‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservation (volume 4)Chapitre 5 sur 19 · BACILLUS · texte numérisé non relu

BACILLUS

nourriture. Au contraire, remarque M. Westwood, les îles chaudes et humides de l'arclilpcl hidicn, luxuriantes de végétaux, sont comme la métropole des Phasmiens, et aussi, dirons-nous, des Mantiens et d'une foule d'autres tribus des divers ordres. Les genres de Phasmiens paraissent très-localisés par continents, et les espèces sont souvent parquées par régions, entre des limites géographiques étroites. Cela résulte d'uue dépendance absolue qu'ont des insectes, seulement à peiue marcheurs, avec les espèces de plantes nécessaires à leur alimentation. M. G. Gray a observé que l'Amérique est moins riche en Phasmiens que l'hémisphère oriental, et que les espèces y sont plus souvent aptères ou à femelles aptères ; les espi''ces asiatiques ou sondaïques, australiennes et polynésiennes, ont au contraire la tendance à ollrir des organes du vol courts ou au moins en rudiments atrophiés, sont bien plutôt subaptères qu'aptères. D'après M. de Saussure, les espèces américaines ailées ont souvent des ocelles, qui font défaut chez les espèces orientales.

Les anciens auteurs, y compris Linnieus, réunissaient les Phasmes et les Mantes. La séparation date de Fabricius {Suppl. do l'Entomologie sysiéinatique, 1778), et ne fut bien démontrée que par Licbtenstein, qui établit le premier nettement les caractères de séparation {Trans. of tlie Linneun Soc. of London, 1802, YI). La classification des Phasmiens est regardée comme presque impossible. Latreille et Audinet- Scrville ont essayé une classification fondée sur la présence ou l'absence de membrane foliacée aux cuisses, puis la forme des articles des tarses, la longueur ou la brièveté du thorax, etc. M. Westwood se contentej plus simplement, de diviser les Phasmiens en aptères et ailés, nécessairement avec quelque incertitude possible, pour certaines espèces subaptères ; et comme nous ne sommes nullement imbu de la chimère de la classification naturelle, c'est cette division que nous adoptons. Les travaux les plus récents à consulter sur l'étude spéciale des Phasmiens sont les suivants : G. Gray, the Entomology of Australia. London, 1833, part. I, monogr. du genre Phasma. — Synopsis ofthe Species of Insects belonyinii to the family of Phasmidœ. London, 1835. — Westwood, Catal.of Orthopt. Insects in the collect. of Ihe Brit. Mus., part. I, Phasmidœ. London, 1859. — H. de Saussure, Mém. de lu Soc. phys. et hist. natur. de Genève, 186'J, t. XX, l'« part. — Mission scienlif. au Mexique^ etc., 2« livraison* Paris, 1872.

GENRES PRINCIPAUX

PHASMIENS APTÈRES.

ilACll<Lr<i, Lalr. — Corps allongé, subcylindriftutii lli lobé, ni épineux, beaucoup plus grêle chez le mule. Pas d'ocelles. Antennes courtes, de dix à vingtcinq articles, avec certains articles courts et élargis chez les femelles, grêles

chez les mâle?. Mt'sotlKirax ayant plus de trois fois la lonp;ucur du protliorav. Organes du vol complélement nuls. Pattes grêles, surtout chez les mâles, de longueur variable, côtelées, non lob(;es ;cuisses ayant souvent dans les deux sexes de courtes épines; le premier article des tarses long. Abdomen variable, souvent subcylindrique, rebordé, droit et rétréci en arrière chez la femelle, un peu en massue chez le mâle; armure anale variable, à cerqucs tantôt courts, tantôt allongés, cylindriques, recourbés chez le mâle, ou comprimes et foliacés ; plaque sous-gcnitale ne dépassant pas l'extrémité de l'abdomen.

Ce genre nous intéresse avant tout, parce qu'il renferme la seule espèce de Phasmien connue en Europe : c'est le B. liossii, Fabr. (pi. Lxn, fig. 2, antenne filiforme), vert ou vert grisâtre ou roux brunâtre, tantôt lisse, tantôt un peu granuleux, à antennes de douze à vingt-trois articles environ, avec une carinule dorsale, des pattes filiformes anguleusement striées, les antérieures très-longues, les quatre cuisses postérieures tridentées en dessous. Le mâle est long de Zi5à 55 millimètres, la femelle de 58 à 108 millimètres. L'espèce est de l'Europe méridionale et de l'Afrique boréale, et fut découverte par Rossi, en Toscane, dans les jardins et les bruyères ; est commune sur les haies vertes qui bordent les fossés pleins d'eau ; se trouve en Dalmàtie, en Istrie. Près de la ville de Pola, on rencontre ce Phasmien immobile sur le Ciste de Montpellier, mais difficile à voir, tant il se confond avec les rameaux : ses ennemis, outre des larves parasites, sont la Mante religieuse et le Lézard vert. 11 existe une race plus petite de cette espèce, à antennes de douze articles, à thorax souvent granulé, ayant chez la femelle 54 à 67 millimètres, dont plusieurs auteurs font une espèce sous les noms àe B. gallicus,Cha.vp., B. granulatiis, BruUé, trouvée en Grèce lors de l'expédition française, se prenant en Andalousie (Rarabur), dans l'Afrique boréale, dans le midi oriental et occidental de la France, à Nice, à Cannes, à Hyères, près de Toulon. Au premier printemps, en battant les broussailles sur le parapluie, on y fait tomber, outre des adultes qui ont hiverné, des larves à divers degrés /de développement ; ces larves, plus molles que les adultes, se conservent mal en collection, se contournent et se replient. On dit que l'espèce peut remonler, par individus isolés, jusqu'auprès d'Orléans.

