‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservationChapitre 39 sur 67 · CÉTOINES VRAIES · texte numérisé non relu

CÉTOINES VRAIES

Les épimères du mésothorax, très-ascendants, épaissis à leur bord supérieur et formant la pièce axillaire, viennent s'interposer entre le corselet et les élytros, de manière à. être plus ou moins visibles en dessus. Le corselet est exactement appliqué contre la base des élytres et recouvre le pédoncule du mésothorax ; l'écusson est grand et en triangle rectiligne allongé. Les élytres sont sinuées latéralement près de leur base, il y a presque toujours une saillie sternale. Les larves ont la tête notablement plus étroite que celles des Trichiaires, car sa largeur n'est guère que la moitié de celle du corps. Il convient de faire remarquer que ce caractère ne s'applique qu'aux larves de quelques Celoniu d'Europe, les seules connues. Un fait général intéressant est la manière dont s'opère le vol : les élytres restent appliquées contre le corps, se soulevant seulement un peu de manière à permettre les mouvements d'élévation et d'abaiss(!ment des ailes inférieures dc[)liées. il esl inipossilde

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ici d'admettre aucun mouvement de rotation de l'aile à la façon d'un aviron, et cependant, par les .jours chauds, le vol des Cétoines est presque aussi rapide que celui des Mouches; il dépend uniquement, et sans contestation possible, de l'inégale résistance des bords antérieur et postérieur de l'aile. La cause première qui empêche les élytres de s'ouvrir dans le vol est leur articulation spéciale avec le mésothorax; en outre, leur bord externe doit se recourber à peine contre les flancs, afin que les ailes puissent se glisser au dehors. En outre, d'autres particularités d'organisation concourent à la même modification du vol : une rainure longe de chaque côté, dans toute son étendue, le bord latéral de l'écusson, rainure dans laquelle s'engage un repli du bord scutellaire de l'élytre, qui se trouve ainsi maintenue dans un plan très-peu oblique par rapport à l'axe du corps. Au contraire, chez les Coléoptères à écusson à vol normal, le bord scutellaire de l'élytre se loge sous l'écusson, qui est taillé en biseau de chaque côté et recouvre le bord de l'élytre, en lui permettant de se dégager par un facile glissement contre le biseau. La saillie des épimôres du mésothorax formant la pièce axillaire empêche les élytres de se porter en avant, et le sinus latéral de l'élytre rend plus facile la sortie des ailes inférieures ; ces dernières conditions ont peu d'importance, car elles ne sont pas remplies dans les Osmoderma, dont le vol a lieu comme chez les Cétoines.

La classification des Cétoines est déclarée à peu près impossible par les entomologistes spéciaux ; on peut pressentir certains groupes, mais non les caractériser avec précision, car la nalure ofl're de multiples et insensibles passages.

GENRES PRINCIPAUX

Ci;OI-ï.%THrs, Lamarck. — Tète des mâles allongée, fortement carénée sur les côtés, avec le chaperon prolongé en une grosse saillie carrée, divisée au bout en deux lobes divergents plus ou moins redressés et tronqués. Tête des femelles inerme. Élytres rétrécies d'avant eu arrière. Jambes des mâles inermes, tandi qu'elles sont fortement tridentèes chez les femelles.

Les Goliaths figurent parmi les géants des Coléoptères à côté des plus gros Scarabées. Ils n'ont pas de couleurs métalliques, mais sont d'une teinte blanche ou jaune mat avec des bandes ou des taches d'un noir velouté ou brun.ltre. La coloration, qui varie avec le sexe, est due à un enduit ténu qui s'enlève facilement ; de sorte que si ces insectes ont été frottés, ils perdent de leur valeur. Ils ont été longtemps dans les plus rares objets de toutes lescollections, mais depuis quelques années sont rapportés fréquemment de toute la côle de Cuinéc, où ils sont communs : ainsi du cap Palmas, de la Côte d'Or, de la Côle des Graines, des îles de Fernando-Po, du Prince, etc. Ils viveni exclusivement de la sève de cerlaius arbres. Les entomologistes eu adniellent six espèces : (l. caci-

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rus, Voef, (jifjanteus, Lam., espèce très-rare, à dessins roux, et regius, Klug., ou Druryi, Westwood (1), espèce moins rare, à dessins noirs. En outre, trois espèces de Cafrerie, du Mozambique et du Zambèze.

A côté du genre Goliathus se place un genre nouveau : Npophœdimus, Lucas, créé pour une espèce asiatique, du Mou-pin (Tibet oriental), de 25 millimètres de long, noire et rousse.

C'ERATORlll.'%j%, Weslw. — Tète diversement cornue chez les mâles, simple chez les femelles, Élytres subparallèles ou rclrécies en arrière. Jambes antérieures inermes extérieurement chez les mâles, el denticulées en dedans, tridentées en dehors chez les femelles.

Ce genre, de la côte occidentale d'Afrique, et aussi de l'Afrique australe et du Mozambique, est formé d'espèces, au nombre de plus de vingt, la plupart de grande taille et ornées de riches et éclatantes couleurs. L'une des plus connues est le C. micans, Drury, de la Guinée et pays voisins, d'un beau vert tendre et brillant.— PI. xxxi, fig. 5, mâle; 5 a, lèvre inférieure et palpes ; 5 6, mâchoire et palpe.

ClYMPIiETIS, Mac Leay. — Tète inerme. Élytres planes, rétrécies en arrière ou subparallèles. Jambes antérieures en général tridentées dans les deux sexes.

Les Gymnetis abondent en espèces, plus de soixante et dix, trèsdifficiles à nettement séparer, répandues dans les parties chaudes des deux Amériques et même jusqu'en Patagonie. — Ex. : G. hieroglyphica, Vigors, du Brésil (pi. xxxi, fig. 9).

iMAt'RO.VOT.i, llofl'mannsegg. — Corselet lobé à sa base. Jambes antérieures tridentées dans les deux sexes, en général.

Les Macronoles sont propres aux Indes orientales, et oll'rent des dessins clairs, variés et élégants sur un fond sombre, rarement métallique. — Ex. : M. egregia, Govj et Perch., de Java (pi. xxxi, fig. 10). Il y a plus de quarante espèce de l'Asie orientale chaude et des îles Malaises.

rr/ro.MA, Fabr. — Chaperon plus ou moins large, carré, en général sinué en avant. Corselet Irapézoïde, en général fortement échancré à sa base. Élytres à bords parallèles, à épaules assez saillantes, presque toujours impressionnées le long de la suture et munies de quelques cotes.

l/ancien genre Cetonia a été réduit aux espèces de l'ancien continent, de -Madagascar et de l'île de France, des îles Malaises, Philippines et Moluques, avec une espèce d'Australie, C. tibialis, Mac Leay. Malgré celte réduction, il est encore un des plus nombreux de la tribu, et un

(1) Une bonne ligure sur bois, d'après nature, du mâle de cette belle et rare espèce, existe dans les Mélamorphoscs des Inaeclcs, Girard iParis, 186iJ, p. 103, Hachette).

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genre dont la synonymie est fort difficile en raison des nombreuses variétés de plus d'une centaine d'espèces. On a établi plusieurs sousgenres d'après des caractères secondaires. Les Cetonia ont un aspect robuste, des couleurs très-variées, tantôt éclatantes, tanlôt mates et plus ou moins veloutées, une taille qui descend rarement au-dessous de la moyenne. Quelques larves sont connues et vivent pendant plusieurs années, enfouies dans divers détritus végétaux et même dans le terreau humide et azoté; en outre, certaines habitent les fourmilières et se nourrissent probablement des débris ligneux et des divers produits végétaux amoncelés par les Fourmis ; celles-ci, sans doute, par la réciprocité fréquente entre les Fourmis et leurs hôtes, aimant soit les excréments, soit quelque sécrétion de ces larves. Les insectes parfaits fréquentent les fleurs pendant la plus grande ardeur du soleil, et paraissent se nourrir seulement du pollen des étamines, retenu par les houppes poilues des mâchoires, et des pétales, dont la mollesse est appropriée à l'état membraneux des mandibules: on les trouve souvent endormis dans le calice des fleurs.

Nous diviserons les nombreuses espèces de France en deux groupes, selon le système général de coloration : i° Espèces vertes, plus ou moins dorées ou cuivreuses. On doit signaler : C. œruginosa, Drury, ou speciosissima, Scop., ou fastuosa, Fabr., du midi de la France, la plus belle de nos Cétoines, à élytres sans taches, d'un vert doré éclatant, à reflets parfois azurés, et dont la larve, selon M. Ratzeburg, se trouve dans les nids d'Apiaires sauvage?. C. affinis, Andersch., de France et d'Algérie; C. floricola, Herbst, à variétés très-nombreuses, dont les noms indiquent l'éclat, tels que œnea, cuprea, metallica, ignicoUis, etc. M. Weaver (1) a fait sur les larves de cette espèce de très-curieuses observations, d'où il résulterait qu'elles sont loin d'être inoffensives pour les Fourmis et auraient un régime peu en rapport avec les habitudes connues des larves de I-amellicornes : elles dévorent, dit-il, de grandes quantités d'œufs (larves, nymphes) de Fourmis. Il ajoute avoir nourri de la sorte, pendant quelques mois, plusieurs de ces larves, et avoir vu l'insecte patfait s'enfoncer dans les fourmilières. La larve y reste trois ans, sans être jamais inquiétée par les Fourmis, et s'y change en nymphe dans une coque de forme conique. — C. aurata, Linn., de l'Europe de l'Algérie, du Caucase. Cette Cétoine est la plus commune ; elle a une taille variant de 16 à 22 millimètres. Elle est d'un vert parfois pur, parfois doré ou cuivreux, et présente beaucoup de variations dans sa couleur. Les élytres sont subcarrées et ont souvent des fascies blanches subsinueuses interrompues, et des points blancs, ainsi que les derniers segments du venire. C'est VEméraudine de Geoffroy. On en trouve dont les élytres n'ont aucune tache ni fascie blanches; d'autres qui ont de longs poils blanchâtres; certaines d'un rouge cuivreux

(1) Proceed, oj llie EnLomol. boc. of Lond., 1851, p. 106.

