‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservationChapitre 56 sur 67 · I.IUAUII · texte numérisé non relu

I.IUAUII

6/i2 COLÉOPrÈRES. — SCOLYTIENS.

élytres profondément striées et à crénelures aiguës. Les deux espèces dessinent sous l'écorce des galeries de ponte transversales et en accolade, avec galeries de larves longitudinales. Les galeries sont admirablement nettes, vu la dureté du bois de Frêne. Ces insectes se montrent en avril et en mai, et se jettent par myriades sur les Frênes affaiblis ou sur ceux qui sont abattus.

CAMl*TOCKillJ§>, Latr. — Funicule des antennes de sept articles, sans filets chez les femelles, dont les articles ont chez les mâles de longs filets grêles et aigus au côté interne, avec massue globuleuse, indivise. Corps subovale, convexe.

Ces Scolytiens de l'Amérique du Sud sont remarquables par leur éclat. Le type est le C. œneipennis, de la Guyane, à corps d'un noir brillant, avec des élytres bronzées. Nous figurons les antennes de cette espèce pi. xxxviii, fig. 3, mâle ; 3 a, femelle.

PHLfEOTRIBUii, Latr. — Corps court, trapu, cylindroïde, à pubescence hérissée. Tête courte. Antennes à scape très-long et en massue, à funicule de cinq articles avec massue de trois articles en longues lamelles internes.

Le type du genre est le P. Oleœ, Fabr. Ce petit insecte (2 millimètres environ de longueur) est noirâtre, revêtu d'un duvet grisâtre, avec antennes rousses. Il est représenté pi. xxxviii, fig. li;Ua, antenne trèsgrossie; Ub, tarse antérieur. Il est probable qu'il peut vivre sur d'autres arbres que les Oli'viers, car on l'a rencontré près de Paris, sans doule par suite d'importation, comme bien d'autres insectes. De même que VHylesinus uleipcrda, il se jette sur les Oliviers affaiblis, et les remèdes sont pareils. Il cause à ces arbres des domm.ages sérieux et se trouve répandu comme eux dans toute la région méditerranéenne. Il existe en Algérie. Il se loge de préférence à l'enfourchure des branches, où les larves vivent et où la femelle perce l'écorce pour faire sa ponte. Il découle des ouvertures pratiquées une substance gommeuse, assez semblable à de la manne. Le moindre vent fait rompre les rameaux ainsi rongés. C'est surtout avec les mortalités, lorsque les jeunes rejets encore faibles repoussent des vieilles souches, que ce Scolytien fait le plus de mal.

VO.mciJfi*, Latr., ou BosTRlCHus, Fabr. (Nous rejetons le second nom du genre par un motif de confusion déjà expliqué.) — Corps très-cylindrique. Tête trèscourte et rentrée dans un corselet très-convexe en avant, couvert antérieurement d'aspérités ou de granulations, sans impressions latérales pour recevoir les jambes. Élytres cylindriques, plus ou moins excavées à leur extrémité, avec les bords de l'excavation dentelés. Tarses courts.

Ce genre comprend les espèces les plus nombreuses de Scolytiens, dont certaines sont fort nuisibles. Los Tomiques sont hérissés de poils

