PROSOPIS
couchés. Le mâle présente le scape ou premier article des antennes non dilaté transversalement en ovale, et le dernier segment ventral non incisé au milieu. Cette espèce, ainsi que d’autres Prosopis, aime beaucoup les fleurs de la Mignonnette sauvage (Reseda odorata), où on la trouve communément dans les mois de juin et de juillet. Une autre espèce, de plus grande taille, long. 7 mm.@, 6 à 7 æ, estle P. signata, Panz., Latr., L.St-F., bien peu distincte, sinon la même que P. confusa, Schenck. Cette espèce, nichant dans les tiges sèches de la Ronce, est abondante et disséminée partout dans les îles Britanniques, où elle est la plus grande des espèces de Prosopis. On la trouve aussi dans toute la France, en Allemagne, en Danemark, en Suède et Finlande, et dans l'E. et l'O. de l'Algérie (H. Lucas). Elle est noire, avec le front maculé de jaune, les épaules, les écailles et souvent une ligne transverse du pronotum jaunes, les ailes hyalines un peu enfumées, les jambes souvent annelées de blanc jaunâtre à la base, le premier segment de l'abdomen ayant de chaque côté une frange de poils blancs couchés. Le mâle présente les segments ventraux 3 et 4 de l'abdomen munis au milieu d’une ligne transversale élevée en callosité; ses antennes ont le flagellum ferrugineux en dessous, le scape ordinairement simple, avec une ligne pâle en dessous, parfois, peut-être, renflé ou dilaté et aplati. Une espèce aisée à reconnaître aux antennes du mâls est le P. dilatata, Kirby, de 7 millim., ayant dans le mâle le premier article ou scape énormément dilaté, convexe en avant, concave en arrière, rhomboïdal, portant une marque triangulaire jaune. Il a aussi la face avec les marques jaunes plus étendues que chez la femelle, Les antennes ferrugineuses en dessous, les tarses et les jambes ayant la couleur citron plus prolongée. Dans les deux sexes le thorax est noir, avec le ecllier, les épaules, les écailles jaunes ; l'abdomen est noir, fincment ponctué, sans frange de poils blancs aux côtés du premier segment, et avec une élévation transverse aux segments ventraux 4 et 5 du mâle. Cette espèce se trouve en France, en Allemagne, en Suède en Finlande, en Angleterre, mais locale. Le P. variegata, Fabr. (syn. colorata, Panz.) est une espèce des environs de Paris et du midi de la France, très-commune dans le Languedoc sur les fleurs de l'Oignon comestible, de l'E. et de l'O. de l'Algérie, capturée dans le Devonshire, en Angleterre, mais rare. Cet Apien, long de 5 à 6 millim., est noir, avec les joues d'un blanc jaunâtre, ainsi qu’un collier prothoracique, les épaules, les écailles et un point de chaque côté de l'écusson, les ailes hyalines, les jambes annelées de blanc, les segments de l’abdomen roux en dessus, avec les bords munis de poils couchés d’un blanc cendré, le bout brun. Le mâle a le chaperon entier, le front et le dessus de la base des mandibules d'un blanc jaunâtre, le devant du premier article des antennes blanc, cet article un peu dilaté et épais, les jambes en entier d’un blanc jaunàtre, ainsi que le métatarse, le second segment de l'abdomen entièrement noir.
826 HIYMÉNOPTÈRES.
A consulter pour le genre Prosopis : Fr. Smith, Descriptions of the British species of Bees belonging to the genus Hylæus, Fabr.,and Prosopis of the same author, and also of the genus Cilissa, Leach (Newman Zoologist, 1848, VI, p. 2209 à 2216). — Observations on the species of the genus Prosopis, Fabr., with Notes on the economy of P. dilatatus (Newman Zoologist, 1849, XVII, p. 6610 à 6612).
COLLETES, Latr. — Tête courte et transversale, aussi large que le thorax; face large, avec la strie oculaire distinctement imprimée ; joues plus ou moins distinctes. Ocelles en triangle sur le vertex. Antennes filiformes et arquées, plus longues chez les mâles, Labre poli et libre à la base, mandibules à bout bifide. Palpes maxillaires de six articles ; menton ayant trois fois la longueur de la lèvre ou langue et bilobé au sommet ; langue courte et évasée, à trois lobes, l'intermédiaire cordiforme. Palpes labiaux courts et filiformes, de quatre articles subégaux pareils à ceux des maxillaires et placés bout à bout : paraglosses à peu près aussi longs que la lèvre et arrondis à leur sommet. Méta-
thorax court, fronqué au bout, avec une aire basale étroite, presque linéaire. Ailes supérieures avec une cellule radiale un peu appendiculée, presque aiguë à sa base et à son extrémité, allant en se rétrécissant du milieu jusqu’à celle-ci; trois cubitales complètes, la première la plus grande, 2 et 3 presque égales, un peu rétrécies vers la radiale, recevant chacune une nervure récurrente, Ailes inférieures armées de 8 à 45 hamecons, la fourche du cubitus située un peu avant l’origine de la nervure marginale. Cuisses postérieures de la femelle ayant en dessous une barbe pollinigère dense ; jambes postérieures sans patelle, mais avec une brosse peu serrée; métatarses postérieurs assez longs et peu poilus ; ongles munis d’une dent et d’une assez grande pelote. Abdomen convexe, le sixième segment dorsal libre, la valvule dorsale nulle.
La nidification des Colletes présente des particularités spéciales, autres que celle des Apiens industrieux qui précèdent. Elle est en rapport avec une langue très-courte, très-aplatie et cordiforme, servant de truelle et analogue à celle qu'emploient les Vespiens pour construire, avec la pâte ligneuse qu'ils fabriquent, les membranes dont ils font les alvéoles et les couvertures de leurs nids, et pour étendre sur leur surface une sorte de gomme qui leur donne de l'éclat et de la solidité et les protége contre l’action de l’eau. Réaumur a étudié au dernier siècle cette nidification {Mém. Ins., VI, 5° mémoire, pl. x) dans le mortier d’un mur du parc de Bercy, près de Paris, et dans sa jeunesse Lepeletier de S'-Fargeau a retrouvé les nids de la même espèce (C. succinctus ou fodiens) dans le même mur, qui existait encore. Le nid, de la forme, non de la substance de celui des Mégachiles, est un cylindre creusé horizontalement, droit ou courbe, si quelque pierre a obligé l’insecte à en changer la direction,constitué par des cellules placées bout à bout en forme de dé à coudre, le fond concave de la seconde cellule ayant sa convexité logée dans l'entrée de la première, et ainsi de suite. Les cellules ont
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les unes 10, les autres 8 millim. de long, etguère plus de 4 de diamètre. Le cylindre des cellules offre alternativement des bandes de deux couleurs, les unes étroites, à la jonction de deux cellules, les autres larges, formées, au corps même de chaque cellule, par un mélange d’un rouge plus ou moins brunâtre de miel et de pollen. Les parois des cellules et les cloisons séparatives sont faites de plusieurs membranes superposées, minces et transparentes comme de la baudruche. La larve naïissante, sortie de l'œuf pondu dans chaque cellule, parait d’abord se nourrir de la partie liquide des provisions, puis ouvre un trou cylindrique dans la masse solide, de sorte que les parois de la cellule se trouvent soutenues par un tuyau qui devient de plus en plus mince, et qui ne manque tout à fait que lorsque la larve, prête pour la nymphose, remplit presque l’intérieur de son logement par le volume de son Corps.
Les membranes détachées des cellules ne montrent, aux plus fortes loupes, aucune fibre végétale, ce qui arriverait si elles avaient été arrachées de quelque plante par les mandibules de l’Apien; brûlées, elles donnent une odeur analogue à celle de la soie, ce qui indique un produit de sécrétion animale. C'est une liqueur visqueuse, une salive dégorgée par le Colletes qui les produit, et la surface interne de la terre ou du mortier des trous où sont logés les nids est enduite d’une couche blanche, mince et luisante, comme les traces que les limaçons laissent aux corps sur lesquels ils ont rampé. La langue large du Colletes peut, quand elle se plie en gouttière, retenir une matière visqueuse, et les lobes latéraux sont capables d'étendre et d'appliquer ce vernis, comme des doigts.
On rencontre aussi les Colletes construisant leurs terriers dans de légers bancs de sable, ainsi dans les murs des sables marins exploités pour la fabrication du mortier et composant la colline sur laquelle est bâtie la ville de Montpellier (V. Mayet). M. Kirby a étudié les nids du C. Daviesanus, qui est extrêmement abondant dans beaucoup de districts sablonneux du comté de Kent. Les terriers de ces insectes ont de 270 à 320 millim. de longueur; ils sont garnis, à leur bout le plus éloigné, d'un mince enduit membraneux et transparent, ressemblant à une feuille de batteur d'or. L’insecte, l'ayant approvisionnée d'une fourniture suffisante de pollen et de miel à l’état demi-fluide, ferme en dessus la cellule avec un couvercle de la même substance que celle qui enduit le tube. Ce couvercle est étendu à plat en travers, semblable à une peau de tambour. Puis la femelle construit un peu en dedans et très-près un couvercle concave, servant au même usage que le fond de la première cellule, et répète ce travail jusqu’à ce qu'elle ait formé six à huit cellules. Il est douteux que la même Mouche construise plus d’un de ces tubes; on ne voit jamais de trace d’une seconde galerie, oblique à la première, comme cela s'observe chez beaucoup d’Apiens solitaires, particulièrement les Halictus, Andrena, Anthophora.
Les Colletes Daviesanus sont sujets aux attaques de deux parasites, l’un se nourrissant des larves et l’autre du pollen. Le premier est un Diptère muscien, Millogramma punctata. On voit souvent cette Mouche entrant dans les terriers de cet Apien, et l'on se la procure en nombresi l’on élève les cocons du Colletes. Le second est une jolie petite Nomade, N. minuta, Fabr., ourufo-cincta, Kirby, qu'on obtient fréquemment des cellules de Colletes Daviesanus et fodiens. La destruction des Colletes par ces deux parasites est cependant insignifiante, si on la compare au carnage en masse commis par les Forficules : ces ennemis omnivores mangent indistinctement larves, nymphes et pollen, et ils abondent tellement en certains endroits, que les trois quarts des Apiens périssent sous les attaques de ces insectes destructeurs.
On compte une vingtaine d'espèces de Colletes, dix environ pour l'Europe et la France, les autres d'Algérie, des îles Canaries, d'Égypte, du Cap, et trois du Chili, de la Colombie, de la Géorgie et de la Floride (États-Unis du Sud). Nous n'indiquerons que trois espèces des plus répandues, se prenant toutes trois aux environs de Paris : Le C. succinctus, Linn., long de 10 à 11 millim. Le mâle, plus petit, est noir, avec la tête et le thorax hérissés de poils fauves, la lame du labre bifide; la poitrine grise ; l'abdomen assez brillant, avec le premier segment offrant sa moitié basale garnie de poils cendrés, les segments 2 à 5 ayant des bandes apicales de poils blancs; les pattes sont noires et velues, à poils blanchâtres ; l’écaille alaire brune, les ailes transparentes, avec la côte, le stigma et les nervures noirs. Le mâle a le dernier segment de l’abdomen ayant de chaque côté une petite fossette assez profondément imprimée. On trouve cette espèce près de Paris, faisant son nid en juillet et août dans les vieux murs. L'espèce a été trouvée près de Montpellier ayant un Cantharidien à hypermétamorphoses parasite de son nid, le Sitaris Colletis, Mayet (1), qui est peut-être le mème que le Sitaris analis, Schaum. Ce nid est également hanté par un Apien parasite, l'Epeolus tristis, Smith, signalé d’abord de Russie, et que le Colletes semble autoriser à déposer son œuf, car il ne l'attaque pas, et attend patiemment, pour entrer, que l’intrus soit sorti de sa galerie. La larve de l'Epéole devient nymphe en août. On rencontre le C. succinctus en Angleterre, où il est répandu dans le Surrey, le Hampshire, le Cumberland, l’île de Wight, etc. Il aime beaucoup les fleurs de Bruyère et paraît très-communément lorsque ces fleurs abondent, en juin, juillet et août. L'espèce est aussi de Suède, de Finlande et d'Allemagne. — Le C. fodiens, Fourcroy, un peu plus petit que le précédent, s'en distingue par un abdomen plus noir et très-ponctué, tandis qu'il est poli chez le précédent ; les bandes de poils grisâtres couchés sont analogues et ses
(1) Valéry Mayet, Mœurs et métamorphoses d’un Coléoptère de la famille des Vésicants, le Sitaris Colletis (Ann, Soc. entom. France, 5° série, 1875, t. V, p. 69,
avec planches).
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bords d'un fauve pâle; l’écaille alaire garnie d'un duvet blanc. Il est de toute la France, très-commun en juin près de Toulouse sur les Pyrèthres et les Achillées; en Angleterre il est moins abondant que l’autre espèce et ne formant pas de grandes colonies. On le trouve, en juin, juillet, août, dans le comté de Kent, le Sussex, le Hampshire, etc. L'espèce est aussi d'Allemagne, de Turquie, d'Algérie (H. Lucas), près de Bône, sur les fleurs, en novembre. — Citons enfin le C. cunicularius, Linn. (syn. hirtus, L. S'-F.), de 12 à 43 millim., entièrement noir et tout couvert de poils roux touffus mêlés à quelques noirs; l'abdomen à peine fascié de grisâtre, les segments ventraux 2 à 5 de l'abdomen du mâle longuement frangés sur les côtés, le dernier simple, et le même étroitement subtronqué au bout dorsal. Lepeletierde S'-Fargeau dit avoir pris cette espèce au commencement d'avril, dans les parties les plus sablonneuses des bois de Boulogne et du Vésinet, près de Paris, butinant sur les fleurs du Saule marsault (Salix caprea). L'espèce se trouve aussi en Suède, et dans l’est de l'Algérie, en mars (H. Lucas), dans les bois du lac Tonga, aux environs du cercle de la Calle, sur les fleurs des lieux secs et sablonneux. Les individus du nord de l'Afrique sont plus gros que ceux d'Europe. Les poils qui revêtent le thorax sont d’un roux plus foncé dans les deux sexes, et Les bords postérieurs des segments sont munis de poils plus courts et plus serrés que chez les sujets européens. Les nombreuses différences dans les époques d'apparition que Îles auteurs indiquent pour les Colletes tendent à faire croire que ces Apiens, dont les mœurs ne sont pas encore suffisamment étudiées, ont plusieurs époques d'apparition.
À consulter pour ce genre: Fr. Smith, Descriptions of the British species of Bees comprised in the genus Colletes, Latr., and Macropis, Klug, soith Observations on their economy (Neuman Zoologist, 1846, t. IV, p. 1274-1281).
M. Fr. Smith a établi divers genres annexes, détachés du genre Colletes, pour des Apiens de l'Australie, de la Tasmanie et de la Nou-
velle-Zélande, sous les noms de Leioproctus, Dasycolletes, Lamprocolletes, Paracolletes, etc.
Nous terminerons l'étude de l’importante tribu des Apiens par quelques renseignements complémentaires.
Genre Aris. — Les ouvrages d'apiculture font une courte et insuffisante mention de ce qu'ils nomment le Méloé, et qui n’est autre que la larve primitive de diverses espèces du genre #eloe (Coléopt. Cantharidiens). Grimpant dans les fleurs nectarifères après l’éclosion des œufs, cette larve, munie de fortes mandibules et de griffes acérées à ses six pattes, peut s'accrocher aux poils des Abeilles qui butinent, comme aux autres Apiens et même à des Diptères. En France, cette larve, qu'on signale aux environs de Paris, paraît surtout commune, par les années
chaudes et humides, dans les Sainfoins du Gâtinais. Sa présence gêne beaucoup les Abeilles, qui font de violents efforts pour s’en débarrasser, et peuvent s'épuiser däns de véritables convulsions, au point d’en mourir. Ces faits ont été observés avec beaucoup plus de précision en Allemagne et en Russie. Les espèces de Meloe nuisibles aux Abeilles ont été déterminées, ainsi que la mortalité produite par l'action des premières larves (1).
D’après M. Ed. Assmuss, l'espèce de Meloe de beaucoup la plus nuisible est le Meloe variegatus, Donovan (syn. scabrosus, Marshami), superbe espèce d’un riche bronzé cuivreux, fort rare près de Paris, qu’on trouve çà et là dans les prairies, notamment dans les fortifications, à Gennevilliers et dans les prés d'Evry, sur les bords de la Seine (presque entièrement détruits aujourd'hui par suite des constructions: c’est en recherchant ce Coléoptère que des amateurs découvrirent dans ces prairies l'existence d'une curieuse Phalénide à femelle aptère, Nyssia zonaria, dont la capture pendant un assez grand nombre d'années répandit cette intéressante espèce dans toutes les collections eurapéennes). Ce Cantharidien est de toute l’Europe, de l'Asie septentrionale et occidentale et du Caucase ; mais il est loin d’être partout aussi commun qu'en Allemagne. En certaines années, ses premières larves se montrent en quantités incroyables, surtout sur les fleurs de Sainfoin ou Esparcette, de Pissenhit et de Bugle. Elles assaillent avec une sorte de promptitude furieuse les Apiens qui récoltent le nectar et le pollen de ces fleurs, et en particulier et surtout l'Abeïlle domestique. Elles sont longues d’un peu plus de 2 millim. et ne se contentent pas de se suspendre aux poils des Abeilles, comme les autres larves primitives des genres de Cantharidiens Meloe et Sitaris, mais s’insinuent, à l'aide de leurs mandibules aiguës et de leurs griffes, entre les lamelles des arceaux ventraux imbriqués et aux articulations de la tête, du prothorax et du mésothorax, pénétrant souvent si profondément, qu'on à peine à les apercevoir. On comprend qu’elles irritert alors très-fortement les délicates lamelles sécrétant la cire,et les articulations molles et flexibles, au point d'amener la mort des Abeilles au milieu de grandes douleurs et de vives convulsions. Les Abeilles, ne pouvant s’en débarrasser, les portent dans les ruches. Les Meloe variegatus ne paraissent pas pouvoir y subir la série de leurs hypermétamorphoses, comme dans les nids d’Anthophorides solitaires. On ramasse leurs premières larves en grande quantité sur le plateau de la ruche et sur les Abeilles mortes ou mourantes ; on les retrouve disséminées dans les détritus, cachées dans Les
(1) D' Ed, Assmuss, Les parasites de l'Abeille et les maladies qu'ils produisent chez cel insecte. Br.in-8°, Berlin, avec 3 pl. lithogr., Ernst Schotte, 1865. — A. Dohrn. Note bibliographique sur ce travail (Séettin entomol. Zeitung, 1865,
P. 295).— Grassi et Barbo, Meloe variegatus, Donovan (Apicollore, Milan, 1876, p. 261).
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fissures de la ruche ou accrochées aux parois, tantôt vivantes et trèsmobiles, tantôt mortes et desséchées. Elles finissent ou par sortir de la ruche par la porte et surtout les fissures, ou par mourir de faim, les Abeilles ne les laissant pas pénétrer dans les cellules à couvain. On trouve, dans les années où ce Méloé est le plus commun, une foule d’Abeilles gisant mortes à quelques pas autour des ruches, ou expirant au milieu des plus effroyables convulsions, et beaucoup ont dû mourir dans le trajet.
Les Abeilles ouvrières ne sont pas seules tourmentées par ces larves primitives; elles peuvent passer dans la ruche sur le corps de la reine, et causer aussi sa mort en pénétrant dans ses articulations. Ainsi Kôpf perdit par cette causé, en juin 4857, neuf reines sur ses 23 ruches, et environ moitié des ouvrières ; ce qui donne, uniquement par la première larve du Meloe variegatus, une perte de 172500 ouvrières, en estimant seulement à 1500 ouvrières la population d'une ruche à cette époque de l’année. M. Assmuss observa cette même larve, à partir du commencement de juin 4861, sur les ouvrières de neuf ruches d’Abeilles qu'il avait établies au milieu d’une bruyère, dans le cercle de Porjetsch (gouvernement de Smolensk). Il voyait des Abeilles s’élancer isolément des ruches, s’abatire au devant et tournoyer sur le sol, écrasées par la douleur et ne pouvant reprendre leur vol, sans toutefois mourir tout de suite ; elles passaient la nuit par terre, ne mourant que le lendemain. Beaucoup d’Abeilles revenant de butiner tombaient également épuisées, et mouraient au milieu de convulsions. En ramassant et examinant avec soin quelques-unes de ces Abeilles, on trouvait sur chacune un certain nombre de larves du Méloé entre les anneaux ventraux, jusqu à 18 chez certaines et quelques larves complétement entrées. De jour en jour la mortalité des Abeilles augmentait, de sorte que plus de deux cents Abeilles par jour gisaient mortes ou malades devant certaines ruches. Jusqu'au 15 juin la mortalité se maintint sur ce pied, puis alla en diminuant, et cessa aux premiers jours de juillet. Les reines ne furent pas importunées, comme chez Kôpf, mais les larves primitives passèrent des ouvrières sur beaucoup de faux Bourdons, et causèrent leur mort. Elles se rendaient aussi sur les jeunes Abeilles, au moment où elles sortaient des cellules, et les faisaient périr.
En 1876, M. Barbo a observé de très-abondantes larves du Meloe variegatus, en Italie, dans un rucher près de Crémone, Il regarde cet ennemi comme très-redoutable sur les Abeilles isolées, mais n'ayant pas d'influence sensible sur les colonies dans la totalité d'une année favorable. 11 est porté à attribuer à ces larves quelques anomalies qu’il observa dans ce rucher, comme le chant des reines dans onze ruches qu’il pense ne pas avoir essaimé, et le peu d'énergie des essaims qui se montrèrent. Beaucoup d'Abeilles sortaient presque en silence et s'élevaient très-peu au-dessus du rucher; beaucoup d’autres rentraient
à peine sorties, et la plupart, au lieu de quitter la ruche en volant, s'aggloméraient autour de la porte et en dessous. En un quart d'heure M. Barbo arrêta à la porte cinq ou six Abeilles chargées de larves. IL admet que les Abeilles, une fois entrées dans la ruche, sont délivrées du parasite par leurs compagnes, bien qu'il n'ait jamais surpris les insectes faisant cette opération. En effet, une Abeille ne peut pas sedélivrer elle-même des larves, et bien queM. Barbo pâût saisir à la porte nombre d’Abeilles chargées de larves de Méloé, il n’en put trouver qu'une seule à l'intérieur de la ruche. Les apiculteurs attentifs ont mille fois observé cette toilette curieuse que les Abeilles se font les unes aux autres; de plus la forme allongée de la larve la rend aisée à saisir, et son agilité, bien moindre que celle du Braula cæca, augmente cette probabilité. Les mouvements d’impatience et de colère des Abeilles assaillies sont si manifestes, qu'on les reconnait facilement au milieu des autres. En outre M. Barbo trouva dans l'intérieur et sur le plateau des ruches un grand nombre de larves de Méloé mortes, toutes à la même phase que celles portées par les ouvrières; certaines ruches en avaient 40 à 50, et beaucoup ont dû lui échapper en raison de leur exiguité et par la difficulté de les voir au milieu des détritus habituels qui couvrent le plateau des ruches. Malgré la grande abondance de l'espèce cette année, écrit M. Barbo, il n'a jamais rencontré dans les ruches aucune autre phase de développement du Méloé, qui doit s’accomplir ailleurs ; la grosseur de l'adulte, qui dépasse souvent 2 centimètres et demi, rendrait sa présence bien aisée à voir dans une ruche. Toutes les larves vivantes ou mortes étaient noires.