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à reflets irisés de vert métallique ; dans le midi de la l'rance, on rencontre des sujets qui son* en dessus d'un bleu violet ou d'un violet noirâtre, les élytres Conservant en général les fascies blanches, et en dessous d'un vert obcur, La Cétoine dorée fréquente au printemps, dans les champs les fleurs des Chardons et des Ombellifères, dans nos jardins les Roses, les Pivoines, les Lilas.On la trouve tout l'été et même parfois au commencement de l'automne. Quand on la saisit, elle laisse échapper par le cloaque un liquide fétide. Elle partageait avec le Hanneton le privilège peu enviable d'amuser, dans l'antiquité, et sans doute encore aujourd'hui, les enfants de la Grèce. On préconise beaucoup en Russie cet insecte contre la plus épouvantable des maladies, la rage, et l'on recommande d'en faire prendre en poudre, formée avec l'insecte entier desséché, sur du pain beurré, aux personnes mordues : deux Cétoines pour un enfant, quatre ou cinq pour un adulte. Le malade, pendant ce traitement, doit boire le moins possible, et s'endort d'un sommeil profond et prolongé, auquel on doit l'abandonner. Cette poudre serait sans danger sur un sujet sain. Des chasseurs russes ont l'habitude de donner de temps à autre à leurs chiens un peu de poudre de Cétoine dorée mêlée à du pain, afin de prévenir chez ces animaux le développement de l'affection rabique. Ces faits ont engagé à tenter en France l'essai de ce remède si simple, et un pharmacien d'Agen a annoncé la vente de bocaux de Cétoines sèches et bien closes, afin de conserver le principe actif, contre la rage et l'épilepsie. Très-malheureusement les expériences entreprises à l'École vétérinaire d'Alfort, au moyen de la poudi'e de Cétoine dorée, ont donné des résultats tout îx fait négatifs au sujet de la curabilité par ce moyen de la terrible maladie. Il faut bien remarquer que les faits cités par de nombreux auteurs, au sujet de guérisons en Russie, se rapportent surtout à des personnes à qui cette poudre a été administrée par précaution, après la morsure et avant l'affection déclarée; or la preuve est insuffisante, car il y a des sujets chez lesquels le virus rabique inoculé par la morsure avorte, sans développer la maladie, et l'on connaît toute la puissance de l'imagination pendant la période d'incubation du virus pour aider à l'éclosion du mal.

La larve de la Cétoine dorée ressemble beaucoup à celle du Hannelon, mais a les antennes et les pattes plus courtes, la tête plus petite. On la trouve dans le terreau, dans de vieux arbres percés, décapités, formé par d'autres larves, ordinairement celles des Capricornes. M. Goossens a rencontré en quantité immense, à la Varenne, près de Paris, dans un vieux toit de chaume entièrement pourri qu'on démolirisait, des coques contenant des nymphes et des adultes de la Cétoine dorée : il y en avait un tas à enlever à la brouette. Enfin on trouve lu larve dans le terreau qui se rencontre au-dessous des fourmilières, et, en Russie, c'est ordinairement dans les nids du Formica rufa qu'on les recherche.

2" Espèces noires ou foncées, plus ou moins ponctuées de blanc : C. opaca, Fabr., ou Cardai, Cyllenh., Muls., de l'extrême midi de la

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France et d'Algérie, trouvé accidentellement près de Paris, en naai 1856, dans des souches abandonnées par la grande inondation de la Seine. — C. Morio, Fabr., se rencontrant du sud de la France jusqu'à Fontainebleau ; C. oblonya, G. et P.; C. tincta, Germar, très-rare, toutes deux du Midi. — C. marmorala, Fabr., d'un brun verdûtre, à élytres à six fascies formées de taches atomoïdes blanchâtres, de toute la France, assez commune près de Paris, à larves vivant dans le Saule, le Châtaignier, etc. — C. stictica, Linn.^ des genres Leucocelis, Burm., et Oxythyrea, Muls., d'Europe, d'Algérie, du Caucase, nommé par Geoffroy le Drap mortuaire, petite espèce très-commune sur les fleurs, offrant l'écusson en pointe aiguë, les jambes de devant bidentées et non tridentées, comme dans les espèces précédentes, d'un noir métallique un peu cuivreux, avec élytres et pygidium noirs, à macules blanches.

— C. hirtella, Linn., ou hirta, Fabr., des genres Epicometis, Burm., et Tropinota, Muls., l'Arlequin velu de Geoffroy, de France, d'Espagne, d'Italie, d'Algérie et du Caucase, d'un noir verdâtre avec longs poils fauves au corselet, à élytres ornées de six ou sept taches blanchâtres, à jambes de devant tridentées; espèce commune sur les ileurs, surtout celles des Chardons. — C. squalida, hina., un peu plus grande, du pourtour méditerranéen, du même s.-g. Tropinota. Dans le midi de la France, les C. stictica et hirta sont nuisibles en avril aux Poiriers, et font avorter le fruit en mangeant les pollens des étamines; il faut recueillir ces insectes engourdis parla fraîcheur du matin sur un drap au-dessus duquel on secoue les branches, puis les brûler.

PlilUliROUSi», Burm. — Chaperon subrectangle, arrondi aux angles antérieurs. Corselet suborbiculaire, beaucoup plus étroit que les élytres; celles-ci allongées, planes, très-sinuées à leur base sur les côtés.

La seule espèce décrite (une seconde inédile du même pays) est un petit insecte du Sénégal, le P. hirtus, G. et P., d'un jaune fuligineux, avec des espaces noirs, et couvert sur toute sa surface, surtout en dessus, de poils redressés (pi. xxxi, fig. 1, et au-dessus, longueur réelle).

Cl'CIilDIVî^j Mac Leay. — Chaperon évasé, avec son bord antérieur redressé en une lame bifide au bout. Corselet suborbiculaire, beaucoup plus étroit que les élytres ; épimères du mésothorax pareils à ceux des Trichiaires, c'està-dire formant de simples lames recouvertes par le bord des élytres et invisibles en dessus.

Ce genre est curieux en ce qu'il s'éloigne de toutes les Cétoines vraies par l'absence de la pièce axillaire visible. Il comprend deux grandes et belles espèces de la (iuyane, allongées, mais à corps très-épais, d'un noir velouté, relevé sur les élytres par du fauve ou du rouge sanguin.

— Ex. : C. elonç/atus. Oliv.— PI. xxxi,'fig. 2, mâchoire et palpe ; 2 a, lèvre inférieure et palpes ; 2 0, mandibule. En outre, une espèce du Pérou.

BUPRESTIENS. /jSô

Tribu des BIJPRESTIEIJS.

C. Duméril, en 1805, réunil sous le nom de Sternoxes ou Thoraciques un certain nombre de Coléoptcres pentamères, remarquables par le développement du corselet entourant le derrière de la lOte et se prolongeant en dessous en un sternum saillant; un corps allongé, un peu déprimé ; des pattes médiocres ou courtes ; des élytres dures, recouvrant complètement l'abdomen; des antennes en soie, souvent dentelées ou pectinées, sauf aux premiers articles, se retirant au repos sur les côtés du corselet. Plus tard, en 1817 et 1829, Latreille désigna ces mêmes insectes sous les noms de Scrricornes, puis de Sternoxes. Les caractères tirés de la larve et du système nerveux ne permettent plus aujourd'hui cette réunion, fondée seulement sur l'aspect extérieur de ces adulles, et fort naturelle si l'on se borne à cet état.

Dans cet ancien groupe des Sternoxes, la tribu des Buprestiens se distingue tout d'abord par la beauté de ses couleurs, qui avait valu à ces insectes le nom de Richards, donné par (ieolfroy. Le corselet et les élytres ont souvent l'éclat métallique du plumage des Oiseaux-mouches : c'est de l'or sur le vert, le bleu, le rouge, le poli de l'acier le mieux bruni, le satiné de l'argent sur un fond vert cuivreux, le rouge de la laque appliqué sur le blanc et à reflet, avec transparence qui laisse apercevoir le métal comme sous un vernis; parfois des bandes ou des ocelles non métalliques, mais de teintes vives et tranchées, sont placés de manière à plaire à l'œil le plus délical, et l'on voit aussi les couleurs de certaines espèces entrecoupées par des touffes ou pinceaux de poils. Nous devons dire, pour rester complètement dans le vrai, qu'il est quelques Buprestiens à couleurs sombres ou ternes.

