax et l'abdomen d’un brun de poix. Les ailes supérieures, larges, à bord arrondi, sont d’un fauve un peu marbré par un mélange de petites taches plus obscures, et cette couleur devient plus foncée dans le voisinage du bord interne de l'aile ; elles sont, chez la femelle, pourvues d’une courte ligne longitudinale noire interrom-

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pue et de deux points blancs. Quand les ailes sont au repos, la partie qui couvre l'abdomen constitue une tache claire, en forme de triangle allongé, entourée de toutes parts de brun, et les nervures sont fauves. Les ailes inférieures sont larges, transparentes et irisées; les pattes fauves et les épines noires. Les larves ont la tête et le thorax bruns, avec une bande longitudinale noire sur le premier segment thoracique et des points noirs sur les deux autres; des pattes courtes et brunâtres ; l'abdomen fauve, avec des sacs respiratoires peu nombreux. Les fourreaux sont d’abord formés de feuilles, puis de pierres. Lors de la nymphose, la larve augmente beaucoup son fourreau avec des pierres plus grosses et le ferme; puis elle s'enfonce verticalement dans la vase qui forme le fond du ruisseau, de sorte qu’on n'aperçoit plus que les dernières pierres par lesquelles l’étui est fermé. Il a fallu pour cela que la larve se retourne dans l'étui, passe sa tête et ses paltes par le petit bout, qui sera le plus bas, et creuse un trou ; après quoi elle reprend sa position ordinaire (Pictet). Cette espèce est commune dans toute l'Europe en juin et juillet, sauf probablement l'Italie et l'Espagne ; on la cite de Turcomanie et de Sibérie, jusqu'à la latitude de 70 degrés. Une espèce caractérisée et plus grande est P. grandis, Linn., long. du corps 15 à 21 millim., envergure ç 40 à 52 millim., @ 46 à 62 millim. Les antennes sont ochreuses, annelées de brun; le thorax et l'abdomen d'un jaune brunâtre, les pattes annelées de brun. Les ailes antérieures de la femelle ont un fond gris cendré et comme feutré, avec une bande longitudinale médiane noire, à déchirure souvent dilatée et deux points ronds blancs, et quelques stries noires antérieures avant le sommet et postérieurement à la base ; les marques noires peu accusées chez le mâle, à ailes grises et bien plus petites, les ailes postérieures grises, lisérées de noir aux bords externe et postérieur, le long des nervures. Cette espèce se trouve au bord des étangs, à la fin du printemps et au début de l'été, dans toute l'Europe, sauf l'Espagne et l'Italie, et manque aussi dans le nord de l'Asie. Une espèce plus petite, commune dans toute l'Europe, manquant pareillement en Espagne, Italie et Sibérie, est P. varia, Fabr., long. du corps 10 à 17 millim., envergure 27 à 34 millim. Les antennes sont annelées de fauve et de noir soyeux éclatant; le thorax couvert de poils gris et noirs, chatoyants, à reflet verdâtre, les côtés du thorax et les pattes d’un jaune brun, celles-ci annelées de noir; les ailes antérieures à fond d'un gris jaunâtre, avec des taches d’un noir bleuâtre, nombreuses sur les bords de l'aile, et deux grandes subcarrées au bord interne, et plusieurs points blancs; les aiies postérieures d’un gris blanchâtre avec bordure nébuleuse noirâtre. La larve a l'abdomen coloré de vert luisant, avec deux filets respiratoires par anneau rejetés en dehors et flottants, comme chez les Sialis. Le fourreau, bien plus large que la larve et qu'elle abandonne aisément (autre passage aux Rhyacophiles à abris fixes), est formé de brins d'herbes aquatiques coupés d’égale grandeur et constituant en long une spirale

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fort régulière. Au moment de la nymphose, la larve ferme les deux bouts de ce tube cylindrique avec des brins d'herbes et de racines de toute étendue; ces fourreaux, réguliers, sont ordinairement accrochés avec la larve aux plantes aquatiques, et parfois sont flottants. Citons en dernier lieu une petite espèce, P. minor, Curtis, dont Le corps a de 6 à 9 millim., l’'envergure 18 à 26 millim., à corps d'un roux brunâtre ; les ailes d’un gris un peu doré, aspergées de jaunâtre et de blanchâtre, ayant comme trois bandes très-larges, plus brunes. Cette petite espèce est du centre et du nord de l'Europe, sauf la partie boréale, et doit être plus commune qu’on ne le croit.