L'espèce ou la variété B. r/allicits a été disséquée à Saint-Sevcr (Landes) par L. IHifour et M. A. Laboulbène. Le lube int(;stinal est droit; l'œsophage, allongé, est enloui'é de grappes de glandes salivaires très-courtes; il se renfle en jabot. Il n'y a pas de gésier; l'estomac est quadrilobé sur une de ses faces, qui est reçue dans une sorte de dépression du jabot, et il otl're à son extrémité postérieure les canaux de Malpighi en verticille. Les gaines ovigôres s'attachent à un ligament suspenseur commun, comme chez les Mantes, et il y a inie glande aimexe, et peut-être deux. Les œufs sont gros, d'un jaune ambré dans l'abdomen, avec un opercule ; il n'y en a qu'un développé par gaine ovigère,

BACTERIA. 101

avec un ou deux très-rudimcntaircs. Après la poule, l'œuf est d'un I)ruu noirâtre, avec l'opercule a[)lati et une suture noirs.

On prend le B. Rassit en Algérie, dans l(>s lieux couverts d'herb(îs et ombragés. Notre colonie africaine a aussi une seconde espèce, qui paraît fort rare, le B. lobipes, Lucas, trouvé à la lin de juillet dans le Boudjarea, aux environs d'Alger. Les pattes sont très-grèles, subdenticulées extérieurement. Le caractère saillant de cette espèce est d'ofî'rir à l'extrémité des cuisses dos deuxième et troisième paires deux tubercules foliacés très-prononcés, tachés de brun, et deux autres, moins marqués, aux extrémités des jambes.

Le genre Bacillus, d'après M. H. de Saussure, passe graduellement aux Lonchodes, genre asiatique, par l'allongement des antennes, et cet auteur y a établi trois sections ou sous-genres, d'après la longueur des antennes, le nombre et la largeur de leurs articles, la forme de l'abdomen et les cerques. 11 y a des espèces où la tête est munie de prolongements auriculaires. Les Bacilles comptent une quarantaine d'espèces de l'ancien monde, d'Europe, d'Afrique, des Indes orientales, de Ceylan, de Java, de Chine, des îles Sandwich, d'Australie, de l'île Hamoa, de la Nouvelle-Zélande.

b.4CTe:ri.%, Latr. — Corps grêle, bacillaire, inerme, tubercule ou épineux, tout à fait aptère dans les deux sexes, cylindrique et plus épais chez les femelles, filiforme chez les mâles. Pas d'ocelles; antennes multiarticulées, très-longues, sétacées, fines. Tète petite, parfois cornue. Mésothorax très-long. Pattes longues, grêles, miitiques ou parfois unifoliacées, le premier article des tarses long. Abdomen souvent un peu moins long que le thorax, parfois plus long que le reste du corps ; fourreau des femelles n'atteignant pas rextrémité de l'abdomen ou ne la dépassant pas, variable chez les màles^ en forme de poche ou d'apophyse cylindrique ; plaque suranale courte et échancrée, non prolongée et fendue chez les mâles.

Les Bactéries, dont la plus grande partie des espèces sont américaines, se séparent à première vue des Bacilles par les antennes. Signalons seulement quelques espèces des anciens auteurs, fréquentes dans les collections. Le Z^. arumatia, Stoll [Mantis baculus, Bœsel, Oliv., Phasma ferula, Fabr.), des Antilles, de la Guyane, peut atteindre chez la femelle 220 millimètres. La tête est globuleuse et inerme ; le corps brunâtre annelé de testacé, lisse et inerme dans les deux sexes, le premier article des tarses crête. Cette espèce a été le sujet des études sur le système nerveux et l'analomie interne des Phasmiens par J. Mùller et J. F. Brandt (1). Le système nerveux animal ofl'x'e un assez petit cer-

(1) J. Millier, Nova Acta Acad. naturœ curiosorum, t. XII, pars 2, 1825, p. 553, pi. L à LV, et t. XIV, p. 1, 1828, p. 71, pi. vu, viii.— J. F. Brandt, Ann. sciences natur., Zool., 183*), f. V, p. IO.t (trad.).

veau rectangulaire, fournissant les nerfs optiques et antennaires, et relié parle collier au ganglion sous-œsophagien ; puis trois ganglions thoraciques et cinq ganglions abdominaux, le dernier formé de deux ganglions soudés. Les nerfs stomatogastriqucs se composent de deux systèmes, un impair, l'autre pair. Le premier, issu du cerveau par un ganglion frontal triangulaire, donne des filets aux pièces buccales, et sa partie principale ou dorsale longe l'œsophage en dessous de la série des cœurs et olfre un ganglion triangulaire au-dessus de l'estomac. Le système pair, moins développé, parlant aussi du cerveau, se compose de deux paires de ganglions et envoie des filets aux cœurs. Le tube digestif est en rapport avec la forme allongée typique des Phasmiens. Au début de l'œsophage débouchent deux paires de glandes salivaires, chacune à huit utriculos. Cet œsophage, large et linéaire, un peu resserré à la région du second ganglion thoracique, sans jabot ni proveniricule, aboutit à l'estomac à l'extrémité du métathorax, et envoie, comme chez les Libellules, un long prolongement dans son intérieur ; l'estomac est droit et long, strié de fibres musculaires, sans appendices caîcaux à l'entrée, avec des prolongements aveugles en filaments et de nombreux canaux de Malpighi à l'extrémité terminale ; le tube digestif se termine ensuite par un court iléum conique suivi d'un ample rectum. L'appareil respiratoire se compose de trachées tubuleuses très-ramifiées en élégant réseau. Les ovaires des femelles, rattachés antérieurement au vaisseau dorsal, sont constitués par des tubes transversaux parallèles, d'aspect pectine, rangés sur les côtés d'un oviducle linéaire longitudinal, avec une capsule séminale piriforme et sans glandes appendiculées. Les organes sexuels du mâle ressemblent beaucoup à ceux des Névroptères à métamorphoses incomplètes ou Orthoptères homoptères (Libellules, Éphémères, Perles) ; les testicules, ramifiés, consistent en nombreux funicules globuleux, fixés à l'extrémité supérieure de pourtsvaisseaux déférents ; le conduit éjaculateur n'offre pas d'appendices glandulaires.