M. Ed. Assmuss à remarqué que les Abeilles qui revenaient chargées de nectar mouraient en plus grand nombre que celles qui rapportaient du pollen. Les premières larves de Weloe variegatus se trouvaient surtout dans les fleurs de Bugle, où les nectaires, placés à une grande profondeur, rendent la récolte peu aisée et lente; les Abeilles à pollen rapportaient les larves de plantes très-variées, notamment des fleurs de Fraisier. IL suppose que ce sont ces larves qui sont la cause la plus ordinaire de l'affection appelée rage des Abeilles ou maladie de mai, car les symptômes sont tout à fait pareils à ceux que manifestent les insectes assaillis par les larves. En certains pays et par certaines années, cette affection cause de grands ravages dans les ruches. Elle était connue des anciens sous le nom de kraura et citée par Aristote; elle faisait surtout son apparition dans les années sèches, et on la croyait due à ce que les Abeilles recueillaient leurs produits sur des plantes couvertes de nielle ou rouille. Dzierzon suppose que la rage est causée aux Abeilles, soit par du miel empoisonné que leur présentent des apiculteurs malveillants et coupables, soit par des nectars naturels et délétères récoltés à la fin de la floraison des arbres, quand fleurissent les Pommiers et les Sorbiers. Ce sont surtout les jeunes Abeilles sortant des cellules qui sont atteintes de la rage, et én 1836 toutes les jeunes
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Abeilles de la Silésie ont succombé de cette manière, ce qui a amené la perte de beaucoup de ruches. M. Assmuss fait remarquer que les larves de Méloé n'ont été observées que depuis peu de temps et ont dû échapper à beaucoup d'apiculteurs qui n’avaient pas une attention assez soutenue, surtout quand elles sont en grande partie cachées dans le corps des Abeilles ou dans les fentes des ruches et au milieu des détritus. Ce qui milite en faveur de cette opinion, c’est la saison dans laquelle se montre la maladie, en mai dans les contrées les plus chaudes, en juin dans les plus froides : or les larves de Méloé se trouvent à ces mêmes époques, plus tôt dans les régions chaudes, plus tard dans les froides, mais jamais après le mois de juin, moment où l’on ne voit plus la rage se manifester. En outre les jeunes Abeilles succombent aisément à la rage parce que leur peau est encore très-tendre et que les larves l'irritent bien davantage, tandis qu'elles peuvent ne pas causer grand dommage à une vieille Abeille.
Pour protéger les Abeilles contre les attaques du Meloe variegatus, le mieux est de tuer les adultes, qui sont si visibles, car la mort d’une femelle amène la non-apparilion de 5000 larves, ce nombre étant à peu près celui des œufs des ovaires. En outre il faut recueillir devant les ruches les Abeilles mourantes qui rapportent les larves de ce Cantharidien, ainsi que celles gisant sur les plateaux et les détritus de ceux-ci, et jeter le tout dans l’eau bouillante ou dans le feu, afin que les larves soient détruites, et ne puissent faire d’autres victimes en sortant des ruches.
Une autre espèce de Méloé qui intéresse l'apiculteur est le Meloe proscarabæus, Linn., ayant la même distribution géographique que le précédent, mais beaucoup plus abondant et la plus commune des espèces du genre en Europe. Je l’ai pris autrefois en nombre énorme au début du printemps dans les prairies d’Ivry riveraines de la Seine. Il est d’un bleu noirâtre, à reflets violets, la tête et le pronotum ponctués de fossettes ; ce dernier subcarré, légèrement rétréci postérieurement, La taille varie beaucoup, de 10 à 25 millim. chez la femelle, sur 6 à 40 de large. Le mâle, beaucoup plus petit, parfois dans une proportion incroyable, se reconnaît tout de suite à ses antennes, qui paraissent brisées vers le milieu, quand on les voit de profil, car les articles 6 et 7 sont élargis en dessus et très-concaves en dessous; peutêtre ces cavités s’emboitent-elles à quelque partie convexe de la femelle lors de l’accouplement.
La première larve de cette espèce est un peu plus petite que celle du M. variegatus, n'ayant qu'environ 2 millim. de longueur. Tandis que celle-ci a une tête triangulaire mousse, la première larve du M. proscarabœæus a la tête arrondie ; en outre, au lieu d'être d’un noir brillant, sa couleur est d'uu blanc jaunâtre, parfois plus jaune.Quant au reste, les deux larves sont pareilles. On trouve la larve du Méloé proscarabée ayant grimpé sur les fleurs les plus variées, notamment celles de Colza
et de Navette. Elle guette les Abeilles pour s'accrocher à leur corps; mais elle ne s’insère pas dans les articulations, comme celle du Heloe variegatus, se tenant seulement aux poils des parties supérieure et inférieure du thorax. Ces larves, rendues à la ruche, se transportent, si les Abeilles ne les en empêchent pas, dans les cellules, et, probablement à la façon de leurs congénères dans les nids des Anthophores, mangent un œuf,et passent probablement aussi à travers plusieurs cellules remplies de pollen qu'elles consomment, car la provision d’une seule cellule ne doit pas pouvoir suffire à leur entier développement. M. Assmuss a trouvé une fois, dans une ruche à couvain pourri abandonnée par les Abeilles, en coupant les rayons de cire, deux secondes larves de Méloé, à pattes courtes, longues de 12 millim., et d’un blanc jaunâtre, qui tombèrent des cellules. Il ne put réussir à élever ces larves, qui moururent bientôt, quoiqu'il leur eût fourni des cellules à pollen. Elles avaient beaucoup de peine à grimper sur les rayons verticaux ; si elles avaient pu atteindre la seconde phase de leur évolution, c'est que la ruche était malade, et qu’elles n'avaient pas été pourchassées par le peu d’Abeilles qui restaient. Il est très-probable que ces secondes larves appartenaient au Méloé proscarabée, car les Abeilles de l'endroit où fut faite cette observation, en Russie, près de Podolsk, offrirent, à la fin de mai, des larves primitives de ce Méloé, et que jamais l'observateur ne trouva dans le pays d’autres espèces de Méloés. On ne connaît pas les phases suivantes du développement du Meloe proscarabœus, ni aucune autre phase que la première larve pour celui du Meloe variegatus. Il est probable que c'est une larve’du Méloé proscarabée qui a été trouvée accidentellement par M. Barbo, dans son rucher près de Crémone, sur un fragment de rayon construit à nouveau avec de la vieille cire, qui s'était détaché du haut et était tombé à la porte de la ruche; elle était de couleur de cire, mais analogue de forme aux premières larves noires de Meloe variegatus.
Les larves primitives du Méloé proscarabée sont loin de faire aux Abeilles autant de mal que celles de l’autre espèce, et ne causent pas leur mort, car elles n’entrent pas dans leurs articulations : mais, comme elles tourmentent ces insectes, il est bon que l’apiculteur détruise le Meloe proscarabœus.
M. Assmuss n'attribue pas exclusivement la rage des Abeilles aux premières larves de Méloés,; il pense que cette affection peut aussi être la conséquence de l'introduction dans leurs corps de deux Helminthes entozoaires qu'il y a observés, les Gordius subbifurcus, Siebold, et Hermis albicans, Siebold. Il consacre une partie de son mémoire à de nombreuses observations sur la pourriture du couvain, qui est la plus terrible des épidémies qu’aient à supporter les Abeilles. Il en attribue la cause à l'influence d'un Diptère Muscien, la Mouche bossue ou Phora incrassata, Meigen. C'est là une opinion fort peu admise par les
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apiculteurs, qui attribuent la terrible loque à des causes générales, et non à l'influence particulière d’un insecte.
Les Phora, en effet, sont des Mouches dont les larves vivent dans les matières corrompues de toute nature, sur lesquelles Les femelles adultes viennent pondre leurs œufs. C'est ce qui a été parfaitement constaté par L. Dufour (1). Ainsi, par exemple, le Phora pallipes, (Latr. syn. rufipes, Meigen), remplit un rôle harmonique considérable, en raison de l'abondance extrême de ce Diptère, dont on trouve les larves dans les substances de toute sorte en putréfaction, ainsi les Champignons gâtés, le vieux fromage, etc. La larve du Phora nigra, Meigen, a été rencontrée dans les Mousserons pourris (Agaricus prunulus, Fries), et celle de Phora helicivora, L. Dufour, dans des Colimaçons morts et en décomposition dans un creux d'arbre. Le couvain atteint de pourriture doit donc attirer les Phores, mais leur attribuer la cause de la loque me paraît de cette nature de raisonnement faux défini par les logiciens : Post hoc, ergo propter hoc.
Quelques indications nouvelles nous sont parvenues pendant l’impression des Apiens sur les espèces d’Abeilles de l’extrême Orient, toujours malheureusement trop vagues au point de vue entomologique. L’Apis indica paraît très-commune, non-seulement aux Indes et à Ceylan, mais dans toutes les îles des Moluques et de la Sonde, notamment à Java, où manque tout à fait l'Apis mellifica. On fait commerce du miel et de la cire de l’A. éndica, et elle est élevée dans des ruches grossières, formées de gros tuyaux de bambou, fermés aux bases par des planchettes, dont l’une porte un orifice d’entrée et de sortie pour les Abeïlles. Ces ruches sont portées vides dans les bois, et, lorsqu'un essaim est venu se loger dans une d’elles, on la rapporte au village où on la place ordinairement sous la gouttière du toit de l'habitation. Si l’on ne prend pas trop de gâteaux à la fois aux insectes, ils restent souvent plusieurs années dans la même ruche. La grande Abeille À. dorsata existe dans les mêmes régions que l’A. indica. Elle ne parait pas cultivée en ruches à Java. Les indigènes craignent beaucoup le redoutable aiguillon de cette espèce de forte taille, et se contentent de recueillir parfois les produits de ses ruches naturelles établies dans les creux des vieux arbres géants des forêts vierges de Java et à une grande hauteur. Il serait à désirer que l'introduction de l’4. dorsata fût tentée er Europe, afin de recueillir par les sujets de cette grande espèce les nectars des fleurs à corolles trop profondes pour la courte trompe de notre À. mellifica. On assurerait ainsi la fécondation d’une Légumineuse
(1) Mémoire sur les métamorphoses de plusieurs larves fongivores appartenant à des Diptères (Ann. sciences natur., Zo0L., 2° série, 14839, t. XII, p.5 à 60.)— Recherches sur les métamorphoses du genre Phora, et description, etc, (Mé-
moires de la Société royale des sciences, de l'agriculture et des arts de Lille, Lille, 1841, p. 414).
fourragère très-importante, le Trèfle incarnat, dont le grainage reste souvent fort imparfait ; et l'Apis dorsata pourrait vider complétement de leur nectar les corolles les plus longues et par suite les plus nectarifères de cette fleur, ce que nos Abeilles sont impuissantes à faire. (Voy. les Abeilles de Java, in Apiculteur, 1876, p. 268 et 372.)
La Chine et le Japon ne paraissent pas non plus posséder les Abeilles domestiques de l’Europe. Le R. P. Armand David cite des Abeilles chinoises dont on sait récolter les essaims et les placer dans des ruches formées de troncs d'arbres creusés. L’apiculture paraît assez perfectionnée au Japon, et ce pays possède probablement plusieurs espèces du genre Apis, les unes vivant à l’état sauvage dans les trous des arbres et les fentes de rochers, les autres pouvant appartenir aux mêmes espèces, cultivées en ruches par les habitants. Ces ruches sont des caisses de planchettes, posées sur des tréteaux, souvent superposées, avec portes et trou de vol en bas sur un plateau débordant. On recueille les essaims dans des corbeilles de paille qu’on suspend près des nids sauvages, et dans lesquelles on a mis du sucre. Quand les Abeilles y sont installées, on les porte à la ruche, dans le jardin de la maison. On a soin de laisser aux insectes une portion de leurs gâteaux pour passer l'hiver, saison dans laquelle leurs ruches sont entourées de paille. Les Japonais savent qu'il ne faut pas enlever les cellules de reines, s'ils veulent que leurs ruches donnent des essaims. Ils aspergent d’eau les essaims à leur sortie, afin de forcer les Abeilles à se rassembler, et, au moyen d'un balai, réunissent les insectes dans une caisse vide, afin de former une nouvelle ruche. (Voy. Apiculteur, 1877, D: #et20%)
On peut consulter quelques travaux étrangers peu connus en France sur l’Apis mellifica. Ainsi : J. G. Derborough, On the Duration of life in the Queen, Drone and Worker of the Honey-Bee, to which are added Observations, etc.(Trans. Soc. Entom. of London, 1852-53, t. Il, p. 145), et du même auteur, Observations of the Duration of life in the Honey- Bee (Trans. Soc. entom. of Lond., 1868, t. VI, p. 225). Ce sont des études sur la durée de la ressemblance des trois formes de l’'Abeille et la durée de sa vie. — Fr. Smith (Toads long known to be ennemies of the Hivebee, Newman Zoologist, 1855, t. XIII, p. 4738 à 4739). C’est une note sur la question, encore très-controversée de savoir si les Crapauds sont réellement nuisibles aux Abeilles, comme l’admettent les apiculteurs. Tout récemment M. Collin de Plancy (Alimentation des Reptiles et des Batraciens, in Bull. d’insectologie agricole, 1875-76, p. 207) a cherché à innocenter le Crapaud sous ce rapport. — Von Kiesenwetter, Ueber die Bienen des Hymettus (Berliner entomol. Zeitschrift, 1860, t. IV, p. 315 à 317) : c'est une étude sommaire des races d’Abeilles du mont Hymette, qui sont des ligustica et leurs hybrides, notamment la variété Cecropia.
Le cas de cyclopie dont nous avons parlé, signalé par M. H. Lucas pour l'Apis mellifica, a été observé, non sur une reine féconde, mais sur
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une ouvrière ou femelle avortée, qui était en outre peu développée (Ann. Soc. entom. Fr., 4° sér., 1868, VIII, p. 737).
Genre TricoxA. — À consulter pour quelques espèces de Trigones : Fr. Smith, Notes of some Hymenopterous Insects collected by M. Peckolt at Catagallo, South Brazil (Trans. Soc. Entom. of London, 1865-67, t. V, p. 393); Observations on the Economy of Brazilian Insects, chiefly Hymenoptera, fromthe notes of M. Peckolt (Trans. Soc. Entom. of Lond., 1868, t. VI, p. 133). Dans ces travaux se trouvent étudiés Trigona Mosquito, avec sa reine fécondée ayant plus du double de la longueur de la femelle vierge ou neutre, et les Trigona ruficrus, Mandacaia et Urucu; en outre d’autres genres d'Hyménoptères.
Genre Bomsus. — A consulter : Fr. Smith, Notes on the British Humblebees (Bombus) Newman (Zoologist, 1844, t. Il, p. 541-550). — J. Fr. Ruthe, Sur les Hyménoptères rapportés d'Islande par le D" Staudinger (Stettin entomol. Zeitung, 1859, p. 305 et 362). Le Bombus hortorum, Linn., a été rencontré dans cette île. — A. Gerstäcker, Supplément sur le genre Bombus (Stettin entomol. Zeitung, 1872, p. 282).
Genre XyLocopa. — Plusieurs remarques intéressantes doivent être ajoutées à ce que nous avons dit sur ce genre. La nidification, étudiée d’abord par Réaumur, puis par d’autres auteurs, restait incomplète par l'absence d’études suffisantes sur la larve et la nymphe. Cette lacune a été comblée par M. H. Lucas, qui a décrit très-complétement ces deux premiers états. La larve rend des excréments et se change en nymphe sans filer de cocon (Étude pour servir à l'histoire naturelle de la vie évolutive de la Xylocopa violacea, in Ann. Soc. Entom. Fr.1868,VIIT, p.727).
On rencontre quelquefois sur cet Apien un Acarien parasite différent comme espèce de celui décrit par L. Dufour et trouvé sur les Osmies; c'est le Trichodactylus Xylocopæ (Donnadieu, Ann. sc. natur., Z001., 5° série, 1868, t. X, p. 70, pl. x, fig. 1, 3, 7, 9). — Andren Murray, Economic Entomol. London, Aptera, p. 252.
L'étude générale du genre Xylocopa a fourni deux monographies : A. Gerstäcker, Sur les espèces européennes du genre Xylocopa (Stettin entomol. Zeitung, p. 269), et Fr. Smith, Monograph of the genus Xylo- Copa, Latr. (Trans. Soc. entomol. of London, 1874, t. XIII, p. 249). L'importance de ce récent travail mérite une analyse sommaire. Quand les deux sexes sont connus, l’auteur divise les Xylocopes en deux groupes, suivant que les espèces sont pareilles de couleur dans les deux sexes, ou différentes de l’un à l’autre. Il y a en Europe six espèces de ce genre, dont cinq rentrent dans le premier groupe : X. violacea, Fabr., de France, d'Allemagne, de Dalmatie, d'Autriche, de Sicile, d'Italie, de Russie, de Suède, d'Algérie, de Syrie; X. cyanescens, Brullé, ou minuta, L. St-F., de France, de Suisse, de Morée, de Sicile, de Syrie, d'Algérie; X. Olivieri, L. S! F., du S.-E. de l'Europe, de Grèce, de Turquie, de Russie, de Syrie; À. cantabrica, L. S'-F., du nord de l’Espagne; X. valga, Gerstäcker. de Suisse, de Crimée, de Trieste, de
Syrie; À. lanata, Smith, dont le mâle est seul connu, de la Turquie d'Europe. En outre 33 espèces d'Afrique, 35 des Indes, de Chine, des îles Malaises, 2 d'Australie, 34 de l'Amérique du Sud, des Antilles et du Mexique, 12 du Mexique, du Texas, de Californie et des États-Unis.
Genre Anraopxora. — Consulter : Fr. Smith, Descriptions of the British species belonging to the genus Anthophora and Saropoda, Latr., with Observations on their Economy (Newman Zoologist, 1845, t. I, p. 890 à 896).
Genre CERATINA. — De très-récentes recherches ont fait rencontrer, aux environs de Marseille, cinq espèces de Cératines, renfermées pour l’hibernation dans les tiges sèches de la Ronce, dans des localités arides et brûülées en été par le soleil. Les espèces ont été C. albilabris et cærulea, callosa et chalcites, superbe espèce non encore signalée en France, et qui a les mêmes habitudes que les autres; en outre, une cinquième espèce à déterminer. Ce qui est remarquable, c’est que ces insectes, dans eurs tiges creusées, exhalent une odeur forte et pénétrante,rappelant celle des tanneries. (F. Ancey, Petites Nouv.entomol., 1° mars 1877).
Genre Noura. — L. Dufour, Notice sur la Nomia diversipes, Latr., (Ann. Soc. entom., Fr., 1839, VIII, 583). L'auteur, après avoir appelé l’attention sur la courbure cambrée et la forme triangulaire des cuisses postérieures des mâles, établit que la femelle avait été méconnue par Jurine, sous le nom d’Andrena humeralis. Cette Nomie se rencontre en juillet, août et septembre dans les Landes, mais très-rare.
Genre ANDRENA. — Quelques hermaphrodites ont été rencontrés dans ce genre, pour les Andrena fasciata, Wesm., helvola, Linn., convexiuscula, Kirby, angustipes, Schenck, el un autre exemple dans les Nomades, parasites habituels des nids des Andrènes, chez Nomada fucata, Panzer. — Voy. Schenck, Sur quelques Apiens hermaphrodites (Stettin entomol. Zeitung, 1871, p. 335).
Genre Nomapa. — Consulter Fr. Smith, Descriptions ofthe British Waspbees (c'est le nom des Nomades en Angleterre) (Newman Zoologist, 1844, Il, p. 587-606).
On doit encore citer pour les Apiens : Schenck, Remarques sur quelques Hyménoptères décrits dans la 30° année du Journal entomologique de Stettin (Sfettin entomol. Zeitung, 1870). Ce sont les genres: Phileremus, Cœlioxys, Ceratina, Bombus, Osmia, etc.— (Sur les Apiens de la faune du Nassau) Deutsche entomologische Zeitschrift, 1875, XIX, p. 821. M. Schenck décrit trois Halictus nouveaux et deux Prosopis nouveaux, avec des remarques sur d’autres espèces de ces deux genres et d’autres genres d’Apiens.—Fr. Smith, Nouveaux Hyménoptères d'Australie, etc., un Nomia,un Andrena, deux Megachile (Trans. Soc. Entom. of London, 1862-1864, 3° série, I, p. 53). Du même auteur, un Nomia, etun Tetralonia du Brésil et un Chalicodoma de Port-Natal (même recueil, 1864-65, 9° série, Il, p. 389).
Outre les mémoires du D' Giraud déjà cités, nous ajouterons, pour
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des espèces des genres Panurgus, Anthidium et Osmia : Description de quelques Hyménoptères nouveaux ou rares, (Verhandl. z00l.-botan. Gesellsch. in Wien, 1857, VII, p. 163 à 184), et même recueil (1861, XI, p.447 et suiv.) pour des espèces autrichiennes des genres Andrena(p.458), Halictus (p. 460), Colletes (p. 461), Megachile (quatre espèces, p. 461 à 46/4), Osmia (p. 464 et suiv.). — A. Mocsary : Un Chalicodoma nouveau, ainsi qu'un Dioxys, probablement parasite du nid de l'espèce précédente, tous deux de la Hongrie centrale, et un Eucera nouveau des environs de Constantinople (Petites Nouv. entom., numéro du 15 févr. 1877).
DIPLOPTERES.
Un groupe d'Hyménoptères porte-aiguillon a été nommé Diplaptères, et correspond à peu près aux Guépiaires de Latreille, en raison de cette particularité anatomique que les ailes supérieures, au repos, se plient en deux suivant le grand axe de leur ellipse. Malgré la netteté et l’importance de ce caractère anatomique, et bien qu’au point de vue de l’anatomie externe il n’y ait pas de différence essentielle entre les Vespiens et les Euméniens, nous ne pouvons adopter la manière de voir de MM. Westwood et H. de Saussure, qui repoussent la distinction de Lepeletier de Saint-Fargeau} séparant, d'après les mœurs, les Guêpes sociales des Guêpes solitaires, ce qui amènerait à ne faire qu’une tribu de ces deux groupes d'Hyménoptères. Il y a pour cette séparation les raisons suivantes. Les Vespiens doivent suivre immédiatementles Apiens, non pas en raison de leur vie sociale, comme les plus élevés des Apiens, mais pour la production du miel, qui leur est commune avec tous les Apiens. En effet, les Vespiens, qui offrent cette différence importante de ne jamais sécréter de cire, construisent en commun, avec des matières terreuses ou papyracées, des nids à cellules hexagonales, qu'ils remplissent plus ou moins complétement, pour leur progéniture, de miel dégorgé, provenant, soit de nectars de fleurs, soit, plus souvent, de jus de fruits, de séves extravasées et de miels dérobés à des Apiens. Il est vrai que des auteurs ont cru devoir placer les Vespiens dans la sous-section des Insectivores de M. Westwood, parce que souvent les insectes tués servent à nourrir leurs larves; mais ces insectes ne sont pas tués ou engourdis par l’aiguillon, ils sont lacérés par les mandibules et mangés en morceaux par les larves. Au contraire, les Euméniens établiront le passage aux véritables Fouisseurs, dont ils ont la nidification et le genre de vie. Ils fournissent à leurs larves, nées d'œufs pondus par la mère dans des cavités très-diverses façonnées par elle, des insectes adultes ou en larves, ou d’autres Articulés, demeurant entiers, non pas morts, mais anesthésiés par le venin d’un coup d'aiguillon donné à la région sternale, probablement au principal ganglion nerveux du thorax : la victime peut vivre de longs mois, mais à peine mobile, sans défense, offrant seulement aux larves des Euméniens une
proie toujours fraîche, dans un état analogue aux animaux en torpeur, mais non tués par le curare mitigé des flèches de chasse de certaines peuplades de l'Amérique méridionale. En outre, il n’y a jamais de cire sécrétée ni de jus sucrés transformés en miel.
Dans cette méthode de classification, les Formiciens sont rejetés à la fin des Porte-aiguillon, comme constituant un groupe aberrant, avecun mélange des mœurs et des régimes des groupes précédents, soit architec tes, soit fouisseurs, ou réunissant à la fois ces deux instincts dans certains genres, mangeurs d'insectes ou de jus sucrés de toute nature, pouvant aussi accumuler du miel dans leur tube digestif, parfois même (Myrmécocystes) avec plus d’exagération que les plus mellifères des Apiens.