lOMICUS. 6/|3

fins, et leur livrée varie du jaune ferrugineux au uoir brunâtre assez brillant. Nous représentons (pi. xxxvni, fig. 5) l'antenne du T. bispinus, Ratz., de France et d'Allemagne, espèce qui vit dans les tiges.de Clématite; antenne avec scape très-long et en massue, court funicule de cinq articles, massue arrondie, avec traces de sutures arquées, ou flexueuses dans d'autres espèces. Les femelles en général diffèrent trèspeu des mâles; cependant, dans beaucoup d'espèces, elles sont plus allongées et out les ôlytres moins denticulées à l'extrémité. Plusieurs espèces de Tomicus sattaqueut spécialement aux arbres résineux. Nous sigalerons les suivantes, à galerie de ponte subcorticale et longitudinale : T. typoçjraphus, Linn., de Suède, de France, d'Allemagne, du Caucase, ayant 3 millimètres de long ; le mâle et la femelle se logent ensemble sous l'écorce, en creusant une chambre nuptiale d'où partent les galeries de ponte, offrant des trous à air recouverts seulement de la plus fine pellicule de l'écorce ; une première éclosion d'adultes a lieu en mai, puis une seconde au bout de deux mois, dont les sujets hivernent sous la mousse et dans les crevasses du bois, pour reproduire au printemps ; cet'e espèce est exclusive aux Sapins et les attaque surtout à la partie supérieure de la tige, là où de fortes branches se séparent du slipe. On a vu des forêts entières périr sous leurs attaques, il faut enlever les chablis, les branches rompues; écorcer les arbres malades, faire des tranchées par où circulereront l'air et la lumière, et, parfois, laissant sa part au dommage, isoler du reste de la foret, par une large abattue circulaire, les premiers arbres atteints ; l'ennemi le plus redoutable de cette espèce est la larve du Clérieu déjà cité qui dévore les Scolytiens des Conifères, et divers Braconiens et Clialcidiens (Hyménoptères). T. steiiographus, Dufl., de France, d'Allemagne du Tyrol, un peu plus grand que le précédent; il s'attaque aux Pins des diverses espèces ; de la chambre nuptiale partent plusieurs galeries de ponte en haut et en bas ; chacune ayant d'habitude un mâle et une femelle; les galeries des larves sont faiblement indiquées sur l'aubier il y a deux générations par an. T. Larich, Fabr., de toute l'Europe e.^ d'Algérie, sur les mélèzes et sur les pins; il a 3 millimètres de long et offre trois générations dans l'année ; de la chambre nuptiale partent des galeries en haut et en bas, moins longues et beaucoup plus étroites que celles de l'espèce précédente ; une seule femelle existe dans la chambre nuptiale creusée par elle et par plusieurs mâles, et cliacun de ceux-ci, dit-on, creuse une galerie de ponte. T. villosm, Fabr., nuisible aux Chênes.

D'autres Tomiques font des galeries de ponte transversales, toujours sous l'écorce seulement. Nous citerons le T. curvidens, Germ., d'Allemagne, de France, spécialement dans les forêts des Vosges, attaquant surtout le Sapin blanc, mais aussi le Sapin rouge et parfois le Pin; sa longueur est en moyenne de 2 millimètres ; ses galeries sont en accolade un peu oblique à partir du trou d'entrée, et celles des larves s'élè-

6lxU COLÉOPTÈRES. — SCOLÏ TIENS.

vent verticales au-dessus et au-dessous, en serpentant ; il n'attaque que les plants maladifs et dépérissants, et est moins nuisible que les espèces précédentes; T. bicolor, Herbst, des îles Britanniques, de Suède, de France, d'Allemagne, s'attaquant aux Chênes et aux Hêtres.

Enfin, certains Tomicus, à galeries toujours sous l'écorce, ont les galeries de ponte en rayons autour du trou d'entrée. Tels sont les T. chalcographus, Linn., de toute l'Europe, vivant dans les Sapins ; T. hidens, Eabr., exclusif aux Pins des espèces du Nord et du Midi ; il ne recherche que les jeunes sujets de 5 à 10 ans, ou les branches supérieures des arbres plus âgés ; aussi sa taille est très-petite , ne dépasse pas 2 millimètres; chacune des galeries rayonnantes contient un mâle et une femelle, de sorte qu'un seul groupe de galeries renferme cinq à six ménages, avec une antichambre commune à tous; il a au moins deux générations par an; T. Saxeseni, Ratz, que M. E. Perris n'a rencontré en France que sur l'Aulne et le Chêne, mais qui, en Allemagne, selon M. Ratzeburg, attaque aussi les arbres verts.

Les derniers Tomiques que nous avons encore à mentionner entrent dans l'intérieur du bois. Le T. euryyrap!ius, Erichs., pénètre dans les vieux Pins nouvellement abattus. Sa taille varie de 2 à 3 millimètres ; la femelle creuse d'abord une galerie dans l'aubier, en rejetant au dehors des petits tas de sciure blanche, puis perce une double galerie transversale se détachant de chaque côté de la galerie d'entrée ; il n'y a qu'une seule génération dans l'année ; on trouve plusieurs larves dans la même galerie. C'est aussi ce qui arrive pour le T. mo7iographus, Fabr., de France, d'Allemagne, d'Algérie, perçant les bois de Chêne, d'Aulne, de Peuplier. On ne trouve qu'une larve par galerie pour une autre espèce de l'intérieur du bois, le T. dispar, Fabr., du Châtaignier, du Marronnier, du Robinier ; le nom de cette espèce vient de ce que la femelle ayant la forme cylindrique ordinaire, le mâle est court, avec les élytres presque globuleuses. Le T. dryographus, Erichs., perfore spécialement le bois de Chêne.

