‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservation (volume 4)Chapitre 14 sur 19 · CALOPTENUS · texte numérisé non relu

CALOPTENUS

l'Afrique boréale et australe, et l'Amérique septentrionale, sur les montagnes et les collines insolées, arides, pierreuses, et dans les régions sablonneuses, de juillet à septembre. Il y a de grandes variations de taille et de coloration dans la mûme espèce. Ces insectes ont un aspect spécial dû à leurs cuisses postérieures en général courtes et grosses, et à leur corps épais et trapu. En volant, les mules produisent une sorte de léger sifflement.

L'espèce principale et très-nuisible, de l'Europe, est le C. italiens, Linn., ordinairement jaunâtre ou roussâtre, parfois même brun, les élytres avec des bandes mal définies de brun tacheté, subpellucides vers le sommet, les ailes transparentes, à fines nervures bruniîtres, le disque interne d'un rose tendre, les cuisses postérieures ponctuées de noir, rouges en dessous, les jambes postérieures rosées, à épines noires au bout, l.a femelle varie de 27 à 31 et même ZiO millim.; le mâle, beaucoup plus petit, de 12 à IB millim., a des cerques recourbés, longs de 6 millim., d'un jaune luisant, creusés en cuiller en dedans, dépassant l'abdomen, forceps pour l'a'xouplement. Sa plaque subgénitale est conique et dressée, les valvules de la femelle courtes. Le mâle, soit seul, soit en compagnie d'autres m;iles ou de femelles, exécute des mouvements vibratoires des deux pattes postérieures à la fois, pendant la moitié ou le tiers d'une seconde. La femelle répond au mâle en glissant parfois, et sur peu d'étendue, ses pattes postérieures contre les élytres; ces mouvements stridulatoires des deux sexes ne sont pas accompagnés d'un son sensible. La corne droite du prosternum est déjà bien apparente chez les nymphes.

Le Caloptène italique vit en troupe dans beaucoup de localités de l'Europe australe et moyenne, dévastant souvent les Luzernes, les vignobles, etc. 11 subsiste en Andalousie jusqu'en hiver, parfois si nombreux, qu'à chaque pas on en fait lever des centaines (Rambur). 11 est très-commun, en été et en automne, en Algérie, dans les lieux herbus, et causa de grands ravages en 18ù5. Des exemplaires de la collection Dejean étaient étiquetés par Latreille comme tombés à Home en très-grande quantité. Cette espèce, d'après !<oher, est celle qui fit le plus de désastre en 1805 dans les communes du territoire de Marseille. Elle est commune dans la Charente (H. Delamain), et remonte, en France, en individus isolés, jusqu'aux environs de Paris, parfois très-abondanle en certaines années. Audinet-Serville dit l'avoir capturée une fois en grande quantité au Cliamp de Mars, à Sèvres et à Saint-Cloud. On la prend tous les ans à Lardy. Elle fréquente les vignobles près de Fribourg en Brisgau, de Ratisbonne et de Vienne, vit en Silésie supérieure, près de Berlin dans les prés secs, en Saxe, en Russie méridionale, en Sibérie.

L'espèce présente un certain nombre de races australes : ainsi le C. siculus, Burm., de l'Italie inférieure, de la Sicile et de Madère, fauve, concolore, à ailes beaucoup plus pâles; le C. marginellus, Aud.-Serv., moins commun en Algérie que le type italiens, à lobes latéraux du

pronotum bordés de jaune en dessous, àélytresunicolores, immaculées, avec une bande jaune contre la nervure anale ; le C. cerasinus, Aud.- Serv., probablement d'Afrique ; le C. barbarus, Costa, à ailes rouges, plus pâles vers le sommet, bien plus grand que le type italiens, puisque les femelles peuvent atteindre Zi5 millimètres, mais offrant des passages pour la taille. Cette variété habite la Barbarie, les îles de la Grèce, les terres d'Otrante et de Bari, la Basilicate, la Calabre ultérieure, etc. En 1809 et dans les années suivantes, elle fit invasion en grandes troupes obscurcissant le soleil dans les provinces méridionales du royaume de Naples.

