‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservation (volume 4)Chapitre 7 sur 19 · II. — GRYLLIENS PROPRES, à pattes homoiioiiies · texte numérisé non relu

II. — GRYLLIENS PROPRES, à pattes homoiioiiies

.'tlVnMFXOPiiii.A, Latr. — Corps biièveincnt ovale, convexe, aptère, ressemblant à une laivi; de Blatte, sans aucun vcstiye d'ailes ni d'élytres. Tète globuleuse, à bouche inférieure, eu partie cachée sous le j)rothorax ; yeux petits ; pas d'ocelles; antennes niulliarticulées, à peu près de la longueur du corps. Palpes courts, épais, les maxillaires ayant leur dernier article beaucoup plus gros que les autres. Corselet grand, large et transversc ; mesonolum et mota-

(1) Memoirs of the Peabody Acndemy of Science, t. I, n" 1, mars 1869. Salem, Massachusetts.

noluin courts et Iransverses, seml)l;il)les aux seiçments de l'abdonioii. Pattes courtes, les autérieures et les intermédiaires grêles, à cuisses postérieures très-renflées, à jambes postérieures dilatées subitement près de l'extrémité, tous les tarses de trois articles. Cer(jues très-longs, poilus, confusément articulés ; oviscapte de la femelle saillant, dépassé par les cerques, droit, cylindrique, divergeant au sommet par quatre pointes des valvules.

Ce genre, composé des plus petits Gryllicns, est formé d'espèces trèsrares. Le type est le M. acervorum, Panzer, regardé d'abord comme une Blatte, long dans les deux sexes de 5 millimètres environ, ayant en outre des cerques d'un millimètre, et une largeur de la base du pronotum d'environ 2 millimètres. C'est lui insecte d'un roux châtain, terne, pubescent, avec la base des antennes, les palpes, les pattes, le bord postérieur du pronotum, une bande transverse du mesonotum et la base de l'oviscapte testacés,'les cerques atteignant eu longueur les deux tiers de l'abdomen, d'un brun marron, situés entre des poils rigides épars. Les jambes postérieures sont munies d'épines mobiles près du sommet. L'abdomen de la femelle offre en dessus huit segments, sans compter une petite plaque supra-anale arrondie, largement impressionnée au milieu chez le mâle. (Nous figurons la femelle, pi. lxui, fig. 6, grandeur naturelle ; 6 a, grossissement.) Les Myrmécophiles sont des hisectes se dérobant aux doigts qui tentent de les saisir par un toucher très-doux, dû à leurs poils soyeux, et par la mollesse du corps, en outre au moyen d'une course extrêmement rapide, surtout chez les mfdes, qui sont à peine connus et des plus rares en collection. On peut distinguer les larves de femelles des adultes cà une taille plus petite et plus étroite, une couleur plus pâle et le développement imparfait de l'oviscapte. L'évolution est inconnue et l'accouplement non observé. Chez les sujets vivants, les cerques sont dressés et inclinés vers la tête. Les œufs sont pondus non en terre, mais collés à quelque corps ; ils sont longs d'un demi-millimètre, ovoïdo-rcniformes, blancs, à surface lisse. L'intestin de la Myrmécophile, bien que très-exigu, peut facilement s'étudier, d'après Sa\i, si l'on arrache la tête de l'insecte, à laquelle tout l'intestin reste alors adhérent. 11 ressemble beaucoup à celui des Crillons, et les appendices supérieurs du ventricule sont remarquables par leur grandeur, et les vaisseaux de Malpighi s'insèrent inférieurement par un pétiole ou uretère.

La Myrmécophile sociale ne se rencontre guère qu'au printemps, et très- rarement aux autres époques de l'année, dans les nids de diverses espèces de Fourmis: ainsi {("6 Formica glebaria, Nylander, fusca, Latr., rufa, Latr., et espèces voisiiuîs, et pareillement avec le F. sanguinca, Latr., espèce qui ne fait pas de fourmilières, mais vit sous les pierres. Nous n'avons sur elle (jue qiudques renseignements par Savi (1) et de

(1) Osscrvazioni ioprii 1(1 V>\M,\ ■M{:i\^imndil'anzcr. Pisa, 1820, br. in-8°.

MYRMECOPHILA. 133

Ilcyden. Dans les fourmilières hantées par la Myrmécophile, Savi a toujours trouvé un Lépisme (Thysanoure), une espèce aptère de Cica- (lolline (Hémiptèro, liomoptèrc), des Iules et des Cloportes, tolérés par les Fourmis. Les Myrmccophiles sont en rapport avec les Fourmis, se caressent des antennes et des palpes. Si les Fourmis sont irritées, elles mordent tout ce qui se rencontre devant elles, mais elles épargnent les Myrmécophiles comme gens de leur connaissance. Savi avait déposé quelques Myrmécophiles avec des Fourmis neutres sous une cloche de verre. Une fois le premier moment de trouble passé, elles se placèrent au milieu des Fourmis, courant sur elles, les flattant de leurs palpes et les léchant, ce qui rappelle tout à fait les relations des Fourmis avec les Claviger aveugles (tome I", p. 322); d'autres sujets couraient à terre et paraissaient manger des fragments de bois, etc. Au bout de quelques heures, les Fourmis étaient parvenues à fuir en se creusant des galeries, mais les Myrmécophiles, trop larges pour les orifices, n'avaient pu passer. Les Fourmis, quoique toutes délivrées, se réunirent et n'abandonnèrent pas leurs compagnes, cherchant au contraire à leur rendre la liberté, et mordant dans ce but les parois du verre. Lorsque les Fourmis, inquiétées par des attaques ou se sentant trop à l'étroit, émigrent les Myrmécophiles les suivent dans leur nouveau domicile ; elles sortent aussi des nids lors de l'essaimage des mâles et des femelles ailés, et c'est à cette occasion qu'on les prend quelquefois au dehors, rôdant autour des fourmilières pendant la nuit, et les regagnant au plus vite au point du jour. D'autre part, Savi a conservé des Myrmécophiles vivantes plus longtemps que les Fourmis. Il semble donc que si elles sont les convives des Fourmis, cette association ne leur est pas absolument nécessaire ; peut-être vivent-elles de petits animaux demeurant dans les fourmilières, comme des Acariens. Savi les a vues cependant manger des racines et des feuilles tendres. La Myrmécophile sociale a été trouvée dans plusieurs points de l'Europe : par Savi, en Toscane, dans les troncs d'arbres et en terre ; par Audouin, à Meudon, près de Paris, en 1836 ; dans diverses régions de l'Allemagne et dans la Russie méridionale. On a signalé une autre espèce du genre, le .)/. mauritanica, Lucas, long de 3 millimètres et large de 2, villeux, d'un brun testacé, avec les cerques aussi longs que l'abdomen dans les deux sexes, ressemblant beaucoup à l'espèce précédente, mais qui en diffère par des antennes ne dépassant pas le corps en longueur dans les deux sexes, des pattes qui, au lieu d'être entièrement testacées, comme chez .]/. acervorum, sont d'un brun roussâtre, et une petite saillie longitudinale au thorax. L'insecte, très-agile, agite continuellement ses antennes en marchant ; on le rencontre en Algérie, en février et mars, dans les fourmilières peu nombreuses du Myrrnica testaceo-pilosa, Lucas. Ajoutons une très-petite espèce, n'ayant que, 2 millimètres, le M. ochracea, Fischer de Fribourg, peu pubescent, d'une teinte plus pille que les espèces précédentes, trouvé en Sicile, près de Syra-

Viti ORTHOPTÈRES.

cusc, el doux espèces douteuses, de la Tauride et de la Russie méridionale.

MOfiiM'i-ISTKS, Aiid.-Scrv. — Corps p(!lit, allongé, étroit, s\il)dépriiiié. Tête arrondie, à front avancé en cône arrondi; antennes très-grêles, sétacées, de la longueur du corps, de soixante à quatre-vingts articles, avec poils en verticilles ; yeux grands, latéraux, subglobuloux ; i)alpes longs, finement pubescents. Corselet emboîtant la partie antérieure de la tête, et à pronotum recouvrant en partie le mesonotum ; metanotum très-semblable aux segments abdominaux ; aucun vestige d'ailes ni d'élytres. Pattes pubescentes, les postérieures plus grandes que les autres, à cuisses très-fortes, à jambes dentelées et épineuses au bout ; tarses de trois articles, le premier l)eaucoup plus long que les autres réunis, le second très-petit. Abdomen aplani en dessus, se rétrécissant peu à peu vers l'extrémité, de huit à neuf segments en dessus, six ou sept en dessous, avec plaque subgénitale convexe dans les deux sexes ; les cerques longs ; l'oviscapte de la femelle couvert à la base par la plaque subgénitale.

Ce genre a pour type un insecte des plus rares, le M. hrimneus, Aud.- Serv., long cliez la femelle de 7 1/2 millimètres environ, le mâle plus grêle et plus petit, de 6 1/2 millimètres, d'un fauve châtain, tout couvert de poils et d'écaillés soyeuses brillantes, à antennes pâles, avec une double bande squameuse soufrée sur la tête, le corselet allongé, les cerques presque aussi longs que l'abdomen, l'oviscapte arrondi au sommet. La forme aplatie et le corps aptère et soyeux rappellent l'aspect d'un Lépisme. Audinet-Serville croyait à tort avoir affaire à des larves. Ce Gryllien, si curieux, a été découvert en Sardaigne, par Gêné, et retrouvé près de Naples et près de Syracuse, en Sicile, enfin dans le midi de la France, dans le Var. Nous engageons les amateurs à le rechercher aussi en Corse, en Espagne et Portugal et en Algérie. Les mœurs sont inconnues.

0';t:.%ATHn«<, Aud.-Serv. — Corps déprimé, allongé, grêle, surtout chez les femelles, assez mou. Tête libre, avancée, allongée-ovale; yeux arrondis et saillants; ocelles non apparents; front étroit entre les antennes, celles-ci plus longues que le corps, sétacées, nudtiarliculées ; mandibules faibles, bideiitées ou trideiitées au bout; palpes grêles, longs, pubescents. Pronotum étroit, subcylindriquo, rétréci antérieurement. Élytres cornéo-menibraneuses dans les deux sexes, plus longues que l'abdomen, plus larges chez les mâles que chez les femelles ; ailes amples, membnuuiuses, irisées, dépassant les élytres chez les femelles. Pattes longues, les quatre premières mutiques et grêles, les postérieures très-grandes, à cuisses renflées, à jambes épineuses ; tarses hétéromères, de trois articles aux quatre premières pattes, de quatre aux postérieures. Abdomen allongé et étroit, à plaque subgénitale du mâle en longue nacelle,

OKCANTHUS. 135

Cf'llo do ia femi'lle beaucoup plus polito ; corques longs et pubcsccMits ; oviscapte (lo la rcuii'llo siibiN'clilig-rie et lonj;-.

I.es Œcanthes ont tous un aspect caractéristique par leurs teintes pâles et la mollesse de leurs téguments. Leur système alaire bien développé, avec appareil de stridulation, doit appeler l'attention. Les grandes élytres des mâles, laissant voir ce qui est en dessous par transparence, élargies et tronquées obliquement au sommet, ont le champ marginal fléchi dans le repos à angle aigu, comme enveloppant le corps; l'appareil stridulant est dans le champ discoïdal, avec un rameau basilaire de la nervure intermédiaire (archet, Goureau) placé en dessous et denticulé, comme chez les Grillons. On y trouve la membrane (chanterelle), mais non le faisceau de poils (brosse) ; le triangle hyalin apical est distinct, et il faut noter surtout une singulière nervure circulaire revenant sur elle-même, et qu'on ne rencontre dans aucun autre Orthoptère. Les élytres des femelles sont beaucoup plus étroites, un peu élargies au milieu, subpellucides, tronquées obliquement au sommet, avec un triangle opalin allongé, placé comme un coin au sommet de l'élytre, le champ marginal fléchi au repos sous un angle presque droit. Les ailes ont deux stries étroites, plus opaques.

Ces Grylliens vivent sur les plantes basses et les herbes, et sur les fleurs, parfois sur les arbuscules. On trouve en Europe l'espèce type, VOE. pellucens, Scopoh, ayant sur le vivant le corps d'un gris pâle, jaunâtre sur le sec, couvert d'une pubescence blanchâtre trôs-fîne. L'occiput et le corselet sont rayés de brun, et les cuisses postérieures variées extérieurement de brun. L'abdomen est d'un brun enfumé, et les cerques poilus ont la longueur de l'abdomen ; l'oviscapte de la femelle, plus long que l'abdomen et les cerques, est jaunâtre, avec l'extrémité noire. La longueur du corps, dans les deux sexes, est de 10 à 12 millimètres, celle des cerques 5 millimètres, et de l'oviscapte 6 millimètres. L'appareil digestif de l'Œ. pellucens est fort analogue à celui des Grillons, avec un jabot allongé, axile et régulier. Le corps adipeux, d'après L. Dui'our, est très-réduit. Les testicules sont très-remarquables par l'élégant réseau de trachées qui se distribue à la surface de leur tunique vaginale de couleur safranée ; â l'état de turgescence, ils se présentent de chaque côté comme un corps piriforme, dont les capsules spermatiques forment un faisceau unique sessile et simple ; le conduit déférent est long et s'enroule en un épididyme ovale, et il y a des organes sécréteurs annexés. Aux ovaires de la femelle, en fai^^ccaii ovalo-conique, chacun de 8 à 10 gaines ovigères, s'ajoutent une capsule séminale et une glandule appendiculaire. Les œufs sont allongés, cylindroïdes, d'un jaune vif.

Habituellement taciturne dans le jour, cet (l^canthe stridule la nuit, à partir du crépuscule jusqu'aux premiers rayons du soleil levant ; mais, très-craintif, il observe tout survenant, et se tait au moindre

136 OKTHOPTÈRES.

bruit. L'insecte repose sur les feuilles ou les fleurs, les pattes étendues, et, quand le mrde stridule, les élytres se dressent perpendiculaires iiu corps, frottant très-rapidement l'une contre l'autre pendant plusieurs minutes, sur un rhythme particulier. La ponte de cet r)Kcantlie ne se fait pas en terre, ù l'ordinaire des Grylliens, mais à l'intérieur des tiges des végétaux, aux mois d'août ou de septembre, selon la température des lieux qui coïncide avec l'état adulte. La femelle, appuyée sur ses longues pattes, taraude la partie ligneuse de la tige obliquement de haut en bas, au moyen du trépan terminal de l'oviscapte, formé de six dents cornées, un peu crochues, et les fibres corticales écartées constituent une sorte de collerette autour de l'ouverture ; arrivé à la partie centrale médullaire, l'oviscapte y creuse une cellule verticale, et y dépose un œuf, parfois plusieurs ; il y a souvent plusieurs cellules longitudinales à côté les unes des autres. Les œufs sont cylindriques, terminés par deux bouts arrondis, le supérieur blanc, formant un opercule que rongera la jeune larve, le reste de l'imif de couleur ambrée, chaque (cuf long de 3 millimètres, large de 0'""'.5. Les larves éclosent au début de l'été, se cachent au milieu des plantes basses, et y subissent leurs mues. Les Œcanthes paraissent indifférents au choix des plantes auxquelles ils confient leurs pontes : ainsi la Ronce, la Bruyère, la Centaurée, l'Épilobe, les Mauves, les Chardons à foulon, le Chanvre, la Carotte, la Menthe, le Mélilot, la Vigne même, etc. Ces mœurs curieuses ont fait l'objet d'une publication très-ancienne de L. Salvi, en Italie, et ont été vérifiées en France récemment (1). On trouve YOE. peUucens dans toutes les régions de l'Europe méridionale, près de Vienne (Autriche), en septembre, sur les arbustes des bois, surtout dans les taillis de Chênes dont les feuilles sont envahies par les galeries des Teignes, insectes dont on a supposé que l'Œcanthe faisait sa nourriture ; dans les lieux arides et rocailleux de la Silésie supérieure, sur les Verbascum, Centaurea, etc., près de Fribourg en Brisgau, avec les Mantes et les Phanéroptères, dans des lieux herbeux, sur la Vigne sauvage, sous les inflorescences des Ombellifères, se cachant dans le gazon, en nymphe dès la fin de juin, adulte en août et septembre. En France, l'espèce existe en différents points au-dessus de la Loire, mais par groupes isolés, caractère des espèces méridionales, ne pouvant se propager au nord que dans des expositions spéciales. Ainsi, YOEcanthus pcUucens a été rencontré, en août et septembre, aux environs de Hontleur, sur les

(1) L. Salvi, Meniorie intorno le Locuste gryllajole al soniino filosofo signor Guilio Pontedera. Vérone, 1750, avec planche noire représentant les deux sexes et une tige de Ronce avec les œufs. — E. Perris, Observations sur les manœuvres de l'ÇE. pellucens jjowr la ponte de ses œufs (Ann. Soc. entom. Fr., i869, p. 453), — H. Lucas, Note sur cette espèce à Honfleur (mêmes Annales, 1871, Bulletin, p. xxvi).

PHALANGOPSIS, tNNEOPTERA. 137

Bruyères, et près do Paris, à Saint-Germain en Laye, à l.ardy, à Joinvillele-t^ont ; nous l'avons trouvé dès la fin de juillet, mais encore immature, dansées landes arides de C.hampigny pleines de plantes sauvages, où les amateurs de papillons vont ehercher les chenilles de Chelonia Hebe; il faut le récolter en août, ses téguments bien consolidés. L'espèce existe en Angleterre, mais très-rare, dans le Norfolkshire, et paraît manquer dans le nord de la France, en Belgique, en Danemark, en Suède. On l'a signalée en Algérie, près de Bône, en novembre, au milieu (les grandes herbes, et aussi dans le Kef, en Tunisie.

On cite en Europe une seconde espèce douteuse, de la Russie méridionale, VOE. aqueus, Kabr., à corps entièrement jaune et sans taches; une autre espèce, d'un rouv foncé, des Indes orientales ; et, dans l'Amérique du Nord, une espèce toute blanche, à élytres transparentes, \'0E. niveus, de Geer.

PH.%LAA(iiOl><iil*i», Aiul.-Serv. — Tèle assez petite, siibovalaire ; anteiiiics trèsfines, lie longueur iléinesurée, dépassant plusieurs fois celle du corps ; yeux saillants, globuleux; ocelles indistincts ; palpes maxillaires très-grands, grêles, cylindriques, le dernier article dilaté et trompié obliquement au bout. Élytres ne recouvrant pas tout l'abdomen, courtes et larges chez les mâles, atteignant presque le liout de rabdomen chez les femelles; ailes nulles ou au plus rudimentaires. Tarses tous de trois articles, allongés, cylindriques, comprimés, sans dilatation en dessous, le premier article plus long que les suivants. Cerques longs et velus; oviscapte de la longueur de l'abdomen, recourbé en dessus en forme de sabre, à valves étroites, terminées en pointes.

Les Phalançjopsis, que Burmeister place dans les Locustiens, ressemblent aux OEcanthiis par les tarses grêles et cylindriques, mais en diflèrent surtout parce que les postérieurs n'ont que trois articles. Ce sont des Grylliens exotiques, de Java, du Sénégal et surtout de l'Amérique méridionale. Citons, de cette région, le P. longipes, Aud.-Serv., à pattes extrêmement longues, à cuisses postérieures épaissies jusqu'au milieu, et /*. annulipes, Aud.-Serv., de Port-au-Prince (Haïti), d'un jaune terne, à pattes moins longues que chez l'espèce précédente, les quatre premières jambes d'un brun verdàtre avec deux larges aiuieaux jaunâtres, les postérieures n'en ayant qu'un seul, les cuisses postérieures épaissies bien au delà du milieu.

lOll.AKOPTiORA, Burm., ou I'latvdactylus, Brullé(l). — Corps assez robuste. ,\ntennes écartées, très-longues, presque capillaires, multiarticnlées ; yeux gros, suboblongs ; ocelles indistincts. Corselet cuboïde, un peu rétréci en avant. Élytres subovalaires, plus longues que l'abdomen, à nervures peu pro-

(1) Ce nom a l'inconvénient d'être employé pour un Geekotien (ordre des Sauriens, Reptiles écailleux).

iioncées ; ailes beaucoup plus longues que les élytres, les dépassant en lanières dans le repos. Jambes antérieures à tympan ; toutes les jambes épineuses, surtout les postérieures, qui sont de la longueur des cuisses ; celles-ci trèslongues et renflées; tous les tarses de trois articles, le deuxième large et court, aplati, bilobé, non apparent aux tarses postérieurs. Cerques velus, un peu moins longs que l'abdomen; oviscapte de la femelle très-long, dépassant beaucoup l'abdomen, l'ecourbé en dessus en lame de sabre, ses valves terminées en bouton, séparé du reste par un étranglement.

Ce genre fait le passage entre les OEcanthus et Phulangopsis et les vrais Grijllus. Il offre, comme les Gnjllus, les tarses courts, épais, tronqués obliquement à l'extrémité. Le type, dont le corps est long de 20 à 22 millimètres, sans les appendices, est VE. surinamensis, de Geer, ou brasiliensis, Oliv. et Fabr., des Guyanes, du Brésil (pi. lxih, fig. 1, femelle). La tête, le corselet, les élytres, sont d'un brun brillant un peu rougeâtre, les ailes translucides et obscurcies, dépassant au repos les élytres sous forme de filets longs d'environ 12 millimètres ; l'abdomen et les pattes d'un brun jaunâtre; les antennes noires, plus longues que le corps; l'oviscapte long d'environ 18 millimètres, d'un brun clair, avec le bout noir. Il y a d'autres espèces de Buenos-Ayres, d'Australie, de Java. D'après Brullé, les élytres des mâles de certaines espèces n'ont pas d'organes de stridulation.

CiR.l'L,l,l'S, Oliv. (Gryllcs Achkta, Linn.). — Corps cylindrique, court ou suLallongé, glabre ou pileux, tonienteux ou squameux. Tête grande, subglobuleuse, verli('ale, à bouche inférieure; front gonflé entre les antennes; antennes très-longues, sétacées, multiarticulées, insérées chacune dans une profonde cavité, à premier article gros et court ; yeux grands, suboblongs ; trois ocelles; mandibules robustes, à solides dents molaires; palpes allongés, à dernier article élargi et tronqué obliquement. Prouotum semi-cylindrique, subcarré et transverse en dessus; prosternum peu apparent : mesosternum et metasterimm plans, le second très-ample. Élytres et ailes ayant tous les degrés de développement, selon les espèces et le sexe ; les élytres des mâles, même réduites, munies des organes de stridulation. Pattes le plus souvent courtes et robustes, les quatre antérieures simples, subégales en longueur, à hanches courtes, à truchanters distincts, à cuisses coui'tes, mutiques, comprimées, canaliculées en dessous, à jambes cylindriques, avec fortes épines apicales : jambes antérieures ayant Iv ]dus souveul, en liant et extérieurement, un tympan subovale, habilueili'uiciil clos pai' une membrane argentée; hanches postérieures courtes, pas de trociianttus; cuisses postérieures très-dilalées, comprimées, nmtiques, canaliculées aux deux faces; jambes robustes ((Irillons fouisseurs), ou plus grêles (G. errants), avec une double rangée d'épines et quatre épines apicales mobiles (calcars) ; tarses de trois articles, avec tous les degrés de force (fouisseurs) ou de gracilité (errants), variablement épineux, toujours avec deux fortes épines apicales au premier article des postérieurs, à crochets recourbés, sans

pelote ou arolie. Abdomen subryliridrique de neuf segments dessus et dessous dans les deux sexes ; cerques anaux éi^aux dans les deux sexes, longs, inarticulés, sétacés, hérissés; oviscaplc long et droit, quadrivalve, les deux valves latérales très-élroitement conniventes, de leur base à leur sommet sublancéolé, de manière à simuler une valvf unii|ue.

î.cs Grillons présentent snr leur grosse t(5le trois ocelles plans et colorés, deux latéraux au-dessus de la base des antennes, le troisième transverse au sommet du front, souvent obsolète ; ces ocelles sont trèsvisibles dans les espèces à teintes pâles, comme (î. domesticus. Le front est tantôt gonflé entre les antennes sur une grande largeur transversale (G. campestris), ou sur une étroite (G. sitvestris, bivittatus, arvensis) ; les yeux, peu proéminents, sont subtransverses {G.campestris) ou verticaux (G. silvestris). Le pronotum est souvent impressionné en arrière (G. campestris, capensis). Les élytres et les ailes peuvent manquer dans les deux sexes (G. apterus, etc.); les élytres peuvent être exiguës, squamiformes, et les ailes nulles (G. bivittatus ^), ou bien les élytres plus ou moins étendues dans les deux sexes, mais les ailes avortées ou nulles (G. silvestris, burdigalensis, pipiens, etc.), ou les élytres et les ailes développées dans les deux sexes, mais les ailes souvent plus courtes que les élytres et peu amples (G. campestris) ; ou enfin amples, plus longues que les élytres dans les deux sexes, en lanières au sommet, débordant les élytres et l'abdomen comme une queue (G. domesticus, capensis, hispanictis) : leur structure est alors analogue à celle des ailes des Gryllotalpa.

Tantôt les élytres recouvrent l'abdomen dans les deux sexes, tantôt elles sont raccourcies dans l'un des sexes ; au repos, l'élytre droite recouvre la gauche. Le champ marginal, vaste dans les deux sexes, est rempli par les rameaux de la nervure médiasfine. Chez le mâle, le champ intermédiaire ou discoïdal offre l'organe de la stridulation, que nous décrirons en détail chez le G. campestris. Dans les femelles, les champs discoïdal et anal sont peu distincts, et plus ou moins réticulés de nervures longitudinales et de nervules transverses, qui peuvent manquer (G. bivittatus et espèces du sous-genre Nemobius). Les cuisses postérieures sont plus épineuse? dans les (Irylltis ([ue chez les OEcanthus, Phalarifjopsis et Enneoptera.