Dans un genre très-voisin, le genre Xylolerus, Erichs., se trouvent deux espèces dont la première surtout est parfois fort nuisible au bois de service, c'est-à-dire à celui qui est destiné aux constructions navales, et qui a des dimensions assez fortes pour être débité en madriers et en pièces propres aux grosses charpentes de toute espèce. En avril et mai elles percent l'écorce de plusieurs trous, et entrent à plusieurs centimètres dans le bois, même jusqu'au cœur dans les jeunes tiges. Il y a une seule larve par galerie, se détachant à angle droit de la galerie de ponte. Ces insectes sont noirs, à corps allongé et cylindrique, avec les élytres d'un rouge obscur et noirâtres sur les bords latéraux et la suture. F/espèce la plus nuisible est le X. domesticus, Linn., de presque toute l'Europe, s'attaquant aux futaies d'arbres résineux, surtout aux Sapins blancs et aux Epicéas ou gros bois hollandais, de telle sorte que les arbres sont percés comme un crible ; il faut exécuter les coupes au

CUHCUI. IONIENS. Ô^:")

premier prinicmps, un peu avuut lu montée de la sève, et écorcer aussitôt les arbres, qui se couvrent d'une couche, de résine et que l'insecte n'attaque pas. La seconde espèce, un peu plus petite , le X. Uneatus, Oliv., est propre aux IhMres.

piiATYPl'S, Herbst. — Forme du corps et des élytres allongée et cylindrique. Palpes maxlHaires de quatre articles. Antennes de six articles apparents, dont quatre au funicule avec massue en forme de palette compacte et tomenteuse. Tête libre du corselet, celui-ci excavé latéralement pour recevoir les cuisses antérieures.

Ce genre s'écarte assez iiolablement des autres Scolytiens ; l'Iùirope n'en nourrit que deux espèces ; les autres sont surtout d'Amérique et des Indes Orientales. Les larves, toujours apodes et aveugles, ne sont plus courbées comme celles des autres Scolytiens, mais cylindriques, droites, à tête plus forte et plus saillante, et avec le dernier segment abdominal tronqué obliquement et terminé par une petite épine cornée. L'espèce la plus commune, de France, d'Allemagne et d'Algérie, qui perce dans 1 intérieur du bois de Chêne des galeries communes à plusieurs larves, est le /'. cylindrm, Fabr., de 5 à 6 millimètres, d'un brun noirâtre, à appendices roussûtres (pi. xxxvni, fîg. 7, mâchoires et palpe; la, lèvre inférieure); les élytres sont ponctuées et fortement striées. Nous représentons en outre une espèce de la Havane, le T. Poeyi, G.-Mén., avec les élytres atténuées et prolongées à l'extrémité (pi. xxxvui, fig. 6; 6a, antenne; 6b, jambe et tarse antérieurs; (ic, jambe antérieure de femelle vue en dehors). On doit remarquer que les cuisses et les jambes sont larges, et que la face externe des jambes antérieures est pluricarénée chez les femelles ; au contraire, les tarses sont grêles et à jiremicr article aussi long que les suivants réunis.

Tribu des ClJR€liiiiOiiiE!%'S ou CIIAKAMI^OIV.s.

La tribu des Curculioniens est une des plus naturelles de l'ordre des Coléoptères, ce qui explique les grandes dil'ticultés qu'on éprouve à la subdiviser. On les nomme vulgairement les Charansons. Elle correspond nettement aux genres Bruclius, Attelabus et Curculio, de Linna;us; aux Rhinocères ou Hostricornes, dont C. Duméril formait au commencement de ce siècle la première famille de son sous-ordre des Coléoptères tétramércs ; aux Charansonites de Lamarck aux Rhynchophores ou Porte-Becs établis plus tard par Latreille. C'est qu'en eiVet le caractère qui frappe immédiatement les yeux au premier aspect de ces insectes est fourni par le prolongement de leur tête en une sorte de bec, quelquefois assez court, parfois très-long, tantôt épais, tantôt grêle, droit courbé et que l.alreille nommait i)riiboscir<)slr(\[ii>nv le distinguer du vérilahle

f)/4G COLÉOPTLl'J-S. - CURCULIONIENS.