Un genre voisin des Phryganea est le genre Neuronia, Leach, constitué par un assez grand nombre d'espèces, qui sont surtout des régions boréales de l’Europe et de l’Amérique. Les ailes sont presque dénuées de pubescence et plus ou moins luisantes, paraissant presque nues, les antérieures larges et courtes, très-obtuses, avec les fourches apicales 1,2, 8 et 5 existant dans les deux sexes, et aux postérieures, 1, 2 et 6 chez le mâle, 3 s’ajoutant chez la femelle. La branche postérieure du cubitus antérieur, dans l’aile supérieure, est égale dans les deux sexes, non fourchue à l'extrémité. L'espèce type est N. reticulata, Linn., ayant le corps de 11 à 16 millim. de long, suivant le sexe et l’envergure de 26 à 39 millim. Le corps avec les antennes, les palpes et les pattes sont noirs, sauf les jambes postérieures d’un brun jaunâtre ; les ailes antérieures d'un brun jaune, tachetées de noir en forme de grille, les postérieures de même couleur, tachetées de noirâtre surtout au bord. Cette espèce est d'Allemagne, d'Autriche, de Suède, de Laponie, du nord de la Russie, etc., et n’a pas encore été observée en France ni en Angleterre. Une seconde espèce importante est N. phalænoïdes, Linn., ou daurica, Fischer de Waldheim, dont le corps est long de 20 à 24 millim., et l’envergure de 60 à 68 millim. La tête et les antennes sont noires, le corps noiratre, les pattes d'un cendré roussâtre ; les ailes à fond roussâtre, les supérieures avec un grand nombre de taches d’un noir brillant comme de l'acier, les inférieures ayant le bord postérieur et trois ou quatre grandes taches sur le bord costal d'un noir violet. Cette grande et magnifique espèce est propre aux régions septentrionales de l'Europe et de l'Asie, et ne parait pas dépasser à l’ouest le Danemark. D’après Kolenati, elle se trouve aussi en Turcomanie et dans le Caucase. On l’observe parfois en nombreuses migrations dans la Prusse orientale, car cet insecte a un vol soutenu et élevé. Kolenali a également vu ces amas voyageurs à Saint-Pétersbourg, et a trouvé dans le Caucase de nombreuses ailes provenant de sujets mangés par les oiseaux et les chauvessouris,

1, — LIMNOPHILIDES.

La famille des Limnophilides est très-nombreuse en espèces, qui

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n'ont pas été réparties en moins d'une trentaine de genres. Les espèces communes sont les mieux connues des Phryganiens par les entomologistes, et leurs larves sont bien familières aux pêcheurs à la ligne comme amorces. La famille est très-répandue en Europe, et confinée, comme la précédente, das les régions boréales et tempérées de l’hémisphère nord, s'étendant à peine vers le sud pour quelques espèces, jusqu’au tropique boréal ; mais, comme c’est le cas pour des groupes spéciaux d’autres ordres, les Limnophilides reparaissent en petite quantité dans l'extrême sud de l'Amérique méridionale, quelques espèces étant re. connues habiter le Chili et les îles Falkland.

Les antennes sont aussi longues, et rarement plus longues ou un peu plus courtes que les ailes, d'une épaisseur modérée, avec l’article basal bulbeux. Il y a toujours trois ocelles. Les palpes maxillaires sont de trois articles chez le mâle, de cinq chez la femelle, à peine pubescents, l’article basilaire court; — les palpes labiaux petits, l’article terminal souvent concave. Les pattes sont généralement longues, les éperons des jambes variant beaucoup en nombre, les antérieures en étant dépourvues ou n’en ayant qu'un seul apical, et les intermédiaires n’en ayant jamais plus de trois, les jambes et les tarses ordinairement avec de fortes épines.