Aux Indes et en Chine, les femmes se servent des Buprestes pour leur coifiure et comme pendants d'oreilles. On a essayé d'introduire cette mode en France, et l'on a pu voir aux étalages de certains marchands des broches, des bracelets, des boucles d'oreilles montés avec ces splendides Coléoptères. On doit comprendre que les insectes de cette belle tribu sont fort recherchés des amateurs. On en connaît plus de deux mille six cents espèces, les plus grandes et les plus riches d'éclat étant exotiques. L'Europe n'en possède qu'un petit nombre, de taille petite, médiocre ou moyenne, propre surtout à ses régions méridionales, et n'existant, on peut dire, que d'une manière exceptionnelle dans sa partie tempérée ou froide. A l'état adulte, ils aiment le grand jour. Ils marchent lentement et assez mal, à cause de l.i brièveté de leurs pattes, mais, en plein soleil seulement, volent avec une grande vivacité. L'essor du vol n'est pas immédiat et permet de les saisir. On les trouve surtout sur les troncs d'arbres, dans le bois desquels viven*. leurs larves, et plus rarement, et pour les petites espèces, sor les feuilias des arbres,

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les herbes, les fleurs, surtout les Ombellifères, dont ils mangent le pollen. Il est bon, avant de chercher à les saisir, de placer au-dessous d'eux une nappe ou le filet ouvert, car, au moindre soupçon de danger, ils se laissent tomber immobiles en retirant leurs pattes sous le corps, contrefaisant le mort, et pouvant souvent échapper aux recherches, perdus au milieu des mousses ou des gazons. Ils n'ont pas la faculté de sauter quand on les retourne sur le dos, et la forme de leur corps varie beaucoup, cylindrique, aplatie et elliptique, ovoïde, subtriangulaire, linéaire, etc. Elle n'est pas svelte et gracieuse, à cause de l'enfoncement de la tête dans le corselet, et à la jonction de celui-ci à la base des élytres.

On doit chasser ces beaux insectes par les temps orageux, où l'air est calme et lourd et le soleil cuisant, alors qu'ils manifestent une activité extraordinaire, car, pour peu que le temps se couvre et que le vent souffle, on n'en voit plus aucun. Sauf quelques cas accidentels de carnivorité, les Buprestiens adultes sont phytophages, et se nourrissent de bourgeons, de feuilles, de pétales de fleurs. L'accouplement s'opère comme celui de la plupart des Coléoptères, le mâle montant sur le dos de la femelle. La copulation est courte, et le couple se sépare trèspromptement si on l'effraye. La ponte a lieu dans l'intérieur de l'écorce, dont l'oviscapte allongé de la femelle perce les premières couches. Les Buprestes français ont un ennemi spécial dans un curieux Hyménoptère décrit et étudié par L. Dufour, le Cerceris hupresticida, qui entasse dans ses nids souterrains les plus belles espèces au profit de ses larves, de telle sorte que les amateurs n'ont pas de meilleur moyen, pour se procurer certaines espèces rares et presque introuvables directement, que de suivre l'insecte chasseur et de visiter son nid ; il sait trouver des Buprestes cachés aux yeux les plus vigilants.

Le système nerveux des Buprestiens est assez centralisé et peu en rapport avec leur forme allongée ; il diffère par là beaucoup de celui des Élatériens, n'a que deux ganglions thoraciques, un pour le prothorax, l'autre doublé pour les deux autres segments, puis une chaîne abdominale à quatre ganglions distincts. Ce système ressemble à celui des Cérambyciens ou Longicornes, avec lesquels les larves et le régime complètent les ressemblances des Buprestiens. D'autre part la brièveté des antennes et la forme du corps les en éloignent beaucoup ; ces rapports divergents sont continuels en lùstoire naturelle, et montrent que les classifications ne sont que des approximations dans lesquelles, selon le point de vue où l'on se place, on sacrifie un caractère à un autre.

Le tube digestif des Buprestiens atteint à peu près trois fois la longueur du corps, et le jabot offre deux dilatations symétriques.

Erichson a découvert dans les antennes des Buprestes un caractère anatomique dont Lacordaire s'est surtout servi pour la classification en groupes de cette tribu, en s'exagérant singulièrement sa valeur. On trouve, en effet, la surface des articles de ces organes parsemée de

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pores bien visibles avec une bonne loupe, et que Erichson regarde comme des organes olfactifs. Ils ne se rapportent réellement qu'à deux types : 1° pores diffus, tantôt masqués par des poils trùs-fins d'un aspect hydrofuge, tantôt visibles et non cachés par des poils ; L'" pores concentrés sur chaque article dans une petite fossette porilèrc plus ou moins profonde.

Nous pouvons résumer comme il suit les caractères généraux des Buprestiens adultes : Tête courte, verticale, enfoncée dans le corselet, le plus souvent jusqu'aux yeux. Bouche inférieure entourée de pièces buccales réduites, et par cela même peu importantes; des mâchoires à deux lobes inermes; des mandibules courtes, épaisses, un peu trigones; une languette cachée derrière le menton et sans paraglosses, un labre corné, mobile. Des palpes maxillaires de quatre articles, labiaux de trois. Antennes de médiocre longueur ou courtes, de onze articles, dentées en scie intérieurement, au plus à partir du troisième article, insérées dans des cavités variables, jamais flabellées ou pectinées comme chez certains Élatériens. Corselet fortement appliqué contre la base des élytres, et portant exactement en dessous contre la partie antérieure du mésothorax, avec une saillie postérieure du prosternum, déprimée, reçue dans une cavité antérieure du mésosternum, mais de manière fixe, sans faire ressort pour le saut. Corps le plus souvent ovale-oblong, atténué en arrière, parfois allongé ou cylindrique, plus rarement brièvement triangulaire. Élytres allant en général en se rétrécissant, et recouvrant complètement l'abdomen ; en dessous, des ailes membraneuses non repliées par une nervure à ressort brisé ; elles sont de même longueur que les élytres allongées : le plissement de l'aile n'est plus un caractère général de l'ordre des Coléoptères (observation de M. Milne l']d\vards). Abdomen de cinq segments apparents, les deux premiers plus ou moins soudés ; hanches antérieures et intermédiaires globuleuses, munies de trochantins distincts (caractère différentiel important par rapport aux Élatériens). Tarses de cinq articles, avec les quatre premiers munis inférieurement de lamelles ou lobes membraneux.

Aux adultes assez élevés des Buprestiens sont opposées des larves qui comptent parmi les plus dégradées de l'ordre des Coléoptères, amenant une analogie nouvelle des Buprestiens et des Cérambyciens, qui ont aussi des larves apodes et vivant dans le bois. A part quelques exceptions, les larves des Buprestiens frappent immédiatement le regard par un corps grêle et long, cylindrique ou déprimé, brusquement élargi en forme de pilon ou de matras dans la région thoracique, et cela au maximum dans le genre Chrysobothris, Eschsch., par le fait d'un très-large prothorax suivi de deux segments plus étroits, mais un peu plus larges que ceux de l'abdomen, qui viennent après, ces trois segments sans pattes. La tête, petite et aveugle, à très-courtes antennes, offre une partie antérieure cornée, puis une portion membraneuse invaginée dans le

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prothorax. La bouche offre de courtes mandibules dures, de très-petites mâchoires, un labre coriace, un menton charnu avec languette coriace, de petits palpes maxillaires de deux articles, des palpes labiaux rudimentaires. Il y a neuf segments abdominaux, dont les huit premiers ont des stigmates, et en outre une première paire de stigmates thoraciques; après vient un sac ou mamelon anal (treizième segment apparent) offrant un anus fendu longitudinalement. Le prothorax est subcorné, les autres segments membraneux avec quelques poils épars.

Il faut remarquer, dit M. de Marseul, que les larves des Buprestiens constituent une étrange anomalie dans la série des larves des Coléoptères. Lignivores, elles n'ont aucune ressemblance avec les larves d'Anobium, de Ptinus, d' Apate, lignivores comme elles. Elles n'ont d'autre rapport que l'absence des pattes avec les larves de plusieurs Curculioniens, des Bosirichiens, des Hylésiniens, qui dévorent aussi le bois. Quelques larves de Longicornes apodes s'en rapprochent par la configuration, mais quelle distance entre les adultes! Elles ont une organisation inférieure à celle de toutes les autres larves de Coléoptères ; pas une, en effet, qui ait, comme les Buprestiens, des palpes labiaux rudimentaires et de moins de deux articles.

Ces larves creusent des galeries sous les écorces, tantôt très-sinueuses (les Agrilus), tantôt tortueuses à la façon des larves des Longicornes. M. E. Perris a remarqué que les détritus et les excréments, au lieu d'être disséminés sans ordre dans les galeries, sont déposés en couches régulières formant des arcs concentriques ouverts du côté de la larve. En effet, la région antérieure, très-grosse relativement à l'abdomen, oblige la larve à creuser de larges galeries, de sorte que la partie postérieure y exécute librement des mouvements de va-et-vient qui disposent en arc les matières rejetées en arrière. En outre, la larve replie en arc son abdomen pour s'appuyer et se pousser en avant, de sorte que le côté convexe^, refoulant les détritus, détermine la concavité des couches successives. La larve se cramponne au bois parles aspérités de son énorme prothorax dilatable et le ronge avec ses mandibules. Des spinules dirigées en arrière empêchent le corps de glisser quand la larve chemine en avant.