Une seconde espèce, le B. bicnrnis, StoU, de l'Amérique méridionale, dépasse chez la femelle 170 millimètres. Tl est glabre et lisse, d'un brun dilué ; les longues pattes à bandes obscures ; les cuisses anguleuses, les intermédiaires mutiques en dessous au sommet ; toutes les jambes mutiques ; l'article basai des tarses du mâle simple, plus ou moins crête en dessus chez la femelle; la tête un peu allongée, portant ileux cornes en forme d'oreille. C'est le Spectre ou Sqmlette cornu de Stoll, le Mantis keratosquelcton d'Obvier (Encycl. méth.). Dans ces deux espèces, les mdles sont un peu moins de moitié plus petits que les femelles. Une troisième espèce des Antilles, le />'. filiformis, Fabr. (/?, cortiuta, Cuilding), est voisine de la précédente, à corps et pattes bruns, celles-ci annelées de testacé, les pattes antérieures inermes, de la longueur du corps, le premier article des tarses non crête, les antennes noires, Guilding rapporte quelques détails sur la biologie de cette espèce. Elle est couverte à l'état vivant d'une viscosité verdàtre : s'accouple en mai et juin,

ANISOMORPHA. 103

et la femelle dépose, de seplembre à novembre, une vingtaine d'œufs, ressemblant à une graine de Léguminenso, operculés, opaques, d'une nuance rougeàlre avec des points enlbncés épars. Ils restent longtemps retenus au bout de l'oviducte, jusqu'à ce qu'ils aient acquis la dureté convenable, et sont alors pondus sans précaution et à nu. Les petites larves sortent au bout de quatre mois environ.

Les Bactéries, qui comprennent plus de cinquante espèces, constituent un genre cosmopolite dont les espèces se trouvent au Mexique (terres chaudes), dans toutes les Antilles, à la Guyane, au Brésil, en Colombie, au Pérou, au Cap, à Natal, à Sierra-Leone (Afrique), à Bornéo, au nord de l'Inde, aux îles Sandwich, en Australie. Il y a plusieurs genres très-voisins des Bactéries : ainsi le genre Lonchodes, Gray, ayant une trentaine d'espèces du Japon, de l'Asie orientale et de ses archipels, faisant un passage des Bacillus aux Hacteria, ne différant de ce genre que par le dernier segment abdominal des mâles, qui, au lieu d'être court et tronqué, s'allonge en poche comprimée et fendue, avec une carène transversale à la base ; le genre Diapheromera, Gray, du Mexique, des États-Unis, se distinguant des Bacteria par les cuisses intermédiaires des mâles, qui sont très-renflées, et la forme compliquée de leur abdomen à deux renflements, l'un au septième segment, l'au^ tre à l'appendice en casque qui termine le huitième, avec cerques trèslongs, obtus et arqués, formant une sorte de pince. M. de Saussure fait rentrer dans le genre Bacteria, en raison de leurs longues antennes, de leur corps et de leurs pattes très-grèles, plusieurs espèces à corps très-épineux, que M. Westwood plaçait dans le genre Acanlhoderus.

AlVU^OMORPHA, Gray. — Corps trapu, gros et large, déprimé, assez grêle et cylindrique chez les mâles. Mésotliorax et métathorax presque également longs ; prothorax ayant de chaque côté, au hord antérieur, un gros pore, entouré d'un cercle corné, ou une saillie creusée d'un petit enfoncement circulaire ; parfois très-faibles rudiments alaires. Pattes courtes chez les femelles, inermes et souvent cylindriques.

Les Anisomorphes ont un aspect spécial, qu'elles doivent à leurs corps épais, lisse, cylindrique, à leurs antemies assez courtes et assez grosses, à leurs pattes courtes et très-ambulatoires, et à leur abdomen obtus au bout, dont le fourreau ne dépasse pas l'extrémité. Llles dllVèrent des Rhaphiderus par le corps inerme et lisse. Ce genre, exclusif à l'Amérique chaude, présente le plus grand développement des pores éjaculateurs du prothorax. D'après .1. Goudot (Description de troia nouvelles espèces d'Orthoptères de la famille des l'hasnu'rns, dans Magas. de Zool., 18^3), tandis que les vraies Bactéries, grêles et à longues antennes, sont diurnes et vivent sur les feuilles, les Anisomorphes, plus ramassées, sont tout à fait nocturnes, et restent pendant tout le jour cachées sous des pierres on dnns des troncs d'arl)res. T'nc espèce très-commune dans les

10/i ORTHOPTÈRES.