Les arceaux ventraux de l'abdomen sont étroits, au point que ceux du dos se reversent sur les côtés. Le dernier segment dorsal, ou plaque supra-anale, est subégal dans les deux sexes, arrondi au sommet; avec une impression courbe dans le milieu ; la plaque subgéiiitale, dans les deux sexes, est en forme de nacelle, courte, obtusémeiit aiguë. Les appendices anaux, si importants dans la tribu des Locustieus, peuvent à peine servir, au contraire, pour la distinction des espèces des Gryllus; les meilleures diagnoses se tirent au contraire de la taille, de la structure des pattes, du degré de développement des ailes et des élytres,

assez constant dans chaque espèce, de la vestiture et de la couleur de l'oviscapte Ao la femelle, et de sa relation de grandeur avec l'abdomen et les cerques.

Hurmeister laisse dans les Gnjllus le genre OEcanthus. M. Fischer, de Fribourg, n'adopte qu'à l'état de sous-genre le genre Nemobius d'Audinet-Serville (espèces : silvestris, lineolatus). Il était fondé sur des élytres abrégées, des ailes nulles ou rudimentaires, l'absence d'ocelles, de tympans aux jambes antérieures, du moins chez silvi'Stns, le premier article des tarses postérieurs non épineux en dessus, les autres caractères étant ceux des Gnjllus.

Les espèces de Grillons vivent surtout dans les régions chaudes des deux hémisphères : ainsi Sumatra, Java, les Indes orientales, Tranquebar, les îles Saint-Jean et Saint-Thomas, l'Amérique du Nord, la Guyane, le Brésil, l'Australie, etc. En Europe, les Gryllus se trouvent dans toutes les régions, excepté la Laponie, et, sauf le G. domesticus, hôte des maisons, se rencontrent à l'air libre, soit sur terre, soit au-dessous, dans les champs, les bois, sous les mousses, etc., et remplissent l'air, par intervalles, surtout après le coucher du soleil, de leur stridulation continue. La plupart des espèces européennes sont méridionales. Au delà de hS° latit. N., on ne voit plus que les G. campestris, domesticus, silvestris et frontalis (de Bohème). En Suisse, le G. Hei/dmi, Fisch. , de Frib., arrive presque à Zi7°, et peut-être le G. mêlas remonte-l-il en Hongrie jusqu'à la même latitude.

Il est commode pour la mémoire d'établir des subdivisions parmi les nombreuses espèces du genre Gryllus. Un premier groupe comprend des espèces à premier article des tarses postérieurs gros, souvent sillonné en dessus, et portant deux rangées d'épines. Dans ce groupe se rencontrent tous les degrés de développement de l'appareil alaire. Il y a d'abord des espèces dont les élytres et les ailes sont complètes, ces dernières dépassant au repos les élytres et l'abdomen en forme de queue. Le G. domesticus, Linn., est d'un testacé pâle, subglabre, bien plus étroit que le Grillon champêtre, et non sans ressemblance avec \ OEcanthus pellucens. Le mâle atteint 18 millimètres, la femelle 15 à 17 avec l'oviscapte de 12 millimètres, et les cerques, dans ces deux sexes, de 10 millimètres. La tête offre quatre bandes brunes transverses ; le pronotuni est taché de brun en son milieu; les élytres d'un jaune brunâtre, plus courtes que l'abdomen dans les deux sexes, avec une ligne brunâtre le long de leur nervure principale ; tous les appendices sont jaunâtres et sans taches, la queue des ailes atteignant presque le bout des cerques, l'oviscapte de la femelle bien plus long que l'abdomen, d'un ferrugineux brillant, très-grêle, à valvi-s un peu rentlôes au bout et bifides.

M. I'. Bert (1) a trouvé dans cette espèce une singulière structure

(1) Rerl, f.ero/is sur I(i p/n/sioloffie ro>np(n'ét' ili' /a respiratiu'i, ]i. 271. t'aris, 1870, J.-B. BaillitTo et (Ils.

GRYLLUS. lill

Iracliéoniie, dans une trachée thoraeique. A la place du (il spiral, on voit un réseau à mailles très-serrées. Puis, sur une branche née de ce troiu- réticulé, reparaît le fil spiral que les auteurs décrivent exclusivement, et qui ne disparait que dans les plus fines ramifications trachéales.

iS^ *

Fig. 2t.

Trachée du Grillon (louicsliqiie, prise près d'un sli;;inatc thoraeique.

A, tronc jirincipal, à slruciuro réticulée, duquel part une branche à lit spiral ordinaire. — IJ, |)artie du tronc à structure réticulée, très-grossie. — C, petit fragment de cette même partie, grossissement [ilus fort.

Comme tous les insectes des maisons, le Grillon domestique parait se reproduire toute l'année, et l'on trouve ensemble des sujets à tous les stades de morphose. Le Grillon domestique stridule par intervalles pendant la nuit, et son cri-cri a été regardé tantôt comme un heureux pronostic, et, en d'autres pays, comme un présage funeste. Il paraît aimer beaucoup la chaleur, et se réCugie dans les fentes des murs de cuisines et des fours de boulanger, et derrière les plaques de cœur des cheminées. On assure que la chaleur soutenue qu'il éprouve le rend très-altéré, qu'il se noie souvent dans les vases contenant de l'eau ou du lait, et que, dit-on, il fait des trous aux vêtements humides mis à sécher devant le feu. On prétend qu'il aime à se loger dans les maisons neuves, dont le mortier encore tendre rend plus aisé le creusement de gîtes, il volerait quelquefois la nuit, se jetant dans les lumières et les yeux des gens. On dit qu'il sort parfois sur le devant de la maison par les chaudes soirées d'été, pour rentrer dès que la fraîcheur de lu uuit

l/l2 ORTHOPTÈKES.

commence. Il chasse la nuit dans les maisons, mangeant les miettes de pain et les débris d"aliments, dévorant, assure-t-on, les lUattes des cuisines {Periptaneta orientalis). Le Grijllus campestris, introduit dans la maison, lui ferait au contraire la guerre. On ne coiniaît aucun pays où il vive en liberté. Il habite toute l'Europe, excepté la Laponie.

Le G.capensis, Fabr., est le plus grand des Grillons d'Europe, atteignant 20 à 30 millimètres, noir, glabre, avec . les appendices et le bord du corselet roux, les élytres souvent plus longues que l'abdomen, noires ou d'un l'auve testacé, avec une large tache jaune à la base ; l'ampleur des ailes, qui, dans les deux sexes, dépasse au repos l'abdomen de 10 à 12 miUimètres, distingue tout de suite cette espèce du G. campcstris. Elle remonte beaucoup moins au nord, habite toute l'Europe méridionale jusqu'en Hongrie, la Corse, la Sardaigne, la Sicile en mai, l'île de Madère en décembre et janvier. On trouve cet insecte dans toute l'Afrique jusqu'au Cap de Bonne-Espérance, et aussi, dit-on, aux Indes orientales et à l'île de France. En Algérie, on le rencontre dans les lieux frais et humides, errant ou caché sous les mottes de terre ou sous les tas d'herbes, ne se creusant pas de terriers comme le Grillon champêtre. D'après M. Lucas, les enfants le prennent et le retiennent captif, pour écouter sa stridulation aiguë. C'est, je crois, de cette espèce, et non du G. campestris^ selon Brullé, que parle le vieux Moufeit, en disant qu'il sert d'objet de commerce dans certaines contrées du nord de l'Afrique, où on l'élève en cage, en le vendant, afin d'entendre son chant qui invite au sommeil.

D'autres Grillons ont les élytres de la longueur de l'abdomen ou plus courtes, à nervures ramifiées, les ailes non caudiformes, toujours plus courtes que les élytres, parfois subabortives ou même nulles. La plus importante de leurs espèces est le G. campestris, Liun., de 18 à 20 millimètres dans les deux sexes, les cerques de 6 millimètres environ, l'oviscapte de 10 à 12 millimètres. L'hisecte est noirâtre, avec la tête brillante, bombée, sans taches, à antennes noires, de la longueur du corps, à yeux d'un jaune clair. Le corselet est court et transverse ; les élytres, recouvrant l'abdomen dans les deux sexes, sont d'un gris brun, avec une tache jaunâtre mal limitée à la base, moins marquée que chez le G. capcnsis ; les ailes sont très-courtes et transparentes. Les jambes antérieures sont munies de tympans interne et externe ; les cuisses postérieures sont ferrugineuses en dessous, les jambes postérieures très - épineuses ; l'abdomen villeux en dessous, les cerques courts; i'oviscajde bien plus long que l'abdomen, grêle, droit, sublancéolé au sommet. On trouve cet insecte communément dans toute l'Europe méridionale et moyerme, et en Asie Mineure (tîurmeister) ; dans l'Europe un peu froide, il faut le chercher sur les terrains secs, bien insolés, et surtout aux expositions du midi et du levant. Il manque dans le Nord, à partir de la Scanie. D'après Uambur, dans les régions basses et chaudes de l'Andalousie, il est remplacé par le G. capensis, "mais

GIIYLLUS. ih'6

reparaît sur les montagnes près de Grenade. On le trouve en mai, en Algérie, dans les lieux assez frais et herbus.

L'anatomie interne du G. campestris (1) ressemble à celle de la Courfilière, ce qui est en rapport naturel avec l'analogie de régime. L'œsophage reçoit à son entrée la sahve provenant d'une glande en grappe de sachets ovalaires avec lui long réservoir salivaire. Le jabot est ordinairement régulièi'ement dilaté suivant l'axe, et parfois muni, chez quelques individus, de cette panse latérale qu'il offre toujours chez la Courtilière. Un ligament suspenseur, fixé dans la tète, soutient ce jabot lorsqu'il se gonfle par les aliments, l'n col assez long sépare le jabot du gésier, offrant à l'intérieur une valvule à six séries longitudinales d'écaillés calleuses, correspondantes à celles du gésier. Ce proventricule et le ventricule sont très-analogues à ceux de la Courfilière, avec les deux poches venfriculaires moins développées. La région postérieure du ventricule offre sa membrane interne ou muqueuse parsemée de grosses papilles saillantes et isolées, conico-cylindroïdes, disposées sans ordre, manquant autour de l'insertion du canal déverseur des vaisseaux de Malpighi. Ces papilles sont fixées à l'organe par un bout ombiliqué, l'autre bout étant libre et aveugle. Ce sont les cryptes glanduleux de Marcel de Serres, d'usage inconnu, contenant une humeur tantôt verdâtre, tantôt brune. Les vaisseaux de Malpighi sont pareils à ceux de la Courtilière, avec un canal commun pétiole. Ln arrière de l'insertion de celui-ci, est une contracture annulaire marquant l'origine de l'intestin, et munie à l'intérieur d'une valvule due à la connivence de six colonnes charnues longitudinales partant de l'intestin même. Celui-ci, moins long que le ventricule, est d'abord grêle, filiforme, puis se renfli' en un rectum (pu; parcourent des rubans musculaires longitudinaux.

Chacun des testicules du G. campestris est un sachet blanchâtre, tantôt déprimé, ovalaire ou subfriaiigulaire, tantôt piriforme ou en pyramide trièdre, lors de la turgescence séminale, avec un mince filet suspenseur fixé au thorax ; il contient au moins deux cents capsules spermafiques, alhjugées, grêles, fusiformes. Le canal déférent offre un épididyme enroulé ; il n'y a de vésicules séminales ou de glandes annexes que d'un seul ordre, et l'on ne trouve pas la paire de vésicules filiformes et roulées en spirale de la Courtilière. Les ovaires, gonflés au moment de raccouplement, forment chacun un faisceau sphéroïdal d'iHi jaune d'ocre vif, composé (renviron deu\ cents gaines ovigères, ayant chacune de cincj à dix loges. Elles se partagent en sept ou huit fascicules, dont chacun a son calice propre, ressemblant à une vessie oblongue sur laquelle les gaines ovigères s'implantent, comme les piquants sur la peau du Ilépisson. Les divers calices confluenf en arrière

(l) L. Duloiir, Rechercher (inni. et physiol. sur les Orthoptères, etc. {Mémoires des savants ètrungcr s, Paris, 1841, t. VU, p. 327, pi. 2 et 3).

idk ORTHOPTkRES.

pour former un col d'aspect multilobé. L'oviducte est entouré de glandes annexes encore mal étudiées, comme on peut le dire au reste pour les glandes annexes des appareils mâles et femelles de tous les insectes. C'est là un desideratum intéressant à résoudre.

L'appareil stridulant du G. canipestris peut servir de type pour les Grylliens, avec quelques modifications de détail (1). En examinant avec attention l'élytre du mâle, on voit que le champ discoïdal est formé d'une membrane sèche, mince, translucide, qui produit un son trèsdistinct quand on la froisse. Ou y voit deux plans comprenant entre eux un angle droit, à arête renforcée par quatre nervures droites, longitudinales et parallèles ; l'un des plans couvre le dos de l'insecte, l'autre le flanc. La région qui recouvre le dos est divisée en un grand nombre d'aréoles par d'autres nervures courbes, régulièrement contournées, formant deux systèmes principaux.

Le premier est composé de quatre nervures ou cordes qui s'appuient sur une nervure remarquable, Varchet, branche basilaire de la nervure interno-médiane (Fischer) anguleuse de l'aile ; le second est formé de trois nervures prenant leur origine à la brosse, faisceau de poils courts et roides situé au bord interne, au-dessous de l'origine de l'archet. Entre les deux systèmes de nervures est un espace subtrigone, la chanterelle, plus translucide que le reste, circonscrit par une nervure; le bout de l'élytre est réticulé. Pour bien voir l'archet, il faut regarder l'élytre en dessous avec une forte loupe : c'est une nervure partant du bord interne vers la base de l'élytre, s'étendant transversalement un peu en remontant, et se terminant par un retour qui s'élève vers l'origine de l'élytre. Cette grosse nervure, plus épaisse à son milieu qu'à ses extrémités, est saillante en dessous, et denticulée d'une manière trèssubtile et très-serrée par des stries transverses, simulant une lime ou des dents de peigne. Si l'on examine des (irillons captifs, on voit trèsbien la manière dont le mâle chante. L'insecte commence par se poser les pattes étendues, la poitrine contre terre et l'abdomen un peu relevé ; dans cette attitude, il soulève ses élytres et les frotte rapidement l'une contre l'autre. Le son produit est d'autant plus vif et plus fort, que le mouvement est plus rapide et la pression plus considérable. Si l'on se représente les deux élytres croisées et frottant l'une sur l'autre, on voit que l'archet de la supérieure passe sur la chanterelle de l'inférieure, et que ses stries, frottant sur les bords de celle-ci, y excitent des vibrations qui se répètent sur toute l'élytre par la loi acoustique de la communication des mouvements vibratoires. Par réaction, l'archet vibre lui-même et met en vibration l'élytre à huiuelle il est attaché, en sorte que la slridulalion résulte de la vibration simultanée des deux élytres. Les nervures transversales divisent la surface en un grand nombre

(1) Cioure;ui, Essai sur la stridulation ries Insectes {.Inn. Soc. eniomol. de France, V^aùv., 1837, t. VI, p. 31).

d'arc'oles de formes variées, ayant, chacune un son partiel, et la résultante de ces sons forme la stridulation. On peut donc comparer l'appareil musical du G. carnpestris à un tambour de basque qui serait divisé en un grand nombre de compartiments par des cordes incrustées dans la peau, et qui serait en outre traversé par une grosse corde à nœuds sur laquelle on passerait une lame élastique. Lorsque l'insecte croise ses élytres rapidement l'une contre l'autre, et qu'il fait passer l'archet dans toute sa longueur sur la chanterelle, il produit la stridulation vive et bruyante qu'on entend ordinairement, et ({ui est son chant d'appel ; mais lorsqu'il frotte seulement la brosse contre le bord interne de la chanterelle de l'élytre inférieure, le chant devient doux et tendre, expression de contentement du mâle, joyeux d'avoir trouvé une femelle disposée à s'accoupler. On peut produire artificiellement le chant sur un insecte vivant ou sur un insecte mort dont les articulations ont conservé leur souplesse ; il faut pour cela soulever les élytres et les frotter l'une contre l'autre à l'aide d'une éping^le. On fait encore résonner l'archet en passant la pointe d'une épingle sur les stries dont il est rayé. Les sons ne sont pas aussi éclatants qu'à l'état de vie et de liberté, mais suffisent pour démontrer le mécanisme de la stridulation. On n'aperçoit aucune différence dans la structure des élytres du Grillon champêtre, parfaitement symétriques et qui peuvent rendre des sons, quel que soit l'ordre de leur croisement ; mais ordinairement, comme chez tous les Grylliens, l'élytre droite est placée au-dessus de la gauche.

Le Grillon champêtre se plait dans les terrains sablonneux et chauds, exposés au soleil. A la fin de l'été, près de Paris, plus tôt dans les régions méridionales, les adultes se creusent ordinairement des terriers, bien que dépourvus d'appareils fouisseurs spéciaux. Un emplacement étant choisi, le Grillon enlève ou coupe les tiges des végétaux qui le ' gênent, et dispose ainsi une aire un peu inclinée à l'horizon. Puis il enlève la terre avec ses mandibules au point le plus bas et la transporte, en marchant à reculons et sans se retourner, jusqu'à l'extrémité de son petit domaine. Là il dépose son fardeau et le jette en arrière par un brusque mouvement des. pattes postérieures. 11 repart aussitôt, enlève un nouveau fragment de terre, l'emporte de la même manière et lo jette toujours le plus loin possible. 11 continue ainsi, s'aidant des pattes antérieures, sans s'interrompre ni se retourner, jusqu'à ce qu'il ait achevé son travail. Le terrier présente à son ouverture un espace assez large, souvent divisé en deux ou trois avenues par les touffes de gazon les plus voisines. La galerie souterraine, d'abord peu inclinée, s'enfonce brusquement, à 3 ou Zi centimètres de l'entrée, en décrivant une ligne plus ou moins sinueuse, de fa(,'()n à garantir l'animal de la pluie. La profondeur totale est en raison de l'âge du Grillon (les larves et les nymphes se faisant aussi des terriers) et de la nature du sol elle varie de 13 à 22 centim. environ. La largeur lui permet d'y marcher, mais non de s'y retourner. Quandil est effraye, il s'y précipite la tête enavant ; mais, GIRARD. ui. — 10

le plus souvent, c'est à reculons qu'il y entre, afin de pouvoir observer de l'inlcrieur ce qui se passe au dehors. Aussi, quand il est entré en avant, il ne tarde pas à s'en aller pour se retourner et rentrer en arrière. Les petits paysans s'amusent quelquefois à faire sortir l'insecte de son trou, en y introduisant un fil ou cheveu auquel ils attachent une Fourmi. I.e Grillon suit ordinairement la Fourmi que l'on attire à soi devant lui; ou bien on enfonce une paille qu'il cherche aussitôt à couper avec ses mandibules, et si fortement, qu'on peut le tirer au dehors; parfois, épouvanté, il se sauve, abandonnant sa retraite.

Les Grillons en liberté sont très-timides et craintifs, de sorte qu'il est difficile de les surprendre. Au moindre bruit, ils cessent leur chant et rentrent dans leur trou ; pour cela, il suffit des évolutions d'une Mouche ou d'une Araignée. Aussi Yersin ne croit pas qu'ils guettent leur proie à l'entrée du terrier, et les regarde comme vivant surtout de végétaux, de fruits, de jeunes tiges herbacées, qu'ils palpent avant de les manger. Ils aiment à boire de l'eau, mangent le sucre et la farine délayée dans l'eau. D'après Yersin, ils ne dévorent que les insectes morts ou écrasés, après les avoir longtemps palpés. Cependant j'ai constaté que le Grillon champêtre, en captivité il est vrai, attaque et mange des chenilles vivantes. 11 peut supporter de longs jeûnes, ce qui est le cas des insectes chassant à l'atTût et non à la course; son régime est certainement omnivore.

Le mâle adulte ne chante pas pendant les premières heures de la matinée. Il les passe au soleil, occupé à sa toilette. A cet effet, il promène ses pattes antérieures sur sa tête d'arrière en avant, saisit ses antennes à l'aide des crochets des tarses et les amène dans sa bouche ; tandis qu'elles y passent de la base au sommet, les mandibules les frappent à chaque articulation, comme pour en chasser les corps étrangers. Nonseulement les antennes, mais toutes les pattes, même les postérieures, viennent chacune à leur tour se présenter aux organes masticateurs, qui répètent pour elles, avec le même soin, ce qu'ils ont fait pour les premières. Les efforts du Grillon et la bizarre position qu'il est obligé de prendre, lorsqu'il replie sa tête sous le corps pour atteindre les membres postérieurs, les contorsions de ceux-ci pour arriver dans la bouche, offrent le spectacle le plus curieux, et dénotent une souplesse qu'on serait loin de supposer chez cet insecte massif. La femelle, comme le mâle, consacre chaque jour un temps assez long à ces soins de propreté, paraissant accompagnés chez l'insecte d'une certaine jouissance. Les Grillons nettoient aussi leurs cerques velus en les passant entre les épines qui garnissent l'extrémité des jambes postérieures.

Le mâle produit la stridulation aiguë et monotone qui constitue sou chant d'appel, pendant la plus grande partie du jour et de la nuit. Il fait, pour rechei'cher les femelles, de petites promenades aux environs de son habitation, mais s'en éloigne très-peu. Lorsqu'une femelle, répondant au chant d'appel, s'approche du mâle, celui-ci marche aussi-

tôt vers elle, les antennes en avant; le chant, au lieu des notes criardes de l'appel qui résonnent au loin, émet les notes tendres et douces du .-.hant d'amour, entremêlées d'un son vif et bref qui revient régulièrement à des intervalles très-rapprucliés. Quand les deux insectes se rencontrent, ils se frappent mutuellement de (juelques coups d'antennes ; puis le mâle, sans cesser de chanter, se retourne et cherche à s'insinuer sous la femelle, qui lui facilite ce mouvement en se soulevant sur ses pattes. Il marche ainsi à reculons en relevant le bout de son abdomen, qui glisse le long du ventre de la femelle, jusqu'à ce qu'il en rencontre l'extrémité. Les pièces anales du mâle s'écartent alors, et du milieu d'elles surgit un corps de forme ovoïde, qui s'élève de bas en haut, et n'est bientôt plus retenu que par un pédicule grêle, trop faible pour lui conserver sa position verticale. A l'instant où, entraîne par son poids, ce corps se renverse en arrière comme pour tomber, le mâle, d'un mouvement rapide, et en un temps inappréciable, le crochet médian de l'armure génitale pénétrant dans la vulve, implante par le pédicule le spermatophore au-dessous de la base de Toviscapte de la femelle, où il demeure suspendu. Avant de se séparer, les deux sexes restent encore quelques instants dans la même position directe et parallèle, le mâle sous la femelle, agitant vivement son abdomen, dont il frotte le ventre de celle-ci. Si le mâle n'est pas parvenu à fixer le spermatophore à la vulve de la femelle, ce qui arrive par exemple quand on le chasse, celui-ci, bien que le spermatophore ne tienne plus à son abdomen que par un mince pédicule, le fait rentrer à l'intérieur de son corps, et cela même à plusieurs reprises. Ce fait se lie à l'importance de la conservation de la liqueur séminale pour la vie du mâle. Cependant les mâles privés de femelle finissent par se débarrasser du spermatophore. Les cerques du mâle semblent, pendant la copulation, avoir joué le rôle d'organes tactiles pour diriger les mouvements de la partie postérieure de son corps.

L'ardeur génitale des mâles de Grillons est excessive et l'emporte sur leur timidité habituelle. Si l'on renferme un mâle avec une femelle dans une boîte, aussitôt il exécute sa stridulation et cherche à charmer la femelle, sans se soucier ni des corps étrangers, ni du mouvement. Si im mâle rencontre un couple près de s'unir, il s'élance contre l'autre mâle avec tous les signes d'une violente colère, en poussant un cri trèsprécipité et très-intense, qu'on ne peut confondre avec son cri ordinaire. Un combat s'engage, les mâles cherchant à se mordre avec leurs mandibules ; le nouveau venu fuit presque toujours, parfois grièvement blessé.

Le singulier spermatophore des mâles de Grillons a été d'abord étudié par Yersin {ntriculc séminale) (l), puis par Lespés (2). Il est formé d'une

(1) Yersin, Diverses notes sur le (;. aimpestris iBull. Soc. vaudoise des se, natur., 1852, t. III, p. 128; 1853, t. IV, p. 54 et 311, etn"i3).

(2) Lespés, Méynoirc mr les fpermatophores des Grillons {Atm. se. ?ia(u?\ , ZoOL., 4* sér., t. III, cahier n" G, pi. 10).

