V. Zermattensis, Fallon
Europe, haut Valais.
G. Vanessa, Fabr.
S. Polychloros, Lint Ab. Tesludo, Esp.
Europe.
G. Nymphes, Leacli.
S. Myrmeleoiiides, Leach.
Australie .
Dans une collection locale, de France, par exemple, il est bon d'indiquer l'Iialjital d'une l'açon spéciale, et la localité, quand l'espèce ne se
trouve que dans certains endroits autour d'un grand centre, comme Paris. On sépare habituellement les espèces en totales, habitant toute la France, et partielles, les unes du nord et du centre, car il y a peu de distinction nette sous ce rapport ; les autres de la France méridionale, dont la faune appartient en partie au bassin méditerranéen. 11 y a des espèces à stations spéciales, altitudes diverses, marais, garrigues du Midi, landes, dunes, etc., et ces remarques peuvent être inscrites sur les étiquettes des collections restreintes. Exemples :
G. Polyommatus, Latr.
S. Chryseis, Fabr.
Pierrefonds, étangs de Saint- Pien-e, prairies humides.
'(i. Satyrus, Latf.
S. Hero, Li/i/i.
Environs de Paris, forêt d'.Vi mainvilliers.
G. Cliionobas, Boisd.
S. Aello, Esp.
Alpes, hauts sommets, régions des neises.
G. Hesperia, lioiid.
S. Acteon, Esp.
Environs de Paris, plateaux secs de Lardy et Poquency.
G. Melolontha, Lin//.
S. Fullo, Li/m.
Cotes de l'Océan et de la Médilerranée, dunes.
G. Anthocharis, lioisd.
S. Eupheno, Li/i/i.
Provence, champs, garrigues.
Erebia,
lioisrl.
Médusa,
Fabr.
Vosges, bo
is élevés.
Leucania
, Oc/is,
pallens.
Liitn.
Environs de Paris,
marécages
Carex,
Carabus, /
inn.
splendens, Pyrénées.
Fabr.
G. Scarites, Fabr.
S. Pyracmon, linssi.
Côtes sablonneuses de la Méditerranée.
(.'. Termes, Linn.
S. lucifugum, Rossi.
Laudes, souches de pins.
G. Osmylus, Latr.
S. maculatus, L'abr.
Toute la France, bord des eaux.
Il esl intéressant de l'aire des collections an point de vue pratique, en divisant les Insecles en utiles et en nuisibles. Dans ce cas, les étiquettes peuvent porter une courte phrase désignant remploi de ces Insectes, leurs avantages ou leurs dégâts, les principaux végétaux qui souffrent de leurs ravages, les matières qu'ils attaquent. Ainsi :
G. Mylabris, Fabr.
S. Cicliorii, Lifin.
Se récolte sur les fleurs des Composées. — Vésicant des anciens. — S'emploie encore comme tel en Orient, en Chine.
G. Dermestes, Linn.
S. lardarius, U>in.
Attaque Je lard, la corne, l'écaille, les peaux desséchées, toutes les matières animales sèches.
Phylloperlha, Kirby.
horticola, Linn.
En Insecte parfait, dévore les feuilles et quelquefois les fleurs des arbres fruitiers.
G. Apate, Fabr.
S. niuricata, Fabr.
Fait beaucoup de tort aux vignes en perçant longitudinalement les sarments.
G. Agapanthia, Serv.
S. marginella, Fahr.
Attaque les blés en fleur, leurs larves perçant les tiges et ne laissant intact que l'épiderme, creusant les nœuds et se logeant dans le bas pour l'hiver, ayant commis ces ravaares.
G. Homalota, Mann.
S. cœlata, Fr.
Vit aux dépens des larves des Bostriches du Pin.
G. Drilus, OUv.
S. flavescens, Fahr.
Détruit en grand nombre les hélices ou limaçons de nos jardins.
Corynetes, Herbst.
cœruleus, De G.
Vit dans les maisons aux dépens dos larves d'Anobium qui perforent les bois de service.
(Juand on possède plusieurs Insecles de la même espèce, on doit avoir soin de mettre des éciiantillons des deux sexes dans un ordre convenu.
CHASSE i:t conservation. 139
Une ôtiquotle ou une paillette peut porter l'iiulicatiôn sexuelle, qui est (f pour les mâles, Ç pour les femelles, et '^ pour les neutres on femelles à organes génitaux avortés. Les signes du sexe mille et du sexe femelle sont les signes astronomiques des planètes Mars et Véiuis. U est bon aussi d'en placer retournés, afin de montrer le dessous des ailes, et aussi certains à ailes couchées, comme elles le sont au repos naturel; car c'est là très-souvent un caractère de genre ou d'espèce. Les variétés et les aberrations se rangent après les types, en ayant soin d'intercaler les formes de passage. Comme les caractères d'espèce permettent une variation limitée, on est souvent amené ainsi à avoir un grand nombre de sujets d'une même espèce; c'est un inconvénient inévitable, dû à la nature même. C'est, au reste, un attrait de plus pour la véritable observation de la création, et la comparaison d'un grand nombre de sujets est indispensable pour une connaissance philosophique de la valeur des parties décrites dans les auteurs. Les caractères môme légers, qui demeiircnl constants dans toute la série des formes spécifiques, prennent une importance capitale, et les bonnes classifications exigent d'une manière impérieuse l'examen d'un grand nombre d'individus : c'est ce que comprennent parfaitement aujourd'hui tous les amateurs intelligents.
Un avis des plus utiles aux personnes qui veulent commencer une collection, c'est de se procurer à l'avance le nombre de tiroirs ou de boîtes nécessaires, et d'y inscrire immédiatement à leur place les étiquettes des espèces destinées à y entrer un jour ou l'autre, en se servant des catalogues appropriés au genre de collection qu'on veut faire. Des, vides attendent les Insectes futurs ; on n'a plus qu'à les placer à mesure qu'on se les procure. Ce petit détail est beaucoup plus important qu'on ne le croirait au premier abord. Les amateurs encore no\ ices ne sauraient se faire une idée de la perte de temps immense qu'e.vigent les reclassements, quand de nouveaux Insectes sont acquis, sans parler des accidents inévitables dans de continuels dépiquages.
Une recommandation très-importante pour la construction des tiroirs ou boîtes est celle d'une fermeture aussi exacte que possible , afin de conserver longtemps des vapeurs des substances préservatrices. 11 est indispensable de se servir de ces corps volatils pour détruire et éloigner les Insectes destructeurs. La plupart, surtout les Psoques (Névroptères), sont très-petits et parviennent toujours à s'insinuer dans les interstices des boîtes. Une collection négligée est leur proie inévitable an bout d'un certain temps. Nous devons d'abord faire remarquer que tous ces Insectes destructeurs, pareils d'habitude aux Teignes de nos vêlements et de nos fourrures, aiment le repos et l'obscurité. De même qu'on préserve les étoffes en les dépliant, les ballant, les exposant à l'air, de même la visite fréquente des boîtes, ouvertes et remuées, oblige les larves entomophages à quitter les corps qu'elles rongent et où les amis étaient déposés. Lors même que l'observateur ne les verrait pas, elles sont inaptes à regagner leur abri, et menrenl faute de nourriture. I u
UiO INTRODUCTION.
certain nombre de substances sont aussi d'un emploi plus ou moins efficace contre les Insectes destructeurs. On recommandait beaucoup autrefois des plantes odorantes : la lavande, la menthe, etc. ; leur effet est à peu prt!s nul. La poudre de pyrèthre serait peut-être avantageuse dans certains cas ; c'est elle qui forme la poudre insecticide contre les Puces et les Punaises. Le camphre n'a qu'une action médiocre. On doit rejeter l'acide sulfureux (soufre brûlé), qui altère les couleurs. L'essence de serpolet peut s'employer contre les Teignes, ainsi qu'on le fait pour préserver les collections d'oiseaux. Les matières préférées sont la benzine et le sulfure de carbone, dont l'effet toxique est énergique sur les Insectes. Il faut remarquer toutefois que les œufs des espèces dévastatrices ne sont pas tués par les vapeurs de ces corps, et que leur volatilité même les fait disparaître assez promplement des boîtes; de sorte qu'il faut les renouveler assez fréquemment. Le sulfure de carbone est trop volatil, trop promptement épuisé. En outre, il est assez funeste de le respirer trop longtemps, et il peut former avec l'air des boîtes de dangereux mélanges explosifs, exposant à des incendies (1). La benzine vaut donc mieux, quoiqu'elle puisse aussi donner des mélanges combustibles. On a beaucoup recommandé dans ces derniers temps l'acide phénique, d'odeur très-pénétrante, moins volatil, ne formant pas de mélanges dangereux. Autrefois on se servait, pour tuer les larves qui dévorent les collections , du nécrentome, sorte de caisse méiallique où l'on plaçait la boîte, et dans laquelle on maintenait quelque temps l'air à la température de l'eau bouillante et même plus. (Ict écbauffement prolongé , renouvelé plusieurs fois , rendait cassant' les Insectes desséchés de la collection , et même agissait sur les couleurs délicates. On peut, si l'on veut préserver sans danger un grand nombre de boîtes à la fois, les disposer dans une caisse ou armoire, hermétiquement close par des feuilles de tôle ou de zinc à l'intérieur, placée dans un lieu isolé, et dans laquelle on mettra du sulfure de carbone dont la vapeur très-sublile pénètre à travers les joints. On recommence de temps à autre. Il faut remarquer, dans le cas où l'on se sert du sulfure de carbone comme préservatif, qu'il est nécessaire de rejeter les étiquettes glacées à la céruse, car elles ne tarderaient pas à noircir par formation de sulfure de plomb.
Les Insectes destructeurs, tels que les Anthrènes, les Tyroglyphes (Acariens), les larves de Psoques, font le désespoir des amateurs. Ce sont surtout les espèces à corps mou et les succulents Orthoptères qui s'offrent aux ravages. On a essayé de tremper les Insectes précieux dans des solutions vénéneuses qui les mettent à l'abri de toute atteinte. Ce sont surtout les types de description qu'il est nécessaire de préserver ainsi, car ils seront souvent demandés dans les travaux postérieurs, pour servir de comparaison et de points de reconnaissance, et éviter la créa-
(1) .4nn. Soc. ciiloni. 'le France, 18(11, p. fi'io.
CHASSK LT CONSERVATION. Ul
(ion do fausses espèces ; on est toujours enclin ù croire i)on\eau ce qu'on ne connaît pas.
On a essayé de tremper les Insectes frais ou anciens, nniais alors préalablement ramollis dans une solution d'acide arsénieux, dans l'alcool. L'Jn<ecte est préserve et non altéré ; mais il est devenu sensible à l'humidité et disposé à la moisissure. C'est ce qui a fait renoncer à l'emploi de l'arséniate de soude, sel hygrométrique. Il paraît préférable de faire l'immersion dans l'alcool dissolvant du sublimé corrosif (bichlorure de mercure) au centième, au demi-centième ou au millième, en laissant tremper d'autant moins longtemps qu'il y a moins de sel mercuriel. Le sujet est inaltérable à la dent des Insectes et à la moisissure ; mais il faut éviter de ternir les couleurs et de le recouvrir d'un enduit blanchâtre. Il ne faut laisser tremper qu'une à deux heures au plus, en détachant l'épingle, qui serait trop attaquée. Surtout qu'on fasse attention au danger de ces solutions, principalement celle au centième, poison violent qui peut s'absorber par les doigts, si l'on opère sans gants de peau ; on a vu des accidents survenir après l'erapoisonnenient des herbiers par cette solution. L'alcool avec sublimé au centième est très-bon pour préserver, outre les herbiers entomologiques, les nids d'Insectes, les échantillons de bois et végétaux attaqués, les chrysalides sèches, les chenilles soufflées. Pour les Lépidoptères, et en général pour les Insectes à ailes étalées, on trempera seulement le corps. Ce moyen ne peut s'employer pour les Insectes très-poilus ou couverts de trèsdélicates écailles.
L'utile mémoire déjà cité du docteur Laboulbène, dont nous avons extrait ce qui précède, s'occupe aussi des préservatifs pour les boîtes de collection, et recommande surtout de placer sur une petite éponge, dans chaque boîte, un mélange à volumes égaux de benzine et d'acide phénique. Cette liqueur un peu caustique ne doit pas être répandue sur les doigts. La benzine, qui se vaporise tout de suite, tue ou chasse les Insectes existants ; l'acide phénique, bien moins volatil, donne une protection continue pendant environ deux mois. Un entomologiste soigneux doit faire une visite de ses boites environ de six en six semaines, et plus fréquemment, s'il n'a mis que de la benzine seule ou de l'acide phénique. Malheureusement tous ces moyens ne sont pas sans inconvénients. La benzine augmente la fragilité des Insectes secs ; l'acide phénique est hydraté et ramollit les Insectes étalés, ainsi les Phalcnidos. En outre, ces mélanges paraissent accélérer le graissage des Lépidoptères.