t'iivirons de Satita-Fé do Bogota (NouvoUe-Groiiade), VA. bogofensis, Coudot, longue do 35 millimètres, est d'un noir luisant, avec quatre tubercules, rouges chez les raàles, rougoàtres chez les femelles, vestiges tout à fait inutiles d'organes du vol. De chaque côté du prothorax, l'insecte lanc(>, dès qu'on le saisit, à 33 centimètres de distance, une liqueur laitousc très-àcre, due à deux glandes oblongues et latérales, d'un centimètre de long. On trouve cet insecte sous les pierres, dans les lieux humides, mêlé avec ses larves grises, sans rudiments d'ailes, vivant d'herbes. Les œufs sont pondus épars sous les pierres, gris, marbrés de noirs, longs de 3 millimètres, cylindriques, aplatis aux deux bouts, avec un grand ombilic, l'opercule sautant ta l'éclosion de la larve. L'accouplement dure une journée ; la femelle dépose en octobre moins de vingt œufs épars, éclosant en mai de l'année suivante, par une température moyenne de 18 degrés environ. Les larves sont grisâtres, et ont en éclosant 11 millimètres, c'est-à-dire à peu près quatre fois la longueur de l'œuf. Chaque jour, à la tombée de la nuit, ces petits animaux sortent de leur retraite, et se répandent sur les Graminées basses, restant toute la nuit en agitation, mais au jour naissant se retirant sous les pierres. J. Goudot cite encore deux autres espèces plus rares, et n'offrant réunis ensemble que deux ou trois individus, habitant des régions élevées et plus froides de la Cordillère centrale de la Nouvelle-Grenade, sous les troncs d'arbres tombés. M. E. Blanchard {Voijage iU> d'Orbigny et Histoire du Chili de Gay) a fait coiniaître d'autres espèces, du Pérou et du Chili, résidant sous les écorces d'arbres, etc.

RU.%PHIDERII!4, Aud.-Serv. — Coips alloiii^é, entièrement dépourvu d'élytres et d'ailes dans les deux sexes. Tête petite dans les mâles, assez forte et bombée au-dessns chez les femelles ; yeux petits, i^-lohuleux; pas d'ocelles. Thorax épineux; prothorax trois fois plus court ((ue le mésothorax, carré, avec des tubercules épineux, dont quatre disposés régulièrement en carré. Pattes longues ou assez longues, épineuses, surtout 1(!S jambes et cuisses 2 et 3. Abdomen à oviscapte non saillant au bout, cylindrique dans les milles, ovalaire dans les femelles et fort élargi jusciu'aux trois quarts.

• Ce genre, qui a beaucoup de caractères des Bacteria, n'en est pas séparé par M. E. Blanchard ; ses formes, constamment beaucoup plus grêles, le distinguent des Eurycantha. 11 est souvent nommé Acanthoderus, Gray, mais nous avons dû rejeter ce nom employé auparavant pour un genre de (joléoplères longicornes, comme lo fait remarquer avec raison Audinet-Serville.

Nous citerons le R. scabrosus, Gray, de l'ile de France, vert, avec front et vertex jaunes, des bandes longitudinales jaunes sur les côtés du corps, la base des cuisses, le bout de l'abdomen et la base des segments jaunes : le vert est tendre chez la femelle, foncé brillant, quelquefois nuancé de rougeàtre chez le mAle (pi. i.xu, tig. U). Dans les

RHAPHTDERUS, EURYCANTHA. 105

deux sexes, la lOie offre postérieurement quelques raies noires longitudinales; le mésothorax porte des tubercules épineux sur son disque en double rangée; le niésothorax est lisse et mutique en dessus; tous deux ont en dessous des épines. Les quatre cuisses postérieures ont plusieurs épines sur leur angle interne supérieur ; les antennes et les pattes sont de la couleur du corps.

Assez nombreuses espèces des deux mondes : Nouvelle-Zélande, Nouvelle-Hollande, Assam, Himalaya, Japon, Java, Amboine, Bornéo, Philippines, Ceylan, île Woodlark (Montrouzier), île de France, Co' lombie, Brésil, île Saint-Thomas.

E:i.'RYt'.%.'VTBIA, Hoisduval. — Corps épais, aptère dans les deux sexes, épineux le plus souvent. Tête étroite, ovale ; antennes écartées, assez fortes, de la longueur du thorax; yeux petits, i;lobuleux ; pas d'ocelles. Thorax court, quadrangle, déprimé en dessus; métathorax plus court que le mésothorax. Pattes courtes et épaisses, plus ou moins épineuses; les cuisses postérieures souvent très-épaisses et très-épineuses, avec les jambes grêles. Abdomen de la largeur du thorax à sa base, cylindrirpie chez les mâles, de forme ovoïde-allongée chez les femelles, déprimé en dessus, diminuant de longueur de la base à l'extrémité.

Les Eurycanthes sont en entier d'un I)run marron ou d'un brun verdàtre ; leur grande taille, jointe à leur grosseur, à leurs épines multiples, leur donne un aspect étrange. Le plus anciennement connu, \'E. hon'ida, Roisd., rapporté de la Nouvelle-Calédonie par Labillardière, fut plus tard retrouvé à la Terre des Papous par Dumont d'Urville et décrit par M. Boisduval, dans la Zoologie du Voyage de VAstn^labe. La femelle atteint 135 millimètres, le mâle un peu moins. Il n'a pas les plaques anales prolongées, et ses cuisses postérieures sont beaucoup plus renflées que chez la femelle. Le corps est aplati, cai'éné sur les côtés. La tète, carrée, porte quatre épines sur le vertex. Le thorax offre latéralement une rangée de fortes épines ; l'abdomen a deux petites épines sur chacun de ses segments, et trois très-fortes de chaque côté. Les pattes sont munies de plusieurs rangées d'épines sur leurs carènes, et les cuisses postérieures des mâles en portent trois très-fortes, comme des ergots. Dumont d'Lrville rapporte (ju'il faut saisir cet insecte avec précaution à cause des piquants dont son corps est armé. L'espèce existe aussi à la Nouvelle-Irlande et à l'île Woodlark. Le P. Montrouzier (1) a fait connaître plusieurs autres espèces d'Eurycanthes : ainsi E. luicmntha, Montr., de l'île Woodlark, à cuisses non renflées, à épines plus rares et plus courtes que chez ÏE. horrida; E. scorpionides, Mont., de l'île Woodlark, à cuisses non renflées, mais très-épineux, et dont le nom est tiré de l'habitude qu'a le mâle de recourber son abdomen en

(1) Ann. Soc. liiméenne de Lyon, 1855, t. Vil.