Ifl8 ORTHOPTÈRES.

vésicule d'un bniii jaunâtre plus ou moins foncé, et a près de Zi millimètres dans sa longueur totale, offrant aune extrémité une papille blanche, à l'autre une longue lamelle mince de forme subquadrilatère, dont le milieu est un tube communiquant ;i la vésicule, et qui porte sur les côtés deux cartilages en dents d'hameçon, qui doivent fixer l'appareil dans le vagin de la femelle. L'intérieur de la vésicule est rempli de sperme blanc, ainsi que le tube central de la lamelle, et cette lamelle, si l'on retire le spermatophore de la vulve de la femelle, porte ordinairement un peu de sperme épanché. Celui-ci présente de très-petits zoospermes, filiformes, ayant environ 0™™,0/i de longueur et 0"^",012 de largeur. La capsule formatrice du spermatophore dépend de l'armure génitale mâle, en arrière des crochets copulateurs, et se compose essentiellement d'une lame blanche, pliée en deux dans sa longueur, contournée en circuit irrégulier. Elle est renfermée dans une, mince vésicule, largement ouverte en avant, au-dessous de l'armure génitale, et le canal déférent débouche près de l'ouverture ; à chaque accouplement, un nouveau spermatophore est sécrété par la lame formatrice. Nous retrouverons chez les Locustiens des spermatophores renfermés dans la vésicule copulatrice des femelles (Siebold).

L'abdomen remarquablement distendu de la femelle du Grillon indique la première ponte, quia lieu huit ou dix jours après que l'insecte est arrivé à l'état adulte. Malgré la grosseur de son corps, la femelle se livre à une agitation continuelle, courant d'un endroit à l'autre, s'arrâtant tout à coup pour creuser une cavité peu profonde qu'elle comble aussitôt en y rejetant ce qu'elle en a extrait. C'est là qu'elle effectue un premier dépôt d'œufs. A cet effet, elle replie son oviscapte, et l'enfonce en entier et sans difficulté dans cette terre fraîchement remuée. L'abdomen éprouve alors de violentes dilatations et contractions, dirigées d'avant en arrière ; elles ont pour effet de chasser l'œuf au dehors. Le léger gonflement de la partie encore visible de Toviscapte permet de saisir l'instant de son passage. On peut ainsi s'assurer que la femelle en pond plusieurs dans le môme trou, en les plaçant tantôt bout à bout, tantôt les uns à côté des autres. Pendant tout le jour elle ne cesse, pour pondre, de creuser des trous qu'elle recomble aussitôt. Elle s'arrête ensuite une à deux semaines, puis recommence ses pontes, et ne finit qu'à la mort, celle-ci survenant, pour notre pays, de la fin de mai à la fin de juillet, selon les latitudes et altitudes.

Une seule femelle confie ainsi à la terre plusieurs centaines d'œufs- Un jour ou deux après la ponte, ils sont presque cylindriques, longs de S'^'^jS et larges de 0™'",5, d'un jaune clair et translucides. Ils restent en terre environ un mois avant d'éclore. Les petites larves issues de l'œuf ont 3 millimètres environ, sont tcstacécs, et si déUcates, qu'on s'étonne qu'elles aient la force de sortir de terre. Elles apparaissent au milieu de Grillons adultes en pleine vigueur, et beaucoup de femelles continuent à pondre, entourées de leurs descendants qui ont déjà plusieurs fois

r.RYLi.us. \U9

changé de peau. Lo Grillon naissant se colore rapidement, et au bout de quelques heures est devenu noir, avec les bords du pronotum, tout le mesonotum et les bords du dernier segment dorsal de l'abdomen d'un jaune-citron, la base des cerques jaunâtres, ceux-ci étant bruns à leur sommet. Le corps est relativement plus étroit, les antennes et les cerques plus longs que chez l'adulte. Les segments sont bordés de poils et les extrémités de l'abdomen encore identiques extérieurement dans les deux sexes. Les mues se succèdent rapidement, à peu près de semaine en semaine, jusqu'à ce que l'insecte ait acquis le degré de développement sous lequel il doit passer l'hiver. On peut reconnaître les deux ou trois premières mues à des caractères certains, et de même celle qui précède l'âge adulte ; mais il n'y a rien de net pour les mues intermédiaires, simples phénomènes d'accroissement, analogues à ce qui se passe chez les Crustacés. La taille, qui varie beaucoup, suivant l'alimentation, ne donne aucune indication certaine. La mue a toujours lieu par une fente longitudinale sur le milieu du dos, et la peau abandonnée porte constamment des débris de trachées fixés aux stigmates du thorax. On ne peut se fiera ces dépouilles pour évaluer le nombre de mues des Grillons qu'on élève en captivité, car l'insecte mange parfois la peau dont il vient de sortir. Après chaque changement de peau, l'insecte est testacé, surallongé, et, dans les premiers âges au moins, assez transparent pour qu'on puisse voir pendant plusieurs heures les mouvements du vaisseau dorsal et l'agitation qu'ils communiquent au sang. Les larves de Grillons sont omnivores comme les adultes, mangeant indifféremment de l'herbe fraîche, des insectes, de la farine, du pain, etc., et aimant à boire.

On les rencontre parfois en grandes troupes le soir, au crépuscule, traversant les chemins en sautant, soit qu'elles obéissent à un instinct nocturne, soit qu'elles fuient leurs terriers inondés par l'averse, car c'est surtout après l'orage qu'on observe ces migrations (Goureau, op. cit.). Les larves du Grillon champêtre se distinguent aisément de toutes celles des espèces du même genre par leur couleur noirâtre et le rouge dont est lavée la face inférieure des cuisses.

Dès leurs premiers âges, les Grillons s'assurent un refuge, soit en se rassemblant dans de vieux terriers abandonnés, soit en creusant chacun sa retraite. Très-souvent, à l'approche de l'hiver, ils se réunissent trois ou quatre dans une galerie ménagée sous une pierre, sans provisions pour l'hiver, saison qu'ils passent dans l'engourdissement. Yersin évalue de neuf à douze le nombre de mues qui précèdent l'âge d'hiver. A partir du troisième âge apparaissent de petits lobes sur les bords latéraux du mésothorax et du métathorax, avec quelques nervures peu distinctes. Ces premiers vestiges des élytres et des ailes sont d'abord disposés de haut en bas sur le prolongement des flancs. Puis ils se détachent, ne restent plus sur le prolongement des bords du mesonotum et du metanotum, se repliant de bas en haut en foime d'c'cailles, couvertes

de la même pubescence que le reste du corps. Les élytresrudimeutaires, arrondies à leur sommet, dépassent d'un millimètre et demi le bord du pronotum, et se prolongent d'une quantité égale sous cet organe, qui les recouvre ainsi en les cachant à demi. Leurs bords supérieurs sont distants sur le dos de 2 millimètres au moins. Les ailes, fixées un peu plus bas et en arrière, sont triangulaires et longues de 3 millimètres, leur bord supérieur recouvrant un peu les élytres. L'insecte est alors long d'environ 20 millimètres. C'est au cinquième âge qu'on peut distinguer extérieurement les sexes, en voyant que la dernière lame ventrale devient (rilobée chez les femelles ; celles-ci, au sixième âge, montrent les premiers rudiments de l'oviscapte, sous forme de quatre petits mamelons coniques distincts les uns des autres, devenant aux autres âges quatre pièces contiguës. A l'âge d'hiver, qu'on peut nommer approximativement le dixième, l'oviscapte dépasse nettement l'extrémité de l'abdomen, et sa longueur totale atteint environ 2 millimètres.

C'est après l'hivernage, du mois d'avril au mois de juin, selon les climats, qu'a lieu l'avant-dcrnière mue, celle de nymphe. Quand l'insecte se prépare à cette mue, sa couleur devient d'un noir plus terne, ses écailles thoraciques se soulèvent un peu au lieu de rester appliquées sur le dos ; les aliments solides lui répugnent, et il est très-avide d'eau. Tout, jusqu'à la manière dont il porte les antennes, indique un malaise général. Le matin, il vient s'exposer aux rayons du soleil, et fixe sur le sol les crochets qui terminent ses tarses ; puis il se contracte et se dilate violemment jusqu'à ce que le test du dos se fende suivant la ligne médiane.

L'ouverture commencée s'agrandit peu à peu ; puis on voit se dégager successivement de leurs gaines le thorax, les premiers segments de l'abdomen, les pattes antérieures et médianes, la tête et les pattes postérieures. La taille s'est agrandie, ainsi que les fourreaux des élytres et des ailes, ces derniers recouvrant par leur bord supérieur la partie externe des élytres. Les nervures indiquent l'inversion des parties, eu égard à leur place chez l'adulte; le futur organe sfridulant des éh très, au lieu d'être sur le dos, est rejeté au bord extérieur, caché en partie par les ailes, tandis que la partie de 1 elytre qui couvrira plus tard le flanc est placée le long de la ligne médiane; les ailes n'ont encore aucun plissement en éventail, mais forment une lamelle plane parcourue par des nervures divergentes de l'angle antérieur au côté opposé. L'oviscapte de la femelle s'est allongée, atteignant l'extrémité des cerques. La nymphe, d'abord testacée, devient en quelques heures d'un noir brun luisant, qui se conserve à peu près jusqu'au moment de la dernière métamorphose. Celle-ci a lieu au bout d'une ([uinzaine de jours, quoiqu'on trouve des nymphes en retard bien plus longtemps au .milieu de nombreux adultes. Les élytres, se retournant, se placent au-dessus des ailes, d'abord blanches ou jaunâtres et froissées, puis se colorant peu à peu.

Le G. capensis ôprouvo des transformations analogues ; seulement les ailes rudimentairos des dernières larves et de la nymphe sont, relativement aux élytres, beaucoup plus longues que chez le Grillon champêtre'

Nous ajouterons la cilatioii rapide (h; quelques (Iryllus du même groupe. Tels sont le (.'. burdijialensis, Latr., long de 10 millimètres environ, ayant en outre clu'z la femelle un oviscapte de 6 millimètres, près de moilié moins grand que le G. domesticus, auquel il ressemble un peu. Il est en dessous d'un gris testacé, en dessus brun, un peu villeux, sauf la tète brillante; et noire; le corselet transverse, maculé de jaune ; les élytres d'un gris obscur, à peine de la longueur de l'abdomen dans les deux sexes ; les ailes nulles ; les appendices de l'abdomen, cerques et oviscapte, d'un gris jaunâtre; les pattes jaunâtres. Il habite l'Europe australe, ainsi le midi occidental de la France (Bordeaux, Saint-Sever, etc.), remontant jusqu'à Tours, en juin (Rambur), l'Espagne, près de Carthagène, la Sicile, près de Syracuse, en mai, etc.

Le G. mêlas, Charp., long de 12 millimètres, est d'un noir terne, avec la télé d'un noir luisant ; les élytres enfumées, recouvrant presque tout l'abdomen chez le mâle, à peu près la moitié chez la femelle ; les ailes dans les deux sexes beaucoup plus courtes que les élytres, subabortives, pâles ; les pattes brunes, les antennes noires, l'oviscapte noirâtre et aussi long que le coi'ps, à valves renflées et bifides au bout. Cette espèce existe en Hongrie, en Turquie, dans le midi de la France, près de Montpellier, en Andalousie, en Algérie, près d'Oran (H. Lucas), peutêtre en IJahnatie et dans Lis Pyrénées. Le G. pipiens, L. Dufour, long de 12 millimèlres cf , de 14 à 16 Ç, a le corps glabre et luisant, d'un testacé pâle, les pattes testacées et luisantes. Le mâle offre des antennes plus longues que le corps, des cerques sétacés et velus, longs de 6 millimètres ; les élytres de la longueur de l'abdomen, transparentes, un peu obscures, plissées, fort ridées et comme chifl'onnées dans presque toute leur étendue ; les ailes milles. La femelle n'a que des élytres rudimentaires, atteignant à peine le troisième segment abdominal. Cette espèce n'est pas rare sur les collines de l'Aragon et de la basse Catalogne. L. Dufour, et c'est là le caractère curieux de ce Gryllien, dit que c'est surtout au crépuscule et à l'aurore qu'il fait entendre son chant. Ce n'est pas un ci'i de roulement, comme celui du G. campestris, ni un cri de froissement, comme celui de la Cigale ou des Criquets, mais uv, sifflement bien clair et bien net, imitant tellement bien celui du Bouvreuil ou de la Grive, que, dans le lointain, les plus fins chasseurs y sont trompés.

Une dernière section des Gryllus proprement dits comprend des espèces à élytres et ailes nulles ou à peu près. Ainsi le G. squamiger. Fisch., Fr., à mâle inconnu, la femelle longue de 6 millimètres avec oviscapte de 5 millimètres, complètement aptère, couverte d'écaillés,

d'un jaune pâle, trouvée en Istrie, près de Raguse ; le G. apterus, Herrich Schœfl'er, dont les deux sexes ont 12 à 16 millimètres, avec des eerques de 8 millimètres et un oviscapte de 10 à l/i millimètres, aptère, d'un testaeé vif, subi^labre, ressemblant aux larves du G. domesticits. Les larves et les nymphes ne diffèrent de l'adulte que par la taille, l'oviscapte plus court, plus élargi, plus mou, les téguments du corps moins solides. Istrie, Dalmatie, Italie, Andalousie? A rechercher en France. Peut-être doit-on rappeler à la précédente espèce le G. longicauda, Rambur, d'Andalousie, trouvé aussi en Algérie en juin, sous les pierres, près de Constantine (H. Lucas). Il n'en diffère que par un oviscapte beaucoup plus long que les eerques, et presque de la longueur du corps.

Enfin, la même section renferme le G. bivittatiis, Fisch.,Fr., probal)lement d'Algérie, long de 16 millimètres (Ç), avec eerques de 10 millimètres et oviscapte de 12, les yeux jaunes, deux larges bandes brunes sur la tête, et le mesonotum portant sur les côtés de petites élytres squamiformes, arrondies, à nervures longitudinales, ayant environ un millimètre. Toutes les rares espèces aptères ou subaptères de cette section méritent de fixer l'atteutiou des amateurs.

Le second groupe des espèces du genre GrijUus, formant le sousgenre Nemobhis (genre d'Audinet-Serville). Le premier article des tarses postérieurs n'est pas sillonné en dessus ou à peine (G. Heydeni), ni épineux ; les jambes antérieures peuvent manquer de tympan ; les élytres des deux sexes sont très-raccourcies, à nervures divergentes et droites chez les mâles, parallèles et droites chez les femelles ; les ailes nulles, les épines des jambes postérieures filiformes. Le type est le G. sylvestris, Fabr., de 8 millimètres cf et 9 millimètres ^, les eerques de U millimètres, l'oviscapte de 6. Il est brun, poilu, à tète noire avec les orbites jaunes, ainsi qu'un dessin pentagone sur le front; le corselet jaunâtre, les côtés des élytres et de l'abdomen noirs; le dernier article des palpes maxillaires presque double eu longueur du précédent et tronqué au bout ; les élytres très-courtes, plus longues que le corselet, et ridées et chiffonnées chez le mâle, à peu près de la longueur du corselet chez la femelle ; l'oviscapte brun et droit, dépassant beaucoup plus les eerques, qui sont d'un gris testacé et poilus, à valves comprimées, terminées en pointe, sans renflement sensible. On le trouve dans tous les bois de l'Europe moyenne, parfois si abondant en larves ou en nymphes, que leurs sauts sur les feuilles sèches imitent le bruit de la pluie. On le rencontre près de Paris, dans toute l'Allemagne, eu Belgique, eu Angleterre, en Hongrie, dans la Russie méridionale. Il ne se creuse pas de terriers, mais vit au jour, souvent en troupe, sous les pierres, sous les feuilles tombées et dans le gazon des lisières des bois, fuyant par des sauts très-rapides. Les larves et les nymphes sont communes en mai et juin, et les adultes depuis juillet jusqu'à l'hiver, certains individus hivernant et se montrant sous les pierres en février. Le mAle stridule.

PLATTRLEMMUS- 153

les paltes étenduos, caché sous les feuilles, suv un autre vhythme que le G. campestris, et son chant d'amour, quand il est près de la femelle, est un bruit faible et uniforme, privé de ce son vif et bref que le iir. campestris fait enteiulre en pareille circonstance. La stridulation est très-forte et plus susceptible dlilre notée qu'elle ne l'e^^st en général chez les Dectiques et les Locustes. Bien que l'animal soit petit, on l'entend à une assez longue distance, non-seulement le soir, mais dans les heures de l'après-midi ; les mâles même, enfermés dans une boîte et cachés sous les feuilles sèches, se mettent à sfriduler. Le son ne paraît pas pouvoir se produin» si le croisement habituel des élytres est interverti, c'est-à-dire si l'élytre droite était recouverte par la gauche. En effet, l'élytre gauche est molle, blanchâtre, transparente, et l'élytre droite, qui la recouvre normalement, est dure et brune, avec ses nervures bien plus fortes. L'élytre offre l'archet, mais sans la brosse à son origine, ni cette partie triangulaire et transparente, qui est la chanterelle des (t. campestris et domesdcus; c'est le bord interne même de l'élytre qui en tient lieu. On trouve dans le succin une espèce homologue ou même identique avec (•'. sylvesfris.

Le G. lineolatus, BruUé, est une espèce voisine, mais distincte du G. sylvestris par la couleur pâle des pattes, par les bandes longitudinales jaunes, au nombre de quatre, qu'on voit sur la tète, et qui sont beaucoup plus larges que les lignes obliques du G. sijlvestris. Les cuisses postérieures ont des lignes brunes à peine visibles, et l'oviscapte des femelles est plus court que les cerques. Les élytres sont plus longues dans les femelles de cette espèce que dans celles du sylvestris; elles couvrent environ les deux tiers de l'abdomen, et le cachent presque en entier chez le mâle. Du midi de la France, Pyrénées, Landes, etc.

Enfin, une très-rare espèce du sous-genre Xemobius, que nous nous engageons à rechercher, probablement le plus petit Gryllus, est le G. Heydeni, Fisch., Fr., à mâle inconnu, et dont la femelle a été trouvée en Suisse par M. de Heyden, sur les pentes boisées du bord d'un lac, au commencement d'août. Elle est longue de 5 millimètres, avec des cerques très-velus de o millimètres, et un oviscapte plus court, de 2 millimètres, distinctement lancéolé. La couleur est d'un brun châtain; le corselet subcarré, avec une bande pâle obsolète de chaque coté ; les élytres larges, arrondies et tronquées en arrière, à nervures droites, plus courtes que le tiers de l'abdomen. Ne serait-ce pas une nymphe ?

PLATYlirUMMC^, Aud.-Serv. — Tète siiigwliùrc, plus Iari;n que la partie postérieure du corselet; vertex allongé, prolongé en cône obtus chez les femelles, orné chez les mâles de la plupart des espèces d'une lame membraneuse flexible pendante en avant comme une ombelle ; front plan et très-déprimé ; antennes longues, sctacées, multiarticulces, pubescentes, très-distantes afin de recevoir avant leur insertion la membrane flottante ; yeux arrondis ; ocelles très-peu apparents. Corselet subcarré. Élytres du mâle courtes, nervulées, ne recou-

vrant qu'une partie de l'abdomen ; celles do la femelle avortées, squamiforines, plus courtes umnc. (jue le mesouotum ; ailes nulles dans les deux sexes. Pattes antérieures et interiuédiaires asez courtes, épaisses, comprimées, à jambes biépincuses ; pattes postérieures courtes et robustes, à jambes comprimées avec carènes épineuses ; tarses de trois articles, le second court, à peine visible, les postérieurs à premier article épineux. Abdomen assez court, à cerques presque de sa longueur; oviscapte de la l'emeile presque droit, de la long'ueur de l'abdomen, élargi avant le sommet.

Les Platyblemmes sont de petits Grylliens très-curieux par le voile membraneux qui pend au devant de la tète des mâles. On ne sait presque rien de leurs mœurs. L'espèce la plus anciennement connue est le /'. Kinhidculatus, du nord de l'Afrique, long de 12 à IZi millimètres, noir luisant, aijisi que les antennes et les pattes, la tète et les palpes d'un rouge ferrugineux brillants, les élytres de 2 millimètres environ, noires, lisérées de blanc à l'extrémité. On ne connaissait que le mâle, à voile céphalique, mince et flexible, quand M. H. Lucas découvrit en Algérie la femelle, d'un brun roussàtre, à tète, terminée en pointe arrondie. Cette espèce se rencontre en juin etjuillet sur les collines près de Constantine ; très-agile, elle échappe assez facilement à la main qui veut s'en emparer. Elle ne se creuse pas de terriers et se plaît sous les pierres et dans ]esfentesdusolqui,à cette chaude époque de l'année, est profondément fissuré. Nous citerons aussi le P. lusitanicus, Aud.-Serv., long dans les deux sexes de ilx à 18 millimètres, avec l'oviscapte ayant près d(! 12 millimètres, d'un noir brunâtre, plus fort que le précédent, avec quatre lignes jaunâtres longitudinales sur le vertex, les élytres d'environ Ix millimètres, arrondies au bout, blanches, à base noirâtre, ("ette espèce est du Portugal et de l'I^spagne. L. Dufour l'a prise en Espagne, près de Valence, dans les champs sablonneux, cohabitant volontiers avec le Gryllus campestris, se tenant sous les pierres et les tas d'herbes sèches. Le mâle est très-curieux par le long voile membraneux qu'il dirige en divers sens au devant de sa tête. Les Platyblemmes, au nombre de cinq ou six espèces, sont de l'Europe australe, d'Afrique et du Bengale. Nous engageons les amateurs à les rechercher dans Jes localités les plus chaudes et les plus sèches de la Provence ; ils auront peut-être la bonne fortune d'augmenter la faune française de ces Insectes si intéressants.

TBEl(àO\Bl»ir.l)l, Aiid.-Serv. — (-orps petit. Tète cnnrtc, n"nll(''e entre les antennes, celles-ci un peu distantes, longues, sétacées, nmltiarticulées. Palpes maxillaires longs, avec le dernier article comprimé, en cône très-élargi, tronqui'; au lioiil, figurant un triangle (d'où le nom du genre). Cei'selet subcarré, tronqu('; ; écusson apparent. Élytres recouvrant le plus soiivi'ut l'abdomen, à nervures droites longitudinales, subtransiucides ou opaques ; ailes ou nulles, ou dépassant les élytres, jiarfnis en queue. Pattes robustes; les (piatre jambes

BBACHYTRYPES. 155

antérieures terminées par deux épines, les deux antérieures nuinics de tympans ; cuisses postérieures renflées à la base ; jambes grêles, ayant snr les carènes des épines fines, mobiles, Ioniques et filiformes, et tpialre épines au bout; tarses de trois articles, le second très-court, presque globuleux, les tarses postérieurs à premier article biépineux. Abdomen court; cerques [)oilus; ovisca|ite comprimé, en forme de glaive, recourbé en dessus, acuminé au sonnnet.

Le type ouropéon de ce genre est une jolie petite espèce d'un noir bronzé et submétuUique, ayant dans les deux sexes Zi millimètres, avec un oviscapte do 2 millimètres, recourbé à l'instar de celui des Locustes. C'est le T. cicindctoides, liambur, dont les élytres sont dures et coriaces, un peu retombantes, à la façon des Coléoptères. On dirait un peu une (licindèle, à ses gros yeux et à ses élytres bronzées, surtout chez le mâle ; les ailes font défaut. On ne sait pas si le mâle slridule. L'espèce a été découverte en Sardaigne par Gêné, sur les herbes et surtout les .loues, dans les lieux humides. Rambur l'a retrouvée en Espagne, dans les champs et lieux lierbus, près de Malaga ; on la rencontre aussi, selon lui, en Corse et dans le midi de la France. On la cite également des îles Ioniennes et des environs d'Alger, mais rare (H. Lucas). Elle doit exister dans toute l'Europe australe, et ses mœurs fourniront un attrayant sujet d'étude.

Il y a trois autres espèces, deux de l'île de France, une de Java, toutes trois ailées, à élytres un peu transparentes.

itRAniVTRTPF.*!», Aud.-Scrv.; Erichson. — Tête très-grosse, énorme chez les mùli's, à front bombé ; antennes longues, sétacées, multiarticulées, insérées dans une cavité ; yeux saillants, globuleux ; ocelles en ligne transversale sur le front. Mandibules très-fortes ; palpes très-grands, surtout les maxillaires. Corselet transversal, non rebordé. Élytres dépassant l'extrémité de l'abdomen, à nombreuses nervures longitudinales obliques, saillantes et à nervures transversales distinctes ; ailes dépassant les élytres en forme de lanières. Pattes robustes, les quatre antérieures velues ; jambes terminées par quatre épines larges et minces, avec tympan recouvert d'une membrane blanche aux jambes antérieures; cuisses postérieures très-renflées et jambes postérieures garnies d'épines serrées et symétriques; tous les tarses de trois articles, le premier des tarses postérieurs éjiineux et poilu. Abdomen à plaque subgénitale du mâle très-dévcloppée, à peu près aussi grande que les deux ou trois dernières plaques ventrales réunies, celles-ci aussi grandes que les plaques qui les précèdent ; plaque subgénitale des femelles très-étroite, plus petite que la dernière plaque ventrale ; dessous de l'abdomen des femelles à plaques diminuant graduellement de longueur; cerques longs, sétacés, velus, flexibles; oviscapte très-court, droit, atteignant à peine l'extrémité des élytres, à valves aiguës, peu ou pas renflées au bout.