Nousindiquerons, comme ouvrages généraux à consulter sur les Diploptères, les travaux suivants de M. de Saussure : Monographie des Guépes solitaires ou de la tribu des Euméniens, 1 vol. in-8, Paris et Genève, 1852; Monographie des Guépes sociales ou de la tribu des Vespiens, 4 vol. in-8, Paris, 1853 ; suite, 1856-57; Monographie des Masariens, Paris, 1859. — En outre, et s'étendant à d’autres groupes qu'aux Diploptères : Mélanges hyménoptérologiques (Vespides, Crabronides, Bembécides, Scoliides), Genève, 1864, et Mém. de la Société de physique de Genève, 1855, XIV.
TRIBU DES VESPIENS.
La tribu des Vespiens correspond aux Guépes sociales des auteurs, aux Polistides de Lepeletier de Saint-Fargeau, aux Vespidæ de M. Westwood, et offre les caractères qui suivent.
Des femelles fécondes, des femelles infécondes ou neutres et des mâles, tous pourvus d'ailes à l'état adulte. Nidification en commun, accomplie à diverses périodes par les femelles des deux sortes, avec des matières terreuses ou papyracées, ces dernières ayant une origine primitive végétale, sans sécrétion de cire, avec emmagasinement de miel dans des cellules hexagonales.
Caractères anatomiques externes : Chaperon en général terminé angulairement par une dent (exception pour le genre Vespa et deux exotiques). Antennes brisées ou arquées, en massue allongée ou filiformes, de douze articles chez les femelles, de treize chez les mâles, tous distincts. Trois ocelles en triangle sur le vertex. Yeux échancrés, ne couvrant pas entièrement les côtés de la tête, n’atteignant pas toujours les mandibules. Mandibules en général courtes et subcarrées, sans lignes ni sillons à leur face dorsale, armées de dents terminales (longues au contraire dans les genres Tatua et Ischnogaster). Mâchoires courtes avec palpes maxillaires de six, rarement de cinq articles (Belonogaster); lèvre courte, subcordiforme, quadrilobée, rarement quadrifide, portant au bout de ses divisions quatre points d'aspect corné (sauf le genre Ischnogaster), avec palpes labiaux de trois (Belonogaster ?) ou quatre ar-
VESPIENS. 8h41
ticles. Thorax variable, souvent rétréci en avant, le métathorax toujours plus ou moins convexe, arrondi, sans côtes tranchantes. Ailes supérieures pliées au repos, selon le grand axe de leur ellipse, offrant trois cellules cubitales complètes, la seconde recevant les deux nervures récurrentes, et trois discoïdales complètes. Pattes grêles ; les hanches postérieures souvent longues et prolongées en arrière du thorax; les jambes antérieures ayant au bout un appendice styloïde, les moyennes deux épines styliformes; crochets des tarses simples, sans dent (sauf le genre Ischnogaster). Abdomen très-variable.
La nidification des Vespiens forme une partie très-importante de leur biologie. Elle ne semble pas offrir cette division du travail propre aux Mélipones et aux Bourdons, et consistant dans la fabrication de réceptacles d’une forme très-différente de celle des cellules et destinés à contenir la provision de miel pour les larves. On n’a connu longtemps . que les nids d'espèces européennes, le Frelon, la Guêpe commune, la Guêpe des arbres et les Polistes de nos pays.
Les anciens auteurs les décrivent et les figurent, notamment Réaumur, et celui-ci fait connaître, en outre, les nids très-différents des Guêpes cartonnières de la Guyane. On retrouve, dans les nids d’un certain nombre de genres de Vespiens, la formation d’enveloppes générales de protection des gâteaux, fait que nous ont offert les nids des Mélipones, et, sur une moindre échelle, ceux des Bourdons. Les investigations modernes ont fait connaître les nids de beaucoup de Vespiens exotiques, et M. H. de Saussure (1) a établi une classification de ces nids. On doit remarquer qu’elle n'offre pas un rapport forcé avec l’anatomie externe des constructeurs ; de sorte que des nids très-différents peuvent être l’œuvre d'insectes qu'on a souvent peine à séparer d’une manière générique : ainsi pour les Polybia et les Icaria.
Les nids des Vespiens, ou guépiers, en prenant ce mot dans le sens le plus général, sont tantôt protégés par une enveloppe dure (Guêpes cartonnières), tantôt entourés de feuilles d'un mince papier, plus ou moins friable, formé de débris de fibres ligneuses accolées par la salive ou de raclures d’écorces (Guêpes ordinaires), tantôt complétement à découvert (Polistes). Les gâteaux papyracés (les Vespiens ne faisant jamais de cire) n'ont jamais d’alvéoles que sur un seul rang, à la façon des Mélipones et des Bourdons.
Les nids se divisent en deux grandes classes. Les nids indéfinis, où phragmocyttares, offrent les alvécles complétement contigus avec la cloison cylindrique ou conique qui les protége, un trou établissant la communication d’une chambre à l'autre. Leur accroissement est indéfini et se fait, en raison de la population, par l’adossement d'une nouvelle chambre en série à la partie inférieure; la première chambre
(1) Nouvelles considérations sur la classification des Guépes (Ann. sc. natur., Zoo1., 4° sér., 1855, t. TI, p. 153), et Monogr. des Guépes sociules.
construite étant contre l'anneau d'attache du nid. Tantôt ces nids sont suspendus à une branche par un anneau de carton, et ont une forme de cylindre obconique, avec trous de communication centraux (genre Chartergus) ou bien sont coniques ou cylindroïdes, attachés par une portion de surface assez large, rarement par un pédicule étroit, mais avec plafonds percés latéralement (genres Tatua et certaines espèces de Polybia); ou bien sont irréguliers, ovoïdes ou pyriformes, et simplement accolés aux branches (certains Polybia); ou enfin adhèrent par une très-large surface, soit à l'écorce des arbres (genre Synœca), soit à une feuille, dont ils suivent grossièrement la forme (des Polybia).
L'autre classe est constituée par les nids définis ou stélocyttares. Leur enveloppe peut être nulle ou existante ; dans ce dernier cas, elle est formée de couches papyracées, mais indépendantes des rayons, les gâteaux étant soutenus par des piliers. La communication est toujours périphérique, par les vides entre les gâteaux et l'enveloppe.
Dans la première section, celle des stélocyttares à enveloppe, ou calyptodomes, tantôt les nids sont à l'air, ovoïdes, à couches papyracées concentriques, sur les arbres, sous les toits (Guêpe sylvestre ou des arbustes), tantôt munis d'une enveloppe celluleuse irrégulière , ou de feuillets grossièrement imbriqués, sont logés dans une cavité souterraine ou dans le creux d’un tronc d'arbre ou d’un poteau (Guèpes commune et germanique, Guêpe rouge, Guêpe frelon). Ce sont des guêpiers calyptodomes rectinides. |
La seconde section est celle des stélocyttaressans enveloppe, ou gymnodomes. Ils sont rectinides, si les rayons superposés sont traversés par un axe central, servant en même temps de pédicelle au nid, et latérinides, si le pédicelle est latéral et les gâteaux supportés comme à l’extrémité d’un manche. Tantôt les gâteaux sont traversés par une branche d'arbre, tantôt ils ont un pétiole de carton plus ou moins central et s’élargissant en plateau sur lequel les cellules sont accolées (genre Polistes); enfin, le nid peut être entièrement latéral, réduit à une étroite bande de cellules accolées sur deux rangs, et d'une assez grande longueur (genre Icaria).
Les nids phragmocyttares sont l’œuvre d'espèces des régions chaudes de l’Amérique du Sud. Les stélocyttares gymnodomes rectinides et latérinides sont de tous pays; les calyptodomes rectinides (Vespa), de l’ancien continent et de l'Amérique du Nord. Enfin, l'Amérique du Sud paraît la patrie spéciale des constructeurs de nids calyptodomes latérinides, d’insecte encore inconnu. La collection et les vélins du Muséum montrent un de ces nids (reproduit dans la Monographie des Guépes sociales). Une branche qui sert d’axe et de support au nid porte une douzaine de rayons horizontaux et circulaires, chacun attaché très-latéralement à la branche par un pédicelle, le tout entouré d’un manteau fusiforme qui ne touche pas les rayons, formé par un papier fauve et rougeûtre, d'une admirable délicatesse et plissé en rides parallèles très-nombreuses ;
VESPIENS. S43 sur la face antérieure de ce manteau est une sorte de suture ou raphé vertical, à laquelle viennent converger les fibres distiques; au bas, et contre l’axe du nid, se trouve un seul trou pour l'entrée et la sortie des Vespiens.
En raison de leur généralité, nous devons citer deux Mémoires anglais dans lesquels les auteurs comparent les nids des Vespiens à ceux des Apiens, et principalement de l’Apis mellifica. Ce sont : G. R. Waterhouse, Sur la formation des cellules des Apiens et des Vespiens (Trans. entom. Soc. of London, 1864-65, 8e série, Il, p. 115; — Fr. Smith, Sur la construction des cellules hexagonales des Apiens et des Vespiens (même vol., p. 131). L'auteur du premier travail décrit les nids d’Osmia leucomelana et de Megachile, parmi les Apiens, et ceux,avec figures, de Frelon, de Vespa orientalis et d'Eumenes, parmi les Vespiens; puis examine la formation des cellules de l’Abeille à partir du début du travail d’un essaim, en donnant une théorie expliquant, selon lui, la formation des cellules hexagonales des Abeilles et des Guêpes. M. Fr. Smith établit que tous les Apiens, comme tous les Vespiens, ne sont pas également habiles à construire des cellules hexagonales, et cela aussi bien pour les bâtisses de cire que pour celles de carton ou de papier. Les cellules des Trigones sont de construction grossière et maladroite en comparaison des élégants édifices des Abeilles, et, parmi les Vespiens, les Polistes façonnant des cellules papyracées moins parfaites que celles en beau carton du genre Chartergqus. Les matériaux de papier ou de carton dont sont formés les nids des Vespiens varient selon les différentes espèces. IL en est qui se servent de raclures de bois sain : ainsi Vespa norvegica, dont les nids ont une résistance et une durée en rapport avec leur exposition aux vicissitudes atmosphériques, étant suspendus aux branches des arbres et des arbustes. Le Frelon et les autres Guêpes, au contraire, recherchent le bois pourri, et, en conséquence leurs nids sont très-fragiles et se détruisent de bonne heure. Beaucoup de Vespiens exotiques se servent de matériaux de nature végétale, de raclures de tiges de plantes.
En comparant les ruches et les guêpiers, on voit que les Abeilles construisent leurs gâteaux descendant du haut de la ruche, à double rayon, à cellules horizontales, tandis que les Trigones n'ont qu’un simple rayon, disposé horizontalement et à cellules verticales. Il en est de même chez la Guêpe commune, où les ouvertures des cellules regardent vers le bas. Chez les Trigones, comme chez les Guëêpes, le rayon est supporté par une courte colonne de cire ou d’une matière ressemblant à de la cire, également molle et ductile.
M. Fr, Smith décrit les nids d'Icaria guttatipennis, de Nectarinia Lecheguana, de Tatua Morio, d'Apoica pallida , des Polistes tepidus et tasmaniensis. Revenant ensuite aux Abeilles, il fait remarquer des différences dans la construction des cellules hexagonales d’un rayon de Vespa vulgaris et d’un rayon d’Apis mellifica, Les cellules de l’Abeille offrant tou-
84h HYMÉNOPTÈRES.
jours, finies ou non finies, une bordure de cire, celles des Guëpes, au contraire, n'ayant jamais de bordure de renforcement; les procédés de construction de la cellule hexagonale ont donc des différences. La théorie circulaire de M. Waterhouse ne peut être admise pour expliquer la formation des cellules hexagonales, tant des Apiens que des Vespiens. En effet, les Guëpes, pas plus que les Abeilles, ne font de cellules hexagonales isolées. La forme hexagonale exige, comme condition essentielle, le contact avec d’autres de même figure, et la combinaison des efforts de plusieurs insectes à la fois. Les Apiens solitaires, où une femelle travaille seule, de même que les Guêpes solitaires ou Euméniens ,ne font pas de cellules hexagonales. Nous ferons remarquer que M. Smith va trop loin en refusant à un insecte isolé la faculté de faire des cellules hexagonales, car la mère Guêpe ou Poliste, fondatrice du nid, établit seule les premières cellules accolées, et celles-ci sont hexagonales, plus ou moins régulièrement. C’est une différence très-essentielle entre les Guëpes et les Abeilles.
La plus grande partie des Vespiens est formée de genres exotiques, dont les habitudes sont inconnues ou à peine connues; c’est ce quinous empêche de donner des indications générales sur les mœurs et la nidification, en réservant les détails biologiques pour les genres ou espèces, principalement d'Europe, sur lesquels on possède des renseignements.
Un certain nombre de Vespiens tropicaux, surtout d'Amérique, sont assez fréquemment attaqués par des Cryptogames, probablement des Isaria, qui sortent en filaments allongés de leur corps. L’insecte, d’abord vivant, finit par s’accrocher à une petite branche et y meurt (1). Le premier exemple de cette affection, nommée vulgairement Guépe végétante, qui soit indiqué dans la science, est celui d’un Polistes americanus , Fabr., qui fut pris pour une espèce spéciale, et décrit par Felton sous le nom de Vespa crinita (Philos. Trans., 1773, LIV, p. 53, pl. 6), à cause des longs poils dont cette Guêpe était hérissée, et qui la fit comparer à un oiseau de Paradis orné de longues plumes. M. H. de Saussure figure un autre cas de cette maladie dans la même espèce ; le sujet d’où sortent de longues et grêles végétations est mort cramponné à une branche d’arbrisseau. L'espèce est des Antilles et de la Guyane. Un sujet d’une autre espèce, atteint de la même maladie et représenté aussi par de Saussure, appartient à l’/caria cincta, L. S'-F. (Epipona), espèce du Sénégal. De toutes les articulations sortent des végétations grèles qui ont amené la mort de l’insecte. On en voit sutout deux trèsgrosses, symétriques, terminées en massue fusiforme, c’est-à-dire arrivant à la fructification, qui ont poussé sous les écailles des ailes et ont
(1) Je me souviens avoir vu à l’École normale, en 1845, une Cigale vivante et venant du midi de la France, que Payer montra à sa conférence de botanique : elle portait des productions analogues.
VESPIDES. — VESPA. 845
refoulé ces organes en bas, et plusieurs autres qui sortent des articulations des segments abdominaux.
VESPIDES.
On peut caractériser cette famille comme il suit :
Epimères du mésothorax bien séparés, ses épisternums non séparés. Métathorax et abdomen tronqués verticalement à la base, ce dernier subcylindrique, le premier segment pas plus étroit postérieurement que le second. Ailes supérieures ayant la nervure basale atteignant la postcostale bien avant le stigma, et la cellule brachiale ayant l'angle postérieur aigu; ailes inférieures sans lobe basal.
Cette famille correspond au genre Vespa, et ses espèces sont répandues dans tout l’ancien continent et dans l'Amérique du Nord. D'après M. de Saussure (1853), on n’en connaît pas de l'Amérique du Sud ni de Australie, bien que leur existence soit probable dans ce dernier continent. Leur nidification est en général assez irrégulière, et consiste à former des gâteaux parallèles, séparés par des colonnettes et recouverts d’une enveloppe celluleuse. Les espèces de Vespa sont d'une taille relativement très-grande ; on n’en remarque aucune dont les dimensions soient au-dessous de la taille moyenne. Les grandes espèces abondent et offrent les spécimens de la plus forte taille de la tribu des Vespiens, sinon de l'ordre des Hyménoptères.
L'ouvrage de M. de Saussure mentionne quarante et une espèces du genre Vespa, ce qui est aussi le nombre du Catalogue du British Museum (1857), un peu augmenté depuis. Elles sont divisées en Guêpes européennes, Guêpes asiatiques (archipel Sondaïque, Indes, Chine, Japon), et Guêpes américaines (Mexique et États-Unis).
vEspPa, Linn. — Corps épais. Tête concave en arrière, souvent très-renflée dans la région du vertex et à ses angles postérieurs ; chaperon non terminé par une dent, mais tronqué en avant plus ou moins carrément, son bord antérieur aroit ou subconcave, avec une dent de chaque côté. Antennes longues, simples chez les mâles, leur bout n'étant ni crochu, ni enroulé en spirale. Yeux variables, s'étendant souvent jusqu’à la base des mandibules, d’autres fois ne l’atteignant pas. Mandibules très-courtes, subcarrées, fortement quadridentées; Mâchoires courtes, palpes maxillaires de six articles ; lèvre très-courte, quadrilobée, avec palpes labiaux de quatre grands articles. Thorax cubique ou globuleux; épimères du mésothorax séparés, mais épisternums non divisés; mélathorax arrondi et lisse, coupé verticalement, Ailes supérieures ayant la nervure basale atteignant la postcostale longuement avant le stigma, la radiale ne s’avançant pas beaucoup plus près du bout de l’aile que la troisième cubitale ; seconde cubitale rétrécie vers la radiale, troisième cubitale subrectangle,
Sh6 HYMÉNOPTÈRES.
Ailes inférieures sans lobe basal. Abdomen subcylindrique, tronqué verticalement à la base, de façon à paraître sessile, le premier segment très-court, presque toujours aussi large que le second, non tuberculé sur les côtés ; bandes jaunes de l’abdomen entières.
Le genre Vespa présente plusieurs particularités importantes pour son système nerveux (Ed. Brandt). De même que dans le genre Apis, il n’y a que deux ganglions thoraciques, le second offrant dans son milieu une échancrure, indice de la fusion des deux ganglions et ayant quatre paires de noyaux, provenant de la coalescence de quatre ganglions de la larve, les deux derniers thoraciques et les deux premiers abdominaux. Le petit ganglion sous-æsophagien est complétement couvert par les deux ganglions sus-æsophagiens très-développés, qui lui sont unis par de courts cordons. F. Dujardin avait remarqué que les corps pédonculés des ganglions cérébroïdes ont un développement en raison du degré de puissance des instincts et de l'intelligence d’une espèce hyménoptérique. D’après M. Brandt, dans les Guêpes, de même que chez les Abeilles et les Fourmis, les corps pédonculés, très-grands chez les ouvrières, sont peu développés dans la femelle féconde et dans le mâle; les nerfs oculaires partent de la partie supérieure des ganglions, et non des corps pédonculés. Les Guêpes mâles et femelles fécondes ont six ganglions abdominaux, et les ouvrières cinq seulement, le dernier étant composé par coalescence, tandis que c’est l’avant-dernier chez l’'ouvrière de l’Abeiïlle.
On peut citer pour le développement des trachées, chez la Guèpe frelon, le mémoire de M. H. Reinhard : Zur Entwickelung der Tracheen- System der Hymenopteren, mit besonderer Beziebung auf dessen morphologische Bedeutung (Berliner entom. Zéitschr., 1865, VIT, 187 à 218,avec2pl.)
Les Sociétés des guêpes, de même que celles des Bourdons, durent seulement pendant la belle saison, tandis que celles des Abeilles et des Fourmis peuvent exister pendant plusieurs années. Les Guêpiers, en effet, se dépeuplent avec rapidité, à partir de la seconde quinzaine d’octobre : la femelle fondatrice du nid, c'est-à-dire née l’année précédente, et les ouvrières meurent; les femelles et les mâles nés en été sont presque tous sortis du guêpier en septembre, et les mâles périssent peu de temps après l’accouplement. Seules les femelles fécondées cherchent, pour y passer l'hiver à l'abri du froid, une retraite, comme un arbre creux, une cavité de mur, parfois même l'intérieur des appartements de campagne, derrière. des boiseries ou des papiers décollés. Elles s’y tiennent immobiles, dans un état d’engourdissement complet, et sans prendre de nourriture, et, comme l’a le premier signalé Guérin-Méneville, les ailes repliées sous leur corps, à peu près dans la même position que pendant la phase nymphale.
Quand la chaleur du printemps vient les rappeler à l’activité, ces femelles, encore peu susceptibles de travail, se répandent sur les fleurs
nouvelles et y cherchent des aliments propres à réparer leurs forces affaiblies par le long jeûne de l'hiver. On les rencontre sur les fleurs précoces de nos arbres fruitiers dans les jardins, et, dans les haies et les forêts, sur les fleurs encore plus hâtives du Prunier sauvage (Prunus spinosa). Un peu plus tard les mères Guêpes sont attirées par les fleurs du Groseillier à maquereau et des Ribes sauvages, et l’on peut conseiller leur capture au filet sur ces fleurs, comme un bon moyen d'empêcher l'abondance des guêpiers et des Guêpes, si nuisibles en certaines années à l’arrière-saison. C’est au mois d'avril qu’on voit ces femelles fécondes occupées, soit à rechercher un lieu favorable pour la construction de leur nid, soit à recueillir les premiers matériaux nécessaires pour l'établir.
Ce sont les fortes mandibules, dont les dents de l’une s’engrènent entre celles de l’autre, qui servent le plus aux mères Guëêpes et aux ouvrières, soit pour l'édification du nid, soit pour alimenter les larves. Les parcelles d’écorces ou de bois plus ou moins ramollis par les pluies sont roulées par ces mandibules, façonnées ensuite en une petite boule que l’insecte emporte entre ses mandibules, jusqu'au lieu où il doit en faire usage. On voit souvent, posées sur des planches ou des appuis de fenêtres des Guêpes ou des Polistes ouvrant leurs mandibules et appuyant en même temps leur tête pour enfoncer dans le bois leurs dents apicales, puis détachant, en cherchant à fermer ces mandibules, des fibres d'environ 2 millimètres de longueur ; ces fibres sont ensuite comprimées à plusieurs reprises, et divisées souvent en fibrilles, suivant leur longueur, puis agglutinées ensemble par une salive gluante, ce qui facilite le transport au guëpier. C’est là que, pressée de nouveau par les mandibules, la masse ligneuse est réduite en une lame papyracée, à peu près comme un morceau de métal estétalé en feuilles par les cylindres du laminoir. La langue achève ce premier ouvrage et polit la lamelle, pour la rendre rebelle à l'eau, en l’enduisant à la surface de la liqueur gluante qui est déjà entrée dans sa composition intime.
La nourriture des Guêpes est beaucoup plus variée que celle des Abeilles, ainsi que la pâture qu’elles donnent à leurs larves. Elles sont très-friandes des matières sucrées, d'origine animale ou végétale, et cherchent fréquemment à entrer dans les ruches pour ravir le miel. Leur ardeur pour cette substance est telle qu’elles paraissent insensibles à la douleur des plus cruelles lésions. Il est facile de vérifier l’assertion de Swammerdam qu'un Frelon, à qui on donne du miel liquide, continue à le manger, même après avoir été coupé par le milieu du corps, et que, dans ce cas, le miel s'écoule par la plaie, à mesure qu'il est absorbé par l’insecte. Les Guêpes recherchent directement le miel sur les fleurs, surtout les Ombellifères. Comme, en raison de la brièveté de leur langue, les nectaires de beaucoup de fleurs sont trop profondément placées pour elles, elles recueillent beaucoup de jus sucrés. Elles sucent le suc des fruits
(prunes, poires, raisins) et découpent leur pulpe, surtout lorsque ces fruits ont été crevés par la pluie ou entamés par les oiseaux ; car les Guëêpes ne semblent pas pouvoir mordre aisément les fruits parfaitement sains et durs. Elles absorbent le liquide coulant des troncs d'arbres, surtout des Chênes et des Ormes, quand ces arbres commencent à être attaqués par les Scolytes, le liquide sécrété par les Pucerons,notamment ceux qui viventsur les Saules. Le miel de Guêpes provenant de ces diverses miellées sucrées, ramassées par la langue et avalées, est dégorgé du jabot par le même mécanisme que chezles Abeilles, et servi directement aux larves. En outre, lors de la grande éducation, au début de l'été, des larves de mâles et de femelles fécondables, du miel est mis en réserve dans certains alvéoles du guêpier, sans qu'il y ait de pots à miel spéciaux comme chez les Mélipones et les Bourdons.