haut, comme les Scorpions ; E. ausfralis, Mont., de l'île de Lord Howe, au nord de l'AusIralie. Cette espi'ce estinermo, épaisse, subcyliiidrique, n'ayant d'épines qu'aux cuisses postérieures en' dessous. Le fait de ce corps lisse, en désaccord avec le mot Eurycantka, avait porté le P. Monlrouzier à changer le nom du genre en celui de Karabidion, substitution inacceptable et source de confusion qu'on doit proscrire en histoire naturelle, en respectant la priorité des noms de genres comme d'espèces, et acceptant, comme fait, toutes les exceptions ultérieures. Ajoutons à ces espèces les E. Tyrrhcus, Westw., des Nouvelles-Hébrides et Loyalty, îles de la mer Pacifique ; E. olivacea, Westw., de Ceylan ; E. calcarata, H. Lucas, espèce très-épineuse, de l'île San-George (archipel des îles Salomon). Les Eurycantbes offrent fréquemment le fait de la répuUulation des pattes arrachées ou mutilées. Ce sont des insectes comestibles, dont les nègres océaniens de la Nouvelle-Calédonie mangent la chair à l'instar des EJcrevisses.

PHASMIENS AILÉS, au moins les mâles.

PBlB%IiO$iiOMA, Gray. — Antennes courtes et fines. Mésottiorax très-allongé.

Pattes i;rèles, carénées et cannelées, à arêtes garnies de lobes ou d'épines. Mâles à élytres rudimentaires et ailes assez longues, mais n'atteignant pas l'extrémité de l'abdomen ; extrémité de l'abdomen très-renflée, le 8'^ segment ventral en poche terminée en pointe, ou formant parfois un long prolongement qui cjépasse l'abdomen. Corps grêle, cylindriipie, filiforme, très-allongé. Femelles aptères, bacillaires, à abdomen cylindrique ou un peu déprimé ; fourreau dépassant en général l'abdomen et renfermant les deux filets prolongés de l'oviscapte ; cerques très-courts.

Nous citons ce genre de Phasmiens parce qu'il est un de ceux qui contiennent les plus grands de, tous les insectes sous le rapport de la longueur. Tels sont le P. LepdleU'eri, Gray, ou rabispinosum, Aud.-Serv., tantôt granuleux, tantôt hérissé d'épines, dont la femelle atteint 225 millimètres, du nord du Brésil, taille qui n'est dépassée que parle P. hypharpax, Westw., des archipels indiens. Par les femelles les Phibalosomes à formes grêles rappellent les Bactéries, mais s'en distinguent par la longueur de leur fourreau et la brièveté des antennes, qui atteignent au plus la moitié de la longueur du corps ; les mâles diirèrent des autres Phasmiens par leur mésolhorax très-long et très-cylindrique, cimj ou six fois plus long que le prothorax : de tous les nicàles ailés, ce sont ceux qui ont les formes les plus grêles et les plus allongées. La distribution géographique de ce genre est très-étendue : Mexique, Guyane, Brésil, Indes orientales et Tndo-Chine, Ceylan, îles Sondaïques, Philippines cl M(dii((ues, îles Fidji, du Priuce-de-Galles et Salomon.

CTPHOCRANA. 107

CYPHOCR.%M.%, Aud.-Serv. — Antennes mulliarticulées, filiformes ou sétacées, de longuoiir variable. Tète gibbeiise posténeurenient, grande dans les l'emelles; trois ocelles plus ou nnoins distincts; yeux globuleux, saillants. Thorax trèslong, Elytres ovales, élevées au milieu, n'ayant que le quart de la longueur des ailes chez les mâles, et au moins la moitié chez les femelles; ailes grandes dans les mâles, plus courtes que l'abdomen dans les femelles. Pattes épineuses, à jambes parfois lobulées au bout. Abdomen cylindrique, se rétrécissant vers le bout chez les femelles ; la plaque sous-anale dans ce sexe très-bombée, cymbiforme, dépassant l'extrémité de l'abdomen.

Les Cyphocranes sont les géants des insectes, propres aux parties les plus cliaudes de l'ancien monde, aux îles de l'océan Indien, au nord de l'Australie, à la Nouvelle-Guinée, au Congo, au Sénégal. Le C. gigas, Linn. (pi. lxu, fig. 3, tête de profil; 3 a, de face), d'Amboine, des Moluques, le mâle de 135 millimétrés, la femelle de 216, d'un jaune brun ou fauve, avec granules noirs, vert foncé pendant la vie, le thorax trés-tuberculeux, les élytres verdàtres, ainsi que le bord antérieur des ailes, celles-ci transparentes, avec nombreuses taches carrées, en six bandes transversales irréguliéres, les pattes et antennes de la couleur du corps. Cette espèce, très-anciennement connue, est le Grijlhis gigas de Linna-'us, VArumatia cruribus maculatis de Petiver, le Géa?îi ou Phasma gigas de Stoll, Fabricius, Donovan, Lichtenstein, le Spectrum gigas de Lamarck, Mantis gigas d'Olivier. A côté se place une espèce encore plus grande, le C. Goliath, Gray, à corps et pattes verdàtres, variés de lignes jaunâtres, les élytres verdàtres, avec deux taches blanchâtres à la base, devenant deux lignes longitudinales chez le mâle, les ailes à bord coriace vert bordé de rouge et d'un rouge de sang inférieurement, de Java, de Timor, de la Nouvelle-Guinée, de Moreton-bay, au nord de l'Australie. Une variété femelle et plus grande, pouvant avoir en longueur 270 millimètres, est le C. versirubra, Auà.-Sevw. ou herculeanu, Charp., à base des ailes et à dessous des élytres et de la partie coriace des ailes d'un beau rouge pourpré, d'Australie, crue à tort du Brésil par Latreille et Audinet-Serville.