Les larves des Buprestiens subissent leurs métamorphoses tantôt dans l'intérieur de l'écorce, tantôt dans celui du bois. Les espèces qui attaquent de jeunes arbres sont obligées de s'enfoncer, à la fin de la vie de larve, dans l'aubier, car l'écorce est trop mince pour protéger la nymphe. Il en est de môme des espèces de grande taille, même quand elles attaquent, ce qui est leur ordinaire, de vieux arbres. Les espèces de petite taille qui vivent sous les écorces épaisses des vieux arbres restent toujours, môme en nymphes, dans l'écorce, ce qui épargne à l'adulte un pénible trajet, mais expose davantage l'insecte à la langue dure et acérée des Pics.

Dans la transformation on nymphe, le corps de la larve de Bupreslien

CATOXANTHA, EUCHROMA. /i89

éprouve un raccourcissement extraordinaire pour arriver à la ligure trapue et ramassée de l'adulte. I-es nymphes des Buprestiens (du moins celles d'Europe) sont blanches, avec les yeux un peu rougedtres, glabres, molles. Elles ont, dit M. de Marseul, sur le bord postérieur des six premiers segments abdominaux, un petit mamelon de chaque côté, et un médian dorsal, en forme do papille inclinée en arriO-re. Comme ces nymphes sont toujours immobiles, ces mamelons et papilles doivent servir à amortir les chocs qu'elles pourraient recevoir. Les antennes, élytres et pattes repliées protègent la face ventrale. Au lieu dès pattes nulles des larves, se trouvent de petits mamelons à peine rétractiles,, placés sous les deux derniers segments du thorax et sous le premier segment abdominal.

On est très-peu d'accord sur la durée de la vie des Buprestiens avant l'état adulte ; on prétend que certaines espèces exotiques peuvent vivre dans le bois en larves pendant un grand nombre d'années, et peuvent être de dix à vingt ans avant de donner naissance à l'adulte. Selon M. E. Perris, une année suffit pour le développement total de la larve des Buprestiens français dans les circonstances habituelles.

En laissant de côté plusieurs monographies un peu vieillies, nous recommanderons à l'étude des spécialistes la récente Monographie des Buprestes d'Europe et du bassin méditerranéen par M. de Marseul, formant le tome II de VAbeille, 1865.

GENRES PRINCIPVUX.

CATOlkAlfTIlA, Solier. — Élytres très-amples, sinuées avant leur milieu, puis élargies et de nouveau rétrécies en arrière, inermes sur les bords postérieurs. Corps allongé, plan ou médiocrement convexe, glabre; pas d'écusson.

Ce genre renferme dix grandes et riches espèces du double continent indien, des îles de la Sonde, des îles Moluques et Philippines, et dont le système de coloration est le suivant : toutes ont l'abdomen et une partie au moins du métathorax d'un blanc jaunâtre, avec une tache transversale de la même couleur sur chaque élylre, un peu au delà de son milieu ; les autres parties sont d'un vert uu d'un pourpre métallique.— Ex. : C. bicoJor, Fabr., pi. xxxii, lîg. 1.

KUCnilOM.%, Solier. — Élytres allongées, assez convexes, graduellement rétrécies en arrière, échancrées et biépineuses à l'angle suturai. Corps allongé, trèsépais, médiocrement convexe en dessus ; un écusson.

Ce genre, de formes plus robustes que le précédent, lui est inférieur pour la taille, qui reste cependant encore très-grande. Le type est V E, gigantea ou gigas, Linn., du Brésil (pi. xxxu, fig. 2, tête; 2a, menton et lèvre inférieure avec palpes labiaux ; 2 6, mandibules ; 2 c, raûchoire

490 COLÉOPTÈRES. — BUPRESTIENS.

et palpe; 2 J, tarse antérieur, dessus, de profil dessous ; 2e, article tarsien vu en dessous et très-grossi). Cette espèce, très-commune dans les collections et chez les marchands naturalistes, varie du vert au rouge cuivreux, avec deux grands espaces d'un bleu d'acier foncé sur le prothorax. Les élytres sont ridées et ponctuées, et, pendant la vie, les téguments sont revêtus, surtout en dessous, d'une abondante efflorescence d'un beau jaune. Une seconde espèce, E. Goliath, Cast. et Gory, est du Mexique et de la Colombie.

HYPER AniTHA, Mannerh. — Corselet transversal, de la largeur des élytres postérieurement, rétréci en avant, largement lobé à la base, avec ses angles postérieurs aigus. Écusson assez grand, plan, acuminé en arrière.

Ce genre comprend des insectes de vives couleurs, au nombre de près de quinze espèces, tous propres aux régions intertropicales de l'Amérique du Sud. Leur forme est tantôt étroite et cylindrico-conique, tantôt large et graduellement rétrécie en arrière, comme l'espèce que nous figurons, avec tous les passages.— Ex. : //. cardinalis, Donovan, ou Lanfjsdorffi, Klug., du Brésil (pi. xxxii, fig. 3), ayant en dessus le corselet d'un beau jaune-soufre avec le milieu noir, et les élytres d'un riche rouge-cerise uniforme.

BIJPRKiiTl^, Linn. — Antennes grêles, peu robustes. Corselet carré ou trapézoïdal, à large lobe arrondi à la base, souvent muni de sillons ou de fossettes. Élytres allongées, peu convexes, retrécies dans leur tiers postérieur, inermes ou denticulées en arrière sur les côtés, ayant souvent quatre impressions ou fossettes irrégulières. Écusson très-variable, pouvant manquer, ou très-petit.

Il est bon de conserver le nom linnéen qui désignait autrefois dans un seul genre tous les Buprestiens. On a subdivisé les insectes que nous conservons dnns ce genre restreint en plusieurs genres basés sur des caractères fort peu distincts. Le nom de Linnfeus vient de Poûivpr.çiç (enfle-bœuf), mot qui s'appliquait chez les Grecs à un insecte qui occasionnait la mort par gonflement aux bestiaux qui l'avalaient. Ce n'est certainement aucun de nos Buprestiens, mais sans doute un insecte très-vésicant, un Méloé^ un Mylabre ou un Lijdus.

Le genre Buprestis proprement dit compte plus de cinquante espèces de l'Europe surtout méditerranéenne, de toute l'Amérique du Nord et des Antilles, de Sibérie, d'Australie. Le menton laisse à découvert la languette et une partie des mAchoires; les tarses sont à peine dilatés. Dans les espèces d'Europe, le corps est bleu ou vert, presque toujours tacheté de jaune. Nous signalerons le B. fJuvomaculata, Fabr., de Suède, de France, d'Angleterre, d'Allemagne, de Sibérie, ayant une longueur d'environ 15 millimètres, d'un brun noir verdâtre, avec les côtés du corselet et plusieurs taches jaunes, souvent confluentcs, sur les élytres ;

ANTHAXIA. ^91

le B. octuyutlata, Linn., un peu plus petit, d'un beau bleu d'acier, avec cinq taches d'un beau jaune sur les élytres, avec les bords du corselet de même couleur, de la France méridionale, de l'Algérie, de la Sibérie ; le B. rusiica, Linn., de 12 à 16 millimètres, d'un vert bronzé ou bleuâtre, métallique, parfois violacé, du pourtour méditerranéen, des Alpes, etc.

Dans le sous-genre Chalcophora, Solier, se rencontrent surtout des espèces à livrée métallique uniforme, plus ou moins brillante, au nombre de près de cent, et de tous pays. Le corps est plus allongé que dans les Buprestis, les élytres plus atténuées, sculptées, très-inégales, ainsi que le corselet, les tarses dilatés. Les larves des C. Mariana, Linn., et detrita, Klug., espèce du sud-est de l'Europe, vivent dans les Pins, celle du C. Fabricii, Uossi, d'Italie et de Grèce, dans les arbres fruitiers. Elles ont les deuxième, troisième et quatrième anneaux; du corps plus renflés que chez les larves d'Agrilv.s, mais beaucoup moins que chez celles de Chrysobothris. Le C. Mariana a un habitat très-étendu, se rencontre en Anatolie, en Algérie, et dans toute l'Europe jusqu'en Suède. Cela est fréquent pour les insectes des Conifères. Sa larve vit dans le Pin sauvage mort, et transforme certaines parties tellement en vermoulure, qu'elles se dissocient. Un très-grand Ichneumonien, à trèslongue tarière, le Pimpla manifestât or, parvient à la percer au milieu des couches ligneuses où elle vit.

Le C. Mariana atteint 20 à 25 millimètres; il est d'un bronzé tantôt doré, tantôt verdAtre, et couvert, à l'état frais, d'une pruinosité trèscaduque ; ses élytres ont plusieurs larges dépressions assez rugueuses.

Un sous-genre spécial a été établi sous le nom de Polijbothris, Spinola, pour une cinquantaine d'espèces exclusives à Madagascar.— Ex. : P. orhreata, Oliv., pi. xxxii, fig. !i, espèce de grande taille.

AIITIIA.XI.%, Eschsch. — Caractères voisins du genre précédent. Tète large. Corselet subcarré ; prosternum large. Tarses étroits.