Le type et l'espèce européenne de ce genre si remarquable, le plus

grand r.ryllicn propre d'Europe, est \e B. we^ace/j/icr7us, Lefebvre, d'environ /lO millimètres dans les deux sexes, avec oviscapte de 2 millimètres. Le corps est jaunâtre ; la tète du mâle est énorme, démesurée, renflée, fortement comprimée d'avant en arrière, dépassant beaucoup la largeur de l'abdomen, et comme enchâssée dans le prothorax ; le corselet étroit, sillonné au milieu, rétréci en arrière, à bord antérieur et postérieur relevés et bruns, ayant au milieu une bande longitudinale brune ; les pattes et les antennes de la couleur du corps, les épines des pattes noires au bout. lia été trouvé en Sicile par A. Lefebvre, au mois d'avril, à la partie la plus méridionale du Val di Xoto, dans des buttes de sable près de la mer, entre Terra-Nova et le Bevajo, sur la direction de Vittoria. Il habite au sommet de ces monticules, à toutes les expositions, et dans des places dénuées d'arbustes, creusant le sol jusqu'à un mètre, en faisant parfois des amas de terre pareils à ceux des Taupes. Vers quatre heures du soir, le mâle se met à chanter au bord de son trou ; mais sa stridulation, au lieu d être interrompue comme celle du Gryllus campestrts, produit, pendant près d'une demi-minute, un roulement soutenu et continu, si intense et si sonore, qu'on peut l'entendre à près d'un mille. Loin dètre craintif comme ses analogues, il attend souvent pour se cacher le moment même où l'on va le saisir, et fuit en creusant le sol avec promptitude à mesure qu'on le poursuit. Sa voracité est extrême, et la force de ses mandibules non moins étonnante. A. Lefebvre a vu que, si l'on enferme ensemble plusieurs mâles, au bout de peu d'instants ils se dévorent, s'amputant les cuisses les uns aux autres d'un seul coup de leurs mandibules. On ne capture l'insecte que dans l'après-midi, jamais loin de sa demeure, presque toujours au bord de son trou, et le plus ordinairement tout au fond et non sans assez de difficultés. Puissent ces détails de mœurs aider les amateurs à retrouver ce remarquable Gryllien, dans le midi de l'Espagne ou du Portugal et en Algérie, en explorant des localités analogues à celles où ses gîtes ont été rencontrés en Sicile.

l'ne seconde espèce, d'un brun enfumé et de ;mènie taille, de Java.

S«'Hia;owAC"TVB.l.'S, BniUé. — Tète forte, de la largeur du corselet; antennes si'lucécs, multiartieulées, glabres, beaucoup plus longues que le corps; yeux grands, oblongs, saillants ; ocelles indistincts. Corselet étroit, transversal, rebordé ; sternum large, rendant écartée l'insertion des jKittes. Élytres et ailes très-grandes, beaucoup plus longues que rabdomen, cliargées de nonibieuses nervures, embrassant à angle droit les côtés du ventre, la partie dépassant l'abdomen roulée en spirale dans le repos, pour les élytres et les ailes à la fois, et appliquée sur les appendices anaux. Pattes très-robustes, à cuisses glabres et nuitiques, canaliculées en dessous pour recevoir la jambe ; à jambes épaisses, fortement épineuses ; à tarses de quatre arlicles, les articles deux et trois émettant chacun latiiralement de chaque côt('^ un appendice étroit, aplati.

lancéolé, élargi et arromli au bout (d'où le nom du genre), le premier article des tarses postérieurs ajilati, dilaté de cha(|ue côté en une large membrane triangulaire, le quatrième article de tous les tarses cylindrique, terminé par deux forts crochets, arqués et iiioliiles.

Le type et unique espèce de ce genre, à caractères sexuels mal précisés, est un insecte très-anciennement comiu, le S. monstrosus, Drury, long de plus de /lO millimètres, des Indes orientales, du Bengale, à corps jaunâtre, tacheté de brunâtre, ainsi que les appendices. Ce Grillon monstrueux des vieux auteurs est le seul Gryllien qui ait quatre articles àtousles tarses, ce qui forme un passage manifeste aux Locustiens. Les très-singulières dilatations des articles des tarses, qui les font ressembler aux doigts bordés de certains oiseaux aquatiques, comme les Grèbes, les Foulques, et la manière extraordinaire dont les élytres et les ailes se contournent dans le repos en plusieurs tours de spirale trèsserrés, sont deux caractères uniques qu'on ne retrouve nulle part, nonseulement dans les Orthoptères, mais chez aucun insecte. L'espèce creuse sur les bords du Gange un trou d'un mètre environ de profondeur, et y reste caché le jour, ne volant que la nuit.

Tribu des i^OCCSTIEIWS.

La tribu des Locustiens(Loci/.s7a?res,Lalr.,Aud.-Serv.; Locustina,]îun\.; lucustidrs, Lcach ; Gryllidœ, Stephens) est, parmi les Orthoptères propres, celle qui se rapproche le plus des Grylliens. Les ocelles sont nuls chez la plupart, les antennes sétacées d'ordinaire plus longues que le corps, et tous les tarses homonomes de quatre articles. Les femelles sont munies d'un oviscapte plus ou moins saillant.

Le corps des Locustiens est subcylindri(iue, subcomprimé, parfois vaste, glabre, brillant, mais non métallique, le plus souvent vert de diverses nuances. La tète est grande, verticale, rarement déclive [Conocephalus, Saga, etc.); le sommet du vertex est parfois élevé et avancé en cône. Les antennes sont insérées à diverses places, ou entre les yeux, ou inférieurement et en avant de ceux-ci, rarement épaisses, le plus souvent filiformes, quelquefois plus courtes que le corps {Pycnogasler, Callimenus), le plus souvent sétacées, ténues, de la longueur du corps ou plus longues, à premier article grand, subcylindrique ou comprimé, le second petit, très-globuleux, les autres courts, cylindriques, peu distincts, capillaires -, entre les antennes, le vertex offre souvent une proéminence comprimée. La surface de la tète est lisse, sans carènes, ni tubercules, ni aiguillons, etc., souvent amplifiées la partie inférieure par le développement des pièces buccales. Après le labre suborbicu-

laire viennent des mandibules fortes, cornées, dentées au bord interne de manières diverses ; les mâchoires, avec le galea de la longueur du mando, celui-ci muni de trois dents ; les palpes maxillaires de cinq articles, 1.; dernier le plus souvent très-long, muni au sommet, à l'état frais, d'une vésicule tactile convexe, et, sur le sec, tronqué ù angle droit ou oblique ; la lèvre, allongée, ollVe un menton corné, entier, rétréci au sommet, puis une languette pétiolée, curdiforme, profondément tlivisée, évidemment composée de deux mAchoires, car on aperçoit en dedans, de chaque coté de la fissure, un style court, comparable à un mando, intérieurement très-finement sétuleux ou pileux, tandis que la partie externe, épaisse, bulbeuse au sommet, répond au (jalm ; les palpes labiaux, de trois articles, ont le troisième très-grèle, très-long, subenflé, tronqué obliquement au sommet.

La forme et la structure du thorax, surtout du pronotum et des pièces sternales, sont très-importantes pour la diagnose des genres de la tribu des Locustiens. Le pronotum est tantôt aplani en dessus, avec côtes latérales subaiguës et lobes sensiblement détléchis, tantôt selliforme et relevé postérieurement (rarement en avant), s'étendant audessus de la base des élytres, à côtes latérales plus ou moins obsolètes {Orphania, Ephippigera), tantôt scutiforme {Saga). Le prosternum est tantôt mutiquc, tantôt muni d'épines allongées ; la poitrine (mésosternum et métasternum) est armée d'épines ou de lobes subtiiangulaires, ou mutiques transversalement, et bordée et excisée en arrière.

La structure des élytres s'accommode à la forme comprimée du corps. Tandis que, chez les Grylliens, la majeure partie des élytres, c'est-àdire les champs discoïdal et anal, lors de la position de repos (dans laquelle l'élyfre gauche est d'habitude recouverte parla droite), se place sur le dos du corps, et que le champ marginal seul est défléchi, dans les Locustiens la majeure partie des élytres, et aussi des ailes, lorsque ces organes sont parfaitement étalés, prend une position défléchie ; les champs marginal et discoïdal s'appliquent sur les côtés du corps, et seul le champ anal, en triangle plus ou moins allongé, recouvre le dos, lors de la position de repos des élytres, dans laquelle, chez les Locustiens, l'élytre droite est, le plus souvent, recouverte par la gauche. Dans la plupart des genres, les élytres sont subcoriaccs, rarement pellucides {Gryllacris), élargies à la base, subétroKes au sommet, et, lorsqu'elles sont bien développées, tantôt plus longues, tantôt plus courtes que l'abdomen.

Ordinairement la disposition des nervures des élytres est peu compliquée. La nervure médiastinc est courte ou nulle, et la nervure huméraie assez éloignée du bord antérieur de l'élytre ; la nervure externomédiane, très-rapprochée de l'humérale et parallèle, est, ou simple en entier, ou fourchue au sommet et envoyant quelques rameaux ; la nervure intermédiaire, placée entre la précédente et la nervure anale, se dirige vers le bord postérieur de l'élytre, en envoyant un seul

OU plusieurs rameaux. Le tronc, souvent indistinct, de la nervure anale s'élùvc d'un limbe corné un peu gonflé, et porte dans ses ramificalions, chez les mâles, l'organe stridulanl.

L'appareil de stridulation des Locustiens a été décrit par de Geer, BruUé, M. Gonvcan {Essai sur la stridul. des Ins., dans^lnn. Soc. entom. Fr. 1837. VI, 31), Newport, etc. Son étude est aisée sur la grande Sauterelle verte (Locusta viridissima, Limi.), qui nous servira de type. Il est situé sur le champ anal, qui est la portion de l'élytre à plat, et par suite sur laquelle la friction est le plus facile. Sur l'élytre gauche on voit une aréole subcarrée, subopaque, d'un testacé ferrugineux différant du vert de l'élytre, entourée de rides et de plis sur une bande, à peu près de même consistance, bordée par une nervule cornée : c'est le miroir ou tympan ou tambour des auteurs. Au-dessus, c'est-à-dire plus prés de la base de l'élytre, on voit une nervure transverse entière, forte et proéminente au bord supérieur de l'élytre, tandis qu'au bord postérieur elle paraît fendue longitudinalement, et cet espace, qui est comme un long hiatus lancéolé, semble rempli, si on l'observe avec le secours d'une forte lentille, par des baguettes transverses et rapprochées, système formant une sorte de liine ou d'archet. Le champ anal de l'élytre droite est pareillement constitué, avec l'anneau quadrangulaire corné plus élevé au bord supérieur de l'élytre qu'à l'inférieur et formant ce que Goureau nomme la cha7itereUe ; mais le miroir qu'il renferme est ici une membrane mince, fort tendue, très-hyaline et irisée ; au-dessus de ce miroir, vers la base de l'élytre, se trouve également la nervure transverse épaissie, avec sa lime ou archet. Lors de la friction des élytres, ce n'est pas sur le miroir même de l'élytre droite que se fait le frottement de l'archet de l'élytre gauche, mais sur son bord corné ou chanterelle, et sur les nervules ou rides avoisinantes. la vibration se communiquant à la membrane, ce qui doit singulièrement renforcer le son. M. Goureau rapporte qu'il n'est pas parvenu à produire le son en passant l'archet de l'élytre droite sur l'élytre gauche, les élytres ayant été croisées en ordre inverse de l'ordre naturel, c'està-dire la droite au-dessus de la gauche. Il est bien certain que le chant est dû à la seule friction des élytres, et nullement à de l'air sortant des stigmates thoraciques qui mettrait en vibration la membrane des élytres, ainsi que l'ont supposé certains auteurs. Les élytres des femelles (et aussi des mâles dans le genre Meconema, qui est muet) manquent presque toujours de l'organe stridulant, et ont le champ anal non dilaté, simplement réticulé de nervules.

Les ailes, quand elles sont bien développées en même temps que les élytres, son plus ou moins amples, le plus souvent plus courtes que les élytres, rarement plus longues {Phaneropteru), membraneuses, hyalines, incolores, parfois colorées avec croissants , taches ou ocelles {Ptorochroza), parfois colorées au bord antérieur ou vers leur sommet, ou même coriaces à cette extrémité {Phaneroptera). Les champs alaires

ont une disposition de nervures analogue à celle qu'on remarque sur les élytres ; mais le rliamp anal est beaucoup plus ample que les deux autres, ofire de nombreuses nervures radiées, et, dans l'aile repliée, se décompose en beaucoup de plis longitudinaux, comme dans les autres Orthoptères propres.

Un grand nombre de genres de Locustiens ont les organes du vol parfaitement développés ; cependant certaines espèces des genres Decticus et Aiphicliumi ont, dans presque tous les individus, les élytres raccourcies et les ailes réduites à des rudiments exigus, inutiles pour le vol; on trouve à peu près un sur cent sujets où ces organes ont leur complet degré de perfectionnement, ce qui a souvent amené de fausses espèces. Cependant les élytres abrégées dont nous parlons ont les nervures de chaque champ distinctes, et l'appareil stridulant des mâles parfaitement développé ; leur chant n'est pas plus faible que celui des espèces à ailes complètes. Il est un certain nombre de genres {Ephippi- (jera, Barbitistes, etc.) où les élytres des mâles et surtout des femelles sont représentées par des écailles courtes, planes ou relevées, tantôt se recouvrant l'une l'autre à la suture, et alors l'élytre droite au-dessous de la gauche, tantôt éloignées entre elles. Le plus souvent elles diffèrent dans la même espèce suivant les sexes, munies chez les mâles de l'appareil stridulant, et aussi plus amples, plus retroussées, plus longues, tandis que, chez les femelles, elles sont plus courtes et planes. Nous prendrons comme exemple, pour le mécanisme de la stridulation chez les espèces à élytres abrégées, le genre Ephippi géra où. les élytres des mâles et des femelles portent l'organe musical. Si l'on examine l'espèce commune typique, VE. Vitium, il n'y a pas d'ailes, et les élytres, très-courtes, en écailles bombées, sont cachées en entier sous le pronotum et semblent réduites aux seuls appareils sonores. L'organe du mâle est formé sur l'élytre droite d'un tambour, constitué par une membrane fine, blanche, transparente, ovale et plane, bordée d'une nervure dont le bord interne sert de chanterelle. Sous l'élytre gauche est l'archet, formé d'une forte nervure transversale, striée comme une lime ; le contour de l'élytre, couvert de rugosités, est écailleux et sonore. Chez la femelle, le tambour, placé sur l'élytre droite, offre une calotte bombée, transparente, sèche et élastique. 11 est traversé, dans le sens de la largeur, par une nervure saillante, striée en lime ; d'autres petites nervures s'étendent sur sa surface, en haut et en bas. L'élytre gauche, ou la supérieure, est un peu moins bombée que l'inférieure ; elle est réticulée par un assez grand nombre de pelites lUM'vures, et d'une consistance qui dillere peu de l'autre ; son bord interne fait l'office de chanterelle. Le bord extérieur des élytres est replié en bas, d'une matière moins membraneuse que les instruments et couvert de rugosités. La femelle, comparée au mâle, présente donc cette différence que l'archet est placé sur l'élytre droite et qu'il tient au tambour, tandis que chez le mâle il est situé sous l'élytre gauche. Lors

LOCUSTIENS. jg|

du frollem.nl des élylrcs, larcl.et passe sur la chanlerelle, H e^c.te dos „bra.,„,. q„, se transmeUcnl au. deu. tambours. C^„" , elytres sont cachées sous le corselet, n„secte, pour les faire ag^do" commencer par soulever le pronotum, alîn de rendre leur leu olu' hbre, ce ,u',l fait en baissant la ,«e et en courbant un p "so7ab r men. Le organes du mâle sont un peu plus développés oue ceux de la femelle, et produisent des sons un peu plus forts Sous les elylres abortives, tanlM il existe des vestiges d'ailes ev.Tus

cZ,-;:l :u7f ',^'*r""' '-- °«"'"«- .anttlifma: fe ;

r?aitd^Bo> "ue fT™'"'''"''° '™''"'' »'=^' souvent tout genre 2;Xlo™ ""^ ""' '■-■"^'™-' aP'^-s dans le

tan''™ "T", '°"' '"""" ^''''■'"'' '<='' P»^l«'-icurcs bien plus longues

anche Cîol'r "•"""' '" P°^'^*"^^ P- aUongé .° S iiancnes sont plus ou moins écartées entre elles, à cause de la larienr

drsUnctri:'r"t^ • '«.^ '"'"-"- "- ?-.- attes», l ur sTon

de aZ \, r;''' "''t "" ",«P'"«= "*=-r«'es (Sa»a), avec un lobe O^cS ta U6. r ■' '?,'':""»«»" "« 1" jambe, tantôt mutique

cotes postérieures toujours épineus leur face n ,'"""'™"«"''"'-!^'. "

iiyaune, ou un trou recouvert inr n.m r.^^- • ^ , i'^^'^uit-

avpp „.,„ f t ,• - '/'^""^«rL par une proéminence à bord corné avec une fente Iniéa re profonde à l'nnc.i„ -,..>- • V '

trés-comprimés e. côtelés en .lesso.L (/^IS^Z,^ "' "' '"^^= =°"'

ëiauae ciicz le maie que chez la femelle; le nremip,. » i

GIRARD. '«^i'c, le premier a aussi les

Jj.— 11

cerques plus développés, épais, dentés, mucronés, snbiilés, etc.; dans les femelles, ils sont subulés et simples. \m plaque subgéuitale des mâles est tantôt étroite, tantôt plus large, plane, ou dressée, ou naviculaire, etc.; elle est munie au sommet de styles non articulés, mobiles, et qui manquent rarement. La femelle offre le plus souvent cette plaque courtt;, et appliquée étroitement à la base del'oviscaplc ; celuici varie de longueur, de forme et de direction, tantôt plus court que l'abdomen, tantôt plus long que lui, et môme que tout le corps,* à quatre valves, le plus souvent renflé à la base, puis, pour le reste, plus ou moins comprimé, aigu ou obtus au sommet, glabre ou granuleux, lisse sur le bord ou dentelé.

Les travaux de L. Dufour {op. cit., p. 3Zi7) nous apprennent que les organes internes de la vie végétative ont chez les Locustiens beaucoup d'analogie avec ceux des Grylliens. ils ont été étudiés dans les genres Ephippigera, Locusta, Decticus, Phaneroptera et Conocephalus. Le canal digestif est entouré, à son origine, d'une paire de glandes salivaires situées dans le thorax, offrant de chaque côté deux faisceaux inégaux de sachets blancs, ovalaires, sessiles, en grappe rameuse, avec un réservoir contractile allongé, où la salive se met en réserve. La longueur totale du tube digestif des Locustiens ne dépasse guère une fois et demie celle du corps, et il peut, tout au plus, faire une seule circonvolution. Au sortir de la tête, l'œsophage se dilate insensiblement en un long jabot musculo-membraneux assez régulier ; puis \ient un petit proventricule ou gésier, globuleux, offi-ant en dedans six arêtes longitudinales, formées d'un empilage d'écaillés triangulaires, séparées par autant de sillons à fond tuberculeux. Les deux bourses ventriculaires sont grandes, arrondies, plissées à l'inférieur. Le ventricule ou estomac est droit, et plus court que l'intestin chez le Locusta viridissiina, Linn., tandis que, chez les autres genres, il est long, replié sur lui-même, intestiniforme ; il se termine en arriére par un léger bourrelet où s'insèrent les vaisseaux de Malpighi. L'intestin est, dans l'Lphippigôre, le Phanéroptére, le Conocéphale, du double moins long que l'estomac et droit, tandis qu'il est au contraire long et replié chez la Sauterelle ; le rectum, qui le termine, a les six bandelettes musculaires habituelles. Les vaisseaux malpighiens ne forment point, comme chez les Grylliens, une houppe Llche, avec un canal unique implanté sur un seul point du tube alimentaire ; tout aussi nombreux et aussi gi'êles, et de couleur variée selon les aliments, ils s'insèrent aux divers points d'un contour circulaire. Toutefois, chez les Ephippigères, comme par un passage au pétiole unique des Grylliens, ils se partagent en cinq faisceaux, chacun ayant pour base un sinus scssile, adapté au bout du ventricule, et où débouchent tous les tubes du faisceau. Ces longs vaisseaux de Malpighi sont entremêlés et enchevêtrés entre eux, et avec les organes digestifs, et avec ceux de la génération.

L'appareil génital màle chez les Ephippigera, Locusta, Decticus, est formé par les testicules reposant sur la paroi ventrale, de figure oblongue, réniforme, déprimée, ayant, lors de la turgescence, 6 à 8 millimétres de longueur dans les grandes espèces, coritenant un nombre considérable de capsules spcrmalogénes allongées, revêtus extérieurement d'un réseau de trachées et de filets nerveux répandus sur une mince membrane dont le pigment varie en couleur, jaune-soufre chez le Decticus [Plalycleis) griseus, orangé chez le Decticus verrucivorus, d'un vert jaunâtre chez le Locusta viridissima, etc. Le coiuluit déférent de chaque testicule s'enroule en ligne spirale imitant un épididyme, puis devient simplement flexueux et s'abouche à son symétrique pour former un canal déférent commun. Des réservoirs séminaux et des glandes annexes compliquées se joignent à cet appareil fondamental, et leur étude a besoin d'être reprise en raison surtout de la sécrétion bien reconiuie de spermalophores chez les Locustiens. [.es organes génitaux sont si gonflés lors du rut, que l'abdomen des mâles ressemble alors par son volume à celui des femelles avancées dans la gestation. Le Conocephalus mandibularis offre quelques dilférences. Les testicules ne sont pas appliqués sur la paroi ventrale ; chacun d'eux est bilobé et de forme variable, selon la turgescence, enveloppé d'une tunique jaunâtre, et avec un conduit déférent, filiforme, à peine flexueux, sans épididyme ; il y a aussi des vésicules séminales ou des glandes annexes de deux ordres.

L'appareil màle ofi're encore un dernier organe accessoire. Au-dessous et en arrière du massif des vésicules séminales on trouve, de chaque côté du canal éjaculaleur, une glande ovale, lenticulaire, à col trèscourt abouché au canal, entourée d'une tunique externe contractile, le plus souvent d'un jaune vif, ayant un millimètre de diamètre chez le màle de l'Ephippigère et /i millim. chez celui de Locustaviridissiina. On y trouve un liquide huileux où nagent dispersés des corps discoïdaux. L. Dufour regarde ces glandes comme une prostate. Leur dépendance avec le canal éjaculaleur et leur existence bornée au màle ne permettent pas de les confondre avec l'organe de sécrétion excrémenlitielle propre aux deux sexes de la Court ilière.

Dans les femelles fécondées des Ephippigères, les ovaires sont constitues chacun par un corps gros et court, tantôt conoïde et turbiné, tantôt déprimé, subflabelliforme, composé de trente à quarante gaines ovigères, maintenues en faisceau sous une très-line membrane. Ces gaines sont un peu moins nombreuses dans la Sauterelle et le Phanéroptère ; elles sont multiloculaires, n'ayant ordinairement qu'un œuf fécondé à la fois, et convergent toutes vers un ligament suspenseur qui va se fixer dans le niétalhorax.. A la base de l'ovaire est le calice, sur lequel l'insertion des gaines ovigères se fait par fascicules de trois ou quatre, de sorte que le calice semble raultidigifé. De chaque calice part un col lubuleux uo peu flexueux, et l'oviducte est dû à la

16/i ORTHOPTËRES.

réunion des deux cols. A l'origine supérieure de l'oviducte s'insère, au moyen d'un conduit, un réceptacle séminal, ample, blanchâtre, subglobuleux ou piriforme. En arrière du conduit excréteur précédent et à l'entrée même de l'oviscapte, chez certains Locusta et Decticns, s'adapte un vaisseau tubuleux aveugle, enroulé plusieurs fois sur luimême, presque aussi long que tout l'abdomen. Le Meconema varium , le Xiphidium fuscum, etc., manquent de ce tube, dont la sécrétion, selon Siebold, sert à enduire les œufs d'une matière gUitineuse.

On a encore fort peu d'observations sur l'accouplement des Locustiens. M. Fischer, de Fribourg, a observé deu\ fois le coït chez des Ephippigères des Vignes renfermées dans une boîte, et la femelle, de même que chez les Grillons, ékiit montée sur le mâle. Après cette copulation, il a remarqué à l'orific-e génital de la femelle, à la base de l'oviscapte, une masse lactée de la grosseur d'un pois, subpellucide, semblable à de l'albumine coagulée, et à la base de laquelle on pouvait observer de chaque côté une bulle très-transparente, avec un nucléus jaune ou orangé. La dissection fit voir que ce n'était pas un corps violemment expulsé des organes génitaux de la femelle ; au bout de quelques jours, cette matière tombe en partie et se dessèche. On doit donc penser que cette matière est sortie du mâle pendant le coït, et que, de même que chez les Grylliens, elle se fixe à la femelle comme l'enveloppe du véritable sperme, qui entre peu à peu à l'intérieur de l'oviducte, tandis que l'enveloppe se sèche et se détache. C'est ici qu'il convient de mentionner les curieux spermatozoïdes dont Siebold a étudié la formation dans les tubes des testicules. Les spermatozoïdes des l^ocustiens et des Grylliens difi'èrent par leur forme de ceux des autres insectes, et en particulier de ceux des Orthoptères les plus voisins, les Acridiens, ils consistent en un etête triôdre et un long appendice filiforme ; déjà, dans les cellules dans lesquelles les spermatozoïdes sont renfermés à l'intérieur des tubes spermatiques, ces spermatozoïdes se disposent en séries, et passent dans cette position même dansle canal déférent, où ils offrent les premiers mouvements. Dans la capsule séminale des femelles fécondées, Siebold a trouvé de deux à sept spermatophores de 1 à 2 millimètres de diamètre ; de leur cavité sortent par compression des spermatozoïdes nageant dans une humeur laiteuse. Ces spermatozoïdes sont associés d'une manière très-élégante dans le canal déférent des mâles, et conservent vraisemblablement cette disposition dans la capsule séminale de la femelle, où ils sont introduits lors du coït, et se coagulent en bulle formée par la matière séminale affluente. On voit sous le microscope comme des plumes de héron, dont les scapes consisteraient dans les têtes trièdres étroitement jointes des spermatozoïdes, tandis que les pinnules seraient les corps et appendices filiformes exécutant des mouvements vibratoires, et produisant le curieux spectacle de plumes entières se mouvant comme des serpents. Les spermatozoïdes, pour exercer leur vertu fécondante lors de la ponte des œufs, doivent nécessairement

sortir des spermatophores, ce qui paraît s'efï'eotuer parleur dissolution et leur compression. Siebold n'a pas observé la même forme do. spermatozoïdes, ni les spermatophores, chez les Meconema et les Xiphidium.