L’abdomen est généralement court et robuste ; le neuvième segment dorsal rarement, sinon jamais, visible chez le mâle, le bord du huitième souvent prolongé. Les appendices du mâle sont assez constants dans leurs caractères généraux, c'est-à-dire offrent ordinairement une paire supérieure petite, une paire d’appendices intermédiaires lancéolés et une paire d'inférieurs allongés. Entre ces derniers est placé le pénis, qui est d'habitude court et cylindrique, et ordinairement accompagné d’une paire de valves, souvent bifides ou pectinées. Dans la femelle le neuvième segment abdominal est presque toujours visible, également par ses arceaux du dos et du ventre. En dessus il est généralement accompagné d’une paire d’appendices pubescents, et en dessous d'eux il y a d'ordinaire une pièce tubulaire testacée, ouverte en avant. Sur la surface du huitième segment ventral se trouve lécaille vulvaire, généralement trifide, consistant en deux lobes latéraux et un lobe médian, plus ou moins en forme de langue.

Les ailes sont ordinairement amples, et seulement légèrement pubescentes, mais quelquefois avec une pubescence dense et épaisse ; la membrane peut aussi être verruqueuse avec de longs poils dressés, plus fréquents sur les nervures (Chætopteryæ, Westwood). Normalement, la nervation est semblable dans les deux sexes. Sauf pour une ou deux formes aberrantes, la cellule discoïdale est toujours fermée aux ailes antérieures, et il n’y a pas de cellule médiane. La nervure médiane (radius) est, le plus souvent, un peu recourbée dans la région du pterostigma. IL y a neuf cellules apicales, et les fourches 1, 2, 8 et 5 sont présentes. Les ailes postérieures sont bien plus courtes et plus larges

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que les antérieures, et largement pliées au repos. La portion ovale est ordinairement bien développée et la cellule discoïdale fermée (sauf le second groupe des genres). Il y a huit cellules apicales et les fourches 4,02;08, 5 présentes. M. Mac Lachlan divise les nombreux genres des Limnopbhilides en deux groupes. Le premier a la ceMule discoïdale fermée dans toutes les ailes, à une ou deux exceptions, et la sous-costale de l'aile antérieure se conjoint peu à peu à la costale, tandis que, dans un second groupe qui n’a que trois genres, cette sous-costale se termine brusquement vers le milieu, à une nervule transverse entre la costale et la médiane (radius), et la cellule discoïdale reste ouverte à l'aile postérieure.

Il y a quelques genres anomaux : ainsi les genres Thamastes, Anomalopteryx, Enoicyla, ce dernier à femelles aptères, fonctionnellement du moins ; Neophylaæ, des États-Unis, de Californie, de l'Orégon, à nervation normale pour les ailes antérieures, en partie oblitérée aux postérieures, et aussi avec des caractères abdominaux exceptionnels.

Les habitudes des larves sont aussi variées que les conditions de l’élément dans lequel elles habitent; quelques-unes ne peuvent vivre que dans une eau dormante, d’autres seulement dans les torrents. Les fourreaux sont toujours libres, et les matériaux employés extérieurement sont de toutes sortes et de toutes longueurs, les plus curieux étant ceux qu'ornent extérieurement des coquilles, souvent avec le mollusque vivant. Le genre Enoicyla offre cette anomalie biologique que ses espèces vivent ordinairement en larves dans la mousse, sur les racines d'arbres fortement éloignés de l’eau. Ces larves de Limnophilides ressemblent d'une manière générale à celles des Phryganéides, et, comme elles, n'ont pas de filaments respiratoires en houppes ; mais elles manquent au prosternum, entre les pattes antérieures, d’un organe, d'usage inconnu, offert par les larves de Phryganéides : c'est une corne mince, terminée en pointe et un peu recourbée, vue et décrite par Réaumur.