Le genre voisin, Platycrania, Gray, à ocelles nuls, à abdomen des mâles terminé en massue, celui des femelles cylindrique, avec plaque sous-anale pointue au bout, creusée en gouttière en dessus, unicarénée en dessous, présente comme type le P. edulis, Licht., ou viridana, Gray, d(>s Indes orientales, des îles Moluques et Philippines, de l'île d'Arou (Wallace), de Céram (M""^ Ida Pfeiffer), à mésothorax rugueux chez le mâle, glabre chez la femelle, vert partout, sauf les ailes, jaunâtres et transparentes, rosées ou coccinées à la base, le bord costal coriace et vert, les pattes courtes, submutiques, les quatre cuisses postérieures denticulées en dessous. C'est le Spectre rerd de Stoll. Le nom donné par Lichtenstein indique un insecte qui entre dans la nourriture des Mélanésiens entomophages. Le genre Platycrania a deux autres

espèces, une de Ceylan et des Philippines, l'autre des îles Fidji. Un genre aussi très-voisin, Acro}ihijll(i, Gray, a été fondé pour une dizaine d'espèces des diverses régions de l'Australie. L'.-l. Titan, Macleay, à femelle de plus de 250 millimètres, est épineux, d'un brun rougeàtre, les élytres jaunâtres, avec tache blanchâtre, étendue jusqu'au bout chez le mâle, variées en outre de nombreuses taches d'un brun bleuâtre, les grandes ailes diaphanes, tachées de brun, le bord antérieur coriace pareil aux élytres, la base d'un joli rose tendre. Dans le genre australien Podacanllius, Gray, se trouve aussi une espèce moins grande, le P. Typhon^ Gray, à ailes hyalines teintées de rose, le bord costal vert, les élytres vertes, rosées en dessous à la base, à bord extérieur rosé chez le mâle.

PllA*i».il.%, Stoll. — Insectes complètement ailés dans les deux .<exes. Corps fililbrmc, saut li; iiK'tathorax assez large. Antennes très-longues, surtout chez les mâles, sétacées; souvent des ocelles distincts. Tète petite, à jeux petits; mésottiorax court. Élytres petites, ovalaires, portant une carène ou un tubercule comprimé, ou même une épine; ailes très-amples dans les deux sexes, atteignant presque l'extrémité de l'abdomen, à champ antérieur très-étroit. Pattes grêles et simples, ou avec qu(d(iues petites ('pines. Abdomen grêle, formant plus de la moitié de la longueur du corps, le fourreau en glume de la femelle n'en dépassant pas l'exlrémité; cette extrémité tronquée chez le mâle, le 9*^ segment ventral court, en (orme de petite |P0che, le 8'' très-petit ; très-petits styles.

Le genre Phasma compte de nombreuses espèces, toutes du nouveau monde, mais surtout des régions chaudes de l'Amérique méridionale, car il n'est plus représenté au nord de l'isthme de l'anama que par quelques rares espèces. 11 en est qui ont la tête ou le thorax portant des épmes, d'autres où ces parties sont mutiques. Les élytres peuvent aussi porter une épine ou en être dépourvues, avoir une élévation médiane, ou être au contraire déprimées en ovale allongé et finissant en pointe. Nous représentons une espèce du Brésil, le P. Servillei, Gray, long de 80 millimètres environ (pi. iau, fig. 1, raAle, la tète en dessus). D'un vert foncé pendant la vie, le corps devient brun, varié de jaune, après dessiccation -, les pattes d'un beau vert, annelées de noir. Le vertex a au milieu deux épines noirâtres, très-aiguës, divergentes et un peu recourbées en avant. Les élytres, à peu près de la longueur du thorax, ont une élévation médiane prononcée et terminée par une épine; les ailes sont un peu plus courtes que l'abdomen; les anteinu's plus longues que le corps, annelées de noir et de vert très-pàle. 11 faut ajouter, parmi les espèces anciennement connues, le P. necijdaloides, Linn., ou phthisicum, Linn.; le Spectre brun sombre à miroirs noirs, de Stoll, de même taille à peu près que le précédent, de la Guyane et du Brésil, brun, à antennes jaunes ou brunes, à tète linéée de jaune de chaque

PHASMA, NECROSC.IA. 109

côté, à mésothorax granuleux, à élytros ovales, anguleuses, très-courtes, noires extérieurement, marquées d une ligne jaune médiane, à ailes de la longueur de l'abdomen, obscures, nébuleuses, à aire costale brune et opaque ; le P. variegatum, StoU (le Spectre marqueté), de Surinam ; le P. cinereum, Stoll (le Spectre cendré), de la Guyane et du Brésil ; le /'. latérale, SfoU, des mêmes pays (le Spectre noir de Surinam), à corps noir, pattes inermes, la base des élytrcs et des ailes d'un jaune soufre.

IVKmO!§CIA, Aiid.-iScrv. — Corps grùlc, surtout clioz les nii'ilos. Antennes en générât longues, sétacées, annelées ; parfois des ocelles. Tliorax attongé, cylindrique; prothorax, mésotliorax et étytres parfois épineux. Élytres en générât subcarrées ; ailes fort amples dans les deux sexes, de la longueur de l'abdomen. Pattes sans épines, simples, grêles, longues ; cuisses et jambes comprimées, sans dilalation ni folioles ; tarses allongés, à premier article aussi long que les quatre autres réunis. Abdomen allongé, cylindrique, subclavé chez les mâles.