Los Locustiens présentent, à un degré plus marqué et d'une manière plus générale que les Grylliens, les tympans aux jambes antérieures dont il a déjà été question. Tantôt c'est un trou ovale à la face intérieure et antérieure des jambes de devant, recouvert par une membrane, tantôt c'est une fente longitudinale, cachant le tympan sous un limbe corné. Chez la plupart des Locustiens s'adjoint un autre appareil cité parL. Dufour, et dont il a constaté la connexion avec les tympans des jambes, dans lequel J. Muller et M. Goureau(S^Wdw/. des Insectes, dans Ann. Soc. entom. Fr., 1837, t. VI, p. 59) soupçonnèrent un organe auditif, ce qui a été mis hors de doute par Siebold. 11 est en effet tout à fait rationnel que des insectes pourvus d'appareils bruyants inusités on général dans leur ordre aient aussi une oreille spéciale, indépendamment des organes généraux de l'ou'ie. Si, par exemple, dans la grande Sauterelle verte, on dissèque l'angle postérieur latéral du pronotum, on y voit deux orifices, l'un un pou en avant, qui est le stigmate fermé par des lèvres cornées, l'autre plus grand, situé entre le pronotum et le mésonotum, longitudinal, non fermé par un péritrème. Il faut souvent, pour bien voir cette ouverture des Locustiens, soulever les bords latéraux du prothorax. Cette ouverture donne accès dans une sorte de vessie infundibuliforme, que M. Goureau compare à un bonnet phrygien, et qui se tourne vers son homologue du côté médian de la poitrine ; il en part un tube également hyalin et lisse, qui entre sous un angle dans la patte antérieure^ s'atténue en parcourant le genou étroit, puis se dilate et s'amplifie en une vésicule longitudinale, dont les bords latéraux sont étroitement collés aux tympans dos jambes, avec un prolongement étroit dans celles-ci. On peut détacher de l'animal cette sorte de bonnet pellucide et son tube. Cette cavité prothoracique existe dans les deux sexes, chez les nymphes et chez les larves. Ce n'est pas un stigmate, car elle ne communique pas avec le système trachéen. Si l'on plonge une Sauterelle dans l'eau, la tête la première, jusqu'à l'asphyxie, cette grande cavité reste immobile, tandis que des bulles d'air paraissent aux orifices des quatre stigmates thoraciques. Le nerf qui répond au nerf acoustique ne part pas du cerveau, comme on le supposerait au premier abord, par ces fausses analogies entre les Vertébrés et les hivertébrés, qui ont si souvent retardé les progrès dans la science. C'est un des rameaux des deux nerfs qui partent du premier ganglion sous-œsophagionthoracique, et qui envoient leurs filets aux muscles dos pattes antérieures, etc. Ce nerf acoustique se renfle en un ganglion plat, très-près en dessus de l'excavation naviculair(î de la poche auditive, et son extrémité inférieure, comme un ruban, entre dans cette excavation même et s'y termine. Ce ganglion contient de? corps bacillaires dispo-

I(i6 ORTHOPTÈltES.

ses en série, et des bulles agencées de mCme, qui y adhèrent; leurs fondions restent dans le doute.

Un certain nombre de Locustiens vivent dans les champs et les prés (Decticus, l'Iatijcleis, A'î/j/i/rf/K?);); les autres se cachent dans les arbustes et les broussailles, surtout aiiv lisières des bois, dans les Vignes, les plantations de Pins, de Chênes, etc. {Odontura, Vhaneroptera, Ephippigern, Thamnotrizon) ; quelques-uns montent aux arbres {Meconema, Oiluntura, Locusta viridissima, cantans^ etc.). 11 est des Locustiens qui sont II la fois des plaines et des montagnes; \c Xiphidium dorsale paraît préférer les terrains salés ; les Callimenus se trouvent principalement dans les régions arides; le Bhaphiodophora cavicula, aptère et voisin des Grylliens, surtout par la structure de ses pattes, se trouve dans les cavités souterraines.

La nourriture la plus ordinaire des Locustiens paraît végétale ; ils mangent les tiges des plantes, les feuilles, les fleurs. Cependant Audinet-Serville est dans l'erreur en disant que cette grande tribu se nourrit exclusivement de végétaux. Ces insectes peuvent être carnassiers, au moins par moments, et nous en citerons de nombreux exemples. On ne les observe pas d'ordinaire volant en grandes troupes comme les Acridiens, mais par individus isolés, même pour les espèces communes, et ils sont rarement nuisibles aux plantes. Us dévorent des mouches, des chenilles et divers insectes, et les individus morts ou moribonds de leur propre espèce, surtout quand ils sont enfermés ensemble. Ils peuvent supporter de longs jeûnes, une semaine et plus. Leur salive brune et acre est encore un autre caractère de carnassier, partagé, il est vrai, par certains Acridiens, qui sont les plus phytophages, sinon exclusivement, des Orthoptères.

Ils se servent peu de leurs ailes pour voler ; ils les emploient plutôt comme un parachute, lorsqu'ils se jettent des arbres sur le sol. La plupart sautent avec adresse ; ils portent souvent à leur bouche, pour les nettoyer, leurs tarses et leurs antennes. Les mâles, et même ceux qui ont des élytres rudimentaires, font entendre continuellement leur stridulation en été et en automne. Le Locusta viridissima , même enfermé dans une boîte, ne cesse pas son eliant pendant toute la nuit. Le rhythme en est varié suivant les espèces, mais beaucoup plus difficile à noter musicalement que chez les Acridiens; quelques espèces, ainsi le Decticus verrucworus, en outre de leur chant presque continuel, paraissent émettre aussi des sons plus aigus.

11 est curieux de remarquer qu'on sait encore fort peu de chose sur l'accouplement des Locustiens, bien que certaines espèces se rencontrent fréquemment. Rœsel rapporte seulement que la femelle de la grande Sauterelle vert(!, attirée par la stridulation du mâle, se rend près de lui, et lui annonce sa présence par des battements multipliés d'antennes -, le mâle cesse alors son chant, et porte en avant ses longues antennes, comme pour s'assurer des dispositions bienveillantes

de la femelle. M. Lucas a vu l'accouplement de V Ephippigern costaticollis, Lucas, espèce commune en Algérie en mai, juin, juillet, dans les lieux frais, ombragés [el herbus. Souvent, dit-il, on aperçoit la femelle, le long des tiges des grandes herbes, entraîner avec elle son mâle accouplé ; souvent celui-ci mord les antennes de sa compagne, et l'oblige às'arrCter en la tiraillant à droite et à gauche, peut-être pour la faire céder à ses désirs.

Comme nous l'avons dit, M. llscher (de Fribourg) a observé le mSle de l'Ephippigère des Vignes se glissant sous le corps de la femelle, qui grimpe sur son dos, et pratiquant le coït, en peu de temps, avec plusieurs femelles ; quelques femelles paraissent aussi recevoir le mâle plusieurs fois.

Les œufs sont pondus à l'aide de l'oviscapte. La plupart des espèces les confient à la terre, ainsi les femelles de Locusta viridissima, de Decticus verrucivorus^ etc. Elles choisissent une terre légère et facile à percer, et enfoncent l'oviscapte dans le sol, en élevant un peu le bout de leur abdomen ; après quelques mouvements, 1g« valves parviennent assez avant, s'écartent, et laissent tomber les œufs un à un. Il en est dont le dépôt d'œufs s'opère sur les plantes dans diverses parties. La femelle du Meconema varium pond sur les galles développées sur les Chênes par la piqûre des Cynipsiens (Hyménoptères). Pour surmonter les difficultés de ces opérations, certains genres se servent des aspérités des valves de l'oviscapte {Decticus ulbifrons, verrucivorus), ou de leurs bords, soit crénelés, soit denticulés {Odontura, Phaneroptera, Callimenus, Cijrtaspis, etc.); en outre, viennent en aide la dureté et la force de l'oviscapte, sa direction droite ou courbe ou en faucille, etc. Il se meut par intervalles en avant et en arrière, à l'instar d'une scie ou d'une lime.

Les larves sortent des œufs pondus, soit à la fin de l'automne, soit au printemps de l'année suivante. A la loupe, on distingue déjà les sexes avant la seconde mue, les larves femelles montrant les premiers vestiges de l'oviscapte ne dépassant pas encore l'abdomen. Après la seconde mue (non comprise la sortie de l'œuf) paraît la nymphe, et après la troisième l'adulte. Ce nombre de mues a du reste besoin de vérification, par analogie avec ce qu'on a vu pour les Grillons ; il est probablement plus considérable pour certaines espèces.

L'abondance des espèces de Locustiens qui existent en Europe est moindre que pour les Acridiens. Les Locustiens sont cependant plus répandus en Europe, en Asie et en Amérique, où prédominent les forèls, que dans la sèche et aride Afrique, où au contraire le nombre d'Acridiens est plus considérable.

Dans la diagnosc des genres doivent figurer d'abord les parties de la tète, surtout la forme du vertex et sa déchvité.; l'insertion des antennes entre les yeux ou au-dessous d'eux ; les parties de la bouche, la forme générale du corselet, la structure des pièces sternales ; la formfi

générale des élytres et des ailes et leur nervation ; la conformation des pattes, surtout la disposition des épines et la forme des tympans des jambes antérieures; les carènes inférieures épineuses ou mutiques des cuisses; la présence ou l'absence des styles à la plaque sous-génitale du mAle, rextrémité mutique ou denticulée de l'oviscapte. Au coniraire, la couleur, le dessin, la forme particulière du pronotum, l'étendue des élytres et des ailes, la conflguration des appendices de l'abdomen, cerques, styles, plaques suranale et sous-génitale du mâle et de la femelle, et oviscapte de la femelle, ne peuvent s'employer que pour distinguer les espèces.

GENRES PRINCIPAUX

pnoCHILVS, Brullé, — Corps grêle, allongé, d'aspect de Phasmien. Labre ovale, très-grand, avancé; antennes longues, sétacées, mulliarticulées, velues. Corselet étroit, subrectangle ; élytres étroites, allongées, dépassant les ailes. Pattes grêles, les postérieures très-longues, à cuisses à peine renflées. Abdomen allongé, étroit, terminé par deux courts filets coniques.

Ce singulier genre de passage paraît n'être encore connu que par le mâle d'une seule espèce, le P. australis, RruUé, rapporté par Pérou, en 1803, de l'île aux Kanguroos (Australie), long de 30 millimètres environ, à corps roussàtre varié de brun, les élytres mélangées de brun et de blanc sale, ayant chacune un miroir stridulant transparent, les ailes hyalines avec bandes étroites brunes aux nervures. Les cuisses antérieures sont un peu plus épaisses à l'extrémité qu'à la base, et un peu arquées, comme dans les Phasmiens, et les jambes antérieures dilatées et excavées à leur base ; les jambes postérieures sont longues, avec quelques fines épines.

RH.%PHlDOPHOH.%, Aud.-Serv. — Vertex à tubercule oblong entre les yeux ; antennes très-longues, insérées au sommet du front. Corselet subcylindrique, convexe ; élytres et ailes nulles. Pattes fort longues ; cuisses postérieures trèslongues, grosses et renflées dans leur première moitié ; tarses comprimés à articles entiers, le premier plus long que les suivants. .4bdomen cylindrique, subcomprimé ; cerques anaux subatténués au sommet ; plaque subgénitale du mâle munie de styles ; oviscapte de la femelle de longueur variable, un peu recourbé en faucille.

L'espèce la plus intéressante de ce genre,|qui touche tout à fait aux Grylliens par le genre Phalangopsis, est le R. cavicola, KoUar, d'un brun varié d'olivâtre et;de jaune, avec les antennes, le front, les

RHAPHIDOPHORA. 169

cerques et loviscapte testacés ; les quatre pattes antérieures annelées de brun; les jambes antérieures dépourvues de tympans, les jambes postérieures ayant en arrière une série de très-fines épines, et au sommet quatre épines ; le premier article des tarses postérieurs est épineux en dessus ; la plaque supra-anale excisée dans les deux sexes ; l'oviscapte de la femelle court, un peu recourbé, rétréci subitement vers le sommet. Ce curieux insecte, long de Ih à 16 millimètres o^ et 10 millimètres Ç, avec un oviscapte de 3 à Zi millimètres, vit dans les cavernes, surtout celles à stalactites, ainsi celles d'Adelsberg au nombre de trois en Carniole, et une grotte près de Trieste, en lUyrie. M. Schiôdte, dans son Spécimen de la faune souterraine, prenait cet Orthoptère toujours aptère pour une larve. Ce n'est pas dans les parties les plus profondes des grottes qu'il le trouvait, mais à l'intérieur près de l'entrée. Il le rencontra aussi en Sicile, dans une grotte artificielle près de Syracuse, nommée l'Oreille de Denys, et dans plusieurs grottes voisines. M. Schreibers l'a observé dans une grotte près de Bade, non loin de Vienne (Autriche). Il est probable qu'il se nourrit d'insectes hypogés, ce que la dissection de cette très-rare espèce pourra apprendre. C'est une recherche très-intéressante pour nos touristes des cavernes du midi de la France, où l'espèce existe peut-être.

D'après Agassiz, M. Thompson a trouvé fréquemment en Amérique, dans la célèbre grotte du Mammouth (Kentucky), un Orthoptère qu'il dit semblable à un Phalangopsis. Ne serait-ce pas une espèce du genre Rhaphidophora ?

Les autres espèces du genre ne sont certainement pas toutes souterraines. En effet, le R. palpata, Sulzer, de 18 à 20 millimètres, avec l'oviscapte de la femelle de l/i à 16 millimètres, recourbé, à valves supérieures mucronées, est un insecte d'un vert vif, ce qui indique le séjour à la lumière. Il est de Sicile, de Dalmatie et de la France méridionale. Une grande espèce de Java, de .30 millimètres, le 7?. picea, Aud.-Serv., est d'un brun de poix, remarquable par ses cuisses postérieures fort longues, fort grosses dans leur première moitié, et les jambes postérieures armées de six longues épines mobiles (calcars), les deux supérieures très-grandes, ce qui dénote un insecte fortement sauteur.

Un très-curieux genre de Locustiens aptères, qu'on peut rapprocher à certains égards du précédent, est constitué par les Anostostoma, Gray, à tète énorme, inclinée en bas, avec des antennes très-longues, de deux ou trois fois la longueur du corps, et des cuisses postérieures très-renflées. Ce que ces Orthoptères anormaux ont de plus étrange, ce sont leurs gigantesques mandibules arquées, dentelées à l'extrémité, et leur labre très-grand, conique à la base, arrondi à l'extrémité. On en connaît trois espèces d'assez grande taille, une d'Australie, l'autre de Surinam, la troisième trouvée par Coquerel {Ann. Soc. entomol. de France, I8!i8, 2*^ série, t. VI, p. 282) dans la forêt de Mormoukou, qui recouvre en par-

lie l'île de Nossi-Bé, sur la côte nord-ouest de Madagascar. Ce singulier Ortlioptùre \i\ait au pied de grands arbres, dans de grosses branches de bois pourri, et paraissait s'être creusé des galeries dans le bois décomposé, au moyen de ses énormes mandibules, habitude tout à lait étrangère aux insectes de son ordre.

Les autres genres de Locustiens ont les articles des tarses déprimés de i à 3, à plante élargie, le troisième article corditbrme.

Ij's genres suivants ont le plus souvent les antennes écartées, insérées sous les yeux, au milieu du front.

r.%n.lMEJ%l!S, Steven, ou BRAD\pouus,Charp. — Corps grand. Tête subglobuloitse; vertex large, arrondi, portant un tubercule obtus, dilaté ; front très-large, face perpendiculaire; yeux éloignés; antennes niultiarticulées, assez fortes, plus courtes que le corps. Pronotuni aplani en dessus, avec quatre carènes latérales aiguës ; prosternum bi-épineux ; poitrine (mesonotum et metanotum) bibolée. Élytrcs abortives dans les deux sexes, squamiformes, plus courtes que le pronotum, et le plus souvent entièrement cacbées sous lui; ailes nulles. Pattes courtes ; jambes intérieures à tympan recouvert avec une fente linéaire à l'angle antérieur ; cuisses postérieures à peine renflées à la base ; tarses étroits, allongés, à pénultième article à peine lobé. Abdomen volumineux et ramassé, à lames ventrales petites et courtes ; cerques courts, épais ; plaque subgénitale du mâle sans styles; oviscapte ensiforme, court ou long, dentelé au sommet.

Les Callimènes sont de gros et lourds insccles, qui semblent représenter chez les Locustiens les Pneumores des Acridiens, vivent dans les régions arides de l'Lurope orientale et méridionale, et sautent à peine. Le type est le C. dusijpus, Illiger, dont le corps ramassé et subaptère rappelle à l'œil un Tatou. Cet Orthoptère à gros ventre, dont la longueur atteint de 50 à 55 millimètres, existe en Hongrie, en Grèce, en Turquie, en Asie Mineure. 11 est jaune avec des lignes et des taches brunes, et un oviscapte de 12 millimètres, brun au bout. A. Lefebvre, qui la capturé en juin aux environs de Smyrne, dit que, lorsqu'on le saisit, il laisse échapper des bords postérieurs du corselet une liqueur épaisse, d'un jaune gomme-gulte, abondante, d'odeur fétide et légèrement acre. Il se tient ordinairement caché dans la journée, et on ne le rencontre alors qu'errant sur le sol, et n'exécutant que de très-petits sauts ; mais le soir il grimpe sur les arbustes les plus bas et fait entendre une stridulation analogue à celle d'une crécelle et inter-

EUGASTER. 171

rompue ; si ou le pose ù terre, il s'empresse de remonter dans les branchages el (le s'y blottir. M. Fischer (de Fribourg) met fortement en doute la slriduliilion d'un Locustien à élytres aussi rudimentaires. Brullé dit avoir rencontré en grand nombre le C. dastjpus dans les plaines de la .Morée, au mois de juin, sur les Chardons et les plantes basses.

Dans la péninsule hisj)anique, les Callimènes ou Bradypores de l'Europe orientale semblent remplacés par le genre Pycnogaster, Graëls, à élytres squamiformes dans les deux sexes, en partie cachées sous le corselet, à fortes nervures, à petits rudiments d'ailes dans les deux sexes, à cerques trés-courls, à plaque subgénitale du mâle sans styles, à oviscapte de la femelle ensiforme, droit ou recourbé, parfois très-long. Citons le 7*. inermis, Rambur, d'Fspagne, en larve au mois de mai, adulte en juillet et août, le mâle stridulant fortement, et le P. cucuUatus, Charp., d'Espagne, de Portugal, d'Afrique boréale. Un autre genre voisin, Onconotus, Fischer de Waldheim, est de la Russie méridionale. Le corps est moins gros, le vertex également tujjcrculé, les élytres squamifoi'mes dans les deux sexes, visibles seulement sur les côtés, plus étroites chez la femelle, les ailes nulles ; les antennes sont insérées entre les yeux, sétacées, aussi longues ou plus longues que le corps, et le mâle a des slyles.

Et'GA^îiTKR, Aud.-Serv., H. Lucas. — Tète forte, ovalairc, convexe entre les antennes et poilant nn petit tuliercnle spiniforme ; antennes filiformes, n'atteignant pas le milieu de l'abdomen, assez distantes à la base; palpes maxillaires et labiaux à dernier article renflé el arrondi. Proiiotum allongé et partagé par un fort sillon transversal, convexe en avant et épineux sur les côtés, dilaté; relevé en arrière et épineux sur le« côtés ; prosternum en large lamelle avec tubercule spiniforme de chaque côté. Élytres du mâle courtes, bombées, entièrement cachées sous le pronotum prolongé, presque nulles chez la femelle; ailes nulles dans les deux sexes. Pattes robustes, courtes, à cuisses mutiques, à jambes épineuses en dessous, à articles des tarses élargis et cordiformes. Abdomen grand, ovalaire, ronflé, entièrement lisse ; oviscapte très-court, représenté par quatre pointes lancéolées, en dessous d'eux, étroites et aiguës ; en dessus d'eux, larges, comprimées et recourbées au bout.

L'espèce la plus intéressante de ce genre est un grand Locustien, r£. Gwyon?, Aud.-Serv., existant au sud de l'Algérie, à l'est comme à l'ouest, mais rare. Ou le rencontre à Boghar, à el Aghouat, à Lalla- Maghrnia, près de Ténès, et aux frontières du Maroc, etc., dans les lieux arides et sablonneux. Sa démarche est lourde, ses mouvements comme indécis, et les anteqnes sans cesse en agitation. Il échappe facilement, au moyen de petits bonds, à la main qui cherche à le saisir.

M. IL Lucas suppose que les élytres coriaces du mâle, arrondies et en recouvrement l'une sur l'autre, doivent produire une siridulalion forte et aiguë. Chez la femelle, ces organes ne se manifestcjit que par une

lamelle molle, arrondie, située de chaque côté du mesonotum. La plaque sous-génitale du mSle est large et échancrée au milieu postérieurement ; celle de la femelle est très-petite et étroite. Ce grand insecte, d'un noir brunàlre assez brillant (long. ^0 à liS millim., larg. lU à 17; Ç long. 50 à 60, larg. 17 à 22), offre, à l'état vivant et dans les deux sexes, toute la partie postérieure du pronotum, qui se prolonge bien plus chez le mâle que chez la femelle, d'un beau rouge de corail formant une large bande qui s'étend jusque sur les côtés rabattus, singulier et riche ornement sur un fond sombre, et qui lui a fait donner par nos soldats le surnom de Grand-cordon de la Légion d'honneur. En outre, les segments abdominaux; sont ornés, dans les deux sexes, de taches rouges, arrondies, disposées sur deux rangs et transversalement. Dans une variété remarquable du sud-est de l'Algérie, l'abdomen est sans taches, d'un noir brillant et bronzé (1). Une larve femelle, longue de 10 millimè'tres et large de 3, était de même couleur, noire sur la tête, brune sur le thorax et l'abdomen, le tubercule frontal peu accusé et bifide, le prothorax à sillons moins accusés et à tubercules épineux latéraux petits, le cordon d'un jaune rouge et non d'un rouge foncé, les taches abdominales blanches et non rouges, l'oviscapte non encore apparent.

Parmi les autres espèces du genre, nous signalerons VE. Servillei, Reiche et Fairmaire, de l'Abyssinie, et VE. Maureli, Lucas, du Sénégal et du Soudan.

Dans un genre très-voisin, également subaptère, Hetrodes, Aud.-Serv., l'abdomen offre en dessus des rangées longitudinales de tubercules épineux, le bord antérieur du prothorax a une rangée transversale d'épines, et les jambes postérieures ont en dessus deux séries d'épines; toutes ces mêmes parties étant mutiques chez les Eugaster. Le type est YH. pupa, Fabr., ou optera, Linn., du Cap et de diverses autres parties de l'Afrique.

EPniPPiGEnA, Auil.-Serv. — Tète en ovale un peu arrondi, avec deux tubercules sur le vertex ; yeux globuleux, saillants ; antennes assez écartées à la base, mais moins que les yeux, entourées d'un bourrelet, à premier et second article gros, multiarticulées, fines, sétacées, plus longues que le corps. Prosternum (en général) et poitrine mutiques ; pronotum grand, rugueux, formant à peu près le quart ou le tiers de la longueur totale du corps, se relevant brusquement en arrière, et infléchi en avant en forme de selle. Élytres squamiformes, semblables dans les deux sexes, courtes, très-souvent voûtées, en recouvrement ruiic, sur l'autre, avec une forte réticulation rugueuse, ayant dans les deux sexes l'appareil stridulant, avec un champ anal étendu, distinct du reste

(1) H. Lucas, Note sur le genre Eugaster [Ann. Soc. entom, Fr., 1861, t. i, A* série, p. 213, et même recueil, séance du 25 mars 1868).

EPHIPPIGERA. 173

par ses nervures fortes et raniinrissenifnt de sa membrane ; ailes Irès-oblitérées. Pattes en général longues, grêles, surtout les postérieures, munies dr fines épines, les jambes antérieures à tympan recouvert ; les tarses à articles subcomprimés, avec pelotes en dessous. Abdomen gros, lisse, convexe en dessus, les cerques du mâle variant de forme suivant les espèces, sa plaque subgénitale munie de styles ; l'oviscapte de la femelle ensiforme, droit ou un peu courbé, sans dentelures sensibles à l'extrémité, et finissant en pointe.

Les Éphippigères ont d'assez nombreuses espèces de l'Europe méridionale et du nord de l'Afrique. Les pièces buccales sont remarquables par les palpes maxillaires beaucoup plus longs que les labiaux, l'article terminal des deux en cône renversé, tronqué au bout. Ces Locustiens sont absolument privés d'ocelles, et même de taches ocelliformes. Par une exception unique chez les Locustiens, la femelle stridule aussi, mais moins que le mâle, et surtout, paraît-il, quand elle est inquiétée. La forme voûtée du corselet, et sa nature cornée et élastique, renforcent la stridulation. Chez les larves, le pronotum n'est pas encore relevé en arrière, où il paraît subégal à sa région antérieure ; les nymphes ont les élytres non encore voûtées, mais planes, semi-lunaires, très-finement réticulées, rugueuses, les cuisses souvent non encore épineuses.