LIMNOPHILUS, Burm., ou LIMNEPHIEUS, Leach, —- Ailes antérieures allongées et généralement plutôt étroites, avec le bord costal un peu arqué et le bord apical plus ou moins obliquement tronqué, à pubescence généralement faible, la tache fenestrée et l’espace anastomosé ordinairement bien marqués, et aussi, dans le plus de cas, le pterostigma. Ailes postérieures excisées seulement légèrement du sommet; la quatrième cellule apicale généralement beaucoup plus étroite à sa base que la seconde, limitée par une nervule transversale perpendiculaire à son diamètre, ou pointue; le premier secteur apical chez le mâle, quelquefois avec une barbe d’épais poils en dessous. Éperons des jambes 4, 3, 4 dans les deux sexes. Segments ventraux 6 et 7 chez le mâle, 5 et 6 chez la femelle, ayant fréquemment une petite dent au milieu, placée au centre ventral de la fausse suture. Valves du pénis ordinairement fourchues.

Presque toutes les espèces de ce genre ont, à différents degrés, une Le] 2 [e)

LIMNOPHILUS. 551

tache pâle, plus ou moins nettement rhomboïdale vers le milieu de l'aile antérieure. Ce genre est représenté d'une manière abondante et remarquable en Europe, au nord de l'Asie et au nord de l'Amérique, et bien loin aussi sur ce continent, car il renferme les espèces connues de Limnophilides du Chili et des îles Falkland. La plus grande partie des espèces fréquente les eaux dormantes, et quelques-unes, en petit nombre, les torrents ; ce sont les eaux basses des marécages qui en produisent le plus.

L'espèce type est le L. rhombicus, Linn., la Phrygane panachée de Geoffroy, long. du corps 10 à 17 millim., envergure 31 à 42 millim., se trouvant fréquemment en juin et juillet près de Paris, commune dans toute l'Europe, non trouvée encore dans son extrême sud, s'étendant dans la Sibérie orientale et le Turkestan, se retrouvant au Canada, à la baie d'Hudson, au Groenland. La tête et le thorax sont rougeûtres, les antennes et les palpes pâles, les poils dorés et épars, les pattes d’un testacé rougeûtre, les épines noires, l'abdomen roussâtre en dessus, pâle en dessous, souvent verdâtre sur le vivant. Les ailes antérieures sont plutôt larges, considérablement dilatées à la portion apicale, souvent luisantes, la couleur du fond variant du jaune-paille au testacé ; la tache fenestrée blanchâtre large et oblique, dont la forme change de l’ovale irrégulier au rhombe, bordée de brun rougeâtre en avant et en arrière comme par un coup de pinceau essuyé, avec des taches de la même couleur dans les cellules subapicales et au bord extérieur, le fond des cellules apicales clair, le bord postérieur de l’aile brunâtre, les nervures unicolores d'un jaune brun ; les ailes postérieures sont hyalines, avec les nervures et les pointes jaunâtres. La larve est une des plus belles et des plus grandes du genre. La tête est fauve et porte trois taches noires, la frontale en Y, les latérales formant un X par leur réunion ; les anneaux thoraciques fauves, encadrés de noir, avec des taches triangulaires noires; les pattes grandes, fauves, tachetées de noir ; l'abdomen fauve, avec de nombreux filets respiratoires rosés. Les fourreaux ont toujours les matériaux plus ou moins transversalement disposés et flottent dans les eaux calmes et vaseuses des fossés qui bordent les routes et des étangs, ou sont attachés aux plantes, ou en paquets les uns aux autres, en juin, fermés de grilles pour la nymphose. Les tiges de plantes d'eau, les débris de feuilles, les mousses, plus rarement les pierres et les coquilles, sont les matériaux employés.