L'Amérique du Nord présente aussi des Caloptènés (17 espèces) et plusieurs fort nuisibles. Le C. spretus, Uhler, est une espèce migratrice et désolant les cultures, à élytres et ailes dépassant l'abdomen d'un tiers, à épine prosternale robuste, du nord au sud, du lac Winnipeg au Texas, et de l'est à l'ouest jusqu'aux bords du Missouri et à l'Iowa, en Nevada. LeC. feimirrubrum, Burm., est une grosse et forte espèce, très-analogue à la précédente, et un des Acridiens les plus communs des États-Unis. Il varie beaucoup de coloration, du gris avec de l'olivâtre sali au brun, les élytres d'un brun-olive au brun pourpré obscur, les ailes diaphanes, les yeux larges et très-proéminents, les élytres et les ailes généralement un peu plus longues que l'abdomen. On le rencontre du Canada au golfe du Mexique et de l'Atlantique aux montagnes Rocheuses, peut-être même aux rivages du Pacifique. Le C. bivittatus, Uhler, paraît habiter toutes les parties des États-Unis, sauf la Californie.

ACniDIUAI, Geoffroy. — Corps grand, allongé, cylindrique ou subcomprimé. Tête à côte frontale convexe entre les antennes et à trois carènes ; yeux oblongs, proéminents ; antennes longues, filiformes ; pénultième article des palpes plus court que le dernier. Pronotum comprimé, surtout antérieurement et prolongé en arrière sur la base des élytres, à crête médiane plus ou moins forte et plus ou moins incisée, à angles huniéraux postérieurs un peu gonflés ; prosternum muni en avant d'une corne droite ou courbée, épaisse ; élytres et ailes parfaitement développées. Pattes antérieures robustes, les hanches de la première paire ayant en dessus une dent courte, plane, triangulaire, courbée ; cuisses postérieures plus courtes que l'abdomen , médiocrement épaissies et dilatées à la base ; jambes à épines grêles et distantes ; tarses longs, à pelotes écailleuses, à ample arolie entre les ongles. Abdomen subcomprimé, caréné en dessus, à tympan muni en arrière d'un limbe corné subvoûté ; plaque suranale des deux sexes, courte ou allongée, et cerques grêles, presque subulés; plaque subgénitale du mâle parfois tridentée au sonmiet.

Dans ce genre, comme chez presque tous les Acridiens, les méilessont plus petits et plus grêles que les femelles; les espèces se trouvent en Europe, en Afrique et en Amérique, et appartiennent en partie aux

ACRIDIUM. 2!i9

insectes migrateurs qui dévastent les campagnes. Il pavait n'exister qu'une espèce en Europe, peut-ôtre deux, appartenant à un groupe d'Acridhim propre à l'ancien continent, ayant la carène dorsale peu élevée dans toute son étendue, les cerques de forme ordinaire, la plaque subgénitale des mâles triangulaire, longue, pointue, tricuspidée. C'est r.'l. tartaricum, Linn., ou lineola, Fabr., Oliv., ces noms convenant à deux variétés, plus probablement qu'à deux espèces. Le corps est d'un jaune ferrugineux ou cendré, poilu, long chez le mâle de 35 à WJ millimètres, de 39 à 58 chez la femelle, çà et là maculé de brun ; le pronotum rugueux; la crête médiane incisée de trois sillons, tantôt incolore (tartaricum), tantôt rousse ou tesfacée (lineola); la corne du prosternum droite et conique ; les élytres et les ailes beaucoup plus longues que l'abdomen, les premières subpellucides, nébuleuses par de nombreuses strioles et nervures ferrugineuses-, les ailes pellucides à nervures brunes, avec une grande ombre arquée, brune ou d'un noir bleu sur le disque et rembrunies vers le sommet. Les pattes antérieures sont ferrugineuses (tartaricum) on d'un bleu cendré parsemé de brun (lineola) ; les cuisses postérieures jaunes en dehors avec taches brunes, concolores en dedans [tartaricum) ou bleuâtres et sanguines en dessous {lineola) ; les jambes postérieures ainsi que les tarses d'un jaune ferrugineux à épines jaunes, noires au bout {tartaricum), ou bleuâtres, à épines blanches, noires au bout {lineola). Les cerques du mâle sont longs et courbés, ceux de la femelle courts, les valvules supérieures de la femelle fortement crochues.

Cette espèce existe peut-être aux Indes orientales (Germar) ; elle se trouve en Egypte, dans le Levant, et se vend cuite sur les marchés de Bagdad, en Algérie (Lucas), où elle est très-commune toute l'année sur les Agaves, en Italie et en Sardaigne, en Espagne, en Portugal, en Dalmatie, en Hongrie, dans leTyrol, en Allemagne, même près d'Erlange, en septembre, dans les prairies, mais très-rare, en Provence, où Solier la cite parmi les Acridiens nuisibles ramassés dans les chasses. D'après Erichson, elle émigré souvent, ce que disait déjà Latreille, qui parlait de ses ravages dans les champs. Rambur, au contraire, nie la migration pour l'Andalousie et d'autres parties de l'Espagne; il dit que cet Acridien ne se trouve pas à terre, ni en troupe comme la plupart des espèces voyageuses, mais habite isolément sur les arbres. Si quelqu'un s'approche de l'arbre où il gîte, il s'envole avec un frémissement, presque à la façon d'un oiseau, mais toutefois ne vole pas loin.