Ce qui distingue profondément les Guêpes des Apiens sociaux, c’est une autre alimentation très-différente. Elles saisissent à l'état vivant un grand nombre d’articulés(Diptères, Hyménoptères, Aranéides, etc.), Les coupent en morceaux avec leurs mandibules, et les réduisent en une sorte de bouillie qu’elles portent aux larves, et cela surtout quand la sécheresse les prive des jus sucrés végétaux de diverse nature. Quand une Guêpe s'empare d’un insecte un peu gros, ce n’est jamais en le piquant de l’aiguillon qu’elle le met hors d’état de s'enfuir. L’Abeilleou la forte Mouche est saisie posée, puis, l’assujettissant avec ses pattes, la Guêpe lui coupe la tête avec ses mandibules. Quant aux petits Diptères, elle les mâche, sans sucer ni exprimer les liquides, et emporte au guêpier la boulette formée. Les Guêpes viennent chercher les Mouches domestiques jusque sur les vitraux des maisons. En automne, dans les allées des bois couvertes de Scabieuses en fleur, on voit fuir les Diptères effrayés, quandils entendent le bourdonnement du terrible Frelon.
Lepeletier S't-Fargeau pense que les Guêpes recherchent surtout les Diptères floricoles, en raison des liquides sucrés qu’elles rencontrent dans leurs tubes digestifs. IL a vu, dans des cas de disette, des Guêpes ou des Polistes venir dépecer des Locustes encore vivantes piquées sur des étaloirs. Les Guêpes dépècent en petits morceaux les viandes de boucherie coupées, exposées à l’étal des bouchers de village, et causent parfois ainsi un notable préjudice. Elles aiment surtout le foie, à cause de sa glycose sucrée, et parfois les bouchers abandonnent un foie à leur voracité, afin de préserver les autres viandes.
Les Guêpes semblent infatigables au travail, et on les voit rarement, par les longues et chaudes journées de l’été, prendre quelques instants de repos. Elles commencent à butiner ou à nidifier dès le lever du soleil et continuent quelque temps après son coucher. Elles sont beaucoup plus nocturnes que les Abeilles, et l’on ne peut sans danger s'approcher des guépiers aux heures crépusculaires où aucune Abeille ne sort des ruches. Les Guêpes,et notamment les Frelons, viennent souvent sucer, à l'entrée de la nuit, les aspersions mielleuses au moyen desquelles les
lépidoptéristes cherchent à attirer les Noctuelles et les Phalènes (chasse à la miellée).
Le vol des Guêpes et Polistes est analogue à celui des Abeilles; il a lieu, même de bas en haut, avec les ailes supérieures seules, les inférieures étant coupées près de l'insertion avec de fins ciseaux ; les ailes inférieures servent à la direction, les supérieures à la propulsion.
Pendant longtemps il n'existe dans les guëêpiers, outre la femelle fondatrice, que des ouvrières continuant son travail et nées de pontes successives. Il est probable, pour les Guêpes, que, pareillement aux Polistes, il ya des ouvrières fertiles, pondant exclusivement des œufs de mâles, et aussi, pour les Guêpes, des œufs d’ouvrières sans accouplement, par une parthénogenèse spéciale, analogue, mais non identique, à celle des reines Abeilles bourdonneuses et des ouvrières fertiles. On consultera à ce sujet : D' Ormerod, Contributions to the natural History of the British Vespidæ (Newman Zoologist, 1859, t. XVII, p. 6641). — Stone, Facts connected with the History of a Wasp's nest (Trans. Entomol. Soc. of London, sér. 2, 1858-61, V, Proceedings, p. 86). Ces auteurs ont observé la ponte d'œufs par des ouvrières sans fécondation, aucun mâle n’existant alors, et la naissance de larves d’ouvrières et de mâles. M. Ormerod les a obtenues d’un nid de Guêpes privé de la mère fondatrice. M. Stone avait placé dans un appartement un nid de Vespa vulgaris entièrement vidé de ses habitants; les ouvrières d'un autre nid de la même espèce visitèrent le guëêpier abandonné, en réparèrent la couverture, nourrirent les larves qui s’y trouvaient, et pondirent des œufs d’où provinrent de nouvelles larves. Aucune des Guëpes qui s'introduisirent dans le nid étranger n'était femelle parfaite, mais toutes étaient des ouvrières, du moins par la forme et la taille, et leurs œufs produisirent des ouvrières : il ya donc, sous le rapport de la parthénogenèse, certaines différences d'organisation entre les Guêpes et les Abeïlles. Des études complémentaires, avec anatomie interne et examen des œufs dans les ovaires, sont indispensables, la question n'étant qu'ébauchée pour les Guêpes.
De la fin d'août jusqu'aux premiers jours de novembre, si la saison est favorable, sortent isolément des guëêpiers un grand nombre de mâles et de femelles parfaites. On peut d'ordinaire distinguer assez facilement la femelle fondatrice du nid d'avec celles quise sont nouvellement développées; ses couleurs sont plus vives et plus foncées, sa tête et son thorax plus brillants par suite de l'usure de leurs poils, les bouts des ailes un peu déchirés en raison d’un fréquent usage. L'accouplement a lieu dans les environs du nid entre mâles et femelles du même guêpier ou de guêpiers voisins ; il ne s’accomplit pas au haut des airs, comme celui de la reine Abeille.
Réaumur avait vu les Guêpes et Frelons, captifs sous des cages vitrées, s'accoupler sur les enveloppes du guêpier. Aux expositions des insectes de 1874 et 1876, M. Morel avait apporté un guépier sous cloche, avec un conduit pour la libre entrée et sortie des Guêpes, et le public
GIRARD. il, —
pouvait voir des copulations se faire sur le nid et à l'intérieur. En liberté complète, l'acte reproducteur s'opère sur des arbres ou des arbustes et se termine à terre. M. A. Rouget a observé un mâle et une femelle de Vespa vulgaris en copulation, au moment où ils venaient de tomber d’un arbre élevé. Il a également constaté, hors du nid, en septembre et octobre, plusieurs accouplements de Frelons. Les femelles s'étaient cramponnées à de petites branches d'arbustes, et avaient recourbé leur abdomen presque à angle droit, de manière à le rendre le plus saillant possible. Les mâles, guidés sans doute par l’odorat, passaient et repassaient au vol près de ces femelles sans d’abord les apercevoir, puis finissaient, comme par hasard, par les rencontrer, et s’accouplaient. Bientôt la femelle, entraînant le mâle, se laissait tomber avec lui sur le sol, où la copulation continuait encore pendant quelques minutes. La femelle relevait ensuite la partie antérieure de son corps, et, se plaçant sur le mâle, pressait l’abdomen de celui-ci entre ses mandibules, afin de provoquer la séparation. La femelle s’envolait presque aussitôt, mais le mâle restait encore à terre un certain temps avant de reprendre son vol. M. A. Rouget a reconnu que, bien différent du faux Bourdon des ruches, le même mâle de Frelon peut s'accoupler avec plusieurs femelles : un mâle qui avait copulé au dehors renouvela l’acte avec des femelles captives dans une cage ; il n’y a donc pas arrachement du pénis et de ses annexes.
Les guëpiers, du moins ceux de nos Guêpes indigènes, sont stélocyttares calyptodomes, c’est-à-dire avec enveloppe indépendante des rayons, ceux-ci étant soutenus par des piliers spéciaux. Chaque nid se compose de trois parties bien distinctes : 1° un ou plusieurs rayons ou gâteaux, formés par l'assemblage d’alvéoles hexagonaux, sur une seule rangée, juxtaposés, ayant leurs ouvertures en bas; 2° de piliers ou colonnes, destinés soit à fixer le rayon unique à la voûte ou à la branche d'appui, ou à une solive de toiture, soit à réunir les rayons entre eux, s'il yen a plusieurs, soit enfin à lier l'enveloppe aux rayons; 3° d’une enveloppe d'abord simple, mais composée le plus.souvent par la suite de plusieurs couches ou membranes de papier superposées, chacune de forme conchoïdale, la convexité à l'extérieur. Ces membranes sont assujetties les unes aux autres par leurs bords, laissant entre elles un léger intervalle à cause de la convexité extérieure de chacune, ce qui donne à l'enveloppe, dans son ensemble, une texture celluleuse. Ces convexités externes tendent à s'opposer à l’infiltration de l’eau dans le nid, en raison surtout de ce que les bords des membranes extérieures sont soudés sur les convexités des intérieures, et que le tout est recouvert, par la langue des Guêpes, d’un vernis gommeux, qui donne à l’extérieur des nids récents un reflet argentin. En outre, cette enveloppe celluleuse, renfermant un grand nombre de lamelles d'air très-mauvais conducteur, est essentiellement propre à maintenir à l’intérieur du guêpier une température plus élevée que celle de l'air ambiant et qui
est nécessaire au développement du couvain; l'excès peut atteindre 44° à 15° centigrades dans les guëépiers populeux.
La plupart de nos Guêpes construisent leurs nids dans la terre, dans les arbres creux, dans les vieux murs, sous les toitures, dans l’intérieur des maisons. On a même rencontré des guêpiers dans de vieux tonneaux ou à l’intérieur de ruches d’Abeilles, dont le miel avait probablement nourri les Guêpes. Quelques espèces nidifient à l’air libre, fixant alors, le plus souvent, la demeure commune aux branches des arbres ou des arbustes.
Nos Guêpes indigènes emploient deux sortes de matériaux pour leurs constructions. Certaines espèces, ainsi les Vespa Crabro et vulgaris, se servent de parcelles de bois mort et déjà ramolli par un commencement de décomposition, ou de parcelles d’écorces que l’insecte broiïe et agglutine au moyen d’un liquide analogue à de la colle ; alors le nid et surtout l’enveloppe sont cassants et friables ; seuls les piliers sont durs et résistants pour supporter le poids des rayons superposés remplis de larves et de nymphes. Ces nids ont une nuance d’un brun jaunûtre, de couleur de feuille morte plus ou moins foncée, selon le bois utilisé, souvent avec des veines de teinte plus claire, surtout sur l’enveloppe. D'autres espèces, ainsi Vespa silvestris, media, arborea, se servent de fibres ligneuses détachées par les mandibules de la Guêpe dans le bois travaillé, comme les planches, ou fendu, ou simplement dépouillé de son écorce (lattes, pieux, poteaux), soit dans les tiges sèches de diverses plantes, lorsque ces matières ligneuses, par une assez longue exposition à l'air et à l'humidité, ont éprouvé une macération analogue au rouissage du chanvre : les guêpiers sont alors souples et élastiques et trèspapyracés ;, l'enveloppe surtout est analogue à du papier gris à filtrer, avec des veines plus claires diversement apparentes. On peut dire que les Guêpes ont su faire du papier de tout temps et avant l'homme.
Bien différente de la reine Abeille, c’est une seule femelle, fécondée l’année d'avant, qui fonde le guêpier. Les nids souterrains, qui sont les plus nombreux, sont ordinairement commencés dans des galeries creusées par les Taupes ou les Mulots, puis abandonnées. Le guépier, caché ou aérien, commence par un pédicule plus long que les piliers futurs, qui s’évase en cupule renversée, ordinairement 1 à 2 centimètres carrés de surface et où la femelle construit quelques cellules hexagonales juxtaposées, au nombre de huit à dix d'ordinaire. Elle est seule pour faire ce travail, ce qui constitue une grande différence avec les Abeilles, qui opèrent plusieurs à la fois. Comme il n’y a jamais qu’un seul plan de cellules, celles-ci n’ont pas les fonds pyramidaux, mais arrondis en soucoupes peu profondes, dont les bords portent six pans de prisme hexagonal plus ou moins régulier et formant chacun une paroi de la cellule accolée. Ce commencement de nid est protégé par une enveloppe simple, qui part du pétiole d'attache, en cupule sphéroïce s’élevant peu à peu autour des cellules, d'abord formant une
simple collerette, puis se fermant peu à peu et englobant les alvéoles dans une sphère où est ménagée une ouverture pour le passage de la mère. La femelle agrandit le nid à plusieurs reprises en ajoutant de nouvelles cellules au pourtour, comme en rosace autour de la cellule centrale; elle modifie les dimensions de l'enveloppe en rapport avec celles du rayon, et parfois une ou deux enveloppes concentriques plus externes sont ébauchées autour de la première, qu’elles emboîtent plus ou moins à partir du pétiole. La mère pond des œufs, exclusivement d'ouvrières, dans les cellules qu’elle a construites seule, et sort fréquemment pour aller aux provisions et revenir donner la nourriture à ses larves. Lorsque celles-ci, après nymphose, sont devenues adultes, la mère cesse de sortir, et l’on ne voit plus sur les fleurs et sur les arbres suintants que des ouvrières très-reconnaissables à leur plus faible taille. La mère, dont la ponte doit devenir bien plu nombreuse, n’aura plus d’autre occupation, et devient dès lors pareille à la reine-Abeille; nourrie par ses premiers enfants, elle ne s'occupe plus ni de la bâtisse, ni de l’alimentation des larves, soins qui incombent désormais aux ouvrières seules.
Les ouvrières doivent agrandir le nid, et, quand il est souterrain, sont obligées à un travail considérable de creusement. On voit alors fréquemment les Guêpes sortir par l’ouverture extérieure, en tenant entre leurs mandibules une parcelle de terre qu'elles emportent au loin en volant. Dans les terrains calcaires, ce travail est souvent augmenté par la présence de petites pierres. Celles qui n’excèdent pas deux fois le poids de la Guêpe (l'ouvrière de Vespa germanica pèse 8 à 10 centigrammes, la femelle féconde 35 à 40) sont transportées loin du nid; celles plus grosses, de 30 à 40 centigrammes, que l'insecte peut seulement traîner, sont amoncelées à l'entrée du guêpier, dont elles décèlent souvent l’existence. Les grosses pierres, minées en dessous, descendent à la base de la cavité du nid; enfin, les pierres par trop fortes sont, ou contournées, ou enchâssées dans le guêpier.
Les ouvrières augmentent le rayon commencé par la mère fondatrice en ajoutant de nouvelles cellules à sa circonférence, consolident le pétiole de suspension, qui aboutit ordinairement au centre de ce rayon, et en ajoutent d’autres, fixés à la voûte de la cavité du nid, s'ilest souterrain, sur divers points de la partie supérieure de ce même rayon, les deux extrémités de tous ces pétioles étant élargies pour augmenter la surface adhésive. Un second rayon est ensuite construit par les ouvrières, toujours du centre à la circonférence, fixé au premier par des piliers en nombre suffisant, un intervalle étant ménagé entre les deux rayons, juste suffisant pour la circulation des insectes, la partie supérieure des piliers étant toujours construite de manière à ne fermer aucun alvéole. Plus tard de nouveaux rayons sont placés au-dessous des premiers, maintenus par des piliers, leur nombre total pouvant s'élever à dix ou douze, s'il n’y à aucun obstacle dans le sens vertical, les rayons les plus larges
étant ordinairement ceux qui se trouvent au milieu de la hauteur du nid; si, au contraire, le développement du guêpier est gêné dans ce sens, mais si la place libre existe dans le sens horizontal, les rayons sont alors très-étendus, mais peu nombreux.
Les rayons supérieurs, façonnés par les ouvrières de plusieurs générations, n'ont que des cellules de la plus faible dimension, destinées uniquement aux larves d’ouvrières; les rayons inférieurs, les derniers édifiés, contiennent au contraire des cellules destinées aux larves de mâles et de femelles fécondes, ces dernières recevant peut-être une nourriture spéciale. Ces cellules sont plus profondes que celles des ouvrières, et en outre, pour la plupart des espèces de Guêpes, les cellules de femelles sont plus larges. Ainsi, chez Vespa germanica, le double apothème des cellules d’ouvrières est de 4,5 à 5 millim. et le diamètre de 5 à 5,5, tandis que pour les cellules de femelles, la première longueur est de 6,5 à 7 millim. et la seconde de 7 à 7,5. Le plus souvent les rayons n’ont que des cellules d’un même diamètre ; quelquefois, cependant, les larges rayons ont un mélange de grandes cellules de femelles et de cellules plus étroites de mâles.
Les ouvrières augmentent également l’enveloppe du nid dans les proportions nécessaires, lui donnant parfois plus de dix couches de feuillets, sur une épaisseur totale variant de 1 à 3,5 centimètres. Des piliers latéraux fixent l'enveloppe aux rayons et maintiennent entre elle et ces derniers un espace suffisant pour rendre facile la communication entre les divers étages des rayons superposés. A la partie inférieure de l’enveloppe est ménagée une ouverture à peu près de la largeur du doigt, destinée à l’entrée et à la sortie des Guêpes; parfois il y a deux ouvertures. En outre, si le nid est souterrain, le trou d’entrée et de sortie communique avec le dehors par une galerie de longueur et de largeur variables, rarement en ligne droite, et dont la longueur rectifiée dépasse quelquefois 50 centimètres : c'est un grand obstacle à l’introduction des insectes ennemis, l'entrée du nid étant, en outre, au moins pendant le jour, défendue par de vigilantes sentinelles. La partie extérieure de l'enveloppe des nids souterrains ne touche pas à la voûte ni aux parois; elle reste séparée par un intervalle de 4 à 2 centimètres, et des piliers plus ou moins nombreux fixent les parois supérieures et latérales de l'enveloppe à celles du creux souterrain.
Si nous revenons à la mère fondatrice du nid, dès qu’elle a construit les premières cellules, les centrales du haut, nous observerons qu’elle pond ur œufoblong dans chacune de ces cellules encore peu profondes, et que, quelques jours après, a lieu l'éclosion des jeunes larves, que la mère alimente, en même temps qu'elle prolonge par le bas la profondeur des cellules à mesure que se développent les larves. Celles-ci ont les pièces buccales plus fortes que les larves d'Abeilles, en raison des aliments plus consistants qu'elles reçoivent. A la région antérieure du crâne sont deux ocelles brillants, et au-dessous un labre échancré au
milieu et cachant en partie la cavité buccale ; de chaque côté de la bouche sont deux mandibules assez dures, arquées, bidentées au bout, et plus bas une lèvre inférieure trilobée, dont le lobe du milieu est un peu concave et amène les liquides à la bouche. La mère, ou plus tard l’ouvrière qui donne la becquée aux larves, broie un peu, avec ses mandibules, les parties solides de ces aliments, et les avale même souvent avant de les leur dégorger. Les larves, fixées au fond de la cellule par l’extrémité de l'abdomen, sont placées la tête en bas. Quand leur croissance complète est achevée, elles se retournent, tapissent d’une légère couche de soie le fond et les parois de la cellule, reprennent leur première position, et ferment les cellules en tissant sur l’ouverture un couvercle de soie plus épais, formé de deux couches superposées. Ce ne sont pas la mère ni les ouvrières qui mettent l’opercule aux cellules. La nymphose s'opère au bout de quelques jours dans cette cellule hermétiquement close. La nymphe se colore peu à peu, en commençant par les yeux, comme celle de l’Abeïille (Swammerdam), et lorsque l’adulte est assez développé, il ronge les bords de l’opercule avec ses mandibules, et sort de sa prison. Pendant quelque temps après leur éclosion, les couleurs jaunes des Guêpes sont plus pâles qu’elles ne le seront par la suile. A peu d’exceptions près, toutes les larves, les nymphes et les insectes parfaits non sortis des cellules ont une position symétrique dans celles-ci, et présentent les mandibules tournées vers le centre du rayon.
Dès que les premières ouvrières nées remplacent la mère dans ses fonctions d'architecte et de nourrice, elles nettoient les cellules à mesure qu’un insecte en est sorti, afin que la femelle y ponde un nouvel œuf. Comme les Guêpes agrandissent les gâteaux du centre à la circonférence, la ponte de la mère se fait en spirale, comme pour la reine Abeille, à partir de la cellule centrale, et le développement des jeunes suit la même marche que la ponte. Il en résulte, la ponte recommençant toujours à partir du centre, qu’il y a un moment où les Guépes les plus avancées en développement se trouvent entre le centre et la circonférence, puis viennent celles de la circonférence, les moins avancées étant alors au centre; un peu plus tard les insectes les plus développés sont à la circonférence, ceux d’un développement intermédiaire sont au centre, et enfin les moins avancés sont entre le centre et la circonférence.
La femelle ne pond ordinairement qu’un œuf par cellule; cependant M. A. Rouget a observé plusieurs fois, à la fin de l'été ou en automne, des nids de Vespa germanica où les cellules libres contenaient plusieurs œufs. A la fin d’août ou au commencement de septembre, on trouve dans les guëpiers des mâles, puis des femelles, qui, après quelques jours de station, en sortent successivement jusqu’à la fin d’octobre, et même jusqu'aux premiers jours de novembre, si la saison est favorable. C’est du 20 septembre au 10 octobre que la population des guépiers est le
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plus forte. D’après Lepeletier de Saint-Fargeau, on compte alors, pour les espèces'souterraines, qui sont les plus nombreuses en individus, de deux à trois mille Guêpes, dont trois ou quatre cents sont des mâles ou des femelles fécondables, les premiers un peu plus nombreux. Aux premières gelées blanches de l’automne, les ouvrières tuent et emportent hors du nid les larves qui ne pourraient plus achever leur développement. Au reste, cette destruction ne tient pas seulement à la température, car elle varie d'époque d’un guépier à un autre, et elle ne paraît pas s'étendre aux larves des Guêpes femelles, qu’on peut encore observer dans les nids, même à la fin d'octobre. Parfois les sociétés de Guêpes sont anéanties avant la période ordinaire de leur durée, soit par desinfiltrations d’eau, soit par les larves carnassières de Volucelles (Diptères, Syrphiens), soit par la mort de la femelle fondatrice du nid, dont les habitants perdent alors leur activité et désertent le nid. A partir de la seconde quinzaine d'octobre, la population des guêpiers décroîit rapidement, et ils sont vides aux premiers froids vifs.
Un certain nombre d'insectes habitent dans les guëêpiers, en même temps que leurs constructeurs et légitimes propriétaires (1). On rencontre dans les nids de Frelons un Staphylinien, le Quedius dilatatus, Fabr. Ce sont surtout les nids construits dans des arbres creux, avec une ouverture pas trop large et dont la partie inférieure est garnie d’un épais terreau de détritus de bois pourri, qui fourniront à l’entomologiste amateur le plus de chance de rencontrer ce rare Coléoptère. On est aidé dans la recherche de ces nids en observant avec soin les Frelons dans un endroit limité, par exemple dans une allée de bois où ils font la chasse aux insectes, sur les arbres morts, où ils prennent des matériaux pour construire leurs nids, sur les arbres malades à suintements ou dont les feuilles sont chargées de Pucerons, etc. On regarde la direction que prennent, pour retourner à leurs nids, ces insectes, souvent porteurs de proies ou de provisions. On peut se procurer le Coléoptère soit à l’état parfait, soit à celui de larve qu'on élèvera. Cet insecte devient adulte au commencement de juin, mais c'est à partir de la seconde quinzaine de juillet qu'il faut le rechercher, quand les guêpiers de Frelons sont assez développés. On peut parfois trouver ce Coléoptère hors de ces nids, ainsi volant le soir en suivant les Frelons à la piste ou bien la nuit sur les écorces des Chênes et visitant les nids soyeux des Processionnaires de ces arbres (M. Chevrolat), ou sous les pierres, ou au pied des arbres, enfin dans le terreau de l'extérieur des nids de Frelons, dont il sera sorti. Le meilleur moyen de se le procurer est d'explorer le nid lui-même.