Le L. flavicornis, Fabr., long. corps 10 à 14 millim., envergure 26 à 36 millim., a le corps brun, la tête rougeâtre, annelée de brun pâle; les pattes fauves, les épines des jambes antérieures d'un brun jaune, celles des autres noires; les ailes antérieures d’un gris jaune pâle, presque hyalines, avec des taches irrégulières d’un brun noir, en forme de réseau, vers le bord postérieur et dans les cellules apicales, lesquelles taches sont souvent très-pâles, les nervures tantôt plus claires, tantôt plus foncées et parfois teintes différemment dans la même aile ; les ailes

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postérieures hyalines, avec le premier secteur apical du mâle pourvu d’un fort renflement noir au milieu ; l'abdomen est d'un gris verdâtre sur le vivant, l'extrémité anale du mâle avec deux appendices supérieurs en forme d'écailles larges, subcarrées, un peu échancrées à l’extrémité, ayant de petites dentelures au bord interne, et, plus intérieurement et entre eux, deux appendices divariqués styliformes. Cette espèce est commune dans tout Le nord et le centre de l'Europe, et aussi le Caucase. Elle abonde dans les étangs aux environs de Paris, où elle parait toute l'année. Les fourreaux des larves offrent la plus grande diversité de matériaux, plus ou moins en travers, bois gros ou minces, feuilles, mousses, pierres, ete, et aussi des coquilles, tantôt d'une seule espèce de Mollusques, tantôt de plusieurs espèces méêlées. On y trouve aussi attachés des élytres de Coléoptères aquatiques et des fourreaux d'espèces plus petites de Phryganiens, encore munis de leurs habitants. Les larves de cette espèce sont en réalité de la plus complète indifférence pour le choix des objets servant à construire les fourreaux, car on trouve à côté les uns des autres des étuis de toutes les matières. Le L. lunatus, Curtis, ou lunaris, Pict., Burm., est ure espèce très-variable, plus petite que L. rhombicus et lui ressemblant, très-commune au printemps près de Paris, employant à ses fourreaux toutes sortes de matériaux herbacés ou ligneux, mais toujours avec disposition longitudinale; les larves vivent dans les eaux stagnantes, soit attachées aux plantes, soit flottantes. On la trouve dans toute l’Europe, et elle s'étend du nord de la Perse au centre de l'Asie, sans avoir encore été trouvée en Sibérie. Le corps, la tête, les antennes sont d’un brun plus ou moins rougeâtre ; les ailes supérieures étroites, comme tronquées ou presque échancrées au bord postérieur près de l'extrémité, roussâtres, variées de brun roux et de taches transparentes, le bord antérieur pâle, sauf une tache brune à la région du pterostigma ; la tache fenestrée médiane plus étroite et plus longue que chez L. rhombicus et un peu sinuée; enfin, vers l’extrémité de l’aile une demi-lune blanche, entourée d'une série de taches brunes, formant un croissant dont la convexité est en avant ; les ailes inférieures sont transparentes et sans taches.

Le L. vittatus, Fabr., est une petite espèce dont le corps a de 6 à 10 millim., l’envergure étant de 17 à 24 millim. Le corps est d’un brun jaunâtre, gris en dessus, les antennes testacées ; les ailes supérieures fauves, avec une bande longitudinale brune interrompue et s'élargissant beaucoup au bord externe; les ailes postérieures jaunâtres à l'extrémité, avec le pterostigma brunâtre. L'espèce existe aux environs de Paris, et est commune en Europe, du commencement de l'été à la fin de l'automne, trouvée en Sicile et dans l’Asie Mineure, mais non en Sibérie. Elle offre ce caractère de nervation que la cinquième cellule apicale n’atteint pas l’anastomose dans l'aile antérieure ni dans l’aile postérieure. Le L. griseus, Linn., long. corps 6,5 à 11,5 millim., envergure 149 à 28 millim., présente les antennes d’un brun noir, finement