Un autre groupe d'Arridium a la carène dorsale faible et les appendices abdominaux des mâles de forme caractéristique, larges, en façon de palette quadrilatère, avec la plaque subgénitale un peu prolongée, échancréc au bout. On y range la plus terrible espèce de ce genre funeste, 1'^. pcrenrinum, Oliv., long dans les les deux sexes de 65 à 70 milliinètros, ordinairement d'un jaune vif, avec beaucoup de lignes et de points ferrugineux; les élytres, dépassant l'abdomen, sont jaunes

25d' ORTHOPTÈRES.

et opaques à la base, ainsi qu'au bord antérieur, translucides ensuite et chargées partout de taches noirâtres, carrées, d'opacité variable: les ailes sont ami)l('s ot transparentes, brillantes, teintées de jaune aux bords interuf! et antérieur et à nervures jaunes ; le dessous du corps est brunâtre et luisant, les pattes jaunes, les épines des jambes postérieures noires au bout. En Algérie, ainsi qu'en Palestine et dans les autres régions de l'Orient parcourues par Olivier, une variété de cette espèce a toutes les parties jaunes remplacées par une couleur rougeâtre. C'est en parcourant la Syrie (1), avec son compagnon Bruguiôres, qu'il distingua spécifiquement cet insecte pour la première lois, et fut témoin deux Ibis de ces migrations, récit précieux, car il émane d'un savant habitué aux observations précises : « Il est difficile d'exprimer l'effet que produisit en nous la vue de toute l'atmosphère remplie de tous les côtés et à une très-grande hauteur d'une innombrable quantité de ces insectes, dont le vol était lent et uniforme, et dont le bruit ressemblait à celui de la pluie ; le ciel en était obscurci et la lumière du soleil considérablement affaiblie. Dans un moment, les terrasses des maisons, les rues et tous les champs furent couverts de ces insectes, et dans deux jours ils avaient presque entièrement dévoré toutes les feuilles des plantes. J'ai trouvé cette espèce en Egypte, en Arabie, en Mésopotamie et en Perse. » En effet, la zone d'habitation de l'i4cr/f/«umperp^rmum est considérable, s'étendant en Asie, de la Chine à la Syrie, et comprenant tout le nord de l'Afrique jusqu'au Maroc et au Sénégal, sans que l'on connaisse encore les limites méridionales. M. H. Lucas, qui a étudié l'espèce en Algérie, a reconnu qu'elle offre cinq mues, lestroispremièresaptères, la première cinq jours après la sortie de l'œuf, la seconde six jours après lapremière, la troisième huit jours après la seconde; puis, au bout de neuf jours, paraît la quatrième peau, et l'insecte est alors en nymphe avec les rudiments d'ailes. Enfin, la cinquième mue, où l'état parlait arrive dix-sept jours après, en tout quarante-cinq jours après la sortie de l'œuf. Il est clair que cette durée se rapporte au climat de la localité, et doit varier avec les conditions thermiques, et peut-être aussi le nombre de mues.

Dans un groupe A'Acridium américains, formé d'espèces où la plaque subgénitale des mâles est courte, entière, obtuse au bout, et les appendices abdominaux de forme ordinaire, se trouve l'A . tarsatum, Aud.-Serv. , du Brésil (pi. lxui, fig. 9, femelle, long de 30 millimètres cf', et hO millimètres Ç;, très-jolie espèce variée de verf, de jaune et de rouge, à longues élytres vertes et étroites, ;i ailes transparentes et azurées, à pattes d'un noir verdàtre, avec de larges anneaux jaunes, et les tarses ayant le premier et le troisième article plus ou moins complètement rouges.

Les ^lcr?£^à<m se l'cuconirent dans le continent de l'Amérique du Nord et surtout dans les régions méridionales, manquant dans l'Amérique

(1) Olivier, Voyage dans l'empire othoman, /'Egypte et la Perse, t. II, p. 424, Paris, Agasse, an ix.