Les Nécroscies représentent dans l'ancien monde les Phasmes américains. De tous les Phasmiens, c'est le genre qui compte le plus d'espèces, qu'on doit évaluer à une centaine. Ces insectes sont des deux péninsules indieimes, de toutes les lies indiennes (Ceylan, Java, Bornéo, etc.), de Chine, d'Australie, etc. M. H. de Saussure a décrit de nombreuses espèces nouvelles de Ceylan et de Malacca {Soc. de Genève, op. cit.). Cet auteur partage les Nécroscies en deux groupes. Le premier comprend des Phasmiens à corps médiocrement grêle, assez épais au métathorax, paraissant s'élargir aux élytres, à cause des saillies de celles-ci. La tête est courte ou médiocre, à yeux globuleux et saillants; le mésothorax s'élargit en arrière. L'abdomen, chez les femelles, est assez gros, souvent un peu dilaté, puis subitement rétréci après le sixième segment, tronqué à l'extrémité, à cerques courts. Les élytres sont courtes, ayant une carène saillante élevée en tubercule. Nous citerons dans ce groupe le X roseipetinis, Aud.-Sei'V., de Java, de Bornéo, de Sumatra, long chez la femelle d'environ 68 à 70 millimètres, d'un tiers plus court chez le mâle (pi. Lxn, fig. 5, tête ; 5 a, lèvre inférieure et palpes ; 5 c, mâchoire et palpes ; 5 d et 5 e, mandibules vues en dessus et en dessous). L'insecte est d'un vert obscur et rugueux en dessus; la tête postérieurement canaliculée au milieu, le mésothorax trois fois plus long que le prothorax et tricaréné ; les élytres vertes et courtes, n'ayant que h millimètres, avec carène médiaiu; distinctement blanchâtre ; les ailes hyalines rosacées, à côte verte et opaque; l'abdomen d'un vert jaune, atténué postérieurement, avec deux cerques courts et épais; les pattes vertes. Le mâle a des antennes vertes, plus longues que le corps. L'autre groupe de Nécroscics olfre le corps trèsgrêle, allongé et linéaire, plus également large partout; la tête trèsallongée, horizontale ; les élytres en ovale allongé, fort peu tubercu-

no ORTHOPTËRES.

lées, le champ autcricur des ailes très-étroit; l'abdomen graduellement atténué en arrière, souvent terminé en pointe.

On peut placer, à la suite des genres Phasma et Nccroscia, le genre Pprlamorpha, Gray, des Indes orientales et des îles Sondaïqucs, trèsremarquable par l'absence totale d'élytres, coïncidant avec des ailes grandes, recouvrant tout l'abdomen dans les mâles.

pmsOPl'**, Aud.-Serv. — Formes larges et élargies dans les deux sexes. Tête subcarréc, aplatie ; ocelles nuls ; antennes longues, multiarticulées, velues. Mésothorax de la longueur du prothorax ou tin peu plus long. Élylres grandes, oblongues-ovales, dépassant la moitié des ailes ; aileS grandes, très-amples, atteignant à peu près l'extrémité de l'abdomen. Pattes très-'Ciliées ; cuisses très-dilatées, foliacées, à bords dentelés ; jambes dilatées aussi, à bords souvent dentelés, les antérieures plus larges en haut qu'en bas, portant en général à leur base deux appendices articulés. Abdomen large, très-concave en dessous, les bords des segments dilatés latéralement en lobes réfléchis en bas ; le fourreau ressemblant aux autres segments.

Les Prisopes sont en général rugueux et graïuilés, ce qui, avec leurs grandes élytres et leur corps large, les font tout de suite distinguer des autres Phasmiens. ils ont une couleur grise ou verdfttre marbrée de brun, qui rappelle l'aspect des écorces chargées de lichens. Les ailes sont zébrées de brun; le champ antérieur en est plus ou moins opaque, marbré, mais la première moitié du champ discoïdal est d'ordinaire déjà assez membraneuse. Le type est. le P. [lahelliformis, Stoll, ou sacratus, Oliv., de la Guyane et du Brésil, de 70 raillimètre'fe environ chez la femelle et 67 chez le mâle, déprimé, d'un vert cendré obscur; à abdomen large et fauve, les segments ventraux fasciés de noir, les segments 6, 7, 8 lobés; la tête, le prothorax et le mésothorax épineux, le prothorax avec deux fortes épines ; les élytres d'un vert obscur nébuleux, plus brunes au sommet ; les ailes à bord antérieur d'un vert opaque avec de grandes taches brunes, le reste d'un blanc cendré avec taches fauves et les nervures vertes à la base, (l'est le Dragon d'Amboine de Stoll, pur erreur géographique. M. Fry a découvert au Brésil les mœurs aquatiques de cet insecte (1), qui doivent être celles du genre d'après l'identité de conformation. Pendant le jour, les Prisopes restent immergés et cramponnés aux cailloux qui garnissent le fond des ruis" seaux; au crépuscule, ils sortent et prennent leur \o\ h la recherche les uns des autres. Toutes les parties du corps de ces insectes sont particulièrement bien adaptées à la vie aquatique. Le Prisope est aplati; la face inférieure du corps est excavée pour adhérer à la surface des pierres auxquelles il reste fixé. Les pattes sont dilatées, ciliées et munies aux articulations d'une sorte de soupape membraneuse qui les

(1) A. Murray, Anna Is and Ma g ai. rjfnatur, Hist.; 1866, t. XVIIL

PRISOPUS, PHYLLÏUM. 1 1 1

ferme. Les élylrcs, eu yôuéral rudiiuentiiires cliez les l'iiasniiens, s'étendent ici presque jusqu'à l'extrémité de l'abdomen, enveloppant les ailes et leur servant de gaî'ie imperméable ; les bords en sont ciliés, de même que ceux des pattes et de l'abdomen, et, lorsque les cuisses sont appliquées au corps, l'adhésion de l'eau à toutes les franges formées par les cils suffit pour empêcher le liquide de pénétrer jusqu'aux ailes. Il est probable que sous la face concave du corps reste emmagasiné de l'air pour la respiration.