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annelées de blanchâtre, la tête et le thorax couverts de poils noirs en dessus, les palpes rougeâtres ; les pattes fauves, avec la pointe des jambes et les articles tarsaux noirâtres ; les ailes antérieures grises, tachetées de blanc et de brun, ce dernier caractère surtout en arrière et extérieurement; les nervures teintées en partie plus claires, en partie plus foncées, et une tache d'un brun noir au pterostigma, qui peut manquer, et n'être tout au plus qu'une partie un peu plus foncée; les ailes postérieures hyalines, d'un gris pâle à l’extrémité, avec nervures brunes. Cet insecte, assez commun en France, parait exister dans toute l'Europe, sauf en Espagne, se trouve en Islande, en Sibérie, en Asie Mineure et dans le Caucase. Quoiqu'il ne soit pas très-commun en Angleterre, il y est très-abondant par places, surtout dans les endroits incultes et forestiers. Son existence dans le nord de l'Amérique, ainsi au Groenland et dans l'Amérique russe, n'est pas certaine, car le nord de ce continent a plusieurs espèces très-voisines.

STENOPHYLAX, Kolenati. — Ailes antérieures le plus souvent avec un bord costal arrondi, le bout dilaté, arrondi ou parabolique, ordinairement larges, le plus souvent tachetées ou striées; Ja quatrième cellule apicale de l'aile postérieure presque aussi large en dedans que la seconde, et limitée intérieurement par une nervule transversale oblique. Éperons des jambes 1; 3, 4 dans les deux sexes; appendices supérieurs du male petits. — Les autres caractères analogues à ceux des Limnophilus.

Nous citerons le S. pilosus, Pict., long. corps 10 millim. , 14 millim. @, long. aile antér. 14 millim. G', 20 millim. Q. Cette grande espèce a le corps d'un brun jaune, les yeux noirs, les antennes fauves, de la longueur des ailes ; le thorax ayant deux taches brunâtres ; les pattes fauves, avec quelques épines courtes et noires ; les ailes supérieures fauves, finement tachetées de gris mat jusqu'au bord postérieur, la bande costale seule unicolore ; les ailes postérieures hyalines, irisées, les nervures d'un brun jaune. La larve (pl. 1x1v, fig. 10; 40 a, dans son étui) est agréablement variée de jaune et de noir. La tête et Le thorax sont fauves, pointillés de noir. Le prothorax et le mésothorax ont des taches très-marquées de cette couleur ; le métathorax a quatre points, d'où partent des poils; les pattes fauves, pointillées de brun; l'abdomen jaune, avec des filets respiratoires peu nombreux. La nymphe est d'un jaune-citron quand elle vient de se former, puis devient fauve, et, quand elle est près de donner l'adulte, offre Les fourreaux alaires bruns ; elle a les mêmes sacs respiratoires que la larve, et ses trois derniers anneaux sont fortement ciliés de poils noirs. Les larves se font des étuis cylindrico-coniques, un peu arqués, composés de ‘pierres, de débris de tuiles, etc.; elles vivent sur le gravier du fond de l’eau, et se tiennent volontiers sous les pierres. Elles bouchent vers la fin de juin l'ouverture antérieure, ou la plus large, de leur étui, avec des pierres

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de toutes formes, en général plus grosses que celles des paroïs. La nymphe sort du fourreau et va éclore au milieu de juillet. L'espèce est commune en Suisse et dans une grande partie de l’Europe, rare en Autriche, vivant dans les ruisseaux d’eau claire et courante. Le S. nigricornis, Pict., offre les yeux et les antennes noirs, la tête et le thorax bruns en dessus, les ailes supérieures larges, d’un fauve grisâtre avec quelques taches blanches peu visibles. La larve a la tête et le prothorax d'un brun marron uniforme, le reste du thorax plus clair avec quelques taches noires, les pattes courtes et fauves, l'abdomen d'un fauve grisâtre, avec des filets respiratoires peu nombreux. C’est aussi une espèce se construisant des fourreaux avec de très-petits débris de pierres, minces et friables, et l'adulte paraît au commencement de l'été,

ENOICYEA, Rambur. — Antennes peu amincies à l'extrémité, presque filiformes, de la longueur des aïles, celles-ci ayant les deux nervures postérieures des aréoles discoïdales réunies en un seul rameau qui se divise ensuite, presque glabres. Éperons des jambes 0, 2, 2 dans les deux sexes. Ailes de la femelle réduites à de simples écailles (du moins pour les espèces d'Europe). Larves terrestres.