ACRIDIUM. — GENRES ANNEXES. 251

britannique et sur les rives du Pacifique. Nous citerons, comme espèce nuisijjlc des États-Unis du Sud, l'yl. rubiginosum, Harris, ou damnificuin, Sauss., de couleur uniforme, d'uii roui^e ferrugineux clair, les élytres opaques et sans taches, les ailes transparentes, à nervures noirâtres, trùs-abondant dans les bois de Chênes du Maryland, en Tennessee ; 1'^. alutaceum, Harris, et 1'^. emarginatum, Lililer, deux espèces trèsvoisines, la seconde des régions de l'ouest (Colorado, Nebraska, Dakota); VA. americanum, Drury, d'un brun rougeàtre avec une légère teinte vermillon, une raie jaune s'élendant du verlex sur le pronotum, la suture des élytres fermées et jusqu'au bout de l'abdomen, les élytres rougeàtres à la base avec de larges taches brunes, les ailes transparentes, les pattes d'un rouge vermillon étincelant, espèce répandue dans tous les États du Sud.

M. S. Scudder a formé le genre Tropidacris pour de grands Acridiurn des régions tropicales de l'Amérique, dont le type qui remonte jusqu'au Texas, est le T. dux^ Drury, espèce gigantesque de 120 millimètres de long et de plus de 190 millimètres d'envergure, commune au Brésil, verte, le pronotum rugueux avec une crèle à pointe noire, les élytres vertes veinées de jaune, les ailes rouges et vertes au bout, bordées postérieurement de brun, et tachées de brun sur les nervures.

Audinet-Serville a établi le genre Ommexechn pour des Acridiens de l'Amérique méridionale, vivant en troupes, marchant plutôt qu'ils ne sautent, et rongeant les feuilles de diverses plantes. Les deux sexes ont des organes alaires souvent plus courts que l'abdomen. M. E. Blanchard (Monogr. du genre Onimexecha, in /In». Soc. entom. F?\, V, 1836, p. 603) a adjoint à ce genre des espèces de l'ancien continent, ainsi d'Egypte et d'Australie. Le prosternum est tantôt muni d'une petite épine, tantôt mutique, et parfois son bord antérieur s'avance en un rebord saillant qui cache un peu la bouche, ce qui est un caractère de Tetticide.

Le genre américain Monachidium, Aud.-Serv., qui a des espèces dans la partie la plus méridionale de l'Amérique septentrionale, et qui est surtout des régions tropicales de l'Amérique du Sud, forme la transition aux genres qui vont suivre. Le prosternum odre au milieu une petite saillie pointue; les antennes, longues pour des Acridiens, car elles ont presque deux fois la longueur de la tête et du pronotum réunis, sont grêles et â articles cylindriques. Le pronotum, grand et rebordé tout aytour, a sa partie centrale élevée et comprimée, en façon de capuchon, et le bord postérieur s'avance un peu en pointe sur les élytres, celles-ci, ainsi que les ailes, plus longues que l'abdomen. Le type est une superbe espèce de Cayenne, le M. Lunuin, Linn. ou flavipes, Aud.-Serv., de G8 millimètres de long sur 120 d'envergure, noire avec le bout des cuisses, les jambes et les tarses d'un rouge vif, ainsi que le bout de l'abdomen et le bord de ses derniers segments ; les antennes jaunes, le capuchon du corselet d'un jaune obscurci, parfois noirâtre; les élytres

noires avec cinq fortes bandes jaunes transverses, les ailes 'd'un beau bleu violet à reflet métallique.

Les derniers genres des Acridides ont les antennes acuminées, à articles distincts, et le front plus ou moins avancé, en forme de cône obtus.

Un premier groupe, représenté dans les deux mondes, les Xiphocerini, a les antennes subprismatiques, à articles plats. Le genre qui nous intéresse le plus, car il est européen, est celui des :

P.%MPH.%GK§i, Thunb., ou Porthetis, Aud.-Serv. — Corps en général volumineux et glabre. Tète forte, avec cône frontal sillonné; antennes avec la plupart des articles aplatis; yeux méiliocres, suborbiculaires; trois ocelles très-petits. Pronotum très-comprimé, avec carène médiane en crête plus ou moins aiguë, subarquée. Élytres et ailes parfois bien développées chez les mâles et nulles chez les femelles, le plus souvent abortives et lobiformes dans les deux sexes. Pattes robustes, les postérieures assez courtes ; cuisses larges, jambes épineuses. Abdomen grand, épais, à carène dorsale élevée, à appendices courts et plats.