On peut rechercher le Quedius dilatatus, soit à l’état parfait, soit à
(1) A. Rouget, Sur les Coléoptères parasites des Vespides (Mém. de l'Acad. des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, 3° sér., 1871-1873, partie des sciences, p. 161 et suiv.).
celui de larve. Bien que ce Staphylinien soit adulte dès le commencement de juin, les nids de Frelons étant très-peu apparents à cette époque, il est bon d’attendre la seconde quinzaine de juillet. Si le nid a deux ouvertures, on retire avec une baguette, par le trou inférieur, les Coléoptères qui tombent souvent dans le détritus du bas du nid : ce moyen est assez hasardeux. Il est préférable, ou de fouiller tout le nid en se munissant du masque et des gants des apiculteurs, ou d’anesthésier avec des tampons de benzine ou d’éther, ou de chloroforme, les redoutables habitants. La récolte des larves se fait surtout à l'arrièresaison, dans les nids vides de leurs habitants ou à peu près, en examinant soit les rayons, soit le terreau de détritus de la partie inférieure. On garde ces larves, pendant l'hiver, dans des détritus du nid humectés; elles deviennent nymphes au printemps, puis adultes en juin.
On a cru longtemps que le Quedius, tant à la phase larvaire qu’à l’état adulte, se nourrit de larves vivantes de Frelons. M. A. Rouget a reconnu au contraire que cet insecte ne peut compter parmi nos auxiliaires naturels destinés à restreindre le nombre des Frelons. Il vit seulement de divers détritus et excréments, soit des Frelons, soit d’autres insectes de leur nid. La larve mange les résidus noirs que laissent au fond des cellules les larves des Frelons se changeant en nymphes et les nymphes devenant adultes; on la voit souvent enfoncée dans les cellules vides, la tête au fond et la partie opposée retenue à l'ouverture, au moyen du prolongement anal ou pseudopode.
Cette larve se nourrit aussi des déjections liquides rejetées par les Frelons à l'état parfait, et qui sont accumulées dans les détritus du bas du nid, dans lesquels on rencontre le plus de larves de Quedius. La nourriture du Coléoptère adulte doit être dans le nid analogue à celle de sa larve, et, sans doute, comme il sait en sortir, il se repait au dehors de matières animales et végétales décomposées, à la façon de ses congénères ; en captivité, on peut le conserver plusieurs mois en le nourrissant de toutes sortes d'insectes récemment tués.
D'autres habitants des nids du genre Vespa sont au contraire des agents de destruction de leurs larves, et, par suite, d’utiles auxiliaires pour nous. Les nids souterrains des Vespa vulgaris et germanica renferment à tous ses états un étrange Coléoptère, le Rhipiphorus paradoæus, Linn. On le rencontre parfois, sous la forme adulte, dans le voisinage de ces nids, sur les arbustes ou cramponné aux herbes, mais le plus certain est de visiter les nids eux-mêmes. On les trouve principalement dans les prés, au bord des chemins peu fréquentés et garnis d'herbes; surtout quand les talus sont exposés au sud ou à l'est, au bord des vignes, sur les friches, les coteaux, à la lisière des bois et dans les coupes, etc. En suivant le vol des Guêpes et remarquant sa direction la plus constante, on est facilement conduit à l’entrée de leurs nids souterrains. On peut rechercher le parasite de deux manières. Après avoir engourdi les Guêpes par une substance anesthésique, on sépare les
rayons du nid et l’on débouche avec précaution, une à une, les cellules fermées. On obtient le Rhipiphorus, soit adulte et plus où moins immature avant sa sortie de la cellule, soit en nymphe, soit en larve, un peu plus blanche que celle de la Guêpe. On peut au contraire emporter le guêpier tout entier, avec ses habitants, dans une boîte convenable avec une petite ouverture, et nourrir les Guêpes, soit avec des fruits sucrés, soit avec de la glycose ou de la cassonade. On attend alors tranquillement l’éclosion de tous les Coléoptères adultes, qu’on recueille, soit au sortir du nid, soit en fouillant celui-ci à la fin de la belle saison.
M. A. Rouget a vu pondre la femelle de cette espèce renfermée dans un tube; elle donna, en dix jours environ de la fin d'octobre, cinq cents œufs, en tas inégaux, fixés sur le papier chiffonné mis dans le tube au moyen d’une substance visqueuse. Ils étaient blancs et oblongs et d’environ 0,5 millim. de long sur 0,4 millim. de large. Cette ponte a lieu au moyen d’un oviducte assez long terminé en pointe. Les larves de Rhipiphores se nourrissent de celles des Guêpes; les cellules où on les trouve n’offrent aucun trou sur les parois et sur leur opercule, qui st filé par la larve de Guêpe à toute sa croissance. C’est donc au moment où celle-ci est prête à s’operculer que la larve du Rhipiphore pénètre dans la cellule, peut-être même à l’état d’œuf déposé par la mère. Elle suce peu à peu la larve de Guêpe, en commençant par le thorax, et la vide. On rencontre parfois les deux larves dans la même cellule, l'une victime de l’autre, celle de la Guêpe diminuant à mesure que s’accroît celie du Rhipiphore. Les grands exemplaires de Rhipiphores proviennent des cellules de femelles à grosses larves, les moyens des cellules de mâles, les petits des cellules d’ouvrières. Comme les Rhipiphores, aussitôt sortis des cellules, cherchent à quitter le guêpier, il est probable que leur accouplement se fail au dehors, puisque la femelle fécondée rentre dans le nid pour opérer sa ponte. Il est probable qu'on trouvera le même Coléoptère dans le guêpier souterrain de Vespa rufa; il n’a pas été rencontré dans les guêpiers aériens des Vespa silvestris et media. On trouve deux variétés principales du Rhipiphore, l’une propre au mâle, l’autre à la femelle, et surtout, paraît-il, dans les nids de Vespa vulgaris.
Le Trichodes alvearius (Coléoptère) et sa larve rouge, parasite habituel des nids de Chalicodoma muraria, a été signalé dans les guêpiers, mais accidentellement.
Un Hyménoptère, le Tryphon Vesparum, Ratzeburg (Ichneumoniens), peut, en certaines circonstances, causer de grands ravages dans les nids de Guêpes. Sa larve, provenant sans doute d’un œuf déposé dans la cellule, sous la larve de la Guêpe à peu près à toute sa croissance, ou probablement à l’intérieur même de celle-ci, lui ronge l’abdomen, et se construit uné coque au fond de la cellule. La larve de Guêpe a pu cependant clore son alvéole et: devenir nymphe, qui se dessèche peu
à peu. M. À. Rouget a trouvé dans des guêpiers de Vespa germanica plusieurs milliers de cellules occupées par des larves ou par des cocons de l’Ichneumonien, tant dans les cellules d’ouvrières que dans celles des femelles.
Les Diptères nous apportent un autre contingent d’auxiliaires dans le genre Anthomyia (E. Perris), et surtout dans le genre Volucella (Syrphiens ) (4). Trois espèces de ce genre hantent les nids souterrains des Guêpes et ceux des Frelons qui sont dans les arbres. Ce sont les Volucella zonaria, Poda, inanis,'Linn., et pellucens, Linn. Les deux premières espèces ont l’aspect vespiforme par leurs bandes alternées jaunes et noires, et l’on pourrait croire que cette analogie de livrée est destinée à leur faciliter l’entrée des guêpiers en trompant les sentinelles; mais la troisième espèce, avec l'abdomen blanc et transparent, comme une vessie, n’a plus aucune ressemblance. Il faut se défier de ces conclusions prématurées, séduisantes pour l'imagination, mais contre lesquelles s'élèvent des faits positifs. Les Volucelles femelles, blotties dans l'herbe guettent, pendant des journées entières l’entrée des guêpiers. La sentinelle, furieuse, fond sur la Mouche qui se présente près de l'orifice. La Volucelle s'envole sur les fleurs voisines pour y manger un peu de nectar ou de pollen, et retourne bientôt à son embuscade. C'est probablement lors du sommeil des Guêpes qu'elles pénètrent le plus aisément. Elles pondent leurs œufs sur les enveloppes de carton du guêpier, et les petites larves pénètrent à l’intérieur. On voit bientôt de gros vers grisâtres, épineux, aveugles, ramper entre les cellules du couvain ; leur tête brise les opercules, et ils dévorent les larves ou les nymphes dans leur coque soyeuse. Ces larves se meuvent grâce à des séries paires de disques ovales placés sous leur corps, et qui sont des pattes membraneuses, à couronne de crochets analogues à celles des chenilles. Si les Guêpes rencontrent ces larves, aussitôt celles-ci rertrent la tête, contractent leurs anneaux, et offrent partout une peau épaisse, pleine de plis et d’épines, à l'abri de l’aiguillon et des mandibules. A l'entrée de l'hiver, les larves de Volucelles sorties des guëêpiers se mettent en terre et y passent la saison froide dans l’engourdissement ; elles remontent au printemps, deviennent des pupes immobiles dans leur peau durcie, et les adultes éclosent d'avril à juillet et s’accouplent; aussitôt fécondées, les femelles entrent dans les guëpiers, et le cycle de la vie de ces auxiliaires recommence, en limitant la funeste multiplication des Guêpes.
D’autres Diptères, les Conops, parviennent aussi à s’introduire dans les nids des Guêpes souterraines comme dans ceux des Bourdons; ils semblent y réussir sans obstacle de la part des Guêpes, qui sortent en même temps que les Conops entrent, et sans les repousser. Il y a har-
(1) 3. Künckel, Recherches sur l’organisation et le développement des Insectes diptères du genre Volucelle. Paris, 1875, G. Masson,
monie prédestinée, comme pour beaucoup de parasites et de carnassiers des nids. Les larves des Conops se développent à l’intérieur du corps des Guêpes. Il est probable que les Myopa, autres Diptères, ont un rôle analogue.
Dans les guêpiers abandonnés vers le milieu de l’automne on rencontre souvent des Coléoptères vivant de détritus animalisés des genres Homalota, Oxypoda, Cryptophagus; mais ces insectes ne sont pasde vrais parasites des guêpiers. Il faut joindre, aux insectes précédemment cités au nombre des destructeurs de Vespides, de grosses Araignées et des Acariens ; parmi les Oiseaux, le Guêpier et la Bondrée, et, parmi les Mammifères, le Renard et la Musareigne.
Nous devons indiquer, parmi les espèces du genre Vespa, celles d’abord qui sont le plus répandues en Europe, en choisissant parmi elles les types de coloration les plus habituels, car il nous est impossible d'indiquer les très-nombreuses variations de la répartition du jaune et du noir dans les mêmes espèces, aussi bien pour le genre Vespa que pour le genre Polistes. Les deux espèces du genre Vespa les plus fréquentes dans nos environs sont les V. vulgaris, Linn., et germanica, Fabr., confondues sous le nom de la Guépe commune, offrant des femelles ayant en moyenne 14 millim. de long et 36 d'envergure, des ouvrières de 18 et 24, des mâles de 13 et 33. Elles construisent des nids en terre dont les rayons sont entourés de feuillets papyracés. Ce sont deux espèces très-voisines, peut-être deux races, au point que leur séparation est très-difficile {1). Toutes deux ont le thorax noir, sans roux, et l'abdomen sans roux, les yeux atteignant la base des mandibules, les antennes entièrement noires dans la femelle et l’ouvrière, ayant le premier article jaune en avant chez les mâles, l'abdomen avec des bandes jaunes et des points noirs, On peut dire d’une manière générale que les deux sexes de V. vulgaris se distinguent par leur chaperon jaune, avec une marque noire en forme d’ancre, ou de hache, ou de bouteille, et la bordure jaune , contiguë au bord postérieur des yeux, tachée de noir ou échancrée en arrière. Dans ceux de V. germanica, le chaperon est jaune, avec un ou trois points noirs, ou entièrement jaune, ou jaune avec une petite ligne noire qui descend jusqu'au milieu, et se dilate parfois à sa partie inférieure, la bordure jaune contiguë au bord inférieur des yeux étant d’égale largeur. Les deux espèces ou races semblent se confondre dans certaines variétés, et même s’entrecroiser, c'est-à-dire que les variétés de l’une représentent l’état normal del’autre. En outre, la femelle de V. germanica atteint souvent une taille plus grande que celle de V. vulgaris, et les antennes du mâle sont un peu plus longues et plus épaisses. Dans les trois formes de V. vulgaris, le duvet pubescent est un peu plus épais que dans l’autre espèce ou race.
(4) Fr. Smith, On the specific difference of Nespa vulgaris, Linn., and Vespa germanica, Panzer (Newman Zoologist, 1851, t. IX, p. CLXXIHII-CLXXIX).
Il y a quelques différences dans les mâles. Chez celui de V. vulgaris, le dernier segment ventral est assez profondément émarginé au bout, et subexcavé dorsalement à sa partie postérieure, avec une étroite incision médiane au bout ; Le forceps extérieur est de chaque côté prolongé en dent au bout, et muni d’un long prolongement poilu, les flèches longues, dilatées circulairement au bout, moins convexes en dessous. Le mâle de V. germanica a le dernier segment ventral moins émarginé, le forceps extérieur plus prolongé intérieurement, en dent avant le bout, barbu, les flèches incisées au bout, fortement convexes en dessous, semi-globuleuses, munies d’une fente étroite.
D’après M. A. Rouget, et sans prétendre généraliser ce qu'il a observé aux environs de Dijon, V. vulgaris est moins répandu dans la campagne et plus commun, au contraire, dans les bois, que V. germanica. Les nids, plus petits et moins peuplés, ont des matériaux analogues à ceux du Frelon, consistant principalement en parcelles de bois décomposé et d’écorce d'arbre; ils sont, à raison de leur nature cassante et friable, employés par l’insecte en couches un peu plus épaisses que ceux qui composent le nid de V. germanica. Les mâles et les femelles sortent aussi du nid un peu plus tard que ceux de cette dernière espèce, et les ouvrières arrachent aussi plus tard leslarves des cellules. Les nids, plus faciles à rencontrer, de V. germanica sont le plus souvent en terre, plus rarement dans les arbres creux, dans les vieux murs, sous lestoits, soit à extérieur, sous les parties en saillie et sous les hangars, soit à l’intérieur dans les greniers, dans les chambres inhabitées et mal closes, et alors à l'angle des murs ou du plancher, ou dans l’embrasure d’une fenêtre, dans les cheminées, etc. Les matériaux consistent en fibres ligneuses de bois roui longtemps à l'air et à la pluie, comme les barrières de clôture et les échalas des vignes. La couleur des nids est grise et la consistance analogue à celle du papier brouillard; la matière en est souple et disposée en couches minces.
Un nid de V. germanica, de la collection du Muséum, retiré d’une cavité du sol, offre un immense développement de l'enveloppe celluleuse. Celle-ci, très-irrégulière, se compose de grandes feuilles d’un papier gris groupées sans ordre en couches concentriques, probablement dans le but de remplir entièrement l’excavation qu'occupait le nid, et de le protéger contre l’infiltration des eaux. Le plus souvent les nids de cette espèce sont sphéroïdes et d’un diamètre de 30 centimètres. D'autres, déformés en raison d'obstacles, atteignent parfois 40 centimètres, soit en hauteur verticale, soit en largeur horizontale. Ils peuvent avoir, quand leur grand axe est vertical, jusqu’à douze rayons. Le nombre des cellules excède quelquefois 20,000. La population des plus grands nids est considérable et analogue à celle d’une bonne ruche d’Abeille, et le poids atteint alors plusieurs kilogrammes. Les mâles et les femelles commencent à paraître dès les premiers jours de septembre, et sortent successivement du nid jusqu’à la fin d'octobre, ou même les premiers jours
de novembre, et le nombre des femelles fécondables provenant d'un nid dépasse souvent 2000. Fort heureusement qu’un grand nombre d’elles périssent avant d’avoir pu fonder un nid au printemps suivant. Cesdifférences de mœurs et de nidification sont un grand argument en faveur de la distinction spécifique. On rencontre V. vulgaris dans toute l'Europe, y compris la Laponie, aux îles Canaries et dans le nord de l’Amérique ; cette Guêpe est indiquée comme ne se trouvant pas au nord de l'Afrique; cependant son existence y serait plutôt probable ; la zone V. germanica est plus étendue. Elie comprend toute l'Europe avec la de Laponie, l'Amérique du Nord, la Syrie, les Indes orientales. Cette espèce estcommune dans toute l'Algérie, particulièrement aux environs d'Alger et d'Oran, où on la rencontre pendant l'hiver et une grande partie du printemps, en raison de la différence de climat (H. Lucas).
Notablement moins commune est V. rufa, Linn., ou la Guépe rousse, qui habite de préférence les bois et construit des nids souterrains peu volumineux et médiocrement peuplés, ayant la couleur et la consistance de ceux de V. germanica. Souvent de taille un peu plus petite que cette dernière espèce, elle se distingue essentiellement des deux espèces précédentes en ce que l'abdomen n'est pas exclusivement jaune et noir, mais porte du roux à ses deux premiers segments, entre la base noire et le bord jaune ; quelquefois ces segments deviennent roux en entier. Ce caractère n’est pas toujours très-marqué dans la femelle, mais toujours la base du dos du premier segment est rousse cu jaune, jamais noire en entier, sice n’est parfois au milieu où elle est échancrée de cette couleur. Une variété ne porte pas de roux, mais se reconnait toujours à la seconde bande jaune du premier segment de l’abdomen qui subsiste. Les yeux, prolongés jusqu'à la base des mandibules, ont une bordure jaune contiguë seulement à la partie supérieure de leur bord postérieur, et non prolongée jusqu'à la partie inférieure de ce bord, comme chez V. vulgaris et germanica; le plus souvent il y a une ligne ou un point jaune à la partie inférieure de ce bord. Le corselet de V. rufa est noir, velu, et n’a jamais de taches HARIROE EN et presque jamais de BU sur le postécusson.
La Guêpe rousse diffère du Frelon, outre sa taille beaucoup plus petite, par ses épaules et son écusson noirs et jaunes, et non roux, par sa tête et ses antennes noires, etc. Le mâle a le dernier segment ventral largement arrondi au bout, et se distingue sûrement par les flèches de son armure Copulatrice, dont le bout n'est pas émarginé au milieu. A consulter, pour cette espèce, Fr. Smith : Observations sur les mœurs des V. norvegica et rufa (Newman Zoologist, 1852, t. X, p. 3699 à 3703), — sur la manière dont V. rufa bâtit son nid Fa Zoologist, 1856, t. XIV, p. 5169 à 5174). L'espèce V. rufa est de toute l'Europe, y compris la Laponie, et aussi d'Algérie (A. Dours).
Dans les espèces précédentes du genre Vespa, le pronotum n’a pas de carène transverse élevée; les antennes des mâles sont simples. Un autre
groupe présente les yeux dont l'extrémité inférieure est éloignée de la base des mandibules par un espace distinct, les antennes simples chez le mâle, le pronotum avec une ligne élevée ou carène, noire, transverse et parallèle au bord postérieur des yeux. Une espèce de ce groupe, du nord de l’Europe, de Suède, d'Angleterre, de France, dans les Vosges (D' Puton), est V. norvegica, Fabr. C’est une Guêpe noire, variée de jaune et poilue ; les antennes de la femelle sont noires, le chaperon avec une grande tache noire, les segments de l’abdomen bordés de jaune, les deux premiers avec une grande tache rousse de chaque côté, bien apparente surtout au second, les jambes antérieures avec une tache noire en dessous. Par les taches de l'abdomen, cette Guêpe rappelle V. rufa, mais les autres caractères l’en distinguent, notamment le dessin du reste de l’abdomen. Plus important pour nous dans le même groupe, car on le trouve près de Paris et dans toute la France, est V. silvestris, Scopoli (syn. holsatica, Fabr., arbustorum, E. Blanch.) Son nid, suspendu aux toits des maisons ou aux branches des arbres, est plus ou moins sphéroïde, composé d’une triple enveloppe grise, de couches concentriques régulières, sous laquelle est un noyau de gâteaux. Il a été figuré par Réaumur, par Latreille, par M. de Saussure, et est trèscommun dans les collections. Il est percé au bas d’un seul orifice.
Le nid de V. silvestris très-récent est fixé renversé par un pétiole à la branche qui lui sert d'appui, et offre une première coque papyracée interne, entourée d’une seconde coque extérieure très-incomplète. A l'intérieur, et porté par le pétiole prolongé, est un groupe en cupule renversée d'une dizaine de cellules hexagonales. Puis la seconde enveloppe, presque achevée, entoure la première, et une troisième est commencée autour du pétiole d'attache, etc.
La Guêpe est longue de 45 millim., avec envergure de 32 (femelle), de 10 et 24 (ouvrière), de 12 et 30 (mâle), noire, variée de jaune, sans roux, les mandibules éloignées des yeux. La femelle a le chaperon finement ponctué, entièrement jaune ou avec un petit point noir, subtronqué au bout, les antennes noires, ferrugineuses en dessous, le premier article jaune en avant; le postécusson noir, l'abdomen avec des bandes un peu triémarginées, les ailes un peu ferrugineuses. Le mâle a le funicule des antennes entièrement noir, les articles du fouet cylindriques ; le dernier segment ventral de l'abdomen tronqué et subarrondi au bout, sans fossette à la base ; le forceps extérieur de l’armure copulatrice presque glabre ; la lacinie, longuement éperonnée, dépassant un peu les flèches ; celles-ci défléchies et parallèlement convexes vers le bout, ce bout obtusément arrondi, séparées par une petite fente circulaire. Le corps de la femelle est très-velu, à poils ferrugineux; l’abdomen de l’ouvrière fort peu velu. L'espèce est de toute l'Europe, moins peut-être la Laponie.
Le dernier groupe de Guêpes européennes comprend les espèces de la plus grande taille. Leur pronotum présente une ligne élevée ou carène,
jaune ou rousse, transverse et parallèle au bord postérieur des yeux, les antennes du mâle ont quelques articles munis latéralement en dessous d’un tubercule. La principale espèce de ce groupe est V. Crabro, Linn., le Frelon du langage vulgaire, la Guépe frelon de Geoffroy, the Hornet des Anglais, dont la femelle est longue de 22 millim. et plus, avec envergure de 55, le mâle et l’ouvrière longs de 18 à 20 millim., avec envergure de 48. Cette espèce est souvent trop commune et de toute l’Europe, y compris la Laponie ; elle existe dans l'ouest et le sudouest de l'Angleterre. Elle est très-distincte des autres Guêpes européennes par sa grande taille, sa tête dilatée derrière les yeux. La pubescence est fauve, le chaperon jaune, le reste de la tête roux, ainsi que la base des antennes; le thorax noir, varié de roux, notamment aux lobes du pronotum, à l’écusson, avec deux lignes ou taches rousses sur le mésothorax ; les ailes supérieures un peu jaunâtres ; les pattes rousses ; l’abdomen brun, avec les segments largement bordés de jaune. Le mâle a le limbe du pronotum noir, le chaperon tronqué et subarrondi au bout, quelques articles du fouet de l'antenne ayant en dessous deux petits tubercules s’élevant peu à peu vers le bout, de sorte que ces articles paraissent comme crénelés ; les forceps de l’armure génitale sont conjoints au bout aux flèches, ayant de chaque côté des lobes dilatés circulairement, séparés au milieu par une incision profonde, presque ‘semi-circulaire, les forceps externes dépassant les flèches, à bout largement arrondi, à poils fauves, la lacinie légèrement éperonnée. Le Frelon établit son nid principalement dans les arbres creux, quelquefois dans la terre ou sous de grosses racines, dans les poteaux pourris, dans les vieux murs, sous les toits de chaume, dans les cheminées, dans les ruches vides, ete. Comme il est formé de parcelles de bois mort et déjà décomposé, sa consistance est friable ; aussi l’insecte dispose la matière en couches d’une certaine épaisseur. Quand les nids sont placés simplement sous un abri, comme le toit d'un bâtiment, ils ont une enveloppe consistant en une seule couche. Si au contraire ils sont dans une cavité close de toutes parts, avec des rayons proportionnés à son volume, les parois de la cavité tiennent lieu d’enveloppe, et sont quelquefois revêtues d’une couche de matière semblable à celle qui compose le nid ; des piliers latéraux lient alors les rayons à ces parois, en maintenant entre celles-ci et la circonférence des rayons un espace suffisant pour permettre la communication d'un étage à l’autre. Quand le nid n'est protégé qu’en partie par les parois de la cavité, la portion libre est seule pourvue d’une enveloppe; parfois les nids ont une enveloppe épaisse, munie d’intervalles celluleux, et dans les nids souterrains le haut de la cavité est quelquefois garni d’une mousse sèche assez serrée.