M. Fischer (de Fribourg) partage les Éphippigères d'Europe en deux sections. Les premières ont les carènes latérales du pronotum arrondies, subobsolètes, descendant vers l'angle antérieur latéral. A ce groupe appartient le type du genre, YEphippigera Vitium, Aud.-Scv\,, l'ancien Locusta ephippiger de Fabricius et Latreille, ayant en longueur 18 à 2/i millimètres dans les deux sexes, avec oviscapte de 18 millimètres. Cet insecte est vert à l'état vivant, flavescent ou roussàtre sur les sujets secs, soufré en dessous, rarement tout entier violàtre ; le tubercule supérieur du vertcx court et sillonne au milieu ; le pronotum réticulé, rugueux en arrière, fortement retroussé, surtout chez les mâles ; la plaque suranale du mâle subquadrangulaire, sillonnée, acutangle au sommet de chaque côté, l'oviscapte de la femelle droit ou subrecourbé à partir du milieu, testacé, à. extrémité brune. L'Lphippigère des Vignes se trouve dans une grande partie de l'Europe, aux mois d'août et de septembre, sur les collines arides, les arbustes, dans les vignes, les bois de pins, etc. Le mâle laisse facilement reconnaître sa présence par sa slridulation aiguë, mais se cache si bien, qu'on le surprend difficilement. L'espèce existe en France, surtout dans tout le Midi, et remonte aux environs de Paris, principalement dans les vignobles en automne, dans le Valais, le pays de Bade, en Bavière, en Autriche, près de Vienne, dans les champs stériles et sablonneux, en Bohême, en Transylvanie, où se rencontre la variété violàtre. Jusqu'à présent l'espèce ne paraît pas avoir été observée en Espagne, en Italie, en Belgique, en Angleterre, en Suède et en Russie. Une seconde espèce, ressemblant beaucoup à la précédente, mais plus grande, est l'Ë. perforata,

\1(i ORTHOPTÈRES.

Rossi, d'Iltilic, parficiilii'rement de Toscane, tiinsi nommé à cause de la perforation auditive du thorax, qui se voit du reste chez toutes les Éphippigères. D'autres espèces ont les carènes latérales du pronotum plus distinctes, subaiguës, descendant aussi vers l'angle antérieur latéral. Dans ce groupe nous trouvons à citer VE. nigosicoUis, Aud.-Serv., de 18 à 20 millimètres, de l'Europe australe, trouvé en France à Perpi gnan (Rambur), en Sardaigne (Gêné), et VE. monticola, Rarabur, se rencontrant en France, dans le Dauphiné, à la Grande-Chartreuse. M. H. Lucas {Exploration de l'Algérie) a fait connaître plusieurs Éphippigères nouvelles de notre colonie algérienne, ainsi l'^. costaticollis, Lucas, commun en mai, juin et juillet, dans les lieux ombragés et herbus : placés dans une même boîte, le mâle et la femelle de cette espèce se dévorent, ce qui peut faire supposer des instincts carnivores chez les Éphippigôres. En outre, signalons de la même provenance l'E. laticollis, Lucas, sur les tiges des grandes herbes, en juillet, près du lac Iloubeira, dans le cercle de la Galle.

On peut placer près du genre Ephippigera le genre Orphania, Fischer de Fribourg, ayant les antennes à peu près de la longueur du corps et entourées d'un bourrelet à la base, les élytres minces, squamiformes et subvoûtées, plus longues chez le mâle et débordant le corselet, quoique celui-ci soit allongé, snbincombantes, ayant un champ anal large et à demi-transparent ; celles de la femelle plus courtes, plus larges, mieux appliquées au corps, peu visibles au delà du corselet, quoique celui-ci soit plus court; les ailes nulles, les pattes fortes, avec toutes les jambes quadricarénées et sillonnées, les antérieures ayant de chaque côté un tympan ouvert. L'abdomen est grand, surtout chez la femelle, avec plaque suranale distincte dans les deux sexes; les cerques du mâle forts et recourbes, ceux de la femelle plus petits ; la plaque subgénitale du mâle étroite, droite et sans styles, et l'oviscapte de la femelle denticulé au sommet. Ce genre, que les auteurs placent, ou dans les Ephippigera, ou dans les Odontura ou Barbitistes, est représenté dans l'Europe méridionale pur une seule espèce, VO. denticaucla, Gliarp., ayant pour longueur du corps jusqu'aux cerques 27 miUimôtres (f, 30 à o5 ^, avec oviscapte de 18 millimètres. Cet insecte rare, dont les mâles sont beaucoup plus nombreux que les femelles, est vert, varié çà et là de jaune, la femelle parfois maculée de roux, avec les cerques du mâle pubescents, convergents et mucronés au sommet. On le trouve en Hongrie, aux environs de Vienne, en Suisse dans les Alpes, en France dans les Pyrénées.

Les genres qui suivent ont en général les antennes insérées au som- .met du front, par suite rapprochées à la base.

(|»l>o:iTrR.%, Riinibiir, ou Bahiutistes, Charp. — Corps Irès-variable. Yeux petits ; antcaacs très-lines, insérées entre les yeu.x, souvent beaucoup plus lon^'ues

ODONTURA. 175

que lo cnrps. Pronolum cyliuilriiiuft ou subcjlin(lrii[ue, tronqué en avant, plus ou moins prolongé en arrière. Élytrcs abrégées, squamiformes dans les deux sexes, subincombantes et subvoùtées chez le mâle, munies d'appareils stridulants, no dépassant pas bcaucouii la base de l'abdomen; celles de la femelle pins courtes, planes, à peine incombantes au bord interne, ou nulles, du moins ne débordant pas le corselet ; rudiments d'ailes exigus dans les deux sexes. Pattes le plus souvent grêles, souvent pubescentes ; les quatre cuisses antérieures carénées, cylindriques, canaliculées en dessous, inutiques, les ([uatre jambes antérieures quadricostées, canaliculées sur chaque face, avec toutes leurs côtes épineuses, les deux ant(îrieures ayant un tympan ouvert. Abdomen subcaréné en dessus ; cerques ou courts ou atténués au sommet, courbés, déçusses ; plaque subgcnitale de forme très-variée, toujours déi)0urvue de styles ; oviscapte subdressé ou subfalqué, rétréci au milieu ou dilaté, toujours denticulé en dessus et en dessous au sommet.

Les Odontures vivent en Eui'opc dans les bois, sur les arbustes, les plantations de Chênes, le Noisetier, la Ronce, etc. Le mâle stridule trèsdoucement. Ce sont des insectes très-élégants et très-vils, qui, lorsqu'ils marchent, élèvent leurs pattes grêles sur le plan de position, comme s'ils gravissaient des rochers. Ils se cachent dans les buissons, ayant le plus souvent leur couleur toute verte comme moyen de défense. L'espèce la plus facile à rencontrer pour nous est VO. pimctatissiina, Bosc, ou atitumnalis, Charp., Hagenbach, de petite taille, de 8 à 12 millimètres chez le mâle, 12 à là chez la femelle, avec oviscapte de 6 millimètres, d'un vert vif à l'état vivant, souvent subferrugineux après la mort; la tète ayant une protubérance pointue entre les antennes ; le corselet taché de ferrugineux en avant et en arrière, et parfois muni de lignes latérales jaunes ; les élytres du mille en recouvrement, avec une nervure noire arquée ; celles de la femelle plus courtes, en écailles, vertes au côté externe, jaunâtres cà l'intérieur ; les quatre jambes antérieures, les tarses et les cerques roux , ceux-ci courbes au sommet ; la plaque subgénitàle du mâle atténuée et relevée au sommet ; l'oviscapte de la femelle foliacé, recourbé, arqué en dessous, avec le sommet très-finement crénelé. Cette espèce est de l'Europe médiane et boréale, surtout sur les Ronces et autres broussailles, et aussi sur les arbres, par exemple les Hêtres, se chauffant en automne sur les feuilles, lorsque le soleil luit après la pluie. On la rencontre dans les Pyrénées, près de Paris et à Fontainebleau, mais assez rare; en Suisse, en Allemagne, en Belgique (Wesmaël), dans les bois du Rrabant, principalement sur les feuilles des Ronces et des Hêtres ; en Angleterre, en Danemark, peut-être en Suède et en Hongrie. Une seconde espèce plus grande, de 16 à 20 millimètres o^, de iZi à 16 $, avec oviscapte de 9 millimètres, est l'O. serricauda, Fabr., vert, taché de noir, avec des lignes jaunes sur la tète et le corselet, les élylrcs à bordure externe jaune, plus longues que le corselet chez le mAle, fer-

rugineuses, plus courtes clicz la femelle, planes, vertes ; l'abdomen parsemé d'atomes noirs, surtout chez le mâle, sa plaque subgénitale ample, convexe, carénée et excisée au sommet ; l'oviscapte de la femelle subrecourbé et denticulé au sommet. Cette espèce, qui est rare partout, est disséminée dans plusieurs régions de l'Kurope médiane et moyenne, en Piémont, en Suisse, en Silésie, en Saxe, en Autriche, en Bavière, en Belgique, dans la Russie méridionale. On la trouve dans les bois feuillus, surtout ceux de Chênes, se tenant sur les buissons bas en août et septembre. Elle ne paraît pas encore signalée en Suède, en Angleterre, en France. Nous engageons les amateurs de notre pays à la rechercher, car elle y existe très-probablement. Une espèce méridionale à citer est VO. spinulicauda, Rambur, d'Andalousie, dans les champs, sur les Chardons et les plantes diverses, en Sardaigne, en Algérie, en mai et juin , près d'Alger et de Constantine, à démarche lente, se plaisant dans les champs, principalement le long des tiges des Chardons et d'autres végétaux. Ajoutons VO. pyrenœa, Rambur, des Pyrénées, de Sardaigne, de Sicile, en avril et mai, et diverses autres espèces, du midi de l'Europe et de la Russie australe.

SAGA, Charp. — Corps très-long, étroit, comprimé. Tète conique ; vertex prolongé en court tubercule trigone ; antennes sétacées, assez épaisses, rapprochées à la base, insérées au sommet du front, entre les yeux. Pronotum scutiformc, suhcjiindrique on dessus, tronqué ; sternum entièrement épineux. Éljtres ou développées, ou bien avortées et squamiformes, subincouibanles chez les mâles et munies d'organes de stridulation, non incombantes chez les femelles, latérales, lancéolées ou même nulles ; ailes développées et dépassant un peu les élytres au repos, ou nulles. Pattes robustes, les postérieures très-longues, toutes les cuisses et jambes ayant en dessous une double série d'épines, les jambes antérieures ayant un tympan recouvert. Abdomen subcylindrique, allongé; cerques du mâle longs, gros; plaque subgénitale du mâle munie de styles ; oviscapte ensiforme, long, denticulé en dessous.

Les Saga (Sorcière) ont un aspect grêle qui rappelle certains Phasmiens ; ce sont les géants des Locustiens d'Europe. Les espèces exotiques ont les élytres et les ailes assez bien développées; les élytres toutefois assez petites et laméolées chez les femelles ; les élytres souvent avortées et en écailles dans les espèces d'Europe, et les ailes nulles ; les élytres manquant parfois aussi chez les femelles. Ces insectes se tiennent sur les Légumineuses, et, d'après Fischer de Waldheim, sont carnassiers et saisissent les insectes, surtout les Orthoptères, avec leurs pattes de devant, à la façon des Mantes. On les trouve en Afrique, en Asie et dans l'Europe méridionale, où ils ne paraissent pas dépasser Vienne au nord. Le type est le S. serrata, Fabr., long chez le mâle de 5/j millimètres et 70 chez la femelle, avec un oviscapte de 30 millimètres. Le corps est d'un vert pâle, jaunâtre à

MECONEMA. 177

l'état sec, rosé en dessous, avec une ligne blanchâtre sur les eûtes de la tête et du corselet, et des lignes pâles longitudinales sur l'abdomen; les élytres du mâle sont courtes, et nulles chez la femelle ; les ailes nulles dans les deux sexes. La femelle a les cerques courts, et sa plaque subgénitaie trigone, sillonnée à la base, l'oviscapte un peu courbé, de la longueur de l'abdomen, denticulé au sommet et sur les côtés. Cette espèce existe au sud de la Russie, en Sibérie, en Hongrie, dans la France méridionale, mais rare (Brullé) ; on la trouve très-rarement en été près de Vienne en Autriche, sur les collmes sèches et gazonnées. Ajoutons le S. vittata, Fisch. de AValdh., de la Russie méridionale, espèce très-voisine de la précédente; le S. synophrijs, Charp., de Turquie, et dont la femelle atteint 80 millimètres ; le 5. eleçjans^ F. Blanch., à élytres allongées et pointues, à ailes assez larges, ayant le bord antérieur participant à la couleur et à l'opacité des élytres, du Cap de Bonne-Espérance, etc.

Les genres de Locustiens qui vont suivre, sauf les derniers, ont leî élytres et les ailes bien développées dans les deux sexes.

niECOXEMA, Aud.-Serv. — Oorps petit, étroit ; vcrte\ à deux tubercules, un supérieur proéminent, un inférieur exigu ; antennes sétacées, multiartieuiécs, deux ou trois fois plus longues que le corps, assez rapprochées à la base, les deux premiers articles les plus gros, les autres petits. Yeux globuleux, saillants. Corselet court, cylindrique, lisse, très- finement rebordé. Prosternum nuitique, mesosternum et metasternum subincisés au milieu. Élytres assez larges et dépassant l'abdomen dans les deux sexes, opaques, réticulées, à disposition simple (les nervures, sans appareil stridulant chez le mâle ; ailes dans les deux sexes de la longueur des élytres, subhyalines, assez amples. Pattes médiocres, très-finement pubcscentes , toutes les cuisses mutiipies, les postérieures assez rcnllécs à la base^ les quatre jambes antérieures mutiques en avant, ayant de chaque côté en arrière de longues épines ténues, les antérieures avec un tympan ouvert, les postérieures munies de très-fin<'s épines; le troisième article des tarses largcMuent cordiformc. Abdomen médiocre, à cerques du mâle trèslongs et recourbés, à oviscapte ensilbrme, non dentelé.

Ce genre ïi'est représenté que par une espèce, le M. variuw, Fabr., qui est un de nos plus jolis Locustiens indigènes. Le corps est long dans les deux sexes de 8 à 12 millimètres, avec l'oviscapte do la femelle de 8 millimètres et plus. L'insecte est d'un vert pâle et jaunâtre, avec une bande dorsale jaune, les antennes à articles pubcscents, avec des taches noires noueuses intercalées, les' pattes avec des poils très-courts, la plaque subgénitale du mâle tronquée, celle de la femelle subtrigoue, et l'oviscapte de celle-ci un peu plus court que le corps, testacé, subcourbé (!t aigu au sommet. Le mâle ne stridule pas. Ces insectes GIRARD. n. — 12

OUlHOPTl-RES.

se placenlsouvonl sur les leuilles d'une manière singulière, les (|iiatre pattes antérieures en avant, les postérieures étendues en arrière. L'espèce se trouve, mais assez rare, aux environs de Paris, en août, septembre et octobre, dans les jardins et sur les lisières des bois, sur les arbres et les arbustes, surtout les Tilleuls et les Chênes, et aussi les Genévriers, d'où l'insecte tombe si on les secoue. Dans la première quinzaine de novembre, on trouve des femelles à demi engourdies posées dans les fentes des troncs d'arbres, près de terre, et à cette époque quelques sujets entrent dans les hangars, lesorangeries, etc., et se chautfent au soleil sur les murailles. M. de Heyden a élevé beaucoup de larves de cette espèce avec les galles du Chêne produites par le Cynips terminalis. C'est en mai que les petites larves sortent des œufs, et elles atteignent 2 millimètres avant de muer. Il n'est nullement improbable que cette espèce soit en partie carnassière, d'après la nourriture précédemment indiquée, car les galles de Chêne contiennent des larves de Cynips. L'insecte se rencontre en Toscane, en Suisse, en Allemagne, en France, en Belgique, en Hollande, sur les Ormes (deGeer), en Angleterre près de Londres, en Danemark, en Suède (Scanie et Gofhie occidentale).

PHAHEBOPTKRA, Aud.-Serv. — Tète étroite, ovalaire, avec un petit tuliercule sillonné sur le vertex ; antennes très-rapprochées à leur base, plus long-ues qu e le corps, sétacées, pubescentes, multiarticulées, de finesse capillaire à parlir du troisième article ; yeux petits, globuleux, saillants. Corselet [avec impression en forme de lyre, souvent étroit, tronqué en avant, avec prolongement arrondi en arrière ; prosternum mutiquc, mesostcrnum et metasternum subconcaves, à bords latéraux relevés. Élytrcs allongées, étroites, linéaires, s'étcndant bien au delà de l'extrémité de l'abdomen, avec organe stridulant du mâle tantôt opaque, tantôt transparent ; ailes amples, hyalines, coriacées et colorées vers le bord antérieur du sommet, le plus souvent beaucoup plus longues que les élytre?. Pattes grêles, longues, subtilement pubescentes; toutes les cuisses le iilus souvent nmtiques, les postérieures dépassant beaucoup l'abdomen, peu épaissies à la base ; jambes canaliculées et quadricarénées, avec très-peu d'épines, les antérieures ayant un tympan soit ouvert, soit fermé ; tarses subcomprimés, subcarénés en dessus, à troisième article largement lobé, à pelotes à peine distinctes. Abdomen subétroit, subcaréné; cerques pubescents dans les deux sexes, plus ou moins recourbés, plus longs dans les mâles ; plaque sui)génitalc du mâle bifurquée au bout, ses deux branches dépassant l'abdomen, de i'orn>c variée chez la femelle ; oviscapte court, très-comprimé; à valves aplaties, foliacées, falciforme, denticulé ou crénelé au sonnnet.

Les Phanéroptères sont d'élégants Locustiens d'une (aille svelte, h. lôte petite, à corps étroit, effilé, les ailes dépassant le plus souvent les ôlylres et parfois assez pour représenter au repos une sorte de queue. Les espèces de ce genre sont en partie des régions tempérées chaudes, en partie des régions tropicales des deux hémisplières. L'espèce type

miANEUOPTERA, PTlilROCIlROZA. 179

est Ip /'. falcata, Scopoli, long dans les deux sexes de l/( à 16 millimC'- Ires, avec une envergure des ôlytres de 18 à 21 millimètres, et l'oviscapte de la femelle de 5 millimèlres. C'est un Orthoptùro d'au joli vert de gramcn, taehé de noir sur le corps et les pattes, avec une trèspetite pointe sur la tête entre les antennes. Les ailes, qui dépassent les élytres du tiers, sont vertes au sommet du bord antérieur. Les jambes de devant ont un tympan ouvert ; la plaque suranale du mâle est ample et subcarrée, ses cerques sinueusement recourbés vers le sommet, un peu acuminés, sa plaque subgénitale dépassant à peine le ventre, bifide au bout et droite ; elle est subtrigone cbez la femelle et l'oviscapte de celle-ci en forme de faux, dressé cà partir de sa base, trèsfinement crénelé. L'espèce de l'Europe méridionale et médiane, se trouve dans les prés, les buissons, les vignes. Son vol est très-vif, et la stridulation du mâle très-douce. On la trouve en Egypte, en Toscane, en Carniole, en Suisse, en Hongrie, dans le midi de la Russie, de l'Allemagne, de la France ; elle existe près de Paris, mais assez rare, ou plutôt par places, caractère des espèces méridionales, dont on trouve un certain nombre dans des régions convenables des environs si variés de notre capitale. Ainsi on la rencontre d'habitude à la fin de l'été h Sénart, à Lardy, à Saint-Michel, dans le bois de Valence (Seine-et- Marne). Audinet-Serville dit l'avoir prise une année en abondance dans un bois sec de petits Chênes et de Bruyères, exposé au midi, près de Vaujours. Les Phanéroptères s'envolaient avec rapidité, mais leur vol était de peu de durée, et elles s'abattaient de préférence sur les arbres ; il n'en vit plus au même lieu les autres années. Citons en outre le P. liUifuHa, Fabr., espèce plus petite et plus grêle que P. falcata, de Sardaigue, du midi de la France (près de Marseille), de Suisse (Tcssin), de Dalmatie, de Naples, de Sicile (près de Syracuse), en juin, d'Algérie, dans les lieux frais, ombragés, herbus, de Russie méridionale, d'Arménie; et le P. macropoda, Burm., dont les ailes sont moindres que les élytres chez les femelles, un peu plus longues chez les mâles, de Sicile, de Dalmatie, de Grèce, d'Egypte.

B'TlCROrnROX.%, Aud.-Serv. — Tôtc étroite, à soniniet duvortex trigone, silloaiié en dessus ; antennes plus longues que le corps, épaisses, pubescentes, multiarticulées, insérées au milieu du front; palpes sécurifonnes. Pronotum court et anguleux do chaque côté, et sternum biépincux à chaque segment. Élytres larges, très-amples, ovalaires, d'aspect de feuille, plus longues que le corpSj terminées en pointe, avec une forte nervure longitudinale occupant presque le milieu ; l'organe stridulant de l'élytre gauche grand, ridé, opaque, celui de l'élytre droite portant un miroir arrondi, assez grand, transparent et rehordé; ailes très-amples, di; la longueur des élytres, ordinairement colorées. Pattes longues à petites épines, les tarses déprimés, à large plante, le pénultième article cordiforme. Abdomen assez épais, à appendices gros et trèscourts ; oviscapte long, droit à sa base, recourbé en dessus en lame tic sabre

vors l'extréniité, à valves étroites, linéaires, imintiics au IkhiI, très-fiiieinciit denticuléos vers l'extrémité.

Les Ptérochrozes sont dos I.ocustiens exotiques des régions chaudes américaines et surtout de la Guyane et du Brésil, ayant le corps d'un jaune verdàtre, les élytres et les ailes richement colorées de violacé, de pourpré, de jaune, etc., le plus souvent avec des croissants et des ocelles qui rappellent ces papillons dits Paons de jour, Paons do nuit. Ces teintes de feuilles sèches et la forme des organes alaires sont probablement pour ces insectes des moyens défensifs de protection, par assimilation de couleur avec les végétaux. Stol^ a figuré un certain nombre de ces beaux Locustienspapilionacés, encore assez mal connus. Audinet-Serville y établit deux divisions. Les Pférochrozes vrais ont les ailes colorées plus longues que larges, les cuisses peu dentées en dessous. Les uns ont les élytres et les ailes entières : ainsi le type du genre, de la Guyane et du Brésil, le P. ocellata, Linn., figuré par Stoll, indiqué dans Fabricius, de kO millimètres de long, à corps brunâtre ainsi que de très-longues antennes; à corselet fauve, les élytres d'un rouge assombri de feuille sèche, d'où le nom de siccifolia que de Geer donne à cette espèce ; les ailes réticulées de petites lignes brunes, ayant l'extrémité rougeàtre ornée d'un œil noirâtre, avec deux petits croissants blancs superposés au bord externe ; les pattes fauves, l'abdomen fauve annelé de brun; un long oviscapte chez la femelle, finement denticulé vers le bout. Les autres oifrent les élytres et les ailes échancrées au bord antérieur, ce qui simule encore mieux les feuilles : ainsi le P. erosa, Stoll, de la Guyane hollandaise, brun, à élytres antérieurement et postérieurement bisinuées, comme déchirées, les ailes blanches; le P. aridifolia, Stoll, brun, varié de pâle, les élytres tachetées, etc. Un autre groupe, les Cycloptères, renferme des espèces à élytres opaques, larges, terminées eu pointe, ovalaires, comme dans la première division des Ptérochrozes, les ailes incolores et transparentes et subcirculaires, les cuisses bien dentelées en dessous. Tel est le P. aurantiifolia, Stoll, en entier d'un vert jaunâtre, sauf les ailes, de la Guyane hollandaise et du Brésil.

Ou peut rappi'ocber des Ptérochrozes, en raison de leur imitation mimique des végétaux, deux autres genres exotiques ayant les antennes longues et distantes à la base, un tympan elliptique de chaque côté à la base des jambes antérieures ; le prosteriumi mutique, la poitrine rétrécie,,les élytres larges et ovales, les ailes bien développées et transparentes. Dans le genre Phylloplwra , Thunb., auquel on doit réunir comme synonyme le geni-e //;//^('com(//(7, Aud.-Serv., le pronotum est très-grand et se prolonge en arrière, recouvrant le reste du thorax et une portion variable de l'abdomen, bordé d'une carène dentelée ; les élytres manquent de miroir chez les mâles, ce qui s'explique par leur position gênée sous le pronotum; les appendices abdominaux sont

CONOCEPHALUS. 181

longs, los pattes peu épineuses. Le 7'. speciosa, Thuiib., est un grand Locustieu d'un vert tendre, passant souvent au jaune après la mort; le pronotum s'allonge jusqu'au delà du milieu de l'abdomen, en forme de cône pointu, s'élargissant au centre, ce qui simule la base du cône, puis se rétrécissant en avant et se rabattant sur les côtés du corps ; la lâte et le corselet sont rugueux, les élytres verdâtres et sans tache, les ailes dépassant un peu les élytres au repos, diaphanes, un peu vertes en avant; l'abdomen et les pattes verdâtres, sans taches ; de la Nouvelle- Guinée et de l'Australie. Une espèce plus petite est le P. virescens, Boisduval, verdàtre, à pronotum très-grand, recouvrant en entier l'abdomen, aigu postérieurement, avec une ligne longitudinale lui doimant l'apparence de deux élytres soudées à la suture ; ses côtés, après la carène dentée, rabattus et embrassant ceux de l'abdomen, comme les élytres des Pimélies (Coléopt., Ténébrion);]les élytres et les ailes sont membraneuses, d'égale longueur, cachées au repos sous le pronotum ; du havre Carteret, Nouvelle-Irlande (Mélanésie), sur le canal de Saint-George, en face de l'île de la Nouvelle-Bretagne.