(Juand on reçoit des Insectes d'une collection étrangère ou des pavr; lointains, il ne faut pas les placer immédiatement en collection, car il arrive très-souvent qu'ils conficnncnt des larves ou des œufs d'Insech-s rongeurs. On les garde dans une boîte séparée en ayant soin d'y placer un préservatif. Au bout de quelque temps, si l'on n'aperçoit pas de (races de poussière au-dessous, on les admet dans la collection. Sans celle
Ifrl JINTHODllCTlOiN.
précaution, ou introduit lennemi dans la place la mieux gardée. Il i'aut avoir soin de visiter souvent les cadres ou boîtes, car les matières volatiles dont on se sert disparaissent assez promptemenf. En outre, il est reconnu que le sulfure de carbone même ne détruit pas toujours les œufs, dans lesquels une vie latente persiste avec une incroyable énergie.
Le dernier soin à conseiller d'une manière absolue aux amateurs, c'est de conserver toujours les collections à l'abri de la lumière, sous d'épais rideaux, ou mieux dans des tiroirs fermés ou des casiers contenant les boîtes closes. Les couleurs rouges et vertes surtout se détruisent rapidement. Les espèces des collections publiques exposées dans des cadres vitrés sont des sujets sacrifiés, promptement perdus. On doit éviter avec soin les appartements humides qui font déveloper des moisissures. Il faut un appartement sec, exposé au nord ou à l'est, pas trop chaud, et où le soleil ne pénètre que le moins possible, caria chaleur favorise la reproduction des Insectes dévastateurs.
Quelques amateurs, en trop petit nombre, font des collections de larves. Elles sont d'un grand intérêt scientifique pour établir la place certaine des tribus et familles, et parfois pour distinguer des espèces très-voisines à l'état adulte. Il est très-rare que les larves ne subissent pas une déformation complète en se desséchant. Il faut les conserver dans l'alcool suffisamment étendu, marquant 22° à 25" à l'aréomètre de Baume. On l'obtient en mélangeant deux parties environ d'esprit le plus concentré du commerce à une partie d'eau. L'alcool concentré détruit les objets et les racornit en s'emparant de leur eau. On place chaque larve, ou plusieurs si elles sont petites, dans un tube de verre rempli aux trois quarts, de dimensions proportionnées (fig. 16). Le tube est fermé avec un excellent boucbon de liège. On peut par précaution mettre extérieurement un peu de mastic de vitrier, mais non de la cire d'Espagne que dissout l'alcool. Il faut choisir des tubes de verre assez épais près de l'ouverture, et que le bouchon ne fasse pas éclater. On met ces tubes verticalement sur une planchette percée de trous. Chaque bouchon porte un numéro correspondant au catalogue nominatif. On doit avoir des chenilles dans l'alcool indépendamment des chenilles soufflées, car bien des caractères sont altérés par le soufflage. Les Insectes très-mous, Pucerons et Cochenilles, les Araignées, certaines femelles aptères larviformes, ainsi' des Driles , des Psychés, se conserveront aussi par ce moyen.
Les petits Insectes délicats, surtout les très-petits Papillons à écailles si caduques, doivent être tués immédiatement sans pouvoir se débattre, afin d'être piqués ou placés séparément en petits tubes. On s'est servi de flacons ayant, comme nous l'avons dit, dans le bouchon un tampon de coton imprégné d'éther ou de chloroforme ; mais l'action de ces vapeurs n'est pas instantanée, et, de plus, il faut renouveler constamment le liquide. On préfère unanimement aujourd'hui le flacon à cyanure de potassium. C'est un flacon à large goulot (fig. 17), au fond duquel on
CHASSE ET CUNSEKVATIO.N.
dépose quelques iragments de cyanure de potassium. Ou le recouvre de coton, et sur celui-ci on colle aux parois internes du verre une feuille de papier percée de trous d'épingle, afin d'empêcher les petits Insectes de tomber entre les filaments de coton et de s'y perdre. On applique le goulot débouché sur le petit Insecte posé au fond du filet contenant les proies minuscules. L'insecte éprouve une mort instantanée par les
FiG. Iti. — Tube à conserver les larves.
FiG. 17. — Flacon insecticide à cyanure de potassium.
traces d'acide cyanhydrique du flacon , dû à l'action de l'air humide sur le cyanure. Le flacon bien préparé dure cinq à six mois et plus. Il faut, bien entendu, tenir ce flacon hermétiquement bouché, et ne pas respirer son contenu. En outre, le cyanure de potassium est une substance des plus dangereuses, et l'on s'exposerait ;'i une responsabilité terrible si on le laissait tomber entre des mains imprudentes ou criminelles.
CONSEILS PLU.S SPÉCIAUX POUR RECHERCHER ET CONSERVER LES INSECTES . UE DIFFÉRENTS ORDRES.
Nous pouvons maintenant , après ces considérations d'ensemble, donner certaines indications particulières aux dilîérents ordres d insectes, relatives aux moyens de se les procurer par capture ou par éducation des larves.
Les Coléoptères, à cause de la grande diversité de leurs mœurs et de leur nourriture, se rencontrent partout, et aucune localité n'est à négliger ; mais si l'on se bornait à une indication aussi générale , on courrait le risque de ne trouver que quelques pièces des plus communes. On doit dire d'abord que ces Insectes peuvent être saisis entre les doigts
lUU INTRODUCTION.
sans danger; cependant quelques grosses espùces de Carabiques, terrestres OU' aquatiques, pincent assez fortement avec les mandibules, ainsi que les Lucanes ou Cerfs -volants, au point de pouvoir parfois entamer la peau; mais ces morsures sont simples, sans venin, et la douleur se dissipe rapidement. Certains Carabes lancent par l'anus une liqueur très-acide qui pourrait blesser les yeux. Enfin les gros Hydrophilides des eaux peuvent piquer la main ao moyen d'une pointe sternale, si on les saisit sans précaution. Il n'y a absolument que les jours de grand froid, et surtout de neige, où l'on ne puisse chasser ces Insectes. Dès le mois de février ils commencent à sortir de leurs retraites souterraines. A ce moment et au début du printemps, alors que les végétaux n'ont ni feuilles ni fleurs, on se borne à chercliei' sous les mousse?, sous les pierres, entre les écorces. Un bon moyen pour forcer les petits Coléoptères à sortir des crevasses des pierres, des fentes des écorces, est d'y insuffler avec une pipe de la fumée de tabac. On doit visiter avec soin les détritus que les eaux laissent en se retirant, secouer les roseaux desséchés, battre les fagots qui ont passé l'hiver dans les bois. On fera bien de fouiller dans le sable des berges et au bord de la mer, de retourner les pierres et d'examiner les amas de fucus. Les baies offrent à marée basse des bancs de sable qu'on doit explorer , ainsi que les petits creux des rochers. Les bords des lacs salés ont aussi des espèces spéciales. On ne doit pas négliger l'exploration du fond des sablonnières dont les bords sont à pic, car il tombe beaucoup d'hisectes dans ces précipices. A partir du mois d'avril jusqu'au milieu de l'automne, on doit chasser au filet sur les fleurs et les arbustes, surtout au filet fauchoir. On fait cette chasse aux rayons du soleil, pour les espèces qui volent et butinent pendant le jour, et on la recommence le soir, en effleurant les sommités des tiges, pour les espèces nocturnes, en s'abslenant toutefois s'il y a de la rosée. Une lanterne peut servir à attirer certaines espèces. On soulève avec soin les petits cadavres de mammifères pour rechercher les Coléoptères fossoyeurs et beaucoup de Silphes; on les attire même si l'on en abandonne à dessein. Les poissons moris sur le bord des eaux fournissent aussi des espèces. On visite également avec de longues pinces et l'on secoue sur une nappe étalée les grands cadavres de carnassiers, dehérissons, d'oiseauxde proie tués et abandonné;^ au milieu des bois par les gardes. Malgré le peu d'attraits de semblables recherches, on doit explorer les bouses et crottins à demi desséches et la terre qui les avoisine, remuer les fumiers, les couches des jardins maraîchers^ les sols des étables et écuries. On se sert alors du tamis pour les petites espèces. Les arbres malades, qui ont des plaies ou des creux contiennent d'intéressantes espèces xylophages. Les arbres morts sont habilucUement perforés par des Coléoptères ; on les aperçoit sortant aussi des bûches coupées et mises en tas. On doit- casser les branches mortes cl friables où Ion voit des perforations. Lcss champignons et les bolets nourrissent de noml)rcuses espèces ; on les fouille à la
CHAbSL ET CO^SERVATION. ' 145
piticc, ou bien un les renverse en les brisant sur la nappe. On explore avec les doigts la poussière des Lycopcrdons. Les caves et celliers obscurs, le dessous des tonneaux, présentent quelques Coléoptères parliculiers. On a élé conduit par là à visiter les grottes, si nombreuses dans les montagnes calcaires, et celte chasse est très en faveur depuis ces dernières années. On y, rencontre de petits Coléoptères carnassiers, pour la plupart privés d'yeux, ou ne les possédant que rudimentaires, à corps d'un fauve jaunâtre et allongé. 11 est bon, pour les rassembler plus Facilement, de déposer à l'avance de petits tas de fumier dont l'odeur les fait affluer, et où on les recherche ensuite, l.'n bon moyen que nous a conseillé M. Stableau, est de placer dans la grotte quelques tètes de mouton bien décharnées, qu'on va retirer plus tard et qu'on examine au dehors et à loisir avec les curieux hùtcs qui s'y réfugient. Il semble que l'extrême diftlculté de ces explorations, le danger même parfois, aient redoublé l'ardeur des entomologistes. Si quelques grolte?, enelVet, oll'rent des salles spacieuses où l'on peut se tenir debout, la plupart n'ont que des couloirs bas et resserrés où il faut ramper, la lanterne à la main, sur un sol fangeux, souvent pendant plusieurs centaines de mètres. 11 est nécessaire d'apporter une attention ex'.rême pour saisir ces êtres très-petits et très-agiles (1). 11 existe aussi des espèces profondément enfouies dans le sol végétal, et qui sont de taille encore plus petite que les Insectes des grottes, et comme eux de couleur jaunâtre. I.e tamisage est impossible pour ces minuscules animaux , dont les géants (des Psélaphiens, genre Anillus, etc.) atteignent le millimètre et qui sont perdus dans la terre. Il faut retourner de nombreux amas d'humus et compter uniquement sur ses yeux.
Les fourmilières ont aussi au grand attrait pour les amateurs actuels et nourrissent 'u!ie foule de Coléoptères parasites, plus de trois cents espèces de très-petite taille, traités avec une sorte d'affection par les Fourmis, auxquelles ils fournissent sans doute quelques liquides à leur goût, à la façon des lancerons. On prend un tamis de parchemin ou de toile métallique dont les interstices permettent le passage des trèspetits Insectes qu'on recueille sur la nappe, tandis que les Fourmis cl les débris végétaux sont arrêtes. Le tamis doit avoir un couvercle pour qu'on puisse le secouer sans faire projeter sur soi les Fourmis. C'est au printemps et en automne qu'on doit ainsi explorer les fourmilières, en choisissant le matin ou le soir, alors que la fraîcheur engourdit à moitié les Fourmis. En été, les parasites sont moins nombreux et les Fourmis trop actives pour qu'on puisse bouleverser leur habitation, sans qu'elles s'insinuent aussitôt à travers les vêlements. Les feuilles sèches, les détritus qui entourent les fourmilières, doivent otl'rir un contingent précieux de certains Coléoptères hostiles aux Fourmis, qui
(1) ('onsuller s|)écialcment pour les Insectes coléoptères : I.epiieur, Id ('liasse aux ('olèoptèics, ^^oUunv, 1866.
oniAKii. iO
U6 INTRODI'CTIOX.
guettent leur proie dans ces retraites et qu'on cliercherait vainement ailleurs. On passe les feuilles au filet à larges mailles ou l'on emploie le parapluie. Nous avons parlé, dans la première partie de ce iravail, de la chasse des Insectes aquatiques : ce que nous avons dit s'applique surtout aux Coléoptères et aux Hémiptères. Il y a quelques Coléoptères qu'on se procure en retirant et en examinant les pierres du fond des cours d'eau et aussi les morceaux de bois et les débris qui flottent à leur surface. Les murs des villages bien exposés au soleil, ceux des quais, les parapets des ponts, les clôtures des jardins potagers, donnent aux amateurs de nombreuses espèces qui s'y mettent à l'abri du vent et cherchent la chaleur solaire. On doit faire des excursions dans les chantiers de bois de construction et à brûler ; ces bois viennent souvent de pays éloignés, et il en sort des Insectes xylophages qu'on ne trouverait nulle part ailleurs. Les magasins de bois exotiques contiennent parfois aussi des Coléoptères, tels que des Buprestes des régions tropicales. Les magasins de droguerie et d'épicerie doivent être visités ; on examinera les riz, les cafés, les amandes, les racines el les semences des plantes médicinales^ les bois et bâtons de réglisse, etc. Les amateurs qui habitent les ports de mer doivent assister sur les quais au déchargement des navires de commerce, surtout pour les matières végétales, pour les peaux de l'Amérique du Sud, etc. On trouve là beaucoup d'Insectes étrangers phytophages ou vivant de détritus azotés et les carnassiers qui en font leur proie. Il ne faut pas négliger le matin et en hiver d'examiner le plancher des ruches d'Abeilles et le dessous des paillassons qui les protègent. Des Coléoptères et aussi des Insectes de divers ordres s'y réfugient, y cherchant la chaleur et attirés par l'odeur du miel.