Les espèces, encore fort mal connues, des Prisopes sont des deux mondes, du Mexique, de Panama, de l'Amérique méridionale, du Cap, de l'île Maurice, des Moluques, de Java (P. incertus, le Velit Dragon, Stoll), etc.

Un genre voisin, les Ditielytron, Gray, des régions chaudes de l'Amérique du Sud, est véritablement le diminutif des Prisopus, et il est probable que ses mœurs sont analogues. Ils sont plus grêles; le corps n'est pas aussi dilaté; les cuisses, moins larges, ne sont pas membraneuses et lobulées; les antennes sont plus fines, et les élytres ne dépassent guère la moitié des ailes, ou même ne l'atteignent pas. Le corps n'est plus aussi rugueux, et les ailes ne sont ni marbrées, ni fascices, comme celles des Prisopes.

PUYliLIUM, Illig'er. — Corps glabre, dilaté. Tùte assez grosse, ovalaire, plus large que le prothorax dans les femelles, de sa largeur seulement chez les mâles ; yeux globuleux, ceux des mâles gros et saillants ; ocelles nuls dans les femelles, au nombre de trois en triangle sur le front chez les mâles. Antennes des mâles longues, nmltiarticulées, poilues ; celles des femelles glabres et très-courtes, de neuf articles. Thorax court, â segments cordiformes, chez les femelles surtout. Élytres des femelles grandes, opaques, et qui, réunies, ressemblent parfaitement à une feuille, recouvrant presque tout l'abdomen ; celles des mâles très-courtes, étroites, subtratisparentes, avec une faible élévation au nnlieu; ailes rudimentaires dans les femelles, transparentes et aussi longues que l'abdomen cheZ les mâles. Pattes à cuisses avec dilatations membraneuses larges et foliacées, ainsi que les jandjcs antérieures. Abdomen très-grand, formant à kd seul les deux tieis du corps, se dilatant de cha(iue côté en une membrane foliacée, large, donnant â renscmble de l'abdomen l'aspect d'une feuille ovalaire ; le milieu du ventre très-étroit dans les mâles, large et fortement unicaréné chez les femelles, avec ccrques grands, foliacées, laméolés.

Il n'y u rien de plus approprié à la mimique végétale que ces sin« guliers insectes. Le type, ornement de toutes les anciennes collections, est le /'. aiccifolium, Liun., dont la femelle atteint en longueur 94 millimètres, nommé encore fuliuin Lauri, Liun., ficifoliwn, Linii., citrifolium, Licht., la Feuille, de vilron de Stoll, etc., vert pendant la vie, devenant d'un jaune plus ou moins brunâtre par la dessiccation. U

provient des îles Séchclles, où les habitants le nourrissent en cage avec (le la farine, pour leur amusement et comme objet de commerce avec les voyageurs. Signalons deux autres espèces un peu plus petites, ayant les quatre jambes postérieures foliacées, tandis qu'elles sont simples dans l'espèce précédente : ce sont les P. crurifoliiim, Aud.-Serv., des Indes orientales, de Bornéo, des Séchelles, et P. pulchrifolium, Aud.- Serv., de Chine et d'Indo-Chine, de Java, Bornéo, Sumatra. Les autres espèces sont de Célèbes, de Geylan, des Philippines, des îles Fidji et Viti, des Indes, de l'île Maurice, des Séchelles. En tout, une quinzaine d'espèces.

Le P'. criinfoliuiii, dont la femelle est d'un beau vertu l'état frais, a été l'objet d'intéressantes recherches du docteur N. Joly (1), qui a pu étudier à Toulouse, en 1866, dix ou douze de ces Phyllies vivantes, réunies sur un Goyavier et provenant des îles Séchelles. L'œuf, comme dans le P. Scythe, dont nous avons parlé, est entouré après sa formation d'une enveloppe spéciale, destinée à le protéger dans sa chute sur le sol, au moment de la ponte, et lui donnant l'apparence d'un barillet à six arêtes, brun et rugueux à l'extérieur, portant au sommet un opercule conique en forme de manchon saillant, muni de petits trous à air pour la respiration de l'embryon : la jeune larve doit pousser cet opercule en éclosant. L'anatomie interne des sujets adultes a offert un court œsophage se renflant bientôt dans son axe en un jabot ovale, strié en long et transversalement par des fibres musculaires, ayant à l'intérieur un grand nombre de baguettes cartilagineuses, hérissées de rugosités aiguës comme une nlpe, et servant à la trituration des feuilles. Le gésier n'existe pas, ou du moins ne figure que par un renflement rudimentaire. L'estomac offre à son origine une série de boursouflures, vestiges des bourses cœcales de la plupart des Orthoptères, puis se rétrécit un peu, est séparé par une valvule pylori([ue d'un court intestin grêle, aboutissant à un rectum à bandes musculeuses; tout le tube digestif est à peu près rectiligne. On n'a pas trouvé de glandes salivaires. Les canaux de Malpighi sont très-nombreux, très-fins et eiu;hevêtrés les uns dans les autres, de couleur jaunâtre, insérés directement à l'extrémité postérieure de l'estomac. Les trachées, très-anastomosées, sont simplement tubuleuses. L'appareil femelle génital a offert deux masses symétriques jaunes, formées chacune de dix-huit à vingt gaines ovigères, multiloculaires, contenant de gros œufs ovales et jaunes, encore sans coque, toutes deux attachées à un ligament suspenseur commun, se réunissant, comme chez les Mantes, à celui du côté opposé, pour aller se fixer au thorax. Les gaines, à l'extrémifé opposée, se déversent dans un large calice, et les deux calices se rendent à un oviducfe commun, où aboutit aussi une glande annexe, piriforme, peut-être destinée à sécréter la carajjace prismatique qui doit revêtir chaque œuf. De

(1) Mém. de l'Académie de Toulouse, 7^' série, l. III, [>. 1 ù 30.

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