Les espèces de ce genre habitent la partie la plus méridionale de l'Europe sur les rivages la Méditerranée et l'Afrique boréale et australe. Le P. dentaius, deGeer, commun au cap de Bonne-Espérance, a la femelle d'environ 80 centimètres, tout à fait aptère, à gros corps ramassé, hérissé de pointes et de tubercules, mélangé de gris et de brun verdàtre. Elle est figurée par StoU et par Rœsel {Ins., t. II, pi. 6, fig. 2), ce dernier sous le nom de elephas ; le mâle, plus petit, a des élytres brunâtres, bien plus longues que le corps, ainsi que les ailes, transparentes et enfumées. L'ne autre espèce, le plus gros Acridien d'Europe, est le P. elephas, Linu., ou numidicus, Poiret, ou mannoratus, Bui'm. La femelle atteint 65 à 70 millimètres, le mâle restant beaucoup plus petit et moins robuste. Dans les deux sexes, le corps est d'un beau vert en dessus (brunâtre ou roussâtre sur le sec), d'un jaune-citron en dessous; les deux sexes n'ont que de petites élytres coriaces, réticulées, écailleuses et ovales, dépassant à peine le premier segment abdominal ; les ailes nulles, peut-être en étroit rudiment chez le mnle. A l'insertion des anneaux de l'abdomen, de la tûte, du corselet et despattes, on remarque, si l'insecte est étiré, des taches de feu d'un rouge vif, peu visibles si l'animal est immobile et au repos. On trouve cotte espèce en .Sardaigne, en Sicile, dans le sud de l'Italie, enCalabre ultérieure, en juin et juillet, mangeant avidement le Chardon à foulon ; elle est très-commune dans toute l'Algérie, peu agile, à démarche lourde, dans les lieux frais, ombragés, herbus, en mai, juin, juillet. Le mâle, beaucoup plus rare et beaucoup plus petit que la femelle, n'a que ^8 à 50 millimètres. Malgré

PAMPHAGUS. 253

sa grande taille et l'abondance des femelles, l'insecte n'est pas nuisible. Une variété, au lieu d'être d'un vert vif, est d'une belle teinte de rouge violacé : c'est le Gryllus numidicus cruentatus de Poiret, dont le corps est couvert de grandes taches rouges nuancées, de sorte qu'on croirait au premier abord que cet insecte est ensanglanté et déchiré par des blessures, les pattes et les antennes seules étant un peu vertes.

Poiret (1) nous a laissé de curieux détails sur les mœurs de cette grosse espèce qu'il nomme Gryllus numidicus. La larve de cet insecte paraît vers la fin de septembre et passe l'hiver. Elle est d'une couleur terreuse et jaunâtre, ce qui la distingue de l'adulte, en outre de son défaut d'organes alaires et de son épiderme simplement membraneux, n'acquérant sa dureté qu'à l'état parfait. A mesure que cette larve grossit, elle change de peau ; sa couleur jaunâtre prend des teintes plus foncées. A l'état de nymphe, en avril ou mai, elle verdit un peu, et les rudiments élytraux se montrent. Quand le froid est vif, la larve se retire dans le sable, où elle reste sans mouvement et sans appétit ; mais, dès que le temps se radoucit, elle reparaît dans les campagnes, s'attachant aux bourgeons des arbres et aux jeunes plantes, qu'elle dévore avec avidité. C'est en juillet et en août que la femelle pond ses œufs, à la façon de VAcridium peregrinum, en introduisant verticalement dans le sable son abdomen jusqu'au corselet, et en développant ses anneaux, de manière à rendre son gros corps effilé en pivot, afin qu'il puisse pénétrer plus facilement dans ce sol mouvant. Dans cet état, elle acquiert près de 160 millimètres de long, dont près de 110 sont tout à fait enfoncés dans le sable. Les œufs sont pondus en masse, sous l'aspect d'un paquet cylindrique, arqué, d'environ 25 millimètres de long, sur moitié de large; ils sont tous serrés, collés ensemble par une glu noirâtre, qui forme, avec le sable dont elle est mélangée, un mastic trèstenace. La femelle reste dans cette position pendant plus de huit jours, et expire enfin sur sa famille. Environ deux mois après, lorsque le sable, échauffé par le soleil, a développé les germes des œufs, les jeunes larves paraissent ; mais, avant de sortir de leur retraite, elles attendent que leurs forces puissent fournir à leurs excursions. Elles ont soin de choisir, pour leur première sortie, un temps doux et un beau soleil. On trouve encore, en Algérie et dans le midi de l'Europe, d'autres Pamphages, mais de beaucoup plus petite taille. Ainsi le P. nigm-punctatus, Lucas, en juin, près de Constantine, retrouvé en Sicile par M. E. Blanchard. Sa taille est moitié de celle de la grande espèce; sa conformation est analogue pour les organes du vol rudimcntaire; le corselet non dentelé sur les bords, les écailles élytrales d'un rougeAtre sombre; tout le reste du corps d'un brun fauve avec de petits points