11 est un genre de chasse des plus singuliers et qu'on peut pratiquer surtout dans le midi de la France, où les Insectes, auxiliaires des amateurs, sont plus abondants qu'au centre et au nord. Certains Hyménoptères {Crabro, Cerceris, etc.) approvisionnent leurs nids, pour la nourriture de leurs larves, avec des Coléoptères vivants d'un genre ou d'une espèce donnée, et savent les trouver mieux que qui que ce soit ; aussi, en visitant leurs nids, ou en guettant leur arrivée, ou peut faire de riches captures. Tel est, par exemple, le Cerceris bupresticida, du midi de la France, qui récolte les plus rares Buprestes, qu'on ne saurait se procurer autrement. Les nids des Chenilles sociales, vivant sous des toiles communes, procurent aussi des espèces spéciales, ainsi que les nids de Bourdons, de Cuêpes, de Frelons. Pour ces derniers Insectes, à piqûres si redoutables, il faut immédiatement s'emparer des sentinelles, qui donneraient l'alarme, et l'on peut alors visiter la demeure dont les habitants sont sans colère parce qu'ils sont sans défiance; mais il est beaucoup plus prudent d'introduire dans l'orifice un tampon charge de cliloroforme ou de benzine, n\ln de les étourdir, ou y faire brûler une mèche soufrée qui les asphyxie.
CHASSE 1;L CONSKIiVATION. U7
Kii retirant du llacon de cliasse les Coléoptères engourdis par la \apeur anesthésique, il faut les tuer, ce qu'on ne peut luire en les serrant à la main, comnie pour les l-épidopfères diurnes et beaucoup de nocturnes. Leur mort est lente par les vaiieurs de benzine. Le plus court est de placer chaque sujet dans un petit tube fermé qu'on cliuulle ;l la lampe ou qu'on plonge dans l'eau bouillante. En voyage, on renferme les Coléoptér(33 .i'transporter, ainsi que nous l'avons dit au\ généralités, dans une boîte ou dans un flacon, avec de la sciure de bois blanc bien séchée. En Angleterre, beaucoup d'amateurs placent les Coléoptères à transporter (ce moyen s'emploie aussi pour les Hémiptères) dans une tiole contenant de la feuille de laurier-cerise grossièrement hachée, et les Insectes peuvent y rester plusieurs mois sans dommage et dans un état de mollesse qui permet de les disposer immédiatement en collection.
Ecs Coléoptères sont de tous les Insectes ceux pour lesquels il importe le plus, dans la collection, que les appendices soient au complet : les antennes, les pièces buccales, varient beaucoup; les pattes dilVèrent souvent d'une paire à l'autre, et tous les organes fournissent des caractères dislincfifs. En cas d'accidents, les recollages sont indispensables.
Les amateurs nombreux de cet ordre d'Insectes sont encore partagés sur la meilleure manière de conserver les très-petits Coléoptères. Les uns, surtout dans le midi de l'Europe, piquent les plus minces espèces, mais en se servant de très-fins fils de fer, plus déliés que les épingles de laiton du plus faible numéro et n'exposant pas à la formation du sel de cuivre qui fait éclater le corps de l'Insecte ou le recouvre complètement. Dans ce système, on a l'avantage de pouvoir examiner le dessus et le dessous; mais ce fil est très-fragile, surtout dès que la rouille l'a atteint, et l'on est souvent obligé de coller au fond de la boite des rond(!lles de moelle de sureau pour qu'il puisse tenir, tant il est difficile de l'enfoncer dans le liège sans le briser. On préfère généralement, à lexemple des Allemands, coller les très-petits Coléoptères sur la paillette de papier triangulaire ou mieux de mica. On en colle de manière à offrir en évidence le dessus et le dessous, si l'on a plusieurs individus. Il y a des Coléoptères aussi petits qu'un grain de sable ; on a soin alors d'intercaler entre leur corps et le mica un très-élroit morceau de papier blanc ; sans cela le poli de la surface miroitante du mica empêcherait de les apercevoir. Le 111 de plalinc sur billot de moelle est à conseiller dans ce cas.
On lave au pinceau avec de l'alcool très-concentré et dissolvant un peu de sublimé corrosif, ou bien on trempe quelque temps dans la benziiu; les Coléoptères provenant de collections négligées, qui présentent des moisissures ou qui sont tournés au gras.
Les Orthoptères sont un ordre d'Insectes peu riTlierelié par le? amateurs et qui cependant est digne de leur intérêt. Dans la nature, il n y
l/lb INTRODUCTION.
il rien à négliger, el les sujets les plus dédaignés conduisent à d'inléressanles études. C'est en été et en automne qu'il faut surtout leur donner la chasse, car au printemps ils ne sont qu'en larve ou en nymphe pour la plupart. On se sert d'un filet un peu fort, et l'on doit braver l'ardeur du soleil, car ces Insectes recherchent les coteaux arides et chauds. 11 faut les piquer immédiatement dans la boîte de chasse ou les placer dans un flacon rempli de sciure de bois imprégnée de benzine ou de chloroforme. S'ils ne sont pas étourdis promptement, on court risque qu'en s'agitant, ils ne perdent leurs longues et grêles ynlenues et, chez les espèces sauteuses, leurs grandes pattes postérieures, qui se détachent très-facilement. On ne doit craindre, pour les grandes espèces, qu'une insignifiante morsure des mandibules. 11 faut introduire ces Insectes dans le flacon la tête la première, car ils peuvent facilement sauter au dehors et s'échapper sans cette précaution, il est bon d'isoler les gros individus en les entourant de papier souple ; en se débattant, ils peuvent casser les petits. Il faut explorer les prairies et les vignobles. Les pays de montagnes sont riches en Orthoptères sauteurs d'espèces variées; ils s'amassent souvent en grand nombre dans les sentiers, aux places où les mulets ont répandu leur urine. Aux environs de Paris, les plateaux secs de Lardy sont une bonne localité. On rencontre à Fontainebleau, au mois de septembre, la Mante religieuse, espèce méridionale. Le curieux Bacille de Rossi, ressemblant à une tige desséchée, très-difficile à voir pour cette raison, est une espèce des environs de Cannes et d'Hyères; ses larves, ainsi que de curieuses petites Mantides, se trouvent en passant les feuilles sèches et les détritus au parapluie ou au filet à larges mailles. Ce singulier animal remonte jusqu'au centre de la France, et a, dit-on, été pris dans la forêt d'Orléans. N'oublions pas d'indiquer aux amateurs l'examen des fourmilières, où a été rencontrée une fois, près de Paris, une espèce des plus rares, le Myrmécophile. Le midi de la France présente les types spéciaux des Mantes, des Empuses, des Truxales, etc., et aussi les Acridiens \oyageurs qui désolent les régions chaudes de l'ancien monde. On prend parfois, près de Paris, dans les prés, des sujets isolés de VŒdipoda miyratoria. Les Blattes se trouvent dans les officines, les cuisines, dans les magasins de substances alimentaires, les docks, les raffineries, près des machines à vapeur; on en trouve aussi quelques espèces dans les feuilles sèches des bois. Les Forficules se tiennent dans les tleurs, les fruits, les détritus, sous les écorces, les pots à fleurs, etc. On pique généralement les Orthoptères derrière le corselet de façon que l'épingle sorte en dessous au milieu des pattes. C'est sur le corselet même qu'on enfonce Pépingle dans les genres où le corselet se prolonge bijaucoup, comme les Tétrix. On doit laisser quelque temps à l'air, avant de les piquer, les sujels soumis au chluroforme ou à la benzine, car ces substances rendent leurs appendices roides et cassants. Les Orthoptères à abdomen gros et mou doivent être desséchés avec
CITASSE i;t œ\s['r,VAiiON. KiO
soin avant d'ctre mis en collection. Le mieux est de les vider et de remplir le ventre de coton imprégné du savon arsenical qui «crt aux empailleurs. Si l'on craint de ne pas réussir dans cette opération délicate on place Flnsecte dans une boite et on l'entoure entièrement de sciure de bois très-sèche, où l'on a versé un peu d'essence de thym ou de lavande. On étend les pseudélytres et les ailes au moyen de l'élaloir, en ayant soin qu'il oll're une rainure large et profonde pour appliquer contre le corps les pattes postérieures à cuisses si renflées chez les espèces sauteuses. Il est rare que ces appendices ne se détachent pa? sur les sujets secs; on fera bien de les assujettir solidement avec ur. peu de colle forte liquide, ou avec un petit fil de platine.
Les Névroptères présentent le sujet d'observation le plus curieux par la grande variété de leurs types, et plusieurs familles encore fort mat connues, comme les Phryganides, peuvent conduire à des découvertes fréquentes. Un grand nombre de ces Insectes, les Libellulides, les Éphémères, les Perles et Némoures, les Phryganes, ont des larves et des nymphes vivant dans l'eau. On les capture au moyen du filet de forte toile en usage pour les Insectes aquatiques. Si l'on veut conserver ces larves, il faut les placer dans de petits tubes avec de l'alcool affaibli, marquant 20 à 22 degrés à l'aréomètre de Baume. Elles sont trop molles pour qu'on puisse songer à les dessécher; leurs formes seraient complètement altérées. Il est plus intéi'essant de les conserver vivantes dans de petits aquariums, pour étudier leurs mœurs. C'est au moyen du filet à papillons qu'on s'empare au vol des adultes. Le bord des eaux stagnantes couvertes de plantes aquatiques, ou leur voisinage, sont les localités où l'on doit chercher les Libellules. Chacune, ayant son territoire de chasse aux Insectes, passe et repasse fréquemment au môme endroit. On ne doit donc pas poursuivre les grandes espèces dans leur vol rapide, mais attendre qu'elles viennent se poser ù l'extrémité d'une branche. C'est par les jours de soleil qu'on entreprendra leur recherche. Quant aux Agrions, leur vol est faible. On trouvera les Calopteryx sur les rives des eaux courantes. Les bords des rivières, des marais, sont l'habitation des Éphémères, qu'on chassera le matin et le soir. Ils volent en montant et descendant, se posent sur les arbustes, sont attirés par les lumières. Les prairies, les haies, les fossés, surtout dans les pays un peu humides, sont fréquentés par les Panorpes ; elles volent assez vite, mais s'arrêtent très-fréquemment sur les plantes. C'est en creusant assez profondément dans les terrains marécageux qu'on peut espérer rencontrer leurs larves et leurs nymphes dont la découverte est toute récente. Les Hittaques habitent les bois et ressemblent aux Tipules (Diptères). Ce n'est que très-rarement qu'on peut rencontrer près de Paris la Hittaquc tiiiulaire, la seule espèce de France, plus abondante dans le Midi. Sur les neiges des hautes montagnes ou des pays du nord de l'Lurnpe, \iventen société les r.oréc-, qui sautent dans les forêts glatées d'arlnv. verts. On assure
IJO IMRODUCTION.
qu'on trouve près de Perpignan une espèce de Némoplère plus commune en Espagne et en Orient. Les Fourmilions proprement dits se rencontreront dans les terrains sablonneux et près des sablières, où les larves creusent leurs curieux entonnoirs. Les grandes espèces du midi de la France volent à l'ardeur du soleil. On visitera les coteaux secs pour saisir les Ascalaphes dans leur vol rapide et les larves qui chassent à l'an'ût entre les pierrailles. Au mois de juillet, on rencontre l'Ascalaphe longicorne, dans les journées chaudes, sur les plateaux de Lardy et de Poquency. Les bois sombres, les jardins humides, sont la localité des Hémérobes, dont les larves vivent de Pucerons, et quelques espèces viennent en hiver se réfugier dans les maisons de campagne. En battant les broussailles dans les bois des environs de Paris, au mois d'octobre, on se procurera le curieux Hémérobe phaléno'ide. Au printemps, les Haphidies volent contre le tronc des arbres et se tiennent entre les fenles des écorces. On les trouve surtout contre les Conifères, ainsi que de petits Hémérobes à ailes poilues. On peut espérer de rencontrer sur les buissons la rare Mantispe pa'ienne. Les Psoques, de très-petite taille, se trouvent sur les murs, contre les arbres. Les souciies de sapins, dans les Landes, offrent aux entomologistes les petites sociétés d'une espèce de Termite, le Termite lucifuge, qui cause de si grands dégâts à la Rochelle, à Rochefort, à Tonnay-Charente, etc., en rongeant les poutres des maisons.