Le genre P/iiy//opi?ra, Aud.-Serv., a le pronotum arrondi en arrière et normal, dégageant les organes alaires ; aussi les élytres du mâle ont un organe stridulant subopaque. Les espèces sont surtout de l'Amérique chaude et aussi de l'Indo-Chine et des îles Sondaïques. Citons : le P. laurifoUa, Linn. , de la Martinique ; P. ocalifolia, Stoll, de la Guyane et ilu Brésil ; /'. myrtifolia, Fabr., de Java ; /'. prasina, Stoll, vert en entier ; P. citrifolia.L'uin., vert et unicolore, de grande taille, de Surinam et du Brésil, etc. Ajoutons enfin deux genres mimiques, les Pseudophyllus, Aud.-Serv., genre des Indes orientales et des îles de la Sonde, ainsi le P. neriifolius, Stoll, de Java ; et Plattiplnjlluni, Aud.-Serv., genre américahi, du Mexique et de l'Amérique méridionale, tel le P. viridifoUum, Aud.-Serv., du Brésil, etc. Tous ces Locustiens à formes de feuilles ont besoin d'une révision.

ro]liO€EPlI.%LlfJi, Thunb. — Corps subétroit, allongé. Tête grande, un peu pyramidale, avec front s'avançant entre les antennes en un cône épais, relevé, obtus au bout; antennes sétacées, niultiarticulées, capillaires, plus longues que le corps, les deux premiers articles cylindriques, et le premier dépassant les autres en longueur ; yeux arrondis, assez saillants. Corselet court, un peu aplati sur son disque, à cart;nes latérales peu prononcées. Élytres et ailes parfaitement développées ; les élytres submembraneuses, étroites, allongées, avec l(ï champ anal tle l'élytre gauche du mâle opaque et un miroir hyalin sur l'élytre droite; les ailes un peu plus courtes que les élytres, étroites, hyalines. Les ijuatre pattes antérieures peu allongées, à cuisses et jambes un peu épineuses ; les jambes de devant non épineuses en avant et à tympan couvert; les hanches de devant avec une épine aiguë ; les pattes postérieures grandes, à cuisses denticulées en dessous ; les tarses à articles subcomprimés, avec pelotes en dessous. Abdomen médiocrement allongé, les cerques du mâle épais et sa

plaque subgénilalc miinio do stylus ; l'oviscapto ensifonnc, droit, étroit, souvent plus long- que rai)donicn, ù valves terminées en pointe.

Le type de ce genre est le C. mandibulnris, Charp., ou tuherculatus, Rossi, beaucoup plus grêle que le Locusta viridissima, et de taille moitié moindre, ayant dans les deux sexes 22 à 26 millimùtres, 35 à kO millimètres d'envergure des élytres, 18 millimètres et plus à l'oviscapte (pi. Lxni, fig. 7). L'insecte est d'un vert \if, avec les mandibules orangées, le labre, les bouts des palpes et le sommet des tarses rosés. Les cuisses postérieures sont un peu denticulées en dessous, les autres presque mutiques; les élytres, linéaires, subparallèles, vertes et peu opaques, atleiguentà peu près l'extrémité de l'oviscapte, et les ailes, transparentes, ont la même longueur. L'oviscapte a les valves étroites, parallèles, trèspointues au bout.

Cette espèce est surtout de l'Europe méridionale, du Portugal, du S. Ë. de la France, ainsi près de Grenoble, commune en Toscane dans les prairies sylvaliques, arides etinsolées, et dans les jardins de l'Istrie, de la Hongrie, de la Suisse (Tessin), de la Russie méridionale, en Algérie en juillet, dans les marais d'Ain-Drean, près du cercle de la Galle, dans les lieux humides, ombragés, herbus. Elle existe près de Paris, mais très-rare, car M. L. Brisout de Barneville en a trouvé une nymphe, et doit être recherchée dans bien des points de la France.

XIPniDIl'M, Aud.-Serv. — Corps petit, étroit, très-lisse. Tête subtrigone, engagée dans le prnthorax, avec un tubercule distinct entre les antennes; antennes sétacées, multiarlicnlées, plus longues que le corps ; yeux assez gros, globuleux, saillants. Prothorax court, à disque plan, légèrement caréné latéralomcnt. Elytres étroites, submembraneuses, assez transparentes, atténuées vers le sommet, tantôt pins longues, tantôt plus courtes que l'abdomen, avec organe stridulant transparent au centre ; ailes plus longues ou plus courtes que l(>s élytres, subétroites, parfois réduites. Les quatre pattes antérieures assez comtes, les deux hanches de devant armées d'une courte épine, les quatre cuisses antérieures cylindriques, assez épaisses, canaliculées en dessous, nuitiques ; les jaud)es cylindriques, mutiques en avant, ayant en arrière de fortes épines, le tympan des jambes de devant recouvert ; les pattes postérieures allongées, avec les cuisses assez dilatées à la base, puis grêles, ayant un lobe à dents aiguës au sommet, les Jambes grêles, quadricostées, épineuses ; les tarses subcomprimés, avec pelotes gonflées eu dessous, le troisième article largement cordiforme. Abdomen parfois subcaréné en dessus; les cerques du mâle droits, parfois dentés intérieurement; la plaque subgénitale du mâle munie de styles ; l'oviscapte de la femelle ensiforme, droit ou recourbé, parfois finement denticulé.

Le genre Xiphidium ne comprend que peu d'espèces ; elles vivent dans les prés luimides, et se trouvent en Europe, en Asie, en Afrique

xiPHiDirjM. fSa

ùX en Amérique. La principale espèce est le X fuscum, Fabr. , long, che'î le mâle, de 10 à 12 millimètres, de 1/j à 16 chez la femelle, avec oviscapte de 12 millimètres et plus. La tûte, le corps, les pattes, sont d'un vert d'herbe luisant; les antennes brunes, ainsi qu'une bande dorsale bordée de blanc; les élytres d'un testacé grisâtre, dépassant beaucoup l'abdomen; les ailes incolores, transparentes, dépassant les élytres dans le repos ; les cuisses postérieures assez longues, épineuses en dessous. Les cerques présentent à leur bord interne, un peu au delà du milieu, une épine longue, mince, un peu crochue (pi. Lxn, fig. 7), entièrement glabre (1) ; cette épine commence à se montrer dans les deux mues qui précèdent l'état" parfait, mais elle est alors beaucoup plus courte, et située presque à l'extrémité. La nymphe porte au-dessous des cerques une lame translucide, à bords arrondis, qui ne se retrouve pas chez l'adulte ; l'oviscapte est testacé, droit, finement denticulé près du bout chez les individus de Suisse, plus court, n'ayant que 9 millimètres, et presque mutique chez ceux de Provence. Le X. fuscum est de l'Europe médiane et boréale, dans les prés humides, sur les Roseaux, sur les feuilles des Saules, le long des rives des fleuves, dans les fossés pleins d'eau où croissent les Polygonum, les Alisma, les Joncs. Il vole rarement, stridule très-doucement et ne saute pas loin. Le mâle stridulant monte ou descend le long des Roseaux, en agitant continuellement ses longues antennes d'un mouvement oscillatoire lent et régulier, l'une s'élevant quand l'autre s'abaisse. On trouve les petites larves au mois de juin, les nymphes en juillet et août, les adultes en août et septembre. L'espèce vit en Russie, en Italie, dans le sud de la Suède, peut-être en Angleterre, sur les rives du Danube, du Rhin, du Mein, etc. On la trouve au\ environs de Paris, à la fin de l'été, dans les prairies humides. Une seconde espèce, plus petite que la précédente, et le plus petit Locustien d'Europe, est le X. dorsale, Latr., ayant une longueur de 10 millimètres chez le mâle, là chez la femelle, avec l'oviscapte de S millimètres. Il est vert, avec une bande dorsale fauve, les élytres et les aih's plus courtes dans les deux sexes que l'abdomen, les cuisses postérieures peu allongées, mutiques en dessous, les cerques du mâle ayant en dedans une dent médiane, l'oviscapte de la femelle testacé, subrecourbé, un peu plus court que l'abdomen, très-finement denticulé en dessus et en dessous. Cette espèce est dispersée dans divers pays de l'Europe, dans les prés humides et marécageux. Latreille dit l'avoir trouvée près de Paris, sur les rives de l'étang de Saint-Gratien, voisin de Montmorency, mais peut-être Latreille l'a-t-il confondue avec le X. fuscum, car Audinet-Serville ne mcntionne'pas cette seconde espèce. M. L. Brisoul de BarnevilleacapturéleX dorsale dans les vallées de la .luine et de l'Essonne, du département de l'Eure, et dans celui de Maine-et-Loire. Elle existe très-locale en Belgique, dans les dunes,

{]) Yorsin, Bull. Soc. mud. des se. nalur., .séancn du 18 avril 1855.

dans la plaine de Munptaisir, près de Bruxelles (Wesmaël), et. dans plusieurs autres entlroits tout à fait aquatiques, ne paraissant pas quitter les Joncs qui croissent au milieu de l'eau, en août et septembre. Au commencement d'août, les nymphes sont communes, mais peu d'exemplaires sont encore adultes. F/espèce a encore été siiinalée près de Lunebourg, à Salzhausen, près de Giessen, dans un terrain salé, en Si- -lésie, près de Berlin, en Danemark, commune au bord de la mer sur les Roseaux et les Carex les plus élevés, en Suède près de Holm, en Angleterre, assez fréquente près de New-Forest et de Londres (Stephens), en Russie?. Dans la faune de la Russie méridionale, Fischer de Waldheim cite le X. thoracicum, F. W., peut-être le même que A', concolur, Burm., d'Egypte. Enfin, il y a quelques espèces exotiques.

I^OCl'WTA, Fab. — Corps grand. Tète perpendiculaire, à vertex subconiprimé entre les antennes en un tubercule court et obtus ; antennes sélacées, capillaires, plus longues que le corps; yeux globuleux, saillants; palpes maxillaires beaucoup plus longs que les labiaux. Pronotuni cylindrique, prolongé postérieurement, avec des carènes latérales ; prosternum muni de deux longues épines, droites et rapprochées, metasternum profondément excisé. Élytres et

■ ailes bien développées et dépassant l'abdomen ; les élytres allongées, membrano-coriaces, subopaques, arrondies au bout, avec tambour hyalin sur le champ anal de l'élytre droite ; les ailes assez amples, pellucides, un peu plus courtes que les élytres. Jambes épineuses, cuisses postérieures peu renflées à la base et ayant en dessous deux carènes épineuses. Abdomen cylindrique, caréné en dessus, à appendices poilus, sauf l'oviscapte ; plaque suranale des mâles ample, bordée et excisée, prolongée en pointe de chaque côté ; réduite chez les femelles et avec un appendice médian subcochléariforme ; cerques robustes, longs, avec une dent interne chez le mâle, simples, mutiques, subulés chez la femelle ; plaque subgénitale côtelée dans les deux s(!xes, excisée au sonnnet, munie de styles chez les mâles ; oviscapte long, droit, ensiforme, à valves terminées en pointe.

Les espèces de ce genre se trouvent en Europe et dans l'Afrique boréale, en Australie, aux Indes, aux îles Sondaiques, dans l'Amérique méridionale. Elles vivent sur les arbres et dans les champs, et ont une stridulation très-aiguë et continue. Le type est cet insecte commun, nommé à tort (Jigale par les paysans des environs de l*aris et figuré sous ce nom dans les anciennes éditions illustrées des Fables de La Fontaine faites du vivant de l'auteur. C'est le L. viridiasima, Linn., la Sauterelle à coutelas de Geoffroy, d'un vert un peu paie, long dans les deux sexes dt! 27 à 32 millimètres, avec envergure des élytres de plus de 50 millimètres, et l'oviscapte de près de 27. Le corps est lisse et glabre ; les antennes très-longues, vertes à la base, jaunâtres ensuite; le dessus de la tôte et du pronotum ferrugineux ; les élytres, dans les deux sexes, d'une longueur presque double de celle de l'abdomen, sont

LOCCSTA. 185

vertes peu 'opaquos, longuos, étruilc^s, parallèles, le bord suliiral souvent liséré de ferrugineux ; les ailes sont verdàtres, hyalines, sensiblement de la longueur des élytrcs, aussi larges que l'abdomen au repos et atteignant l'extrémité de l'oviscapte chez les femelles. Les pattes sont vertes, avec de courtes épiiu's aux cuisses terminées par du noir, les cuisses postérieures dépassant beaucoup l'abdomen. Celui-ci est vert, caréné en dessus, bordé latéralement de jaunâtre, les styles longs, fortement dépassés par les cerques ; l'oviscapte de la femelle plus long que l'abdomen, droit, plus large à la base. 11 y a, mais rarement, des sujets entièrement jaunes , et même d'un jaune brunâtre, d'autres jaunâtres seulement aux antennes et aux pattes. La Grande Sauterelle verte est commune et habite toute l'Europe, sauf la Laponie. On la trouve aussi en Sardaigne et dans l'Afrique boréale, avec des sujets plus grands que ceux de l'Europe moyenne et septentrionale. Elle est très-commune dans toute la France et la Belgique dans les champs et les prairies. Le mâle |émet une stridulation très-aiguë avec de trèscourts intervalles, après le coucher du soleil et dans la nuit. L'insecte vit sur les arbres, les arbustes, dans les prés, dans les vignes, les champs couverts de pommes de terre, sur les dunes, etc., plutôt des plaines que des montagnes, et se trouve adulte, au nord de la Loire, du milieu d'août à la fin de septembre, la larve se rencontrant dès le mois de juin. Bien que M. Bremi dise avoir quelquefois vu cette espèce dévaster le Pin laricio, cependant, au témoignage de M. Ratzeburg, elle n'est pas nuisible aux forêts, et M. de Sélys-Longchamps la regarde comme ne portant aucun dommage aux récoltes. Je suis porté à croire qu'elle est aussi carnassière que phytophage. Ainsi M. Westwood rapporte avoir vu un L. viridissima, renfermé dans une boîte, qui mangea une de ses pattes cassée par accident. M. de Milly cite cet insecte comme un des ennemis qui s'opposaient en 1873, dans les Landes, à l'éducation des chenilles du Ver à soie de l'Allante, et a observé qu'il les mangeait ; il aurait ainsi le double régime de la Courtilière et du Grillon champêtre. Nous représentons l'appareil stridulant de la Grande Sauterelle verte, situé à la base des élytres (pi. lxiu, fig. 11, partie basilaire de l'élytre droite du mâle vue du bord supérieur; 11 a, partie basilaire de l'élytre gauche du mâle, vue du bord inférieur).

Une espèce très-voisine, paraissant préférer les lieux élevés, à stridulation plus aiguë, vivant sur les arbres et les arbustes, est le L.crtHto/(S, F-uessly. La taille, de 26 à '28 millimètres, est un peu plus petite que celle de la Grande Sauterelle verte, à laquelle elle ressemble beaucoup, les élytres subovales, larges, avec le champ anal du mâle très-large, les styles égalant en longueur les cerques, l'oviscapte de la femelle subdroit, presque de la longueur du corps. On trouve l'insecte par places, dans l'Europe médian(î et boréale ; dans les Pyrénées, à Gavarnie (llambur) ; en Suisse, dans le canton de Vaud (Yersiii) ; dans la forêt Noire, en Saxe, dans le Holstein, en Bohême ; en Autriche, près

de Vienne, mais beaucoup plus rare que L. viridissima; dans la Silésie supérieure, au sein des champs de pommes de terre, dans les forêts feuillues, sur les arbres coupés, souvent pendu aux Bouleaux; dans la llussie méridionale, en Sibérie, etc. Citons encore L. caudata, Charp., de l'Europe orientale, arrivant en Bohême jusqu'à Prague, mais rare; dans la Bavière méridionale, la Silésie supérieure, la Pologne, la Hongrie.

Un genre voisin des Locusta et des Decticus est celui des rtnolepis, Rambur, constitué avec des Locustiens des montagnes de l'Europe méridionale, ayant le pronotum à peine caréné postérieurement, le prosternimi muni de très-courtes épines, le mesosternum non lobé et cependant plus profondément excisé que le metasternum ; les élytres abrégées, squamiformes ; les ailes nulles; les jambes antérieures ayant en avant trois épines, les cuisses postérieures fortement épaissies, avec une carène intérieure épineuse. Le type est le P. ■pedpstris, Fabr., dont la couleur est d'un brun grisâtre, avec les élytres brunes, plus petites chez les femelles, réticulées de blanc postérieurement, subincombentes dans les deux sexes, les quatre pattes antérieures annelées de noir, long de 16 à 18 millimètres, avec un oviscapte chez la femelle d'environ 15 millimètres. Cet insecte ressemble beaucoup, au premier abord, d'aspect et de taille, au Dectique aptère ou Thuinnotrizon cinereus, mais s'en distingue par un Iront blanc] ponctué de noir, un vertex plus prolongé, un pronotum plus étroit, un prosternum épineux, et les cerques singuliei's du mâle qui sont déplanis et à trois pointes, et l'oviscapte droit de la femelle, presque de la longueur du corps. On le trouve dans le Piémont, le long des Alpes ; près de Vienne, dans les prairies et les buissons, assez commun dans les bois et les champs, surtout le mâle, à la fin de l'été et en automne; enfin dans la Suisse méridionale. On l'a capturé à Domo d'Ossola, non loin de Genève, et, d'après cela, nous engageons à le rechercher en France. Dans un autre genre peu éloigné, Gainpsocleis , Fieber, à lobes recourbés du mesosternum, nous citerons le G. glabra, Herbst , ressemblant au premier aspect au Decticus verrucivorus, h cause de la peinture des élytres, mais beaucoup plus petit, à peine plus grand que le Decticus griseus. C'est une espèce rare, habitant l'Europe orientale, dans les buissons, ainsi près de Berlin, de Spandau, de Charlottenbourg, dans la Silésie supérieure ; près de Francfort-sur-l'Odcr, à Lunebourg, en Bohème, dans la Russie méridionale.

Les genres de Locustiens qui vont suivre ont le proslernum mutique, le faîte du verlex ample, contigu transversalement au tubercule du front; les cuisses postérieures très-épaissies à la base ; les jambes postérieures munies d épines mobiles, longues, courbées, ce qui indique des insectes fortement siuteurs.

DECTICUS. 487

DE€Tl€U§t, Aud..-Serv. — Corps gr.ind, médiocre ou petit, lisse. Tèlo grosse, nuitiquc, à front renflé entre les antennes; antennes capillaires, sétacées, niultiartieulées, au moins de la longueur du corps, à premier article gros et court, le second peu visible ; yeux grands, subaplatis ; mandibules très-fortes, Élytres, ou parfaitement développées, plus longues que l'abdomen, avec organe stridulant siu- chacune cliez le mâle, le miroir de l'élylre droite transparent, ou élytres abrégées, mais non squauiifurmes, conservant la même disposition des nervures; ailes, ou parfaitement développées, assez amples, hyalines, suliégales en longueur aux élytres, ou plus ou moins abrégées, abortives, inutiles au vol. Les quatre pattes antérieures assez courtes, à cuisses nmtiqueSj bicarénées en dessous ; les jambes antérieures à tympan recouvert, avec trois ou quatre épines externes en avant, les intermédiaires avec des épines internes et extermes en avant, les cuisses postérieures très-allongées, renflées à la base, puis subitement atténuées vers le milieu ; les jambes postérieures quadricostées, épineuses, ayant au sommet six forts calcars divergents et crochus ; tous les tarses subcomprimés, le premier article des postérieurs ayant en dessous deux appendices libres divergents. Abdomen lisse, glabre, le plus souvent avec des appendices poilus ; cerques du mâle souvent dentés en dedans, ayant toujours, ainsi que les plaques supra-anale et subgénitale, une forme diagnostique et spéciale dans chaque espèce ; la plaque subgénitale du mâle munie de styles ; oviscapte de la femelle lisse, tantôt eiisiforme et subdroit, tantôt court et subfalqué.

Les Dectiques vivent dans les champs gazonnés et arides, dans les déserts, avec une stridulation assez variée et un saut très-agile. Les espèces à long oviscapte droit pondent dans des creux en terre ; celles à oviscapte mince et falqué glissent probablement leurs œufs sous des plantes, sous divers corps. Les espèces du genre habitent les régions tempérées d'Europe, d'Asie, d'Afrique et d'Amérique.

Un premier sous-genre, Platycleis, Fieber, a l'ocelle médian du front peu apparent, le pronotum rétréci en dessus, avec des carènes latérales subdistinctes, l'intermédiaire bien distincte en arrière, terminée vers le milieu par une impression lyriforme. Les élytres et les ailes sont ou bien complètement développées dans tous les sujets des deux sexes de la même espèce, ou bien, plus souvent, les élytres, dans la plupart des individus dune espèce, et surtout les femelles, sont raccourcies, mais non squamiformes, et les ailes sont aussi avortées, avec quelques rares sujets où les élytres et les ailes ont le développement normal. Les deux jambes antérieures ont en avant trois épines, les cuisses postérieures sont mutiques en dessous et l'oviscapte lisse au sommet. Les larves de ce sous-genre se distinguent de celles du suivant en ce que la carène du pronotum est tronquée au milieu. Citons d'abord des espèces dont tous les sujets ont les organes du vol bien développés. Le D. ou P. griseus, Fabr., a le corps (longueur dans les deux sexes environ 18 millimètres, et oviscapte de 8 millimètres) d'un brun grisâtre ou testacé, rarement

verdâtre, plus pâle sur la lète et le milieu du pronotum; le élylres plus longues que l'abdomen dans les deux sexes, avec une bande médiane de maeules interrompues par du blanc; la base des ailes et le ventres subverdàtres; les cuisses postérieures avec des bandelettes noires; la plaque supra-anale du màh; subconcave, excisée, poilue, avec des cerques uiiidentés au milieu, la plaque subgénitale du mâle munie de styles égalant les cerques ; l'oviscapte de la femelle un peu plus court que l'abdomen, excisé au sommet, subfalqué, de couleur marron, pâle à la base. Chez les nymphes, les fourreaux roussàtres des ailes offrent deux grandes macules, l'une à la base, l'autre vers le sommet: cette peinture, déjà observée par de Charpentier, paraît propre aux nymphes de diverses espèces de Dectiques, et se voit aussi chez le Dectique verrucivore. Le Dectique gris est une espèce commune dans presque toute l'Europe, existant en Italie, en Andalousie sur les montagnes élevées; dans toute la France, avec des sujets de plus grande taille dans le Midi, ainsi près de Montpellier (Rambur) et de Chàteau- Gombert {Solier) ; ainsi qu'en Sicile et dans la Russie méridionale. L'espèce se trouve dans toute l'Allemagne, commune en Belgique au mois d'août sur les dunes, près de Blanckenberghe, au milieu des buissons d'Hippophaés, et sur les montagnes près de Dinaut; eu Angleterre, en Russie, v,n Suède (sauf la Laponie). Une plus petite espèce, le D. ou P. tessellatus, Charp. (pi. i.xii, fîg. 8, plaque subgénitale du mâle avec styles; 8 a, extrémité de l'abdomen de la femelle, avec cerques et oviscapte de profil), long dans les deux sexes d'environ 12 millimètres, avec l'oviscapte de la femelle de à millimètres et plus, et d'un gris testacé.' marqueté de brun, avec une ligne brune en dessus des yeux, le pronotum concave en dessus des yeux, les élytres étroites, plus longues ({ue l'abdomen, avec une série de losanges noirs séparés par des nervures blanches, les ailes presque égales aux élytres, subdiaphanes, la plaque suranale du mâle très-excisée et poilue, avec les cerques dentés en dedans, la plaque subgénitale du mâle tricostée, non avancée, l'oviscapte de la femelle très-court, falqué, de couleur marron. L'espèce est méridionale, de Portugal, d'Italie, à la lin de juillet et au commencement d'août, de Sicile près de Messine, dans les gazons arides et les Chardons des collines du midi de la France, remontant jusqu'aux environs de Paris (Aud.-Serv., L. Bris, de Barn.)