(1) Abbé Poiret, Voyage en Barbarie, ou Lettres écrites de l'ancieii7ïe Numidie, pendant les années 178.5 et 1786, avec un Essai sur l'histoire naturelle de ce pays. Paris, 1789, t. I, p. 311.

noirs. Le /'. hespericus, Rambur, près d'Oran et en Andalousie, sur les collines, à marche lente, à saut très-rare ; le P. monticola, Rambur, d'Espagne, eu août, etc. Les Pamphuges se rapprocheut des Truxales par les antennes et le cône frontal, mais s'en distinguent d'après leur forme épaisse, leurs élytres et le dernier article des palpes maxillaires, plus long que le précédent.

Le genre Tropinotus, Aud.-Serv., de l'Amérique méridionale, du Cap, d'Australie, otTre le corselet cymbiforme ou en nacelle renversée élevé on crête médiane, comme chez les Pamphages, et prolongé en une pointe médiane aiguë, s'avançant beaucoup sur les élytres; chez les Xiphocera., Latr., des régions chaudes de l'Amérique méridionale et du Mexique, les antennes vont en s'effllant de la base à l'extrémité; enfin les Âldcera, Aud.-Serv., de l'Afrique centrale, à élytres rudimenf^iires ou nulles chez les femelles, ont les derniers articles des antennes brusquement plus étroits que les autres. Les Trybiiuphorus, Aud.-Serv., de l'Amérique méridionale, dernier genre à antennes subprismatiques, se séparent des précédents par la forme singulière des articles des palpes maxillaires, dont les deux derniers sont très-élargis et le dernier de figure arrondie et spatuliforme.

Un second groupe, les Plnjnmltm, C. Thomas, offre encore les antennes grosses à la base et finissant en pointe, mais ayant des articles non plus comprimés, mais arrondis, de manière à constituer une antenne sétiforme ; leur sternum est fort large.

On comprend dans cette subdivision, le genre Pœkilocerus, Aud.- Serv., ou Dictijophorus, Thunb., formé d'espèces des Indes orientales, d'Egypte, du Cap, offrant un corselet lisse ou presque lisse, les antennes aouvent annelées, les élytres tachetées de rouge ou de jaune, les ailes rouges, vertes ou roses; le genre Phyniatem, Thunb., Aud.-Serv., à corselet tubercule, à élytres et ailes de la longueur de l'abdomen, ornées de taches jaunes ou rouges, constitué par des espèces de l'Afrique australe; le genre Bhomalea, Aud.-Serv., à antennes longues et filiformes; à articles cylindriques ou obconiques, à pronotum grand, unicaréné au milieu, prolongé un peu en arrière au-dessus d'élytres pins courtes que l'abdomen, du Mexique et des Etats-Unis du Sud; le genre Teratudes, Urullé, des Indes orientales, à antennes courtes et épaisses dont les articles sont subégaux en longueur. Ce genre est très-curieux par une énorme crête qui s'élève sur le milieu du pronotum, en forme de capuchon médian aigu. Le pronotum, prolongé sur les élytres et un peu en avant, ressemble d'aspect au corselet des Membraces (Hémiptères homojjtères, Cicadiens); les élytres ont au plus la longueur de l'abdomen. Le type est le T. monticollis, .Uriillé, grande espèce d'un vert jauiiilfre, à pronoium tubercule, sa carène centrale bordée de jaune, les élytres chagrinées, les ailes transparentes, d'une teinte jaunâtre»

TETTIX. 255

SECONDE DIVISION. — TETTICIDES.