Les dernières familles françaises de Névroplères se trouvent toutes sur le bord des eaux. Les Semblis se posent sur les ponts, les pilotis, etc.; les Perles et les Némoures volent en s'élevant et s'abaissant alternativement. C'est surtout en avril qu'on les observe ainsi sur les parapets des quais et dans les rues voisines contre les murs. Les Phryganes sont très-nombreuses en espèces; la plupart éclosent adultes au printemps, quelques espèces en automne et même assez tard. Les végétaux du bord des eaux, les buissons près des rivières, les allées des bois humides, contenant des mares, doivent être explorés. Il faut les battre pour faire lever ces Insectes, qui se servent peu de leurs ailes pendant le jour. A l'opposé des Libellules, leurs larves à fourreaux préfèrent les eaux courantes aux eaux stagnantes, toutefois sans exclusion absolue.
La préparation des Névroptères pour les collections a des difficultés spéciales à quelques groupes. Il est bon de conserver dans l'alcool alfaibli les Termites et certains Éphémères dont le corps, très-mou, se déforme et devient très-fragile après dessiccation. Les Psoques et les Irès-pefiles espèces de Phryganides se collent sur la paillette de mica, ou se piquent avec le fil de pUiliue sur moelle. Les Libellulides, et, à un moindre degré, les Myrinéléons et les Ascalaphes, exigent un soin particuli( r. Leur long abdomen se détache avec une très-grande facilité, il tant introduire parle thorax un crin qui traverse en longueur rabddincii, ou une niinre paille de gramen, ou une feuille de pin. Un fil fin île platine inoxydable peut être d'un excellent emploi.
CHASSi; El CONSERVAI ION. 151
Il est bon de recommander l'usage de ce crin aux personnes qui recueillent des Libellules pour les envois. Quand on reçoit des Libellules desséchées, il faut, après ramollissement, séparer l'abdomen du lliorax, introduire dans l'abdomen un ou plusieurs crins imprégnés d'une colle mélangée de gomme et de farine avec un peu d'alcool saturé d'arséniate de soude. On laisse dépasser un peu le crin intérieur, de manière à introduire l'extrémité dans le creux du thorax, et l'on ajoute un peu de colle, il faut un fil métallique au lieu de crin, qui n'est pas assez dur, si l'on a affaire à un abdomen de femelle rempli d'œufs. Les Libellules, après ces premières préparations, sont mises à l'étaloir comme des Lépidoptères, et l'étalage des ailes est très-facile, car elles sont nues.
Le grand inconvénient des collections de Libellules, c'est la prompte altération des couleurs si vives et si tendres de leur abdomen. M. de Sélys-Longchamps recommande un procédé dont la pratique exige une manipulation assez délicate. On incise dans les grosses espèces le corps par dessous, à partir du milieu de la poitrine, en respectant, chez les m.lles, les deuxième et troisième segments de l'abdomen, siège des organes copulateurs. On extrait les viscères et on les remplace par un mince rouleau de papier, modelé selon la forme de l'abdomen, et ayant la couleur appropriée, qui paraîtra par transparence du tégument. Le papier, dont on iîxe l'extrémité dans le thorax, en complétant le bourrage par un peu d'ouate, maintient l'abdomen. Pour les espèces de petite taille et pour les Agrions, il faut se contenter du crin intérieur et se résigner à l'altération des couleurs. M. de Sélys-Longchamps recommande, pour prévenir les dommages dans la collection des Libellules et écarter les Insectes rongeurs, d'enduire par dessous, au pinceau, les sujets secs avec une solution concentrée d'arséniate de soude dans l'alcool. L'alcool au sublimé corrosif est probablement préférable.
La chasse des Hyménoptères se fait principalement au soleil sur les ileurs; au printemps, sur les chatons des Amentacées et sur les tleurs des arbres fruitiers ; en été et en automne, sur les Composées, les Ombellifères, les Labiées, les Résédacées, etc. On se sert du filet de gaze le plus souvent, et l'on réserve le filet de toile pour faucher sur les buissons ou contre les troncs des arbres, pour les Ichneumcinides et les Tcnthrédides. La pince à raquettes, garnie, non de tulle, mais de iils métalliques, est nécessaire pour la chasse sur les ronces ou les gros Chardons qui détruisent vite les tilets. Il est rare qu'au filet on ne [)reune pas à la fois sur les fleurs un grand nombre d'Hyménoptères et de Diptères. On fera bien de placer alors le cadre du tilet contre terre et de relever le fond verticalement, de manière à examiner les insectes qu'on veut garder et à les isoler des autres par quelques secousses, en les forçant à se réfugier au fond du tilet. On laisse échapper tous les Insectes inutiles, puis, ramenant le filet contre terre, on le tend de manière à rendre immobile j)ar la pression l'Hyménoptère qu'on veut
conserver. S'il s'agit d'un gros Insecte ou d'une espt''cc poilue, il faut le piquer au milieu du corselet à travers le filet, en faisant sortir profondément l'épingle; pour les espaces à corps lisse, on peut introduire avec précaution dans le filet maintenu à demi tendu le flacon à chloroforme ou à cyanure de potassium, à demi rempli de rognures de papier, et les y faire tomber. On doit aussi explorer avec soin les talus secs et exposés au midi, et les vieux murs, où sont toujours un grand nombre de nids. On peut de cette manière se procurer les deux sexes d'une m(5rae espèce avec plus de certitude qu'en chassant sur les fleurs.
A la fin de l'automne, ou même en hiver, alors que les adultes sont morts, il est bon de recueillir les nids des espèces solitaires en creusant avec précaution tout autour. Ils sont alors remplis de nymphes, et procureront au printemps les mâles, les femelles et les parasites. Le midi de la France est beaucoup plus riche en Anthophores, en Cerceris, etc., que le nord; on y trouve presque exclusivement les Scolies, les Sphex, etc.
Il n'y a aucun danger de piqûres nombreuses en chassant près des nids des espèces solitaires , même rassemblées en très-grand nombre au môme endroit : ce sont des voisins indifférents aux attaques exercées contre les demeures de leurs semblables. 11 en est tout autrement des Mellifiques sociauv, qui se réunissent en foule pour punir l'agresseur de leur nid commun. On se contentera de prendre au filet quelques individus qui entrent ou qui sortent. Si l'on veut étudier les mœurs de ces curieux Insectes, on peut s'approcher sans danger du nid, même de très-près, pourvu qu'on ait la précaution de rester bien immobile. Si l'on veut s'emparer du nid, on fera bien d'attendre le soir ou le matin, où les Insectes sont moins actifs. On introduit dans le tuyau d'entrée une mèche soufrée bien allumée, ou mieux des tampons de coton imprégnés de chloroforme ou de benzine. A.u bout de quelque temps, on enlève le nid s'il est attaché à une branche, ou bien on le déterre à la bêche. On retire ù la pince les Insectes engourdis. On peut désirer conserver le nid avec ses habitants, afin d'attendre l'éclosion successive ' des parasites ou de certains mules et femelles qui ne paraissent qu'en été. 11 faut alors placer le nid dans une boîte à grillage métallique, et nourrir les Insectes avec du miel, en ayant soin aussi de leur fournir de l'eau. Si l'on esta la campagne, après deux ou trois jours de captivité, on peut ouvrir la boîte. Les habitants vont se nourrir au deliors et rentrent régulièrement. Quant aux Fourmis, on prend les neutres aptères aux environs des fourmilières. Il est bon de guetter l'époque de la sortie des essaims de mâles et de femelles ailées, si l'on veut se les procurer. Cela est plus simple que de dévaster la fourmilière, où trèssouvent ils ne sont pas encore éclos, et où l'on ne trouve que des neutres ou seulement avec eux des femelles sans ailes, si l'époque de l'accouplement est passée.
Pour recueillir les Hyménoptères de lrès-;u'li((' (aille ((lliaUidides,
Procfrotrnpidcs, Cynipsidos, Braconiens), il est l)oii do se munir de petits tubes, avec un peu de grosse sciure ou de Iragments de papier, et l'on y introduit isolément les individus de chaque espi^ce. En cherchant sous les feuilles sèches et la mousse , on se procure des Ichneumoniens sortis des chrysalides des chenilles dans le corps desquelles vivaient leurs larves. On aura soin aussi de recueillir les chenilles ichnPHmon('ps ou piquées par la tarière des Ichneumoniens femelles, ce qu'on reconnaît aux petites taches d'un noir brunâtre dont leur peau est parsemée, et l'on fera l'éducation comme il sera dit en parlant des chenilles. Les morceaux de vieux bois perforés seront recueillis, afin d'obtenir l'éclosion des Hyménoptères qui y font leurs nids. On explorera les amas de bûches dans les bois et les chantiers. Les fausses chenilles des Tenthrédides, qui se nourrissent de feuilles et dont les nymphes sont entourées de cocons, seront un moyen de se procurer certaines espèces qu'on n'aurait pas rencontrées adultes.
L'étaloir sert à étendre les ailes des Hyménoptères. La conservation en collection n'otfre aucune difficulté spéciale. Les très-minimes espèces se collent sur la paillette de mica, ou mieux se piquent au til de platine sur billot de moelle. Les larves molles seront placées dans l'alcool affaibli. On peut souffler les fausses chenilles des Tenlhrédides comme les chenilles des Lépidoptères.
Les Hyménoptères sont les seuls Insectes dont la capture présente un certain danger, à cause de l'aiguillon avec glande venimeuse dont sont munies beaucoup d'espèces. La piqûre s'évite facilement en observant les précautions que nous avons indiquées pour la chasse. Les Hyménoptères peuvent se poser sur nos organes, et ne piquent pas si l'on évite de les comprimer sur la place ou de les irriter. Enfin, en cas d'accident, une friction un peu énergique arrête l'enflure, si la piqûre est légère et si l'aiguillon n'est pas resté dans la peau. Des lotions d'eau froide et un peu d'ammoniaque suffisent pour prévenir toute douleur des piqûres plus fortes. On doit toujours se munir du flacon d'alcali volatil dans les chasses aux Hyménoptères. Il n'y a, au reste, de danger réel que si, par une imprudence toute volontaire, on s'exposait aux piqûres simultanées d'un grand nombre de Melliliques sociaux dont on aurait bouleversé le nid. On a vu des chevaux mourir sous les mille piqûres des Abeilles d'une ruche, et des individus mourir de sutl'ocation par gonflement immédiat de l'arrière-bouche, en mangeant sans regarder un fruit enir'ouvert où des Guêpes étaient renfermées. Ce sont là des faits qui n'ont aucun rapport avec les légers acci(l(Mits que peutcraindnî un entomologiste instruit et attentif à ses acle>.
Les Lépidoptères sont d'un plus grand intérêt pour la plupart des amateurs que les trois ordres précédents. La richesse de leurs couleurs, l'attrait deleurs formes gracieuses, expliquent la faveurdoni ils jouissent auprès des entomologistes, et qu'ils partagent avec les Coléoptères. On doit ajouter à leur histoire un chapitre tout si)écial à cfl ordre, la ré-
\5h INTRODUCTION.
coite et l'éducation des chenilles. Ce n'est que d'une manitre trôs-exceptio[inelle qu'on s'occupe des larves des autres ordres. Celles des Coléoptères ne pouvant pas, à moins des plus minutieuses précautions, Otre conservées en captivité, sont négligées. Il en est tout autrement des chenilles. Elles offrent le seul moyen d'obtenir, à l'état de complète fraîcheur, beaucoup d'espèces de Papillons nocturnes qu'on trouve trèsdifticilement à l'état adulte, et dont le vol ternit très-promptement l'éclat.