Ce genre renferme plus de cent espèces de Buprestiens de tous pays, mais surtout de l'ancien monde. Elles sont pour la plupart de petite taille, rarement de grandeur moyenne. Nous citerons, parmi les espèces les plus répandues de l'Europe centrale, les A. quadripunctata, Linn.; A. nitidula, Linn., de 5 à 6 millimètres, d'un vert gai assez brillant, avec fossette en arrière de chaque côté du corselet, se prenant sur les fleurs d'Aubépine, de Chrysanthèmes, de Pissenlit. Dans la France méridionale on trouve 1'^. nuinca, Fabr., de 7 millimètres, d'un brun un peu métallique, à côtés dorés, sur les Ormes, les Pins, les Aubépines; VA. Umbellatarum, Fabr., de 5 millimètres, à corselet uni, d'un bnui noir à peine métallique, d'un vert brillant en dessous.

Les Anthaxia sont ornés de couleurs variables, ordinairement métalliques, souvent très-éclatantes. Parfois les deux sexes se distinguent par

U92 COLÉOPTÈRES. — BUPRESTIENS.

des colorations très-différentes : ainsi chez les A.nitidula, Linn., nitida, Rossi, et Cichorii, Oliv., ces deux derniùres espèces du midi de la France, les femelles ont les élytres ou le corselet d'un rouge brillant, tandis que les mâles ont ces mêmes parties vertes ou jaune d'or. Les Anthaxia se rencontrent sur les fleurs, les troncs d'arbres, les bois morts. Ils sont surtout propres aux contrées méridionales de la zone tempérée, en particulier aux pays baignés par la Méditerranée et les mers tributaires. On en retrouve aussi en Amérique, et très-peu, et comme exceptionnellement, sous la zone torride.

P(i:Cll.OiVOT.%, Esclisch. — Écusson assez grand, transversal, cordiforme ou ovalaire. Corselet très-rétréci en avant. Elytres denticulées en arrière.

Ce genre comprend les plus brillantes espèces de Buprestes, formant les plus riches de la tribu dans la faune méditerranéenne. Une trentaine d'espèces occupent le contour de la Méditerranée, la Chine, les Indes, l'Indo-Chine, les îles Malaises, et quelques-unes des régions méridionales des États-Unis. Ainsi dans le midi de la France se trouve, sur les Ormes, les Érables, le P. nitilans, Fabr., de 12 à 15 millimètres, d'un vert métallique, avec les côtés du corps dorés et les élytres tachetées de noir; le I\ conspersa, Gyll., remontant de l'Algérie jusqu'en Suède, de 15 millimètres, vivant sur les Peupliers, d'un cuivreux brillant en dessous, d'un bronzé obscur, saupoudré de blanc en dessus, rugueux, avec des points élevés et des taches allongées noires.

Dans un genre voisin, Melanophila, Esclisch., qui compte une trentaine d'espèces principalement des régions chaudes des deux mondes, nous signalerons le M. cijanea ou tarda, Fabr. (genre Phœnops, Lacord.), des régions tempérées et froides de l'Europe. Il s'abat en juillet sur les troncs des Pins malades ou récemment morts, et y pond ses œufs en si grand nombre, qu'à l'hiver l'écorce est déjà loutc labourée en dessous par les galeries larges et tortueuses des larves. La nymphe se loge dans l'épaisseur de l'écorce, près de la surface.

CHB,V!iiOIIOTIlRl<$i, Esclisch. — Antennes coudées, à troisième article long. Corps élargi. Elytres fortement lobées à leur base, à nervures bien marquées et ayant chacune deux impressions plus brillantes ; écusson régulièrement triangulaire et aigu en arrière. Crochets des tarses simples.

Sur plus de cent cinquante espèces de ce genre, vivant surtout dans les régions chaudes de toute la terre, même en Australie, l'Europe ne compte que trois espèces, le C. chrysostigma, Linn., le C. afjUnis, Fabr., assez commun partout sur les Chênes, de M à 15 millimètres, d'un brun bronzé peu brillant en dessus, avec les fossettes des élytres cuivreuses ; le C. Solieri, Cast. et Oory, du midi de la France et de l'Allemagne, d'Espagne, d'Algérie, de D millimètres, plus étroit, plus doré

AGRILUS, ^493

et moins rugueux que l'espèce précédente. Ce sont les larves de Chrysohothris qui présentent au plus haut degré, parmi les Buprestiens, l'élargissement considérable du thorax en forme de pilon aplati. La larve du C. Solieri a été étudiée par M. E. Perris [Ann. Soc. eniomol. de France, 1852, 156). Elle vit dans les figes des jeunes Pins de 5 à 15 centimètres de diamètre, et dans les branches des vieux. Elle se tient d'abord sous l'écorce, et y pratique une galerie sinueuse qu'elle laisse derrière elle remplie de détritus blancs et d'excréments d'un roux brunâtre, puis, aux approclies de l'hiver, enfonce sa galerie dans le bois. Lorsque le moment de se transformer est-venu, elle se retourne dans sa galerie, et subit sa métamorphose, quelquefois à plus de 2 centimètres de la surface. La nymphe, au lieu de papilles saillantes, n'a que des mamelons latéraux et dorsaux à peine visibles. L'adulte éclôt en juillet, et se trouve sur les jeunes Pins récemment abattus et exposés au soleil.

agril,i:n, Stepliens. — Tète verticale, à front plan, avec antennes insérées à distance notable des yeux, dans des cavités très-grandes ; un écusson triangulaire. Forme en général linéaire et grêle, avec corselet cylindroïde. Elytres très-souvent débordées par l'abdomen, arrondies à l'e.xtrémité. Tarses de longueur normale à crochets dentés ou appendiculés.

Le genre Agriius contient beaucoup d'espèces, plus de quatre cents, qui, dans les contrées chaudes seulement, acquièrent une grande taille, des couleurs variées, une pubescence plus épaisse. Ils sont répandus sur toute la terre, dans le nord comme dans le midi. Les espèces d'Europe sont de petite taille, au plus médiocre, très-voisines les unes des autres, vertes, bleues ou bronzées. On les trouve sur les feuilles des végétaux et les bois morts, sous les écorces. Les mâles ont une forme plus allongée et les élytres plus épaisses que les femelles. Les larves des Agriius ont la forme de celles des Buprestiens en général, mais avec les anneaux de devant médiocrement dilatés, et l'anneau anal terminé par une espèce de tenaille à deux branches dentées en dedans et dont la conformation varie selon les espèces. La femelle dépose ses œufs, plusieurs ensemble, sous l'écorce de l'arbre aux dépens duquel vit l'espèce. Les jeunes larves creusent leurs galeries dans l'épaisseur de l'écorce, et entament même le bois. Ces galeries s'entrecroisent et se dirigent en divers sens. Elles sont remplies de vermoulures fines, au bout desquelles se tient la larve, la tète tournée vers le point à percer. La vie évolutive est de deux années. La même espèce attaque souvent plusieurs espèces d'arbres : ainsi 1'^. viridis, Linn., de la plus grande partie de l'Europe, offrant de nombreuses variétés, vit dans le Chêne, le Hêtre, le Bouleau, et l'adulte se trouve souvent en grand nombre sous les écorces, en particulier des jeunes plants. Les Agriius sont les plus communs de tous les Buprestiens. après certains Anthaxiu. On

694 COLÉOPTÈRES. — RLPHIiSTlKNS.

rencontre près de Paris, outre Tespèce précédente, VA. cœruleus, Hossi, ou cyanescens, Ratz., de 6 à 8 millimètres, bleu ou bleu verdùtre, à élytres à peine élargies en arrière, saillantes aux épaules ; 1'^. augustulus, lUig., de 5 millimètres, d'un vert bronzé, avec les élytres sensiblement élargies en arrière, vivant sur les jeunes Chênes. Cette espèce se trouve en France, en Allemagne, en Suède, en Angleterre, dans le Caucase, en Perse.

Un genre très-voisin, Corœbus, Cast. et Gory, aussi de toute la terre, a les mômes mœurs et métamorphoses que les Agrilua. Les espèces sont plus isolées, plus rares, plus méridionales. Le C. Rubi, Linn., de 12 à ik millimètres, d'un beau bronze verdâtre, remonte assez au nord; je l'ai pris plusieurs fois dans la forêt de Compiègne, en été, volant au soleil. On trouve aussi, dans les environs de Paris, le C. undatus, Fabr., de même taille, d'un bleu noirâtre, à reflets violacés ou bronzés, moins allongé et atténué en arrière que le précédent, avec des fascies transversales grisâtres, en zigzag sur les élytres, vivant sur les Chênes. On trouve très-abondamment dans les bois de Chênes verts du Var une magnifique espèce de ce genre, le C. bifasciatus, Oliv., qui constitue même une espèce nuisible. Il se trouve en larve dans les branches dont les feuilles sont tachées de jaune, et devient adulte dans le courant d'avril.

APHAMISTICUS, Latr. — Corps plus ou moins allongé et étroit, ou même subcylindrique; écusson très-petit. Tarses très-courts, chacun avec un crochet unique. Tète avec un large sillon médian; yeux rapprochés. Cuisses très-dilatées, tranchantes en dedans, recevant les jambes dans une coulisse.

La forme allongée et sublinéaire de ces insectes est caractéristique. Les plus grands dépassent à peine U millimètres, et leurs téguments, de couleur métallique ou noirs, sont glabres. On en connaît de pays variés, sauf de l'Amérique méridionale ; ceux d'Europe vivent dans les prairies marécageuses, en général sur les Joncs. — Ex. : A. emarginatus, Oliv., de h millimètres, grêle, presque parallèle, d'un noir bronzé assez brillant, existant aux environs de Paris et dans toute l'Europe, dans les prairies, sur les Joncs (pi. xxxn, lig. 5 ; 5 a, antenne) ; A. pusiUus, Oliv., de 2'""',50, de même couleur que le précédent, plus élargi, à bords non parallèles.