rostre dos Hémiptères, organe consUlué par les pièces buccales, Cepeudanl on lui donne habituellement le nom de rostre, pour abréger. Quelquefois cette tôte prolongée en bec n'offre pas de sillon latéral ou scrobe ; dans le plus grand nombre des genres existe ce scrobe destiné à loger le scape ou premier article de l'antenne, qui est généralement allongé. Les antennes sont le plus habituellement de onze à douze articles (de six à douze), parfois droites, le plus souvent coudées à partir du second article, terminées ordinairement en massue , parfois filiformes , ou épaissies en dehors, ou dentées en scie, ou même pectjnées. Elles sont toujours insérées sur le rostre, à son extrémité s'il est court, vers son milieu ou près de sa base s'il est allongé. Par un balancertient organique naturel, la tête si développée a des pièces buccales très-réduites ; la bouche, toujours placée à l'extrémité du rostre, ne présente d'apparentes au dehors que des mandibules fortes, mais courtes, comme il convient à des pièces destinées souvent à entamer des substances végétales dures, tandis que les mâchoires, les palpes, la lèvre intérieure, très-peu développés, restent cachés en toute ou en partie dans la cavité buccale. L'écusson très-variable , toujours petit, peut exister ou disparaître. Le corselet est en général beaucoup plus étroit que les élytres, qui, le plus souvent, recouvrent complètement l'abdomen; celui-ci offre en dessous cinq segments. Les tarses, qui terminent des pattes ordinairement très-robustes et assez courtes, ont presque toujours quatre articles à tous les membres, très-rarement cinq, et leur pénultième article est habituellement bilobé. Le corps est, dans la grande majorité des cas, renflé et trapu, sa forme pouvant varier au reste depuis un aspect allongé et presque linéaire jusqu'à l'état ovoïde et même globuleux ; il est tantôt ailé, tantôt aptère, avec des élytres parfois soudées. Les hanches antérieures ont toujours leurs cavités cotyloïdes fermées en arrière.

Les Curculioniens vivent de végétaux sous leurs deux états actifs. On rencontre les adultes sur les fleurs, les feuilles, les tiges, quelques-uns sous les écorces; d'autres dans les endroits sablonneux, plusieurs sur les murailles, certains sous les pierres, etc. Ces derniers, qui vivent ainsi sur le sol, sont habituellement aptères et à élytres soudées, et ce sont eux qui ont les téguments les plus durs, au point qu'on a souvent beaucoup de peine à les percer d'une épingle pour les mettre en collection. La résistance des téguments et des élytres recouvrant tout l'abdomen paraissant le moyen de défense le plus certain de tous les Curculioniens qui son! peu agiles, surtout sur les surfaces planes, mais grimpent avec vitesse et surtout se cramponnent très-fortement aux végétaux; ceux qui possèdent des ailes s'en servent peu. Les couleurs de ces insectes varient beaucoup, avec un corps tantôt poilu, tantôt glabre; beaucoup n'ont que des teintes sombres, grises, brunâtres, noirâtres. Il en est qui étiiicellent de couleurs métalliques, ou uniformes, ou relevées par des dessins. Il en est, dans les genres exotiques surtout, qui sont ornés de

CURCULIONIENS. 647

splendides nuances dues à des écailles qui peuvent s'enlever, el qui sont analogues à celles des ailes des Papillons ; sous ces écailles sont des téguments lisses et ternes ; mais, grâce à elles, on voit les plus splendides combinaisons : ainsi des gouttes d'or sur fond vert, des gouttes d'argent sur azur. En outre, beaucoup de Curculioniens laissent suinter une efflorescence qui se renouvelle pendant la vie, si on l'enlève, et ressemblent aux enduits cireux des prunes, aux sécrétions de certains Pucerons, il est très-important pour les collectionneurs d'avoir les Curculioniens récemment éclos et non frottés. Leur taille varie beaucoup , depuis certaines gigantesques Calandres des pays chauds jusqu'aux «si minimes Apions qu'on ne peut conserver que sur carte ou paillette de mica. Les Charansons n'ont d'autre défense que de se laisser tomber quand on veut les saisir, et de se cacher dans les herbes ou dans les interstices du sol, en simulant la mort pendant quelques instants et en retirant leurs pattes.

Leur organisation interne a été étudiée par L. Dufour. Leur tube digestif est assez allongé, comme chez tous les insectes phytophages. Chez les Orthocères (voyez plus loin pour ces mots) il est moins long que chez les Gonalocères, el les premiers n'auraient que deux canaux de Malpighi, tandis qu'il en existerait six chez les seconds. Les résultats ne sont pas généraux, et de nouvelles études sont nécessaires.