On reconnaît que les plantes ont été mangées par des chenilles quand on voit les feuilles attaquées par les bords, à l'exception toutefois des très-peliles espèces, qui minent le parenchyme : ceci explique pourquoi il est bon, à l'instar des éducateurs de Vers à soie, de hacher les feuilles qu'on donne à manger aux jeunes chenilles, afin de créer des bords artificiels. Au contraire, les feuilles trouées dans l'intérieur du limbe indiquent des Coléoptères ou des Limaces et Hélices. Il est utile de remarquer si les bords rongés sont frais ou desséchés; dans ce dernier cas, la chenille peut s'être éloignée ou avoir subi sa transformation. Dans le commencement du printemps, avant l'apparition des feuilles des arbres, on doit passer au parapluie ou au filet à larges mailles les feuilles sèches ramassées dans le voisinage des plantes basses. Dès le mois de mai, on secoue les branches des arbres au-dessus de la nappe, principalement celles du Bouleau et du Peuplier. Le Châtaignier est au contraire l'arbre le plus pauvre en chenilles. On doit avoir soin de visiter les lichens des arbres et des murs, les palissades, les interstices des écorces (chenilles des Bryophiles, des Psychides à fourreaux rugueux) ; les chatons des Amentacées , les siliques des Crucifères, les gousses des Légumineuses, les capsules des Caryophyllées, les tiges flétries des Roseaux et des Typha, les branches et les troncs des arbres perforés par les espèces à chenilles lignivores, les fruits \éreux (chenilles de Carpocapses), etc. La recherche des chenilles par battage des arbres se continue jusqu'à la fin d'octobre ; enfin, au mois de novembre, on reprend l'exploration des feuilles sèches, où s'engourdissent les chenilles qui doivent passer l'hiver. Les fortes gelées et les neiges mettent seules fin aux recherches, les chenilles se cachant alors profondément.
Pour élever les chenilles, on les place dans des pots de terre contenant au fond de la terre fine, comme celle des taupinières par exemple. On la maintient légèrement humide ; elle sert à. recevoir beaucoup de chrysalides. Le pot est recouvert, soit d'une gaze, soit d'un couvre-plat de fils métalliques (fig. 18 et 19). On y place les feuilles convenables, (ui ayant soin de les renouveler souvent. On peut même conserver dans la terre du pot une plante avec sa racine, ou inlruduire au centre un petit flacon plein d'eau où plongeront les rameaux. Il esl bon de disposer les pots sous un hangar ou dans un grenier bien aéré. T/éducation en plein air donne d'excellenis résultats. On p(Mit mettre les petites chenilles
CHASSIi !iT CONSERVATION.
sur une branche d'arbre dans un jardin, et l'entourer d'un manchon de tiaze serré aux deux extrémités de la branche. H ne faut jamais mettre daus le même pot beaucoup de cheuilles à la fois; leurs excréments et les cadavres de celles qui meurent viciont l'air, et il en est qui dévorent les autres. Il est très-bou, surtout dans les temps secs, de mouiller l('t,vrcm('ut les feuilles à l'airosuir, car les chenilles ])oivcnt avec [il.uMr.
'vn
1*"|G. 18. — Pot à chenilles recouvert d'un treillis métallique.
FiG. l!t. — Pot à chenilles avec rameau plongé dans l'eau et armature de fils de fer recouverte de gaze.
I.'éducation des chenilles captives de tous les groupes, surtout des espèces de montagnes humides et aussi des très-petites chenilles faiblement mandibulées, est aidée singulièrement par une excellente pratique que les amateurs doivent ù M. Fallou. 11 a eu l'idée d'utiliser rap})areil pulrérisatear de Richardson, perfectionné par G. Fallou, et destiné à produire une impalpable pluie d'éther pour les anesthésies locales. Cet appareil, employé avec l'eau, cou\re les plantes qui nourrissent les chenilles d'une rosée analogue à celle de la nature, laissant autour des Insectes un air très-humide. De cette manière aussi les chrysalides ne se sèchent pas et les adultes éclosent bien. De même, dans ses tentatives pour acclimater les espèces de Bombycides producteurs de soie lAltacus Cynthia rera, Arrindia, Ya-ma-muï), M. (Jiiériu- .Ménc\illi' a\ait constaté l'excellent effet sur les chenilles de l'eau injectée en très-fines gouttelettes au moyen d'un i-ouflleL
11 faut é\il{!r de toucher les chenilles avec les doigts, surtout quand elles soni ji'unes, le moindre conlacl élanl capable de les blesser. On
les soulève avec les barbes dune plume, ou mieux avec les feuilles sur lesquelles elles se posent. On doit examiner à la loupe si la chenille n'a pas subi de piqûres d'ichneumons, ou si des œufs de Diptc'-res ne sont pas collés sur sa peau. Dans ce dernier cas , s'ils ne sont pas éclos, on peut les enlever avec un pinceau; mais on sera toujours dans le doute que quelque œuf n'ait été oublié. Certaines chenilles pollues peuvent, au moment des mues , causer une légère urticalion en perdant leurs poils, qui entrent dans la peau. On doit alors ne pas les manier. Ce sont là les prétendues chenilles venimeuses dont parlent beaucoup de personnes. Il faut ouvrir avec précaution les nids des Processionnaires du Chêne et du Pin, remplis de ces poils ; ils voltigent et produisent des rougeurs sur les parties délicates de la peau des personnes qui pénètrent dans les fourrés des bois, dans les années où ces chenilles abondent. On a, du reste, singulièrement exagéré ces dangers, et ce sont sur des sujets d'une constitution vraiment exceptionnelle qu'on a vu, dit-on, ces urtications produire la fièvre.
Il est nécessaire de donner quelques indications succinctes sur la recherche et l'éducation des chenilles de ces petites espèces que les amateurs réunissent sous le nom de Microlépidoptères, à cause de leurs faibles dimensions, bien qu'il y ait quelques exceptions sous ce rapport (exemple : Halias quercana, Galleria cerella, etc.). Ces chenilles se trouvent rarement à découvert, car les unes minent le parenchyme dos feuilles, d'autres vivent dans l'intérieur des tiges, d'autres roulent une feuille en cornet ou en réunissent plusieurs ensemble. Aux mois de février et de mars, on recherchera dans les feuilles sèches, soit tombées sur le sol, soit adhérentes aux plantes, les chenilles, ou plutôt les chrysalides, dont on n'aura plus qu'à attendre l'éclosion. On doit aussi visiter le bois pourri, les écorces, et les bolets, qui nourrissent plusieurs Tinéites. A partir de l'apparition des feuilles, on examinera avec soin les feuilles qui présentent des enroulements ou des taches. On recueillera plus facilement encore les petites chenilles à fourreaux, parce qu'elles se montrent à l'extérieur des feuilles, qu'elles mangent très-généralement par dessous. On en trouve aussi sur les palissades, les lichens des écorces. La plupart sont à fourreaux lisses, ce qui les distingue des chenilles de Psychides ; quelques-unes ont des fourreaux de pellicules élagées de cellulose (genre Coleophora, Teignes à falbalas de Réaumur).
Pour élever ces petites chenilles, il faut distinguer deux cas. Celles qui minent ou roulent les feuilles ne peuvent pas quitter les feuilles où on les rencontre, et meurent si elles se dessèchent avant leur métamorphose, il faut donc que celles-ci conservent leur fraîcheur le plus longtemps possible. Comme très -peu d'air suffit à ces petites chenilles, on renferme les feuilles ou tiges dans des boîtes de fer-blanc bien closes et contenant au fond delà terre. Les chrysalides se forment en terre pour certaines espèces; pour d'autres, restent dans la fenille minée, ou se placent entre les feuilles sèclies, soit nues, soit enlourées
CIIASSU: ET CONSKUVATION. 157
de cocons. Il laut éviter avec soin la moisissure des feuilles ainsi renfermées. Les chenilles à fourreaux ont besoin d'air et s'élèvent en pots suus la gaze ou le treillis métallique, en maintenant frais les végétaux qu'on leur donne. Si elles doivent passer l'hiver, il faut mettre les pots où on les garde dans un jardin, à l'air libre et humide du dehors, car ces très-petites chenilles se dessèchent et meurent presque toujcjurs si on les garde dans les appartements.
Pour mettre les chenilles en collection, le moyen le plus simple; est l'emploi de liquides préservateurs, soit l'alcool affaibli, de ^0 ù T2 degrés U.iumé, soit les diverses liqueurs servant à conserver les préparations anutomiques, et que fournit le commerce. On commence par laisser séjourner la chenille pendant quelques heures dans l'alcool, atln qu'elle se débarrasse de diverses déjections qui troubleraient le liquide. Toutes ces substances ti Dissent par altérer et détruire les couleurs de la chenille, en même temps qu'à l'inverse le liquide se colore. Dans une seconde méthode, on vide la chenille et on lui enfonce dans le corps de l'alun calciné mêlé à du coton haché, ou l'on y injecte de la cirefondue au moyen d'une petite seringue à injection.
On peut aussi maintenir la cire fondue dans un bain d'eau chaude, et la faire passer dans la peau de la chenille vidée au moyen d'une petite ampoule de caoutchouc pleine d'air qu'on presse entre les doigts, et de tubes de verre ou de fétus de paille convenablement ajustés. Ces préparations à la cire sont difficiles et déforment beaucoup les sujets, si l'on n'eu a pas une grande habitude. Il est bon de repeindre la chenille à l'extérieur pour les parties ornées sur le vivant de couleurs vives.
Les amateurs adroits préfèrent l'insufflation des chenilles. Pour cela, on incise d'un coup de ciseau l'extrémité de l'abdomen, et, en pressant légèrement avec les doigts, on fait sortir les viscères, muscles et autres matières molles de l'intérieur. On introduit alors un fétu de paille dans l'ouverture, ou le bec d'un chalumeau, en faisant avec un fil une ligature qui maintient la peau de la chenille. On la porte ensuite au feu. Pour cela, on introduit la chenille dans un appareil chauffé à l'espritde-vin ou au moyen d'un réchaud de charbon de bois, appareil qui varie selon les opérateurs. Pour les uns, c'est un entonnoir de fer-blanc renversé; pour d'autres, c'est une boîte carrée de métal, ou une simple plaque; on peut employer, si l'on veut, un court tuyau de tùle posé horizontalement sur le support qui surmonte la lampe à alcool. On souffle doucement en roulant dans l'air chaud la chenille, de manière qu'elle sèche également de tous côtés. Tant que la clienille est dans l'air chaud, il ne faut pas cesser de souffler. On la retire quand elle est gonflée et sans humidité. On la pique avec une épingle, ou on la colle sur une carte. On peut aussi passer à l'intérieur un morceau de paille. On comprend qu'une pratique soutenue doit faciliter la réussite de celle pelile opération. Il faut choisir pour les cheuilles poilues le moment qui suit la mue; sans cola, les poils se délachenl du
l58 INTRODUCTION.
corps lorsqu'on les \ide. Les chenilles soufflées doivent êlre tenues à l'abri de l'humidité.
Un amateur instruit et artiste habile, M. Goossens, a ajouté à ce procédé d'importants perfectionnements, il fait remarquer que ces chenilles soufflées conservent leur aspect naturel si elles sont grises , brunes, noires ou fortement poilues, il en est tout aulrement pour les chenilles vertes, ou jaunes, ou incolores. En vidant une chenille vert-pomme, on voit déjà la peau se décolorer et devenir d'un jaune sale ; puis , à mesure qu'on la desséche en la soufflant dans l'appareil, la peau passe du jaune au brun clair et souvent au brun foncé, il reste sans doute la forme et la taille, mais le sujet devient méconnaissable, surtout dans les petites espèces de Phalénites et dans les Microlépidnptères, où il y a souvent si peu de différence entre les chenilles de pkisieurs espèces voisines.
On essayerait en vain d'injecter à l'intérieur de la chenille de la cire colorée : tantôt la peau n'est pas transparente et ne laisse pas voir la couleur interne ; tantôt la couleur, au contraire, lient à la surface extérieure de la peau ; enfin, ce moyen est inexécutable pour les petites espèces. Il faut peindre ces chenilles soufflées à l'extérieur. Les couleurs à l'eau ne prennent pas sur la peau grasse, et celle-ci est trop fragile pour qu'on puisse la dégraisser à la craie ou au savon.