TRACHVN, Fabr. — Corps court, trigone. Corselet très-large. Tarses très-courts, à crochets dentés.

Les espèces de ce genre, de petite taille, sont d'Europe, de l'ancien monde, et aussi du Brésil, se trouvent sur les broussailles et sur les fleurs. On en rencontre aux environs de Paris, mais assez rarement [T. minuta, T. pygrnœà). Ce qui caractérise essentiellement ce genre, ce sont les larves dont le mode de vie exige une locomotion plus parfaite

TRACHYS. — THROSClDliS. '|95

que celle des autres larves de Buprestiens. Aussi elles ne sont plus apodes. Dans la larve du T. minuta, Linn., les six pattes thoraciques sont remplacées par de petites fovéoles faisant l'office de ventouses et permettant à la larve de s'avancer; les trois premiers segments sont très-larges et le quatrième très-étroit. Cette larve vit en mineuse dans les feuilles des Salix caprœa, aurita, etc., où elle s'ouvre une galerie en forme d'ampoule, commençant à la pointe de la feuille, s'avançant ordinairement vers la nervure médiane, grande, irréguliôre, verte d'abord, puis devenant d'un brun jaunâtre par l'amas des déjections. A la pointe de la feuille, en dessus, est une tache noire brillante, sous laquelle est l'œuf. La larve se trouve en août et septembre. La nymphe est d'un noir brillant, immobile et ressemble beaucoup à l'adulte. La nymphe ou l'adulte hiverne dans les feuilles tombées, et l'adulte paraît autour des Saules dès la fin d'avril et attaque les feuilles. Comme on le trouve aussi en juillet et août, il a sans doute deux générations. La larve du T. nana, Payk., vit de même en mineuse dans les feuilles du Convolvulus arvensis, et celle du T. pygmœa, Fabr., dans celles des Mauves. On recherchera sur les taillis de Chênes le T. minuta, de 3 millimètres, d'un noir brillant un peu bronzé, ayant sur les élytres quatre bandes transversales ondulées de poils blanchâtres, et sur les feuilles des Malvacées (Rose trémière, Guimauve, etc.) le T. pygmœa, de 2""", 50, à tête et corselet d'un cuivreux doré, à élytres d'un bleu parfois verdâtre, avec les pattes et le dessous du corps d'un bronzé brillant. Nous représentons une espèce appartenant à un genre très-voisin, le genre Brachys, Solier, constitué avec des espèces américaines, et aussi de Ceylan et du Japon, de taille un peu plus grande que les Trachys, souvent ornées de belles couleurs métalliques. Cette espèce est désignée par M. G.-Mén. {Icon., texte, p. 35) sous le nom de B. cruentata, d'Haïti (pi. xxxii, fig. 6; 6 a, antenne). Cette espèce, probablement non retrouvée, ne figure pas dans le catalogue Gemminger-Harold. Les genres Trachys et Brachys comptent chacun plus de soixante espèces.

Après les Buprestiens proprement dits peut se placer un petit groupe^ dont on a fait une famille sous le nom de Trixayides ou Throscides, contenant une centaine d'espèces. Chez les Buprestes propres le prothorax est immobile ; aussi, bien que le prosternum soit prolongé en arrière par une saillie, celle-ci reste intimement soudée à la fente mésûsternale qui la reçoit. Les Throscides ont le prothorax encore exactement appliqué au mésothorax, mais un peu mobile, et ne sautent pas plus que les Buprestes, parce que le sillon mésoslcrnal ne possède pas la petite fossette qui doit servir de point d'appui et où joue librement la saillie. La saillie du prosternum présente cependant un organe, qu'on appelle le mucro saltatorius, et qui paraît être destiné à modérer le saut. La saillie est partagée en deux parties, l'une inférieure, l'autre

Zi96 COLÉOPTÈRES. — BUPRESTIENS.

supérieure, plus ou moins dirigée en arrière et en haut (le mucro), formant comme un étage supérieur. (Hiez les Throscides, il reste fixe et immobile dans le mésosternum, ce qui empêche le saut de se produire. La petite famille des Throscides établie par Lacordaire a des rapports avec les Buprestiens, les Élatérides, les Eucnémides et même les Byrrhides. Elle ressemble aux Buprestes par le rapprochement intime du prothorax et de l'arrière- corps et l'absence de la faculté de sauter, qui paraît admise, bien qu'en aient dit certains auteurs ; c'est ce qui nous détermine à les placer à la fin de la tribu des Buprestiens, dont ils ont l'aspect général. Us s'en distinguent surtout par le prosternum prolongé en avant en mentonnière cachant la bouche, comme chez la plupart des Élatérides; mais la faculté du saut et la configuration du prolhorax en rapport avec elle séparent suffisamment ceux-ci, aussi bien que les Eucnémides, qui manquent, en outre, de la mentonnière. Le rapport avec les Byrrhes est éloigné, et consiste en ce que les Throscides ont les pattes contractiles. Le corps des Throscides est en général oblong ou ovale-oblong ; leurs tarses sont de cinq articles, certains lamelleux en dessous. Ils ont un écusson triangulaire ou cordiforme. Les antennes, de onze articles, sont, ou dentées en scie, ou en massue, et toujours reçues inférieurement, au repos, dans des sillons propectoraux. Les espèces sont surtout d'Europe et d'Amérique, tantôt foncées et concolores, tantôt variées de bandes ou de taches vives, rouges ou jaunes (genres Drapetes, Redtenb., et Lissomus, Ualm.).On les trouve sur les feuilles ou sous les écorces et au pied des plantes. Leur régime n'est pas connu, non plus que leurs métamorphoses, lacune fâcheuse, qui permettrait de mieux marquer leur place sériale.

TRIXACil.!^, KugeL, ou Throscus, Latreille. — Antennes de onze articles, terminées par une forte massue de trois articles. Protliorax exactement appliqué contre l'arrière-corps, les cavités cotyloïdes antérieures étant en partie creusées dans le mésothorax (rapport avec les Buprestiens, séparation d'avec les Eucnémides et Élatérides). Pas de trochaiitins aux hanches antérieures ; mentonnière au prosternum ; sillons propectoraux recevant au repos les antennes (caractères de rapports inverses).

('e genre de transition a servi de type à une petite famille étudiée par M. H. de Bonvouloir (1). Ce sont des insectes ressemblant beaucoup à des Élatérides de petite taille, généralement de couleur brune ou ferrugineuse, finement pubcscents de poils gris soyeux, el à élylres striées. 11 y en a peu d'espèces en Europe. Elles ne sautent pas, de même que les Buprestiens et probablement certains Eucnémides, sont de mœurs peu connues; vivent le plus souvent sur les feuilles des arbres et des plantes herbacées, mais parfois aussi sous les écorces et sous les détritus végétaux, notamment dans le voisinage des étangs

(1) lissai monographique sur la famille des Throscides. Paris, 1859.

fiLATÉRlEAS. /|97

Sriliis de la Provence. Les diverses parties de l'Europe, l'Orient, l'Algérie, l'île de Madère, les Canaries, l'Amérique septentrionale, le Brésil, les Indes orientales et l'Australie possèdent des Throscus. Nous devons remarquer que les cuisses sont creusées d'un sillon longitudinal recevant les jambes au repos, et celles-ci également d'un fin sillon où se logent les tarses, (.es deux espèces qu'on peut trouver près de Paris sont le T. elateroides, Ileer, de 2 millimètres, d'un brun ferrugineux, rencontré notamment sous des écorces de Platane, existant dans toute la France, mais rare, et le type du genre, le T. dermestoides, Linn. (pi. xxxiii, fig. 7, lèle et corselet grossi-), d'Algérie et d'Europe, de 3 à h millimètres, d'un brun ferrugineux, à appendices rougeâtres, se trouvant partout, et parfois assez commun, sur les fleurs, les feuilles des plantes basses, le bois mort, à la racine des plantes ou simplement sur le sol. Les yeux ont une dépression antérieure dans leur milieu. I^a larve paraît vi\re dans le bois de chêne carié.

LISSOMl**, Daim. — Tête engagée sous un corselet demi-circulaire.

Nous représentons, pi. xxxin, lig. S, la tète et le corselet, vus en dessous et grossi^, d'un Lissomus de l'Amérique du Sud. Les espèces sont toutes ou du Mexique, ou des régions chaudes de l'Amérique méridionale.

TBIT5U DES ÉL.%TÉRIE11>S.