Les Curculioniens se rencontrent dans toutes les contrées, avec prédominance dans les régions chaudes, surtout en Amérique et principalement l'Amérique du Sud; ils sont le plus souvent solitaires, mais certains, comme les Apions , si; pressent sur la même plante les uns contre les autres, en sociétés nombreuses. Les horticulteurs qui ont souvent à se plaindre des Charansons leur ont donné des noms vulgaires qui varient d'une province à l'autre ; les plus usités pour les localités du voisinage de Paris sont ceux de Lisette, Uécare, Bêche, Becmare, etc.

Si quelques Curculioniens adultes sont nuisibles aux végétaux, c'est surtout à létat de larves qu'ils sont souvent de désastreux fléaux pour les champs, les jardins, les bois, les amas de céréales; malheureusement on n'a contre eux que fort peu de moyens de préservation. Toutes les parties des plantes sont sujettes aux atteintes de ces larves, il eu est qui vivent k découvert sur les feuilles {Hypera ou l'Iuitononius , Coniatus, etc.), et qui sont alors colorées, le plus souvent d'un verdâtre pâle ou jaunâtres. Llles progressent au moyen des mamelons inférieurs latéraux de leur corps et par un segment anal, gros et charnu, pseudopode. Klles sont très-solidement fixées sur les parties des plantes qu'elles ha bitent, au point de résister aux coups de vent les plus violents. Un admet d'ordinaire que leurs mamelons laissent suinter une humeur visqueuse qui les fait adhérer au plan de position. Selon M. Goureau, elles marchent et se maintiennent sur ce plan au moyen de ventouses des mamelons pseudopodes inférieurs. Au terme de leur croissance elles se lissent un cocon rond ou ovale à l'aide d'une matière visqueuse qui

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est, selon M. E. Perris, la même que celle qui servait à leur adhésion, et qui proviendrait, selon quelques auteurs, de glandes salivaires internes et d'une tilière buccale. Tantôt les coques sont faites d'un feutrage compacte de tils entremêlés en tous sens, tantôt d'un réseau à mailles d'inégale grosseur ; le tissu est toujours assez transparent pour laisser voir l'insecte à l'intérieur, et reconnaître s'il est larve, nymphe ou adulte. Deux ou trois jours après la confection du cocon la larve devient nymphe, et celle-ci, au bout de dix à vingt jours, suivant les espèces, se change en insecte parfait qui sort de son enveloppe protectrice en pratiquant un trou à l'une de ses extrémités.

La plupart des larves de Curculioniens vivent à l'intérieur des plantes ou au moins cachées à la lumière; elles sont alors molles, d'un blanc laiteux ou jaunâtre. Il en est qui se cachent dans les feuilles roulées en cornet {Rhynchites), ou les minent entre leurs deux épidermes {Orchestes, Brnchonyx) ; certaines vivent dans les boutons qu'elles font avorter en dévorant les organes reproducteurs (Anthonomus) ; celles d'un très-grand nombre de genres {Balaninus, Calandra, etc.) rongent les fruits dans leur intérieur, en respectant l'enveloppe, de sorte que leur présence n'est pas soupçonnée ; beaucoup de larves se trouvent dans les tiges herbacées Up/on, Lixus, etc.), parfois avec des renflements galliformes, ou sous les écorces {Hylobius, Pissodes,e[c.), ou dans le bois {Anthribus, Cryptorhynchus, etc.), ou dans la moelle (^joiom, Lixus, Gymnetron, Ceutorhynchus , etc.). Enfin, les racines peuvent être rongées à leur surface (0<<or/iy/ic/iws), dans leuv iniévieuv (Ceutorhynchus, Calandra, etc.), ou en les déformant par des protubérances [Baridius) contenant les larves. Les Charansons des lieux arides et sablonneux vivent de racines.