GENRES PRINCIPAUX

TETTIX, Fisch. de W. (mieux que Tetrix, Latr., nom mal fait). — Corps trcsfinement granuleux. Tête à vcrtex déprimé, uiiicaréué, sans fovéoles ; antennes ténues, filiformes, à articles cylindriques peu distincts ; yeux globuleux, saillants, trois ocelles distincts ; palpes assez courts, filiformes. Pronotum trèsgrand, scutelliforme, tricaréné, étroit antérieurement, s'clargissant ensuite, puis prolongé postérieurement en triangle rétréci, atteignant ou dépassant l'extrémité de l'abdomen. Prosternum mutique, recouvrant une partie de la bouche, comme une mentonnière; pectus large, transverse, arqué. Élytres très-courtes, rejetées latéralement en écailles coriaces et ovales; ailes hyalines, souvent irisées, à nervures fines, se cachant sous le pronotum prolongé, tantôt plus courtes que lui, tantôt aussi longues et dépassant l'abdomen. Jambes épineuses avec de fortes épines terminales aux postérieures ; cuisses postérieures fortes, convexes, tuberculées; tarses grêles, sans arolie entre les crochets. Abdomen comprimé, caréné; cerques des deux sexes ténus, subulés, aigus ; plaque subgénitale du mâle cymbiforme, dressée en pointe au delà de l'abdomen, et pénultième segment ventral du mâle grand ; valvules de la femelle triquètres, denticulées, granuleuses et poilues.

Les Tettix n'offrent pas de passage aux Acrirlides. Leur caractère le plus saillant est le pronotum prolongé, de sorte que la longueur de chaque espèce se compte depuis le sommet du vertex jusqu'à la pointe extrême de ce pronotum. Cette forme rappelle les Scutellérides (Hémiptères hétéroptères). Le tympan abdominal paraît manquer. Les pièces buccales sont robustes : le labre large, suborbiculaire, les mandibules fortement dentées en dedans, les maxilles à mando aigu et denté, la lèvre inférieure à lobes externes larges. Les Tettix sont do petits insectes, probablement dépourvus de stridulation, très-vifs à sauter, volant rarement; les mâles sont plus courts et plus petits que les femelles; certaines espèces exotiques sont de plus grande taille que les Tettix d'Europe. Les deux espèces communes en France {T. subiUata el bipunctata) se trouvent dans les jardins, au bord des bois, au milieu dea feuilles sèches, dans l'herbe, les mousses, sur les routes, et surtout dans les endroits exposés au soleil et où la végétation est clairsemée. C'est en septembre et octobre qu'elles sont le plus fréquentes; mais on les rencontre dès le mois de juillet, mêlées à beaucoup de nymphes, et quelques individus qui hivernent reparaissent en avril et en mai. Le genre existe en Europe, en Asie, en Afrique et eu Amérique. Aucun genre ne présente plus de difficulté pour les déterminations spécifiques que celui des Tettix. Si l'on n'a sous les yeux que les exemplaires types,

on se croit certain des espèces; mais rovaracn de nombreiiv sujets montre des formes intermédiaires, et la coloration, énormément variable, présente en outre les mêmes modifications dans plusieurs espèces, ainsi dans les deux espèces fondamentales ; en outre, les espèces ont les mêmes habitudes et se trouvent souvent ensemble dans les mêmes localités. Il ne reste guère, pour établir des caractères séparateurs, que la courbure et l'élévation de la crête dorsale du thorax, et la longueur relative du prolongement du pronotum et la longueur et l'ampleur des ailes en rapport avec l'organe précédent.

Le T. subulata, Linn., le Criquet à corselet allongé de Geoffroy, de 10 millimètres chez le mille, 12 à 13 pour la femelle, est le plus allongé des Tcttix d'Europe. Le corps est étroit et finement granuleux; les antennes ont lU articles. La couleur du corps varie du brun au gris, au testacé, parfois avec le dessus du pronotum blanc, ou ayant une bande blanche de chaque côté ou des points noirs. Le pronotum est très-acuminé et subulé au bout, et s'étend bien au delà de l'articulation de la cuisse avec la jambe postérieure, atteignant parfois la base du tarse. Les élytres sont en écailles réticulées de 2 millimètres environ ; les ailes très-amples, ayant quatre ou cinq fois le diamètre du thorax, transparentes, irisées, brunâtres au bord antérieur et atteignant presque le bout du pronotum. Les pattes sont de la couleur du corps, les quatre premières annelées de brun et de testacé. L'espèce, avec ses races, habite toute l'Europe, depuis Naples et la Grèce jusqu'à la Laponie, et de l'Espagne et la France jusqu'à la Russie, fréquentant les lieux humides, surtout au printemps. Il est très-probable que des races sont formées par les T. depressa et acuminata L., Bris, de Barn., ayant les trois carènes du pronotum plus élevées, la stature plus courte, plus large et plus épaisse, le dos déprimé près des angles huméraux, les jambes antérieures onduleusement bordées. Le T. depressa, Pris, se trouve en Turquie, près de Naples, en Dalmatie, en Provence, dans les Pyrénées, et remonte par places bien plus au nord, ainsi près de Paris. D'après M. de Sélys-Longchamps, on peut établir sous le nom à'attenuata une race pour des sujets plus fréquents en Belgique que le type subulata, et chez lesquels le prolongement du pronotum atteint à peine le bout des cuisses postérieures, les ailes arroiulies, ayant à peu près trois fois le diamètre du thorax. Enfin, il y a une race exclusive aux régions méditerranéennes, le T.meridionalis, Rambur, qui se rencontre en Andalousie en hiver, dans les parties humides des montagnes près de Malaga, et en mars et avril sur les pentes arides près d'Alger (H. Lucas), à Naples, en Sicile, en Dalmatie, en Egypte, en C-orse, en France près de Toulon et de Nice. Cette variété est le plus souvent brune ou d'un gris brun, ou d'un gris cendré, parfois presque totalement blanchâtre en dessus; les deux sexes ont une tache brune, en triangle ou en trapèze, de chaque côté près de l'épaule, et avant elle le dos est parfois orné chez le mâle d'une large bande fauve transverse. La carène médiane offre souvent