M. Goossens recommande de délayer la couleur en poudre dans de l'essence de térébenthine, d'essayer la teinte sur une palette ou sur une assiette, puis de peindre le corps de la chenille soufflée. La couleur à l'essence prend parfaitement sur la peau de la chenille. Cette méthode s'applique aux chenilles décolorées des Sésies, aux larves de Coléoptères, etc. iilUe est donc importante par sa généralité. La peinture, très-aisée^ se résume le plus souvent en une teinte plate. On fait sécher un moment la larve dans l'appareil décrit plus haut, maisalois lus couleurs deviennent mates. Pour leur donner l'aspect cireux propre aux chenilles vivantes, M. (ioosseus les plonge un instant dans de la cire vierge fondue, éclaircie d'un peu d'essence de térébenthine. En retirant tout de suite la chenille peinte, elle n'a qu'un léger glacis de cire.. On peut ajouter à la cire un peu d'acide arsénieux, qui 8er\ira de préservatif. Ce procédé de peinture des chenilles et des larves soufflées, que chacun peut perfectionner par la pratique, et auquel le goût artistique n'est pas étranger, permettra de faire des collections de chenilles et de larves avec autant de plaisir qu'on fait habituellement des collections d'Insectes parfaits. De beaux exemplaires, bien réussis, de ces chenilles soufflées et peintes de leurs teintes naturelles, ont été présentés par M. Goossens à l'examen des membres de la Société enlomologiquede l'"rance, dans sa séance du 27 septembre 1865, et ont été soumis au public en 1868, au palais de l'industrie, à Paris, à l'exposition des Insectes,
La recherche des chrysalides comprend deux cas; il 'm est qui res-
CHASSE i;t CONSKhVATION. iSO
lent à l'air, soit suspendues de diverses manières, soit dans des cocons. Il y a peu de cliances de les rencontrer, parce que les chenilles en général cachent le lieu de leur retraite. Cependant on devra visiter le dessous des chaperons des murs des jardins et vergers, les palissades, les trous des arbres, soulever les écorces crevassées. Certaines espèces appliquent leurs coques très-dures contre le tronc des arbres ou ta leur base. Les chrysalides qui se mettent naturellement en terre sont plus aisées à rencontrer. On les déterre au moyen d'une petite pioche ou déplantoir des botanisies, ou avec l'écorroir. On fouille au pied des arbres isolés, en ayant soin de remarquer si la terre n'est pas trop dure, car dans ce dernier cas les chenilles n'ont pu y pénétrer. 11 est inutile de fouiller au pied des arbres placés au centre des taillis, où l'air et la lumière pénètrent peu, caries chenilles ne s'y placent pas pour se métamorphoser. On doit éparpiller la terre enlevée au pied des arbres, afin d'aperce\oir les chrysalides qu'elle renferme. Il faut aussi chercher sous la mousse qui recouvre les racines et le bas du tronc des arbres. Les mois de septembre et d'octobre sont de bonnes époques pour récolter les chrysalides en terre ; on fera bien aussi de se livrer à. cette opération aux mois de février et de mars, après les fortes gelées de décembre et de jan\ier. On sera moins exposé à voir les chrysalides se sécher. On doit soupeser à la main les chrysalides, afin de n'emporter que celles qui sont pleines et en vie latente. On comprend qije celles qui ont résisté aux gelées ont plus de chance d'éclosion. Il ne faut pas s'écarter beaucoup du pied des arbres. 11 est bon de suivre les cultivateurs qui arrachent certaines plantes en terre, comme les pommes de terre, les topinambours, les betteraves, etc., ou les paysans qui déracinent les bruyères dans les bois. On trouve des chrysalides de certaines espèces dans ces terres remuées. Les chrysalides et les cocons qu'on recueille doivent être placés dans une boîte à trous d'aérage, et entourés de mousse. On met les chrysalides dont on veut obtenir les papillons dans une chambre aérée ou sous un hangar, à l'abri des rayons du soleil. Si les chrysalides appartiennent aux espèces qui entrent en terre, on aura soin de les enfoncera demi dans la terre fine de bruyère ou autre, en mettant en l'air la portion céphalique, afin que le papillon sorte plus aisément. On aura soin d'humecler la terre de temps à autre, ou la sciure de bois où l'on place les chrysalides de Sésies. On peut les recouvrir d'un peu de mousse. Il est bon aussi de mouiller les chrysalides nues et l'intérieur des boîtes ou pots où sont les cocons. L'évaporation fait périr beaucoup de chrysalides dans les jours chauds, en même temps qu'elle abaisse souvent la température de leur surface audessous de celle de l'air environnant. Quand on envoie les chrysalides d'un pays à l'autre, il faut les emballer, sans les presser, dans de la mousse, et avoir soin que de nombreux trous laissent passer l'air dans les boîtes, car les chrysalides respirent. C'est pour avoir négligé cette précaution que des cocons d'espèces productrices de soie, venus de
Chine dans des caisses complètement closes, ont été trouvés à l'arrivée remplis de chrysalides mortes et pourries.
Pour conserver les chrysalides en collection, il faut les faire périr par la chaleur, et les piquer quand elles sont sèches. On peut aussi les mettre dans l'alcool affaibli. Ce dernier moyen est le seul qui laisse subsister les taches dorées ou argentées de certaines chrysalides de Diurnes, lâches qui sont dues à l'air intercalé sous un mince tégument, et qui disparaissent quand les chrysalides sont mortes et desséchées.
I,a chasse des Lépiduplères adultes se fait au filet. On tue immédiatement les Diurnes et les Phalénides de taille un peu forte en les pressait entre les doigis sous le thorax. Pour toutes les petites espèces, qui seraient altérées par ce moyen, il faut se contenter de les étourdir dans le flacon à chloroforme ou à cyanure de potassium, puis les piquer, et compléter ensuite l'asphyxie, s'il en est besoin, au moyen d'une substance anesthésique placée dans la boite. Pour les Nocturnes et certaines Phalénides à duvet, la pression des doigis altérerait le thoiax et le dénuderait. On les pique vivantes et on les laisse dans une boîte à fond de liège, les pattes posées sur le fond, afin qu'elles se débattent moitis. On peut imprégner l'épingle d'une décoction concentrée de tabac qui les empoisonne, ainsi de jus de pipe. Pour les très-gros Lépidoptères, Sphinx, Ijombyx, Noctuelles, un très-bon moyen de les tuer et d'empêcher leur altération par les longues convulsions de l'agonie, est d'enfoncer dans le thorax une longue aiguille de cuivre ou d'argent, métaux trèsbons conducteurs de la chaleur, et d'en chauffer l'extrémité libre à la flamme d'une lampe à alcool ou d'une bougie, en tenant entre les doigts le thorax de l'Insecte et l'empêchant de battre des ailes; au bout de quelques instants d'échaufl'ement interne, la mort survient. On retire aussitôt l'aiguille insecticide. Un grand nombre de Noctuelles se trouvent endormies sur les troncs des arbres ou sur les murs : on cherche souvent à les piquer sur place. L'épingle ordinaire glisse aisément sur leur thorax ; on se servira alors d'une forte aiguille d'acier à pointe très-aiguë, à laquelle on substitue ensuite l'épingle. On peut aussi, selon le conseil de M. Bellier de la Chavignerie, employer un système de trois aiguilles d'acier dont les têtes sont encastrées au moyen de cire dans un tuyau de plume. On maintient ainsi en place les espèces les plus vives, et on les pique aisément.
il y a plusieurs genres de chasse spéciaux aux Lépidoptères nocturnes et que nous devons décrire avec soin, car ils donnent un moyen bien plus simple, et surtout plus général, que la recherche et l'éducation des chenilles, pour se procurer un grand nombre d'espèces qu'on ne rencontre presque jamais dans les explorations ordinaires.
Dans la chasse dite à la lanterne, on place dans les jardins, au milieu des bois, des lampes à globe de verre ou des lanternes. 11 estbon d'étendre des draps au-dessous, afin d'éclairer par dilfusion l'espace environnant. Beaucoup de Papillons de nuit, et surtout les mâles, sont attirés par les
ciiAssE i:r ccNsiinvAiioN. 161
(euv, sansdoulc par quelque dépendance de la Ibuction de génération. Ou capture au filet les Insectes attirés. On peut encore disposer une lumière dans un pavillon isolé, un kiosque au centre d'un jardin, une hutte de garde dans les bois, en laissant les fenêtres ouvertes. On trouvera le lendemain matin beaucoup de papillons engourdis sur les murs de la salle. Depuis l'éclairage au gaz de certaines grandes promenades publiques, ce genre de chasse est devenu très-facile le soir, autour des candélabres. Les amateurs anglais prennent beaucoup de Phalénides, abondantes dans leur' pays brumeux, autour des becs de gaz des parcs. Nous recommanderons près de Paris les candélabres de l'allée qui va d'Auleuil à Boulogne, à travers le bois; ceux de la route de Sèvres et de Saiut-Cloud, le long de la Seine ; ceux des chemins stratégiques des Ibrtifications. On peut se contenter d'aller de grand matin chercher les insectes engourdis contre les vitres de la lanterne ou contre le socle. Il est très-curieux d"y rencontrer un nombre considérable de petites femelles aptères des genres Hibernia, Phigulia, etc., dans les mois de novembre et décembre, de février et de mars. Elles ont dû y grimper de l'intérieur des tailhs voisins, ou bien y ont été amenées accouplées par les mâles ailés.
Ce genre de chasse réussit en toute saison. Une autre chasse, nommée à la miellée, est spéciale pour les Noctuelles et pour les Phalénides, insectes pourvus d'une spiritrompe et avides de matières sucrées. Cette chasse ne donne de résultats très-avantageux que dans les mois de septembre et d'octobre, alors que les fleurs qui attirent ces Insectes au printemps sont devenues rares. Au coucher du soleil, on enduit le tronc de plusieurs arbres voisins avec du miel de qualité inférieure ou de la mélasse, en étendant d'iin peu d'eau la matière sucrée, qu'on doit choisir fortement odorante. On vient inspecter de temps à autre à la lanterne les arbres ainsi enduits, et l'on y trouve les Insectes si occupés à humer le miel, qu'ils se laissent aisément précipiter dans le filet ou piquer sur place. (Ji^i^nd on opère cette chasse en rase campagne, où il n'y a que des plantes basses, on dispose plusieurs piquets, avec des cordes de l'un à l'autre, et l'on recouvre de miel cordes et piquets. Il est bon de choisir les iiuils calmes et sans lune, dont la lumière blesse et elîarouche les Noctuelles plus encore que la lumière solaire. A l'arrière-saison, les raisins très-mûrs en espalier attirent lesiNoctuelles, de même les arbres dû l'on a reconnu l'existence de nombreux Pucerons à sécrétion sucrée. On doit les inspecter à la lanterne, le filet de l'autre main.
Les grandes espèces de Nympliales sont fortement attirées par les odeurs ammoniacales. On réussira à les faire descendre en abi)ndatue du haut des arbres, en répandant sur le chemin du fumier gras des bergeries, qui est très-odorant. Les Bombycites, qui ne mangent pas, ne peuvent être rassemblés, comme les genres précédents, parl'attrail de substances sucrées ou pourries. Quand on pourra se procurer une femelle non fécondée de ce groupe, soit d'éclosion, soit autrement, il faul cniAUD. 11
la suspendre dans une pelile cage de gaze, au milieu des bois, des jardins ou des champs, selon l'espèce. On est certain de prendre autour de cette cage de nombreux mrdes, appelés parfois à d'énormes distances par l'instinct de la reproduction, qui est devenu le seul appétit de ces Insectes à bouche atrophiée.
Les pays de montagnes procureront aux amateurs des espèces qu'on chercherait vainement dans les plaines de nos climats. La chasse dans les montagnes présente cet attrait particulier qu'en s'élevant de quelques centaines de mètres, on trouve des espèces différentes (ce que nous disons ici des Lépidoptères se généralise pour les autres ordres). A mesure qu'on s'élève, se montrent successivement les espèces qui apparaîtront dans les plaines lorsqu'on s'avancera vers le cercle polaire arctique et au delà. Les montagnes moyennes, comme les Vosges et les causses de la Lozère, nous offriront les Parnassiens à la région des Rhododendrons. Le groupe des Érébies ou .Satyres nègres est exclusif aux montagnes d'une certaine élévation, ainsi que diverses Coliades et Argynnes ; et contre les neiges perpétuelles volent les Chionobas aux couleurs nébuleuses et comme pâlies par le froid. Ces Insectes correspondent aux Graminées, principale végétation des altitudes extrêmes. Les jeunes amateurs feront bien, s'ils ne peuvent voyager eux-mêmes, de recommander à leurs amis de capturer tout ce qu'on trouvera à partir de'cerlaine hauteur ; ce sera nouveau.
La chasse des petites espèces, ou Microlépidoptères, nécessite quelques conseils particuliers. Il est indispensable de se servir pour eux du llacon anesthésiant, car il ne faut pas songer à les tuer en les pressant entre les doigts , on détacherait nécessairement quelques-unes de leurs pattes si délicates et l'on enlèverait une partie de leurs écailles pareilles ;\ la plus fine poussière. Si on les trouve engourdis sur les feuilles ou sur les branches, on peut les faire tomber immédiatement dans le flacon. S'ils volent, on les prend au filet et l'on introduit dans celui-ci le flacon. Il y a quelques genres de ces petites espèces qui volent pendant le jour : ainsi les Adèles aux longues antennes d'argent, dont les légions clincellent sur les buissons par les belles matinées du printemps ; les Diurnées, qu'on trouve sur les troncs d'arbres ; les Plalyomides, qui se tiennent dans les feuilles sèches ; mais la plus grande partie ne deviennent actives que le soii*. En général, la même espèce abonde en individus ; mais rien de plus circonscrit que la distribution de ces débiles hisectes, qui, faibles voiliers, s'écartent peu des plantes où vivaient leurs chenilles.