Les larves des Curculioniens sont d'un type plus dégradé encore que celui des larves des Scarabéiens, et pareil à celui des larves des anciens Xylophages et particulièrement de celles de la tribu des Scolytiens, si funestes aux arbres. Un caractère important de mœurs plutôt que do conformation les sépare ; les galeries creusées par les larves de Curculioniens sont irrégulières en tous sens, sans plan préconçu instinctivement, tandis que celles tracées par les larves des Scolytiens affectent des dessins déterminés et même spécifiques. Nous ne pouvons exposer que les caractères les plus généraux de ces larves; leur corps est le plus souvent recourbé et un peu atténué en arrière, la tête cornée, munie de mandibules brunâtres, courtes et robustes, souvent obtusément dentées au bout, de mâchoires arrondies et ciliées, avec palpes de deux ou trois articles, d'une lèvre inférieure échancrée, avec palpe bi-articulé. Les antennes sont presque toujours un tubercule rudimentaire portant une soie. Ces larves sont d'habitude aveugles, ce qui se comprend par leur vie dans des galeries obscures ; celles qui vivent à découvert ont un petit nomljre d'ocelles, trois, deux ou un de chaque côté. Les trois anneaux du thorax ?e (lislinguenf à peine des neuf segments (k^ l'ab-

GURCULIONIENS. 649

(Inmeit, dofil lo dernier est presque loujoiirs arrondi el sans pseudopode. A part les larves se rattachant au type du genre Anthribus et quelques autres larves où existent des rudiments de pattes au thorax, en forme de tubercules calleux sétigères, la progression ne s'effectue d'ordinaire que par des mamelons disposés en séries sur les côtés des divers segments et entourés de poils; il y a, selon la loi commune, une paire de stigmates prothoraciques et huit paires abdominales, portées par les anneaux Zi à 11. La nymphe n'offre rien de particulier, disent les auteurs. Il y aurait un grand intérêt à rechercher anatomiquement comment la tête courte et ronde de la larve se transforme en un rostre parfois si long et si grêle, et comment se développent les antennes et les yeux.

F^es Curculioniens forment une des tribus les plus nombreuses en espèces de tout le règne animal et ne peuvent se comparer sous ce rapport qu'à certaines tribus de l'ordre si mal connu des Diptères. Schœnherr (1833 — 18Zi5) en décrivit ou indiqua plus de 7000 espèces, et, en 1865, M. H. .lekel, un des entomologistes qui ont le plus étudié les Curculioniens, évalue le nombre des espèces des collections décrites, nominales ou inédites, à 25000, ce qui permet, si l'on songe combien de contrées sont encore peu explorées, de fixer le nombre 30 000, comme celui des espèces de cette tribu dans la création actuelle. Le catalogue Gemminger-Harold (1871) indique dans les Curculionides propres actuellement décrits plus de 10 000 espèces. Les classificateurs se sont donné beaucoup de peine pour introduire un peu d'ordre dans une telle exubérance de la vie, et l'on peut dire que, s'ils ont médiocrement réussi, la faute en est surtout à la confusion des caractères chez des êtres rendus subsimilaires par l'analogie des conditions d'existence, tant est intime et forcée la liaison des organes et des mœurs. Bien que nous ayons fori peu de goût pour tout ce qui touche aux divisions et subdivisions des entomologistes, il est indispensable ici de dire en quelques mots, avec le moins possible de termes techniques, comment les principaux auteurs ont compris le groupement des Curculioniens; nous épargnerons par là aux lecteurs de longues et pénibles recherches, en leur donnant la clef des divergences de classification, afin de leur permettre, s'ils veulent se livrer à une élude approfondie, de faire concorder les grands ouvrages entrepris à ce sujet.

Dès l'origine on reconnut qu'on pouvait séparer les (Curculioniens en deux groupes, suivant qu'ils ont les antennes droiles : d'où les genres Bruchu!>,Attplahus, Linn. ; ou coudées : Curculio, Linn. Les anciens auteurs créèrent encore dans les premiers les genres Rhinomacer, Geofl'r., Rhrjmhitps et Apion, Herbst., Anthribus et lircnthns, Kabr., Ramphus, Clairv.; et dans les seconds les genres Rracli;irp,rus et Lixus, Fabr., Calandra et Cossonus^ Clairv.