Les cellules destinées aux femelles de V. Crabro n'ont pas un plus grand diamètre que les autres ; mais leur volume interne, ainsi que celui des cellules destinées aux mâles, se trouve augmenté par la très-grande
convexité de l’opercule tissé par la larve sur l’ouverture de son alvéole, et sans doute aussi par la plus grande profondeur de celui-ci. Le double apothème d'une cellule est d'environ 10 à 10,3 millim., et le diamètre de 11 à 11,5. Au commencement de juin, les nids, très-peu volumineux, ne contiennent encore que la femelle fondatrice. Les cellules, au nombre de 15 à 20, forment un petitrayon circulaire d'environ 5 à 6 centimètres de diamètre, recouvert d’une enveloppe simple; 4 ou 5 cellules médianes sont seules closes, ce qui indique qu’elles ont seules constitué le début du nid, les autres contenant des larves d'autant plus petites qu’elles s’éloignent davantage du centre. Au commencement de juillet, il n'existe qu'une douzaine d’ouvrières dans le nid, les premières écloses vers le milieu de juin. Dans la seconde quinzaine de juillet, les nids ontordinairement quatre ou cinq rayons, et 40 à 70 ouvrières, parfois beaucoup moins. Le maximum depopulation est dans laseconde quinzaine de septembre ou au commencement d'octobre. Le nombre des rayons peut, à cette époque, s'élever jusqu'à dix, et le diamètre des plus grands dépasser 20 centimètres, il y a alors souvent plus de 300 ouvrières par nid, et un nombre très-variable de mâles et de femelles, de sorte que, à cette époque, la population totale, y compris les larves et les nymphes, dépasse ordinairement le chiffre de 1000 individus. Vers la fin d'octobre ou au commencement de novembre, la population ayant disparu peu à peu, les nids de V. Crabro ne tardent pas à devenir complétement déserts.
Malgré l'extrême irascibilité des Frelons, surtout quand on dirige son souffle sur eux, ces insectes sont susceptibles de s’apprivoiser dans une très-large mesure, si l'on a prisle nid à son début et si l’on en tient les habitants en captivité ou en demi-captivité ; il faut pour cela avoir soin de les regarder et de les toucher très-souvent, et de leur donner directement des morceaux de fruit ou de sucre mouillé, principalement aux sentinelles et aussi aux larves. C’est par des pratiques analogues qu'on parvient à s'approcher des nids, et même à les visiter, pour les autres espèces de Guêpes.
Une espèce assez voisine du Frelon, mais beaucoup plus rare, est V. media, de Geer, très-poilue, noire, ornée de jaune, les antennes jaunâtres en dessous, le thorax varié de ferrugineux. Elle se distingue de V. Crabro par sa taille plus petite, 15 à 20 millim. chez la femelle, 13 à 15 dans les deux autres formes ; par le premier article des antennes, qui estnoiret jaune etnon roux, pour le premiersegment de l'abdomen, qui est noir, bordé de jaune, et non roux, avec une ligne jaune, etc.; des V. vulgaris et germanica, par le dessus du prothorax, qui est entièrement roux, par le premier article des antennes, qui est jaune en avant, avec le troisième article presque entièrement jaune; par le dessous des antennes, qui est jaune ou ferrugineux ; par le second segment de l’abdomen, qui n’a pas de tache noire sur sa bordure jaune. Le mâle a le chaperon non émarginé médianement au bout, les antennes ayant les
articles du fouet aplatis en dessous, et quelques-uns offrant extérieurement un petit tubercule, les flèches dilatées, subdéfléchies au bout, séparées par une fente lancéolée, la lacinie peu poilue, à long éperon, dépassant peu les flèches. Cette espèce, qui manque dans les Iles Britanniques, est surtout du nord de l’Europe, très-rare aux environs de Paris ( Versailles, Saint-Germain), assez rare près de Dijon, etc. Elle habite surtout les bois et les grands jardins, et suspend son nid aux branches des arbres et des arbus!es, ou sous la corniche du toit des maisons. Ces nids, figurés par de Géer, sont papyracés et de couleur grise, l'enveloppe formée de couches minces continues et superposées. Ils sont d’un volume peu considérable, ovoïdes ou pyriformes, l’ouverture située à l'extrémité de la partie rétrécie, qui est toujours en bas. Celui trouvé à Versailles par Blondel était attaché par le gros bout sous l’'entablement d'un bâtiment. M. A. Rouget en a observé un près de Dijon, construit sur un poirier, dans un jardin, traversé presque horizontalement par une petite branche qui lui servait de support. Ce nid avait environ 47 centim. de diamètre transversal et 20 de hauteur verticale; il en est sorti environ, dans le mois d’août, 60 femelles au moins et un peu pius de mâles. Nous ne ferons que citer une dernière espèce, V. orientalis, Fabr., avec divers synonymes, très-sensiblement de la taille du Frelon, et très-voisine , bien distincte toutefois par le second segment de l'abdomen, qui est entièrement ferrugineux, ou seulement bordé d'une petite ligne jaune interrompue au milieu et raccourcie sur les côtés, tandis que, chez V. crabro, le second segment de l'abdomen est brun, largement bordé de jaune, non roux. La Guêpe orientale est de la Grèce, de la Turquie, de l'Albanie, de l'Egypte, de la Syrie, des Indes orientales. En Égypte est une variété ayant le quatrième segment abdominal brun, avec deux taches jaunes latérales. Nous pensons devoir mentionner quelques Guêpes exotiques, en raison ou de leur fréquence dans les collections, ou de leur grande taille, ou de l'éclat de leurs couleurs. Parmi les Guêpes américaines, un groupe présente des insectes noirs ayant tous les segments de l’abdomen bordés de jaune ou de blanc. Telles sont : V. arenaria, Fabr., syn., marginata, Kirby, noire, pubescente, la bouche, les taches du front, le scape des antennes en dessous, une ligne de chaque côté du thorax avant les ailes, deux points de l’écusson, les bords des segments de l’abdomen blanchâtres; pattes roussûtres, noires à la base; États-Unis; V. cuneata, Fabr., noire, variée de jaune; deux lignes longitudinales au mésothorax et le post-écusson jaunes; segments de l'abdomen bordés de jaune, le premier avec une ligne transversale antérieure jaune, le second avec une bande jaune interrompue au milieu ; États-Unis, Mexique. Dans un second groupe de Guêpes américaines, les insectes sont noirs ou jaunes, n'ayant pas l'abdomen noir en entier, avec les segments ornés d'une bordure jaune. Nous y trouvons : V. maculata, Linn., noire, de grande taille (environ 20 millim. de long), le chaperon, les mandi- GIRARD. = 11, -- 09
bules, le sinus des yeux (ceux-ci n’atteignant pas les mandibules), une tache maculaire avant l'aile et une tache sous celle-ci, deux taches à l’écusson, deux au post-écusson, d’un jaune pâle, segments 4 et 5 de l'abdomen avec le bord sinué d’un jaune pâle, anus maculé de jaune pâle, les autres segments noirs; pattes variées de noir et de jaune pâle; espèce décrite par tous les anciens auteurs : Fabricius; Gmelin, De Géer, CF rist, Olivier, etc., États-Unis ; V, Carolina, Drury, non Linn., d'un jaune roussâtre ; le vertex, le mésothorax, la ligne du milieu de l’écusson, une bande transversale à la base du deuxième segment de l'abdomen et deux points à tous les segments, noirs; deux lignes fauves au mésothorax; ailes ferrugineuses; États-Unis.
Parmi les Guêpes asiatiques et sondaïques, il en est dont les ailessont ferrugineuses ou enfumées, avec l’abdomen jaune de diverses nuances. Telles sont : V. bicolor, Fabr., jaune, le vertex et le disque du mésothorax noirs; Chine et Indes orientales; V. auraria, Smith, d’un beau fauve doré, e thorax varié de brun, les segments de l'abdomen bruns à la base, avec le bord d'un fauve doré; ailes d’un jaune ferrugineux ; nord de l'Inde, Japon; V. mandarinia, Smith; très-grande espèce, dont la femelle est longue de 32 millim., avec 66 d'envergure, la tête trèsgrosse et très-renflée, fauve ainsi que l'abdomen; thorax noir, les épaules et les écussons tachés de ferrugineux, les segments 4 et 2 de l'abdomen avec une bande brune au milieu, les autres d’un fauve brun, bordés de jaune; ailes d’un jaune ferrüugineux, brunes le long de la côte; pattes brunes, à poils ferrugineux; nord de la Chine, Japon ; V. analis, Fabr., le Crabro sphinx de Christ, dont la femelle atteint 26 millim., d'un ferrugineux noirâtre, le premier et le second segments de l'abdomen fauves, ayant au milieu une bande brune, l’anus jaune; Indes orientales, Java; V. cincta, Fabr., noire, la tête, les épaules, l'écaille, l'écusson ferrugineux, le second segment de l’abdomen jaune, à base noirâtre ; les ailes lavées de jaune ferrugineux, à nervures brunes; Asie méridionale et orientale, îles Sondaïques; espèce trèscommune, de toutes les collections.
Un second groupe asiatique offre des Guêpes à ailes noires, dont le type est V. magnifica, Smith. C'est une superbe espèce, de grande taille (femelle, 30 millim., envergure 66), à tête d’un rouge orangé, ainsi que la base des antennes, le reste noir, à côtés du corselet tachés de roux, les pattes couvertes de poils chatoyants, les ailes noires, l'abdomen velouté, ses segments étroitement lisérés d'orangé ou de ferrugineux, dessus et dessous, le sixième entièrement jaune ; Népaul, et Indes orientales.
Voir, pour divers Vespiens du Japon, un travail récent de M. Fr. Smith : Descriptions d'Hyménoptères porte-aiguillons du Japon ; Trans. Soc. entom. of London. 1873, t. XII, p. 181 et suiv.
PorisTines. — Mandibules presque égales en largeur, le bout de l’une recouvrant celui de l'autre; épisternums et épimères du mésothorax bien séparés; ailes inférieures avec un lobe basal distinct.
Cette famille ne renferme qu'un genre qui’ ait des espèces européennes; c'est Le genre :
PO%ISTES, Latr., Fabr. — Corps élancé et non poilu; prolongement du bord antérieur du chaperen angulaire, l’angle portant une petite dent; tempes distinctement bordées, joues non bordées ; antennes des mâles ayant les derviers articles subrecourbés au sommet; yeux matteignant pas inférieurement la base des mandibules; mandibules courtes, subcarrées, armées de quatre dents terminales, dont les trois externes aiguës, l’interne obtuse, souvent écartée des autres; mâchoires ayant le galéa plus court que la pièce basilaire, le palpe aussi long qu’elle, de six articles, le troisième en général plus long que les autres; lèvre moyenne, quadrilobée, avec palpes labiaux de quatre articles; thorax allongé, collier du pronotum séparé par une ligne élevée, métathorax oblique et plat, sans sillon profond, offrant au point de l'articulation de l’abdomen deux valves saillantes, le post-écusson avec une faible suture basale et non prolongé triangulairement en arrière; ailes supérieures ayant une radiale ne s’avançant pas beaucoup plus près du bout de l'aile que la troisième cubitale, deuxième cubitale rétrécie vers la radiale, mais sans s’y terminer en pointe, assez dilatée vers le disque, troisième cubitale subcarrée; paltes assez fortes, à jambes courtes, à larses beaucoup plus longs que les jambes, abdomen fusiforme, le premier segment non pédicellé, mais en entonnoir ou en cloche, postérieurement plus étroit que le second, qui continue sans étranglement la courbe commencée par le premier, l'extrémité toujours terminée en pointe.
Le genre Polistes est entièrement cosmopolite, et on en connait plus de soixante espèces bien déterminées. Un fait important de sa physiologie est celui constaté par de Siebold, pour l'espèce la plus répandue en Europe, que les individus mâles proviennent par parthénogenèse de femelles non fécondées (Parthenogenesis bei Polistes gallica; Stettin, entomol. Zeitung, 1870, p. 239). D'après M. R. Leuckart, ce phénomène est général chez les Bourdons, les Vespiens européens et les Fourmis; les petites femelles et les ouvrières pondent des œufs de mâles (Fienenzeitung, 1855, et Bullet. Acad. royale de Belgique, Bruxelles, 1857, t. I, p. 200 à 204).
Les nids du genre Polistes sont essentiellement caractérisés par l’absence d'enveloppe extérieure. Ceux des Polistes de France sont formés par un simple rayon, quelquefois, mais très-rarement, doublé par un rayon superposé, maintenu à distance du premier par des piliers. Ils sont placés dans un lieu chaud, abrité du vent, souvent exposés au midi. Le rayon est fixé à un point d'appui, rameau, tige de plante, paroi de mur ou de rocher; les cellules sont tournées en bas quaud le pédicelle est vertical, ou bien vers l'extérieur si le pédicelle est attaché
perpendiculairement à une paroi verticale. Ces nids sont fréquents sur les espaliers.
Les matériaux sont analogues à ceux de Vespa germanica, et recueilis par les Polistes sur le bois mort exposé à l'air et sur les tiges sèches de diverses plantes; le nid a une couleur grise tirant un peu sur le brun. Le support, quand il est unique, n'est pas placé exactement au centre du rayon, mais plus près de sa partie supérieure si celui-ci est vertical ou à peu près; quand il y a plusieurs supports destinés à donner plus de solidité au rayon, ils sont ordinairement placés sur une ligne s'écartant peu de la verticale.
Ces nids sont donc du groupe des gymnodomes latérinides ; si on les compare dans les espèces de diverses contrées. on voit qu'ils ont le plus souvent la forme de coupe, parfois subcirculaire, parfois, au contraire, très-oblongue, avec des alvéoles en rangées de nombre très-variable. Le pédicule d'attache est subcentral dans la plupart des espèces, parfois au contraire très-latéral : ainsi chez Polistes annularis, Linn.,espèce trèscommune dans les deux Amériques; chez P. Cunadensis, Linn., également très-commun dans toute l'étendue de ces deux continents, etc.
C'est vers le milieu d'avril que, chez nous, les femelles d'hivernation commencent isolément leurs nids, consistant dans le support et dans quelques cellules hexagonales peu profondes, formant un petit rayon d’un centimètre environ de diamètre, qui est ensuite augmenté graduellement par la femelle, en allant du centre au pourtour. Une fois les premières ouvrières nées, elles agrandissent le rayon. La mère fondatrice ne travaille plus et s’absente peu, occupée à La ponte. Les ouvrières lui donnent souvent de la nourriture qu'elles lui présentent au bout de leur langue ou entre les mandibules.
A la fin de l'été ou au commencement de l'automne, le rayon a acquis {out son développement et présente une forme plus ou moins régulièrement circulaire. Ces plus grands ont, mais rarement, jusqu’à 40 à 11 centimètres de diamètre sur 3, 5 d'épaisseur, et peuvent alors contenir trois cents alvéoles. Il n'y a pas, comme chez les Vespa vulgaris et germanica, de cellules spéciales pour les mâles et les femelles; les cellules qui ont déjà donné naissance à des ouvrières sont seulement rendues plus profondes, par le prolongement de leurs parois, à l'époque où se développent les larves des mâles et des femelles fécondables. A ce moment, les ouvrières commencent à faire des provisions de miel dans des cellules situées sur les bords du gâteau, et ce miel a très-bon goût. Les ouvrières vont alors butiner sur les fleurs. Lepeletier Saint- Fargeau dit avoir vu souvent les ouvrières Polistes lécher un peu de ce miel, l’avaler et le dégorger aux larves de mâles et de femelles, ce qu'elles ne font pas pour les larves d'ouvrières, de sorte que cette nourriture spéciale serait destinée à provoquer le développement des organes reproducteurs.
On voit, de même, les ouvrières amasser ce miel, aux dépens de la
cassonade ou du sucre dissous dans l’eau qu’on leur donne , si on élève ces nids en captivité, et même au commencement d'octobre, alors que la plupart des cellules sont vides, et que ce miel semble devenir à peu près inutile. La nourriture des Polistes et de leurslarves consiste principalement en matières sucrées, comme celle des Guêpes, et en petits insectes mous, La ponte, le développement de la larve, le cloisonnement de la cellule par la filature d’un opercule, ont lieu à peu près comme chez les Guêpes- Les premières ouvrières éclosent au mois de juin, quelquefois même dans la seconde quinzaine de mai; les mâles et les femelles vers la fin de juillet, les premiers dix à quinze jours avant les femelles, Selon Réaumur, il s’écoulerait environ vingt ou vingt et un jours depuis la ponte de l'œuf de Poliste, jusqu’à ce que la larve qui en provient ait acquis tout son développement et filé la clôture de sa cellule, et huit ou neuf jours depuis celte époque jusqu'à la sortie de l’insecte parfait; ces nombres varient probablement un peu, selon les circonstances afmosphériques et la température. Aux environs de Paris, la population d’un nid de Polistes, qui est d’abord d’une soixantaine d'ouvrières, peut être portée, en septembre, environ au double d'individus, dont 20 à 30 femelles fécondables et probablement quelques mâles de plus.
Dans les beaux jours des mois de septembre et d'octobre, aux heures les plus chaudes de la journée, ont lieu les accouplements entre les jeunes mâles et les jeunes femelles. On voit ces dernières posées sur le nid les ailes un peu écartées, entr'ouvrant, par intervalles, les valves de l’anus, de manière à découvrir la cavité au fond de laquelle est la vulve. Les mâles en amour marchent avec vitesse sur l'extérieur du nid, pour ainsi dire d’un air inquiet, allant en avant et revenant ensuite sur leurs pas, l'organe génital, ordinairement caché, devenu presque entièrement saillant. A la vue d’une femelle , le mâle court vers elle et parfois vole au-dessus avec agilité, se place sur son dos, de sorte que le bout de son abdomen dépasse un peu celui de la femelle, puis opère la copulation. Dans les préludes, les forceps entr'ouverts saisissent l'extrémité de l'abdomen de la femelle, la prenant aiternaiivement à plusieurs reprises d'un côté et de l’autre; puis le fourreau du pénis est inséré dans un trou qui est au-dessous de la base de laiguillon de la femelle. L’accouplement dure peu de temps, la femelle semblant faire quelque résistance et même marchant, mais lentement. Le corps de la femelle fécondée offre des œufs oblongs, pareils à ceux déposés dans les cellules, mais moins volumineux encore, et réduits presque à des petits points ronds, daus les jeunes femelles non fécondées.
Dans le courant d'octobre, la population des nids de Polistes diminue graduellement et finit par disparaître d’une manière complète. Les femelles fécondées hivernent comme celles des Guêpes, et commencent à se montrer au printemps, quelquefois dès les premiers jours de mars.
En raison de leur petit nombre et d’une taille plus faible, les Polistes sont bien moins nuisibles aux fruits que les Guêpes. Ce sont des insectes beaucoup moins courageux et moins irritables, ne se servant de leur aiguillon que lorsqu'ils sont nombreux et qu'on cherche à ravir ou à briser leur nid; aussi il est très-facile de les observer de près, sans le moindre danger. On peut aisément porter à la maison le nid du printemps avec la branche d'attache. La femelle fondatrice y reste posée, sans chercher à le àéfendre ni à piquer, ne voulant pas abandonner sa progéniture; on la voit continuer son nid, soit qu'on la nourrisse en captivité, soit qu'on la laisse aller butiner au dehors et revenir alimenter ses larves. Les premières ouvrières nées s’habituent à la présence de l'observateur, et l'étude des mœurs et du développement se fait ainsi avec facilité.
Les espèces européennes de Polistes présentent de grandes difficultés de détermination, en raison de leur variabilité. Si quelques entomolosistes en admettent quatre, la plupart n’en comptent que deux distinctes. Sichel même, et cette opinion est partagée par Guérin-Ménerille, voudrait les voir réduites à une seule, le P. gallicus ( Ann. Soc. entom., Fr., 1854, bull., p. XII, et Compt. rend. Acad. Sc., 1868,t. LXVII, p. 75). En effet, la coloration n’a que peu de valeur chez des insectes où le noir et le jaune empiétent constamment l’un sur l’autre; il a pu rassembler une série de deux cents individus des prétendues espèces, sans pouvoir décider, tant les transitions sont nombreuses, où commencent les caractères d’une espèce et où finissent ceux de l’autre. En outre, des nids fondés par une seule femelle de P. gallicus ou de P. biglumis ont produit uniquement des ouvrières de l’autre espèce, ou des sujels avec toutes les transitions de l’une à l'autre, pour les mâles surtout. L’espèce la plus répandue est le P. gallicus, Linn., pl. Lxxn, fig. 6 a: tête, 6 b. antennes de la femelle, 6 c. id. du mâle, 6 d. labre, 6 e. mandibule, 6 f. mächoire et palpe, 6 g. lèvre inférieure et ses palpes, noir, très-varié de jaune, de 12 à 16 millim. de long, avec 30 millim. d’envergure. Les antennes sont jaunes où un peu orangées, avec le scape noir et une tache jaune antérieurement, et souvent les trois premiers articles du fouet noirs aussi en dessus. IL y a deux taches jaunes sur la partie antérieure du disque du mésothorax, et les taches du métathorax sont assez larges. Les ailes sont d'un brun ferrugineux, et cependant assez transparentes, les pattes jaunes avec les hanches et les deux tiers des cuisses noirs. Les bandes inférieures de l'abdomen sont jaunes, et les deux premiers segments ont chacun deux taches jaunes libres ou fondues avec la bordure, celle du segment 2 du mâle grandes et portant au milieu un point noir. Les bordures de l'abdomen sont triéchancrées dans les deux sexes, et les parties jaunes sont d’un jaune vif. L'espèce est de toute l'Europe, sauf les parties les plus septentrionales, du nord de l'Afrique, de l'Égypte et de l'Asie jusqu'en Perse.
Ce Poliste est très-commun dans l’est et dans l’ouest de l'Algérie, et
on le surprend souvent, au printemps et en été, établi sur son nid, ce dernier ordinairement placé sur les feuilles de cactus ou d’aloès. Nous représentons, pl. Lxxu, fig. 6, une variété de P. gallicus, rapporté d'Égypte par Alex. Lefebvre, et où le jaune domine surle thorax, avec les bandes jaunes de l'abdomen plus larges. La seconde espèce européenne est un peu plus petite,de 10 à 45 millim. de long, avec le jaune plus pâle surtout sur l'abdomen. C’est le P. biglumis, Linn., syn. : diadema, Latr. et L.S'-Fargeau. Il diffère de l’autre espèce par son chaperon jaune traversé par une bande noire transversale, par les antennes ayant une tache jaune au scape et le fouet jaune-brun en dessous, mais avec tous les articles noirs en dessus, jusqu'au bout, le quatrième étant parfois ferrugineux, le métathorax souvent sans taches jaunes, l'abdomen avec des bandes jaunes plus étroites, les deux taches jaunes des deux premiers segments petites, souvent rousses sur le second, comme deux points sur le premier, qui manquent parfois dans la variété Geoffroyi L. St-F., enfin, pouvant disparaître aux deux segments. Le forceps extérieur du mâle a une lacinie longuement mucronée et poilue, et dépasse beaucoup une flèche étroite, un peu dilatée et arrondie au bout. L'espèce est très-commune dans toute l’Europe, mais n'est pas signalée hors ce continent, c’est le seul Poliste de la Suède et dé la Norwége.
Les deux espèces de Polistes européens manquent dans les îles Britanniques; ce genre n'est pas mentionné dans les Vespides du catalogue des espèces anglaises du British museum (1851). Dans ces deux espèces que nous venons de signaler les femelles et les ouvrières ne diffèrent extérieurement que par la taille, et sont quelquefois difficiles à distinguer les unes des autres, la dimension des plus grandes ouvrières atteignant presque celle des plus petites femelles. Au contraire, les mâles se distinguent très-facilement, non-seulement par les caractères sexuels ordinaires (forme plus allongée, antennes de treize articles, abdomen de sept segments, absence d’aiguillon), mais encore par les antennes enroulées à l'extrémité et par la face presque entièrement jaune, les yeux mêmes étant de celte couleur chez l’insecte vivant.