Nous avons peu de chose à ajouter aux préceptes généraux déjà indiqués pour la préparation des Lépidoptères en collection. Les espèces à abdomen volumineux ont l'abdomen sujet à se briser, surtout quand on transporte les boîtes, et les fragments, qui roulent, outre qu'ils s'altèrent, peuvent briser des ailes et des pattes. M. Bellierde la Chavignerie conseille fortement d'introduire sous la tête de l'Insecte, frais ou ra-
CHASSE ET CONSEUVATION. 163
riKiIli, .111 moyen d une aiguille très-longue et ir'"'S-tin(!, un iil qu'on lail lossoi'lir par l'exlrémilé de l'abdomen ; puis on coupe C(! fil aux deiiv bouts, près de la tête et à l'extrémité du corps, l'ar ce moyen, l'ubdomen se trouve étroitement soudé au corselet. 11 est bon de tremper ce fil dans une solution arsenicale ou dans une ibrte décoction de tabac, ce qui éloigne, au moins pour un certain temps, les Insectes destructeurs.
On recommandera aux correspondants exotiques, qui envoient les magnifiques Papillons tropicaux, de détacher les abdomens des mâles, qui peuvent amener rapidement le graissage des ailes aux splendides couleurs. Cette précaution est prise d'habitude pour le magnifique Morpho Ctjpris des environs de Santa-Fe de Bogota. On recolle ensuite ces abdomens séchés ou vidés et passés à l'alcool sublimé.
La préparation des Microlépidoptères est délicate, à cause de leur ténuité. iM. Fologne recommande avec raison les soins que voici: On pique le petit Papillon, renversé sur le dos, entre les pattes de la première paire, au moyen d'une épingle à deux pointes ou du fil de platine. Cette opération est la partie la plus difficile ; on doit se servir d'une loupe si l'on n'a pas la vue très-perçante. Le dos de l'Insecte doit être appuyé sur un petit rectangle de papier glacé qu'on pique en même temps, et qui servira à proléger la fine pubescence du thorax, ou mieux dans la rainure du billot de moelle. Les étaloirs sont formés de deux lames de cristal de même épaisseur, avec papier blanc collé au-dessous, adaptées sur une planchette, et offrant, dans leur étroit intervalle proportionné au corps des Mirrolépidoptèrcs, une bande de moelle de sureau. On étale les Papillons retournés, c'est-à-dire le dessus des ailes touchant les lames de cristal. On déploie les ailes en soufflant légèrement d'arrière en avant; on les met en place avec une très-fine pointe d'aiguille, et l'on applique dessus de petits carrés de cristal. Le papier est toujours trop rugueux pour pouvoir être employé, et, comme les fortes nervures des ailes font saillie en dessous, il y a prise pour la pointe sans les percer. Avec de l'habitude, on arrive à étaler les plus petites espèces.
Il y a quelques amateurs qui mettent les Papillons en album. Les uns coupent les ailes et les antennes, les collent et peignent le corps dans l'intervalle ménagé. On préfère beaucoup ordinairement opérer un décalquage des brillantes écailles des ailes. On place les ailes coupées sur le pa[ùer \élin, qui a été enduit au pinceau d'une dissolution dans l'eau de belle gomme arabique à laquelle on a ajouté un peu de sel de cuisine. (»n a laissé entre les ailes la place exacte du corps. On recouvre le tout d'une feuille de papier de soie très-fin et très-lisse, puis d'une feuille de carton glacé, et par-dessus on met une planche chargée d'un fort poids, ou bien on comprime avec une petite presse à vis, comme celle qu'on emploie pour serrer et sécher les plantes dans les herbiers. Puis on découvre les ailes, et, avec un instrument délié et
Hik INTRODUCTION.
pointu, un enlève duucement la membrane de celles-ci, de sorte que le papier conserve adhérentes les écailles seulement. On a soin de dessiner et de peindre le corps, les pattes, les antennes. On peut coller celles-ci en nature. Les albums de Papillons ainsi appliqués sont bien plus commodes à manier que les boîtes et tiroirs et non soumis aux causes habituelles de destruction; mais il n'est pas besoin de longues explications pour faire comprendre qu'une collection ainsi entreprise ne peut être qu'un agréable sujet d'amusement, et non l'objet d'une véritable étude scientifique.
L'ordre des Hémiptères, quoiqu'il soit loin d'être l'objet de collections aussi fréquentes que les Coléoptères et les Lépidoptères, est recherché par d'assez nombreux entomologistes. Il partage avec les Coléoptères l'avanlage d'une facile conservation pour presque tous ses groupes. On se borne, pour les Hémiptères hétéroptères, à piquer les sujets au milieu du thorax, sans étalage des ailes; celui-ci n'est usité que pour la plupart des Homoptères. Enfin, si l'on se contente, comme c'est le cas le plus habituel, des espèces d'Europe, le nombre des sujets à recueillir est assez restreint, et l'on peut réunir une intéressante collection sans grande dépense pour le nombre des boîtes ou tiroirs, sans qu'elle exige une place considérable. Ces considérations pécuniaires sont de nature à faire réfléchir beaucoup d'amateurs avant d'entreprendre une collection d'un ordre qui, par le nombre des espèces, peut amener, avec le temps, d'assez grands frais. Cette dernière remarque s'applique aussi aux ordres, assez peu nombreux en espèces d'Europe, des Orthoptères et des Névroptères ; mais leur préparation et leur conservation offrent plus de difficultés que pour les Hémiptères. La chasse aux Hémiptères se fait au moyen du filet et de la nappe. On place celle-ci au milieu d'une clairière entourée de hautes herbes ou d'arbustes, et l'on bat les végétaux tout autour, de manière que les Homoptères sauteurs viennent se rassembler sur la nappe. Le filet sert à prendre au vol beaucoup d'Iiétéroptères. On ramasse en général à la main les Punaises de bois. On peut aussi se servir du fauchoir pour rassembler les ombelles et les capitules, dans lesquels sont tant d'Insectes. Ce filet sert à pêcher dans la vaae les Hydrocorises ou à enlever à la surface de l'eau les Hydromètres et les Gerris. Enfin, le parapluie, au-dessus duquel ou bat les branches et dans lequel on jette les feuilles sèches, est égaleinent utile. Les Hémiptères sont introduits, comme les Coléoptères, dans des flacons avec rognures de papier imbibées de cliloroforme ou de benzine, et de la sciure sèche de bois blanc pour enlever toute humidité. De petits tubes servent à emporter isolément les espèces de faible taille et molles, comme les Pucerons et les Coccus, en ayant soin d'inscrire sur le bouchon du tube, ou sur le papier qui l'enveloppe, ou sur une étiquette collée d'avance, le nom de la plante sur laquelle l'espèce a été récoltée. L'écorçoir et la fumée de tabac lancée à la pipe sont bons pour se procurer les espèces qui se cachent dans les fissures des arbres.
CriASSK ET CONSERVATION. K)")
F.a chasse des Hémiptères est très-inégalcmeiit rrucdieuse, selon les saisons. Les larves et nymphes vivant assez longtemps, e( la plupart des espèces n'ayant qu'une génération par an, c'est l'arrière-saison, septemlirn et octobre, dans les environs de Paris et dans le nord de la France, qui fourniront le plus grand nombre d'espèces à l'élal adulte. En juin, juillet et août, on peut déjà capturer une certaine quantité d'Hétéroptères adultes, et la plupart des Homoptères apparaissent à cette époque. Il l'aut examiner les sablières, fouiller les touffes d'herbes, le dessous des mousses arrachées , en ayant soin d'enfumer pour faire sortir les Insectes qui se dérobent aux regards. Le bord delà mer, les rives des cours d'eau caillouteux, fournissent des espèces spéciales. Au mois de mars surtout, on doit visiter les fourmilières. On y trouve des Tettigomètres (Homoptères), ainsi que diverses espèces d'Hétéroplères. L'hiver permet la récolte d'espèces qui passent cette saison engourdies dans les mousses, les feuilles sèches, les fagots, sous les écôrces, etc.; mais il est i)lus simple d'attendie l'été ou l'automne pour se les procurer actives. Nous voyons donc que^ pour la majorité des Hémiptères, les époques de (•liasse sont beaucoup plus limitées que pour les autres Insectes.
Il y a deux groupes, les Aphidiens et les Gallinsectes, qui demandent des indications toutes particulières. Ces petits Homoptères dégradés se déplacent peu , et le tout est d'examiner les végétaux qu'ils sucent. Leur petite taille est la principale difficulté. Comme ces Insectes sécrètent des liqueurs sucrées qui attirent les Fourmis, on devra observer avec soin la marche des Fourmis sur les feuilles et les écorces, et l'on sera conduit à s'emparer d'espèces quelquefois très-difficiles à apercevoir. C'est à l'arrière-saison, quand les froids vont commencer, qu'on trouve les mâles ailés des Pucerons, du moins pour beaucoup d'espèces; la saison chaude n'oiïre que les femelles aptères et vivipares. Les femelles des Coccus et des Kermès sont faciles â recueillir sur les écorces et les racines des tiges où elles restent fixées par le rostre. C'est au contraire un heureux hasard qui peut faire rencontrer leurs très-petits mâles ailés et agiles. Il faut les guetter en été sur les plantes où l'on a trouvé des femelles. On doit visiter avec intérêt les excroissances singulières des feuilles, dues à des Aphidiens gallicoles encore fort mal étudiés, surtout dans leurs moeurs et dans leur reproduction, et qui peuvent être l'objet de découvertes.
Si l'on a besoin de tuer quelque Hémiptère promptement, on se sert de la vapeur de benzine, ou du flacon à cyanure de potassium. Pour opérer parla chaleur, ce qui couolilue un second moyen, on met l'Insecte dans un petit tube de verre bouché et qu'on chauffe; puis on le débouche, et, si l'on ne pique pas aussitôt l'ilémiptère, on le remplit de sciure de bois blanc bien sèche, on le rebouche, et l'on peut le conserver ainsi tant qu'on voudra. C'est comme pour les Coléoptères. \ On pique les Hémiptères hétéroptères en général sur l'élytre droiU', comme les Coléoptères;' cependant quelques amateurs, (^f udlainmenl
M. le docleiir Signoret, préfèrent piquer sur l'écusson, qui est la pièce qui offre le plus de résistance et s'abîme le moins. Les Homoptères se piquent au milieu du thorax. Les petites espèces doivent être collées sur carton ou sur mica, en ayant soin que tout l'insecte soil débordé par le support, ou piquées au fil de platine sur billot de moelle. Les Aphidiens et les Gallinsectes ne peuvent se conserver que dans l'alcool affaibli. On met chaque espèce dans un très-petit tube bien scellé, qu'on range en collection dans le carton ou la boîte, à la façon ordinaire. Il est bon, pour les femelles de Gallinsectes, de les conserver avec un morceau de l'écorce où elles adhèrent par leur rostre ; il est souvent très-difficile de les en détacher sans altération.
L'ordre des Diptères est le plus nombreux de la classe des Insectes et le plus répandu , puisqu'on en trouve des espèces bien au delà du cercle polaire, demeurant agiles à des températures qui engourdissent les Insectes des autres ordres. Le peu d'éclat de la plupart de ces Insectes (il est cependant quelques genres ornés de riches couleurs), leur fragilité quand ils sont secs, expliquent le médiocre attrait que la plupart des amateurs éprouvent pour eux. En outre, les distinctions spécifiques sont souvent très-difficiles, à cause des grandes ressemblances des espèces du même groupe. Cependant cette difficulté môme doit attirer le véritable observateur philosophe, et des découvertes fréquentes et assurées récompenseront le travail de l'entomologiste. Les Diptères sont les Insectes qui présentent de beaucoup la plus grande quantité d'espèces inédites ; leurs larves, leurs nymphes, leurs pupcs sont encore fort mal connues.
Il n'y a pas de localité et pas d'époque où, dans nos climats, on ne puisse rencontrer les Diptères. 11 en est qui volent au milieu de F hiver, quand la terre est couverte de neige. En général, ils aiment les journées claires et chaudes, et se plaisent aux rayons du soleil. Laplupart se cachent par la pluie, le vent, les jours sombres. Les Culicides et les Tipulides volent souvent le soir, et sont attirés par les lumières. Certaines Tipules peuvent se prendre à la miellée nocturne. Les clairières, les bords des bois, les prairies en tleurs, le bord des mares et des ruisseaux abondent en espèces. On doit inspecter les résidus sucrés, les matières en décomposition, les fumiers, les excréments, les terriers des animaux sauvages. Les fucus des plages marines nourrissent certains Diptères. Il en est qu'on trouve sur l'écume des vagues. On doit recueillir les fruits, les graines, les capitules attaqués ; car il en sort des Diptères. L'éducation des chenilles permet de se procurer les Diptères du groupe des Entomobies ; il faut avoir soin de noter l'espèce de Lépidoptère ou d'autre ordre dont sortent les pupes de Diptères. On suivra en été les Chevaux dans les bois, les troupeaux de Bœufs et de Moulons dans les prés et dans les champs ; on visitera les écuries, les étabk^s, les bergeries. Les squelettes des charniers fourniront des Thyréophores. Les tumeurs des bestiaux, desCerviens tués à la chasse, permettent de recueillir des larves
CHASSE ET CONSERVATION. 'ifi7
d'Hypodermes, dont les pupcs donneront les adultes. Les Pupipares vivent parasites sur les poils des animaux, entre les plumes et dans les nids de certains Oiseaux, sur les Chauves-Souris.