Tout au commencement du siècle, C. Duméril, dans sa Zoolor/ie ana- IjltkiiieiilW), donne un tableau des genres de ses Hliinocères, dans le-

650 COLÉOPTÈRES. — GURGULIONJENS.

quel il se sert partiellement du caraclùre antenuaire, et établit la série des genres : Ramphe , Orchestes, Li\e , Charanson (genres actuels Calandra et bien d'autres), Brachyctîre , Attelabe, Anlhribe , Oxystome (syn. des Apions), Bruche, Brenthe et Becmare (syn. de Rhinomacer). Germar (1818 à 18'2/t) est le premier, parmi les enlomologisles modernes, qui revisa et compléta l'étude des Curculioniens, précédant ainsi un auteur suédois, Schœnherr, qui leur consacra trente ans de sa vie, et dont le dernier travail est un véritable monument élevé aux Charansons {Gênera et species Curculionidum, Parisiis, 1833-18Zi5, 8 vol. in-8"). Nous remarquerons en passant que cet ouvrage, composé par un collectionneur exclusif et dominé par une préoccupation constante, décrit les plus minutieux détails des Curculioniens adultes, sans un seul mot sur leurs métamorphoses, leurs mœurs, les végétaux dont ils se nourrissent, leurs ravages. Il a eu soin toutefois d'indiquer la distribution géographique. Schœnherr, reprenant les deux grandes divisions des anciens auteurs, sépare ses insectes en Orlhocères (les Recticornes de Lalreille) et Gonatocères (Fracticornes, Latr.). Les premiers sont subdivisés en familles dominées par les genres Bruchus, Anthribus, Aitelabus, Rhinomacer., Apion, Ramphus, Brenthus.Les seconds sont plus nombreux, et Schœnherr a adopté pour eux une subdivision indiquée par Latreille, et qui remonte à Linnœus, selon la grandeur de leur rostre ; il n'a fait que changer en noms grecs les noms latins. Ses Brachyrhynques ou Brévirustres comprennent, comme types fondamentaux, les genres Brachycerus, Drachyderes, Cleonus, Byrsops, Oliorhynclius , et dans ses Mécorhynques ou Longirostres sont tous les Charansons groupés autour des genres Èrirhinus , Cryptorhynchus , Cionus , Calandra , Cossonus et Dryophthorus.

Ce qui montre bien toute la difficulté d'établir des groupes dans cette tribu si naturelle, ce sont les divergences dans lesquelles tombent les auteurs contemporains de Schœnherr ou ceux qui le suivent. M. E. Blanchard (18Zi5) conserve les groupes fondamentaux de Schœnherr el dans le même ordre, sans indiquer la division en antennes droites ou coudées; ses Curculioniens sont placés entre deux tribus démembrées des anciens Xylophages, les Bostrichiens (nos Apaliens) el les Scolytiens, Jacqueliii du Val conserve aussi, avec; peu de modiiicalions, la classification de Schœnherr {Gênera des Coléopt., 1855), et il en est de même de M. E. Desmarest {Coléopt. Encycl, Chenu, 1860, 'à" vol.).

L'homogénéité du régime, nous l'avons déjà dit, produit les grandes ressemblances qu'offrent les Coléoptères tétraméres ou plut(M siibpeii-ramères (M. Westwood}, car le quatrième article des tarses normaux subsiste d'ordinaire en vestige (complet chez les Dryophthorus, tout à fait nul au contraire chez la plupart des Brachycerus); de là de continuels désaccords chez les auteurs. Ainsi, parmi les entomologistes voués à l'études des seuls Coléoptères européens, M. Redtenbacher établit, dans le grand groupe qui nous occupe, trois subdivisions d'i'gale valeur :

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les BriicliGs (y compris les genres groupés autour de AntJiribus el de Hhinomacer), les Cliaransons (avec les Brenthes) et les Scolytes; Schaum (1862) érige en familles les lîruches, les (Iharansons (avec lesquels il comprend les Anthribes), les Scolyles et les Brenthes, et Erichson ne sépare pas les Scolytiens des Cnrculioniens. M. Grenier (Catal. des Coléopt. de France, Paris, 1803) reproduit à très-peu près la série des genres de M. E. Blanchard, c'est-à-dire l'ordre suivi par Schœnherr, sans indiquer une division en deux légions, selon la forme des antennes, ne trouvant pas, sans doute, la séparation assez tranchée pour certains genres.