Le P. biglumis construit son nid sur les rameaux des arbustes, surtout ceux du prunellier (Prunus spinosus), sur ceux des jeunes plant d'arbres dans les pépinières, notamment de pins, sur les tiges sèches de diverses plantes croissant sur les terrains en pente, sur les talus bordant les chemins et les fossés exposés au midi ou à l’est, sur les pierres, les murs, les rochers, etc., aux mêmes expositions. Le rayon est le plus souvent placé dans un plan à peu près vertical, les cellules étant alors horizontales et ayant presque toujours leur ouverture dirigée vers le sud, le sud-est ou l’est. Ces nids sont fortement gommés, en vertu de leur exposition complète à l'air ou à la pluie. C'est habituellement dans des conditions identiques que se présentent les nids du P. gallicus; mais, d'après M. A. Rouget, ils se montrent aux environs de Dijon dans des
conditions différentes, sans doute par suite d’un instinct local, en rap-
port avec le climat de cette région, où la température du printemps est très-inconstante, et afin de se mettre à l'abri des fortes gelées tardives, qui y sont fréquentes en avril el au commencement de mai. Ce fait est en rapport avec une distinction spécifique probable, P. gallicus étant plus méridional que P. biglumis, au moins comme race. |
Aux environs de Dijon, le besoin, pour le P. gallicus, de se procurer un abri, lui fait établir son nid dans des conditions qui remplacent, en quelque sorte, l'enveloppe du nid des Guëépes, et qui surtout assimilent presque entièrement ce nid à ceux que construisent les Guêpes dans certaines cavités où ils sont dépourvus d'enveloppes. On trouve surtout ces nids de P. gallicus à la paroi inférieure des pierres calcaires plates posées en débordant sur les murs, surtout dans les intervalles de ces pierres, à l'abri et dans l'obscurité, principalement aux expositions du sud et de l’est. Le rayon est alors à peu près horizontal, avec les cellules verticales et ouvertes en bas, et souvent plus allongé dans un sens que dans l’autre, par suite de la forme même de la cavité qu'il est impossible à l’insecte de modifier; parfois ce nid est dans l'épaisseur même de murs de clôture formés de pierres plates superposées sans mortier, avec l'entrée aux expositions citées. On trouve aussi ces nids dans des débris d’'immondices de la ville, attachés à l’intérieur de vieux ustensiles de ménage en fer-blanc qui les abritent, et dans lesquels, en été, ils doivent éprouver une chaleur torride. Lacordaire a cité ce fait, qu'à Cayenne, des Vespiens font leurs guëpiers sous la couverture des maisons, sans que les insectes paraissent incommodés par une température de plus de 50 degrés.
Certains parasites semblent spéciaux aux Polistes européens. Ce sont des Stylopides, groupe dont quelques auteurs font une famille aberrante de Coléoptères, tandis que la plupart en font un ordre particulier, les Strepsiptères ou Rhipiptères, ordre satellite de celui des Coléoptères. Le plus ancien Stylopide connu est le Xenos vesparum, Rossi (1792). On consultera sur ce sujet: de Siebold, Weigmans Archiv. der Naturyeschichte, 1843, t. IX, p. 137. —* 1, Revue 2001, de ü. Mén., 1844, p. 411. — Lacordaire, Genera des Coléoptères, t. V, p. 634. — Jacquelin du Val, note sur l’ordre des Rhipiptères, genera des Coléoptères d'Europe, p. 419. — Dr A. Laboulbène, article Rhipiptères, Dictionn. encycl. des Sciences médicales du D' A. Dechambre, Paris, p. 394. Les Xénos se développent à l’intérieur du corps des Polistes, les femelles restant à l’état de larvaire, avec développement des ovaires sans devenir nymphes, tandis que les màles ont les trois phases de larve, de nymphe et d’adulte ailé. Les femelles sont vivipares, portant un nombre énorme d'œufs, de 5 à 6000, d’après Newport, qui éclosent dans leur corps, et donnent de petites larves primitives à six pattes et oculées, se développant dans un canal d'incubation spécial, puis sortant par une fente transversale après le céphalothorax, et se mouvant sur l'abdomen du Poliste, à l'intérieur duquel a vécu leur mère. De là, elles passent sur
les larves nourries dans les alvéoles du nid et pénètrent dans leur corps, où elles deviennent secondes larves, sans pattes ni ocelles, se nourrissant seulement des tissus graisseux, car elles permettent la nymphose et l'éclosion adulte des Polistes, de sorte qu'il est fort douteux que les Xénos aient la mission harmonique de s'opposer à la trop grande multiplication des Polistes ; il resterait toutefois à rechercher si les Polistes adultes stylopisés sont aptes à la reproduction. Arrivées à tout leur développement, ces secondes larves font sortir leur céphalothorax corné et un peu convexe, sans yeux ni antennes, entre les segments abdominaux du Poliste adulte et sorti de sa cellule. Les femelles n'ont pas d'autres changements, leur abdomen, mou et gonflé d'œufs après la fécondation, restant toujours dans le corps du Poliste. La larve du mâle se change en nymphe à peine sortie du Poliste, la peau de la région devenant cornée et noirâtre, tandis que la partie postérieure, engagée dans les tissus de l’'Hyménoptère, conserve des téguments mous et blanchâtres. Lors de l’éclosion du Xénos mâle, l'extrémité du céphalothorax de la nymphe s’entr'ouvre et se sépare Comme un couvercle, L'’adulte sort par celte ouverture et prend immédiatement son vol. Quand les Xénos mâles sont sortis du corps des Polistes, ceux-ci continuent à vivre en conservant, sans en paraître incommodés, l'enveloppe cornée de la nymphe, qui maintient encore écartés les segments de l'abdomen de l'Hyménoptère. Le Aenos vesparum se rencontre sur le Polistes gallicus et sur le P. biglumis, mais paraît beaucoup plus fréquent sur le premier. Ordinairement, ce sont les femelles et les ouvrières quioffrent le Stylopide ; cependant, il vit aussi dans le corps des mâles, et même Sichel a observé une année, aux environs de Paris, qu'il était plus commun dans le corps des mâles. On voit des Polistes contenant d’un à sept Xénos sur le même insecte, soit tous mâles, soit tous femelles, soit les uns mâles et les autres femelles; les sujets qui offrent plusieurs Xénos mâles ont l'abdomen très-difforme, et se distinguent au premier coup d'œil. Quelques-uns des segments, au lieu de se recouvrir exactement, comme dans l’état normal, présentent alors entre eux un écartement relativement très-considérable dans le sens longitudinal, et la partie antérieure de la nymphe, de couleur noirâtre, fait saillie au dehors, entre ces segments. L'examen des Polistes à Xénos femelles doit être fait avec plus de soin, car l’écartement des segments abdominaux est beaucoup moins prononcé; en s'aidant de la loupe, on voit seulement déborder entre ces segments l'extrémité d’une petite plaque cornée, arrondie et jaunâtre, qui est le céphalothorax du Xénos femelle. Le parasite est plus ou moins abondant sur les Polistes, selon les années, soit en raison des circonstances atmosphériques, soit d'après la multiplication même des Polistes, qui est variable d’une année à l’autre, et en raison directe de celle-ci.
Si on veut recueillir des Xénos, il faut rechercher les Polistes stylopisés, qu'on reconnaitra à l'inspection de l’abdomen. On place, dans
une cage de fine toile métallique, soit des nids de Polistes avec leurs habitants, soit des individus isolés pris au filet. Il est très-aisé de conserver ces insectes, bien moins farouches que les Guêpes et cherchant plus rarement à piquer ; on les nourrit avec du sucre blanc et de l’eau pure, en couche de quelques millimètres, placée dans un petit vase très-plat. Les sujets stylopisés doivent se rechercher dans les endroits où il existe des nids et près de ceux-ci, car ils paraissent s’en éloigner beaucoup moins que ceux qui ne portent pas de parasites. Ils sont moins souvent dans le nid, sont moins vifs que les autres, et aiment à se tenir longtemps à la même place, ainsi sur les treilles et les pêchers disposés en espaliers le long des murs exposés au midi, sur les toits de ces murs, sur diflérentes fleurs, comme celles du persil et d’autres Ombellifères, d'Eryngium campestre, ete. On expose au soleil, au moins quelques heures par jour, les cages contenant les Polistes stylopisés, qu'on a eu soin de prendre au plus tard à la fin de juillet, car les Xénos mâles pourraient être éclos, et l’'Hyménoptère ne plus offrir que le fourreau corné et béant de Ja nymphe. Les éclosions ont lieu, surtout dans la matinée, des premiers jours d'août jusqu'au milieu de septembre. Les mâles, très-agiles, volent dans la cage, presque sans prendre de repos. On les voit s'approcher de l'abdomen des Polistes pour chercher ceux qui contiennent des femelles et opérer l’accouplement sur le corps méme du Poliste, dont la femelle ne sort jamais. On recueille les Xénos mâles el on les pique ou les colle sur une carte, après anesthésie au flacon à cyanure de potassium ou à chloroforme. Les femelles s’extraient, avec une pointe d’aiguille, de l'abdomen du Poliste tué, et ne peuvent se conserver que dans l’alcool.
Les Polistes gallicus et biglumis sont encore attaqués par un Ichneumonien, le Crypturus argiolus, Gravenhorst, déposant ses œufs dans les larves, qu'il perce de sa tarière.
Nous indiquerons rapidement quelques Polistes exotiques, choisis dans les espèces les plus anciennement connues, les plus communes dans les collections. Tels sont : le P. Schach, Fabr., syn. : orientalis, L. S-F., de grande taille, la femelle féconde ayant 34 millim. de long, entièrement d’un brun ferrugineux, les antennes noires, le métathorax profondément strié transversalement, les ailes noires à reflet violet, surtout les supérieures, l'abdomen lisse, assez luisant, avec un léger reflet glauque; des Indes orientales ; le P. hebrœus , Fabr., de 24 à 26 millim. de longueur chez l’ouvrière, de couleur fauve mêlée de ferrugineux plus foncé, avec trois lignes brunes sur le corselet, les pattes ferrugineuses, les ailes transparentes et ferrugineuses. Cette espèce varie beaucoup; le thorax et l’abdomen souvent tachés de jaune, mais le caractère distinctif réside dans les bandes étroites, ferrugineuses, brunes ou noires, que portent les segments de l'abdomen, celle du premier transversale et droite, celles des autres fortement ondulées ou contournées vers le haut et vers le bas; très-commune, de la Perse, des Indes
Orientales, de la Chine, du Japon et de l'île Maurice. Le P. Chinensis, Fabr., est jaune, varié de fauve vif, les antennes jaunes, le disque du mésothorax avec deux lignes jaunes, les segments de l'abdomen noirs ou bruns. bordés de jaune, le second avec deux taches jaunes; de Sibérie, de Chine, du Japon. M. Fr. Smith dit qu'on ne peut séparer cette espèce du P. biglumis d'Europe. Le P. marginalis, Fabr., syn. : ornatus, L.S'-F., dont l’ouvrière a 44 millim. de long, est d’un ferrugineux rougeâtre, avec une large tache noire au vertex autour des ocelles, le thorax noir, avec le prothorax ferrugineux ainsi que les écussons et deux lignes au métathorax, les pattes ferrugineuses, les ailes transparentes, d’un roux ferrugineux, l'abdomen avec les premiers segments noirs ou ferrugineux, bordés de blanc jaunâtre ; du Cap et de l'Afrique méridionale, construisant un nid circulaire. Le P. stigma, Fabr., des Indes orientales, à ailes tachées de brun au bout, avec deux lignes jaunes au métathorax et les segments 1, 8 et 4 de l'abdomen, à bordure jaune, n'est peut-être qu’une variété de l'espèce précédente.
En outre, plusieurs espèces de l'Australie, de la Tasmanie, des Moluques, de Timor, de Java, etc.
Parmi les espèces américaines, il faut d'abord citer une espèce trèscommune décrite par De Géer et par Réaumur, qui semble répandue dans toute la longueur des deux Amériques, rapportée de Cayenne par le D' Doumerc; c'est le P. Canadensis, Linn., Christ, syn. : marribous, Liun., nigripennis, de Géer, lanio, Fabr., erythrocephalus, Latr., unicolor, L. S-F. La tête et le corselet sont rougeâtres, tout le corps d’un brun ferrugineux, les côtés du thorax noirs, les hanches et cuisses noires, les ailes d’un brun foncé, à reflets bruns, les antennes ferrugineuses à la base, noires au milieu, presque orangées au bout. Cette espèce, dont l’ouvrière est longue de 24 à 26 millim., est sujette aux attaques d'un Rhipiptère, dont les dépouilles nymphales restent parfois visibles aux segments abdominaux. On consultera, pour cette espèce, Fr. Smith : On the nest of Polistes lanio Fabr., and a parasite found therein (Trans. Soc. entom. of London, t, 1, 1850-1851, p. 176-178.
Le fait curieux présenté par ce nid est la découverte, dans une cellule, d'un Hyménoptère anciennement décrit et figuré par De Géer, sous le nom de Sphex compressa (Mém. hist. des ins., t. I), puis récemment sous le nom de Trigonalis bipustulatus, d'après un sujet capturé au Para par M. Bates.
C'est un Hyménoptère pupivore, de place très-incertaine, térébrant, dont le genre (Trigonalis, Westwood) est mis habituellement dans les Evanides. Une espèce, de France, d'Italie, d'Angleterre, le T. Hahni, Spinola, passe pour parasite des Vespa Le spécimen de l'espèce américaine trouvé par M.Fr. Smith dans le nid du Polistes Canadensis ou lanio avait 14 mil m. de long, entièrement noir, la tête brillante, le thorax et l'abdomen ternes, avec deux taches blanches au bord apical du segment basilaire de celui-ci. Le nid avait été rapporté de San Salvador
(Amérique du Sud), les nids de cette espèce sont très-abondants dans les rues de cette ville, où ils sont atlachés aux bords des toits des maisons. Le nid observé n'avait qu'un seul rayon de cellules, fixé en son centre dorsalement au moyen d’un court pédoncule.
Le P. annularis, Linu., est une espèce variant beaucoup de coloration, d'un brun noirätre, avec des taches ferrugineuses, le premier segment de l'abdomen bordé d’un anneau jaune, les pattes brunes, avec articulations jaunes, les ailes noires, les antennes ferrugineuses, noires au milieu, orangées au bout. Cette espèce, dont l’ouvrière atteint 28 millim. de long, a d’abord été rapportée de Pensylvanie, et se trouve dans les deux Amériques. LeP.-carnifeæ, Fabr., syn. : rufipennis, Latr., chlorostoma, V.. S'.-F., oncratus, L. St.-F., est très-commun aux Antilles, à la Guyane, dans l'Amérique du Sud, et construit un nid assez régulier, porté sur un pédicelle central. L'ouvrière, longue de 30 millim., a le corselet et la tête jaunes, celle-ci obscurcie de ferrugineux aux mandibules et au vertex, les antennes ferrugineuses, brunes en dessus, les ailes d'un ferrugineux brunâtre, surtout à la base, les pattes brunes, à tarses et articulations d’un jaune d'ocre, les segments de l'abdomen bruns, largement bordés de jaune, l'anus jaune. Le P.americanus, Fabr., syn. : éricolor, Fabr., est tantôt noir, tantôt roux, la tête jaune avec le vertex ferrugineux, les antennes jaunes, noires au milieu, les ailes d’un jaune ferrugineux, les hanches et cuisses noires, les jambes et les tarses jaunes, le prothorax jaune, ainsi que les écussons, les valves articulaires du métathorax, l'abdomen noir, à segments largement bordés de jaune. Le jaune de cette espèce tire sur l’orangé. Elle est des Antilles, de la Guyane, etc., est fréquente dans les collections, et fut d’abord connue ; sous le nom de Vespa crinita, Felton, sur un sujet envahi par les 1saria(Cryptogames),
Il peut être utile de compléter, à propos de cette espèce de Polistes si répandue dans l'Amérique chaude, les détails déjà donnés sur les Cryptogames ectophytes des Vespiens, Ricord-Madiana a trouvé à la Guadeloupe un nid des Polistes où presque tous les insectes et leurs larves offraient ces-excroissances végétales; certaines végétations, de couleur brune, partant du sternum, avaient 42 millim. et plus, se terminant en tête ovale. C'étaient des Sphæria. Un auteur plus ancien, Watson, dit que les Guêpes végétantes s’enterrent, et qu'il en sort un arbuste comme un corail, fait analogue à celui que présentent les chenilles des Sphingiens attaquées par des Sphæria. On prétendait, aux Antilles, qu'un arbrisseau nommé Guia ou Gia avait pour origine première un petit rameau que le corps des Guêpes portait implanté en volant, comme une bouture dans un pot à fleurs.
Le genre Polistes est parfaitement et si bien délimité qu'aucune confusion avec les genres voisins n'est possible. Leurs formes, analogues dans toutes les espèces, ne permettent pas de former de coupes autres que celles qui sont fondées sur des différences de coloration. Ce genre
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se reconnait tout de suite à l'abdomen fusiforme, conique aux deux extrémités, dont le premier segment, en entonnoir, tient le milieu entre la forme pétiolaire, qui caractérise les Polybia et l'aspect sessile et tronqué en avant, qui est celui des insectes du genre Vespa. Ensuite, les valves articulaires du métathorax des Polistes, qui emboîtent la base de l'abdomen, fournissent un caractère très-appréciable.
Nous indiquerons seulement quelques genres exotiques liés de plus ou moins près aux Polistes. Le genre Zcaria, de Sauss., appartient aux Vespiens à abdomen pédicellé, dont le premier segment tout entier forme le pédicelle, et dont la seconde cellule cubitale de l'aile supérieure est rétrécie vers la radiale, l'abdomen étant déprimé et ovoide, les mandibules non crochues et terminées par quatre dents; ses espèces sont de Madagascar, d'Afrique, d'Asie, des îles Sondaïques, de Mélanésie et d'Australie, et certaines font passage aux Polybia. La nidification est sans enveloppe et analogue à celie des Polistes; les alvéoles sont placés sur deux rangs seulement, s'ouvrant en bas, constituant un ensemble parfois fort allongé, et suspendu à une branche par un long el grêle pédicule, très-latéral. Le genre Apoïca L. SF. est formé d'espèces de l'Amérique méridionale, dont l'aspect externe rentre dans le type précédent, avec pédicelle abdominal, mais dont les ailes sont grandes et les pattes très-longues, dépassant le bout de l'abdomen. Comme les Polistes, ces Vespiens construisent un nid composé d’un seul plan d'alvéolés, entièrement à découvert, sans aucune enveloppe, mais dont la base épaissie renferme une grande abondance de tis:u cellulaire, à vacuoles, fixé à la branche et protégeant la couche unique de cellules inférieures contre la pluie et les corps qui pourraient les frapper en tombant.
POLxBIA, L. S'-F. Chaperon terminé par une dent; yeux allongés et échancrés, n'atteignant pas, en général, la base des mandibules, celles-ci en trapèze, tronquées presque droit, portant quatre dents terminales, à peiuc échelonnées, toutes grandes ; palpes maxillaires de 6 articles ; palpes labiaux de 4; corselet variable, le prothorax souvent rétréci en avant, souvent large, tronqué droit et bi-épineux, le métathorax souvent très oblique, arrondi, avec un sillon médian plus ou moins prononcé ; ailes grande*, la seconde cellule cubitale rétrécie vers la radiale; pattes variables, les postérieures très-longues ; abdomen pédicellé, son pétiole formé par le premier segment tout entier, très-variable, mais toujours moins large que la moitié du second segment, et offrant surtout les trois formes suivantes : 4° très-court, campanulé, cupuliforme; 20 assez long, linéaire à sa base, renflé et déprimé au bout; 3° aussi long que le corselet, cylindrique; le reste de l'abdomen ovalo-conique, déprimé, le second segment le plus grand, en cloche arrondie, sessile, en général un peu plus large que long ; corps trèsgénéralement lisse, sans ponctuations distinctes.
Le genre Polybia compte une soixantaine d'espèces, presque toutes
des régions chaudes de l'Amérique, un petit nombre des Indes, de Chine, d'Afrique. Par ses caractères extérieurs, il est très-voisin de genres de Polistides, dont l'architecture est fort différente. Ainsi, il y a des espèces de transition avec le genre /caria, au point que la séparation en est très-difficile. C’est surlout avec les Polistes qu'il y a rapprochement. Comme les Polybia, presque tous les Polistes ont un corps lisse, couvert d'un très-fin duvet soyeux, à reflet glauque. Il y a deux véritables séries parallèles entre les Polybies américaines et les Polistes du même continent, avec des espèces correspondantes dans les deux séries par une disposition identique des couleurs. Ainsi les Polistes liliaciosus, analis, carnifexæ, subsericeus, ete., correspondent respectivement aux Polybia liliacea, testacea, Cayennensis, sericea, ete. En outre, il y a dans chaque type des Polybia des espèces très-semblables par les couleurs et les taches, mais différentes ou par les épines aux angles du prothorax, ou par une forme particulière du pétiole abdominal, ou par ces deux caractères réunis, ainsi : Polybia angulata et lugubris, P. rejecta et injucunda, P. Cayennensis, Surinamensis, Cubensis et simillièma. Toutes les espèces de Polybia de couleur fauve, ferrugineuse ou brunâtre, sont sujettes à d'innombrables variations, de telle sorte qu'on décrit bien plutôt des individus que des espèces.
En revanche la nidification des Polybia est très-différente de celle des Polistes, Icaria et Apuïca. Ce sont des nids dont les gâteaux sont protégés par une enveloppe commune, faite d’une sorte de carton, attachés à une branche par un pédicule où par un anneau, et ayant des formes variées, cylindroïdes, conoïdes, sphéroïdes, trièdres, en cloche, etc., avec un seul trou d'entrée et de sortie pratiqué dans une enveloppe entièrement close de toutes parts, sauf ce trou. Souvent un léger étranglement de la paroi externe indique les élages ajoutés à l’intérieur. Ces nids sont ordinairement des phragmocyt'ares imparfaits, différant des parfaits (Taiua, Charterqus) par la grande inégalité dans l'épaisseur entre les cloisons et l'enveloppe, et qui est en faveur de cette dernière, de sorte que l: construction des parties internes reste assez indépendante de celle de l'enveloppe,
Il y a des Polybia dont les nids sont réellement des phragmocytlares parfaits. On rencontre, dans l'Uruguay et dans la République argentine, une espèce, P. scutellaris, White (sous-genre Myrapetra, White), dont les nids peuvent atteindre 72 centim. de long sur une circonférence de plus d’un mètre. Ils sont ovoïdes, quelquelois assez allongés, souvent un peu rétrécis ou étranglés vers le milieu. Leur carton est collé, lisse et très-dur, permettant d'écrire facilement dessus, de couleur brune, de texture assez grossière. Les habitants du pays disent qu'il est fait avec les excréments du Capincha ou Tapir.
Ces grands nids sont traversés par de fortes branches destinées à leur donner de la solidité. Les rayons les plus supérieurs sont, comme pour beaucoup d’autres Polybia, des sphères emboîtées, puis les rayous plus
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inférieurs ne sont plus que des calottes, de flèche décroissante, concaves en bas, avec une entrée unique sur le côté. Ce qu'il y a de plus remarquable dans ces guêpiers de P. scutellaris, c'est la configuration, unique jusqu'à présent, de leur enveloppe. Par couches horizontales, font saillie de grosses et nombreuses apophyses de carton; elles correspondent à peu près aux rayons du nid, et sont formées de plusieurs couches papyracées très-compactes et peu distinctes qui les rendent très-résistantes ; elles servent probablement à protéger le nid contre les attaques de divers Féliens, comme les Jaguars et les Conguars, qui réussissent souvent à les abattre des arbres, puis à les briser pour dévorer le miel, dont ils sont très-friands. La face inférieure du nid est égaiement garnie de piquants.