Le sous-genre Platycleis a d'autres espèces dont les élytres sont le plus souvent raccourcies dans les deux sexes et les ailes avortées, les unes et les autres étant parfaitement développées dans un petit nombre de sujets seulement. Nous citerons le D. ou P. hicoloi\ Philippi, espèce plus petite que le D. griseus, surtout plus étroite en avant, de l/i à 16 millimètres, et l'oviscapte de 6 millimètres, vert, avec le dessus de la tète', du pronotum, des élytres et de l'abdomen d'un brun testacé ; les élytres du mâle sont presque de la longueur de l'abdomen, acuminées ou tronquées, celles de la femelle à peu

DECTICUS. 189

prè'S moitié plus rourlos. Ou trouve très-raromeut des iudividus des doux sexes ayant les élytres et les ailes bien développées et beaucoup plus longues que l'abdomen, (l'est uu<' espèce de l'Europe moyenne assez commune par places : ainsi en Belgique, dans les prairies montagneuses, à la fin de juillet, en août et septembre; dans le midi de la France, près de Bagnères, dans les lieux insolés (Rambur) près de Fribourg eu Brisgau, dans les endroits incultes et gazoïmés, les femelles presque du double plus épa^isses que les mâles : près de Vienne, de Berlin, en Bavière orientale, dans les coupes de bois ; dans les prairies de montagnes de la Sibérie; en Russie méridionale, près d'Orenbourg. Le mâle stridule très-doucement et presque toute la journée, d'une manière continue, mais pas aussi rapidement que le D. brevipennis, et l'on peut suivre plus aisément à l'œil les mouvements de friction des élytres. Le dos plus étroit et la forme des appendices anaux distinguent cette espèce de la variété du D. brevipennis munie de lobes verts au corselet. Cette seconde espèce, D. ou P. brevipennis, Cliarp., très-analogue par la taille à l'espèce précédente, et surtout quand les côtés du corselet sont verts, se reconnaît à son dos plus large, à la plaque suranale du mâle excisée arrondie au milieu, avec des cerques dentés en dedans, près du milieu, la plaque subgénitale courte dans les deux sexes, profondément bilobée cbez la femelle, l'oviscapte de celle-ci presque moitié plus court que l'abdomen, subfalqué. Le corps est lisse, d'un brun luisant, un peu jaunâtre ou verdàtre ; les élytres d'un brunâtre corné dans les deux sexes, celles du mâle un peu plus courtes que l'abdomen et tronquées, arrondies au sommet, celles de la femelle moitié plus courtes, ayant dans les deux sexes, vers la base, sur la nervure costale, une ligne jaunâtre, les ailes avortées dans les deux sexes. De très-rares sujets des deux sexes ont les élytres et les ailes bien complètes, plus longues que l'abdomen, et ayant alors les nervures radiées des ailes noires (fausse espèce D. dilutus, Charp.), et l'on trouve des individus de passage. Europe médiane et boréale: Suisse, sur le Sainl-Gotbard, à la fin de juillet; environs de Berne et de Bàle ; France, près de Paris (liambur); en Allemagne, Fribourg en Brisgau, Ratisbonne, Prague, Berlin, Silcsie supérieure; Russie, près d'Orenbourg; Suède, Danemark, Angleterre. On n'a pas observé cette espèce près de Vienne, ni en Belgique. Elle se trouve à la fin de juillet et en août dans les gazons, les prairies de plaines, de bois et de montagnes, dans les champs, surtout de blé et d'avoine. Les mâles stridulent trèsfortement et continuellement, et leurchœur se distingue à distance pour une oreille attentive; les élytres frottent l'une contre l'autre tellement vite, qu'elles paraissent dans un véritable tremblement, et qu'on peut à peine suivre à l'œil leurs mouvements séparés, comme il était loisible de le faire sur le D. bicolor. Une troisième espèce du même groupe, surtout des montagnes, est le D. ou /'. brachypteruft, Linn., d'un brun de poix, ou grisâtre ; à tète grise ou verte, avec une bande noire de

190' OUTIIOPTi-RES.

chaque côté au-rtessus des yeux; le dos ducorselct siibéti'oil, grisou vert ; à flancs fauves, plus pâles au bord postérieur, la poitrine, les hanches et le ventre jaunâtres; les élytres dans les deux sexes un peu plus longues que la moitié de l'abdomen, vertes aux bords antérieur et postérieur, parfois toutes grises, à nervures médianes noires, avec des taches noires ; les ailes avortées, étroites, plus courtes de moitié que les élytres. Très-rarement les élytres et les ailes sont parfaitement développées et plus longues que l'abdomen. Les pattes sont ferrugineuses, avec stries noires ; les cuisses postérieures ferrugineuses ou vertes, avec une bande longitudinale noire aux faces interne et externe, pouvant disparaître. L'abdomen est d'un brun de poix verdàtre en dessus, la plaque suranalo du mâle à angles aigus, dressés et les cerques dentés vers le milieu, la plaque subgénitale du mâle allongée, peu excisée dans les deux sexes ; l'oviscapte de la femelle subégal en longueur à l'abdomen, subfalqué, d'un brun châtain, testacé à la base. L espèce, de l'Europe médiane et boréale, va de la Suisse à la Laponie, surtout sur les hauteurs; adulte de juillet à octobre. On la capture en Suisse, près d'L'nterwald; en France, par places ; en Belgique, sur les Bruyères de Charleroi ; à Spa, dans les clairières des bois, au milieu de la Bruyère et des Vaccinium Vitis idœa, peu agile et ne grimpant pas sur les buissons; assez commune en Angleterre (Stephens) ; rare près de Fribourg en Brisgau, sur les montagnes de 1000 mètres d'altitude et plus ; dans les gazons, les Bruyères, les Vaccinium, près de Ratisboune et d'Erlangcn, en Bavière; dans les prairies élevées de la Silésie supérieure, dans le Hanovre, près de Lunebourg, en Saxe, dans la forêt Noire (duché de Bade) ; dans la Russie méridionale, près d'Orenbourg etKharkoff, et aussi au nord dans le gouvernement de Saint-Pétersbourg; en Danemark, en Suède, dans la Laponie forestière, çà et là en août, jusqu'à Karesuaudo, et surtout la variélé obscure (Zetterstedt) ; ne paraît pas avoir été observée aux environs de Vienne ni de Berlin.

Le second sous-genre des Dectiques, les Dcc^/cms propres, offre le corps grand, l'ocelle médian du front bien ajjparent, le faîte du vertex trèsobtus, les carènes latérales du pronotum bien distinctes, sa carène médiane entière, ayant au milieu une impression eu figure de lyre. Les élytres et les ailes sont toujours parfaitement développées, égales en longueur à l'abdomen, ou plus longues, rarement plus courtes ; les deux Jambes antérieures munies de quatre épines, les cuisses postérieures ayant en dessous quelques très -courtes épines; l'oviscapte de la femelle assez droit, non lisse au sommet, mais rugueux plutôt que réellement denticulé. Le type de ces vrais Dectiques est le D. verrucivorus, Linn., ]a. Saulerelle à sabre de Geoffroy, long de 28 millimètres à 30 millimètres, avec oviscapte de 18 à 22. Les antennes, de la longueur du corps, sont brunes, souvent plus pâles à la base. Les élytres, dans les deux sexes, sont subégales à l'abdomen ou plus longues du double. M. de Sélys'Longchamps rapporte notamment avoir pris dans les dunes

DECTICUS. 191

d'Ostcndc de ces sujets ;i grands organes du vol. Les clytres soni unicolores ou maculées de brun, avec une bande pâle souvent obsolète en dedans du bord antérieur; le champ anal du mâle est entièrement hyalin à l'élytre droite, opaque dans l'élytre gauche, avec l'aire spéculaire angulée, non pellucide, rugueuse ; le même clianip dans la femelle rugueux au\ deux élytres. Les ailes sont un peu plus courtes que les élytres, subhyalines, verdàtrcs à la base, rarement munies de nervures radiées vertes. En France et en Belgique du moins, nous trouvons deux variétés principales de couleur: chez l'une, la couleur verte domine, et une sous-variété de cette nuance aies élytres non tachetées ; chez l'autre variété, le vert est remplacé par du gris brun, passant à une nuance rosée chez une sous-variété. Les deux variétés principales ont des individus de passage de l'une à l'autre. Les cuisses postérieures, marquées d'une bande brune, et un peu épineuses sous le milieu, dépassent beaucoup le corps et sont très-épaisses à la base; la plaque subgénitale du mâle est largement excavée au milieu, profondément excisée et angulée de chaque côté; les cerques du mâle avec une forte dent interne; l'oviscapte de la femelle égal en longueur à l'abdomen ou plus long, lisse, subdressé et aigu vers le sommet, avec une rugosité à peine visible.

Ce grand Locustien a des mandibules d'une telle force, qu'elles entament la peau jusqu'au sang. Les paysans suédois saisissent exprès cet insecte et lui l'ont mordre les verrues qu'ils ont souvent sur les mains, pensant que la liqueur acre et brune que ce Dectique répand en même temps dans la plaie fait sécher et disparaître les verrues. Aussi dans l'épithète spécifique Linneeus n'a fait que traduire le nom suédois vulgaire, ronge-verrues. Cet insecte vole rarement et avec lourdeur, se posant presque aussitôt. Si on le jette en l'air, tantôt il retombe sans étaler ses ailes, tantôt les déploie eu parachute. La femelle pond ses œufs en terre, en y enfonçant son oviscapte jusqu'à la base, à angle droit avec le corps. (Voy. Rœsel, t. Il, pi. 8, où cette ponte est figurée.)

Le mâle, outre quelques sons isolés destinés à attirer les femelles, produit une stridulation presque conthiue , exactement observée par de Gcer. 11 a très-bien remarqué, sur l'élytre droite, le miroir, ressemblant, dit-il, à un morceau de talc, et a vu que le frottement n'a pas lieu sur ces membranes mêmes des élytres, mais sur les nervures voisines; qu'il en résulte une espèce de vibration ou de trémoussement delà membrane, qui donne au son une résonnance qui l'augmente. Le Dectique verrucivore se trouve dans presque toute l'Europe, depuis la Calabre ultérieure (Petagna) jusqu'à la Laponie (Zetterstedt). Il est assez commun en été dans les champs, les herbages, les prairies, des plaines à la région alpine ('2000 mètres). On |lc trouve depuis la lin de juillet jusqu'en septembre dans les dunes des côtes du nord de la France et de la beigique. Il paraît manquer dans quelques parties de l'I'lurope australe, comme l'Audaiousie et lu Grèce, où il est remplacé par l'espèce

suivante, lo I). alhifrons, Fabr., de plus grande laille, ayant 8û à 36 milmètres de long, avec l'oviscaptc de la femelle de 20 à 2U millimètres; d'un gris pâle ou jaunâtre, très-lisse, les organes du vol dans les deux sexes dépassant d'ordinaire beaucoup l'abdomen ; les élylres élégamment variées de brun et de blanc; les ailes pellucidées, de la longueur des élylres, parfois abrégées cliez les femelles, à nervures testacées ; l'oviscaptc subégal en longueur à l'abdomen, rugueux au sommet, brun, denté au bord. L'espèce varie en taille et en distribution de couleurs ; il y a des sujets où le blanc prédomine, d'autres, plus rarement, où c'est le brun. Ce Dectique est commun dans l'Europe méridionale ; se trouve dans le midi de la France, ainsi près de Montpellier ; en Italie, en Espagne, dans la Russie méridionale, le Caucase, à Madère, en Algérie dans les champs, lors des récoltes. La femelle perce facilement la terre avec son oviscapte rugueux, et le retire après le dépôt de chaque œuf; elle .bouche ensuite le trou creusé, et foule le sable au-dessus. C'est pourquoi les. œufs qui, récents, sont noirs, paraissent gris dans la terre, et se trouvent dans l'humus à intervalles distants les uns des autres. Le D. monspeliensis, Rambur, paraît n'être qu'une variété à élytres plus courtes que l'abdomen.

THAitllvOTRIZoïV, Fiscli. (le Fr. — Tête épaissie, un peu {ii'clive; vertex élargi entre les antennes, et un peu rétréci en avant vers le front; antennes plus longues ([ue le corps. Pronotum à carènes latérales obsolètes, l'intermédiaire nulle ou à peu près; prosternum transversc, bordé; mesosternum et metasternum fortement excisés en arrière, à lobes trigoncs, aigus, dressés. Elytres squamiformes, abrégées^ convexes et très-incombentes ciiez le mâle, recouvrant moitié ou plus de l'abdomen, amples, bien nervulées et aptes à striduler ; celles de la femelle latérales, planes, contigucs ou espacées entre elles, arrondies, peu proéminentes sous le pronotum; ailes nulles ou en rudiments exigus dans les deux sexes. Pattes médiocres, à courts poils, les quatre cuisses antérieures mutiques ; les deux jambes antérieures à tympan recouvert, avec trois épines externes en avant, les jambes intermédiaires ayant en avant quelques épines ; les cuisses postérieures très-dilatées et renflées à la base, subitement atténuées vers le milieu, mutiques ou très-peu épineuses; les jambes postérieures grêles et épineuses, et le premier article des tarses ayant à sa base deux courtes pelotes libres. Abdomen épais, subcaréné postérieurement ; cerques poilus, de longueur variée cliez le mâle, filiformes ; plaque subgénitale du mâle munie de styles; oviscapte de la femelle tantôt subdroit, ensil'orme, tantôt en faucille.

Chez les espèces de ce genre, la femelle est souvent deux fois plus grande que le mâle; les élylres des nymphes mâles dépassent un peu le pronotum, sont planes, non encore réticulées, cependant déjà subincombentes. Les espèces de Thamnolrizon sont d'Europe et peut-être d'Asie, l'allés se Irouveid, dans les buissons, les lieux incultes, au bord des bois, dans les coupes de bois, etc.; elles sautent bien, et les mâles

THAMNOTRIZON. 193

striduk'iil. Les rtMiielk-s, inuctles, paraissent plus iioinbrcust's {\\u'. les mâles.

Le type du genre est le T. cinereus, Zettersl., lonti de l'i à 15 millimètres chez le mâle, la femelle de 15 à 16, avec oviscapte de 10 millimètres. Ce Locustien est d'un gris foncé, marbré de fauve chez le mâle, ayant dans ce même sexe les flancs du pronotum et la bande externe (les cuisses postérieures noirs, le pronotum rebordé partout, les élytres du mâle de la largeur du corselet et plus longues que la moitié de sa longueur, le disque nuancé de noir et le bord externe de cette couleur, avec les nervures blanches, celles de la femelle formées de deux petites écailles éloignées l'une de l'autre^ ne dépassant le corselet que d'un millimètre. Les ailes sont nulles, les pattes grises, marquées de fauve. L'abdomen est d'un gris brun, jaune en dessus sur le vivant, la plaque suranaledu mâle sillonnée et subexcisée, à cerques poilus, droits, atténués vers le sommet, avec une dent interne à la base, ceux de la femelle plus courts, subulés ; la plaque subgénitale du mâle est ample, jaunâtre, tricostée, à styles courts, subentière chez la femelle, l'oviscapte de celle-ci large, comprimé en faucille, d'un brun tcstacé ou cliàtaiUj plus pâle à la base. Cette espèce, assez petite, est de l'Europe médiane et boréale, fréquente de juillet à septembre dans les vergers, les coupes de bois, les éclaircies, les lieux insolés, les bruyères, les forêts de Conifères, les bords des bois. Le mâle est plus rare que la femelle et l'appelle, caché sous les feuilles, pendant la soirée ou le jour, par des sons brefs {fss, tss, <ss), et, moins souvent, avec une stridulation plus continue, presque plaintive, à la façon des Dectiques (tssssss, tssssss]. On le trouve dans les Alpes de la Suisse à la fin de juillet; dans la plus grande partie de l'Allemagne; en France près de Paris (Rambur y a pris les deux sexes en septembre); en Belgique en automne, dans les bois, les broussailles, les lieux arides (Wesmael) ; en Angleterre, mais rare (Stephens); en Danemark (Schiodte), en Suède (Zetterstedt, de Borck), en Laponie (Zclterstedt) ; non encore observé près de Berlin, ni en Russie.

Une espèce plus méridionale et plus grande, de 18 à 20 millimètres, 23 chez certaines femelles, avec oviscapte de 19 millimètres, est le T. apterus, Charp., d'un brun noir chez le mâle, d'un brun châtain ou d'un gris festacé chez la femelle, la face maculée de jaune et de noir, le pronotum noir sur les côtés chez le mâle, avec le limbe postérieur jaune-soufre ou gris, gris ou ferrugineux chez la femelle, avec une tache noire avant le bord postérieur blanc, la poitrine jaune. Les élytres du mâle, de la largeur du corselet, .sont subcon\exes, testacées, à nervures réticulées, à bord e\:terue noir, ayant la moitié de la longueur de l'abdomen, celles de la femelle plus petites, plates, ne débordant le corselet que de 2 millimètres-, les cuisses postérieures jaunes en dessous et noires à l'extérieur; l'abdomen brun chez le mâle, ^ris ou châtain chez la femelle, jaune eu dessous chez le mâie; les cerques du

CJRARD. M.— K!

mâle longs ci grêle:;, un peu courbes, ceux de la femelle subitement subulés au bout ; l'oviscupte large, à peu près droit, presque de la longueur du corps. L'espèce est de l'Europe méridionale, Provence, Piémont, Alpes tyroliennes, helvétiques et rhétiqucs. Une variété mâle, chez qui, à la couleur noire s'est substituée en majeure partie la couleur brun grisâtre de la femelle, forme le T. {Pterolcpis) Ramburi, Aud.- Serv., du midi de la France. On rencontre encore en Provence, à Trieste, eu Hongrie, dans le Caucase, le T. Chabrieri, Charp., et il y a encore plusieurs autres espèces du midi et de l'orient de l'Europe.

Tribu des acridieM!i$.

Nour arrivons avec les Acridiens aux Orthoptères les plus élevés dans l'échelle animale, en raison de leur puissance supérieure et considérable de locomotion sous certaines influences. Ce sont les Acridiodea de Borek, Fischer de Waldheim, les Acridites de Latreille, Audinet- Serville, Brullé, les Gryllides de Zetterstedt, etc.; les Gvyllus Bulla, Acrida et Locusta de Linnseus, les Gryllus, Fabricius, de Charpentier, les Locitstidœ, Leacli, Stephens. Ils oll'rent comme caractères trèsgénéraux, le plus souvent trois ocelles sur le front, des antennes plus courtes que la moitié du corps, à articulations plus ou moins distinctes, fiUformes ou déprimées ou trigones, les pattes postérieures propres au saut, les tarses homonomes de trois articles.

Le corps des Acridiens est le plus souvent subcomprimé. La taille dos espèces d'Europe varie depuis 3 à Zi millimètres (certains Tettix juâles) jusqu'à près de 70 {Porthetis Elcphas), .et s'élève à 175 millimètres environ chez le Proscopia gigantea, Klug, espèce exotique. La tête varie beaucoup de forme, le plus souvent subglobuleuse, parfois avec le vertex en prolongement subaigu {Purthetis , Pyrgomorpha, ^iplwcera, etc.) ou pyramidal (rryxa//,v), Proscopia, etc.). La portion du vertex entre les yeux olfre d'ordinaire un rebord visible de chaque côté, (!t quatre carènes longitudinales;, le front est plus ou moins déclive, ce qui amène l'inflexion des pièces b.uccales. C'est la partie avancée de la tête qui porte les yeux et les antennes ; les premiers sur les côtés, globuleux ou oblongs, d'habitude assez proéminents -, les antennes sur le Iront, contre les ocelles, chacune insérée dans une fossette, à premier article grand, subcomprimé, le second un peu plus petit, les sui» vants, au nombre de 15 à 2A, de forme variée, prismatiques, triquètres {Tryxalit:), globuleux, cylindriques, obconiques, déprimés, etc. Le labre est graïul, arrondi, souvent échancré au bout ; les mandibules très-forles, en graiule partie recouvertes au repos par le labre et les mâchoires, cornées, dures, ayant souvent des sillons et des pointes vers la base; le mando des mâchoires tridenté à l'extrémité, le galea tantôt bien plus large que le mando, tantôt étroit; les palpes maxillaires de cinq articles,

ACRIDIENS. — ANA.TO.VllE EXTERNE. 195

le plus souvenl (.yliiidiitiuos, poilus, les deuv premiers plus eouris; la laiiL!U(;tte, attachée au ineiilon, est largement cordilbrme, proCuiulémeiit fendue, avec palpes de trois articles, le premier très-petit.

Le pronotum a son disque ordinairement plan, les côtés presque toujours rabattus ; le prosternum court, le mésosternum et lemétasteriium ordinairement très-plans, larges, en forme de plastron.

De même que chez les Locustiens, les élytres et les ailes des Acridiens présentent tous les degrés de développement, soit dans les genres, soit dans les espèces d'un même genre, soit dans les sexes d'une même espèce, ou enfiu suivant les sujets d'un même sexe, diversité qui a souvent amené à faire de fausses espèces. Les élytres, toujours plus ou moins étroites, quand elles sont tout à fait développées, recouvrent l'abdomen ou le dépassent, et se composent des trois champs accoutumés, l'anal appliqué horizontalement sur le dos, les deux autres, intermédiaire et marginal, rabattus à angle droit sur les flancs, de sorte que les trois champs recouvrent les ailes repliées ; tantôt l'élytre droite, tantôt la gauche recouvre l'autre. Les élytres sont submembraneuses ou coriaces, en général plus opaques à la base. Dans le genre si compliqué des Stenobothrus la disposition des nervures peut servir à distinguer les espèces. La largeur des aréoles situées entre les nervures principales varie avec le sexe, et la nervulation des élytres des Acridiens est d'un type assez fixe pour qu'on puisse reconnaître aux élytres les espèces fossiles. Les Acridiens mâles n'ont pas, comme les Gryllicns et les Locustiens, d'organes propres de stridulation sur leurs élytres, mais, dans les espèces sonores, sont certaines aréoles dilatées, toujours sur le champ marginal ou sur l'intermédiaire, ou sur tous deux à la fois ; ces aréoles sont bien moins larges et ont d'autres formes chez les femelles muettes. Il n'y apasd'écusson entre les élytres. Les ailes ont une amplitude variée cl tous leurs champs membraneux, le marginal et le discoïdal étroits, répétant, moins ramifiées, les nervures des champs homologues des élytres ; le champ anal très-large, séparé par un sinus du bord extérieur des champs précédents, ses nervures radiées partant d'un limbe corné sinueux. La couleur du disque des ailes ne fournit que d'assez médiocres caractères spécifiques; car on sait maintenant que chez XŒdipoda fosdala les couleurs miniacéc, bleue et plus rarement coccinée se remplacent ; les mêmes variations ont lieu entre les nuances de la couleur rouge ou entre les couleurs rouge, jaune et hyaline chez les OEdipoda variabilis et insubrica, chez les Tryxalis et Pyrgomorpha. Les haiules des ailes sont constantes dans certaines espèces, dillerentes dansd'uutres, ou tendent à s'efl'acer, ou deviennent nulles. Il y a des genres où les élytres et les ailes manquent tout à fait {Proscopia, Batrachoteltix), ou bien restent en général avortées [Porihefis, Pezotettix, etc.), sauf de très-rares sujets, où elles ont leur plein développement. Dans les espèces des genres Stenubothnis et Clinjsochraon, le degré d'avortcment des organes alaires varie selon le sexe et

!ill(> OKTHOPlIiliLS.

«clou les iiuli\idus (.S. pratorum, Kieber, ('. biacliyfjlenis, Ocskay), de même que dans le genre Decticus des Locustiens ; la pleine évolution de l'appareil du vol dans ces espèces est toujours une exception.

Les pattes se ressemblent beaucoup, par leur structure, dans tous les genres des Acridiens : les (juatre antérieures sont courtes, à cuisses mutiques; les jambes subcostées, mutiques en avant, épineuses en arrière, les cuisses postérieures quadricarénées, longues, renflées ou au moins dilatées à la base ; sauf chez les Pneumoia, où elles ne sont pas plus épaisses, les jambes quadricostées , épineuses, avec de longues épines apicales recourbées, et les ongles des tarses ayant, le plus souvent, une pelote intercalée.

L'abdomen est subconvexe en dessous, subcomprimé et caréné en dessus, sensiblement atténué de la base vers le sommet chez les femelles, subrenflé souvent au sommet chez le mâle, composé de deux segments distincts dans les deux sexes, les parties génitales externes librement proéminentes.

Le premier segment abdominal, très-intimement lié au mélathorax, est très-reconnaissable dans les deux sexes à son tympan, grande membrane pellucide, tendue de chaque côté sur une cavité semi-circulaire, et qu'on ne voit que lorsque les élytres et les ailes sont enlevées. Tantôt la cavité est très-enfoncée dans l'abdomen et cachée, en parlie, comme par une conque, sous le bord postérieur voûté et corné {Acridium)\ tantôt elle est bien découverte, et la membrane à fleur de peau {PezoteUix), entourée d'un simple anneau corné. On trouve avant ce tympan, à son angle antérieur el inférieur, le stigmate du premier segment ; les huit autres segments, à l'exception du dernier où il manque, ont le stigmate au bord inférieur et vers l'angle antérieur de la lame dorsale. Les lames dorsales, beaucoup plus larges que les ventrales, se réunissent à celles-ci en ligne droite sur les flancs de l'abdomen. Les parties génitales externes se ressemblent beaucoup dans les divers genres d'Acridiens. La plaque suranale du mâle est courte, subtrigone, recouvrant l'orifice de l'anus, portant des cerques non articulés (biarticulés chez les Teitix, d'après L. Dufour), courts, coniques ou subulés, rarement allongés, courbés, propres à retenir la femelle dans le coït. La plaque subgénitale du mâle est en valvule obtuse ou en cône aigu, recevant les parties génitales, toujours dépourvue de styles. La femelle a la plaque suranale semblable à celle du mule, à cerques toujoui's simples, courts, subulés. L'appareil de loviscapte est réduit à quatre valvules crochues, subdroites ou sinueusement recourbées, les deux supérieures et les deux inférieures se mouvant d'ordinaire ensemble par oscillations. La forme de ces valvules est assez diverse dans certains genres, suivant les espèces ; elles servent à creuser la terre et à façonner l'espèce de coque Icu-reuse (jui entoure souvent les œufs.

L'anatomie interne desAcridiens a eu pour sujets principaux d'inves-

Page 1