Cette tribu faisait partie de l'ancien groupe des Sternoxes et le caractérisait essentiellement, car les pièces sternales y ont acquis une importance exceptionnelle. Les pièces buccales sont au contraire réduites comme chez les Buprestiens et sans variations, recouvertes presque toujours par une mentonnière ou prolongement du prosternum. La forme du corps des Élatériens est presque toujours plus ou moins allongée, et le prosiernum au-dessns du corselet a en général les bords latéraux tranchants et les angles postérieurs aigus et divergents. Le prolhorax est mobile sur l'arrière-corps, et le prosternum est prolongé en arrière en une pointe comprimée, pouvant pénétrer dans une fossette située à la buse du mésostcrnum, entre la ba^e des pattes intermédiaires. Quand ce mouvement s'exécute à la \olonté de l'insecte, il en résulte un, organe spécial de saut, non d'arrière en avant, comme d'habitude, mais du dos au ventre, l'insecte couché sur le dos étant lancé en l'air comme par un ressort, et retombant en général, par retournement, sur ses pattes. Cette faculté d'un mode de saut fout particulier ne peut cependant être acceptée comme un caractère général des Élatériens, bien qu'ils en tirent leur nom, car il y a des genres où elle manque, et l'énergie de ce saut varie l)(!aucoup, sans rapport avec la configuration de son appareil, dépendant sans doute surfout de la disposition

GIRAKO. 32

498 COLÉOPTÈRES. — ÉLATÉRIENS.

interne et de la puissun-e des aiusclcii Ihoruciqaes. Les Coléoptères dont il s'agit ont le corps trop allongé et les pattes trop courtes pour pouvoir se retourner quand ils tombent sur le dos. Le corps retourné se cambre, dégageant la pointe sternale de sa fossette, et prend deux points d'appui par la fête et par l'extrémité de l'abdomen ; alors un brusque effort musculaire, qui a besoin de ces deux points d'appui pour se produire avec l'énergie nécessaire, fait entrer la pointe prosternale dans sa fossette, de sorte que le milieu du dos de l'animal, brusquement refoulé, vient heurter avec force le plan dappui, et, par réaction, l'animal est lancé eu l'air, et recommence sa manœuvre, jusqu'à ce qu'il retombe sur ses pattes. De là le nom de Scarabées à ressort des anciens auteurs. Les noms vulgaires de Taupms, de Maréchaux, proviennent du bruit sec que fait la base du corselet en choquant le plan d'appui.

Les Élatériens sont de tous les pays, et l'on en compte, avec les sous-tribus annexes, plus de 3000 espèces, dont beaucoup ne sont pas

décrites.

Pour rendre les descriptions des genres plus méthodiques, nous établirons trois familles dans la tribu des Élatériens : les Eucnémides, les Élatérides, les Cébrionides.

L — EUCNÉMIDES.

Nous commencerons l'élude descriptive des Élatériens par le groupe des Eucnémides, établissant un passage avec les Buprestiens, et dont les auteurs modernes, dans la classification systématique, font une petite tribu distincte. Les Eucnémides ont le corps oblong ou subcylindrique, quelquefois très-allongé ; des antennes de onze articles, subflliformes, dentées ou peitinées, insérées assez loin des yeux sous un rebord du front; les pièces buccales très-réduites, un labre nul ou indistinct presque toujours ; les mâchoires à deux petits lobes, avec palpes de quatre articles; une languette membraneuse, sans paraglosses, avec palpes labiaux de trois articles. Le prothorax a son articulation libre sur le mésothorax; le prosternum, presque toujours tronqué en avant, est dépouvu de mentonnière (excepté dans les genres Ceratogonys et Cerophytum). Il se termine postérieurement par une saillie plus ou moins forte, ayant au- dessus d'elle un petit prolongement ou épine du saut [muçro saltatorius de M. Schiodte), servant à régler le saut, presque toujours cachée, pour peu que le prolhorax soit incliné, et pénétrant librement dans une cavité antérieure du mésosternum. L'abdomen olVre en dessous cinq segments apparents dont le dernier est en général le plus grand. Les pattes, non fouisseuses, ont les tarses de cinq articles, et les hanches postérieures (sauf dans le genre Ceropliytam) sont pourvues de lames bien plus développées que chez les Élulérides et recouvrant les cuisses au repos.

EUCNÉMIDES. — MELASIS. .'»99

Les Eucnémides ont l'ait l'objet d'une monographie inaporlante de M. H. de Bonvouloir {Ann. Soc.entomol. de France, li^ série, 1871, t. X, partie supplém.)' Le catalogue Gemminger-Harold en compte plus de /i60 espèces.

On trouve chez eux le saut propre aux Élatériens, ce qui nous a engagé à les laisser dans celle tribu, mais avec une bien moindre énergie. M. de Bonvouloir pense qu'il n'y existe pas d'une manière générale.

Les larves et les nymphes ne sont encore connues que dans très-peu d'espèces. Elles n'ont de général que leur tête très-petite, enchâssée dans le prothorax et cornée, et l'absence de pattes. On peut dire que par la forme, la consistance variable des téguments, elles offrent une série de passages entre celles des Buprestiens et celles des Élatériens propres. D'après M. E. l'erris, et contrairement à l'opinion de M. Schiodte, elles sont essentiellement lignivores et creusent dans le bois des galeries pleines de la fine poussière résultant de la digestion des fibres ligneuses, ce qui ne veut pas dire qu'elles ne puissent accidentellement dévorer des larves d'autres espèces dont elles rencontrent les galeries. En l'état actuel des collections, le plus grand nombre des espèces proviennent d'Amérique, d'Australie et de l'archipel Indien ; l'Afrique ainsi que 1 Europe n'en fournissent que la minorité. Les Eucnémides sont en général oblongs ou allongés, assez souvent cylindroïdes, parfois conoïdes. Ils rappellent certains Buprestiens et surtout les Élatérides. La position verticale de leur tête, qui est assez enfoncée dans le prothorax, tandis qu'elle n'est que penchée chez les Élatérides, leur donne un aspect spécial qui permet de les reconnaître facilement. Leur faille arrive rarement à 30 millimètres, et reste en général assez petite ou moyenne. Leur couleur, le plus souvent assez sombre et uniforme, devient quelquefois claire, et même s'accidente de dessins variés, mais elle ne prend que très-rarement les teintes métalliques.

Les Eucnémides ne comptent que très-peu d'espèces en Europe, toujours rares, dans le bois mort des troncs d'arbres, sous les écorces, à l'entrée des galeries où les larves se sont métamorphosées, jamais sur les fleurs, parfois sur les feuilles, où l'on peut les récolter en fauchant ou en battant, [-acorduire suppose que la rareté de ces insectes dans les collections tient à ce que, peut-être, ils sont nocturnes : il est certain que la rareté de certaines espèces provient surtout de ce que nous ne connaissons pas suffisamment les localités, les mœurs, l'habitat.

GENRES PRINCIPAUX

MELASlf"*, Oliv. — Tète verticale, très-enfoncée dans le prottiorax ; épistome ' trapéziforme, continuant directement le front (caractère de la plupart des Eucnémides). Corselet court, subcylindriiiue, graduellement rétréci en arrière, avec les ans:les postérieurs aigus et saillants. Pattes robustes, larges, comprimées, surtout chez les mâles.

tOO coléoptères. — ÉLATÉRll•^S.

Outre quatre espèces américaines, nous trouvons dans ce genre une espèce d'Europe, le M. buprestoïdes, Linn., nommé par Geoffroy le Richard noir chagriné, existant en Suède, en Angleterre, en France, en Allemagne, en Italie, en Sicile (pi. xxxn, fîg. 7 ; 7 a, antenne du mâle). Il est noir, à élyfres striées régulièrement, de taille moyenne, le mâle beaucoup plus petit que la femelle. La longueur varie en efTet de 5 à 10 millimètres. On connaît sa larve, qui s'éloigne beaucoup de celle des Élatériens propres et ressemble à celle des Buprestiens ; elle est aveugle, apode, allongée et linéaire, sauf un brusque élargissement antérieur, assez molle et souple^ en pilon aplati à peau fine et blanche, bien plus longue que ne sera l'adulte. Elle creuse dans le bois récemment mort du Châtaignier, du Bouleau et surtout de l'Aulne, des galeries perpendiculaires aux fibres, à parois nettes, et s'y retourne pour se changer en nymphe dans une partie de la galerie qu'elle arrondit. Ces galeries ont 5 millimètres de largeur sur un seulement de hauteur ; arrondies sur les côtés, elles ont les parois supérieure et inférieure planes et parallèles, et sont remplies de déjections ligneuses pulvérulentes, signe certain du régime de la larve. Les trous de sortie de l'adulte sont ronds. La larve a la tête cornée et brune, très-enchatonnée dans le prothorax, en losange transversal, munie antérieurement d'un bord arrondi, à quatre dentelures arquées en dehors, sorte de râteau qui doit aider la larve à creuser la galerie par un mouvement horizontal de la tète. En dessous, et en partie cachées, sont deux mandibules noires, robustes, cornées, profondément bidentées ; les autres pièces buccales sont soudées et très-réduites. Enfin, de chaque côté de la tète sont deux très-courtes antennes, rétractilcs, de trois articles. La longueur du tube digestif n'est, comme chez les Élatérides, que celle du corps, et non pas près de trois fois, à la façon des larves de Buprestiens. Cette observation de M. Scbiodte ne prouve rien au sujet du régime, car les larves d'Élatérides sont, les unes carnassières, les autres rhizophages ou xylophages. On doit chercher l'adulte, qui n'est pas rare aux environs de Paris, dans le courant de juin, sur le Hêtre, le Saule, le Bouleau, l'Aulne et le Chêne. 11 est déjà métamorphosé en hiver, et on le prend quelquefois à cette époque enfoncé très-profondément dans le bois.

liliCMEMIS, Ahrens. — (-orps oblong, médiocrement convexe supérieurement. Tête très-convexe en avant, assez profondément enfoncée dans le prottiorax ; antennes un peu dentées intérieurement. Corselet graduellement rétréci en avant. Élytres graduellement rctrécies en arrière. Pattes courtes et assez grêles.