Lacordaire (1863 — 1866) a pensé devoir rejeter tout groupement fondé sur les antennes et sur le rostre, il sépare d'abord tout à fait des Cnrculioniens les genres associés aux types Brenthus, BrucJws et Anthrihus (ces deux derniers distingués surtout par la présence du labre), et les Scolytiens. U déclare contraire aux affinités naturelles le groupement antennaire, et reconnaît, avec Herbst, qu'il est impossible d'établir une séparation précise entre les espèces brévirostres et longirostres. C'est là, je crois, malheureusement ce qu'on peut reprocher à toutes les classifications que ce soit, pour peu qu'on s'adresse à un groupe vraiment naturel ; c'est une difficulté insoluble tenant à l'essence même des choses. Lacordaire, suivi par M. de Marseul, a donné la préférence à deux caractères qui sont moins commodes à vérifier par la petitesse des organes et de la plupart des sujets que les précédents pour les entomologistes qui débutent ; ce n'est pas une objection au point de vue de la philosophie de la science, car réellement ils offrent une distinction plus précise que ceux adoptés par Schœnherr ; mais cela constitue un inconvénient grave pour notre ouvrage qui n'est nullement destiné aux spécialistes et nous empêchera de les adopter. Lacordaire établit chez les Cnrculioniens deux légions : la première, sous le nom d' A délognathes, comprend tous les genres dont les mâchoires sont en totalité ou en majeure partie (ceci laisse encore de l'indécision) cachées par le menton, et dont les principaux sont les genres Bracliyderes , Naupactus, Cyphus, Otiorliynchus , Phyllobius, Brachycerus , etc. La seconde légion, bien plus nombreuse, les Phanérognathes , est formée par les Charansons, '■hez lesquels les mâchoires sont tout à fait à découvert, et leurs genres fondamentaux sont les suivants : Byrsops, Ilypera ou Phylonomus, Cleowis, Lixus, Hylobius, Pissodes, Bagous, Urwhonyx, Apion, Atlelabus, Rhinoiiiacer , Magdalinus, Balaninus , Anthonomus^ Orche.stes, Cionus, Baridius, Cryptorhynclius , Acalles, lUnimplius , ('entorhiiiichus , Gi/innelron, CaUnulru ou Sitopliilus, Cossunus.

11 y a là des genres à antennes droites ou coudées ; cette classification prend pourpoint de départ un seul caractère, comme celle de Schœnhen', t!t peut aussi par cela même dissocier des affinités naturelles. On arriverait, dit Capiomont {Ann. Soc. ent. de France, 1867, p. 121), à des divisions plus naturelles en groupant les Cnrculioniens d'a[)rès l'ensemble de leur organisation extérieure ; c'est là le rêve idéal de toutes

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les classifications, qui demeureront toujours forcément plus ou moins artificielles.

M. H. Jekel n'a pas suivi les idées de Lacordaire, et a beaucoup plus diminué encore le nombre des Charansons vrais. 11 partage les Subpentamères Rhynchophores en huit familles d'égale valeur ; sept se groupent autour des genres Bruehus, Anthrihus, Attclabus , Calandra, Cossonus, Scolytiis et Rrenthus, et, avec tous les insectes qui ne rentrent pas dans ces types, il forme les Curculionides vrais, en n'y admettant qu'à l'état de familles aberrantes les genres formés d'espèces épigées des types des Brachycerus, Byrsops et Amyderus. Pour les autres, généralement épiphytes, il les partage en trois grandes sections. Dans la première, les femelles ont de plus grandes dimensions que les m.lles ; dans la seconde, les deu.v sexes sont sensiblement égaux sous ce rapport ; enfin, le troisième groupe offre des mâles supérieurs en taille aux femelles, ou au moins égaux. Cette classification, fondée sur les caractères sexuels, est compliquée, exige la connaissance des deux sexes des sujets, pour les trois divisions et aussi pour leurs subdivisions, et n'offre pas une séparation nette entre les second et troisième groupes, ni entre les groupes plus détaillés ; en outre, M. H. Jekel semble affectionner les mots techniques, et fon travail est certainement d'une lecture ardue qu'on ne doit pas recommander aux débutants. Le travail de cet habile spécialiste est toutefois important à consulter pour les lecteurs d'une instruction approfondie dans l'étude des Coléoptères (Ann. Soc. enl. Fr., 1864, p. 537-566).

Un autre travail de cet auteur bon à. consulter est ton Catalogus, en latin, des genres et espèces de Schœnherr (Paris, 18/!i9).

Nous suivrons à peu près l'ordre adopté par M. K. Blanchard, et avec toute l'extension qu'il donne aux Curculioniens, sans autre prétention que d'offrir surtout l'exposition des genres les plus tranchés et l'indication des espèces les plus nuisibles, avec les moyens proposés pour remédier à leurs ravages, faisant passer les applications utiles avant toute théorie scientifique, et évitant avec soin les difficultés propres à décourager quand on les aborde au début des études.

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