M. Mac Lachlan, d'accord avec Rambur pour les mâles, dit que les sujets des deux sexes, soumis au microscope, ne lui ont jamais offert d'éperons aux jambes de devant, de sorte que la formule de beaucoup d'auteurs 1, 2, 2 est inexacte. Le type de ce genre singulier est une petite espèce qu'on trouve assez communément dans les bruyères et les herbes de nos bois, en octobre et novembre. C'est V'Æ. pusilla, Burm., ou syloatica, Rambur, à corps noir, à antennes noires, pubescentes; à palpes roux, à dernier article noir ; les pattes jaunes, avec les bouts des articulations noirâtres ; les ailes assez longues, médiocrement larges, ciliées-plutôt que frangées, ayant une légère teinte jaunâtre, avec des nervures épaisses, brunes et un peu ciliées, la membrane presque glabre; la région anale ayant supérieurement chez le mâle deux pointes comprimées, divergentes, redressées, et deux valves inférieures larges, arrondies, ciliées. Rambur, qui n’a connu que les mâles et qui ignorait l'état subaptère des femelles et les larves vivant dans les mousses humides des forêts, s'étonne à tort qu'une si petite espèce puisse se transporter si loin des lieux aquatiques. Le genre a quelques autres espèces en Europe, et M. Hagen en décrit sept pour l'Amérique du Nord.

II, — SÉRICOSTOMATIDES.

Les Phryganiens de cette famille manquent d’ocelles, et ont des palpes maxillaires le plus souvent très-pubescents ou poïlus et fort

SERICOSTOMA. 555

dissemblables dans les deux sexes, ceux de la femelle de cinq articles, ceux du mâle de deux et plus probablement trois, courts et recourbés en haut vers le front, parfois collés au front, élargis en cuiller, et formant par leur réunion un museau ou masque qui cache la face. La tête est poilue en dessous, les antennes plus courtes que les ailes; celles-ci, couvertes de poils serrés, ont la cellule discoïdale de l’aile antérieure le plus souvent fermée, et les deux branches du secteur de la nervure médiane de l'aile antérieure fourchues ; les ailes inférieures souvent petites et peu plissées. Dans tous les genres Les jambes antérieures ont deux éperons.

Les insectes de cette famille sont en général lourds, volent peu et mal ; leurs grosses antennes, le plus souvent noires, et les palpes des mâles les font aisément reconnaître. Les larves ont de courts filets respiratoires en touffes, les pattes postérieures courtes, la tête et le prothorax ordinairement seuls écailleux, les autres anneaux du thorax de la même consistance que ceux de l'abdomen. Toutes les espèces décrites par Pictet ont des fourreaux coniques plus ou moins recourbés et composés de sable ou de petites pierres. Les larves paraissent affectionner les eaux courantes, et les adultes s'éloigner peu du bord,

SERICOSTOMA, Latr. — Premier article des antennes plus court que la tête, poilu; dernier article du palpe maxillaire du mâle grand, ovale, concave en dedans, convexe en dehors, relevé et collé contre le front, formant comme un casque avec son congénère. Palpes maxillaires de la femelle longs, velus, un peu redressés, avec le second article plus long que les autres; palpes labiaux de trois articles, subégaux et peu velus dans les deux sexes, à peu près de la longueur des maxillaires chez les mâles, n’atteignant pas l'extrémité de leur second article chez les femelles. Pattes sans épines sensibles. Ailes couvertes de poils serrés ; la cellule apicale de l’aile antérieure n’allant pas en dedans jusqu’à la base de la cellule discoïdale ; une nervule transversale entre la nervure médiane (radius) et son secteur, la cellule discoïdale ouverte dans l'aile postérieure, Éperons des jambes 2, 4, 4.