Ce genre ne renferme qu'une seule espèce, de 5 à 7 millimètres, Vë. capucina, Ahrens, d'un noir de poix, avec les appendices ferrugineux. Elle est représentée pi. xxxni, fig. 1. Est répandue dans une

EUCNÉMIDES. — PTEKOTARSUS, GAP.RV, CRYPTOS lOM \ . ')U\

grande partie de l'Kurope, car un l'indique de Suède, de Danemark, de Pologne, d'Autriche et d'Allemagne. On la recherchera en France d'avril à juin, selon les latitudes. M. G.-Méneville dit en avoir pris quatre ou cinq individus à Paris, au Champ de Mars môme, sur le tronc d'un Urme. Les amateurs parisiens peuvent capturer cette espèce, rare pour leur faune, en visitant les troncs cariés des Ormes, des Chênes, des Hêtres, des Peupliers et des Tilleuls. L'insecte saute comme un véritable Élatéride, mais beaucoup moins.

La larve de VE, capucina, longue de l/j à 15 millimètres, commence à se rapprocher par sa consistance de celles des Élatérides. Elle est linéaire, subdéprimée, roussAtre, subcornée, glabre et assez luisante. La tête, très-plate, de couleur ferrugineuse, offre en avant un rebord ayant sept dentelures de chaque cùté. Il n'y a pas d'ocelles. Le thorax est dépourvu de pattes, et le corps a douze segments, outre la tête, ayant la plupart du temps une petite aréole elliptique transversale, ils sont subégaux, sauf le segment anal, qui est élargi et orbiculaire, plus corné que les autres, muni d'une plaque veloutée et d'aspérités rousses. Cette larve vit de bois ramolli est a été trouvée entre les feuillets d'un Orme attaqué de pourriture sèche. Elle se meut au moyen du râteau céphalique et d'un grand nombre de plaques et de lisières veloutées des segments, qui sont des brosses de très-fines spinules serrées et inclinées en arrière, i.a nymphe se forme là où vivait la larve, et porte quelques poils tuis sur la tête, le thorax et les élyfres.

PTEROTARSrs, Escliscli. — Écusson assez grand, oblong. Élytres aciiminées au bout. Tarses munis de longues lamelles ; antennes fortement flabellées.

Insectes ornés de couleurs vives, des régions chaudes de l'Amérique du Sud orientale. — Cv. : /'. histrio, C.-Mén., du Brésil (pi. xxxin, fig. 2; 2 a, antenne ; 2 6, tête et dessous du corselet). — Treize espèces.

G.%LB.«, G.-Méii. — Caractères voisins des précédents.

Espèces des lies malaises et mélanésiennes et de la Nouvelle-Calédonie, ornées de couleurs vives dues en partie à des poils soyeux à reflets satinés. — Ex. : G. marmorata, G.-Mén., de la Nouvelle-Guinée (pi. xxxni, fig. 3, corselet vu en dessous ; ;? a, tarse antérieur : 3 b, antenne).

CRYPTOSTO.n,%, Latr., ou Ceratogonys, Perty. — Antennes longues, robustes, subgéniculi-es, ;i premiers articles carénés et dentés ; une mentonnière.

Le type est le C. spinicorne, Fabr., qu'on trouve à la Guyane et au Brésil sur les feuilles dans les bois (pi. xxxui, fig. 9 ; 9 «, tarse antérieur). Espèces de la Guyane, du Brésil, delà Nouvelle-Grenade.

502 COLÉOPTtRES. — ÉLATÊRIENS.

!«ElIATODE:§i, Latr. — Élytres très-allongées, graduellement atténuées d'avant en arrière, peu convexes. Corps très-allongé, déprimé ; antennes filiformes.

Le type est le N. filum, Fabr. (pi. xxxiii, fig. 11; 11 o, antenne grossie), noir, à pattes et antennes rougeâtres, du midi delà France, d'Autriche, d'Espagne, de Portugal. Les autres espèces de Russie, de Sumatra et des deux Amériques, surtout des régions chaudes.

PllvixoCERl7!«>, Lepell. et A-. Serv. — Antennes dont les articles, à partir du quatrième, émettent de longs rameaux.

Ex. : P. flavipennis, G.-Mén., de Dalmatie, d'Italie méridionale, de Sicile; assez rare. — PI. xxxui, fig. 16, antenne grossie.

Nous signalerons quelques autres genres, à cause des métamorphoses partiellement connues. Un des genres d'Eucnémides les plus nombreux en espèces, des deux Amériques, d'Australie, de Madagascar, de l'archipel indien, le genre Fornax, Cast., a quelques larves connues. Elles ressemblent beaucoup à celle de VEucnemis capucîna, sont roussâtres, subcornées et subdéprimées, sensiblement linéaires, avec plaques veloutées et aréoles elliptiques, et le dernier segment ponctué et muni d'aspérités ; il n'y a que des différences légères dans les dentelures antérieures de la tête. Le genre Xylobius, Latr., ne compte que deux espèces, toutes deux d'Europe, surtout des montagnes, le X. Alni, Latr., et le A', humeralis, L. Dufour. La larve de ce dernier, longue de 8 à 10 millimètres, d'un blanc roussâtre, est linéaire, subdéprimée et subcornée. Le râteau céphalique a quatre dents de chaque côté. Le corps apode offre douze segments subégaux, outre la tète, munis d'aréoles elliptiques rousses, le dernier segment rétréci, villeux, et ayant en dessous une dépression couverte d'aspérités rousses. Elle vit dans les Sapins pourris des forêts des Pyrénées, la femelle pondant ses œufs sur les Sapins debout ou abattus, morts depuis longtemps, dont le bois est ramolli et décomposé par les intempéries. Les larves creusent des galeries transversales cylindriques, et se nymphosent à leur extrémité un peu élargie. Leur régime est inconnu.

Entre ces larves, affiliées de près à celles des Élatérides, et la larve du Melasis, qui est du type Bupreste, se place intermédiairement une larve des plus curieuses, où M. E. Perris a découvert une hypermétamorphose. Elle appartient au Farsu$, Jacq. du Val, U7iicolor, Latr., Eucnémide de la France méridionale et de l'Italie. Elle est lignivore, et creuse des galeries cylindriques, perpendiculaires aux fibres du bois, dans les vieux troncs de Chêne ramollis par la carie. Sous sa première forme, cette larve atteignant 7 millimètres, est elliptique, trèsventrue, apode, d'un blanc presque mat, charnue, assez ferme, parfaitement glabre et lisse, menu; au microscope. Sa tète est très-petile, sub-

CEROPHYIUM. — ÉI.ATÉRIUES. 503

convexe et blanche comme le reste du corps, avec les pièces buccale? rudimentaires. I.es segments du corps, au nombre de douze, sont trèsinégaux et bien plus bombés et boursouflés du cAté ventral que de Tautre. ils portent au milieu, en dessus et en dessous, une petite aréole roussâtre et elliptique.

Après la mue, cette larve se modifie tellement, qu'on croirait avoir affaire à un insecte d'un tout autre groupe. Elle reste, comme la précédente, apode, de douze segments outre la tête, garde les mêmes stigmates et les mêmes aréoles elliptiques, sauf sur les deux segments extrêmes ; mais la taille s'est accrue de 10 à 11 millimètres, à peu près celle de l'adulte, avec beaucoup de sujets bien plus petits; la forme est devenue allongée, presque cylindrique, un peu rétrécie antérieurement et surtout postérieurement, d'une manière graduelle. Le corps s'est couvert de très-fines spinules inclinées en arrière, et la tète de la première larve, charnue et peu apparente, s'est changée en un prisme ou groin, ferrugineux, découpé antérieurement en six dentelures. Cette seconde larve devient une nymphe nue, sans coque, dont la taille diffère de 10 à 3 millimètres, portant quelques poils fins. I/insccte adulle sort du bois par un trou circulaire, et saute faiblement à la façon élatérienne ; sa taille varie de 10 millimètres à t2'"™,50.

CEROPHVTlM, Lalr. — Front forlement gibbeux en avant; antennes insérées sur cette i^ibbosité, très rapprochées à leur base, munies en dedans cliez les mâles, à partir du troisième article, d'un long- rarpeau claviforme, obtusément dentées chez les femelles. Prosternum prolongé en avant en mentonnière. Hanches postérieures enfouies dans leurs cavités coljloïdes, sans aucune lame supérieure. Corps oblong, subconvexe.

Les caractères anomaux de ce genre avaient décidé Lacordaire à en faire une petite famille, celle des Cérophytides. Les espèces sont des deux Amériques, et le type de France, d'Allemagne, d'Italie, se prend au printemps en battant les Saules mar.~aulls, et aussi sur les I^eupliers. C'est le r. elateroides, Latr., noir, assez petit (pi. xxxin, fig. 6, mâle ; 6a, palpe maxillaire; 6b, tarse antérieur). Cet insecte se trouve aux environs de Paris, mais rare, dans les arbres ou sur les troncs. On a signalé dans une espèce de l'Amérique du iNord un mode de saut autre que celui des Élatérides propres. C'est en rapprochant du prothorax les pattes antérieures, puis les débandant d'une manière subite, qu'elle serait lancée à une plus ou moins grande hauteur.

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