Chez une autre espèce, très-commune à Cayenne (1), P. liliacea, Fabr.,
lenid, également phragmocyttare parfait, est encore plus grand et peut atteindre 1",20 de longueur sur une circonférence de 1" 16, en croissant par chambres successives ajoutées en bas. Il est oblong, comprimé, entièrement ferrugineux, formé d'un carton de texture trop rugueuse et trop grossière pour qu'on puisse aisément écrire dessus, l'enveloppe étant lisse, épaisse et résistante. Fixé par une sorte d'anneau supérieur à une branche solide, il contient 27 rayons superposés, et leur nombre devait être considérable, car il est incomplet. Ces rayons ou planchers sont de forme ovale, plats, d'un carton assez friable, mais plus fin, plus dense et plus uni que celui de l'enveloppe extérieure, ce qui indique que les Polybies ont employé plus de soin à sa confection. Les trous de communication d'un étage à l’autre, et probablement aussi le trou extérieur, sont au milieu des rayons, et assez larges pour donner passage à plusieurs insectes à la fois.
Chez une espèce de la province de Bahia, Polybia sedula, de Sauss., la nidification est fort singulière, car elle est variable. Cette Guêpe suit, dans ses constructions, la forme des objets, particulièrement de feuilles, sur lesquelles elle les établit. Ainsi, les nids bâtis sous les feuilles de roseaux ou de Monocotylédones ont toujours une forme allongée, tandis que ceux qui se fixent à des feuilles arrondies de Dicotylédones s’approchent plus ou moins de cette configuration. Le nid se compose d'une couche de cellules hexagonales enveloppées d’un manteau d'une pâte presque ligneuse, qui ressemble beaucoup à l'écorce des arbres, et dont le plancher suit de près le plan des cellules. Il y a des nids qui ont deux étages. [ls n'offrent qu'un orifice circulaire à la partie inférieure; les plus longs de ces nids atteignent de 22 à 27 centimètres, mais, en général, ils sont bien plus petits.
M. de Saussure figure le nid d'une autre espèce de Polybia du Brésil, construit avec de la terre, en forme de poire, et suspendu à une branche
(1) H. Lucas, Quelques remarques sur les nids des Po/ybia scutellaris et liliacea: Ann. Soc. entom., Fr., 1867, p. 365.
d'arbre. L'’enveloppe est épaisse, massive, celluleuse, en argile comme les rayons, à celluless’ouvrant parle bas, cesrayons formés de couchesconcentriques à partir de leur attache latérale, comme les couches d’accroissements d’une coquille. A l’intérieur sont des gâteaux parallèles, construits sur des cloisons minces et convexes à la face inférieure qui porte les alvéoles. Ces cloisons adhèrent à l'enveloppe et ne permettent la communication d’un étage à l'autre que par un trou latéral.
Comme on le voit, il y a d'assez grandes variations de forme, de structure interne et de matériaux dans les nids des Polybies.
Les Vespiens du genre Synæca, de Sauss., comprennent des espèces toutes de l'Amérique chaude (Mexique, Guyanes, Brésil, etc.). €e sont encore des Guêpes dont le premier segment de l'abdomen forme pédicelle, cylindroïde d'abord, puis dont le tiers postérieur s’evase un peu en entonnoir et porte un renflement dorsal avec un sillon longitudinal; au point où ce renflement commence, on remarque, de chaque côté, un petit tubercule. Le reste de l'abdomen est parfaitement conique, un peu comprimé, avec le second segment subitement évasé en cloche, et se rétrécissant un peu en arrière. Les pattes postérieures dépassent de beaucoup l'abdomen, et les ailes, très-grandes, débordent aussi le bout de l'abdomen, lorsqu'elles sont pliées longitudinalement. Le corps des Synæca est, le plus ordinairement, d’un bleu brillant ou violacé.
Le nid de S. cyanea, Fabr., des Guyanes et du Brésil, est formé d'une simple couche de cellules collées contre le tronc d’un arbre et recouvertes d'uneenveloppe en forme de voûte; les matériaux, assez grossiers, sont des parcelles d'écorce arrachées aux arbres morts, agglutinées en un carton raboteux, moins solide que ceux des Chartergus. L’enveloppe offre des zones longitudinales, qui convergent et se contournent au bas en un point, de façon à former une sorte de goulot servant à la communication avec l'extérieur; tout le pourtour de ce nid est artistement ondulé, soit pour augmenter la solidité de sa très-large base, soit parce qu'il suit le contour des cellules périphériques.
Les diverses espèces de Synwca construisent des nids de cette forme, avec des fibres d’écorce, appliqués contre des troncs d'arbre, de dimensionstrès-variables, mesurant parfoisjusqu’à près d’un mètre de longueur, tout en restant très-étroits. Jamais ils n'ont plus d'un étage de cellules, etils sont toujours recouverts d'une enveloppe convexe en demi-cylindre. Voir, pour ce genre: H. de Saussure; note sur un nouveau genre de Guépes; Ann. Soc. entomol. de Fr., 2e série, 18592, t. X, p. 549.
Le genre Nectarinia, Shuckard, offre les antennes simples dans les deux sexes, les yeux atteignant presque les mandibules, celles-ci crochues au bout et à quatre dents, le corselet cuboïde, tronqué droit devant et derrière. ù
Un caractère important et spécial à ce genre est fourni par l’écussun, très-saillant, à bords tranchants, recouvrant entièrement le post-écusson, de sorte que celui-ci n’est visible que de côté. En outre, est très-
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court l'abdomen ; il est gros, conique et d'aspect sessile : le premier segment, très-petit, s'appliquant contre la face antérieure du second, comme un pétiole très-raccourci, sans nullement l’'emboîter, le second très-grand, emboîitant fortement les autres, qui ne le dépassent pas de beaucoup et se terminent en pointe, d'où le synonyme brachygustra, Perty. Les Nectarinies sont des Vespiens de l'Amérique du Sud et du Mexique, comprenant une dizaine d'espèces. Say rapporte qu'il a vu les Indiens manger le miel du nid d’une espèce du Mexique, N. mellifica, Say, et que ce miel avait un goût agréable. Une espèce, célèbre sous ce rapport, a été rapportée du Brésil, avec deux autres, par le botaniste A. Saint-Hilaire. C'est le N. Lechequana, Latr., très-jolie Guêpe d’un noir brillant, à ailes enfumées, avec des anneaux jaunes au prothorax, à la base du premier segment abdominal et du second, les derniers segments jaunes. A. Saint-Hilaire mangea une assez grande quantité de miel recueilli dans un nid de cette espèce, le trouvant agréable, et en fut assez gravement incommodé pour se regarder comme atleint d’un véritable empoisonnement, dû sans doute aux fleurs sur lesquelles ce miel avait été recueilli.
Les deux compagnons du botaniste mangèrent du miel à son exemple. Auguste Saint-Hilaire, soulagé par des vomissements provoqués par l’eau tiède. s'endormit et se trouva d’une extrême faiblesse à son réveil. Un de ses compagnons eut le délire, tomba dans un affaiblissement qui semblait mortel, puis, saisi de vertige, déchira ses vêtements et courut dans la campagne, criant que tout était en feu autour de lui. Le second ne put se maintenir à cheval et fut pris d’un sommeil léthargique à l’endroit de sa chute. Nous retrouvons des symptômes analogues à ceux des soldats de Xénophon. Les gens du pays rapportent que le miel de N. Lecheguana n'est dangereux que quand il provient de certains nectars, cause le délire et même la mort si l'on ne se délivre pas du poison par des vomissements.
Le nid de N. Lecheguana (nom vulgaire brésilien) est d’une grandeur disproportionnée à la taille de l’insecte qui en est l'artisan, comme on peut en juger à la petitesse des cellules. C'est une grande masse papyracée qui enveloppe les ramifications nombreuses d’un arbrisseau. Son papier est gris et mince comme celui que fabriquent les Vespa. A l’intérieur, il a aussi l'apparence d'un nid de Vespa, mais il en diffère essentiellement par ce fait, que certaines parties de l'enveloppe papyracée sont couvertes de cellules en voie de construction ; ce qui n'est jamais le cas des nids stélocyttares, dont les rayons sont toujours indépendants de l'enveloppe, et ce qui a lieu, au contraire, pour les nids phragmocyttares, où des cellules sont édifiées sur des portions de l'enveloppe même. La coupe du nid montre, en effet, que les gâteaux sont disposés en couches concentriques qui suivent la forme de l'enveloppe et ne communiquent que par des trous. Ce guëpier rentre dans le genre des phragmocyttares sphériques. |
Les auteurs un peu anciens et les nombreux voyageurs sans connaissances entomologiques qui nous ont laissé des récits sur les insectes propres à l'Amérique du Sud, produisant du miel, confondent constamment les Nectarinies à aiguillon avec les Trigones et Mélipones sans aiguillon, car tantôt les insectes dont ils ont vu ou goûté les miels sauvages sont désignés comme ne piquant pas, tantôt au contraire comme faisant usage de l’aiguillon contre les destructeurs de leurs nids. CHARTERGUS, L.S'-F.— Tête plate; chaperon pentagone, terminé par un angle
obtus. Ocelles en triangle allongé; yeux n’atteignant pas les mandibules, Mandibules carrées, ayant au bout trois fortes dents et une quatrième très-petite, ces dents terminales non étagées obliquement. Mächoires à galea très-court, avec palpes maxillaires moins longs que la partie basilaire, de 6 articles, tous très-courts, 1 et 6 plus longs que les autres ; lèvre courte, à palpes labiaux de L articles, 3 armé d’un gros poil arqué, A très-petit. Thorax variable, à métathorax arrondi, sans angles ni épines. Ailes à nervation assez variable, la radiale s’avançant plus près du bout de l’aile que la troisième cubitale, la seconde cubitale plus longue que large, accidentellement pédonculée; ailes inférieures avec un lobe basal, Pattes moyennes. Abdomen sans pédicule, déprimé, ovale et terminé en pointe, le premier segment arrondi, en forme de cupule, nullement tronqué en avant, emboîtant la base du second.
Les Chartergus, ainsi que le geure suivant Talua, sont les Guépes cartonnières des anciens auteurs, dont certaines espèces sont extrêmement communes dans les Guyanes et dans les parties chaudes du Brésil. On n'a pas pu conserver le nom d’Æpipona que leur donne Latreille, parce qu’il avait été appliqué, avant cet auteur, à des Odynères ou Guêpes solitaires. Les Chartergus comptent une douzaine d'espèces du Mexique, dont la faune se rapproche beaucoup de celle de l'Amérique du Sud, dans sa région torride, à faible altitude, de la Bolivie, des Guyanes et du Brésil. L'espèce type est le C. chartarius, Oliv. (syn. artifex Christ., chartifex, Vallot, nidulans, Latr., Curtis, L. St F.),se trouvant au Mexique, dans les Guyanes, au Brésil. Elle est représentée pl. Lxxu, fig. 7. C’est un insecte noir, couvert de reflets argentés, long de 10 millim., à pattes et antennes noires, les ailes transparentes, avec la seconde cellule cubitale subtriangulaire, allongée. La tête et le corselet sont ponctués, le chaperon bordé et taché de jaune; le prothorax liséré antérieurement de jaune, l’écaille brune ou tachée de jaune ; le postécusson jaune, linéaire, trèslarge, portant au milieu un tubercule spiniforme ; tous les segments de l'abdomen ornés d'une bordure jaune, étroite et régulière ; l’anus noir. Le nid de cette espèce, très-commun et très-répandu dans les collections, figuré par Réaumur (t. VI, une partie des planches xx et xxi), est fait d'un magnifique carton blanchätre toujours très-tenace et très-fin, et rivalisant, comme le fait remarquer Réaumur, avec les plus beaux que nos fabriques puissent fournir. C’est un nid phragmocyttare parfait, indéfini,
CHARTERCUS, TATUA 883
de forme cylindrico-conoïde, s'élargissant graduellement jusqu'au bas, pendu par le haut à une branche, au moyen d'un large anneau de carton. Les cloisons, concaves en dessus, présentant un seul plan de cellules s’ouvrant en bas, s’infléchissent encore vers le milieu, forme qui paraît caractéristique du genre Charterqus. Chaque cloison est la continuation de l'enveloppe externe et faisait partie de celle-ci avant qu'une nouvelle chambre fût venue s'ajouter en dessous. Le trou inférieur de sortie et les trous de passage d’une chambre à l’autre sont subcentraux et percés au sommet des cônes superposés. La forme générale extérieure du nid est assez variable. En général, les nids sont cylindroïdes et arqués, mais souvent on en rencontre de très-comprimés. 11 y a de ces nids très-petits et qui n'ont que deux gâteaux, et d’autres dont la longueur atteint 60 centimètres. Ils paraissent trèsabondants dans les forêts de l'Amérique méridionale. Les cloisons de la partie supérieure des grands nids sont très-minces, ayant probablement été rongées par les insectes, qui font servir les matériaux à la construction de nouveaux étages inférieurs. La coupe du nid par un plan suivant l'axe commun des cônes emboîtés montre très-bien que la cloison n’est que la continuation de l'enveloppe extérieure.
M. H. de Saussure a établi le genre Tatua pour un petit nombre de Vespiens du Mexique et des régions chaudes de l'Amérique du Sud. Ce genre est caractérisé par de longues mandibules crochues au bout, formant par leur réunion un bec presque aigu et portant chacune cinq dents terminales. L'abdomen est en forme de grelot, offrant le premier segment en pédicelle, le reste presque cordiforme, le second segment s’élargissant dès sa base en cloche très-renflée, plus large que long. Le type est le T. Morio (Epipona Tatua de Latreille et Lepelctier de Saint-Fargeau), très-commun à Cayenne, entièrement d'un noir brillant, avec les mandibules et l’écaille brunes, les aïles fortement enfumées, d'un brun foncé le long de la côte. Le nid de cette espèce est du même groupe des phragmocyttares parfaits indéfinis et de même forme extérieure que ceux du genre précédent. Les gâteaux ne forment pas dans l’intérieur, sous l'enveloppe, une masse supportée par des colonnettes, avec espace libre entre ces gâteaux et la paroi, mais reposent sur des cloisons complètes, qui font parlie de la charpente même du nid, la dernière construite formant le fond, avec un trou unique d’entrée et de sortie. Dans ce nid, les cloisons sont planes, de sorte que le nid semble tronqué inférieurement. Les trous de communication d’un étage à l’autre sont tout à fait latéraux. Les gâteaux les plus inférieurs n'ont que des alvéoles commencés, s’ouvrant en dessous au milieu de la cloison. Le nombre des gâteaux s'accroît à mesure que de nouveaux étages s'ajoutent au nid par le bas. Il pend à une branche, allant en s'élargissant jusqu'au bas. La matière de sa charpente est un carton brun assez grossier, d'une très-grande ténacité, probablement fait avec de l'écorce d'arbres, mais les chambres sont doublées à l’intérieur d'une couche blanchâtre plus fine.
ss HYMÉNOPTÈRES.
On consultera, pour les Vespiens, Fr. Smith: Descriptions ofthe British Wasps (Newman Zoologist, 1843, t. T, p. 161 à 171). — H. de Saussure, Note sur la famille des Vespides (Revue et Magas. de zool., 2° sér., 1858, t. X, genre Polistes, p. 259); Sur divers Vespides asiatiques et africains du musée de Leyde (Stettin entomol. Zeitung, 1862, p. 129, genres Icaria, Polistes); Description de quelques nouvelles espèces de Vespides du Musée de Londres (Revue et Magas. de z0ol., 1855, t. VII, p. 371-375). — CG. Fr. Schenck, Die deutschen Vesparien, Wiesbaden, 1861 (extrait des Mémoires de la Soc. d’hist. natur. de Nassau), et plusieurs ouvrages de cet auteur sur les Vespiens et les Apiens du Nassau(voy. Biblioth. entomol. de Hagen). — C. G. Thomson, Hymenoptera Scandinaviæ, Vespa, Linn., Vespidæ, t. IT, fasc. 1 (Lund, 1874).
Nous terminerons les Vespiens par quelques remarques complémentaires. Dans ses Métamorphoses des Insectes (Paris, 1868), M. E. Blanchard areprésenté comme nid de Tatua Morio, la petite Guêpe noire de Cayenne, un nid très-différent de celui que nous indiquons pour le genre Tatua, d’après M. de Saussure. Le dessin de M. E. Blanchard (Métam., p. 416), est le singulier nid dont nous parlons page 842. D'après Mellinon, explorateur de la Guyane française, le nom de Tatou donné à l’insecte vient de la ressemblance grossière qu'offre l'enveloppe du nid, régulièrement plissée et indépendante des gâteaux, avec la carapace d’un Tatou.
On sait que les insectes sont attaqués par des Helminthes du genre Gordius, vivant dans l'intestin. C’est probablement à ce genre qu’il faut rapporter le parasite trouvé dans l'intestin de Vespa Crabro par Géné (Soc. ital. di Modena, 1842, p. 20), et qu’il nomme un Tœnia. À cette époque, la reproduction des Ténias n’était pas connue, et l’on ignorait que leur larve est un Cysticerque vivant enkysté dans les tissus d’un animal d'autre espèce que celui où se développe dans l'intestin la forme rubanée et ovigère. Si l’assertion de Géné était exacte, ce serait le seul exemple d'un Ténia chez des Invertébrés, tous les Ténias connus jusqu'à présent appartenant aux Verlébrés. Il faudrait admettre que le Frelon, en dévorant des insectes, ce qui rentre dans les habitudes des Guêpes, a absorbé des Cysticerques, cette forme larvaire des Ténias n'étant pas spéciale aux Vertébrés seuls, mais se rencontrant aussi chez des Articulés, notamment des Insectes.
TRIBU DES EUMÉNIENS.
Le second groupe des Diploptères comprend des insectes désignés communément sous le nom de Guêpes solitaires, d’aspect vespiforme par la structure de leur corps et leurs couleurs le plus souvent variées de jaune et de noir. Les caractères anatomiques externes ne donnent pas de séparation nette d’avec les Vespiens; mais le fait de l'existence du mâle et de la femelle seuls, et surtout la biologie, rendent fort natu-
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relle la distinction de la tribu. En effet, à l’état adulte, les Euméniens comme les Vespiens et les Apiens, et comme les Hyménoptères des deux tribus suivantes, au moins en grande partie, puisent le liquide sucré des nectaires des fleurs, qu'ils lèchent avec leur langue; mais cette nourriture est propre à l'adulte seul, qui est mellivore, tandis que les larves sont insectivores. Ce sont elles, avec celles d’autres tribus, qui ont motivé le groupe des nsectivora de M. Westwood, dont cet auteur forme une de ses deux sections des porte-aiguillon, l’autre étant constituée par les Anthophila de Latreille ou Mellifères (y compris, pour nous, les Vespiens), dont les larves sont nourries, au moins en partie, de liquides sucrés empruntés aux végétaux. Par la nourriture des larves, les Euméniens se rapprochent tout à fait des Hyménoptères fouisseurs, qui n'ont plus les ailes supérieures pliées longitudinalement.
Ces larves apodes seraient exposées à périr si elles ne trouvaient des provisions à leur portée, après la mort de la mère, qui a lieu d'habitude aussitôt opérés la ponte et l'approvisionnement, et, d'autre part, elles ne peuvent vivre que de proie vivante. Par un admirable instinct, la femelle sait rechercher pour ses larves futures des Articulés dontelle ne se nourrit pas elle-même, choisit les espèces convenables etles pique sous le thorax, au principal ganglion nerveux, d'un coup d’aiguillon. Celui-ci n’est pas mortel, mais, à la façon du curare des flèches de chasse, rend la victime engourdie pour plusieurs mois, incapable de se soustraire aux morsures des mandibules des larves, faisant cependant quelques faibles mouvements qui indiquent que la vie n’est paséteinte,mais qu'une proie toujours fraiche et succulente demeure à la portée de la larve apode jusqu'à son entier développement.
Les Euméniens se divisent en deux familles, les Æuménides et les Masarides.
EUMÈNIDES.
Chaperon n'étant jamais terminé par une dent. Antennes brisées ou arquées, de douze articles dans les femelles, treize dans les mâles, tous distincts, en massue allongée ou presque filiformes. Yeux échancrés, atteignant la base des mandibules. Palpes maxillaires de six articles, à peu près de la longueur des labiaux; lèvre allongée, dépassant les mandibules ou se repliant contre le sternum, composée d’une partie médiane, bifide à son extrémité, et de deux lanières latérales, chacune de ces divisions munie à son extrémité d'un point corné (sauf exception). Thorax large et carré en avant, le prothorax se prolongeant jusqu'aux ailes. Ailes antérieures se pliant en deux au repos, suivant le grand axe de leur ellipse, avec trois cellules cubitales complètes; la nervure basale atteignant la postcostale peu avant un stigma assez grand, la seconde cubitale souvent acutangle intérieurement et
recevant souvent la nervure récurrente externe dans l’angle ou près de l’angle postérieur. Ailes postérieures avec un lobe basal distinct, les hamecons commençant longuement avant l'origine de la nervure radiale. Episternums et épimères du mésothorax bien déterminés ; métathorax ayant souvent un espace médian retroussé et bordé. Pattes grêles, sans brosses, les postérieures armées, à l'extrémité de la jambe, de deux appendices, les moyennes d’un ou de deux, les antérieures d’un seul. Tarses postérieurs grêles, un peu comprimés; crochets des tarses unidentés ou bifides (ce caractère, dû à Wesmael, permet de distinguer facilement les Guêpes solitaires des sociales, chez lesquelles les crochets des tarses sont toujours simples: c’est le seul caractère constant auquel on puisse avoir recours, en raison des ressemblances anatomiques externes entre ces deux tribus, si distinctes par leur biologie). Abdomen très-variable, le second segment, toujours grand, en forme de cloche, emboîtant les autres, qui sont sessiles. Insectes solitaires, ne construisant pas de nids en commun, et n'ayant que les deux sexes.
Les Euménides commencent, pour L. S'-Fargeau, la série de ses Hyménoptères Ovitithers zoophages, et l'on voit, par ses généralités biologiques, qu'il ne les sépare pas des Fouisseurs qui suivront. Au contraire, pour lui, les Apides sociaux, les Vespiens et les Formiciens se rangent dans un même groupe, classification contraire aux affinités zoologiques. Il y a égal péril à tout subordonner aux mœurs, Comme aussi à ne tenir compte que des analogies anatomiques, qui amèneraient à faire une seule tribu des Vespiens et des Euméniens. Les pattes des Euménides, dénuées de longs poils, ne sont faites que pour la station et la marche, impropres à récolter. L'appendice du bout de la jambe antérieure est toujours en forme de sabre, celui du bout de la jambe intermédiaire en longue épine droite ou stylet, ceux du bout de la jambe postérieure réunissant les deux configurations, l’une en sabre, l’autre en stylet.
On peut formuler quelques remarques générales sur les différences sexuelles des Euménides. Les tarses et les mandibules n'ont pas d'importance sous ce rapport. Dans le sous-genre Oplopus, les mandibules du mâle sont quelquefois échancrées. Le mâle des Euménides est presque toujours plus petit que la femelle; mais ce caractère est trompeur, la taille des espèces étant extrêmement variable. En général, les caractères spécifiques sont moins développés, moins accusés, moins Constants chez les mâles des Euménides que chez les femelles. Dans le genre Synagris, toutefois, c'est le contraire qui semble avoir lieu. La forme et la couleur du chaperon offrent presque toujours des distinctions sexuelles notables. Celui des mâles est plus fortement échancré que chez les femelles. Tandis que celles-ci l’ont noir ou seulement taché de couleurs, dans les premiers il est d’une teinte plus vive, jaune, blanc, ou de la couleur des taches qu’il porte dans la femelle, et presque toujours couvert de poils argentés, ainsi que le reste du devant de la tête. Les antennes sont également à examiner pour la séparation des sexes. Elles