Bien qu'un certain nombre de Diptères piquent les animaux cl niiîme l'homme, quelquefois fortement, on peut cependant prendre impunément entre les doigts tous les Diptùres, même les plus gros Asiles et Taons. En effet, les Diptères piquent par la bouche, pour se nourrir et non pour se défendre. Quand on les saisit, ils sont terrifiés et ne songent pas à manger , ni, par suite, à piquer. C'est exactement l'inverse pour les Hyménoptères : ils piquent par l'aiguillon anal , quand la frayeur ou la colère les excite ; ils ne piquent pas si on les laisse se poser tranquillement sur la peau, cas dans lequel, au contraire, le Diptère rassuré pourrait chercher à se nourrir.
On fait usage, pour la chasse des Diptères, du filet et du fauchoir. On place les sujets recueillis dans le flacon avec rognures de papier et substance anesthésique; il est préférable, quoique cela prenne plus de place, de les piquer dans la boîte de chasse, l'épingle enfoncée bien perpendiculairement au milieu du corselet. Cette dernière manière est la seule à employer pour les espèces à longues pattes grêles , Culicides ou Tipulides. Quant à l'envoi des Diptères récoltés en pays éloignés, on se sert de boîtes où ces Insectes sont piqués. Si l'on tient à épargner la place, on peut les placer en fiole, entourés de sciure de bois non résineux et bien sec; enfin, la mise en papillotes serrées, d'un papier fin et sec, et séchées au soleil, est un moyen prompt et commode dans beaucoup de cas.
Dans les collections, certains amateurs étalent les ailes des Diptères, au moins d'un côté ; la plupart, pour tenir moins de place, laissent les ailes ployées. Les Némocères, à longues pattes très-fragiles, exigent une précaution minutieuse. On enfile au-dessous des grandes et moyennes espèces une large paillette ronde, de mince carton, proportionnée à la taille du sujet, et au centre de laquelle on rassenible, en les croisant, les bouts des pattes qu'on colle avec un peu de gomme. Il y a, chez les Diptères, de très-nombreuses petites espèces qu'il faut ou coller, ou piquer d'un fin fil d'argent ou de platine adapté à. un fragment de moelle de sureau, celui-ci étant enfilé dans une épingle à Insectes ordinaire, de façon cà être placé dans la boîte. Les Diptères sont facilement attaqués parles Insectes rongeurs : il faut bien clore, visiter souvent et imprégner de benzine, soit seule, soit mêlée d'acide phonique, le petit tampon de coton fixé dans un coin de chaque boite. Beaucoup de Diptères tournent au gras, accident auquel il est peu de remède. Par l'humidité, ils moisissent très-facilement, il faut alors les mouiller d'alcool concentré, ou d'éther, ou de benzine, et sécher au feu la boîte. Avant de mettre en collection les Némocères, il faut les dessécher rapidement au soleil, à cause de leur propension à changer de couleur.
C'est en peu de mots que nous compléterons cet exposé, en terminant
par ces Insectes dégradés, confondus autrefois pour îa plupart sous le nom d'Insectes aptères, et qui appartiennent à des types différents, les uns broyeurs, les autres suceurs. Leurs organes du vol sont de conformation anormale, ou rudimenlaires, ou nuls. On recherchera sur les gros Hyménoptères ces rares parasites à femelles larviformes, dont on a formé le petit ordre des Strepsiptères ouRhipiptères(A''e?ios,S'i(y/ops, etc.). Les fleurs olfrirontlesThrips ou Thysanoptèresd'Ilali'day, autrefois réunis aux Hémiptères, plus voisins réellement des Orthoptères, à corps linéaire, de taille minuscule, noirs à l'état adulte, rouges ou jauues en larves ou nymphes. Les Aphaniptères ou Puces vivent sur les Mammifères, et ces petits Insectes, très-analogues d'aspect, à métamorphoses complètes, sont très-probablement d'espèces variées, comme les animaux sur lesquels ils vivent. Il y a là une source de fréquentes découvertes. Il en est de même pour les Épizoïques, et l'attrait qu'offre la perspective de trouver des espèces nouvelles doit faire surmonter le dégoût qu'inspirent, au premier abord, les investigations nécessaires. On recherchera les Poux sur les Mammifères, les Ricins sur les Oiseaux. Il faut surtout examiner les jeunes animaux, les prendre dans les terriers où les femelles les nourrissent, ou dans les nids, dont on devra visiter aussi les parois. Les stations des Thysanoures sont plus variées. Il en est qui vivent à l'intérieur des maisons, dans les armoires, les fentes des boiseries, les greniers abandonnés. On trouve le plus grand nombre des espèces sous les pierres, sous les écorces, parfois sur les feuilles. Il faut examiner les détritus, les bois pourris, les bords des eaux où gisent des débris végétaux, les rochers du bord de la mer submergés à marée haute, la neige même et les fissures des glaciers. C'est surtout à la fin de l'été et en automne qu'on rencontrera les sujets parvenus à toute leur taille de ces Insectes dégradés, sans métamorphoses {Monomorphes deM. deCastelnau) .
Nous pouvons, pour nous résumer en terminant, présenter quelques indications très-générales sur les époques d'apparition des Insecte^ de divers ordre?, selon les saisons de l'année. La multiplicité des climats thermiques sur la terre donnerait à cette étude beaucoup trop d'étendue, si nous examinions les diverses régions. Nous nous bornerons aux environs de Paris.
On peut dire que le plus grand nombre d'Insectes se rencontrent aux mois d'avril, de mai, de juin; puis ce nombre décroit jusqu'à la première quinzaine d'août. La fin de ce mois et le commencement de septembre, signalés le plus souvent par la sécheresse de la végétation, sont l'époque où, la période hibernale exceptée, les amateurs trouveront le moins de variété dans leurs captures. On rencontre alors très-peu d'espèces spéciales, mais presque exclusivement les Insectes dont la vie à l'état parfait se prolonge pendant toute la belle saison, ou les espèces communes et vivaces qui éclosent sans époque iixe. En septembre, se l'ont certaines apparitions d'espèces prihtanières, qui ont une seconde éclosion, quelquefois avec quelques diflerences d'avec le type de prin-
lemps. Enfin, l'arrière-saison, jusqu'aux neiges, olï're quelques espèces spéciales, comme les Larentia, Hibernia, etc., dans les Lépidoptères. Dans la région française du bassin méditerranéen, cette époque est signalée par l'apparition de certaines espèces du printemps , de même que les premières fleurs, qui ont une nouvelle apparition après que les pluies d'octobre ont rafraîchi la terre, dont la végétation a été brûlée par l'ardent soleil de la canicule.
On peut diviser la belle saison en trois périodes d'exploration. La première est comprise entre la floraison du Saule commun et celle de 1 Aubépine. On doit, dès son début, rechercher certains Diptères qu'on ne retrouvera plus à d'autres époques de l'année , ainsi que les mâles des Mellifères solitaires^ qui n'ont qu'une existence de quelques jours. Les fleurs des Saules, alors que les bois sont encore dépouillés de feuilles, et les fleurs des arbres à fruits, doivent être surveillées avec sollicitude pour les Insectes de ces deux ordres. Puis, les prairies, le bord des marais, se couvrent de fleurs, et les espèces de printemps des Lépidoptères commencent à paraître. C'est aussi une époque de prédilection pour les Coléoptères coprophages. La seconde période est surtout celle du grand développement de Lépidoptères et de Coléoptères : elle s'étend de la floraison de l'Aubépine à celle des Ombellifères. L'Aubépine est une des plantes qu'on doit visiter avec soin en raison du grand nombre d'Insectes qu'elle attire; c'est alors que les allées des bois, les bords des routes, les clairières surtout, doivent appeler l'attenlion des entomologistes. La floraison des Ombellifères commence l'époque du grand développement des Hyménoptères et Diptères, et ces plantes offrent également des Coléoptères actifs et volants. Les fleurs de Ronce sont aussi très-recommandées, surtout pour les Lépidoptères. De même celles des Oignons, dont l'odeur attire fortement les Insectes de cet ordre. Puis vient une troisième période de décroissance pour les Coléoptères et Léi^doptères (1), riche au contraire en Hyménoptères et Diptères. Elle dure de la floraison des Ombellifères à celle des Carduacées. C'est à cette époque, et encore après, qu'il faut rechercher les Acridiens et les Locustiens (Orthoptères), et les Hémiptères, qu'on ne trouve généralement qu"en larves ou en nymphes aux époques précédentes.
Les heures de la journée ne sont nullement indifférentes pour la chasse. Au commencement et à la fin de la saison, c'est au milieu du jour qu'il faut diriger ses recherches, les matinées et les soirées étant trop froides. Au contraire, dès que la chaleur commence, les meifleurs moments sont la matinée jusqu'à dix ou onze heures, et, de préférence, vers le lever du soleil, aux époques les plus chaudes. On trouve alors les insectes encore peu agiles, posés sur les fleurs et les feuillages. Beaucoup d'espèces, à la grande chaleur, s'envolent aisément et ne se
(1) Kirby et Speiice, introd. lo EntomoL, t. IV, p. .')2I. — Laconlairo, Inlrcirl. à l'Eiitom., t. 11, p. .")G1.
laissent pas approcher. Les journées à demi couvertes, un peu orageuses et sans vent, sont excellentes. Les grands vents, et surtout ceux du nord et de l'est, sont au contraire désavantageux; les Insectes se cachent, car le vol leur cause trop de fatigue. Les jours d'ardent soleil sont également de médiocre profit pour le chasseur, beaucoup d'Insectes demeurant endormis, à l'exception de certaines espèces, comme les Mélasomes, les Ascalaphes, les Myrméléons, etc. On peut s'abstenir d'excursions, très-pénibles d'ailleurs, dans le milieu des jours les plus chauds de l'été. On recommencera à chasser depuis quatre heures jusqu'au coucher du soleil. On trouvera alors les Hespéries, les mâles de certains Bombyciens, etc. Enfin, après le coucher du soleil, on recherchera les espèces crépusculaires, par les soirées calmes, chaudes et sans lune, en s'aidant de la lanterne. Les espèces crépusculaires prolongent alors leur apparition jusqu'à plus de onze heures du soir ; puis, tout rentre au repos, et il n'y a que très-peu d'espèces réellement nocturnes ou du milieu de la nuit.
§ VI. — Paléontologie (1).
Les Insectes, qui jouent un rôle si considérable dans la nature actuelle, existaient déjà aux époques antérieures à la nôtre, comme le témoignent les restes qu'ils ont laissés dans différentes couches de notre globe. Les animaux de cette classe vivant tous, sauf très-peu d'exceptions, sur le sol ou dans les eaux douces, on ne les rencontre, à l'état fossile, que dans les formations lacustres ou fluviatiles, ou tout au plus dans les formations d'eau saumûtre. Leur présence dans ces dépôts peut provenir de deux causes : ou bien ils ont vécu dans les eaux où se constituait la roche qui nous a conservé leurs débris, ou bien ils ont été précipités dans ces mêmes eaux par des causes accidentelles, comme«des coups de vent, des pluies torrentielles, des émanations délétères, etc. Mais comme les téguments de ces petits êtres sont très-fragiles, ils n'ont pu échapper, après la mort, à une destruction complète qu'à la faveur de circonstances toutes particulières, parmi lesquelles il faut citer en première ligne une consolidation rapide du fond vaseux où ils ont été enfouis. Toutes les fois que ces conditions ont été réunies, les Insectes ont été préservés, et souvent d'une manière si admirable, que l'on peut étudier sur la pierre les moindres détails de leur organisation, comme la nervation des ailes, le nombre des articles des tarses et des antennes, etc.; toutes les fois que ces conditions ont fait défaut, les
(1) Nous sommes lieureux, dans l'intérôt de notre ouvrage, d'annoncer que l'histoire des Insectes fossiles qui va suivre est l'crnivre de M. Ouslalet. Ce naturaliste a bien voulu nous donner sa collaboration pour un sujet qui est pour lui l'objet d'études spéciales et approfondies.