* Nous signalerons comme type de ce genre le S. Spencei, Kirby, plus connu sous le nom de collare, Schrank. Les palpes maxillaires du mâle forment en s’accolant un véritable masque, contenant dans leur cavité un duvet roussâtre, recouvrant la tête jusqu’à la base des antennes, et dont l'extrémité, nue et amincie, s’avance entre elles. Le corps et les antennes sont noirs (long. du corps, les ailes fermées, 42 à 14 millim.); la tête et le corselet, chacun marqués en dessus, surtout chez la femelle, d'un faisceau de poils d'un jaune vif; les ailes supérieures sans taches, d'un brun un peu irisé, avec quelques poils dorés produisant un effet chatoyant, ciliées de poils brunâtres, les inférieures grises et ciliées ; les pattes d’un fauve doré, brunes à ia base. La larve se recon-

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nait facilement à la couleur sur l'abdomen d’un jaune-citron, ainsi que sur les deux derniers anneaux thoraciques, la tête et le prothorax étant d’un brun marron, ce dernier avec une ligne plus claire au milieu, les pattes fauves. La nymphe du mâle offre les palpes maxillaires en masque concave, des filets respiratoires courts et peu nombreux, et se termine par deux pointes molles. Elle sort en juillet de l'étui fermé par des pierrailles. L'espèce est d'Allemagne, de Suisse, de France, etc.

Un genre très-voisin, Notidobia, Stephens, nous présente une espèce très-commune aux bords des ruisseaux des environs de Paris, dès le mois de mars : c'est le N. ciliaris, Linn., ou atraia, Fabr., ayant le corps etles antennes noirs, la tête hérissée de longs poils noirs ; les ailes supérieures arrondies, grises et couvertes de petits poils noirs qui forment au bord des pinceaux et de petites taches peu visibles sur le disque, sablées à la partie antérieure, surtout vers le bord, de petites marques blanchâtres arrondies; les ailes postérieures moins foncées ; les pattes noires, avec les jambes et les tarses postérieurs jaunes.

C'est à la famille des Séricostomatides que se rattache un genre trèscurieux, connu surtout par les singuliers fourreaux de ses larves, le genre Helicopsyche. Ceux-ci sont formés de très-petits grains sableux réunis par une sorte de ciment et enroulés en hélice, soit plane, soit hors du plan. Ils ont souvent été décrits, dans les auteurs de malacologie, comme des espèces de coquilles des genres Heliæ, Physa, Valvata, ete. (1). On les a rencontrés dans presque tous les pays, et surtout dans les régions tropicales; on les cite particulièrement d'Europe, de l'Amérique du Nord, de la Nouvelle-Zélande. La collection du Muséum possède deux de ces petits fourreaux trouvés au Mexique, près d’Orizaba, par M. Sallé, et probablement de deux espèces ; l’un de ces fourreaux ressemble, à s’y méprendre, à une coquille de jeune Helixæ, ou plutôt de Carocolle. L'espèce d'Europe, dont l'adulte est encore à décrire, se trouve le long des ruisseaux en Suisse, en Portugal, en Italie, en Corse. M. Mabille a ramassé dans ce dernier pays ces fourreaux pierreux en abondance sur les parois des ruisseaux, sans parvenir à les faire éclore ; ils sont turbinés de diverses manières, et parfois pres= que droits. Nous remarquerons que ces fourreaux pierreux héliciformes marquent une analogie de plus entre les Phryganiens et les Lépidoptères, car on trouve en bien des endroits, notamment près de Paris, à Lardy, à Bouray, sur la tour de Poquency, des fourreaux pierreux turbinés, placés sur des pierres très-sèches de grès ou de calcaire, d'une Psychide, qui est l’Epichnopteryx helicinella, Herr. Seh., très-difficile à faire éclore, comme les Helicopsyche européens.

(1) H. Hagen, Ueber Phryganiden-Gehaüse, in Stettin entomol. Zeitung, 1864, p.123;

LEPTOCERUS. RE?)

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