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(les taclms alterualives noires cl blanches. Le corps est plus court que chez sulmlata, les yeux plus globuleux, le pronotum plus dilaté aux épaules et moins prolongé, les élytres plus courtes et plus fortement réticulées, les ailes plus étroites.

La seconde espèce, plus courte et plus large que la précédente, le T. b/punctata, Linn., le Criquet à capuchon de Geoffroy, de 6 à 8 millimètres o", de 8 à 11 millimètres Ç, varie encore plus pour la (aille, la couleur et le dessin que l'espèce précédente, passant du brun noir au testacé par le roux, et mélangeant ces nuances. Aussi les auteurs ont établi un nombre considérable de variétés sur les sujets de la Suède et do laLaponie. Les anleinies ont douze articles ; le pronotum, qui ne dépasse pas les cuisses postérieures, est souvent marqué de noir aux épaules, et a la carène médiane bien saillante, presque tranchante, occupant toute sa longueur; on voit presque toujours, de chaque côté de cette carène, à la hauteur des cuisses postérieures, un point noir, de grandeur variable, qui a fait donner le nom à l'espèce. Les élytres sont très-courtes, ovalaires, à peine réticulées, les ailes transparentes et brunâtres, bien plus petites que chez T.subulata, ayant à peu près le double du diamètre du thorax. Les pattes sont annelées de gris et de brun, et l'abdomen obscur. Cette espèce habite presque toute l'Europe, depuis la Grèce et •l'Italie inférieure jusqu'à la Laponie, et de l'Angleterre à la Russie. Rambur ne la cite pas dans ses Insectes de l'Andalousie. On indique une race obscura, Hagenbach, plus rare que le type en Belgique. A la fin de juillet se rencontrent quelques individus, qui sont plus épais, plus robustes et plus déprimés que le type, ayant quelque analogie a.\ec depressa, Bris, de Barn., dans l'autre espèce.

La plus petite espèce d'Europe, si espèce il y a, est le T. Shranckii Fisch. Fr. (pi. lxu, fig. 9, extrémité de l'abdomen de la femelle, avec la partie postérieure du pronotum prolongé). Sa taille n'est que de Zi à 5 millimètres o' , et 6 à 7 Ç ; les cotés du thorax sont unilobés et non bisinués, les élytres et les ailes rudimentaires ; chez les jeunes sujets à téguments mous, d'un millimètre et demi seulement, il y a déjà des rudiments d'ailes, comme on le voit en échancrant latéralement le pronotum. Beaucoup d'auteurs pensent que celte espèce n'est qu'une nymphe de 7'. bipunctata; on la trouve dans toute l'Europe, y compris le royaume de Naples, la Sicile et l'Espagne, dans les Bruyères et aux lisières des champs avec les espèces précédentes, du premier printemps à la fin d'octobre.

Les 7V(^/.r paraissent des espèces peu fixées, très -favorables aux opinions des partisans de la variabilité spécifique. M. de Sélys- Longchamps est porté à admettre, par analogie avec ccviaiii^ Stenobothrus à individus exceptionnellement développés, que les divers Tettix d'Europe ont des individus à prolongement prothoracique et à ailes bien complets, tandis que d'autres, par arrêt de développement, ont ces parties plus courtes : ainsi T. subulata aurait pour race écourtée

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